‹ Essai historique sur l'abbaye de Saint-Martin d'Autun de l'ordre de Saint-Benoît;Chapitre 44 sur 56 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Les commendataires. — Le cardinal Rolin. — Jean Rolin II. Tristan de Salazar. — Robert Huraut. — La réforme. Nicolas et Pierre Brulard. — Passage des Calvinistes,

Durant tout le cours des âges monastiques , une des tendances des pouvoirs séculiers fut de mettre la main sur les biens des monastères qui , plus dépourvus de défense, étaient plus faciles à conquérir. Dans les siècles de barbarie, la violence se chargeait seule des frais de ces conquêtes 5 on s’emparait des terres après en avoir chassé les moines, et si on ne reculait pas devant l’excommunication, on devenait propriétaire par droit du plus fort. Ces formes brutales choquaient pourtant des esprits peu scrupuleux d’ailleurs , mais non inaccessibles à quelques sentiments religieux , et la conscience

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si facile qu’elle fût ne pouvait guère se faire illusion. Pour se donner une apparence de justice, on ne trouva pas de meilleur moyen de s’approprier légalement un monastère que d’entrer dans l’église en prenant le signe de la tonsure et de se faire nommer abbé. Les rois, les seigneurs, disposèrent des abbayes au gré de leur caprice ; ils y installèrent leurs hommes d’armes, leurs favoris, leurs enfants. Certains abbés portaient tour à tour la crosse et l’épée, bénissaient d’une main et tuaient de l’autre ; pour ne pas sortir de notre histoire , nous avons vu, au IXe siècle, les comtes d’Autun abbés de Sainte- Colombe de Sens et de Saint-Symphorien d’Autun.

A ces commendes séculières, moditiées depuis Hugues Capet, en ce sens que les rois ne les accordèrent plus à des laïques, succéda, vers le milieu du XIIe siècle, sous le pape Adrien IV, l’usage général des commendes pontificales. Multipliées par Clément V, Jean XXII, Clément VI, elles devinrent, entre les mains des papes d’Avignon , un moyen de subvenir à l’entretien d’une cour qui ne tirait plus aucune ressource de l’Italie. Tour à tour partagées entre les pontifes et les rois, au mépris des conciles de Bâle, de Constance, de Trente, de Rouen, de Reims, de Tours, d’Aix, elles finirent, en vertu du concordat de 1516, par tomber d’une manière absolue dans les mains de ces derniers. De ce jour, la liberté du clergé régulier et séculier fut légalement aliénée au profit du pouvoir monarchique, constitué juge suprême des intérêts des évêchés et des monastères.

Toutefois , en laissant aux rois la nomination des abbés commendataires , les souverains pontifes interdirent à ces derniers de connaître d’une règle dans laquelle ils

n'avaient pas été élevés , et qui pour eux n’était pas obligatoire. Ils réservèrent exclusivement la juridiction spirituelle au grand prieur élu par la communauté. Cette réserve, destinée à atténuer en apparence le scandale, n’avait d’autre effet que d’affaiblir l’autorité et la discipline. D’une part l’influence du prieur était trop faible pour lutter contre les abus qu’entraînait la perte générale des convictions religieuses-, de l’autre un exemple fâcheux était donné aux esprits par l’abbé lui-même qui , regardant son monastère comme un fonds susceptible de lui rendre des revenus, nommait, pour les toucher, un procureur clerc ou laïque, et vivait à la cour ou ailleurs sans même connaître l’établissement religieux dont il avait charge. Les moines ne voyant en lui qu’un propriétaire indifférent ou cupide, toujours disposé à envahir leur manse pour augmenter la sienne, s’armaient de défiance parce qu’ils étaient souvent trompés, et d’aversion parce qu’une distance blessante les séparait de ce chef qui possédait une maison, une table, des habitudes séparées, et déployait un luxe de prince dans ses rares moments de résidence. Aussi n’étaient-ils occupés qu’à se tenir en garde contre ses exigences et à faire vider impitoyablement leurs procès entr’eux et lui devant les cours de justice. Il fut donné à la congrégation de Saint-Maur, tout en acceptant cet état de choses, de lutter un instant contre ses suites désastreuses , de faire revivre l’antique règle du fondateur et de clore la gloire de l’ordre bénédictin, en rendant, au XVIIe siècle, à la science de l’histoire ecclésiastique et nationale, des services dont la grandeur ne peut se comparer qu’à ceux rendus par le même ordre, sous les deux premières races, à l’agricul-

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ture et à la création d’une foule de centres de population sur le sol de la France.

Quoique la commende fût au fond, de la part du pape, un ordre impératif dont la sanction existait dans la bulle confirmative qu’il pouvait accorder ou refuser à son gré, elle ne dispensait point encore , au XVe siècle, des formalités ordinaires de l’élection. Le cardinal Rolin, déjà bien et dûment pourvu des revenus de Saint-Martin, du vivant même de Petit-Jean, fut obligé de s’y soumettre. Après une messe du Saint-Esprit, une communion générale et le sermon d’usage, les moines, réunis dans la salle capitulaire, prêtèrent serment de se laisser guider exclusivement dans leur choix par l’intérêt spirituel et temporel de l’abbaye , et d’éloigner quiconque aurait tenté des voies ambitieuses et corruptrices pour parvenir à la dignité d’abbé. Le résultat du scrutin donna au cardinal Rolin dix-neuf suffrages sur vingt-neuf. Le reste fut réparti entre Jean de Cussigny, prieur de Rragny, et Claude de Voille, sacristain de Saint-Martin, qui en firent immédiatement hommage au nouvel élu1. Deux mois après, le cardinal vint prendre possession. Il baisa l’autel , toucha les livres de l’église, jura d’observer les privilèges du monastère, d’exécuter les traités conclus avec ses prédécesseurs, de ne rien aliéner sans le consentement des moines , de laisser leurs revenus intacts , de prendre à son compte toutes les réparations des églises, des châteaux, des forteresses, et même de fournir à ses frais les barbiers , droguistes et physiciens.

Supplément , charte n" 5.

A peine installé , il ne pensa plus à introduire cette réforme qui avait servi de prétexte et de moyen à son ambition. 11 pensa à augmenter les revenus de l’abbaye, afin de diminuer vis-à-vis d’elle les obligations de sa manse et de la pouvoir conserver en son entier. Dans le but de subvenir à une célébration plus solennelle du service divin, il obtint du pape Pie II une bulle autorisant la réunion du prieuré de Thil-sur-Arroux à l’abbaye-mère. Guillaume Macé, abbé séculier de Cervon, et Claude de Yoille, sacristain de Saint-Martin, se rendirent à Thil pour faire opérer cette annexion. Arrivés devant la porte de l’église, ils lurent au prieur la bulle pontificale, et lui demandèrent l’investiture de son bénéfice. Celuici , selon l’usage symbolique , leur mit en main les cordes des cloches qu’ils firent sonner, et leur présenta les burettes en signe de remise de l’autel. On appelait cette investiture, l’investiture de la porte. Le même cérémonial s’accomplit à celle du prieuré. Là, s’adressant aux personnes présentes, tant pour elles que pour les absents, les délégués leur signifièrent que désormais tous les revenus appartenaient et devaient être payés à l’abbé de Saint-Martin ; ils leur firent signer l’acte de cette annexion rédigé immédiatement devant l’église. 1

Quoique le cardinal eût juré, à sa prise de possession, de n’affranchir aucun serf sans l’aveu des moines, il était trop éclairé pour ne pas reconnaître ce qu’il y avait d’odieux, de la part des gens d’église, dans les droits de main-morte et autres attributions féodales. Aussi, dès la

1 Charles nos 155 cl 150.

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seconde année de son administration, amena-t-il les religieux à consentir l’affranchissement des habitants des terres de Saint-Pantaléon et dé Saint-Martin. Ces habitants avaient présenté à l’abbé et aux moines une requête dans laquelle ils exposaient que leur état de serve condition les avait souvent nmpêchés et les empêchait encore de contracter des alliances convenables , d’être pourvus de bénéfices ecclésiastiques, d’offices séculiers et autres honneurs et advancements . Ils réclamaient l’affranchissement de leurs personnes et de leurs maisons, faisant obseryer que l’abbaye , loin d’en éprouver aucun dommage, y trouverait au contraire tout profit. « Les maisons, disaient-ils, qui sont en ruijne et désolacion, seront rebâties, réparées, entretenues convenablement;, la population y affluera. Les tailles, censes, coutumes, les exploits de justice, accroîteront les revenus de l’abbé. En cas de guerre, la place sera mieux défendue, et un plus grand nombre de gens contribueront à réparer les fortifications. La fabrique de l’église, la prérogative seigneuriale y trouveront une augmentation certaine de produits. » Cédant à la justesse de ces considérations intéressées bien différentes de l’esprit des siècles où l’on affranchissait pour V amour de Dieu ou d'un saint , les moines, « vu le profit et utilité évidents d’eux, de leur église et de leurs successeurs , » délivrèrent les requérants de toute servitude et main-morte, comme l’étaient les gens des seigneuries voisines, Lucenay, Manlay et autres. Ils purent tester, disposer de leurs biens, acheter au bourg de Saint-Martin et ailleurs, à la condition toutefois de ne vendre à des étrangers qu'avec l’agrément du monastère. On leur imposa l’unique obligation de payer

chaque année, outre les tailles, corvées, rentes, coutumes, gelines, etc., une livre de cire, bonne , léale et marchande, rachetable au prix de dix petits blancs , au choix de l’abbé.

Les religieux pensaient-ils sérieusement agir dans l’ intérêt de leurs successeurs, ainsi qu’il est dit dans l’acte que nous venons de citer? la chose est au moins douteuse. Ceux-ci leur gardèrent peu de reconnaissance , et il ne dépendit pas d’eux d’anéantir leur ouvrage. En 1502, ils demandaient une consultation pour s’assurer si la validité de ces affranchissements pouvait être attaquée, et leurs avocats répondaient affirmativement , soutenant que le cardinal avait outrepassé ses droits et commis une aliénation. En 1645, à la suite d’un procès avec Nicolas de Castille , leur abbé , ils convenaient de ratifier les affranchissements faits par lui et ses prédécesseurs ; ils l’autorisaient à en consentir d’autres, en ‘présence d'un religieux, jusqu’à concurrence de 1,868 livres, à condition qu’il leur serait payé 150 livres pour droit de sceau. Ces affranchissements étaient ordinairement concédés par les moines dans le but de subvenir à des réparations urgentes placées à la charge de l’abbé, et que l’on ne pouvait obtenir de lui qu’à pareil prix. Craignant qu’il ne dépassât ses pouvoirs en cette circonstance, ou ne s’appropriât une trop forte part des droits perçus, ils nommèrent, pour contrôler ces actes, le grand prieur du Bouchet, dont l’approbation était rigoureusement nécessaire à leur validité.

Le cardinal porta dans son monastère ce goût des constructions religieuses qui a laissé sa mémoire et son nom attachés à une foule de monuments du diocèse. Il

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avait fait construire à la Cathédrale d’Autun, il fit construire également à Saint-Martin, un de ces jubés qu’affectionnait la riche architecture du XVe siècle, rideau de pierre transparent, jeté entre le sanctuaire et les fidèles, entre Dieu et les hommes. Il fit sculpter dans le transept droit de la basilique abbatiale, la niche gothique sous laquelle fut transporté le tombeau de Brunehilde. Il releva les piliers du cloître qui fléchissaient sous leur dégradation. Divers autres ouvrages dans l'intérieur du monastère , marqués de son écusson et de ses armes , portaient le signe de sa main réparatrice. Il s’était fait peindre dans une des chapelles sur une fresque dont la perte serait doublement regrettable, si cette peinture était, comme on peut le supposer, l’œuvre de Jean de Bruges , dont lui et sa famille employèrent souvent le pinceau. Il fit don à la bibliothèque d’un martyrologe et d’un cartulaire 1 continuant celui de l’abbé Baynaud, tous deux ornés de riches vignettes et d’enluminures à l’instar des magnifiques livres de chœur de la Cathédrale, dont le renouvellement était dû à sa munificence. Se livra-t-il à d’autres travaux d’innovation ou de réforme? Les procès-verbaux des chapitres généraux, par leur silence même, semblent témoigner du contraire. Dans ces assemblées désormais indifférentes au maintien de la discipline, les prieurs n’apparaissent que pour présenter leurs comptes, comptes qui ne donnaient lieu à aucun examen, et souvent même n’étaient pas présentés.

1 Ce cartulaire passa au président Lamare. Il est aujourd’hui à la Bibliothèque royale sous le nn 8353j2 des manuscrits latins.

Ces réunions n’étaient plus qu’une ombre du passé, un respect pour une forme morte et sans vie.

Le cardinal jouit de l’abbaye jusqu’en 1481 , deux ans avant sa mort *. Il la résigna en faveur de son neveu, chanoine de la Cathédrale, que Paradin appelle un grand remueur de ménages. C’était un des effets de la commende de prêter à ces arrangements de famille et de rendre les bénéfices comme héréditaires. Le nouvel abbé était déjà prieur de Saint-Marcel de Chalon dont son oncle possédait le bénéfice. Il occupa quelques emplois à Paris et auprès du duc de Bourgogne. 11 touchait de ce dernier une pension de 300 livres. 11 finit par devenir évêque d’Autun, à la recommandation expresse de Louis XII et du prince d’Orange. Durant vingt ans qu’il fut abbé de Saint-Martin, on ne trouve de lui que ce seul fait : en 1494, il donne à l'église deux cents livres pour acheter

I Voici les dispositions testamentaires du cardinal Rolin au sujet de sa sépulture : « Nostram eligimus sepulluram in ecclesiâ calhedrali Eduensi, in loco ubi reponitur tomba nostre sépulture, ante parvum altare crucis ubi celebrantur misse anniversariorum , si placuerit dominis dicte ecclesie et corpus nostrum ad hoc recipere voluerint; alioquin in ecclesiâ S. Martini extrà muros Eduenses. Et in casu

recusando, in loco quem advisabunt nostri executores . Elegera-

mus nostram sepulturam in ecclesiâ collegiatâ Nostre-Domine Belne, sed eoquôd à paucis diebus dicta ecclesiâ seu superpositi ejusdem à nobis, seu juridictione nostrâ se exemptare voluerunt, noluimus nec volumus nostram sepulturam eligere nec esse in dicta ecclesiâ Belne. »

[ Testament manuscrit, à l’Evêché d’Autun. ]

II fut enterré, selon sa demande, à la Cathédrale d’Aulun, et non à Saint-Martin comme l’affirment les auteurs du Gall. Christ.

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des ornements. Il mourut de mort subite le 4 avril 1501 , le jour même où il avait consacré dans sa ville épiscopale la nouvelle église des Cordeliers.

A partir de Jean Rolin II, les abbés se succèdent sans qu’il soit besoin d’élection -, elle n’eût plus été qu’un mensonge et un acte de servilité. Le roi nomme directement ses féaux amis. Ils résident à peine, et les événements ne tirent d’eux qu’un intérêt secondaire. Tristan deSalazar, successeur de Rolin II, appartenait à une famille d’origine espagnole, distinguée dans les guerres sous Charles YII , Louis XI, Louis XII, François Ier, et comblée de hauts emplois dans l’Eglise et la diplomatie. Pourvu de l’abbaye de Saint-Martin le 9 août 1501, il en prit possession le 3 février de l’année suivante. En 1508 il fit renouveler dans un chapitre général les prescriptions de Petit-Jean sur la vie commune, au dortoir et au réfectoire , sur l’observation du silence, sur l’éloignement de toute espèce de femmes du monastère, afin de prévenir, disait-il, des scandales pareils à ceux qui s’étaient déjà passés. Ce tribut payé à la régularité de l’abbaye indique assez que la réforme de Petit-Jean , entamée par de graves atteintes , n’avait cependant pas péri entièrement. Ce fut du reste le seul acte disciplinaire de Tristan de Salazar. Il avait assez à faire dans son diocèse, à la cour où différentes missions lui furent confiées , à la guerre où il ne craignit pas de chevaucher, armé de pied en cap, dans l’administration de sa propre fortune qui, gonflée de bénéfices, lui permit comme au cardinal Rolin, de se livrer au goût des riches constructions, d’édifier à Paris le célèbre hôtel des archevêques de Sens , de relever les murs de la ville, la tour droite de la Cathédrale, d’enrichir cette église de

précieux ornements, de belles tapisseries, de vases d’or et d’argent, de son mausolée, d’un autel de marbre accompagné des statues de ses parents' -, ce qui ne l’empêcha pas de mourir dans une vieillesse assez avancée, à peu près ruiné. De son temps furent érigés par deux religieux , à Saint-Martin , les autels des saints Sébastien , Christophe et Adrien , martyrs ; ils furent consacrés par Jean de Médina, évêque de Serre dans la province de Thessalonique. ,

Tristan de Salazar eut pour successeur Jean de Salazar son petit-neveu, archidiacre de Sens, abbé de Saint- Remi et de Sainte-Colombe, héritier de la plupart des bénéfices de son oncle. Il mourut en 1518, et fut remplacé par Jean Huraut , dont le nom seul apparaît un instant sans rien à la suite. Huraut laissa l’abbaye à son frère Robert, précepteur de Marguerite de Navarre, chancelier au parlement de Paris, archidiacre d’Autun et cousin de l’évêque de cette ville. Huraut II prit possession le 1 2 mai 1529, par le ministère de Jean Lombard, chanoine de la Cathédrale, et fit son entrée au mois de juillet suivant.

Le protestantisme, dont il ne reste pas de traces aujourd’hui à Autun, y avait réuni à son origine des prosélytes, et agitait, comme ailleurs, l’esprit de la multitude. Dans la magistrature, poussée vers la nouvelle doctrine par cet esprit de logique et de rigorisme exagérés qui , plus tard, infectèrent les parlements de jansénisme, se

1 Catalogus archiepiscoporurn Senonensium, auctore Hugone Mathoud, è congregalione S. Mauri, p. 176 et suiv.

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trouvait l’ancienne et influente famille de Bretagne, dont le chef était lieutenant civil de la chancellerie d’Autun ; dans le clergé, les curés de Saint-André et de Saint- Jean l’Evangéliste, Jean Vériet et Jean delaCoudrée, qui abjurèrent ouvertement le catholicisme, et les premiers prêchèrent la réforme, « déclarant les abus et instruisant » le peuple en la pureté de l’Evangile , avec une telle » affluence que les temples n’étaient pas assez grands » pour contenir la multitude1. » Ces prédications et le concours avec lequel on s’y portait, avaient trouvé un rude adversaire dans le frère Marcoux, qui, voyant partout des hérétiques, se livrait contre eux à des déclamations violentes 2 3 * . Ce zèle inconsidéré, résultat inévitable de controverses passionnées, n’était point partagé, ce semble, par tous les religieux d’Autun, et notamment par ceux de Saint-Martin. Parmi ces derniers, plus d’un était soupçonné de donner tacitement son approbation aux doctrines émises dans la grange du faubourg de l’abbaye, servant de temple aux religionnaires. Le relâchement des mœurs monastiques était une préparation naturelle au relâchement des convictions religieuses. Le concubinage n’était pas rare dans l’Eglise, s’il faut en juger par l’exemple du cardinal Rolin, faisant légitimer ses enfants naturels afin ‘de les pourvoir de bénéfices 5-, par celui d’un moine de

1 Théodore de Bèze. — Histoire des Eglises réformées.

2 Discours contre le frère Marcoux, supplément, n° 6. L’original existe à la Bibliothèque royale, fonds Lamare, portefeuille XLV,

3 Chasseneuz. — Commentaires sur la Coutume de Bourgogne,

litre de la Légitimation.

Saint-Pierre-le-Moûtier, qui, en 1510, ramenait publiquement de Moulins en Bourbonnais une femme sur sa charrette, et vivait avec elle dans l’intérieur du prieuré. Ces désordres en entraînaient d’autres à leur suite. Deux moines avaient contrefait les sceaux de l’abbaye et fabriqué des titres faux dans leur intérêt; d’autres vendaient les actes authentiques à des acheteurs intéressés; d’autres faisaient main basse sur l’argent; d’autres jetaient le froc et couraient le monde; d’autres enfin avaient accumulé des fautes si graves qu’on avait jugé à propos de les couvrir du voile du secret, et que le prieur renvoyait les coupables demander au pape une absolution que lui seul était assez puissant pour leur donner. Quelques mots jetés au hasard dans les notes manuscrites de l’abbaye, comme les suivants : « De 1542 à 1546, état de désordre, absence de grand-prieur; en 1549, mandement qui suppose un grand désordre; en 1551, désordre le 23 septembre et le vendredi suivant aussi ; » et ceux-ci encore : « En 1556, absolution de deux grands crimes commis par le

frère G. de F . ; » de pareils mots peignent assez dans

leur concision énergique les mœurs dissolues et turbulentes des religieux.

Quoiqu’aucun d’eux n’ait ouvertement embrassé le protestantisme, à l’exception d’un Bénédictin de Saint- Pierre-le-Moûtier, Jean de la Planche, qui devint ministre à la Charité et présida la première assemblée de Nevers, les tendances nouvelles n’en avaient pas moins trouvé

1 Annuaire de la Nièvre, 1806, p. 56.

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dans l’abbé Huraut un initié secret et un apôtre, anonyme. En traçant l’histoire des martyrs et des prosélytes de l’Eglise réformée, Théodore de Bèze, avec sa trivialité mordante , nous a laissé de lui ce portrait : <( En ce temps, était demi résidant à Autun, ville épiscopale et des plus anciennes des Gaules , l’abbé de Saint-Martin, homme de lettres, instruit de la religion, et prenant plaisir à faire bonne chère à ceux qui le venaient visiter, auxquels il parlait assez ouvertement de la vérité, sans se mettre en danger pour cela , pour être non-seulement supporté, mais aussi chéri et recherché par les plus gros de l’Eglise romaine, à cause de sa bonne et friande table. Joint que hormis quelques propos qu'il tenait parfois, et qu’il avait une bibliothèque pleine de bons livres, il ne se formalisait pour aucuns exercices de la religion. Plusieurs de ceux-là même qu’il avait instruits le reprenant de cela, et nommément de ce qu’il ne faisait conscience de s’accommoder à ce que lui-même condamnait, tâchèrent de l’encourager à faire mieux. Mais lui, au contraire, se fâchant d’être repris, et flattant sa conscience, s’égara jusque-là que de faire une Théologie toute nouvelle, meslant beaucoup de choses des rêveries des libertins 1 , et finalement est mort n’estant, comme on dit en commun langage, ni chair ni poisson. »

1 Ce mot signifiait alors libre penseur, ou simplement une personne haïssant la contrainte, suivant en toutes choses son inclination, vivant à sa mode, sans s’écarter néanmoins de l’honnêteté et de la vertu. Depuis, il a précisément signifié le contraire de ces dernières.

Ce portrait qui représente Robert Huraut comme un abbé à la vie sensuelle, à l’esprit sceptique, comme un membre de la joyeuse famille de Rabelais, nous semble malheureusement confirmé par son testament. Passé devant des témoins dont deux surtout, Gilbert et Etienne Perrot, amis du testateur, avaient été dans la Rourgogne et le Nivernais les émissaires voyageurs du calvinisme 1 2 5 renfermant un legs h une femme dont la position auprès de la famille du donateur peut facilement faire suspecter les motifs, il est surtout remarquable par l’absence de demande de prières pour les morts J, et par un silence assez conforme sur ce point aux doctrines calvinistes de la prédestination absolue et de la justification sans les œuvres. De pareilles dispositions ne doivent point surprendre dans un homme qui avait passé une partie de sa vie à la cour de François Ier, qui avait été le précepteur et le conseiller de cette reine Marguerite de Navarre , dont le salon , rendez-vous de femmes galantes et de poètes licencieux, fut longtemps l’arsenal des railleries contre le catholicisme, et le boulevard des protestants contre les sévérités du Parlement et de la. Sorbonne.

Les religieux de Saint-Martin mirent à profit le caractère facile de leur abbé pour lui demander l’adoucissement de leurs obligations monastiques. Ils sollicitèrent l’au-

1 Annuaire de la Nièvre, 1800 , p. 56.

2 Testainentde Robert Huraut, n" 160. Le préambule de ce testament, où cet abbé déclare mourir dans la religion catholique, ne peut être considéré que comme une formule dictée par sa position, sans infirmer les témoignages qui pèsent contre lui.

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torisation de se faire chanoines , comme ceux de Vezelay et de Saint-Etienne de Dijon, afin de se débarrasser d’un seul coup de la clôture, de la vie commune et des offices de nuit. Sur la gracieuse réception par l’abbé de leur requête que le Parlement, du reste, et le pape ne voulurent point accueillir, ils se hâtèrent de supprimer la récitation du psautier et la remplacèrent par une légère aumône. Plus tard, en désespoir de sécularisation complète, ils se firent octroyer du roi la permission de dire leurs matines à quatre heures en été, à cinq heures en hiver, et du pape Jules II la dispense de toute veille de nuit.

Les traditions d’étude s’étaient affaiblies dans la même proportion que celles de piété. Si l’on donnait encore des dispenses à quelques religieux pour suivre les universités, on s’était débarrassé du soin d’instruire les novices dans l’intérieur du monastère -, en 1553, le collège d’Autun recevait annuellement 10 livres par élève pour remplir cet office. Les devoirs de la charité avaient été tellement négligés, que, sur le cri unanime des populations intéressées, il avait fallu y porter remède. Parmi les aumônes usitées depuis le moyen âge, il en existait une connue sous le nom d 'aumône des laiches. Elle consistait à distribuer, depuis le premier dimanche de carême jusqu’à la Saint-Martin d’été, un pain de froment d’un tiers de livre à tous les pauvres qui se présentaient à la porte du monastère. Les aumôniers chargés de cette distribution sur les revenus de leur office, avaient imaginé de réduire tellement le poids que presque personne ne se présentait pour y prendre part, et que ceux qui n’y avaient pas renoncé étaient accueillis avec aigreur, et le plus

souvent trouvaient la porte fermée. Robert Huraut , instruit de ces faits , dans un de ses moments de résidence, ordonna par un mandement que désormais 1 "'aumône des laiches serait rétablie, et que pour éviter toute supercherie , la cloche sonnerait durant un quartd’heure afin d’avertir les pauvres de la distribution que le prieur devait surveiller lui-même. Par un esprit de prévoyance que les malheurs des temps étaient bien propres à inspirer, il ordonna de faire d’amples réserves de blé, afin qu’en temps de disette on n’eût rien à retrancher à la part des pauvres , et qu’on pût leur donner en toute dilection et charité * . Enfin, par son testament, il leur laissa lui-même les deux tiers de sa succession estimée 5,712 livres , et recommanda d’économiser sur les frais de son enterrement, afin que leur part fût plus forte.

De pareilles œuvres devenaient plus que jamais méritoires de la part de l’abbaye, dont la situation matérielle était loin d’être prospère. Il semblait que tous les malheurs vinssent fondre sur elle à la fois et augmenter sa pénurie. Le mauvais état des affaires du royaume n’y était pas étranger. Les revers éprouvés par François Ie'' en Italie et les troubles de religion avaient nécessité l’établissement d’une foule de taxes et de décimes qui épuisaient les ressources du pays. Les biens de Saint- Martin avaient été plusieurs fois engagés ou saisis pour en assurer le paiement. Dans l’impossibilité de subvenir à l’entretien de tous les religieux , on avait

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été obligé d’en mettre quelques-uns à la charge des prieurés*. En 1544, après avoir perdu, deux années auparavant, par un vol, deux statuettes d’argent d’un grand prix représentant la sainte Vierge et sainte Barbe , ainsi que plusieurs tableaux , il ne resta d’autre moyen d’acquitter les décimes, que de vendre \es joyaux de l’église, les calices d’argent de la sacristie et d’engager la crosse abbatiale ornée de pierreries, d’un ange et de feuillages d’or. En 1553, la peste devenue endémique dans la Bourgogne, forçait les religieux à quitter la maison et à chercher un refuge où bon leur semblait. En 1555, des troupes de voleurs s’emparaient de Girolles, se faisaient un repaire du château , pillant et rançonnant la contrée. Ils menaçaient sans cesse Avallon , dont les habitants obligés de se fortifier parvinrent enfin , avec l’aide de trois cents hommes des environs, à se débarrasser de ces dangereux voisins1 2. Six ans après (1561), Charles IX ayant imposé le clergé à trois cent mille écus pour les frais des guerres , la ville d’Autun fut taxée au double de ce qu’elle devait, d’après une répartition établie en haine de Jacques Huraut son évêque , soupçonné d’avoir trempé dans la défection du connétable de Bourbon. Saint-Martin, pour acquitter sa quote-part, fut réduità fabriquer trente-cinq marcs d’argent de la dépouille de deux châsses. Il lui fallait en même temps pourvoir aux réparations de sa forteresse, devenue le lieu d’asile du voisinage depuis plus d’un siècle , et entretenir,

1 Charte n" 158.

2 Archives d’Avallon.

pour la défendre , un certain nombre d’hommes sur le pied de guerre Il fallait subvenir à la pension de ces religieux laïques, espèce d’invalides usés par la milice, envoyés dans les abbayes par les rois, qui se débarrassaient ainsi au détriment des moines d’une dette de reconnaissance \

Robert Huraut venait de mourir (1567), et durant la vacance le monastère avait été administré quelque temps au nom du roi par un économe , lorsqu’il éprouva le désastre le plus considérable qui ait marqué son histoire dans les temps modernes. Les troupes de Coligny, vaincues aux batailles de Jarnac et de Montcontour, s’étaient jetées en deçà de la Loire, et venaient de battre à Arnayle-Ruc le maréchal de Cossé, lorsqu’elles traversèrent l’Autunois au nombre de douze mille hommes. Le 29 juin 1570, à six heures du matin, elles se trouvèrent en face de Saint-Martin avant que l’on se doutât de leur approche. Les habitants du monastère, leurs vassaux et quelques troupes pareilles à celles que les chanoines venaient de lever à Autun pour la défense de la ville, s’étaient retirés en hâte derrière les fortifications. Ils pensaient n’être point attaqués, l’intention de Coligny n’étant pas de s’arrêter à guerroyer contre des bicoques, puisqu’il

1 On trouve mentionné sous l’abbé Petit-Jean un capitaine de la forteresse de Saint-Martin , nommé Amblot de Courtainville. Les habitants du bourg de Saint-Martin, de Millery, Crécy, Chaumotte, concouraient à la réparation de la forteresse par des mains-d’œuvre et des taxes.

2 De 1529 à 1570, nous voyons un soldat invalide ou estropié jouir à Saint-Martin, en vertu de lettres royales, d’une prébende de moine.

n’attaquait pas Autun. Les choses se fussent probablement passées en paix, si un des gens enfermés dans l’intérieur de l’abbaye n’eût été, par un motif de religion ou de vengeance particulière, d’intelligence avec les Huguenots et ne leur eut livré passage. Entrés dans l’enceinte du monastère par une poterne écartée , ils se dirigèrent d’abord vers l’église, brisèrent les marbres, les autels et les images, mutilèrent les statues, coupèrent les pieds, les mains, le nez et les oreilles au célèbre crucifix, dévastèrent le sanctuaire, lacérèrent les livres religieux et les ornements , brûlèrent dans la chapelle Saint-Ladre les armoires qui renfermaient les titres , défoncèrent les verrières , et , après avoir tout mis en pièces , essayèrent d’incendier l’édifice en amoncelant aux portes des fascines enflammées. Ils s’attaquèrent ensuite au logis abbatial et aux lieux réguliers, démolirent le dortoir, s’emparèrent du trésor, vidèrent le grenier et la cave , puis, à leur départ, jetèrent le feu à tous les coins de l’abbaye. Sa destruction allait être consommée si le chambrier, en livrant 1,200 boisseaux de blé aux Calvinistes, n'eût obtenu d’eux qu’ils s’éloignassent sur-lechamp. On eut le temps de porter un prompt secours et d’arrêter les ravages de l’incendie, dont le dégât dans les seuls bâtiments fut estimé à 16,500 livres.

Les moines, au nombre de huit, avaient jeté leurs habits et pris la fuite vers la ville l. Un seul d’entr’eux, Guillaume de Tintry, ancien grand-prieur, arrêté par la vieillesse, offrit sa tête presque centenaire aux coups des

1 Procès-verbaux de Saint-Martin.

ennemis, qui avancèrent de quelques jours la fin de sa vie. Les Huguenots brûlèrent sur leur passage l’église de Saint-Symphorien, en présence du roi de Navarre qui, suivant une tradition conservée dans le pays, regardait ce spectacle, assis sous un noyer existant encore il y a quelques années dans le jardin de l’abbaye. Autun, avec ses remparts nouvellement construits et la milice levée pour sa défense par le chapitre de la Cathédrale, n’eut pas l’honneur d’être attaqué, et consacra par une procession solennelle le souvenir de sa délivrance.

Aux Calvinistes succédèrent les Ligueurs. La guerre s’établit en permanence dans la province partagée entre le parti royal et la faction des Seize. Les terres étaient frappées de dévastation et de stérilité 5 des bandes armées ravageaient le pays, s’installaient dans les places fortes pour exercer delà leurs exactions, ou les détruisaient après s’en être emparé. Les unes tenaient pour un parti , les autres pour un autre, toutes pour le pillage et la violence. Le monastère réduit aux abois se trouva dans l’impossibilité d’acquitter plus longtemps les taxes portées coup sur coup. Il eut recours à la clémence royale, et remit aux commissaires des décimes l’état de ses charges et revenus constatant sa triste situation. Elle n’empêcha pas, en 1589, une de ces bandes aventurières de s’emparer de la forteresse de Saint-Martin et de s’y cantonner, battant la campagne , enlevant les foins et les récoltes. Le chef de ces maraudeurs était le capitaine ligueur de Marrey qui , repoussé des environs d’Arnay et d’Avallon par les troupes du maréchal d’Aumont, venait de temps à autre se réfugier à Autun auprès

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de ses amis cle l’Union. On ne put s’en débarrasser qu'en lui comptant 1,500 livres.

Le baron de Sennecey, commandant en Bourgogne pour le duc de Mayenne, craignant que les murailles de Saint-Martin ne tombassent entre les mains des armées royales, qui delà auraient pu inquiéter Autun , y plaça quelque temps le. capitaine de la Barre, afin de les occuper au compte de la Ligue ; puis jugeant cette occupation onéreuse et ayant besoin de ses troupes sur d’autres points, il fit démolir en 1591 les fortifications, ne laissant plus qu’une enceinte et des fossés.

Ailleurs , les affaires de Saint-Martin n’allaient pas mieux. Afin d’éviter les frais d’une garnison, les gens de Girolles s’étaient engagés à garder eux-mêmes le château de l’abbé. Les uns montaient la garde jour et nuit, se relevant à tour de rôle, les autres étaient chargés de faire sentinelle aux portes et de veiller à ce qu’aucun étranger n’entrât. La surveillance générale était exercée par messieurs deLauvilly, amodiateurs de la terre de Girolles. Ils recommandèrent de se défier des personnes même connues, étrangères au bourg. C’était en 1589, au plus fort de la Ligue, peu de temps avant l’avénement de Henri IY. Des partis royaux battaient sans cesse la campagne. La surprise redoutée par les gens de Girolles ne se fit pas attendre. Le lundi 20 mars, à midi, les sieurs de Milleron, Cœur-de-Boi, Marin, Charpentier, un soldat de Sermizelles, Joseph Thilin dit Lechêne, se présentèrent à la porte du château avec des daumaires , des besaces et des pioches sous le bras. Ils y rencontrèrent Gallois Moillat, Lazare Coqüillon , Philibert Boudin, échevins du bourg, avec qui ils s’étaient ménagé des

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intelligences. La, trois d’entr’eux, parmi lesquels le sieur Milleron , demandèrent à Coquillon s’il pouvait leur indiquer dans les bois du plan de clôture et leur donner un homme pour les aider 5 sur quoi ce dernier répondit qu’il allait d'abord chercher une émine d’avoine au château , et qu ensuite il les accompagnerait. « Dé- » pêchez-vous, mon oncle, s’écria Cœur-de-Roi , car j’ai » hâte. » Et ce disant, il suivit Coquillon au château. A peine entré, il se jeta sur Mathieu Finot , un des portiers, à qui il arracha sa pertuisane; il appela ses compagnons qui accoururent, l’épée à la main, en criant: Tue ! tue . mirent en fuite les deux autres portiers, et N emparèrent du guichet. Quelque temps après . les habitants d’Avallon reprirent le château de Girolles au profit de la Ligue. 1

Nicolas Brulard , maître des requêtes, abbé du Val-de- Giâce, et fils de Noël Brulard, procureur général au parlement de Paris , était alors commandataire de Saint- Martin, où il ne résidait pas. Sous prétexte qu’il était hostile au parti d’Henri IV, le sieur de Chantal, le capitaine de Saint-Mathieu , commandant du château de Montcenis, Julien de Bissy, gouverneur de Verdun, et autres gens de guerre, mirent la main sur les revenus des terres de l'abbaye placées à leur portée, faisant expier ainsi aux religieux les opinions politiques de leur abbé. Ces exactions prolongées de 1589 à 1593 ne laissant pas le nécessaire aux moines , ils furent obligés d’envoyer

1 Extrait du procès-verbal de la prise de Girolles, n" \ ci — Catalogue des Archives municipales d’Avallon.

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l'un d'eux au conseil privé du roi solliciter la mainlevée de cette saisie militaire. De son côté , Nicolas Brulard ne semblait pas se mettre beaucoup en peine de porter remède à cette détresse et de donner du pain aux religieux. Depuis trois ans, il leur devait la partie de leur prébende assise sur sa manse \ Il fallut obtenir contre lui, devant le bailliage d’Autun, une condamnation pour faire rembourser cet arriéré et rétablii les pensions. Tel fut le fait le plus saillant de son administration. Il résigna en faveur de Pierre Brulard, son neveu, conseiller au grand conseil , fils de Pierre Brulard de Genlis , secrétaire d’Etat sous Charles IX. Brulard II, après avoir été abbé jusqu’en 1623 sans laisser aucun souvenir à Saint-Martin, céda lui -même son bénéfice , l’année suivante, moyennant une rente viagère, à Nicolas de Castille.

i Elle consistait, pour chaque moine, dans quarante huit boisseaux de froment et dix feuillettes de vin.

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