‹ Essai historique sur l'école d'Alexandrie et coup d'oeil comparatif sur laChapitre 11 sur 25 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

De la protection dont jouirent les sciences et les lettres grecques dans les premiers siècles de Vère vulgaire.

Au moment où l'école d'Alexandrie passa sous la tiomination des Aomains, aucune des anciennes dynasties q[ui s'étaient, partagé l'empire d'Alexandre et (jui avaient protégé les lettres à l'exemple de ce prince, n'existait pins : le sénat avait renversé leurs trônes ^ déclaré leurs royaumes provinces romaines, et fait transporter en Italie les monumens dont ils avaient enrichi leurs capitales.

Quand on considère avec quelle généreuse passion les successeurs d'Alexandre avaient encouragé les lettres 9 quels regrets ne doit -on pas éprouver en

voyant les Attales , les Séleuddes et les Lagides dépouillés de leurs sceptres par les avides conquerans d'Italie? Si les derniers rois ^'Egypte, de Syrie et de Pergame semblent indignes de régner sur les peuples 9 il n'en faut pas moins gémir sur la ruine de leurs institutions. Leurs vainqueurs sont*ils d'ailleurs moins corrompus y et plus dignes de l'empire du monde ?

A la vérité, les Romains respectent les travaux scientifiques des peiqples qu'ik subjuguent; ils laissent aux Égyptiens leurs richesses littéraires , ils y ajoutent celles des Attales ; ils n'enlèvent pas les bibliothèques des Séleucides ; ils attirent les sa vans à Rome : mais leur protectiop est ^térilç, et les faveurs qu'ils répan«> dent deviennent unf nouvelle calamité pour les lettres* Les Grecs qui vont captiver l'attention des grands en Italie, y sont toujours traités en étrangefi ; malgré l'affection que leur témoignent quelques-uns des chefs de l'empire y ils en sont regardés comme de vils sophistes. U faut ime supériorité incontestaUe pour se faire pardonner le manque d'une patrie, même dans la répo» blique dés lettres. Les Grecs, qui affluait à Rome, n'y forment jamais une nation, et rien ne demande plus les suffrages de tout un peuple que l'ambition littéraire.

Les Grecs ne furent pas même entendus par les Romains. Si les plus beaux. génies de la république, les Caton , les Cicéron , les Pompée , les Lucullus > ont défiguré d'une manière étrange celle des branches de la littérature qui doit le moins s'altérer par la transplantation , j'entends la philosophie ^ comment les

Grecs pouvaient - ils être appréciés des Rômaiiis qui vécurent après Auguste ^ ?

En effet, quoique Rome se remplisse des savans de la Grèce, de TEgypte et de l'Asie mineure; quoique les savans, en abandonnant Athènes et Alexandrie, privent les écoles de ces villes des .homihes les plus distingués , ces mêmes viUes conservent leur supério* rite sur Rome.

Il n est point douteux que les Grecs , quelle que fût leur dégradation, n'eussent produit encore beaucoup plus d'ouvrages remarquables, si le sort ne les eût soumis aux empereurs. Avant la ruine de Corinthe, la Grèce était remplie des . plus beaux monumens de l'art ; elle en conservait même au siècle de Pausanias : il ne fallait que laisser les Grecs sur leur sol natal avec les chefs-d'œuvre de leurs ancêtres, pour les voir Reproduire des époque^ glorieuses, ^ U faut louer les empereurs de toutes les faveurs qu'ils ont accordées aux lettres; il faut déplorer les Grecs d'en avoir eu besoin. Ils avaient reçu les mêmes faveurs de3 Lagides; mais leur situation était toute différente : ces princes étaient Grecs ; les lettres faisaient leurs délices; les savans étaient leurs

f Ccst une opinion reçue parmi les meilleurs antiquaires, que les Romains ayaient même peu de goût pour les beaux-^rts qui firent r ornement de la Grèce , et que c*est ï leur amour du luxe qu*il fiiut attribuer r«mpresscment qu'as montrèrent k se procurer des monu* mens de peinture et de sculpture.

a Jb produisirent même des chefs-d'oeuvre dans leur exil : quel* ques-unes des plus belles statues qui nous restent des Grecs ont éU csiécatées à Rome«

anus : ils s^honoraiei>t les uns les autres, et leurs noms aspiraient de concert à Timmortalité.

Sous leur règne nous avons vu l'école d'Alexandrie cultiver avec succès toutes les branches du savoir humain :nous avons vu des poètes rivaliser, npn sans gloire, avec les plus beaux génies de l'ancienne Grèce $ des mathématrciens surpasser de beaucoup les travaux de leurs prédécesseurs; des astronomes et des géo^ graphes détruire les systèmes erronés qu'on avait élevés et respectés pendant des siècles, et jeter les vrais fon^ démens de la cosmographie ; quelques historiens exacts corriger les erreurs reçues avant eux; des grammai* riens et des critiques habiles rétablir dans leur intégrité primitive les chefs-d'œuvre des temps passés; enfin , des philosophes estimables conserver fidèlement les doctrines anciennes.

Tant de gloire n'était pas réservée aux siècles que nous allons parcourir : nous n'y trouverons plus de productions poétiques ou historiques dignes de la postérité; nous trouverons l'étude de la nature et celle des sciences médicales abandonnées. Cependant nous verrons avec joie un célèbre mathématicien donner des systèmes d'astronomie et de géographie aux siècles qui le suivront; nous verrons quelques critiques léguer aux âges futurs tous les trésors de la langue grecque; nous verrons des philosophes distingués essayer tour à tour le scepticisme, l'édecticisme, le platonisme et le syncrétisme; nous verrons, enfin, le premier écrivain de l'école judaïque et les docteurs les plus savans du christianisme lutter avec succès

contre les beaux systèmes de la Grèce : nous l'avons déjà dit, il ne peut y avoir d'époque plus intéressante dans rhistoire de la philosophie , «pie les derniers momens de l'école d'Alexandrie.

L'apparition. du platonisme et même celle du kan^ tianisme ne sont que des phénomènes du monde ra* tionnel' : la lutte des doctrines grecques , judaïques et chrétiennes , intéresse à la fois le rationalisine et le supematuralisme.

Si j ^ans la même période y nous rencontrons des lacunes ou des productions peu importantes, nous ne perdrons pas de vue que c'est dans la décadence des Grecs que nous cherchons ici quelques leçons.

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