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imperceptible des manuscrits jusqu’à l’immense cathédrale, a trouvé dans les moines ses adeptes les plus patients et les plus hardis. Toutes ces choses ont été dites mieux que nous ne pourrions le faire. En présence d’un aussi vaste sujet, nous rougissons, en vérité, des réflexions qui précèdent. Il y aurait un livre entier à écrire, et ce livre aurait pour titre : De la Civilisation moderne par les Monastères .
Centre vénéré d’initiations druidiques , puis foyer d’idées romaines au cœur de la Gaule , le pays Eduen auquel lesBurgondes donnèrent plus tard leur nom, fut, un des premiers, converti à l’Evangile. Le Christ, dans son humilité, se l’attacha plus énergiquement que n’avait fait le peuple-roi dans le prestige de sa grandeur. Il devint le champion de l’Eglise, comme il avait été celui de Rome, et nous allons voir, dans la fondation des établissements monastiques, quelle fut sa mission.
Dès les premiers jours du christianisme , une foule d’hommes quittant les villes où le contact de la corruption leur semblait incompatible avec la vie chrétienne ,
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s’étaient dispersés dans les solitudes de l’Egypte et de l’Asie mineure. Ils vivaient du travail des mains, de pénitence, de prière, de contemplation. Ces essais individuels, que nulle règle n’avait encore disciplinés, où l’esprit suivait sans contrôle et sans entraves les inspirations d’une foi ardente, recélaient le germe d’institutions plus complètes et qui devaient couvrir la face du monde. Eclaireurs isolés, quoique répandus cependant par mil liers, les solitaires devancèrent partout les cénobites ; la cellule précéda le monastère.
Au moment même où l’Orient donnait naissance à la vie érémitique, sainte Marie -Magdeleine , suivant la tradition provençale, l’inaugurait dans la grotte de la bainte-Baume, entre Aix et Marseille. Les îles voisines de l’Italie, celles du midi et de l’ouest de la Gaule virent successivement aborder de nouveaux habitants s’ouvrant, au sein des mers, ces retraites cachées que la Thébaïde offrait à leurs frères. Bientôt ils se répandirent sur le continent, comme pour s’assurer si la solitude était possible parmi les hommes, et en 387, au moment où s’élevaient les premiers monastères gallo-romains, ils avaient pénétré jusqu’aux environs de Trêves. Leur genre de vie fut en honneur dans nos contrées jusqu’au IXe siècle.
Peu d’entr’eux nous ayant laissé leurs noms, on a cru généralement que ces solitaires n’avaient pas été nombreux en Occident. Mais des témoignages considérables déposent du contraire. Grégoire de Tours et les légen daires du Ve au VIIe siècle, en citent de fréquents exemples. L’esprit de mortification le plus austère présidait au choix de leur habitation , si on peut appeler de ce
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nom le lieu de leur demeure. Ils n’avaient, en effet, pour la plupart, d’autre toit que l’ombre des forêts et la voûte du ciel. Les uns se cachaient dans les crevasses des rochers, dans le creux des arbres , dans les excavations de la terre, ou se bâtissaient des huttes de neige pendant l’hiver. Les autres se fixaient auprès d’une simple pierre ou dans des tombeaux abandonnés. D’autres enfin s’entouraient d’une palissade de bois pour se soustraire aux yeux de l’homme , mais non aux intempéries des saisons.
En remontant d’ailleurs à l’origine des premiers monastères burgondes, on voit qu'ils prirent naissance d’un groupe de solitaires attirés autour de quelque saint par l’édification de ses vertus et de ses conseils. Les établissements monastiques ne déracinèrent même ce genre de vie qu’avec peine. Saint Golomban , effrayé du nombre de religieux qui quittaient les monastères et se dispersaient dans les bois, sous prétexte d’une plus grande perfection , sollicitait du pape Grégoire le Grand les moyens d’arrêter ces désertions. 1
Aux portes d’Àutun, près des tombeaux élevés dans le polyandre de la via strata aux saints et aux premiers évêques Sympliorien, Amateur, Rhétice, Simplicius, des solitaires occupaient de nombreuses cellules. Tel fut, dans ces temps primitifs , Léonien , le seul sur lequel quelques détails nous soient parvenus.
1 Sous Pierre-le- Vénérable, vers 1130, plusieurs moines vivaient encore en ermites dans les forêts voisines de l’abbaye de Cluny. V. Hurler, tableau des institutions de l’église, t. 2, p. 36t.
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C’était un captif que les Burgondes, dans une de leurs incursions, avaient amené de Pannonie où depuis longtemps régnait l’Evangile. Il était né à Sabarie, patrie de saint Martin. Clos dans sa cellule pendant un grand nombre d’années, il détermina plusieurs fidèles à imiter son exemple. Ayant quitté Autun par un motif inconnu, il se retira à Vienne en Dauphiné. C'était l’usage , à Vienne, que l’évêque choisît un saint homme qui se vouât à la réclusion dans l’intérieur de la ville. Etrangère au monde , ne communiquant avec lui que par la charité, cette victime volontaire passait sa vie à offrir au ciel les vœux des fidèles et à prier pour eux. Léonien fut désigné afin de remplir ce rôle de médiateur entre Dieu et la cité. Il resta reclus quarante ans , sans qu’un regard humain eût aperçu son visage. Il recevait par une étroite fenêtre le pain de chaque jour et donnait des conseils spirituels à ceux qui accouraient le visiter. Une foule de religieux se fixèrent autour de sa cellule du fond de laquelle il dirigeait deux monastères. ‘
La vie commune suivit de près la vie solitaire. L’arrivée des disciples de saint Polycarpe dans la province lyonnaise dut déterminer quelques essais d’organisation monastique. Ce saint vivait en communauté avec ses clercs-, il est probable que ces derniers introduisirent, dans les églises qu’ils fondèrent, la règle du maître.
Ce fut seulement à la veille de l’établissement des Visigoths dans l’Aquitaine et des Burgondes dans la Séqua-
1 Mabillon. Annales Bénédictines , t. I, p. 31, 32, 36. On croit que saint Léonien vint à Autun en 487.
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nie, que saint Martin, en 360, dota la Gaule de sa première grande fondation, et inaugura la vie commune à Ligugéet à Marmoutiers. Ce jalon était à peine fixé, que rîle Barbe, Saint-Victor de Marseille et Lérins ouvraient à la science et aux vertus monastiques de célèbres abris. Dépositaire des traditions romaines, plus épargnée dans les désastres de l’invasion germanique, la Gaule méridionale se trouvait en outre en communication directe avec l’Orient, où, depuis longtemps, les moines vivaient réunis sous diverses règles. Elle reçut les institutions nouvelles, les propagea avec rapidité, et le courant remonta du midi au nord.
Vers 430, un moine, nommé Sabin, dirigeait le monastère d’Ainay, au confluent du Rhône et de la Saône *. Dans un de ces voyages fréquents alors, où les hommes de piété allaient, comme les anciens Sages, à la recherche de nouvelles lumières, saint Romain, né en Burgondie, s’arrêta près de lui. Sabin possédait quelques livres sur les anachorètes d’Orient. Son hôte les lut, et pénétré d’admiration à la vue des prodiges accomplis par la volonté humaine aidée de Dieu , il jugea ses voyages désormais inutiles. Il reprit la route de son pays, se proposant d’y vivre comme les disciples d’Antoine et de Pacôme. Dans les montagnes du Jura, il fit choix d’une retraite impénétrable et vécut quelque temps en ermite. Bientôt son frère se réunit à lui , renouvelant l’exemple de Jean, frère de saint Pacôme ; puis d’autres disciples accoururent, et, dans ces gorges étroites, reproduisirent
1 On ignore la date de la fondation de ce monastère qui fut réparé par Brunehildé; Sabin est le seul abbé connu avant cette reine.
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l'image de Tabenne et de Scétis. lis élevèrent près d’une voie romaine le monastère de Condat *, qui porta pendant plusieurs siècles le nom de saint Oian , un des successeurs de saint Romain. Versé dans la littérature grecque et latine, passant ses nuits à l’étude, saint Oian fut, dans les temps barbares, une des gloires les plus pures de Condat. Il avait connu à Vienne le reclus Léonien, et reçu de lui, en signe d’affection, un scapulaire de poil qu’il portait l’été, rappelant par ce vêtement les cilices de poil de chèvre des anachorètes d’Orient. Saint Antoine, au moment de sa mort, avait de même envoyé à saint Athanase et à l’évêque Sérapion un manteau et une peau de brebis.
Le nombre des religieux augmentant sans cesse, la montagne stérile de Condat ne put bientôt suffire à leurs besoins 5 une émigration devint indispensable. Saint Romain fut placé à la tête des nouveaux colons avec son frère Lupicin. Ils bâtirent à quelque distance l’abbaye de Lauconne, vers le milieu du Ve siècle. Leur famille monastique ne tarda pas d’étendre ses ramifications jusqu’en Allemagne. Les deux frères se partagèrent la direction générale, l’un à Condat, l’autre à Lauconne. Avant de mourir, ils eurent la joie de voir leur sœur quitter le monde et venir sur leurs traces chercher Dieu et la paix. L’hospitalité qu’ils lui accordèrent était digne de son sacrifice 5 ils élevèrent pour elle l’abbaye de Raume ; elle y vécut avec cent compagnes.
« Dans l’histoire naïve des deux frères paraissent leurs
1 Saint Claude , archevêque de Besançon , s’y retira et y mourut en 698. La ville de Saint-Claude doit son origine à ce monastère.
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» vertus et leur caractère opposé; la douceur de saint » Romain et la rigidité de son frère, véritable père du » désert, ses austérités surpassant, dit le légendaire, » toutes celles de l’Orient et de l’Egypte; sa longue vie , » la faveur dont il jouit près des rois de Bourgogne, son » costume formé de peaux d’animaux et de sabots gros- » siers, qu’il ne quittait qu’en se rendant à l’assemblée » du comte. La foule se presse sur leurs pas; ils défri- » chent des forêts aussi antiques que le monde. La ha- » che, le hoyau, quelques livres, et surtout les livres » saints , voilà toute la richesse de ces solitaires. » 1
Si l’on excepte l’île Barbe, où des religieux apparaissent dès l’origine de l’Eglise lyonnaise, peu d’Eglises peuvent faire preuve d’institutions cénobitiques avant Autun. La règle primitive y arriva des deux principaux centres qui réunirent en Orient les forces monastiques , l’Egypte et Césarée de Cappadoce, où saint Antoine et saint Basile avaient donné des préceptes à la vie solitaire ainsi qu’à la vie commune. Ces deux règles précédèrent toutes les autres et formèrent le code du premier monastère d’ Autun.
Celle de saint Antoine y fut introduite probablement par saint Cassien d’Alexandrie, qui l’avait pratiquée dans la Thébaïde , après avoir été instruit dans la foi par ce saint martyr Théonas qui avait évangélisé le midi de l’Egypte à la tête d’une troupe de missionnaires, condamnés au feu ou décapités, au nombre de trente-sept, par ordre du proconsul. Cassien était déjà élevé à la dignité
1 Edouard Clerc. Etudes historiques sur la Franche-Comté : époque Bourguignonne.
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