CHAPITRE lïL De Véloquènce ou des rhéteurs sophistes
Ce ne sont pas des monumens d'éloquence que nous cherchons dans les annales des siècles de déca-
dence ; nous désirons seulement connaître quelles
'I Voyet ci-4cs$iu y \i. 35, ft Première jNurUe > p. ^86.
farent les dernières productions de ce génie qui, autrefois , avait inspiré les Péiidès et les Démos^ thène.
Ces productions me semblent encore remarquables, et je crois fausse l'opinion générale qui s'est formée sur les orateurs grecs des derniers temps. En leur prodiguant les titres de rhéteurs et de sophistes , on croit avoir jugé leurs discours , et en grossissant les traits de la cupidité de quelques-uns d'entre eux , on croit pouvoir être injuste envers tous. On leur reproche de l'avilissement et des déclamations sur deis sujets fictifs ; mais y s'il est bien vrai que l'honnêteté inspire seule la véritable éloquence y il faut remarquer que plusieurs de ces sophistes furent des hommes estimables et qu'ils parlèrent souvent sur des intérêts graves. Les panégyriques de ces empereurs dont les uns cultivaient les lettres avec succès, dont d'autres parcouraient à pied leurs vastes provinces afin de mieux en étudier les besoins , dont quelques-uns regardaient comme per- -dus les jours auxquels ils avaient fait moins d'heu'reux qu'à l'ordinaire ; les panégyriques de ces princes, dis-je, permettaient l'emploi d'une haute éloquence. Les grandes causes qui se plaidèrent à Rome, les réclamations qui s'y faisaient au nom de quelques villes ou de provinces entières, les événemens de chaque jour, présentaient de beaux sujets oratoires. Quant aux sujets fictifs, les orateurs qui les traitèrent me semblent encore mériter notre attention. La plus brillante éloquence n'est souvent que le résultat d'une grande situation; et on doit tenir compte aux rhéteurs sophistes de tous
les triomphes qu'ils ont remportés dans des circons-^ tances défavorables. Leurs auditoires , plus justes que la postérité, les applaudirent souvent à raison des difficultés qu'ils avaient vaincues* Si ces motifs ne peuv^t plus aujourd'hui modérer notre rigueur, reconnaissons au moins qu'il existe dans leurs discours des morceaux vraiment éloquens , et dans leurs théo* ries sur l'art oratoire des préceptes très-sages.
Le musée, occupé de travaux scientifiques, n'a Aieiudrie. laissé dans ce genre que les Progymnasmata ou les exercices de rhétorique de Théon d'Alexandrie. Cet ouvrage, qui nous reste, est en grande partie consacré à l'explication des théories d'Hermogène et d'Aphthonius.
Nous avons déjà vu que l'école d'Alexandrie s'était interdit l'art oratoire depuis Démétrius de Phalère. n est probable toutefois qu'on continua d'enseigner les préceptes de l'éloquence pour l'usage de ceux qui se préparaient à parcourir en rhéteurs la Grèce, l'Asie mineure et l'ItaUe. Il est de fait que plusieurs grammairiens sophistes formés à Alexandrie allèrent s'établir à Rome dans cette période.
Les plus beaux traités théoriques de cette époque p«ys grect. sont ceux de Denys d'Halicamasse. Sa rhétorique , ses caractères des auteurs anciens , ses mémoires sur les orateurs attiques, ont contribué à fixer nos doctrines , et à éclairer la critique que nous faisons des anciens.
Le rhéteur Aristide nous a laissé un traité important sur la diction politique ^t simple : il y prend pour
modèles Démosthène et Xénophon , et fl tire de leurs écrits des exemples qui augmentent le prix de ses préceptes. C'est un traité qu'on peut encore recommander aux jeunes orateurs.
Le sophiste Adrien voua aussi ses loisirs à la^ com« position d'ouvrées théoriques. D publia cinq livres sur les formes des discours, et quelques autres ouvrages.
Les sophistes Celer, Potamon de Milet, Philon de : Biblos, Alexandre Numénius, Ménandre de Laodicée, Hermogène de Tarse, Aphthonius d'Antioche et. un grand nombre d'autres, cités également parmi les théoriciens, nous prouvent que dans presque tous les pays grecs ou continua de chérir l'art oratoire. Ce qui le prouve surtout , c'est la célébrité qu'ont acquise la plupart de ces écrivains.
Hermogène de Tarse, insdtuteur de Marc-Aurèle , et doué d'un génie précoce, avait publié, jeune encore^ un ouvrage étendu qui semblait épuiser la niatière ^ : il perdit la mémoire, dans un âge peu avancé >; mais il eut du moins la satisfaction de voir ses théories introduites dans toutes les écoles grecques. ,
Aphthonius d'Antioche fut plus heureux encore^ non-seulement on adopta ses Progfmnasmaia dans les écoles grecques ; mais le moyen âge et même des générations plus rapprochées de nous en firent la base de leurs études de rhétorique.^
1 II professait à Vi§t de quinie ans.
a A vingt-cinq ans. •«
3 . Nous y ferons remarquer la description de la citaddie d^Âlexaiv^ drie, qui donne qoelqttes détails^ sur les curiosités de cette ville.
Cependant, Denys d'Halicarnasse surpassa les autres théoriciens , comme Dion de Pruse les orateurs.
Dion de Pruse y acquit par son talent le surnom de Clirjsostôme qui lui est resté : il s'était exercé dans sa jeunesse sur toutes sortes de sujets ; mais il s'aperçut bientôt que le seul genre oratoire qui promît encore des succès, était celui des discours philosophiques, et il s'y livra particulièrement
Parmi les quatre -vingts morceaux qu'il nfous a laissés, il n'y en a qu'un petit nombre qui appartienne au genre des déclamations. Celui des discours philosophiques qui a le plus de réputation, traite de la connaissance de Dieu : d'autres concernent les mœurs des peuples ; parmi ceux*ci on distingue le discours contre les Alexandrins , qui peint si vivement leurs goûts, et celui sur les Rhodiens^ : d'autres sont des panégyriques d'Homère, de Socrate et de quelques autres honunes supérieurs : quelques - uns sont consacrés à des sujets d'histoire qui se prêtent à l'élor quence, entre autres la destruction de Troie. Les discours «sur la liberté et sur la vertu respirent les sentimens les plus nobles ; ceux sur les richesses et le bonheur appartiennent plutôt au genre des déclamations.
Dion Chrysostome passa une grande partie de sa vie à Rome, sous Domitien, qui l'exila, sous Nerva et sous Trajan. Ses discours prouvent qu'il avait vécu quelque temps à Rbodes et à Alexandrie.
I Voyex Pièces mddiHoMiutUs ^ G.
S'il ne fut pas surpassé par les rhéteurs de cette période , il y eut du moins , avant et après lui y quelques hommes d'un grand talent.
Avant lui on ne remarque guère que Lesbonax, contemporain de Tibère, qui nous a laissé deux déclamations dans lesquelles on trouve quelques beaux passages ; voici , par exemple , ce qu'il dit des guerriers morts au champ d'honneur : Qui peut mourir plus glorieusement ^ue ceux ijui périssent ainsi? Ils sont honorés d'un tombeau érigé aux frais du trésor public; on offre pour eux des sacrifices y on institue en leur honneur des jeux et des combats : ils échangent un corps périssable contre un monument indestructible^. Il y a peut-être de la redierche dans ce style ; mais il me semble que Pendes n'aurait pas désavoué un tel passage dans son éloge des guerriers morts à Samos.
Après Chrysostôme nous distinguons Polémon de Laodicée en Carie, Hérode de Marathon, Aristide de Smyme , et Adrien de Tyr.
La ville de Rome avait été le théâtre principal des discours. et des leçons de Chrysostôme; Polémon enseigna à Smyme, et y attira une jeunesse nombreuse et distinguée. ^ f
Les habitans de cette cité , qui l'honorèrent dès son jeune âge , lui confièrent plusieurs fois des missions auprès des empereurs, et il obtint pour eux de grandes
iMiA
I Tiré du Protrepticury p. i52 ; éd. Aid.
» Voy. Philostrat. f^/V^r sophiit, l^ p* 53 1 ; éd. Oieario,
iaveurs d^ Adrien. Il fit honneur à sa patrie àdoptive par âa magnificence. Les Smyméens l'élevèrent enfin à la préture de leur ville. L'empereur Adrien y de son côté y lui accorda toute sa confiance et Fagrégea aux honneurs du musée d'Alexandrie. Le fik d'Adri'en, Antonin le pieux, se montra peut-être plus généreux encore en lui pardonnant le traitement qu'il en avait reçu pendant son proconsulat d'Asie K II aidait au reste y dit son biographe , Vame si élevée ijuHl trai*tait en supérieur at^ec les villes , yu'i/ n^ était pas inférieur aux princes y et quHl parlait aux dieux comme leur égal. Cette opinion de Philostrate peint les mœurs d'un siècle où Polémon y traité de demi-dieu, était placé infiniment au-dessus de Démosthène comme orateur^ et au-dessus de Socrate comme philosophe. Ses rivaux même eurent pour lui la plus profonde vénération : Hérode de Marathon, surnommé l'Attique, qui eut avec lui une entrevue à Smyme, ne parlait de lui qu'avec enthousiasme ; second Eschine , il dit aux Adiéniens qui venaient d'applaudir un de ses propres discours : C*est Polémon (jiCil faudrait entendre^ !
La dicdon de cet orateur était véhémente ; ses sentences, graves comme celles de Démosthène, donnaient à ses discours la solennité des oracles. Son plus beau
I Philostrat , 1. c* Sa maison étant la plus bdle de Smynie , Antonin 8*7 était logé dans l'absence de Polémon ; ce sophiste revint , et i*en fit sortir ait milieu de la nuit.
a Polânon lui-même sVtai^ empressé dt rechercher Dion iui Bithynie.
rôle, c'est ici le mot propre, était celui de Démos^ ihène qui jure quUl tCa pas reçu les cim/uante talens. ^ Les sujets de ses antres discours peuvent faire con* naître le goût des rhéteurs de ces temps : c'était, Xénophon qui veut mourir pour Socrate; Solon qui demoFuie que les lois soient abolies , parce que Pisis^ trate s^en arrogeait la sun>eiUance , etc.
Polémon avait contracté l'habitude du discours ora* toire au point qu'il s'en servit jusque dans ces momens où l'homme renonce d'ordinaire i tout ce qui tient de l'art. Atteint d'une muladie mortelle, il écrivit à Hérode : Je dois manger , je n^ai pas de mains / je dois marcher ^ je manque de pieds : je dois souffrir^ j'ai des pieds et des mains ! Déjà mourant il dit à ceux qui l'entouraient : j^mis , coûterez ce corps que je rends à la terre ; le soleil ne doit pas me voir gatdant le silence/
n ne nous reste des productions de son éloquence que deux panégyriques prononcés par les pères de deux guerriers morts au combat de Marathon.
Polémon avait été surnommé le Démostkène ; son rival, Hérode d'Attique, reçut de ses contemporains le titre de roi de Véloquence. Il s'acquit aussi une haute considération par ses vertus civiles. Descendant de la famille des Éacides, il comptait parmi ses ancêtres Miltiade, le libérateur delà Grèce, et Qmon , le plus funeste ennemi des Perses. Sa fortune était immense , et il en faisait un usage aussi
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1 Dans raccasation da Démade.
pompeux que de ses tâlens. H comparait ceux qui renferment leurs richesses dans des coffres , aux sauvages Aloades qui offrent des sacrifices à Mars après Tavoir enchaîné ^ Ses talens et sa fortune le recommandèrent aux,empereurs : Adrien Festima particulièrement. Ayant obtenu de ce prince des sonunes considérables pour des dépenses en faveur d'Alexandrie en Troade, et ayant excédé son crédit, il y ajouta de sa propre fortune. S'il agit ainsi dans les villes libres d'Asie où il eut à exercer une magistrature extraordinaire ^^ il se montra encore plus libéral envere ses compatriotes : il fit un legs pour distribuer annuellement de l'argent au peuple d'Athènes; il offrit quelquefois des hécatombes à Minerve pour avoir l'occasion de régaler ses concitoyens ; il traita particulièrement les adorateurs de Bacchus. La religion se mêlait presque toujours à sa magnificence : présidant aux panathénées 9 il fit construire sur les bords de l'Hisse un stade de marbre blanc ^ ; il érigea, en l'honneur de Régille sa femme, un théâtre qui devait lui servir de temple 4. Ces deux monumens étaient d'une telle richesse qu'ils n'eurent pas leur pareil dans l'empire romain*
Son pieux faste ne se borna pas même à l'Attique; il fit élever des monumejas à Corinthe, et remplit de
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I FlOlost. VUm s^à. , m.I^ p. 5So.
a Qudqaes cités ayaient consenré le privilège de se goa?eraer d^aprës leurs andeimes lois («i^rovo/uM x«i ihwûtftAt),
3 AtBoç XtMe«.
4 H/Mi««v.
statues les temples de la Grèce» H regrettait cependant q[tte tous ces ouvrages fussent sujets à la destruction y et il ambitionnait l'exécution d'un monument qui fût aussi durable que le monde : il regardait comme telle la jonction de la mer Egée à celle d'Ionie, et il aurait demandé aux Césars la permission de faire couper l'isthme de Corinthe, si sa modestie ne l'eût détourné, d'une entreprise dans laquelle avait échoué Néron.
Son éloquence est comparée par un ancien à un fieuve d! argent dans , lequel brillent des paillettes' dor^. n ne nous reste qu'un seul de ses discours^ qui ne justifie point ces éloges ^ et dont le sujet est Démosthène engageant les Thébams à s*umr at^ec le Péloponèse contre Arehélaus , roi de Macédoine.
Outre ses harangues , il avait composé des éphémérides et des manuels^ : c'étaient des recueils de fleurs d'éloquence y de poésie, de philosophie et d'histoire.
Après avoir fait connaître deux rivaux, aussi remarquables par leurs talens et leurs richesses que par la considération que leur accordèrent les empereurs et par l'enthousiasme que les Grecs professèrent pour eux, nous passons aux disciples qu'ils laissèrent et qui marchèrent fidèlement sur leurs traces*
Aristide, formé par Polémon de Smjrme , par Hérode l'Attique et Aristodès de Pergame, parcourut la Grèce,
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l'Egypte, l'Italie, etc., et établit son école àSmyrne, théâtre de l'éloquence du plus chéri de ses maîtres. ^ Ses leçons attirèrent une foule de curieu^K. Toutes les fois qu'il parlait, il était entouré d^une Jbrét d*auditeursy d'après ses propres expressions, e« il ne restait pus de place dans sa salle pour une main de plus. Les habitans de Smyme eurent bientôt à se ré-^ jouir de la préférence qu'il leur accordait. Un trem<r blement de terre ayant ruiné leur ville , Aristide en fit à Marc-Aurèle un tablieau si touchant, quç l'empereur versa des larmes et ordonna la ire$tauration de Smyrne 2. Cetto cité reconnaissante érigea une statue à son bienfaiteur, et k gloire d'Aristide s'accrut au plus haut point. Il en fut ébloui lui-même; il se compara aux plus grands orateurs de la répu^ blique, se nomma V Alexandre de F éloquence j et prit, à l'exemple de quelques princes, la qualité de dieu\ PouT se montrer supérieur à la fortune des hommes, il refusa les faveurs des Césars et n'accepta d'eux qu'un diplôme d'immunité. Aristide n'avait pas toujours été aussi fier; il avait voué neuf déclamations à la gloire de Commode !
H faut l'avouer, ce sophiste fut un homme trèséloquent. On trouve des morceaux brillans dans ses
I Yojéz son Oratio mgfptiaca,
a Voici rimage <{ai frappa particidîërement Marc-Aurële : iis vents passent maintenant par un désert , où jadis était Smyrn$, (Philost.» Vit m sophist,^ lih. II ^ ^. 58a.)
3 On sait que les Lagides avaient pris aussi ce titre : les empeitnrs I plus modestes , ne le décernaient qu^k leurs prédécesseurs.
ses éloges de plusieurs divinités, dans ceux de la ville de Rome et de l'empire, dans sa Trinodie sur les malheurs de Smyme.
Champion des victimes du temps passé , Aristide «.déclama contre Platon , pour venger la mémoire d'Homère, de Thémistocle, Milliade, Gmon et Périclès.
Après avoir défendu ces grands hommes, Q fit l'apologie des bons sophistes de son temps, et les distin* gua de ceux qui ne méritaient pas ce titre; il poursuivit ces derniers dans ime Philippicjue qui est un monument dans l'histoire littéraire.
Mais le phénomène le plus singulier que présente sa vie, c'est son apologie des lonanges qu'il se donnait à lui-même.
La plupart de ses déclamations portent l'empreinte de son siècle ; ce sont des phrases pompeuses isur des sujets fictifs. Tel est le discours d^ Ulysse renvoyé au chef des Grecs par Achille ^ et telles sont surtout les harangues qu^il composa pour les différentes situations dans lesquelles s'était trouvé Démosthène.
Il avait brillé particulièrement dans le rôle d'/focrate détournant les Athéniens de la marine ^ et dans la discussion de l'opinion yu'i/ ne faut pas fortifier Sparte.
Ce qu'il y a de remarquable dans son éloquence, c'est qu'il préparait ses compositions avec autant de soin que d'autres mettaient d'importance au talent d'imprpviser. ^
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1 Ov y<t£ tifAii Ttn tfjLùvrrttv f «AA« tw dKft^oyrFan $ dit -il à Marc-Aurèie. (Philostr., l. c.)
Le rival d'Aristide , successeur de Polémon à Smjme , fiit Adrien de Tyr , disciple et successeur d'Hérode à Athènes. Cependant Hérode ne conserva pas long-temps sa première chaire : appelé à Rome par l'empereur Marc-Aurèle , il professa à l'athénée de cette ville. L'empereur Commode ajouta de nou* Telles faveurs à celles de son père , et Adrien vécut à Rome comblé de grâces. Ses contemporains le trou* vèrent si supérieur aux rhéteurs les plus distingués^ qu'ils lui donnèrent le surnom de mage. Cependant les extraits qu'on a publiés des pièces qui nous restent d'Adrien ^ démentent absolument ces éloges.
Ses compositions favorites étaient des plaidoyers, dont il inventait le sujet assez sopkisti^uementj et qu'il parsemait de sentences à l'exemple des bons orateurs. L'une de ses causes célèbres était celle-ci : Une magicienne condamnée au feu ne pout^ait être brûlée y parce (fu^elle arrêtait T action du feu ; uHe autre femme se présente et offre de consommer le supplice : Aristide demande qu'elle soit brûlée elle^ même comme donnant des preuves de magie»
Ces inventions ont avec certaines questions qu'on agitait dans le moyen âge , une ressemblance à laquelle se jomt celle des surnoms que se donnèrent les so« phistes et les docteurs des deux époques.
On compte encore Lucien de Samosate, Maxime de Tyr y les ^eux Philostrate , Athénée et Alciphron y au nombre des sophistes ; mais Lucien et Philostrate l'ancien appartiennent à l'histoire de la philosophie^ Athénée à l'histoire littéraire. Xes' écrits d'Alciphron
et de Philostrate le jeune se classent panni les romans et les mélanges» Le premier nous a laissé des lettres curieuses, écrites par des amans et des pécheurs, sur toutes sortes de sujets , et peignant très-bien les mœurs du temps : l'autre a t^acé une suite de programmespour la composition de tableaux qui apparemment n'ont jamais existé ; ces programmes sont réunis sous le titre à^ Images (^Iconesy
Avant Marc-Âurèle les études des. sophistes et des rhéteurs étaient à peu près les mêmes ; ils réunissaient l'étude de la philosophie à celle de la grammaire et. des belles-lettres, et praticjuaient en même temps l'art oratoire , dont ils enseignaient la théorie. Cependant Philostr^te l'ancien les distingue en orateurs et en philosophes , selon qu'ib se livraient plus ou moins aux déclamations publiques.
Au temps de Marc-Aurèla les études se divisèrent davantage ; les rhéteurs abandonnèrent la philosophie , et les sophistes reprirent des spéculations plus profondes. Ces derniers s'élevèrent au-dessus de leurs prédécesseurs y tandis que les autres continuèrent à dégénérer.
Autant nous avons mis de zèle à prendre la défense de quelques orateurs estimables , autant nous montrerons de sévérité envers leurs indignes successeurs*.
Après le règne de Marc-Aurèle l'éloquence grecque ,. tombée au-dessous du médiocre, n'était plus un art^ elle fut un vil métier.. Les salles de spectacle et de featins^ les bibliothèques et souvent les places lea
plus obscures, devinrent le théâtre de déclamations d'un nouveau genre. On ne voulut plus s'adresser qu'à l'imagination, et aux sens; oq choisit les expressions les plus fortes , les images les plus exagérées : la force de l'organe et la violence du geste étaient employées pour cacher le vide des discours, l'absence de la pensée et du sentiment.
La plupart de ces rhéteurs ^ nés dans la dernièreclasse du peuple ^ dénués de toute instruction y ufi: déclamaient que pour gagner leur vie.
Qi^elques rhéteurs plus instruits affectaient encore l'ancienne éloquence : mais tout leur art consistait dans> l'emploi de phrases attiques prises en entier dans le& ' anciens discours; dans l'usage de mots surannés , dont' la fréquente répétition passait pour un ornement. Tel est le portrait que Lucien nous trace des successeurs de Polémon-Démosthène et d'Aristide le dieu.
Il en résulta . que la langue grecque dégénéra après les Antonins au point que ceux qui désiraient la connaître dans sa pureté, furent obligés de l'apprendre comme une langue morte. Les Athéniens euxmêmes n'avaient pu se préserver de la corruption : les étrangers,, qui affluaient encore dans leur ville, leur communiquèrent un grand nombre de locu-* lions étrangères. Alors les amis du véritable atticisme allèrent l'étudier dans les cantons les moins fréquentés de l'Attique. Cette dernière observation, qui est de Philostrate ^ , nous explique le zèle que les gram-<
i Philost. y f7/# ^opA.f p* 553.
mairiens du musée montrèrent pour la restauration de Tatticisme. ^