‹ Essai historique sur l'école d'Alexandrie et coup d'oeil comparatif sur laChapitre 14 sur 25 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Des sciences grammaticales.

Il est difficile de marquer exactement les progrès de ces minutieuses études ; on ne peut guère en saisir autre chose que l'esprit dans lequel elles furent dirigées.

AieuAdfie. Daus la première période , l'école d'Alexandrie s'é» tait occupée principalement de recensions , de com^ mentaires et de théories de grammaire et de belles^ lettres : elle cessa , dans les siècles suivans j de publier ' des éditions ; elle donna moins de temps aux commentaires et aux théories; mais elle se livra davantage à des recherches sur les dialectes ^ à des travaux sur là prosodie et k la composition de lexiijues. En gêné* rai 9 les études grammaticales continuèrent d'occuper le premier rang dans le musée.

Quant à l'art de commenter , il nous reste , de cette période , une excellente production y c'est celle de Oémétrius sur V interprétation.

Hérodien et Héphestlon épuisèrent la matière des théories en publiant des traités de grammaire y de prosodie et de métrique. *

I Cf. , sur les rhëtenrs-sophistes , Fabrîcîi BîhUoth. grmca , vol, Vlly an commencement, et Meiners / sm^ TËspiit des premiers lièdes de Père vulgaire (en allemand). Leips, 17B211 in^S.^

A Yoyex Première partie , p. a83«

La science des dialectes occupa un grand nombre cle critiquas. Ceux des dialectes qui fixèrent le plus leur attention 9 furent ceux d'Alexandrie et de l'Attique.

Diodore et son fils PoUion^ Démétrius Ixion^ Irénée^ Orion et beaucoup d'autres , laissèrent des dictions ou des recueils de phrases attiques. Irénée écrivit aussi sur l'hellénisn!ke et sur l'idiome de l' Attique y et le même Démétrius que nous venons de nommer^ écrivit sûr le dialecte alexiandrin ou plutôt les dialectes d'Alexandrie 9 car nous avons déjà fait remarquer les difierens langages qu'on parlait dans cette ville , et la nécessité d'en discuter les nuances, ^

Le langage hellénistique^ qui s'était formé en Egypte depuis la translation des Juifs dans ce pays et surtout depuis la version ^les Septante, se développa encore dans les premiers siècles de l'ère chrétienne. Nous en voyons les progrès, moins dans les écrits de Philon, qui imitait le style des platoniciens , que dans ceux de Josèphe et dans les livres du Nouveau Testament. n est inutile de dire ici que le style de toutes les ' parties de ce saint code ne porte pas également l'empreinte de V hellénisme judai(fue; il serait aussi superflu d'ajouter qu'on en trouve les traces même dans celles qui sont rédigées avec le plus de pureté^ : ce sont là des vérités généralement connues. Mais il faut distinguer soigneusement cet hellénisme hébnusant de V hellénisme profane.

I Voyez ci-dessHSy p. 55, et t. !.*', p. ao3.

a Yoyet les écrits de Saumaise, de SturU, et surtout le pro«

îiC véritable alexandrinisme et l'atticisme étaient sans doute les dialectes principaux, puisqu' Athènes et Alexandrie étaient les capitales des lettres : cepeU'*dant beaucoup d'autres dialectes se présentaient aux recherches des grammairiens.

Si les anciens Grecs en comptaient autant que leurs descendans modernes, qui en parlent soixante- dix ^, quel vaste champ pour les critiques !

Le même Irénée qui avait écrit sur le dialecte d'Alexandrie, sur l'hellénisme, et sur l'idiome de l'Attique, écrivit aussi sur le dialecte dorien.

Trjphon d'Alexandrie s'occupa des. dialectes qu'on remarque dans Simonide , dans Pindare et les autres lyriques ; il discuta encore les dialectes des Hellènes ^ des Argiens , des Syracusains, des Himériens et des habitans de Rhegium : il suivait, sans doute, dans ces recherches, toutes les modifications que le dorisme subit dans les différentes villes et colonies des Doriens. Le même grammairien voulut disserter encore sur les pléonasmes du dialecte d'Éolie*

Ce dernier dialecte fut aussi l'objet des études du célèbre Apollonius : au témoignage de Saumaise , les , Techniques de ce grammairien renferment beaucoup d'exemples choisis dans ce dialecte.^

^ftmme da ^of. Pknk : àe vera natura atqae iniole orationis grstca N* T. Gotting, 1810, in-4.*

I Cest l'un des reproches que fidt M. de Pauw aux Grecs modernes.

A Salmasii JEpistoU ad Vossium (voy. Bibîioth, graca , VI ^

hè dialecte ionien ne fut pas oublié pat les seiVans membres du musée; Apollonius s'en occupa dans son explication des mots d'Hérodote.

Ces sortes de travaux étaient au reste préparés dès la première période. Callimaque avait publié une^table des mots de Démocrite > ; Aristophane , son disciple^ des locutions lacédémoniennes ^^ et Artémidore ^ élève d'Aristophane, des locutions doriques.

Un travail également important pour la postérité^ à laquelle le musée me semble avoir pensé constam*ment, fut la composition de Lexiques*

Les poëmes d'Homère , qui avaient occupé sans relâche les critiques de la première période, furent encore l'objet de leurs travaux dans la seconde. Apion et plusieurs autres pubUèrent des lexiques ou des gloses d'Homère , qui pouvaient servir en général de recueils d'expressions propres au style épique.

Deux autres grammairiens d'Alexandrie , Didyme et Théon , publièrent des lexiques tragiques et comiques. Quoique la plupart de ces travaux soient perdus, nous pouvons nous en former une idée juste par le Lexique qui nous est resté d'Apollonius. Au reste, les auteurs de ces recueils s'étant copiés les uns les autres, il s'est conservé de leurs compilations plus qu'on ne dirait au premier aspect.

I II paraît , d'après Suidas , que la ville d*Abdère avait aussi son 4ialecte , ce qui ne saurait surprendre ; il qualifie le style de Démocrite de i'tùLXUtlQç À^ffun,

a Je me sers de cette épithète au lieu de ceQe de laconiques , à bqaeQe nous attachons un autre sens.

Nous ne signalerons plus parmi ces ouvrages que celui qui prouve que plusieurs auteurs chrétiens des premiers siècles étudiaient soigneusement la littérature profane, et qu'ils en tiraient avantage pour Tinterprétation de leurs codes sacrés : tels sont les titres qui recommandent particulièrement le Lexique d'Hésychius. Son travail eut d'autant plus d'importance qu'on nie pouvait guère comprendre les écrivains du Nouveau Testament sans connaître la version des Septante ,4^°>^ l'étude avait incontestablement occupé ces auteurs sacrés. D'un autre côté, il devenait d'autant plus nécessaire d'expliquer les termes difficiles de la traduction des Septante , que la plupart des Pères la lisaient de préférence au texte hébreu, qu'ils ne comprenaient pas.

Il n'es|; point douteux que les docteurs d'Alexandrie n'aient contribué, par leur exemple et par la supériorité de leurs études, à faire respecter une version avec laquelle les Juifs et les chrétiens d'Alexandrie s'étaient également familiarisés. J'ose émettre en passant l'hypothèse que les études des Juifs d'Alexandrie avaient même passé insensiblement en Palestine, malgré l'espèce de schisme qui s'était d'abord établi entre le sanhédrin de Jérusal^n et celui d'Egypte : une communication intime peut seule expliquer la conformité de style et d'opinions qu'on remarque dans les écrits de la Judée chrétienne et de l'Egypte judaïque.'

Ce n'est pas ici le lieu de développer ma pensée; mais elle repose sur des données dont il serait difficile de repousser les conséquences. Nous voyons ainsi, qu'à toutes les époques le musée liCtéraire fut

l'un des foyers les pjus importans de la cîvilisatioD du gen^ humain. ^

La carrière des sophistes était trop brillante dans Paytgrecf. la plupart des autres pays grecs pour qu'on s'y livrât beaucoup aux études grammaticales et critiques. Une seule école rivalisa avec celle d'Alexandrie d'une manière remarquable : ce fut celle de Tarse , qui renouvela, par rapport au musée ^ le rôle de l'ancienne école de Pergame.

Voici ce que Strabon nous rapporte des études ^ principalement philologiques , des savans de Tarse. « Ils ont) dit -il, un tel zèle pour les études philo- \

« sophiques et toute ^érudition cyclique (enseigne- « ment de grammaire et de belles-lettres) qu'ils ont « . surpassé Athènes , Alexandrie et toute autre ville « qui peut avoir eu des écoles de philosophie et de «t "philologie. Il y a cela de particulier, (j(ue ceux « qui y adtivent les lettres sont tous des indigènes , « et que les étrangers viennent rarement s'y établir» « H est même des indigènes qui abandonnent cette ville ; qui vont ailleurs pour perfectionner leurs études, et « qui restent volontiers dans les autres pays. U en ejst «r toilt autrement des villes que je viens de nommer^ « à l'exception d'Alexandrie ; car beaucoup de per- « sonnes se rendent dans ces villes ^ et aiment à y

I Cf. Hartmann , dans l'Encyclopédie allemande qui se publie

h Leipsidc sons la direction d*£rsch et Grubcr : AUxamdrie, Je pré«

snme que cet article -est du savant et spirituel auteur de VEsprii du

christiamisme primitif (Biitke in den Gtist des Urchristenihums ;

,I>êsseldorfy i8oa.

a Outre Athènes, qu*il nomme, Strabon entend pettt-*tlre Bomt

H rester, tandis que leurs hâbitans Tont rarement dans « d'autres pays pour s'y instruire j et y demei^renjt « rarement pour se livrer aux lettres. Les Alexan- « drins voient en dléme temps beaucoup d'étrangers ^ arriver chez eux, et peu de leurs compatriotes les « abandonner : c'est qu'on trouve dans leur viUe des ^ écoles pour toutes les sciences. * ^

Après avoir fait connaître les études philosophiques des habitans de Tarse, qui paraissent s'être attachés particulièrement au stoïcisme et au platonisme, Strabon rappelle leurs poètes, qui pour la plupart com^ posèrent des tragédies^, et passe aux grammairiens Artémidore et Diodore , dont il connaissait les ouvrages. Il ajoute, enfin, que « Rome pourrait ie mieux rendre « témoignage de la quantité de philologues que fournit « cette ville ^ Rome étant pleine d'Alexandrins et de « Tarses.»

D'après Strabon,la ville de Tarse aurait non -^seulement rivalisé avec celle d'Alexandrie dans toutes les branches du savoir, elle aurait surpassé les études de cette docte cité. Une telle opinion a certes de quoi

et ApoUonie. 11 est cependant de fait que beaucoup de Romains aUèrent faire leurs études en Grèce.

1 Strabon, Geogr.^ iib. XI V^ ^' 991*

a Strabôn ajoute que Tarse a fourni Je plus illustre des membres de la pléiade trafique, Dionjsiade. (Voyez Première partie, p. 84-)

Je sifj^lerai encore dans ce passage ce que Fauteur rapporte de Diogène de Tarse , qui improvisait en vers sur tout sujet proposé. Cette donnée n*a sûrement pas échappé au sayant Raoul -Rochette, dans ses Recherches sur llmprovisation chez les anciens.

Je dirai k cette occasion , que toutes les citations d^ouTrages pU' )X\i% par MM. de PAcadémie des inscriptions sont postérieures k la présentation du présent Mémoire.

nous sutpreûdre. Si Tobscure Tarse , privée de toutes les faveurs que la fortune a versées sur la capitale de l'Egypte, Fa emporté sur cette célèbre rivale, tous les efforts des hommes pour faire fleurir les lettres sont inutiles. Mais, quel que soit le motif de Strabon^ son jugement est ici d'une fausseté évidente. Si Tarse fut si illustre, qu'est devenue sa gloire? Si elle a possédé de si grands hommes, qu'ont -ils fait? Ont -ils créé l'astronomie, la géographie, l'anatomie, la science de la critique et de l'interprétation, comme l'école d'Alexandrie?. Ont-ils publié des poèmes comparables à ceux de Gallimaque et d'Apollonius ? Pour ne parler que dès travaux philologiques, auxquels est consacré ce diapitre, qu'a produit Tarse de remarquable dans cette période? J'aime à croire, avecStrabon, que ses écoles furent célèbres ; je pense que les ouvrages qui l'illustrèrent ont péri : mais je ne puis croire que Tarse pût sérieusement se comparer à la capitale de l'Egypte.

Dans aucune région grecque ou habitée par un grand nombre de Grecs , on ne trouve autant de zèle pour la philologie qu'au musée.

Cependant , au moment où l'école d'Alexandrie embrasse les études philosophiques avec Ammonius, la philologie est pour ainsi dire abandonnée par elle, et alors la Grèce et l'Italie obtiennent quelque supériorité sur l'Egypte.

On peut ranger les travaux des autres pays grées , comme ceux du musée, en trois classes principales : théories grammaticales ^ lexiques et dialectes.

Les théories furent encore liombxeuses dans cette

période ; mais il serait impossible et inutile de rechercher le souvenir de tous les traités qui furent publiés : nous nous bornerons à rappeler les livres de grammaire de Denys d'Halicarnasse^ lés ibéories de métrique et de prosodie homérique de Ptolémée d'Ascalon ; ces ouvrages 9 publiés tous à Rome, occupèrent le premier rang*

Denys d'Halicarnasse est un écrivain supérieur en histoire et en critique ; Ptolémée d'Ascalon s'était fait une grande réputation par son examen de la recensioft d'Homère du fameux Aristarque.

Le même auteur s'était occupé de la sjrnonymiquey objet qui fixa l'attention d'un grand nombre de grammairiens. La Grèce n'ayant plus de capitale ou plutôt en ayant trois (Athènes, Alexandrie et Rome) , il devenait nécessaire de bien établir les diiférentes acceptions qu'on donnait aux mots de la langue grecque. L'un des plus célèbres ouvrages sur la différence des mots fut celui que publia Ptolémée d'Ascalon. Nous en possédons une grande partie dans celui qu'Ammonius rédigea après lui sur la même matière ^ En général , nos bibliothèques renferment encore quantité de manuscrits de cette période, soit des recueils de mots par ordre alphabétique , soit des traités spéciaux de sytionymiffue et à^homonyipique. Il en est quelques-uns qui traitent exclusivement des noms des animaux. ^

I Noui savons cda par les fragmcns qui restent de TouTrage de Ptolémée.

a Fabridi Rîhlîoih, çrmca ^ VI ^ /^. ï63.

Les lexiques publiés par la Grèce sorpassèrçot^ il faut l'avouer, ceux des Alexandrins ; maïs il ne $erai^ pas difficUe de prouver que leurs auteurs puisèrent dans les sources que leur fournit le musée. Julius Pollux, professeur à Athènes , quoique né en É^pte, publia un choix des meilleures expressions et phrases qu'on trouve sur le même sujet dans les auteurs clas* siques; Phrynichus, Arabe , établi en Bithynie, compila un choix de noms et de mots attiques^ Denys d'Halicarnasse et Méris laissèrent, l'un et Tartre, des recueils de dictions attiques par ordre alphabétique; Qalien , ce célèbre médecin , avait composé un cuivrage immense sur le même sujet. ^

liCs dialectes occupèrent les Grecs des autres pays y comme ceux d'Alexandrie* Disséminés. sur toutes les parties du monde connu , ils pouvaient, pûeux que les membres du musée, signaler les nuances du langage dans les diverses régions*

Outre les quatre dialectes princip^ux^ on distinguait les idiomes de chaque province et de chaque yiUe ; on reconnaissait des langues locales ^^ et -ces variations, pouvant faire manquer le succès d'up ouvriage, tendaient encore plus nécessaire l'usage ,de Ijsi langue générale ou commune j suivie déjà par beaucot^p d'anciens 3.. Cette langue, résultat d'une convention tacite, doit être distmguée soigneusement du langage vulgaire,^ qui en est l'opposé. 4

1 n formait 4S livres.

3 Koi?» yh»ii0L,

4 iSwTtt yyja^iiA*

Pour acquérir la langue générale y qui n'a jamais existé dans sa pureté^, il fallait lutter contmueUement contre les usurpations des idiomes et des dialectes , et en faire connaître les particularités, soit pour les proscrire , soit pour en recommander quelques-unes à Fusage général , soit pour faire comprendre les auteurs qui s'en étaient servis. De tous les dialectes, aucun n'occupa autant d'écrivains que celui de l'Attique, idiome qu'il ne faut pas confondre avec cette diction polie , élégante et pleine de grâces , qui est connue sous le nom d!atticisme et qui tenait autant des mœurs que du langage.

En général, les ouvrages des grammairiens de la seconde période portent, plus que ceux de la première, l'empreinte d'un esprit stérile et minutieux. Sexte l'empirique reproche durement aux philologues ée son temps de manquer de talent et de goût$ de ne $avoir ni parler ni écrire ; de décrier Platon et Démosthène, comme des auteurs barbares, toutes les fois qu'As quittent la route vulgaire *. Tel est , en effet, l'égarement inévitable de ceux qui yeulent enchaîner l'orateur ou Pécrivain par les minuties de la grammaire , et qui taxent de bçirbarisme la nouveauté telle qu'elle soit.^

I Les Grecs n'ont jamais possédé nne ]an|;ae absolomént pare , i:^e8t-à-dîre, dont tous les mots fussent génénJemciit adoptés.

a Sext. emp, aJ^, grammat* {iià, /, adç. maiHem.).

3 Je ne connais , au reste , rien de plus philosophique , de plua

fondé en théorie , que cette espèce d^opposition que les mots nouTcauz

prouvent en France. La lan^e étant le domaine de la nation, il fiui^

i83 CHAPITRE V.

De F Histoire.

L'un des plus grands avantages des instituts qui Alenadrie« embrassent l'universalité des sciences , consiste en ce (jue les diverses branches du savoir s'y soutiennent mutuellement, et que celles même qui sont négligées en apparence ne restent pas sans faire encore quelques progrès. Le musée n'a jamais cultivé l'histoire îivec une application particulière ; il Ta négligée dans la première période ; il semble l'avoir oubliée dans la seconde : et cependant il forme encore des historiens. Timagène, Strabon, Philon, Apion, Appien, Didyme 9 Claude Ptolémée et Jules l'Africain, tous sortis de l'école d'Alexandrie ou instruits par elle, ont publié des ouvrages d'histoire d'un grand mérite. Us firent connaître quelques peuples nou^^cuix , ajoutèrent aux. notions qu'on avait déjà sur les onçiens , s'occupèrent de V histoire imwerselle , et lais- ^rent des lio^raptâes ^ de$ mélanses d^hisiçire et des traités chronologiques^

Timagène, qui vécut à Rome, y consulta les matéi^ riaux qu'on avait rassemblés sur les Gaulois , et publia , dans un ouvrage intitulé Jlntié/uités des Gaules , des recherches curieuses sur cette région

qn^elle use du droit de refiiier ou d^accorder la naturaUii> L*academie française , en s'abstenant de TinitiatiTe de Tadoption , agit aagement; mais elle aurait tort de refoser sa sanction aux mots généralement rççus.

encore nouvelle pour les Grecs* Son ouvrage est peN du ; lUais il nous en reste sûrement quelque chose dans la description que Strabon fait des Gaules. Timagène était un auteur fort exact. On n'avait , avant lui y publié rien de satisfaisant sur l'origine des Gaulois; en consultant un gra^id nombre d'écrits y il fit connaître des faits long-temps ignorés des Grecs et des Romains. Tel est le témoignage honorable que lui rend Ammien- Marcellin K Plutarque ajoute qu'il avait consulté l'ouvrage de Callisthène sur les Galates ; mais , quant aux autres données^ le philosophe de Chéronée parait moins bien instruit qu'Ammien ^. Qmntilien , qui jugeait avec rigueur, loue Timagène d'avoir ranimé la composition historique long -temps négligée^. La production de Timagène fut donc l'une dès plus importantes de cette époque. Cependant les livres géographiques de Strabon semblent être le plus beau monuinent historique du musée. C'est un trésor d'érudition. Que de peuples nouveaux il fait connaître ! . que de traitée Strabon a consultés ! que d'ouvrages détruits qu'il n'est plus permis de regretter après l'usage qu'il en a su faire !

Strabon et Timagène étaient versés l'un et l'autre dans l'histoire dès peuples anciens : chaque page de

I £î6. JCVf €' g. ^mbigSMiês si^r origine prima Qallorum scripiores veieres noiifiam reliquere aegoiii sêtÊMplenam ; sed posiea Timageûes , ^/ diligent ia Cracus et Ungna , qum dim suni ignorata collegit ex wmîtiplicihus iiBrif»

a Voy, Plutarch. y dp fiwiis , /. ^\ y ed, Manacc.

3 Jnstit^ ornt.^ fib, X> /« ^o^i ^^* RoiUn,

Strabon l'atteste; quant à Timagène^on avait une si haute opinion de ses connaissances , que personne n'osa s'élever contre Tune de ses plus . singulières hypothèses, celle que la musique avait été la première étude de l'homme.

Outre les connaissances nouvelles que Strabon et Timagène répandirent en général sur les anciens peu-pies, Philon et Apion éclair cirent en particulier l'his^ toire des Juifs et des Égyptiens. Ia manière allégo* Tique du premier l'empêcha de discuter les annales de son peuple sous le point de vue critique; mais la plupart de ses traités ne laissent pas d'en mieux expUr quer quelques parties,

Âpion y l'ennemi de Philon y écrivit aussi sur les Juifs, ou plutôt contre ce peuple; mais ce traité se rapportait aux querelles qui éclatèrent entre les Juifs et les Grecs d'Alexandrie à l'occasion du projet qu'on eut de placer les statues de Galigula dans les syna* gogues, et il ne contenait rien de nouveau sur les antiquités judaïques. Le même écrivain avait publié des, mémoires sur l'Egypte; mais on fut peu satisfait des choses qu'il prétendait y avoir observées luimême, Apion avait au reste une haute opinion de 3on mérite.^

Ghérémon aussi publia des Ègyptiaijues.

I Pline, ffisi. mtA, iib. l^p, S («//, Bipont)* Apion .... quem Tiherius Casar cymbalum muftdi V9cahat , cum puhlicœ famm iympanum poiius ^ideri pcsset y immortaliiatt donari a se scripsit I ad fuos aiigua componthat»

Dans Thistoire de la période piécédente nous avons reproché à l'école d'Alexandrie cette foule de mono* graphies qui Tempécha d'embrasser l'histoire univers selle : la même observation s'applique à la présente période. Le seul ouvrage d'histoire universelle que puisse revendiquer le musée y est Vhistoire romaine d'Appien. On sait que ce titre n'est qu'une flatterie adroite , et qu'Appien parcourait les annales des peuples les plus célèbres en affectant de ne rapporter que les expéditions des Romains. Ce plan est sans doute mauvais ; mais les livres qui nous restent d'Appien prouvent que cet auteur démêlait fort bien les faits y et qu'il savait combiner ceux qui se touchaient , quoiqu'ils se fussent passés sur des scènes différentes.

Les historiens des siècles antérieurs s'étaient occu*pés de la biographie avec quelque prédilection. Cette occupation , en apparence plus facile que la rédaction de l'histoire générale, est en effet Tune des plus dé^ licates : on connaît mieux les hommes que l'individu ^ et pour tracer des portraits fidèles il faut vm ^ent supérieur.

Nous ne pouvons guère regarder comme de véritables biographies les traités de Philon, intitulés de Moïst^y de Joseph j è! Abraham $ ce sont des cadres pour la philosophie de leur auteur. Il n'en est pas de même de la vie cP Auguste , par Timagène. Cet auteur n'a-» vait aucune doctrine à faire valoir, et il pouvait peindre fidèlement ce prince célèbre , dont les vertus ont trop désarmé la sévérité des historiens \ mais Tima^èue

vivait des faveurs du César , et , malgré son penchant an persiflage , il fallut louer son protecteur.

Des ouvrages dont il faut plutôt regretter la perte , ce sont les mélanges historiques publiés par quelques auteurs d' Alexandrie. Le livre de Philon sur Flaccus , gouverneur d'Egypte , qui dirigea contre les ïuifs des persécutions odieuses, et le livre de l'ambassade à Caïus, du même auteur, peuvent nous montrer ce . que nous avons perdu dans les mono«* graphies. L'un et l'autre de ces traités sont d'excellens' matériaux de biographie ^ Les Co/hmentaires de Strabon , V Histoire étrangère de Didyme , et une foule d'écrits semblables, devaient renfermer aussi des détails précieux.

Il n'en était pas ainsi des compilations d'histolr«s merveilleuses 9 qu'on continua avec zèle dans cette période. Ptolémée Chennus, qui se fit remarquer par ime production pareille, publia aussi une nouveauté sous le titre de Sphinx.

La chronologie, en général trop négligée par les Grecs, n'occupa les Alexandrins que dans les derniers temps. Ptolémée l'astronome publia une table chro^ nologique qui jouit d'une grande câébrité, sous le titre de Canon royal} mais cet ouvrage, précieux sous beaucoup de rapports, ne renferme cependant que des dates sans discussion , et ne fut composé que pour facQiter les travaux astronomiques de son auteur.

I Le traité contre Flaccus , écrit avec la plus pure éloquence , liTcc mie duJeor cntniiiante , oflîre tout Fintérét dVi drame.

L'admiration qu^il excita a de quoi nous surprendre; elle prouve l'indifférence que les Grecs professère&t long- temps pour l'exactitude historique ^ et co doit reprocher particulièrement à l'école d'Alexandrie d'à» voir donné à des* millier^ de dissertations philologiques un loisir que réclamait la science des époques.

Depuis l'exemple de Qaude Ptolémée y, plusieurs autres savans s'appliquèi^eit à cette science ; Jules l'Africain y le plus célèbre d'entre eux j publia une chronographie qui renfermait les époques mémoraUes depuis la*création jusqu'à son temps.

Au reste , l'école d'Alexandrie n'a jamais discuté l'ensemble des questions que nous cherdions aujourd'hui ^ résoudre dans nos traités de chronologie ; pour arriver de quelques recueils de dates à la science chronologique j il restait à faire un pas immense. Uj9 grecs. I^es ouvrages d'histoire que publièrent les autres pays grecs ne comblèrent pas cette lacune : ils furent nombreux; mais, si nous en exceptons deux ou trois, ce ne furent encore que des matériaux pojir l'histoire. Us doivent, d'ailleurs , être placés beaucoup au-dessus de ceux que publia le musée.

Ces ouvrages peuvaat se distinguer en sept^classes , selon qu'ils se rapportent aux peuples occidentaux y aux Grecs y aux anciens peuples de VAsie etde F Afrique; ou qu'ils appartiennent à V histoire universelle , à la biographie y aux mélanges historiques et à la chronologie.

Les peuples occidentaux qui occupèrent les, historiens grecs dans cette période, furent les Ibériens, les

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Gaulois , les Gennains, les Qmbres et surtout les Romains. Ce champ était yaste^ et, pour le cultiver avec succès, il fallait vaincre tous les obstacles que présentent les idiomes étrangers. Un véritable désir de s'instruire en aurait triomphé. Les années romaines occupaient l'Espagne, la Gaule , la Bretagne , la Germam'e et les bords de l'Ister ; les historiens grecs pouvaient recueillir sur l'Occident et une grande partie du Nord , soit par eux-mêmes , soit par les Romains, des renseignemens curieux. Ûs manquèrent de zèle pour ces recherches, et ils trompent notre attente lorsque nous avons recours à eux pour nous instruire de Thistoire de nos ancêtres.

Le poète Archias écrivit l'histoire des guerres cimbriques ; mais, sa relation était en vers, et il s'occupait moins des guerriers du Nord que de leurs vainqueurs.

Les Romains absorbèrent presque toute l'attention des historiens. Les rapports qui ont existé à diverses époques entre les Grecs et les Romains , font naître bien des réflexions. Long-temps Rome chercha des leçons dans l'histoire de la Grèce ; elle adopta le culte de ce pays ; elle étudia ses lois et ses sciences. La Grèce recevait alors avec fierté les barbares de l'Ausonie , et elle leur communiquait ses lumières non sans dédain. Quelques siècles plus tard les Grecs viennent à Rome en précepteurs complaisans, en obséquieux flatteurs : les Romains sont devenus leurs maîtres , et ils ne dissimulent pas leur orgueil.

Un grand écrivain^ Polybe, avait ouvert une nou-

Vette Carrière aux Grecs; il leur avait annoncé le premier toute la grandeur de Rome ^ Ils renchérirent bientôt les uns sur les autres dans leurs composa-^ tions panégyriques sur les Rom^s. Denys d'Halicar-^ nasse assigna à cette nation une origine beaucoup plus illustre c[ue celle qu'on lui attribuait communément.^ Son livre n'est qu'un éloge des Romains; il les placé au-dessus de tous les peuples : il assure que leur empire comprend toute la terre habitable; qu'il s'étend non-seulement sur la Méditerranée, mais sur tout rOcéan navigable ! En ajoutant que ces maîtres du monde n'ont plus d'ennemis, soit Grecs , soit barbares, rhistorien d'Halicamasse était loin de prévoir que Us barbares de la Scandinavie et ceux des bordd de la mer Caspienne aiguisaient déjà leurs traits contre les légions romaines. Au reste, Denys d'Halicarnasse semble écrire pour les Grecs, et vouloir leur révéler les antiquités peu connues de Rome^ : son ouvrage est précieux, et il est à regretter qu'il ne s'é* tende pas au-delà de la première guerre punique. Son style est soigné, quoiqu'on y rencontre quelques néologismes. Un auteur qui reproche à Polybe d'écrire avec négUgence, aurait dû' surveiller sa propre rédaction.

I On ne peut guère citer Hiëronyme de Gardie, qui ayait parU légèrement des Romains dans son livre des Épigones.

n U annonce ce but dans sa préface, remarquable sous tous les rapports. Il ne rougit pas d*affirmer qu'aucune cité barbare ou grecque n^a ^dùit d*aussi grands hommes que celle de Romulus.

3 £n effet , il ne faut pas confondre cet écrivain avec les parasites grecs qui vécurent de la faveur des Romains. U paraît B*étre resté k Rome que le temps nécessaire pour st$ études.

Des écrivains de toutes les régions grecques traî'» tèrent de l'histoire romaine i Plutarque de Cbéronée s'y attacha non -^ seulement dans ses Biographies^ mais encore dans ses Œuvres morales^. Castor de Rhodes, qui vécut en Asie, était id favorable aux Romains dans toui^ ses écrits ^ qu'on lui donna le sur-^ nom de (Pihoçw/Àocioç. Un prince barbare ^ Juba de Numidie ^ auquel Auguste donna uii gouvernement en Asie, paya aussi son tribut aux vainqueurs de ses aïeux en publiant une histoii'e romaine.

La traduction de Salluste, exécutée au temps de l'empereur Adrien par le sophiste Zénobius, peu]t être regardée aussi comme un hommage rendu aux maîtres du monde. On consacrait encore une attention particulière aux Romains dans les histoires universelles, et ce zèle pour la gloire des dominateurs de la ierre habitable se prolongea au-delà des siècles dont nous parcourons les travaux» ^

n faut s^vouer que les Romains s'enorgueillirent des ouvrages que les historiens grecs publièrent sur leurs actions ; plusieurs d'entre eux se détei>minèrent même à composer leurs écrits en langue grecque pour trouver un plus grand nombre de lecteurs. 3

I S*il est yrai toutefois que les Questions romaines soient de lui.

% I^ous en Toyons les preuves dans les écrits de Dion Gassius , Â'Hérodien , etc*

3 Diotiys. Halicaittass. Archeol, tomait, in pta/ai. Giceron {pro Archia) donné pour motif de la préférence accordée au ^rec 1^ limites étroites de la langue latine. Cf. Justinus , ia prm/at»

Une sorte de jalousie, et on reste de cet orgueil qui convenait si bien aux anciens Grecs, engagèrent leurs descendans à s'occupen de leur propre histoire. Plusieurs écrivains retracèrent les conquêtes d'Alexandre ; mais Arrien de Nicomédie écbpsa tous ses rivaux : la douceur de son style lui valut le titre d'autre Xénophon , et son exactitude lui procura des suffrages non moins flatteurs. Il av^t eu la sagesse de choisir les meilleurs guides, et de préférer aux faux omemens d'Aristobule la simplicité du récit de Ptolémée.

Arrien avait aussi publié un ouvrage sur les événemens arrivés depuis Alexandre.

Castor de Rhodes , dont nous avons déjà cité d'autres ouvrages, écrivit sur Tempire des Sicjoniens, des Argiens et des Athéniens. Diodore de Sardes consacra à la Grhct la plus grande partie de ses Fblumes historiques y et Céphalion s'attacha particulièrement aux Grecs dans un abrégé d'histoire, divisé en neuf livres, à l'exemple des Muses d'Hérodote. Son but était de faire connaître la scène histonque depuis Sé^ miramis jusqu'à Alexandre le grand. Jason d'Argos, qui laissa un ouvrage particulier sur la Grèce , s'était imposé upe tâche semblable dans un ouvrage qui renfermait l'histoire des principaux peuples d'Asie de* puis les premiers temps des Mèdes.

Les nouveaux conquérans de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique, les Romains, devaient être curieux de connaître l'histoire des peuples qu'ils v^aient de se soumettre , et les auteurs grecs s'empressèrent de satis-

ftîre leurs vœux. Sostrate , grammairien , qui naquit en Asie- mineure et passa sa vie à Rome /traita des antiquités étrusques et de celles de la Thrace. Juba^ prince de Niimidie, que nous avons déjà cité, pubb'a des commentaires sur les Assyriens^, sur la Libye et sur l'expédition faite en Arabie sous l'empereur Auguste. Josèphe , le Juif , qui s'était associé à la fortune des empereurs Tite et Vespasien, mit un zèle extraordinaire à faire connaître l'histoire de son peuple aux vainqueurs de la* Judée 5 il eut la prétention de plaire également aux Grecs , et peutêtre celle de s'élever au rang de leurs auteurs classiques, dont il avait fait une étude assidue. Cependant son ouvrage n'est pas une production vraiment historique. Voulant plaire à des peuples essentiellement diiférens des Juifs , il choisit non -seulement les couleurs , mais altéra les sujets de ses récits , pour les rendre plus conformes au goût de ses lecteurs. Les Romains furent contens de son livre ; ils le placèrent dans leurs bibliothèques publiques : mais lés compatriotes de l'auteur crièrent à la profanation. Juste de Tibériade fut si indigné de ses infidéhtés , qu'il publia une histoire des Juifs opposée à celle de l'écrivain grécisanU

Philon de Biblos fit connaître aux Romains et aux Grecs ce qu'il y avait de remarquable dans les annales et dans les mœurs des Éthiopiens et des Phéni-

I D'après Bérose.

cieDs; il p'héslta point à rédiger et à publier des lr&^ ditipns dont l'ancien Sanchoniaton était le seul garant.

Arrien publia l'histoire ancienne de la Bithyme^ celle des Alains et des Parthes, qu'il avait combattus avec succès comme gouverneur de la Bithynie.

Quelques •uns des ouvrages que nous venons de nommer, pourraient être regardés comme des essais d'histoire universelle, tels que les ouvrages de Jason^ de Castor de Rhodes et de Diodore de Sardes* Ils ne sont pas comparables toutefois à la Bibliothèque historique de Diodore de Sicile. Ce laborieux écri* vain avait consacré trente années *d'études et de voyages à son utile recueil. Le premier, il oiBnt à ses contemporains une histoire universelle dépouillée de fables ^ ; tout ce que Bérose, lliéopompe, Ëphore, Philiste, CaUisthène et Timée avaient rapporté de plus exact sur les Egyptiens, les Assyriens, les Mèdes, les Pei^ses, les Grecs, les Carthaginois et plusieurs peuples secondaires , se retrouva dans sa Bibliothèque.

Un contemporain de cet auteur, Nicolas de Damas , publia également une histoire universelle en cent quarante livres; mais, quoique placé sur un plus vaste théâtre, étant instituteur d'Auguste, il n'obtint pas la même célébrité que son rival. ^

I Le jugement de Pline , j^/md Gracos desiit nugari Dioda^ rus i ne pèche ^e par un excès de rigueur. (Plin. , Hist, nat. , iib. /, ^. 8 , éd. Bipont.)

^ Il nous a laissé un traité de institutione A^gusU\

Riche en ouvrages historiques de tous les genres, cette période produisit s^ssi un grand nombre de biographies. Les plus belles sont incontestablement les Fies parallèles de Plutarque, et Thistorien de l'école d'Alexandrie est heureux de pouvoir rappeler qu'un philosophe sorti du musée a contribué à former Tesprît et le cœur de Plutarque '. Le plan de cet écrivain fut neuf et fécond : on pouvait comparer avec succès les grands hommes des deux plus célèbres nations , et Plutarque ne resta pas au-4essous de sa noble tâche ; il s'en acquitta avec une supériorité remarquable et avec une franchise entièi^. Lorsqu'on n'écrivait plus l'histoire que pour flatter les Romains, il osa leur montrer des guerriers , des législateurs et des sages, supérieurs à ceux que prônait roi^ueillèuse cité de Romulus. Qu'elle est admirable , cette magni-* fique galerie des grands hommes de la Grèce et de ritalie ! Le seul choix des personnages impose : la bonne foi de l'historien , la profonde vérité des jugemens qu'il porte avec tant de douceur, tout plait et surprend dans ce précieux ouvrage, Joignez à tant de mérites celui de l'exactitude des recherches , et vous aure? de la peine à comprendre la rigueur avec laquelle on a souvent traité Plutarque.

Plusieurs autres historiens se servirent du même cadre que Plutarque, mais aucun ne le remplit comme lui. Les anciens nomment à peine les Fies parallèles d'Amjniien^ qui avait aussi publié une biographie d'Olympie, mère d'Alexandre.

I Voyex Tome I.^**, p. aS; : Ammoaius,

Parmi les autres biographes les principaux furent Empyclus , compagnon d'armes de Brutus, qui célébra César; Potamon de Lesbos,' qui fit l'éloge de Tibère; Philon de Biblos, qui écrivit sur le règne d'Adrien, sur les villes illustres et les grands hommes qu'elles avaient produits; Nicolas de Damas, et les empereurs Marc-Aurèle et Sévère, qui tracèrent eux-mêmes l'histoire de leur vie ; Hermippe, le jeune, qui écrivit sur les anciens législateurs; Diogène de Laèrte, Philostrate et Eunape, qui firent en même temps l'hl^^ toire des philosophes et celle de la philosophie < ; enfin , l'évêqUe de Sardes, Méliton, qui fit connaître au monde grec la vie et la doctrine des prophètes d'Israël.

On doit remarquer avec une attention particulière la dernière de ces productions : elle a pu contribuer beaucoup au développement du syncrétisme.

11 est inutile de dire que nous ne venons de signaler que les principaux ouvrages d'histoire de cette période; mais ce coup d'oeil suflSt pour constater des progrès remarquables dans les études historiques. Un grand nombre de questions d'histoire se trouvaient d'ailleurs éclaircies dans les écrits géographiques , tels que la Description de la Grèce, par Pausanias, et dans d'autres traités sur toutes sortes de matières, que nous rangeons dans ime même classe sous le titre de Mélanges.

Parmi les nombreuses compilations de ce genre, on

I Oa est surpris de voir le premier de ces ëcriTains adresser son ouvrage à une femme.

doit distinguer les Commentaires historiques d'uu Gaulois , du philosophe Favorin d'Arles , qui publia aussi une Forêt historique. *

Le sophiste Callinicus, de Syrie ou d'Arabie ^ pU" blia des. Histoires alexandrines : le prince Juba écrivit sur les sujets qui avaient été traités pour la scène : Denys d'Halicamasse , le jeune, composa 126 livres sur l'histoire de la musique.

Partout nous retrouvons cette habitude et ce besoin de la polygraphie, que nous avons déjà remarqués dans les siècles antérieurs. Conunent comprendre sans cela le retour aux compilations de choses mer-' t^eilleusesy dont le nombre était déjà si considérable? ]S'eût-il pas fallu abandonner les fables .à mesure que la scène historique s'étendait ^ à mesure que les peuples se rapprochaient et se communiquaient leurs lumières ? Mais on dirait qu'ils ne se conununiquèrent que leurs erreurs, leurs superstitions.

Cependant nous jugeons peut-être avec trop de rigueur les délassemens d'écrivains trop féconds ; quelques-unes de leurs productions méritent d'être distinguées. Nicolas de Damas a pu dire des choses intéressantes dans son livre des Usages incroyables; et si les Récits men^eilleux de Philon d'Héraclée et de

Phlégon de Tralles ont ressenablé aux Histoires vor-

ii— i<^i 111 1 1 ■ I II ,,-^— II. Il >

I On Toît dans la préface pu dans les premières pages de VlKsioire naturelle de Pline , ainsi que dans les Nuits attiques d*AuIu- Gelle et dans beaucoup d^autres ouvrages , qu*on cherchait alors à s*allirer des lecteurs par la singularité des titres qu*on donnait à ses ouvrages , tels que ceux de forets , àt fleurs , de jardins , etc.

riées d'Élien de Préneste, nous devons presque en regretter la perte.

Remarquons toutefois que cette funeste habitude d'extraire les choses les plus curieuses ou les plus importantes des grands ouvrages ^ a fait*négUger et en* fin causé la perte d'écrits précieux. Les meilleures productions historiques ne furent pas à l'abri de ces perfides mutilations. A la vérité, l'usage des épitomes était connu des Grecs depuis long-temps ; on en faisait même avant le siècle d'Alexandre : mais j à mesure que les livres se multipliaient , et surtout depuis que les Grecs accommodaient leur littérature au goût des grands de Rome, ces extraits devinrent plus fréquens.^

En même temps que ces abrégés, une calamité d'un genre nouveau vint envahir la littérature : j'entends les romans historiques, le plus facile et le plus funeste de tous les genres de compositions. Les premiers essais qu'en firent les Grecs, parurent sous le titre à^ Histoires amoureuses. On en tirait les matériaux des historiens et des poètes. Parthénius, qui vécut sous l'empereur Auguste , passe pour en avoir donné l'exemple : il eut un grand nombre d'imitateurs. Mais nos romanciers s'applaudiront- ils encore de leurs succès , s'ils considèrent que l'on ne songea aux fictions amoureuses que dans les derniers siècles de la littérature grecque , et qu'on abondonna cette facile carrière aux écrivains les plus médiocres ?

La chronologie occupa, dans cette période, les écrî*

I Notre livre des Machabëes n'est également qu*im abrégé dWe Histoire des Juifs par Jason le Gyrénéen.

Tains grecs uo peu plus que dans la précédente. Castor. de Rhodes, que nous avons déjà cité quelquefois, publia un traité de chronograpkie^ et dévdoppa dans un autre les inconvéniens de Vignorance des épotjues^ Pour dissiper la confusion qui s'était glissée dans la chronologie par la ressemblance 4es noms de quel^ ques princes , il écrivit une dissertation sur les rois de même nom. Il publia aussi un Canon chronolo* gique. Phlégon de Tralles, affranchi de l'empereur Adrien, publia un ouvrage de chronologie qui donnait les époques des principaux événemens depuis la preinière jusqu'à la 229.* olympiade.*

En discutant dans les chronographies les bases de la science chronologique, les historiens de cette pé-< riode s'assurèrent un avantage remarquable sur leurs prédécesseurs.

En ce même temps ils conmiencèrent à discuter les principes de l'art d'écrire l'histoire : un sophiste si-* cilien, Cécilius, publia l'un des premiers traités sur ce sujet, et Lucien nous a légué sur la même matière des idées très -judicieuses*

11 était d'autant plus nécessaire de tracer des règles aux historiens , que dans les productions les plu^ esti« mables ils en oubliaient quelques-unes. L'exact Oio^ dore de Sicile négligea de donner à sa bibliothèque cette élégance de diction que l'on ne doit jamais laisser à désirer dans les ouvrages d'histoire. Arrien, qui le surpassa sous ce rapport, resta au-dessous de lui,

■ ■ I ^ Il ^i— — ^^M^— — ■—■ Il — — — — ■■i^^

.1 U nous reste des firâgmens de ces chroniques.

SOUS le rapport de Tétçadue et deja profondeur des recherches.

Si nous passions aux autres écrivains des premiers siècles de notre ère y nous aurions bien plus de taches encore à faire remarquer : ils ne sont pour, la plupart que d'habiles compilateurs. Cette supériorité de génie qui embrasse les vicissitudes du genre humain sous leur véritable point de vue, celui de la philosophie -morale et religieuse ; oétte sagacité qui fait voir la lial-^ son non interrompue des événemens^ et distinguer riujQuence de l'homme des effets de la nature ; cette sensibilité qui reçoit toutes les impressions grandes et belles, et qui donne à l'écrivain l'art de les communiquer au lecteur , manquent à la plupart des auteurs de cette période. Nous serions heureux toutefois de posséder encorç,les recherches qu'ils publièrent sur des peuples que nous ne connaissons presque plus aujourd'hui.

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