‹ Essai historique sur l'école d'Alexandrie et coup d'oeil comparatif sur laChapitre 16 sur 25 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Des sciences spéculatives.

Nous avons vu , dans les chapitres précédens , que l'amour du mysticisme se manifeste avec les premiers siècles de notre ère y non - seulement dans l'étude de la nature y mais jusque dans celles des mathématiques j science qui n'en comporte guère au premier aspect. Cependant, si cette tendance se fait remarquer ici plus que dans la période précédente, il ne faut ni croire qu'elle soit générale, ni la regarder comme un phénomène peu ordinaire.

Le mysticisme est de tous les âges, et quoique, dans les derniers siècles avant notre ère , il semble ne plus exister dans la philosophie grecque, nous y en trouvons cependant encore des traces. A. la vérité , la doctrine de Platon était devenue sceptique ; celle de Pythagore était abandonnée ; celles d'Aristote , de Zenon et d'Épicure n'avaient jamais penché vers le mysticisme : mais le syncrétisme , que nous avons vu naître au musée , a des rapports étroits avec les doctrines mystiques. Toutefois, s'il est vrai que ces dernières prennent faveur plus généralement, il n'en faut pas moins suivre avec attention les eÇbrts des penseurs qui soutiennent des théories contraires ; et si le muséct a donné l'exemple du syncrétisme , il faut convenir néanmoins qu'il ne l'a jamais professé aussi aveuglément que d'autres écoles.

L'école d'Alexandrie seule fit de nouveaux eflforts AieMwiri..

pour bannir cette doctrine, et c'est elle qui produisit, dans cette période, les plus ardeos défenseuu du scepticisme ' tien n'est plus faux que de regarder eu général les philosophes de cette école comme d'aveugles dogmaticiens.

Après une lutte vive, et peut être trop véhémente, contre le dogmatisme, l'école de Pyrrhon semblait éteinte. Nous avons vu cependant que TEgj^te et la Cyrénaïque conservèrent les germes du pyrrhonîsme; et si un orateur romain qui -se trompe souvent sur la philosophie grecque, rapporte que ce système n*avait plus de partisan *, l'école d'Alexandrie vient bientôt réclamer contre cette opinion. Aussi long -temps qu'il y aura des systèmes, il s'en trouvera un qui attaquera tous les autres.

La lutte des écoles grecques, si long-temps continuée, était la preuve de l'insuffisance de chacune des doctrines reçues j lorsqu'on cherchait à faire l'appUcation des principes spéculatifs, on arrivait au même ' résultat , et presque tous les médecins professèrent le scepticisme.

Enésidèmé , qui avait receuilli les élémens de cette doctrine delà bouche d'Héraclide, disciple de Ptolémée de Cyrène , la professa avec succès et en développa mieux les argumens. Il s'attachait surtout à la notion première de tout système dogmatique, à celle de cause , et tâcha d'en prouver le vide et l'inutilité. ^

1 Voyez T. I.«S p. a57.

a Sext, emp* hjp, pjnh, , /, i8o— i85.

.Cependant le scepticisme d'Énésidème avait pour but principal de faire revivre la philosophie de cet Heraclite qui voulait tout apprendre de lui-même, qui avait déclaré dans sa jeunesse qu'il ne savait rien 9 et qui disait plus tard qu'il n'ignorait rien, mais toujours en soutenant que nos connaissances n'ont rien de vrai qu'autant qu'elles ont leur origine et leur fondement dans la raison. ^'

Enésidème n'était donc pas un sceptique absolu; il regardait V apparence subjective partagée u/iiVersellement comme un critérium de la vérité, et se rencontrait ainsi avec Epicure et un grand nombre d'au* très ^. Or rien n'est plus dogmatique que de s'en tenir à la garantie de l'apparence.

Cette doctrine ne parait pas avoir trouvé un grand nombre de partisans à Alexandrie; mais la preuve qu'elle ne s'y perdit point se trouve dans Pouvrage de Sexte l'Empirique. On connaît au reste quelques parti* sans du scepticisme; mais aucun d'eux n'était Alexandrin,. et je n'oserais affirmer qu'ils aient enseigné en Egypte. C'étaient Zeuxippe, Zeuxis, Antiochuâ de' Laodicée, Ménodote de Micomédie, Théodas de Laodicée, Hérodote de Tarse ^ Sexte Saturnin. La plupart de .ces sceptiques étaient des médecins de la

I Dio^. Laert., IX '^ 5. Il est inutile de dire que je n*indique ici que le scejiticisme d'Uéndite ; sa cosmogonie et sa physique nous sont étrangères.

a Diog. Laert, IX, io6. Il regardait comme vrai^ va xmmç 9ra,u ^tU9o/uLi9A i comme /îgus , t« timc 'rm faino/jivt*, {Scsi* J^nf* ad9^mmth.^ VllI, 8.)

secte empirique, et aucun d'eux ne s'illustra en ptiilosophie. Le seul Agrippa, dont on ignore la patrie, Tâge et le séjour habituel, mais qui vécut entre Enésidème et Sexte , enrichit le scepticisme de cinq nou* veaux argumens, qu'il ajouta aux dix qu'on employait déjà pour révoquer en doute toutes les connaissances humaines.

Il est vrai que ces nouveaux argumens se confond^ent quelquefois avec les anciens, et qu'ils ne regardaient que les fautes logiques commises par les dogmatiques ^ ; cependant ils ne laissèrent pas de faire quelque sensation à une époque où le. nombre des sceptiques était petit.

Le seul pyrrhonicien capable de faire -une grande réforme dans la philosophie de cette période, fut Sexte l'Empirique. Doué d'une pénétration rare, il avait étudié toutes les anciennes doctrines , et il crut devoir les combattre toutes.

Ses écrits présentèrent le scepticisme dans toute son étendue, dans sa véritable tendance, avec toute la force d'une méthode savante.

Sexte combattit le dogmatisme dans toutes les formes qu'il avait adoptée», dans toutes les branches du savoir.

Cependant, quels que soient les mérites de Sexte ^ on ne saurait approuver ses attaques contre toutes les doctrines qu'en le comparant avec son siècle.

I Scxt. Emp. Âyp, Pjrrh,^ /, 164 — 169. Dio^. Laert. , IX ^ 88 et 89.

Si le vrai scepticisme est la sourc^ et la pierre de touche de la philosopliie , le pyrrhonisme absolu en est la destraction ; et si la science entière ne devait être qu'une illusion, il faudrait à l'esprit humain un secours surnaturel pour reconnaître cette vérité. Or Sexte dépasse les limites du doute philosopliique ; il ne dédaigne pas le sophisme , pourvu qu'il détruise la croyance ; et s'il était possible de faire un aussi bon ouvrage que le sien avec de la mauvaise foi, on devrait le croire la production d'un de ces rhéteurs qui plaident pour et contre. Si Sexte ne veut pas détruire, il veut du moins qu'on regarde comme nul ce qui parait prouvé , et qu'on le cherche de nouveau.

Sous ce dernier rapport son ouvrage fut le plus beau et pouvait devenir le plus utile de cette époque ; mais il n'est pas difficile de trouver les raisons qui le firent négliger. Les attaques contre les doctrines du temps passé produisent rarement une forte sensation, et Sexte eût acquis plus de partisans en combattant les opinions contemporaines. Encore aurait-il trouvé , en engageant cette lutte , des résistances proportionnées au désir qu'on avait de posséder enfin une doctrine. Or Sexte plaça le doute sur le trône et l'y laissa, tandis qu'il ne fallait que détrôner les erreurs, et mettre à leur place quelques vérités, soit méconnues , soit nouvelles. Déjà en définissant son scepticisme, en le disant l'art d'opposer les phénomènes et les pensées les unes aux autres, au point d'en faire résulter la suspension du jugement et le calm^ de rame y il devait s'apercevoir qu'un pareil art ne pouvait

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satisfaire ni les philosophes ni aucun de ses contemporains. Le philosophe serait trop à plaindre si le résultat de ses efforts était seulement de savoir pourquoi il ne sait rien ; et si le rationalisme offre ce résultat comme le seul certain ^ il n'est un bon système que pour ceux qui professent encore une doctrine surnaturelle. 11 faut même avouer que, si le ratio* nalisme et le surnaturalisme ne peuvent s'accorder, il est à désirer que le prenuer se convertisse en sceptidsme et se borne à recommander les dogmes du second aux besoins de l'homme spiritueL Mais on sent bien que Sexte, en réduisant le rationalisme à rien , n'a pu satisfaire sa nation , à une époque où les Juifs et les chrétiens professaient un dogmatisme si rassurant.

Autant que nous pouvons en juger par les écrits qui nous restent de cette' mémorable période, les dogmatiques ne se donnèrent pas même la peine de combattre celui qui avait prétendu miner les fondemens de leurs systèmes.

Sexte, l'adversaire de tous, n'eut donc point d'ennemis; mais il n'eut pas non plus de disciples : le seul Saturnin, que nous avons déjà nommé, professa en silence sa doctrine.

En voyant ainsi le scepticisme s'éteindre dans son dernier asile, nous devons pressentir un grand changement dans les opinions, et nous pouvons prévoir le triomphe du dogmatisme.

Tout annonce en Egypte des doctrines sérieuses et peut-être sombres. Les philosophes sectateurs du

plaisir , les épicuréens , ne s'y montrent plus , soit qu'ils ne trouvent plus à Alexandrie les faveurs de la cour^ soit que le monde profane ne veuille pas opposer ce scandale aux doctrines pures des chrétiens. Les cyni(jues ne s'étaient jamais multipliés en Egypte. Depuis' que ce royaume n'était plus qu'une province romaine , ils devaient s'y trouver en moindre nombre qu'auparavant ; ils n'y pouvaient plus faire contraste]* l'austérité de leurs mœurs avec celles des courtisans*

Le stoïcisme devait plaire davantage dans un pays où l'on cherchait à combattre la religion chrétienne. Au reste, les Alexandrins professaient déjà la doctrine du portique quand celle du Qirist leur fut annoncée. Aréus, Vomi d'Auguste; Théon et Strabon, qui vivaient sous le même prince ; £up|irate , l'ami de Dion et de Pline; Qiérémon et son disciple Dionysius, étaient tous stoïciens : S. Pantène, qui l'avait été avant d'embrasser le christianisme , professait, ainsi que les autres docteurs chrétiens, une estime sincère pour les opinions de Zenon et de Platon. Ils ne cachèrent pas à leurs disciples, que les philosophes du portique et de l'académie professaient des vérités utiles, et qu'il fallait placer ces penseurs au-dessus des autres.

Cependant nous devons accuser le musée d'une stérilité inconcevable, lorsque nous voyons les progrès, les heureux développemens^ que la morale des stoïciens reçut à Rome par des philosophes de la Grèce et de l'Italie.

Mais ici l'éloge se trouve à côté du blâme. Le pj-thagoréisme fut renouvelé dans cette période, ou il

ne pouvait plus trouver de place, et l'école d'Alexan** drie ne lui accorda plus d'asile. En effet, quelle est la théorie de Pythagore dont on eût eu besoin dans ces siècles ? Sa théologie n'était guère qu'une cosmo* logie; sa psychologie était allégorique, et quelque belles que fussent ses idées sur la. divinité et sur la nature de Tame dans leurs rapports avec la morale, elles étaient remplacées par celles de Platon, d'Aristote et de 2jénon. On ne pouvait donc ressusciter le

pythagoréisme qu'en le dénaturant, et les philosophes du musée aimèrent mieux ne point s'en occuper. Un seul philosophe d'Alexandrie, Sodon , fut pythagoricien; 'mais il vivait à Rome et non en Egypte, et comme lltalie fut le principal théâtre du pythagoréisme , on doit croire qu'il n'adopta cette doctrine qu'après avoir quitté l'Egypte.

Quand on veut nous expliquer l'origine du noaveau platonisme ou de ce. qu'on appelle les doctrines superstitieuses de l'école d'Alexandrie, on dte toujours les extravagances d'Apollonius de Tyane, comme si l'école d'Alexandrie avait formé ce philosophe ou adopté sa doctrine. Le fait est qu'elle n'a rien de commun avec lui. Il est vrai que, dès avant sa naissance, il était anqoncé comme un autre Protée, divinité égyptienne; il est vr^i qu'il fut en Egypte, et que parmi ses disciples on remarque l'égyptien Dioscorides : mais la prophétie qui se rapportait à sa destinée signifiait seulement qu'il étonnerait le monde par toutes sortes de merveilles. Quant à Dioscorides, ce ne fut pas en Egypte, mai^ en Italie, qu'il s'attacha au thaumaturge de T}^ne.

Ce qui a pu faire croire à quelques écrivains qu'Apollonius a trouvé un grand nombre de partisans au musée, c'est sanjs. doute un passage de Philostrate. Voici ce que rapporte ce biographe romancier. « Les Alexandrins aimaient Apollonius, même avapt « son arrivée en E^pte; ils brûlaient du désir de le « voir : ainsi un ami attend un ami. Les habitans de « la haute Egypte sont plems d'études théologiques, « et voilà pourquoi ils désiraient qu'il visitât leur « pays^... Apollonius était leur charme; ils l'écou- « taient avec avidité. Lorsqu'il quitta son vaisseau « pour entrer dans la ville, ils élevèrent leurs regards « 4c 9ur lui comme sur un dieu, et quand il passait par « des endroits peu spacieux , ils s'écartaient comme « devant ceux qui portent des objets sacrés. 11 fit « une entrée plus pompeuse que n'avait jamais été « celle d'aucun préfet de cette province. ^ *^

Certes ce passage a pu tromper ceux qui ne connaissent qu'en partie l'ancienne Alexandrie. Ne croiraiton pas l'élite des penseurs de cette ville remplie d'enthousiasme pour Apollonius ? Rien n'est cependant plus faux , et le philosophe de Tyane n'eut pas luimême la prétention de communiquer sa doctrine au musée. Il ne s'adressa jamais aux savans de cette école ; il aima mieux fréquenter les temples ; et ces personnes remplies de zèle pour la théologie, dont Philostrate nous entretient , ne sont que les prêtres

I II avait déjà visite FAsie mineure , k Babylonie , Flnde , ia Grèce, Fltalie, TEspagne, ks îles de Sicile et de Rhodes, a Philostratus , Fi/a ApolL , lib. Vy p* ao6 ; ed, Olea^rio.

de Sérapis ; le peuple que Ton dit l'avoir accueilli avec tant d'ardeur , n'est que la foule superstitieuse qui assiégeait constamment le serapéum. Au reste, tous les récits romanesques que Philostrate composa ou compila sur l'accueil que son héros reçut dans les différentes régions qu'il parcourut, sont reconnus aujourd'hui ne pas mériter une grande foL

Selon Philostrate , Apollonius employa la plus grande partie de son séjour à Alexandrie à des discussions politiques ou philosophiques avec Vespasien, qui avait quitté la Judée pour venir apprendre d'Apollonius les chances qu'il avait à l'empire. Or, quelque superstitieux qu'ait été Yespasien, il est incroyable que le futur empereur ait quitté son armée pour consulter un thaumaturge, et qu'il ait initié trois sophistes dans des projets tels que ceux qu'expose Philostrate. ^

En admettant, au reste, le récit de cet écrivain comme exact, on en tirerait la conséquence qu'Apollonius a passé son temps à discuter avec Vespasien, & censurer le goût des Alexandrins pour les exercices de l'hippodrome, et à délivrer des personnes condammées au dernier supplice. ^

Apollonius semble même ignorer l'existence d'une école d'Alexandrie, ou, s'il la connaît, ce n'est pas elle qu'il est curieux de voir. Quand Yespasien s'engage à le suivre, fl répond qu'il n'a pas encore vu la vaste Egypte, qu'il n'a pas encore consulté les gymnoso-

I VHa Apoll, f lié, V^ p» a 09 et sef.

» IBiJ. /. f, , /. 307.

phistes de ce pays * , et qu'il déaire comparer leur philosophie avec celle de l'Inde. Il ajoute qu'il n'a pas encore bu dans les sources du Nil, et semble indiquer par-là le désir de faire un pèlerinage en Ethiopie.

Tout cela ne nous montre qu'un enthousiaste dans la personne d'Apollonius , ou qu'un infidèle historien' dans celle de Philostrate. Je m'arrête même de préférence à cette dernière hypothèse. Philostrate confond les temps : à l'époque d'Apollonius, l'Egypte n'était pas encore citée comme la terre des thaumaturges ; elle était depuis long- temps celle des mystères sacrés, mais ce ne fut qu'à l'époque de Jamblique qu'on y trouva toutes les pratiques de la magie^ Tout ce que Philostrate rapporte d'Apollonius peint plus son propre siècle que celui de son héros.

X'école d'Alexandrie, loin de laisser corrompre ses doctrines par celle d'Apollonius , n'a eu aucun rapport avec lui ; et la plus belle vérité <jue ce prétendu dieu, démon ou ami des dieux, ait entendue dans ses longs voyages, lui fut dite à Alexandrie. n venait de donner à Vespasien des conseils sur Tart du gouvernement, lorsque le sophiste Euphrate^ qui était présent, dit à cet illustre Romain : « La "•« philosophie que je puis te conseiller de suivre , est « celle de la nature ^ : garde- toi de celle qui se vante « d'avoir commerce avec les dieux ; car toutes ces « choses peu raisonnables qu'on nous dit de Dieu^ « nous gonflent d'un savoir inutile. ^

1 Toic Jï yvfiTMt wirm ttptyfitu Ui xvyfxtf I. L, p- 222.

2 ^1X0(0^47 ««T* fvtif» i. c.

Vespasien partit pour la Judée sans profiter des conseils d'Apollonius , et ApoQonius pour l'Ethiopie sans profiter de ceux d'Euphrate ; mais il est de fait que le pytbagoréisme de ce dernier ne trouva aucun partisan connu au musée.

Une doctrine plus propre à captiver les suffrages d'ane docte école était celle d'Aristote; mais on la professa avec moins de pureté que daps la période précédente.

Au commencement les péripaiéticiens dévièrent moins de leur système que les autres {diulosophes; plus tard ils cherchèrent à réunir à leurs chinions celles des plus célèbres écoles. On ignore quels furent les principes particuliers d'Ariston, de Xénarque , de Straton ' , d'Hérodien , d'Eudème et de plusieurs autres péripatéticiens des premiers siècles de notre ère ; mais on sait que Strabon le géographe professait un mélange d'opinions empruntées au lycée et au portique, tout en penchant pour la dernière de ces écoles : on sait encore que cet Ammonius d'Alexandrie qui enseigna la philosophie en Grèce , professait w péripatétisme mêlé d'ppinions platoniques.

Cependant ce dernier philosophe n'exerça guèrç d'influence sur la philosophie, et il ne professa pas son syncrétisme au musée; il parait même que cette école aurait mal accueilU un mélange de péripatétisme et de platonisme. •

I II ne faut pas le confondre avec le përlpatéticien de la période pëcédenie.

Au reste, là doctrine d'Aristote fut bannie d'jllexandrie par Caracalla ^ , et quoique les successeurs de ce frénétique vengeur d'Alexandre aient dû révoquer la proscription prononcée par lui contre les péripa* téticiens, il ne parait pas qu'ils soient revenus en Egypte.

Le platonisme pur n'avait plus de partisans depuis les temps de Cratès. Les* chefs des différentes académies qui s*étaient succédé en Grèce, avaient tellement altéré cette doctrine qu'elle ress^oiUait à ceUe de Pyrrhon. Dans les derniers siècles avant notre ère , Antiochus avait essayé de ramener ses partisans à quelques principes fondamentaux du platonisme : il avait eu de nombreux sectateurs ; mais l'école d'Alexandrie avait pris peu de part à cette régénération, soit qu'elle eût toujours préféré le véritable platonisme, soit qu'elle fût livrée à d'autres doctrines.

Cet état des choses se remarque encore dans les deux premiers sièdes de notre ère : ou bien l'école d'Alexandrie ne possédait plus de platoniciens, ou le temps les a fait oublier avec leurs travaux. Je ne puis que préférer cette dernière hypothèse. : il est impossible à mes yeux que l'école d'Alexsmdrie ait oublié Platon ; plusieurs faits s'élèvent contrç un tel oubli. Anunonius le péripatéticien était sorti du musée et connaissait le platonisme ; Ammonius le Saccopbore, qui se prononça pour ][e même système avec une ardeur si peu commune , et qui le professa avec

I lie d^^of dvîmvi'y YoyesT. L^% p* a?^*

un succès si extraordinaire, a dû le puiser dans l'enseignement des philosophes du musée, plutôt que dans les Uvres, qu'il connaissait peu. C'est donc, à mes yeux , un fait incontestable que l'école d'Alexandrie possédait encore quelques platoniciens avant le célèbre Ammonius.

Après avoir levé un coin du voile qui couvre les études platoniques de cette époque, nous retombons dans les plus épaisses ténèbres lorsque nous nous demandons quelle fut la vraie doctrine d' Ammonius.

Ce philosophe a^-t-il professé un éclecticisme plausible 9 un absurde syncrétisme, un platonisme pur, ou une philosophie religieuse peu différente du christianisme ?

Si Aiçmonius avait professé la religion chrétienne, les philosophes profanes ne l'auraient pas choisi pour leur instituteur. S'il avait enseigné le platonisme pur, les chrétiens n'auraient pas fréquenté ses leçons. Bien ne prouve qu'il ait professé le syncrétisme tel que nous le trouvons dans Porphyre, JanaJ>Iique et Proclus ; et s'il avait enseigné l'édecticisme , sa doctrine se serait moins éloignée de cette de Potamon.

De toutes les doctrines possibles V éclecticisme parait la plus sage, puisqu'un véritable système est audessus de nos forces^ qu'il n'existe que dans la divinité*, que nous n'en concevrons jamais un pareil, et que, plus nous somn^es attachés à un système, plus il y a de partiaUté dans nos idées. Or, cette dernière supposition est exclusive de la vraie philosophie.

n semble qu'on se trompe le moins lorsque,

parcduraQt tout l'héritage des travaux spéculatifs que nous ont laissés nos prédécesseurs, on s'attache à ceux de leurs principes et à celles des conséquences qu'ils en ont tirées qui ont réuni les meilleurs suffrages; en un mot, lorsqu'on adhère aux opmions les plus solides, établies avec le plus d'évidence. Le plus grave inconvement qui pourrait entacher une telle conquête, serait sans doutç celui de la discordance que présenteraient entre eux quelquesuns des principes et quelques - unes des opinions qu'on voudrait adopter; mais alors on pèserait les raisons, on déciderait en philosophe, ou bien on persisterait dans cette suspension de jugement, dans cette hésitation , qu'on nous représente coinme éminenunent philosophique.

L'éclecticisme devait plaire surtout à. une école qui professait une vénération si profonde pour les grands hommes de l'antiquité ; il offrait un moyen de n'é^e ingrat envers personne. D'ailleurs les Grecs avaient pu se convaincre qu'en persévérant à former des écoles séparées, à se diviser en platoniciens, péripatédciens et stoïciens, ils nourrissaient l'esprit de secte dans le domaine de la vérité, se privaient de quelques-unes des plus belles découvertes de l'esprit humain, et s'obUgeaient eux - mêmes à défendre des opinions quelquefois insoutenables.

Cependant, lorsque Potamon proposa l'éclecticisme aux philosophes d'Alexandrie, il trouva encore moins de disciples que Sexte en proposant le scepticisme. »

I Nous ftTonft àé']k dît qii*Amnioiiiiis ne peut pas étrt regardé comme le partisan de Potamon.

C'est une preuve que l'opinion de ces temps était peu favorable aux anciennes doctrines pures , et l'on comprend sans peine que les besoins de l'esprit humain ne pouvaient pas être , dans les premiers siècles de notre ère y les mêmes qu^aux temps de Platon et d^Aristote.

Avant de faire connaître ces besoins , et la doctrine qui* paraissait en état de les satisfaire , jetons un coup d'oeil sur les études philosophiques de la Grèce : elles nous expliqueront toutes les questions que nous devons résoudre dans ces recherches.

?«ys grecs. Les systèmcs dogmatiques dominaient exclusivement, hors d'Alexandrie y parmi les philosoj^sles plus distingués. Le scepticisme fut professé par quelques médecins empiriques ; mais ce furent plutôt des, sectateurs de systèmes que des philosophes.

On ne saurait trop appuyer sur la difierence qu'il y a, sous ce rapport , entre les études philosophiques dur musée et celles des pays grecs. Les plus belles doctrines qu'on pût professer à cette époque , les seules propres à prévenir la plus funeste décadence, le scepticisme et l'édecticisme , ne furent enseignées qu'en Egypte.

Dans les autres pays grecs nous rencontrons une foule d^ ces cymi/ues qui s'érigent en censeuris des mœurs , et qui parcourent les provinces pour les purger des vices qui les désolent , coimne autrefois Hercule les avait délivrés des monstres. Sans doute l'empire romain était rempli de monstres , de passions honteuses et coupables; â avait besoin des réformateurs les plus austères : mais une morale forte, une

philosophie éclairée pouvaient seules arrêter la dégradation de3 hommes et la ruine des peuples. Ia grossièreté de mœurs qu'affectaient les cyniques, et l'amertume de leurs censures , devaient produire un effet contraire à leur attente. Au lieu d'être la terreur des grands, ils furent pour eux un objet de dérision.

Quelques hommes supérieurs se trouvèrent dans la foule des cyniques'; ceux-là parvinrent à une haute célébrité. Démétrius , Démonax et Œnomane firent de généreux efforts pour ramener le cynistne à sa pureté primitive ; ils essayèrent de relever leurs confrères avilis, et de les arracher aux bassesses par lesquelles ils gagnaient les faveurs dédaigneuses des grands.

D'autres cyniques rendirent des services distingués en combattaiK la superstition sous toutes les formes qu'elle adoptait, soit les oracles, soit les initiations mystérieuses.

Mais le genre humain était arrivé à une de ces époques où il.se lasse des spéculations, où il veut une croyance : c'était lui déplaire que se borner à combattre quelques-unes de ses erreurs; il demandait des vérités.

Cependant, tandis qu'une partie des cyniques essayait de bannir la superstition , une autre la recommandait. Pérégrin de Mysie , qui peut passer pour l'un des compatriotes et des imitateurs d'Apollonius de Cappadoce , eut recours à tous les prestiges pour se faire des partisans, tl ne réussit que trop bien, et ce fanatique thaumaturge n'hésita point de monter

sur le bûcher pour accroître sa gloire : S se brûla devant la Grèce assemblée à Olympîe. *

Si les tableaux de Lucien ne sont pas exagérés dans son Démonax et son Pérégriny s'Q ne fait pas dans ces traités l'idéal de la résignation cynique et celui de l'imposture des thaumaturges y rien ne ferait mieux connaître l'esprit de ces temps fameux.

Les épicuréens furent les spectateurs les plus cour pables de la décadence des principes et des mœurs. Tout autour d'eux se livrait aux passions , et ils continuèrent à prêcher la science du plaisir. Fidèles à leur système , ils ne voulurent pas voir de désQrdre aussi long-temps qu'il leur restait des jouissances.

Il faut cependant distinguer le vulgaire de cette secte, de quelques hommes éminens dont les opinions se rapprochaient de celles d'Epicure. Ceux-ci exercèrent souvent une influence salutaire sur les mœurs et les opinions. Si Lucien et Diogène de Laërte furent épicuréens , on trouverait les deux hommes les plus éclairés de ces siècles dans l'école la moins célèbre. D'autres, moms connus, combattirent aussi le ridicule et la superstition : mais, encore une fois, il ne fallait pas des principes d'incrédulité ; il fallait des doctrines.

Le stoïcisme y qui en offrit, fit des conquêtes illustres dans ces siècles , et , sous ce rapport , il fut te plus dangereux rival «Qu'ait jamais eu le christianisme. Sans lui les Marc-Âurèle et les Antonin auraient embrassé

I Soas Fempereur Adrien. . Je parle dans la supposition qa^il ait i * existé une TÎlIe du nom d^Olympie .

la croyance des Athénagore et des Clément d'Alexan^ drie ; sans lui, le christianisme , placé sur le trône des Césars avant les dernières erreurs des philosophes, eût peut-être préservé l'empire de sa chute, et adopté loimême des formes qui eussent rendu les invasions de la barbarie et de l'ignorance moins destructives.

La doctrine dp Zenon eut, dans les pays grecs, et dans cette capitale de l'empire qui était devenue le centre de la littérature, les partisans les plus illustres , phénomène qui est le dernier et le plus beau panégyrique des Romains.

Sénèque, vertueux courtisan ; Épictète, devenu par son seul génie Tami d'Adrien , dont il avait été Tesclave; Arrien, historien distingué, courtisan probe et guerrier habile; Marc-Aurèle, le modèle des rois; Dion de Pruse, le plus grand orateur de ces temps, professèrent tous le stoïcisme, et presque tous perfectionnèrent la belle morale qu'enseignait le portique. 1

Les péripatéticiens renouvelèrent en vain leur an-r cienne lutte contre les autres écoles; ils n'exercèrent d'influence marquante ni sur le peuple ni sur les philosophes.

Le système d'Aristote a plus de solidité que d'éclat ; ses partisans eurent plus d'érudition que de génie, et

I Un grand nombre Me Romains ^i n*ont pas ëcrit sur h philosophie » on d(}nt les ouvrages n*appartiennent pas à la litUrature grecque, adoptèrent le stoïcisme. Cette' doctrine exerça une influence salutaire sur les lois des Romains , par cmséquent sur les lois de tons les peuples civilisas. "*

ce n'est pas par des commentaires qu'on dirige l'opinion générale.

A la fin de la dernière période , Aristonicas , l'un des chefs de cette école, avait donné de nouveaux soins aux écrits d'Aristote : on continua de les. mettre en ordre, de les commenter, d'en développer les doctrines. Nicolas de Damas, l'ami d'Auguste et d'Hérode , écrivit sur le péripatétisme à Rome ; Ammonius d'Alexandrie l'enseigna à Athènes ; Alexandre d'Apfarodisie le professa dans la même ville, ainsi qu'à Alexandrie; Adraste d'Aphrodisie et Alexandre d'Egée le commentèrent avec un zèle heureux ; plusieurs autres sages de la même école poursuivirent les travaux de ces philosophes , mais il leur fut impossible de vaincre l'indififérence presque générale de leurs cont^nporains pour la doctrine d'Aristote.

Nous avons distingué plusieurs classes de cyniques et deux écoles d'épicuréens ; la même divei^ence d'opinions se remarque parmi les péripatéticiens.

Quelques-uns d'entre eux, reconnaissant l'insuffisance de leurs principes , se rapprochèrent de ceux de Platon , et il en résulta qu'un assez grand nombre de ces philosophes furent comptés en même temps parmi les péripatéticiens et parmi les platoniciens. Mais cette vérité ne suffit pas pour établir le fait d'une tendance prononcée pour l'édecticisme ou le syncrétisme. Peu importe, en effet, que des honmies obscurs aient adopté une partie du système de Platon et une partie de celui d'Aristote ; ce qui seul pourrait rendre, intéressante une pareille combinaison, ce serait

une grande action ^ une hifluence générale qtii en aurait été le résultat : or , le péripatéûsme n'a pas produit cet effet

Une doctrine dont il faut suivre le renouvellement « les modifications et les progrès avec beaucoup plus d'attention, est celle de Pythagore y ou plutôt celle qu'on attribuait à cet ancien sage.

Depuis leur première persécution à Crotone, les disciples de Pydiagore n^avaient plus formé' d'école. La politique ombrageuse des républiques anciennes^ leur en interdisait la faculté , et quelque intimes que fussent d'abord les liens secrets qui unissaient encore les pythagoriciens y ils cessèrent bientôt de former une secte. Us n'auraient pu d'ailleurs continuer leur enseignement qu'en le modifiant d'après Platon et Aristote y et les écoles d'Italie ne pouvaient pas subsister davantage que celle d'Ionie. C'est donc l'un des événemens les plus inconcevables , au premier aspect , que le renouvellement du pythagoréisme au conunencement de notre ère. Tout ce qu'il y a de beau dans ce système avait passé dans d'autres doctrines, plus modernes, plus' connues ; on n'en avait écarté que les idées mystérieuses qui sont les compagnes inséparables des spéculations primitives.

• I S*il fallait des preuves k Tappui de ce jugement, je n'aurais qu'à rappeler Tinstitution de l'ostracisme : rien de plus ombrageux que cette haine des supériorités, et ce zèle qu'on mit à les éloigner du territoire de la république d'Athènes.

Si c'est ri^orance qui gourme, qu'elle soit s or le trÀne ou dans les places publiques, elle sera toujours despote ; il n'y a que les grandes Inmières qui forment les règnes justes et modérés.

Ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que ce fut cette dernière partie du système de Pythagore, celle des mystiques ténèbres y qui fut cause que l'on revint à ses opinions.

On pouvait rattacher toute l'astrologie, toute la magie, toute la thaumaturgie, toute la théosophie, toute la théurgie , aux idées de Pythagore ; ce qui était plus commode encore, c'est qu'on pouvait prêter* à PythagOre une foule d'opinions qui lui furent proba« blement étrangères. Aucun autre système ne réunissait de tels avantages ; aucun autre philosophe n'inspirait au-> tant de vénération. La preuve que les Grecs, c'est-àdire les vingt peuples différens qui parlaient le grec^ avaient dégénéré au point d'avoir besoin d'une telle doctrine, est dans son succès même : eUe se trouve également dans l'emprunt que le platonisme fut obligé de lui faire pour se soutenir et pour obtenir yn triomphe apparent.

Les mathématiciens semblent être les premiers res« taurateurs des opinions pythagoriciennes ; Modérât de Gades, Nicomaque de Gérase et Claude Ptolémée, cherchaient une haute philosophie dans la combinaison mystique des nombres; mais on n'aurait pas cherché ces mystères jusque dans l'arithmétique, si Ton n'eût penché à en trouver partout

Cependant on regarde Modérât de Gades, qui vfvait à Rome du temps de Néron, connue le véritable restaurateur du pythagoréisme. Ce philosophe ibérien recueillit et publia les écrits des pythagoriciens, et exposa leur système dans plusieurs ouvrages ; ce

fut apssi hii qui donna l'exemple de l'interprétation symbolique des nombres , et Ton ne doit pas s'étonner qu'il y ait trouvé une partie des opinions de Platon et d'Aristote.

J!ficomaque de Gérase poursuivit ses travaux , publia de nouveaux écrits sur la philosophie des nombres, et chercha dans l'arithmétique les élémens de la physique et de la morale ^ On trouva ces interprétations symboliques si conunodes et si avantageuses, que Jamblique s'en occupa encore au quatrième siècle : elles tenaient au système allégorique qui se développa d'une manière si prodigieuse vers le conunencement de notre ère.

D'autres pythagoriciens, voyant la morale du portique triompha de tous les systèmes métaphysiques, cherchèrent à s'en approprier les avantages : Quintus Sextus, pythagoricien, adopta des mœurs si rigides qu'on le prit quelquefois pour un stoïcien ; Secundus, sumonuné Epicurus, professa les n^êmes principes à Athènes.

Non contens d'emprunter au stoïcisme sa belle morale, aux doctrines de Platon et d'Aristote leurs principales idées, d'autres pythagoriciens essayèrent de s'entourer de tous les prestiges que comportait naturellement leur système. Ils aUièrent l'étude de la philosophie à celle de la magie et de la médecine, s'attribuèrent l'inspiration, la connaissance de toutes les langues, et se déclarèrent eux-mêmes héros ou demi -dieux, à l'exemple de Pythagore.

I U nous reste vn atraît de tes efoxo>6v/«f?« A£tBfiurrtxti dans Pbotiiu (cod. 187).

Le plus célèbre de ces enthousiastes fut ApoUonlns de Tyane en Cappadoce. Annoncé comme un dieu ^ , il portait en lui les germes d'une science extraordinaire ; plus sage que son maître , qui était un peu enclin à la paresse et an plaisir, il s^éloigna de Tarse, où l'on était trop profane , pour se retirer à Egée , où il vécut près d'un temple , et s'appliqua à l'étude des doctrines de Cluysippe , d'Aristote , de Pytbagore et même à celle d'Epicure. ^

Après avoir appris de S9s mattres tout ce qu'ils étaient en état de lui enseigner, il résolut de parcourir toutes les régions où il y avait des sanctuaires et des doctrines jouissant de quelque célébrité» Il visita d'abord les principales villes de la Syrie, et se rendit ensuite en Chaldée ou en Babylonie, aux Indes, en Grèce , en Italie , en Espagne , en Sicile , dans l'ile dé Rhodes, en Egypte et en Ethiopie.

Partout il s'était familiarisé avec les mystères des peuples. Quand il revint en Grèce, des personnes de tout âge , des deux sexes^ avides de voir Pjthagore ressuscité , ou ce demi - dieu devenu honune • se pressèrent autour de lui dans les villes d'Elide. La jeunesse surtout se portait en foule sur ses pas ; elle quittait ses autres maîtres pour suivre ApoUo-r nius. Les villes barbares ne furent pas les*seides à céder au charme ; Athènes aussi partagent l'enthou-» siasme universeL

I Philostratus , Fiia Apollonii ^ Ub. /, c.t^^p. 6. % Jbiii, p. S.

Nous avons dit qu'on renouvela le pythagbréisme pour y rattacher les doctrines les plus étranges : en effet y nous voyons dans Apollonius , chef de cette secte, ressuscitée, le syncrétisme le mieux constaté* Apollonius respectait tous les systèmes^ et il se fit initier à tous les n^ystères. Nous voyons dans sa vie la théurgie : il .était parvenu au commerce intime avec les dieu^ par les pratiques de l'abstinence. Nous y voyons l'astrologie : il écrivait sur cet art Nous y vpypns la thaumaturgie : la renonunée . publiait de lui une foule de miracles; il évoquait les âmes des héros ^ prédisait l'avenir, écartait la peste, coomiandait aux tremblemens de terre, ressuscitait les morts, parlait les langues de tous les peuples et comprenait même le langage des animaux !

On copierait tout Philostrate si l'on voulait rapporter tous les miracles d'Apollonius, car sa vie en est pour ainsi dire une suite non interrompue. Ce qu'il y a d'évident , c'est que son biographe est de la meilleure foi du monde, et tout porte à croire ' qu'Apollonius fut plus enthousiaste qu'imposteur. On croit communément que toutes ces merveilles n'ont été inventées que pour être opposées au christianisme, n est vrai que Damis de Babylone, auquel Philostrate les emprunte, est d'ailleurs peu connu, et qu'aucun autre écrivain des premiers siècles ne confirme ses récits; mais des auteurs dignes de foi, Lucien et d'autres, rapportent des choses analogues de quel* ques philosophes de ces temps , et rien ne nous autorise à croire que Philostrate ait inventé ce qu'il dit

d'ApoUonins , ni cpi'il ait eu rintention d'atUquer la religion chrétienne. ^

Philostrate sait très^bien qu'il raconte des faits ex* traordinaires; mais il ne pense pas même qu'on puisse les révoquer en doute •: il ne laisse pas 8e rappeler qu'Apollonius combattait la superstition, et qu'il dis* tinguait soigneusement la magie vulgaire et trom^ peuse de la mantiéfue, science divine. ^ «

L'influence de cet homme extraordinaire ne cessa pas avec lui ; ses écrits, surtout ceux qui concer* naient l'astrologie et le culte, furent lus avidement par les hommes les plus sages ^ : on lés avait déposés dans les temples*

Le prophète Alexandre renouvela, au second siècle, les merveilles d'Apollonius et de Pythagore: pour ne pas laisser de doute sur la divinité de sa personne, il montrait même V épaule éUor^* Ici l'imposture est évidente, elle caractérise ce siède; mais, d'un autre côté, il nç faut pas oublier que plusieurs philosophes furent eux-mêmes les premières victimes de leur enthousiasme, et qu'ils partageaient avec le penple une crédulité aujourd'hui incompréhensible.

Après ces phénomènes nous n'avons plus besoin de chercher l'origine du syncrétisme; il existe d'une manière évid^te <lans tes opinions des pythagorî-

»M— I I w,mtmm^tm tmmm^mmm ■ . ■» m i ^p— .^— — ^iM^— ^ilM.*—— 1.11.— ^

I Le £uix i^pbète Alexandre , dont nous aDras ptikr , ne songeait certainesient pas à oppoaer ses Buradei è ccnx dn christîanisoie. a Philost., lib.IV^ 19; r/, 19; VII ^ 14.

3 Ihid. III, 41;

4 Luciâi, in Alexùndro^

dens dont nous venons de parler : mais nous devons encore examiner l'état , du platonisme ou le renouvellement de cette doctiîne.

Dans la période précédente, le système de Platon s'était chaulé en scepticisme : il eut un sort contraire dansf celle-ci.

Revenus à l'esprit de leur maître, les premiers platoniciens, qui suivirent Antiochus et Philon, développèrent les opinions de l'ancienne académie, publièrent des introductions an platonisme, ou en expliquèrent les questions fondamentales. Tels furent Thrasylle de Mendes, Théon de Smyme, Âlcinoiis, Calvisius Taurus, A^ticus, GaUen, Maxime de Tyr.

Cependant le nombre des véritables platoniciens fut trè&fetit; peut-être même n'y en eut-il pas un seul. Être philosophe, et adopter entièrement le système d'un autre , sont deux choses incompatibles ; ijui est assez fort pour comprendre un système, est trop fort pour l'adopter. Parmi les platoniciens que nous ve-' nons de citer, Aldnoiis, Maxime de Tyr, Atticus et Calvisius Taurus sont les seuls qui aient conservé le platonisme avec quelque fidélité. Le premier nous -a laissé sur le système platonique une introduction dont la lecture peut précéder utilement celle des Dialogues de Platon; l'autre a publié une suite de dissertations où l'on retrouve souvent la dialeur et la pénétration, mais jamais l'élan du grand maître. Atticus et Calvisius Taurius s'élevèrent énergiquement .contre la nouvelle méthode de confondre des idées de Platon avec celles d'Aristote ; ik demontrèrenrh

différence fondamentale des deux systèmes , et Âtticus combattit en particulier le dogme de l'éternité dm monde. Taurus, qui était deTyr, enseignait à Athènes ^ sous Antonin le pieux, avec beaucoup de succès: les écrits que laissa Atticus , dont l'origine est inconnue, furent très-estimés de Plotin.

Galien professa une espèce d'édecticisme avec une prédilection marquée pour les idées platoniques. Thra.sylle de Mandes joignait à l'étude de Platon celle de l'astrologie , science que son protecteur Tibère plaçait infiniment au-dessus de la philosophie* Théon de Smyme , que nous avons cité plus haut parmi les mathématiciens , préféra souvent les opinions de Pythagore à celles de Platon.

D'autres platoniciens dévièrent encore plus de l'esprit et des idées de leur maître. Phavorin d'Arles, qui vivait à Rome et à Athènes sous l'empereur Adrien , fut si mécontent de la tendance générale vers le dogmatisme, qu'il essaya de ramener les esprits au scepticisme d'Arcésilas. .Ce n'était pas encore là toute sa pensée : il parlait d'abord d'Arcé* silas pour ne pas trop alarmer ; mais il dévdoppa bientôt dans ses écrits le système de l'école de Pyrrhon. On conçoit qu'un tel enseignement ne pouvait plus faire fortune. Les moeurs de Phavorin nuisirent d'ailleurs à ses succès; elles étaient trop légères à ime époque où la morale devenait d'autant plus sévère que les opinions étaiej^t plus sombres*

Numénius d'Apaméè choisit une route contraire, et; fut plus agréable à ses contemporains. H £t des

emprunts à la philosophie de Pythagore et aux opinions de Moïse, et soutint que les doctrines greccpies étaient celles de POrient; que Platon n^ était ifue Moïse parlant grec. ^ ^

Plutarque et Apulée ^ , deux des hommes les plus célèbres de la £n du second siècle , se firent initier dans les mystères grecs et étrangers, adorèrent des divinités égyptiennes et asiatiques, interprêtèrent les traditions religieuses de tous les peuples qui leur étaient connus, et s'efforcèrent de montrer l'identité des idées, malgré les différences des symboles. Us dépassèrent l'un et l'autre , de beaucoup , les opinions de Platon dans les développemens qu'ils donnèrent à la démonologie. Os distinguent' les classes des démons , en marquent les caractères et dissertent sur les actions de chacune d'elles comme s'ils rendaient, compte de choses qu'ils eussent vues. Us croient l'un et l'autre aux songes, aux présages , à l'inspiration, aux apparitions et aux dieux familiers. ^

Plutarque attache aussi une haute importance à la symbolique des nombres 4 : il partage une opinion généralement reçue parmi les platoniciens de ces siècles, celle que Platon avait fait des emprunts à Pythagore. On sait qu'en effet il avait recueilli et étudié les ouvrages des pythagoriciens.

1 SmàUf iavoce Nvmemus»

A Nous empruntons le dernier )i la littérature laàne ; il était an leate d^originc greccpie, et n^éoivait le latin ^t comme mt lanfuc

3 Yoya knrs* traités du Démou de Socrate»

4 Yoyci «on tnité i'Jsis €t d'Osiris^

Nous avoiiâ va le syncrétisme se répandre dans les pays grecs par les efforts des pythagoriciens; nous venons de le voir adopté par les sectateurs de Platon : l'histoire impartiale ne saurait donc reconnaître son berceau dans l'école d'Alexandrie. Il est vrai qu'il avait été annoncé en Egypte par Aristobule et Fauteur de la Sagesse ^ mais il para*tt que ces deux écrivains y à peu près étrangers à l'école d'A-^ lexandrie, exercèrent d'abord peu d'influence sur les philosophes grecs : car, dans la seconde période, nous ne voyons au musée aucune trace de syncrétisme, ni même de platonisme; nous y voyons, au contraire, l'éclecticisme pur et le scepticisme recommandés par deux penseurs distingués.

Cependant on regarde généralement l'école d'Alexandrie conmie le berceau de ce syncrétisme qu'on nomme noiweau platonisme : il y a plus ; on appelle cette doctrine la philosophie d!j4lexandriey d'autres fois même Védecticisme des Alexandrins. J'avoue que je ne puis rien comprendre à ces dénominations , que leur origine et leur convenance me paraissent des énigmes insolubles. Pour proscrire une foule d'en*eurs et faire cesser une confusion inconcevable, il me semble qu'il faut distinguer quatre doctrines différentes à la place de celle qu'on a admise jusqu'ici comme une seule sous des noms différens. ^

I MeîacrS| ^ui aTaît b tons les OQTnges plnlosoi^iqaes de cette câèbre épo^e , et qui a laissé un petit traité sur V Esprit ées pre^ miers siècles de notre ère (en aliemand) , n*a pas distingué les écoles , comme notre svfet nous olitig;e de le fiure : son livre est , aa reste , précieux sous bien des rapports.

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