‹ Essai historique sur l'abbaye de Saint-Martin d'Autun de l'ordre de Saint-Benoît;Chapitre 52 sur 56 · INSCRIPTION GRECQUE CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

INSCRIPTION GRECQUE CHRÉTIENNE

(Voir chap. III , p. 48. )

De tous les fragments découverts au polyandre de la Via strata , aucun n’égale en importance, pour l’archéologie chrétienne, l’inscription grecque trouvée en 1839, et déposée aujourd’hui au musée d’Autun. Ce texte , dont les mutilations ont exercé la patience et l’érudition des plus habiles iconographes de l’Europe, est gravé sur une table de marbre blanc, en caractères d’un type élancé, conservant les belles formes voisines du temps d’Auguste, encore en usage au IIIe siècle, chez les Grecs d’Orient. Nous le reproduisons avec une interprétation extraite des Annales de philosophie chrétienne, t. I, II, III, 3e série 1841.

NOTES

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Le céleste 1X0Y2, fils de Dieu, du fond de son cœur sacré A rendu des oracles et pris au milieu des mortels une immortelle vie.

Ami, rajeunis ton âme dans les eaux divines,

Aux sources intarissables de la sagesse , prodigue en trésors.

Prends l’aliment doux comme le miel du Sauveur des saints.

Prends, mange et bois, 1X0Y2 est dans tes mains.

Veuille 1X0Y2 répandre ses grâces , c’est mon ardent désir, ô maître Sauveur !

Que ma mère te contemple dans la joie , nous t’en prions tous deux, ô lumière des morts !

Ascandius, père bien aimé de mon cœur,

Et vous , très douce mère , et vous mes frères ,

Dans la paix du Sauveur, souvenez-vous de Pectorius !

IX0Y2 a passé dans les souffrances.

Cette inscription a évidemment appartenu à un monument funéraire, élevé par la piété d’un fds à la mémoire de ses parents chrétiens. Elle forme une sorte de petit poème dans lequel on remarque deux parties bien

NOTES

distinctes. La première, composée de trois dystiques, renferme, sous des images symboliques pleines de grandeur, une revue des plus beaux mystères de la foi chrétienne. Les deux premiers vers établissent l’origine céleste et divine de Jésus -Christ , désigné chez les premiers chrétiens sous le symbole du poisson, 1X0T2, la p'rédication des oracles évangéliques, l'incarnation. Les deux suivants invitent le néophyte à régénérer son âme dans les eaux divines du baptême, source intarissable de la sagesse suprême, ils attestent l’antiquité de ce sacrement, son efficacité divine , les grâces que confèrent la sagesse ou l’Esprit Saint. Les deux derniers appellent le chrétien à participer à l’eucharistie, aliment que donne le Sauveur des saints, et par ces mots qui les terminent « prends, mange et bois, 1X0TE est dans tes mains , » ils indiquent la présence réelle, ainsi que l’antique usage de recevoir l’eucharistie sur les mains.

La seconde partie, composée de vers hexamètres, est consacrée au souvenir des défunts ensevelis sous le monument. Un fils y dépose ses espérances immortelles; il prie pour ses parents appelés à une autre vie, et intercède auprès d’eux pour lui-même. L’effusion de la grâce par la prière, la prière des vivants pour les morts, la vision béatifique des justes, leur intercession pour les vivants, liens touchants qui resserrent dans le ciel et sur la terre la communion des saints, enfin, le souvenir suprême de la rédemption de l’homme par les souffrances de Jésus-Christ dont les mérites sont invoqués une dernière fois et proposés en exemple, tels sont les dogmes chrétiens qui font de cette inscription vénérable tout un symbole catholique de seize cents ans.

Les interprètes qui se sont occupés de ce monument, ont placé sa date au IIIe siècle, entre l’introduction du Christianisme à Autun et son triomphe sous Constantin. La forme des caractères , l'emploi du symbole IX0T2,

MOT liS

qui appartient à l'époque des persécutions , quand le Christ ne pouvait encore être nommé , et que les mystères nouveaux se cachaient sous le voile du secret, ne permettent pas de doute à cet égard.

On y retrouve d’ailleurs les locutions familières aux premiers apôtres de la Gaule, auxPothin, aux Irénée, la vive empreinte de leur génie et de leur foi , la trace de leurs luttes contre les deux plus grands ennemis de l’Eglise à cette époque, le gnosticisme et la persécution.

« Le moment précis de notre inscription, dit l’auteur du travail inséré dans les Annales de philosopie chrétienne , est évidemment celui où les derniers apôtres , venus de l’Orient et repoussés de Lyon , évangélisaient les contrées éduennes, où le gnosticisme oriental cherchait à altérer dans nos Eglises les notions chrétiennes sur Jésus, le baptême, l’eucharistie; où saint Irénée et ses disciples combattaient ces erreurs par des écrits et des poésies grecques populaires. Un siècle plus tard , l’arianisme remplace le gnosticisme qui a disparu ; son dernier théâtre a été la Gaule éduenne ; là il a reçu de la main d’Irénée le dernier coup , et notre inscription est comme un chant triomphal qui proclame sa défaite. »

On peut donc en fixer la date au règne de l’empereur Sévère, à peu près vers le temps du martyre de saint Symphorien , quand les premiers chrétiens d’Augustodunum se cachaient dans les tombeaux du polyandre païen de la Via strata, et que leur langage mystérieux, intelligible seulement pour les initiés, se dérobait à l’interprétation de leurs ennemis et cachait la vérité sous les ornements de la poésie.

Voyez sur celte inscription, indépendamment de l’ouvrage cité plus haut : Epigramma greco-christiano de primi sccoli trovato presso l’antico Augusloduno. Dal. P. Giampietre Seccbi S. J. (Romæ 1840).

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