CHAPITRE VI
Pes sciences naturelles et médicales.
Comme c'est la nature qui fournit tous les phé-« nomènes sur lesquels s'exercent les facultés de notre esprit, on peut juger, à toutes les époques, par l'état des connaissances naturelles , de celui des doctrines philosophiques.
Dès que nous renonçons à l'examen de la nature, et que nous n'y voulons voir que mystères, ces om*^ !|)res que nous aiipons à jeter autour de nous, as^iégçnt
notre propre intelligence , et tout devient mystérieux dans nos opinions.
Il est donc important de faire connaître l'état des études de la pâture au moment où nous voyons naître les doctrines mystiques du second et du troisième siècle; il est du moins important de faire connaître l'esprit général de ces études , lorsqu'il est impossible de les suivre en détail, ,
* L'école d'Alexandrie avait banni une foule d'opi-- Alexandrie nions superstitieuses , en poursuivant les études d'Aris^ tote et de Théophraste , d'Hérophile et d'Erasistrate, Elle négligea peut-être cos études sous les derniers Lagides ; mais , en général y elle les cultiva avec plus de soins; dans la première période que dans la seconde. Les empereurs ne firent plus exécuter ces voyages instructifs que les Lagîdes avaient ordonnés si fré^ quenunçnt; on n'étudia plus les plantes que pour les besoins de la médecine; on abandonna la zoologie.
La partie la plus brillante des études naturelles du musée, Panatomie, créée en Egypte, fut presque entièrement négligée. Lorsque Galien vint à Alexandrie, attiré par l'ancienne célébrité du théâtre auatomique de cette ville, il n'en trouva plus que les ruines : on ne disséquait plus le corps humain ; les apciens préjugés avaient repris leur empire ; on n'accordait plus que des animaux à la curiosité des médecins. Galien prit alors le parti de disséquer des singes, dont il croyait la structure assez conforme à celle (le l'homme. H regarda comme une bonne fofttme
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d^avoir pa examiner le squelette d'un criminel qu'on n'avait pas encore enterré.
' Il parait toutefois^ que l'école d'Alexandrie con-< serva quelque supériorité sur la Grèce dans Fanatomie : le médecin Rufus d'Ephèse j qui fut en Egypte sous l'empereur Trajan , et qui n'y disséqua non plus que des singes ^ cite fréquemment la terminologie des Alexandrins comme faisant autorité. ^ Galien nomme aussi plusieurs anatomistes de cette école. *
En général il préconise les avantages que la ville d'Alexandrie offrait encore à ceux qui désiraient étudier la médecine. Il est vrai que les hommes les plus distingués dans l'art médical s'instruisaient au musée ^ et que , d'après Ammien Marcellin ^ c'était la plus puissante recommandation pour un médecin d'avoir étudié dans cette école. ^
Déjà dans la première période les médecins d'Egypte avaient fait' une étude particulière des inaux ophthalmiques , dont les Egyptiens furent affligés à toutes les époques» Démosthène Philalétès publia le premier traité sur cette matière; les médecins d'Alexandrie continuèrent à en faire l'objet de leurs recherches. On cite plusieurs médecins oculistes de cette ville qui vinrent s'établir à Rome.
I Voyez son traité de parthim corporis dettominaiionibas* n Son maître \ Alexandrie ëtait Héraclien ; voy. Galen. Admin^ 0nat, , Hh, /, comm, a in libr» de natur» hom* 3 Ammian* Marcdl* Ub^XXlI^ i&
En effet) si nous voyons le plus grand médecin de cette époque y Galien , qui avait visité les écoles les plus célèbres , reconunander les études médicales d'Alexandrie , nous ne pauvons guère douter de la supériorité que le musée conserva dans cette science. Nous devons d'aiUeurs lui* revendiquer encore le véritable fondateur de Técole méthodique, qui s'éleva dans cette période, et celui des partisans du méthodisme qui le perfectionna le plus : Asclépiade de Bithynie et Soranus d*Ephèse fréqu«itèrent les écoles d'Egypte, l'un avant, l'autre depuis l'ère vulgaire.
Il serait aussi facile qae superflu de recueillir une ?*j9 s^eci. foule d'autres indications pour prouver que la médecin^ ne fut pas abandonnée dans cette période. La pratique de cet art ne meurt pas , et ce n'est pas non plus dans les siècles d'ignorance qu'ellle est le moins lucrative. Mais nous ne recherchons ici que les principes philosophiques qui dirigèrent l'étude de la nature et celle de l'art de guérir , et il suffit de l'examen des productions littéraires pour nous les faire connaître.
Le seul ouvrage remarquable sur Pétude de la nature qui nous soit parvenu, est un traité des plantes: il est de Pioscoride, médecin d'Anazarbe, qui parait avoir vécu peu de temps après Pline. Ce livre, qui fut pendant plusieurs siècles le manuel de botanique de tous les médecins, et qui jouit encore de son ancienne réputation chez les Arabes et chez les Turcs , ne saurait être regardé conmie un traité de botanique d'après
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nos conDaissances aotueUes : o'est une liste des plantes médicales connues à Dioscoride j et des opinions superstitieuses, qui révoltent dans les ouvrages de ce genre, y occupent beaucoup trop de place. Ce traité, qui n'était pas sans mérite à l'époque de son appari* tion , nous offre d'autant moins d'intérêt aujourd'hui , qu'il n'a pas de terminologie exacte , et que le vague de ses descriptions ne permet plus d'en reconnaître les sujets. Les dessins qui se trouvent joints aux manuscrits ne sauraient être d'aucune utilité ; ils portent l'empreinte des siècles barbares dans lesquels on crayonnait les figures d'un livre sans en consulter le texte. ^
On ne peut guère juger par l'ouvrage de Pline de l'esprit qui dirigeait les Grecs dans l'étude des sciences naturelles : Técrivain latin consulte les auteurs grecs , mais il ne les comprend pas toujours ; il remonte d'aile leurs à des sources antérieures à son temps , et il émet souvent sur la médecine , la magie , l'astronomie , la lithognosie, des opinions qu'on ne peut guère attribuer qu'à lui. Son ouvrage a d'ailleurs exercé peu d'influence sur les opinions grecques.
L'anatomie reçut dans cette période des progrès remarquables par les recherches ^e Galien. Ce savant médecin n'ayant pas trouvé en Egypte toutes les ressources qu'il y cherchait , il sut s'en créer d'autres , soit à Rome , soit à Pergame , et pendant plusieurs^
I Voyez la Première partie, page a 6 4.
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siècles la science de ranatomie resta dans l'état où il FaVait laissée. *
Nous pourrions citer d'autres anatomistes célèbres de cette période : les médecins Lycus, Marinus et .Quintus se distinguèrent par leurs observations et par leurs ouvrages. Mais il n'en résulte point que l'ana* tomie se soit maintenue au degré de perfection au* quel l'avaient portée Erasistrate et Hérophile ; et quand même les médecins qui vécurent cinq siècles plus tard auraient conservé toute la science de ces grands hommes ^ la postérité n'en serait pas 'moins fondée à les juger avec rigueur. La science dijQere en cela des autres trésors y que ses dépositaires sont coupables lorsqu'ils n'y ajoutent rien. La croyance , que notre esprit , quelle que soit l'étendue de ses conquêtes , peut les .pousser plus loin et jusqu'à l'infini , a quelque chose de si honorable pour nous^ de si sublime, que tous ceux qui cultivent les lettres doivent s'efforcer de la justifier.
Nous venons de parler des études préparatoires du médecin. La médecine elle-même fut cultivée avec assez de zèle. Les écoles des empiriques et celles des dogmatiques continuèrent à soutenir leurs opinions, pour ne pas dire leurs principes. Le désir de les con* cilier et d'augmenter par un sage éclecticisme la masse des vraies lumières, fit même naître une école nouvelle. Les chefs de cette école , appelée la méthodifjue , proposaient une voie moyenne entre le dogmatisme et Tem-
1 Iauth| Hûtoire de ranatomie^ 1. 1.^', p. 2 5 a.
pirisme , et il ne faut pas être médecin pour pouvoir affirmer que Tart médical ne saurait être autre chose.
On peut ramener l'origine du méthodisme à Asclépiade de Bithynie, élève de l'école d'Alexandrie ^ ami de Cicéron, et le meilleur des 'médecins qui se trouvaient à Rome au temps de cet orateur. Cependant les éloges qu'on donne à Asclépiade doivent surprendre lorsqu'on considère qu'il affectait autant de mépris pour Hippocrate que pour l'anatomie. Quoi qu'il en soit, il laissa à son disciple Thémison de Laodicée quelques principes de physiologie empruntés au système d'Épicure. Thémison développa les opinions de son maître j et son élève Thessalus de Tralles les fit valoir avec tant de succès qu'on le regarda comme le fondateur de cette nouvelle école. Il réussit si bien dans l'exposition de ses principes, qu'il se fit un grand nombre de partisans ; il^ çn fut si fier qu'il prit le titre de vainqueur des médecins.
Cependant ces nouveaux médiateurs entre les dogmatiques et les empiriques penchèrent trop vers ces derniers : ils. négligèrent Tétude , et particulièrement celle de l'anatomie, tort grave que le célèbre Celse ne manqua point de leur reprocher. Crinas de Mar-* seille essaya de les entrahier dans un égarement en-« core plus funeste, en associant les prétentions de la magie à leur indifférence pour l'étude. Il ne fut que trop heureux dans cette tentative.
Le seul partisan du méthodisme qui ait essayé de lui donner une direction scientifique, fut Soranus d'Ëphèse, qui avait étudié la médecine en Egypte, et
qui Tavait pratiquée en Aquitaine avant de s'établi]r à Rome ^ U rejetait absolument toute guérison su-^ perstitieuse.
Nous pourrions tirer, de ce fait des conséquences fort honorables pour Técole d'Alexandrie , mais elles ne seraient guère impartiales; car Jub'en de Chypre, qui étudia la médecine au musée en même temps que'Galien, n'en rapporta qu'un grand dédain pour Hippocrate.
Le plus bel éloge qu'on pourrait faire de l'école méthodique^ ce serait de lui revendiquer Galien : mais cet adçùrateur de l'école d'Alexandrie professa en médecine, comme en philosophie, l'éclecticisme le plus indépendant ; il ne s'attacha pas même à l'école éclectique que nous allons faire connaître.
La puissante rivale de l'école méthodique était l'é^Tole pneumaîi^fue , qui honorait comme son fondateur Athénée de Qlicie. Elle tirait son nom de l'hypothèse d'un principe de vie purement spirituel ou pneumt^tique, que l'on croyait devoir exercer la plus grande influence sur l'état de santé ou de maladie. Les partisans modernes de cette doctrine sont peut-être surpris de nous voir assigner ime telle ancienneté à leurs opinions ; cependant Athénée et ses disciples prétendaient en trouver les germes jusque dans les doctrines de Platon et d'Aristote. Il paraît aussi qu'Érasistrate et plusieurs stoïciens avaient eu \m principe semblable. Ce qu'il y a de certain , c'est que les stoïciens disses-
I Sprengel , Hiu. de la méd. , t. II , p* ao3 et suiv. (édit. allem.)
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talent sur le principe vital dans ses rapports avec les qualités élémentaires du corps humain > , qui étaient , selon eux , V humide , le secj le froid et le chaud.
Les pneumatiques avaient sur leurs rivaux l'avantage (j'une érudition profonde; ils recommandaient même Tétude de la dialectique, comme pouvant servir à discerner plus scrupuleusement les objets et à introduire une terminologie exacte.
Cependant l'érudition et les hypothèses même sj^stématiques ne sauraient guérir seules aucune espèce de maladie : les pneumatiques se virent négh'gés et insultés. Ils cherchèrent donc à faire alliance , non avec les dogmatiques qui n'étaient plus et qu'ils avaient remplacés , mais avec les méthodiques qui professaient quelques opinions analogues aux leurs, et même avec les empiriques, qu'ils espéraient ramener à de meilleures études.
Ce fut Agathène de Sparte qui tenta le rapprochement; mais son disciple Archigénès d'Apamée lui en enleva l'honneur, et fut regardé comme le fondateur d'une nouvelle école, appelée lecti^ue^ éclectique ou épisjnihétiijue,
Archigénès se fit remarquer dans les discussions par une analyse profonde et une dialectique rigoureuse. Ses observations portaient principalement sur le pouls, qu'il croyait en rapport intime avec le principe vital.
Cette école fit une acquisition brillante dans la personne d'Arétée de Cappadoce, qui déserta le mé-
— I ' ■ III I 'm II I .1 ■■ Il II m il—— .w^ i m «» < ■
1 nOiOiJfTfÇ.
thoâisme, et enriclût le système éclectique de ses profondes observations 9 de ses connaissances solides en abatomie : quelques-uns le regardent comme le plus ingénieux observateur après Hippocrate.
L'hommage rendu à la nouvelle école par Arétée, et le penchant de Galien pour un éclecticisme absolu ^ la firent triompher pendant quelque temps. Un ouvrage assez curieux de cette époqup , un recueil de problèmes de physique et de médecine , attribué au ïatrosophiste Cassius y est également écrit dans l'esprit éclectique.
L'analogie de vues que nous remarquons ^ au com- ^ mencement du troisième siècle, dans les sciences naturelles et dans les doctrines philosophiques, vient ^ Fappui du principe que nous avons établi au commencement de ce chapitre, et peut contribuer à la^ solution du grand problème qui nous occupe.
CtïAPITRE VII.
Des sciences mathématiques.
L'étude des mathématiques se ressentit aussi du Ainndnt. penchant pour le mysticisme que nous avons remarqué dans l'étude de la nature. .
Ce phénomène n'a, du reste, rien qui doive nous Surprendre. Pythâgore, l'un des mathématiciens les plus célèbres de l'antiquité, avait employé les nombres dans ses combinaisons philosophiques; il s'en était servi pour émettre des idées que la langue de son temps ne pouvait exprimer. Faut -il s'étonner 2 14
que daDS un autrç siècle on se soit trompé sar son langage , et (ju'on ait regardé les nombres conmie les principes d'une doctrine quelconque ? On sait à combien de combinaisons les chiffres peuvent se prêter : on ne doit donc pas être surpris des égaremens de quelques mathématiciens qui regardèrent l'arithmétique comme la def de la science universelle. Si vous accordez au mathématicien que Farithmétique est la science de^ rapports , et que vous déterminiez mal le sens de ce mot, il pourra mettre toute la philosophie en nombres 9 car celle-ci aussi est la science des rapports. Il y a seulement cette différence, que le mathématicien, pour établir ses rapports, se contente de connaître les quantités , tandis que le philosophe , pour fixer les siens, veut connaître les choses ellbs -mêmes.
Pendant les premiers siècles, les Alexandrins, satisfaits des Élémens d'arithmétique d'Euclide, s'étaient bornés à les développer , à les perfectionner. Qaude Ptolémée, peu content d'une arithmétique purement mathématique , composa sur cette science un ouvrage dans lequel il fit entrer des idées philosophiques. Un pythagoricien célèbre chez les anciens , Nicoma^ue de Gérase, venait de lui en donner l'exemple. Le travail de Ptolémée s'explique au reste par le penchant de son auteur pour les doctrines mystérieuses : celui qui croyait lire dans les astres les destinées du genre humain, devait trouver bien des choses dans les nombres.
Diophaute d'Alexandrie fit une innovation beau-
Coup plus utile en mathématiques, en inventant l'algèbre, ou en perfectionnant cette science de manière
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à faire oiAlier son prédécesseur > , et on doit regretter la perte d'un second traité d'arithmétique du même auteur y d'autant plus qu'il est à présumer qu'il j donnait des explications plus détaillées de ses problèmes. ^
La géométrie fit des progrès remarquables en Egypte : Démétrius, Ménélas^^ Théon et plusieurs autres mathématiciens d'Alexandrie ajoutèrent aux^ découvertes de leurs prédécesseurs. Ces études florissaient encore, pi^ès des ruines du musée ^ aux quatrième et cinquième siècles.
Le plus bel éloge des études mathématiques du musée est l'application que Sosigène et Ptolémée en firent à l'astronomie*
Sosigène eut l'honneur de régler le calendrier que César prescrivit à l'empire romain , et qu'adoptèrent les peuples qui vinrent se partager les provinces de cet empire* 4
Ptolémée ressaisit l'idée d'Hipparque, de réunir eit un corps de doctrine les Siemens de science épars
I Voyez sa préface.
% On croit aussi qu'une ëni^e fgnyét sur sa tombe et contenadt des détails sur sa vie, son â^e et sa famille) en renformait d*aiUrea •ur se$ écrits. (Montuda, Hist. des mathemaL^ t. I.**^, p. Si 6.)
3 U nous a laissé des Sphériques , qui ne sont que des théorème de pure spéculation. (Voy. Delambre, Astronomie ancienne , t. L^j*p. 243 et suiv.)
4 II suppose Tannée solaire de 3 60 jours six heures. Au bout de quatre ans les six heures excédantes formaient un jour. Jules*» César en ordonna Fintercalation dans la quatrième année ; q'-esl w qui produisit les années bissextiles.
dans une foule d^ouVrages* Tel fut le (iaû de sa grande composition.
U y adopte le système qui place la terre au centre de l'univers , et range autour d'elle la lune^ Mercure, Vénus, le soleil, Mars, Jupiter, Saturne et les étoiles fixes. ' '
Quant au soleil, il admit la théorie d'Hipparque sans cbangemens; mais les théories qu'il donne des autres planètes sont son ouvrage.
Hipparque n'ayant fait qu'ébaucher la théorie des étoiles fixes , Ptolémée eut le mérite de la perfectionner considérablement dans son nouveau système. H dém.ontra que depuis Hipparque ces étoiles avaient.avancé vers l'édiptique, et il établit des principes sur cette jmarche.^ Pour rendre la postérité juge du phénomène qu'il croyait avoir observé et xlu calcul qu'il établit, Ptolémée dresâa, d'après ses propres observations et celles d'Hipparque , un catalogue des étoiles fixes, dans lequel il indiquait les longitudes et les latitudes de plus d'un millier de ces étoiles.
L'astre qui embarrassait le plus le génie de Ptolémée est le satellite de la terre , dont aucun ancien n'a pu donner la théorie , et dont les modernes ne connaissent la marche que depuis Newton. Celle quepubHa Ptolémée est très - compliquée : ne pouvant découvrir les vrais principes^ malgré tous ses efforts, il imagina
1 U y avait un intervalle de 356 ans entre les obseryaCions d^Hipparqne et celles de Ptolémée. la différence que remarquait ce dernier, était de a® 4o' ; il <ïn CQndut que le mouvement était d^un. degré par siècle.
une quantité de cercles , dont la combinaison yalllalt cil quelque sorte le défaut de "justesse. *
Cet hommage rendu à la faiblesse humaine par l'uu des plus grands hommes , ive saurait affaiblir là' recon- ' naissance qui est due à ses belles découvertes. Sa gloire fut plus durable que le monument sur lequel il avat gravé ses observations. Pendant quinze sièdes il dth* mina en, souverain absolu sur les astronomes de tous les pays civilisés. Nous devons féliciter ceux du moyen âge d'avoir eu un tel prédéces^u^, et l'historien de l'astro^ nomie doit associer les noms des créateurs de l'école d'Alexandrie à celui du plus grand astrcmom^ de l'antiquité. . . , .
' En effet 9 l'astronomie n'existait pas, ou n'existait plus , quand Ptolémée Soter et son fils vouèrent aux sciences une partie de leuts trésors^ En comparant la grande composition de Ptolémée au poëme des •phé-^ nommes é! kt^Vm ^ on aperçoit un. intervalle immense^ et yn ne peut s'empêcher d'^^pplaudir i ceux qui l'ont parcouru d'une manière si honorable.
La géog)ra|diie ne dut pas moins de progrès à l'é^ eole, d'Alexandrie que l'astronomie. Depuis les travaux d'Hipparque elle était devenue une science, mathéma->t tiqiie f Stréboa vint la r^adre historique. Les 'o\»vrages qui avaient paru dans TintervaUe, étaient d'un ordre teUement- secondaire qû'-on :peutle9 passer, sotts -sâenoe.
I Ce fut cet arrangement Uza^re c|ui fit dire an pieux Alfl^o^sc. X, que si. Dieu lui avait fait Phonneur de le consulter ei^ créant le .monde , les choses sera^ient mieux ordonnées.
ai*
Strabon était plus versé dans les connaissaiioes historiques que dans les mathématiques; cependant û connaissait trop bien le goût de son siècle pour se flatter de réussir en négligeant les travaux d'Hippar* que et d^ratosthène. Les principes de ce dernier convenant mieux à la nature de son génie, il en fit la hase de son travail Mais les erreurs de cet ancien géo« graphe lui c^irent des occasions de triomphe, et Strabon suivit envers lui mie tactique dâoyale ; en le dépouillant de tout ce que les Geographoumena ofiraient d'exact, il s'éleva avec un zèle impitoyable contre les erreurs qui s'y étaient glissées.
Strabon adopta de nouveau le stade de 700 au degré, et traça ses méridiens sur une surlace plane; la réforme d'Ifipparque, qui les avait courbés, ftit perdue de nouveau pour la science. Il arriva fréquem* ment au nouveau géographe de choisir mal ses guides, et d'autres fois de combiner faussement des renseignemens exacts* Il en ^st résulté des erreurs tellement graves , que la plupart des latitudes et des longitudes connues ftirent dérangées dé nouveau, et que la carte de Strabon fut inférieure sous beaucoup de rappoits & celle d'Ératosthène. ^
Jusqu'alors les géographes d'jUexandrte avaient donné à la terre la forme d'une ohlamjdé stôcédo* nienne-: -depuis Strabota, cette singulière opinion, dont l'origine. est inconnue 3, ne reparait plus.
1 Yôy. GosseHn , Géogi^phie des Grées iâttalylB^e : Strabon,
2 Oii la chercbe quelquefois ^ns h formé de la Tille d*AIeiandiie \ ee qui c»t certes rei^ication la plus absurde de toutes.
En général, si les bases mathémati(|ues cle la géographie se sont altérées entre les mains de Strabon, sa partie physique et sa partie politique lui durent' les plus heureux développemens. Les guerres des Romains venaient de répandre la lumière sur beaucoup de régions peu connues auparavant ; Stra^pon avait parcouru lui-même quelques-unes des contrées dé l'Asie, de TAfirique et de l'Europe : Il profila' d'ailleurs de tous les matériaux amassés dans les bibliothèques d'Alexandrie, et son ouvrage fut un répertoire complet de toutes les données géographiques connues dans son siècle. Dans les matières historiques son choix est généralement sûr et heureux. Ses descriptions ne sont pas toutes également exactes : le Nord était encore trop peu connu, et on n'avait que des renseigneméns incomplets sur plusieurs contrées de l'Asie. Il est vrai que Strabon n'a pas toujours choisi les meilleurs ; mais on a exagéré ses torts : s^il lui arrive de préférer Homère à d'autres guides , il sait néanmoins que ce poëte a ses licences. Malgré quelques défauts, l'ouvrage de Strabon fit oublier et périr ceux de ses prédécesseurs , et il méritait de partager avec la Géographie de Ptolémée les hommages dont ce dernier livre jouit trop exclusivement dans le moyen âge. ' / Qaude Ptolémée, qui vint s'occuper de la géogra- ^ie plus d'un siècle après Strabon , ne la trouva plus dans l'état où l'avait laissée cet écrivain érudit. Marins de Tyr avait calculé aveo succèâ un grand nombre
I Strabon est souTcnt copié par Pline, qui cependant ne k cite point ; 4)11 pourrait an reste supposer cpe iefe deux anteors poîsèrent dans des sources cofliunvnes.
de positions ; on avait aussi ajouté des recherches historiques à celles de Strabon. Ptolémée profita de ces travaux , s'appliqua de nouveau au calcul des latitudes et des longitudes, réforma quelques erreurs de Marins de Tjr, et pubUa le fruit de ses recherches dans les huit hvres de sa Géographie, »
Cependant les bases mathématiques de son travail ne justifient pas en tout U célébrité dont il jouit. Il ad^ met d'abord vingt-sept climats , au Ueu des sept connus ou adoptés par Hipparque. C'est uue innovation qu'où ne saurait blâmer ; mais ses parallèles , tracés par des villes célèbres; telles que Syène, Alexandrie , l'île de Jlhodes y Byzance, Marseille et autres , offrent des dis^ tances fort inégales. Ses méridiens sont peut-étrQ trop multipliés. Son degré n'est que de 5oo stades; ils suivais les mesures de Posidonius d'Apamée et de Marins de Tyr, qu'il croyait de la plus grande exacti-tude '^. Ptolémée ne fut pas heureux non plus dans les calculs des positions y qu'il fit en profitant des édipses de lune. Pour ses longitudes il se servit de mesure^ géométriques. '
Ce géographe croyait connaître la moitié de la circonférence de la terre, et ses degrés, beaucoup trop petits 4 y favorisaient son illusion-
I On les regarderait €oii)m.e une liste asseï sèche des pays et des villes connues de son temps ^ si Ton jperdait de vue sts indications niathématiques.
a Almageste, I, ii ; YII , 5.
3 Mannert, Géographie ancienne, I, p. 1 33 (en allemand):
4 II ne les faisait plus que de 4oo stades à la hauteur de Rhodes. Il ne .connaissait réelleipent que ia$ degpés de la circonférence da globe, . ^
Ses latitudes sont plus exactes , surtout celles des contrées de la Méditerranée ; quant aux plus éloi* gnées, il ne pouvait que suivre ses prédécesseurs : aussi la différence d'exactitude des unes et des autres < est -elle remarquable.
Ce qui ajoutait au prix de sa Géographie , c'étaient les cartes dont il l'avait accompagnée ; il est probable que Strabon avait aussi enrichi son livre de ces auxiliaires indispensables.
Ptplémée étendit de beaucoup le domaine de la géographie historique. Strabon ne connaissait que quarante-deux degrés de largeur ; son illustre successeur en connut quatre-vingts. Il avait reçu de nouveaux repseignemens sur l'Asie etparticuUèrement sur l'Inde J Les descriptions que Strabon donne de cette contrée, forment un contraste remarquable avec les données * de Ptolémée. Il en est de même ppur le Nord, La supériorité de Ptolémée est telle qu'on lui a supposé des sources extraordinaires.
Les Phéniciens, a -t- on dit , ce peuple qui circulait sur toutes les mers, ont visité les parages septentrio-. Qaux ; il$ ont mis par écrit leurs observations ; ils ont déposé leurs périples dans les bibUothèques de Tyr. Le géographe Marins, né dans cette ville, a déterré ces antiques trésors ; il les a fait passer à la bibUothèque d'Alexandrie, le grand dépôt des livres du monde connu, ou bien il en a donné des extraits dans ses ouvrages, et Ptolémée a puisé à l'une ou à l'autre de ces sources:
X Pïr va marchand macélonien , nommé Titien , et par les rela> lions commerciales ^c les Romaios entretenaient avec les Indes par Alexandrie.
Cette hypothèse, qui est en quelqae sorte basée sur les périples de Carthage , colonie de Tyr, n'a rien d'extraordinaire ni de chiméricpie : on peut croire que son auteur l'a proposée sérieusement*; mais elle a contre elle des faits qui la détruisent. On peut admettre sans difficulté que les Hiéniciens ont rédigé des péripies; on peut adniettre encore que les Lagides, qui firent acheter et traduire des ouvrages hébreux, ont possédé aussi des livres phéniciens. Mais ces anciennes ^ relations pouvaient -elles exister encore au temps de Marins de Tyr, ou même à l'époque de Ptolémée Soter ? Qu'on les eût déposées à Tyr pu à Sidon , elles ont dû périr dans les catastrophes qui ruinèrent ces villes. Il eût été d'ailleurs si glorieux pour Marins de Tyr, ou tout autre écrivain , d'avoir déterré de pareils trésors , que leur silence à ce sujet serait absolument inexplicable.
Une autre hypothèse , établie sur le texte de la Géographie de Ptolémée, nous paraît avoir encore moins de fondement 2. Elle tendait à faire passer cet ouvrage, tel qu'il est aujourd'hui, pour un informe recueil de différentes opinions ajoutées au texte de Ptolémée par des auteurs qui ont vécu après lui. On accusait particulièrement l'ignorance du moyen âge de ces imprudentes interpolations. Mais le savant Mannert, qui a combattu cette supposition , a prouvé que le res-
I On h rencontre dans THistoire universeDe , t. XXXI , p. 1 4^ et sui^. (enaUêm.)y et dans Gatteret^ Hist. universelle, t. I.®', p. 654 (en aUemand).
9 Schlœtxer, Hist.. du Nord, p. 148 et 176.
pect même ^e le moyen âge portait à ee livre , ne peimetlait pas d'accuser les écriyaiiis de ce temps de la prétendue falsificjsition de Ptolémée. ^
n.y a d'ailleurs dans cet ouvrage une égalité de style qui empêche d'admettre qu'il fût d'auteurs dif«férens. Qu'on ne croie pas non plus «jue le christia* nisme ait eu besoin d'altérer le texte de Ptolémée pour le rendre plus conforme à ses opinions. Lorsque, dans les premiers siècles , on cmt devoir rejeter l'idée des antipodes , on composa , avec le secours du livre de Ptolémée, des traités de géographie dégagés de tout ce qui semblait contredire la cosmographie des codes sacrés ; mais on ne l'altéra point. En général , si l'on peut accuser les ministres de la religion chrétienne d'une opposition violente à quelques découvertes utiles, on ne peut que louer la sagesse avec laquelle ils ont souvent défendu les doctrines de la Bible* contre la présomption d'imprudens novateurs qni prétendaient renverser par leurs systèmes ou leurs hypothèses une grande partie des opinions religieuses.
Loin d'accuser les successeurs de Ptolémée d'une altération coupable de sa doctrine, on doit leur reprocher d'avoir adopté avec trop de coniBance ses idées.
La science se perd lorsqu'on se borne à l'admirer : si le moyen âge s'était conformé à l'exemple du musée, au lieu de suivre servilement les opinions émises par ses meinbres, Galilée n'aurait pas été persécuté pour avoir
découvert les bases véritables de la cosmographie.
' • ■ ■ I I i II ■
I Je ne ptétfuds pu nitt ^*il n'y ait «{oelques iiAierpohiïonn èun cet ooTiage.
L'école d'Alexandrie continua dans cette période à perfectionner les arts qui empruntent leurs principes aux mathématiques. Didyme s'occupa de nouyeau des différens systèmes de musique qui avaient été' inventés par Pythagore, Jasus et Aristoxène, ainsi que des perfectionnemens que leurs théories avaient reçus par les soins d'Archytas, Euclide et Ératosthène ; il fixa enfin les rapports des sons, tels qu'ils sont encore établis dans notre ganmie.
. On. a revendiqué ce perfectionnement à Qaude Ptolémée ; mais on ignorait que ce dernier n'a fait que copier son prédécesseur Didyme. ^
Dans d'autres parties du système musical Ptolémée a mieux développé les théories de Didyme , tout en laissant quelques points à éclaircir à ses nombreux successeurs. ^
La mécanique fit aussi des progrès entre les mains de Ptolémée ; ft l'optique , qui était à peu près une science nouvelle dans cette période , fut perfectionnée par le même mathématicien.
Ptji grec». Les sa vans des autres régions grecques ne rivalisèrent que faiblement, dans les études madiématiques, avec ceux d'Alexandrie : il y a cependant quelques travaux reinarquables à signaler.
Nicomaque de Gérase , l'un des philosophes qui ,
-i^»iT— — ^—...^.^-1—— Il II.» ^I^^l^— ^^-^ I II I II ^1 I —^P^^JÉ»
I Forkel, Histoire de la musique, t. I/^, p. 3^63 et suit, (en àUemand).
a On composa encore un grand nombre de traités d^bannonie après Ptolémée; voy. fshridi £iâ/i'oiÂ, gritêa^ vol* V < Musici deperditû •
dans les pi^emiers siècles de notre ère , ressuscitèrent les opinions de Py thagore , introduisit dans l'arithmétiipie ces combinaisons mysticpes dont nous avons parlé au aujet de Ptolémée.
En géométrie on ne remiarque guère que Théon de Smyme et Philon de Tyane. L'un nous a laissé des fragmens d'un traité sur Tatilité des mathématiques pour rintélligence de Platon 5 l'autre passe pour s'être occupé avec beaucoup de succès de différens problèmes sur les courbes.
Marius de Tyr et Théodose de Tripolîs sont les écrivains qui j après ceux du musée , contribuèrent le plus aux progrès des mathématiques «appliquées. Marius enrichit la géographie historique de beaucoup de renseignemens^ et travailla au grand projet d'assigner à chaque lieu des degrés exacts de longitude et de laiitude; Théodose^ entre plusieurs autres écrits astronomiques j publia un traité sur la sphère*
La géographie politique occupa un grand nombre d'auteurs ; c'est une de ces sciences qui acceptent de légers tributs et qui par là s'éi^richissent sans cesse. La Grèce peut avec orgueil placer les descriptions de Pausanias à côté de celles de Strabon, que revendique le musée. Un sentiment de £erté, semblable à celui qui inspirait Plutarque dans ses Vies parallèles, anime souvent Pausanias dans son exposition des moiiumens de la Grèce ; il semble dire aux spoliateurs de cette région célèbre : Nous sommes plus riches encore aue vous ne le serez jamais ^ quelle que soit votre at^idité pour nos chefs-d'œuvre f Un grand nombre d'où-
vrages secondaires paraissent à la suite de celui de PattStfiias. Deoys, surnommé le périégèie^ publia, en beaux vers y une description de la terre qui est datant plus exacte que c'est celle de Scraixm; Arr|en enrichit la géographie descriptive d'un périple de la mer Noire , et Isidore de Charax d^un itinéraire de la Parthie. Outre cela, on publia dans cettOr période un nouveau périple de la mer Rouge , attribué par quelques^-uns au philosophe Arrien ^ , et un grand nombre de traités sur les villes, les lacs et les fleuves* Ce qui pourrait prouver néanmoins que les nombreuses décou* vertes faites en géographie n'avaient pas encore dis- ^pé d'anciennes erreurs , c'est qu'il parut de nouveaux traités sur les lacs et les jleunfes mert^eUleux.
Les arts qui en^mntent aux mathématiques une partje de leurs théories, la musique, la mécaniquje et l'optique, furent cultivées par quelques auteurs* Nicomaque le pythagoricien publia un manuel d'har* moaie ; Damien Héliodore écrivit sur l'optique après Ûaude Ptoîémée; la mécanique reçut de nouveaux développemens dans des ouvrages qui traitaient de la stratégie et de la poliorcétique , et où l'on s'occupait beaucoup de machines de guerre.
I On croit qu^il est plutôt d*im Ârrien , oé^ociaiit romain , éubli à Alexandrie.