‹ Essai historique sur l'école d'Alexandrie et coup d'oeil comparatif sur laChapitre 17 sur 25 · DE LA PARTIE PHILOSOPHIQUE DE CET OUVRAGE · texte numérisé non relu

DE LA PARTIE PHILOSOPHIQUE DE CET OUVRAGE

Venant après dix siècles de méditations et d'étudiés i. pliilosophiqueS) Potamon d'Alexandrie croyait le génie *^^*******?"** des Grecs épuisé : il pensait que le domaine de la spéculation avait été cultivé par eux autant qu'il pouvait l'être ; qu'il ne saurait porter des fruits plus beaux que ceux qu'y avaient cueillis Platon , Aristote et Zé*> non , et qu'il fallait s'en c6ntenter« 11 ne s*agissait que de savoir faire un bon choix ^ rejeter les erreurs ^ conserver les vérités : la Grèce entière devait adopter la doctrine combinée des plus beaux génies qu'elle eût produits.

Tel devait être Véclecticisme pur , composé de doctrines grecques^, de principes compatibles les ims avec les autres , de conséquences rigoureusement établies.

Un tel système n'était sans doute qu'un rêve ; il est impossible de concilier des doctrines dont les principes s'excluent : mais on conçoit facilement que Potamon ait pu former cette entreprise , et on conçoit difficilement qu'il n'ait pas eu de disciples.

L'origine de l'éclecticisme n'est pas difficile, à expliquer. Potamon était fatigué des efforts qu'avaient faits les différentes écoles pour établir un système généralement approuvé; il était fatigué de voir les philosophes jurer sur la parole du mattre; il voyait avec peine

Ho«vm« PbtoiiUm«.

les sceptiques combattre de beUes vérités , unies dans le même système à des erreurs palpables. ■ II. JJéclecticisme pur doit se distinguer soigneusement

àvifaux éclecticisme de plusieurs philosophes qui étaient attachés à une école quelconque et qui , pour orner leur système , faisaient des emprunts à d'autres. Telle était la doctrine de quelques platoniciens des premiers sièdes^. Or un platonicien ne saurait être un éclectique ; on n'est rien du tout quand on professa deux systèmes : il n'y a donc nen de plus révoltant que de confondre ce qu'on appelle le nouveau platonisme et le véritable éclecticisme.

L'expression de nout^eaux platoniciens est donc très - impropre ; cependant, cette désignation étant reçue, il s'agit d'en déterminer soigneusement la valeur. En l'appliquant aux philosophes qui professaient un platonisme mêlé d'autres opinions grecques, il faut se garder d'appeler de même ceux qui professaient à peu près tout ce qu'on avait jamais enseigné , les syncrétistes. Apollonius deTyane, par exemple, qui est souvent regardé comme l'un des fondateurs du nouveau platonisme, avait étudié tous les systèmes, excepté celui de Platon 3; il fut syncrétiste., et non platonicien.

1 Comme on a peu de détails svr Potamon (voy. Première partie , p. 299) 9 les motifs qu*on hii attribue n'ont qu'nne Talear bypothétiqoe.

2 L'auteur de TRistoire de IVdecticisme (publiée 'à Atî^od, 2 Tol. in-8.^y 1766) n'est que l'historien du nouve^m platonisme.

3 Voyez ci^cssos, pa^ a 46.

En recherchant l'origine du nouveau platonisme ^ qu'on attribua 9 jusqu'à présent, à Ammonius Saccas, nous Sommes obligés de remonter beaucoup plus haut. L'usage d'enrichir un système d'opinions empruntées à d'autres doctrines, est bien plus ancien. Ammonius, professeur à Athènes, était péripàtétiden et plato* nicien ; Théon de Smyrne , , platonicien et pythagoricien; Plutarque, platonicien et partisan de plusieurs autres systèmes ; Euphrate d'Alexandrie, platonicien et stoïcien ; Nicolas de Damas , platonicien et péripatéti* cien : enfin, un grand nombre d'autres philosophes sont comptés également parmi les platoniciens et parmi les péripatéticiens. ^

Si l'on voulait, sans égard au temps, appeler 72014peaux platoniciens totis ceux qui professaient, outre le véritable platonisme, des opinions empruntées à d'autres systèmes, Platon serait lui-même le premier nouveau platonicien. Dans cette assertion je ne ^ prétends pas juger ce grand honune, ni en parler avec autant de rigueur que saint Clément d'Alexandrie, qui lui reproche d'avoir tout pris chez les autres 2. Un tel jugement n'est qu'une eicagération , suite d'un système adopté parmi quelques écrivains des premiers siècles, qui trouvent chez les Israélites l'origine de toute la philosophie ; mais il est de fait que Platon suivait Pythagore, Timée de Locres et d'autres sag*es. n y a plus : ses premiers successeurs, non contens des

I Yby. Fabricii BihiiotA. grmca ^ /• ///; Cataiûg. pi^tom'c. el Catal, peripaieticorum. '

a Yoy. Cohortat* ad gentcs , p. 60; éd.. Or fort.

emprunts qu'il avait faits lui-même , adoptèrent des opi« nions d'Aristote, et Speusippe, son successeur immédiat) serait, d'après cela^le second nouveau platonicien.^

n résulte ^le ces faits que , si Fécole d'Alexandrie a proposé l'éclecticisme pur, elle n'a pas enseigné ce faux édectidsme qui s'attachait principalement à Platon. Nous venons de voir que cette doctrine est plus ancienne, et nous allons voir qu'elle n'est pas celle d'Ammonius Saccas.

En nous demandant auparavant pourquoi, de tous les faux édec^icismes possibles , le nouveau platonisme a eu le plus de sectateurs dans les premiers siècles de notre ère, nous en trouverons facilement les raisons. Quel autre philosophe pouvait alors disputer la préémbence au fils d'Ariston ? Outre l'âévation spéculative et la pureté morale, qui doivent entraîner les penseurs de tous les âges, sa doctrine offrait k l'esprit des premiers siècles des charmes particuliers. Cette imagination forte , qui cache sous des formes enchanteresses la profondeur du génie , et ce langage mystérieux dont Platon s'écarte rarement, captivaient tous les suffrages. L'idée de Platon sur les rapports de l'ame avec le monde invisible , celles qu'il développait sur l'ame du monde et sur l'union de notre intelligence avec le corps ; enfin , les germes de théurgie que renfermait son système, tout le recommandait également.

Plus le diristianisme joignit de mystères à ses

I Arittot. , EtÂic, j lib. /.

dogmes positifs , plus les peuples qui apprenaient à le connaître devaient désirer de mystères et de dogmes positifs. Or , quel autre système grec offrait plus des uns et des autres que celui de Platon ? Il partageait avec celui de Pythagore l'avantage de comporter de grands développemens et d'exclure peu d'opinions.

On peut ajouter à ces avantages celui de posséder dans les dialogues de Platon l'exposition de tous les systèmes connus avant lui. Ce philosophe^ d'ailleurs ^ aimait l'enseignement ésotérique, et l'on pouvs^t aisément parvenir à faire passer pour sienne telle opinion que l'on voulait.

Nous avons vu que la morale du stoïcisme était la plus généralement suivie dans ces temps; or, rien ne s'alliait plus facilement avec le platonisme. L'éthique des stoïciens .était basée sur la concordance de toutes nos facultés j et celle de Platon sur une harmonieuse activité de l'homme 1. Telle avait été l'idée de Pythagore ; c'est aussi celle d'Aristote. Tout assurait donc la prépondérance au platonisme ; et , malgré l'opposition de deux platoniciens^, cette doctrine se confondit avec les autres au point de ressembler au syncrétisme.

Avant de faire connaître ce dernier, nous devons PhiiosopUe parler de la doctrine d'Amnionius Sakkas, que nous p'btinienne.

I Zenon regardait la volonté divine comme la loi suprême de la morale (Diog. Laert. , VII , 88 ; Gic. , ^a/, d^or* , /, i4) » i^^^^s il admettait en même temps qu'âne vie concordant avec nous-mêmes était le but de notre existence.

a Atticns et Calvisius Taurus , voyez ci-dessus, p* 249*

appelons philosopliie ainmonio*plotiiûeiiiie. H est absurde de l'appeler philosophie d'Alexandrie, cette ville ayant professé pendant six sièdes tous les systèmes connus.

Pour bien saisir la doctrine d'Ammonius y il faut remonter à la période précédente de l'école d'Alexan-» drie. Tandis que plusieurs philosophes du musée affirmaient que la raison humaine ne peut rien connaître^ que d'autres se disputaient entre eux pour savoir à quelle école il convenait de s'attacher y un sage qui connaissait toutes les doctrines grecques, et qui donnait quelque préférence à ceUe d'Aristote, publia une doctrine nouvelle , étranèe aux yeux des Grecs.

« L'être suprême, le Dieu des dieux, dit Aristo- « bule, a fait connaître des vérités étemelles aux plus « chers de ses enfans, au peuple d'Israël. Il s'est iK révélé à leur faiblesse, a daigné les instruire sur « ses rapports avec le monde , avec le genre « humain ; leur a prescrit le culte dont il convient « de l'honorer ; leur a donné les lois qui doivent « gouverner leur société pour lui assurer le bonheur « temporel; leur a fait communiquer, par ses pro* « phètes, la morale qui les conduira à U plus haute « perfection , et leur a fait entrevoir des destinées « pleines de charmes dans un monde étemel. *

Les philosophes d'Alexandrie durent être surpris en apprenant les prétentions d'im peuple méprisé plus qu'il n'était méprisable; mais les traditions religieuses des Grecs offraient quelques analogies avec celles des Israélites : il y avait seulement entre les unes et les

autres cette différence y qae Texamen des mythes heK léniques ne donnait pas de résultat positif, tandis que rhistoire des Israélites présentait une smte non interrompue des révélations les plus importantes.

Les Grecs , frappés de cette différence , furent encore loin de se déclarer en faveur des Juifs» Cependant, si le peuple d'Alexandrie affectait le dédain pour les Juifs , il n'en était pas -de même des philosophes : ils professaient pour les doctrines de l'Orient la plus haute vénération, et fis avaient ^ur les Juifs des opinions analogues à celles d'Alexandre et des premiers Lagides. Mais, supposons même qu'ils eussent pensé sur le judaïsme comme le vulgaire, qui s'attachait aux pratiques extérieures ^ : ils devaient se désabuser en lisant les écrits de David, de Salomon et ceux des prophètes qu'on avait tlraduits successivement pour les bibliothèques du musée; ils devaient se désabuser surtout en lisant Aristobule, qui donnait à ses dogmes les formes de l'école d' Aristote ; enfin , 'tn lisant Philon, le Platon d'Alexandrie. Je suppose encore que la nouvelle doctrine ait d'abord choqué les Grecs, et j'en conclus seulement qu'elle en a dû faire une impression d'autant plus profonde* Il en est du monde des systèmes comme de celui des mœurs : on trouve la nouveauté choquante; mais, une fois qu'on s'est familiarisé avec elle , sdn empire est assuré.

D'ailleurs Philon, qui fut à la fois platonicien,

péripatéticien et stoïcien, autant que pouvait l'être

I Le jpeufle d*AleiUMlric se moquait des Juifii de la même manière que les rois de Syrie sVtaient moqués d*euzt ( Philon , inFlacco.)

un domine déyoué au supernaturaUsme , démontra bientôt que la science divine, la science révélée aux Israélites, était la science universelle, et qu'on en trouvait partout les élémens et les emblèmes.

Aucune partie de l'histoire des juifs ne pouvait choquer les Grecs; ce qu'ils 4^yRieni prendre pour des récits fabuleux s'accordait avec leurs temps hé-* roïques : seulement les traditions d'Israël étaient plus nobles et plus morales que celles de la Hellade.

Admettons toutefois que telle partie des annales judaïques ait déplu aux Grecs : ne durent -ils pas

revenir de leur .jugenient lorsque Philon leur montra ,

dans les chapitres qu'on blâmait , les allégories les plus

heureuses ?

Après la pubh'cation* . des ouvrages de Philon y le monde grec et le monde judaïque pouvaient à chaque instant se rapprocher; la fusion n'était point faite , mais elle existait dans ses germes. Les philosophes trouvaient dans les écrits de Philon les idées de Platon, de Pythagore, d'Aristote, de Zenon; les docteurs chrétiens y voyaient Moyse et les prophètes. Si la lutte, ou plutôt l'espèce de schisme entre le musée et L'école des» parolçs saintes , continue , c'est que la conformité des opinions n'entraîne pas toujours la réunion extérieure ; quant à celle-ci, les considérations purement matérielles l'emportent souvent sur toutes les autres.

La preuve que des intérêts secondaires divisaient des honmies rapprochés par leurs opinions, est dans l'aveu de Justin, le martyr,, ^ue les philosophes

n^ auraient prestjue'h changer (jue de nom pour êtr^ disciples du Christ"^ • Pour comprendre le savant père^ on n'a qu'à entendre un platonicien d!Alexanârie familiarisé avec le judaïsme philosophique de Philon , tX initié, sans le savoir , à la doctrine du ckrisda^ nîsme, qui n'est que le complément de ceQe des prophètes.

La fusion des opinions du «rationalisme grec avec les dogmes révélés s'était préparée partici£èrement depuis ^que plusieurs philosophes eurent adopté le ^christianisme; depuis que S. Pantène, Âthénagore, S. Oémènt d'Alexandrie, Tatien et plusieurs autres eurent quitté lés stoïciens ou les platoniciens.

Si les dioses cmt suivi la marche ordinaire, le philosophe qui , après sa conversion , enseignait la religion chrétienne, ne devait-il pas la revêtir en quelque sorte des formes de la philosophie? Pouvait-il entièrement se défaire des méthodes de raisonnement, des habitudes intellectuelles qu'il avait prises ? Le ohristianisme n'a- 1 -il pas dû recevoir dei^ philosophes convertis quelques développemens peut-être nécessaires ? Et ce ne sont pas là seulement des proba-r bilit;és \ les faits parlent : l'Eglise a plusieurs fois remarqué,, dans l'ensagnement des plus célèbres de ses <locteurs,''des opinions étrangères ; die a cOqdamné Tatien, Origène, et d'autres écrivains.

L'exemple d'Origène prouve même que les philo* sophes convertis ne furent pas les seuls qui s'enrichirent

U i ^ I— ^f»^— w^— — n m il I . ■■ I ■ Il I I I I . ■ 1^

\ iujipoiog. Cf. Siro§iaf.f lit» FI., e. 8, p. 77^' "

d'idées grecques : Origène ét^it né chrédeii et élevi par l'un des plus célèbres docteurs d'Alexandrie. Au reste I ces emprunts ne pouvaient rien avoir de blâ^ niable I puiscpi'on soutenait que Platon n'était que Mojrse parlant grec, et que toute la philosophie prçv fane était dérivée d'une source sacrée* On sait qu? telle fut la conviction de S. Clément d'Alexandrie. ^

Nous sommes entréii dans tous ces détails pourfaire comprendre la doctrine d'Ammonius le Saccophore. jÉlevé dans la religion chrétienne , il se laissait entraîner par les doctrines profanes , persuadé qu'elles n'étaient pas les ennemies de sa religion. Aussi ne les en->seigna^t-il point sans les épurer , les sanctionner , en quelque sorte, par l'esprh de vérité qui avait éclairé 3on génie. Sans doute il se perdit dans le platonisme, et professa sur quelques points des idées non chré-^ tiennes ; mais son platonisme fut aussi différent de ce qu'on appelle le nouveau platonisme que du synprér tismci.

Il est difficile ou plutat impossible d'entrer dans des détaQ§ sus le système d'Ammonius ; nous ^von$ seulement qu'il fut platonicien , qu'il suppléait Platon, au moyen d'Aristote et de Zenon > et qu'il avait pro* fessé le christianisme^. H est d'autant pli|^ certain qu'il conserva des dogmes de sa première religion, que plusieurs chrétiens suivirent ses leçons; U est )%a-

il '' I ■■■ ' ■' I— .i— »■*.— ^— — i^^— .^>— ii HH ■■iiiiii m i j iiii— — y

I Siromai, , lih, ly pf 4i<^ » ^^* Osfpri* A y oy. Hierodès , de Proçid. in Photii £ibL , codt mi e^ €od^ 2Ki6. Porphyr. in vita flotini^ cap. ao. Cf. Freçûère (Ntf'tif : Aw^

lement vrai que la plupart de ses disciples persévé^ rèrent dans le paganisme , et cela prouve qu'il était un éclecdqae d'une classe particulière.

Son enseignement était au reste divisé en deux parties 9 l'une exotérique^ l'autre ésotérique. Cette dernière^ à laqueUe les chrétiens ne furent peut-être pas initiés y comprenait principalement la doctrine des démons.

C'est d'après cette démonologie qu'on $ cru Ammonius initié aux opinions orientales; et, en effet ^ les Chaldéens, l^s Perses et les Indiens possédaient une démonologie très -^ complète : nous la trouvons dans le Zend-Avesta , dans rOnpnek'hat et dans les nombreux ouvrages indiens que nous possédons aujourd'hui. Mais Anmionius pouvait aussi l'avoir ppse chez les Juifs , qu'il connaissait beaucoup mieux , et qui avaient rapporté de leur longue captivité une science très-complète sur les démons. S'il était néces-» saire de chercher au système du Saccophore une origine étrangère ,- je préférerais cette dernière expUca* /don y d'autant plus qu'il n'avait pas été dans l'Orient^ et que rien ne nous autorise à croire que les négocians de la Perse ou de l'inde , qui se trouvaient en Egypte y lui aient communiqué leurs idées sur la phi* losopl^e. Mais pourquoi chercher au dehors les élémens de sa doctrine ? La Grèce n'avait-elle donc pas nue. démonologie asses complète ? Platon, et les nou<veaux platoniciens qui précédèrent Ammonius, ne pou* vaient-ils pas fournir à ce phflosophe les fondemens de sa doctrine secrète ? Le traité d'Isis et d'Osiria de

Plutarque semUe être là pour démentir tous ceux qui voudraient admettre l'emprunt d'une démonologie orientale. Enfin ^ Uexplication la plus simple étant ordinairement la véritable, j'ajouterai qu'Ammonius^pour peu qu'il ait changé la doctrine sur les esprits que lui avait communiquée son éducation chrétienne *, a pu en faire une science particulière pour ses disciples.

Celui d'entre eux que l'on regarde comme son successeur, Plotin , qui avait parcouru l'Asie et qiiî parait avoir donné de nouveaux développemens à la démonologie, ne partagea point pour cela aveuglément les opinions orientales : Plotin a combattu les erreurs des gnostiques qui étaient venues de l'Orient ^

On a accusé les Alexandrins d'avoir dénaturé la foi chrétienne en y introduisant les superstitions orientales. Un homme d'une grande célébrité , d'une impartialité justement' reconnue, Mosheim, a fait de cette accusation l'objet d'un traité spécial^. La question est depuis long-temps agitée^ et les Pères ont été défendus par des auteurs ingénieux^. Elle nous est absblument étrangère, puisque nous ne traitons pas des altérations qu'a pu subir le dogme ; mais je crois pouvoir dire que les germes de la plupart des opinions qu'on signale comme empruntées à l'Egypte ou aux nouveaux platoniciens, se trouvent d^ins nos

•m^^mm

1 Voyez It 9.* chap. de h a.* Emiéide. Voy. Porphyr. fis VHa Plotinù

a De iurhaia per Plaiomcos rec^Ecclesia i^im Dis s. ai hist^ fccl, péri.)

3 Baltut , DéfenK des Pères ; Histoire de rédectidsme , etc.

codes sacrés^ et que telle pro^endae altération n'est ^'une conséquence rigoureuse d'un principe non contesté. * *

Une opinion non moins fausse, ni moins généralement suivie ,: est celle que le système d'Ammonius n'a été inventé que pour ruiner le christianisme ^ : elle s'appuie uniquement sur l'état d'hostilité qui s'établit plus tard entre les docteurs chrétiens et les philosophes grecs, et eBe est réfutée par les rapports qui ont existé entre Ammopius et ses disciples chrétiens.

Quoique je sois convaincu que le système de Plotin, tel qu'il se trouve dans les Ennéades publiées par Porphyre, n'est plus celui d'Ammonius 5, il n'en existe cependant pas de source plus authentique , et c'est ce qui m'a déterminé à comprendre les doctrines de ces deux auteurs sous la désignation de philosophie ammonio -plotinienne»

Jioin d'embrasser, comme on l'a souvent dit, les opinions de tout le monde, Hotin réfute quelquefois les doctrines les plus généralement adoptées ; il com!bat à la fois les péripatéticiéns tt les gnostiques. Préférant Platon à tout autre philosophe , il peut être regardé comme l'un de ses commentateurs les plus ingénieux.

Plotin, élève d'un docteur que ses 4isciples regar*

I Cf. Keil , Comm. de doci. Vti* Eeci* emipm eorrupia per Pla^ iomc^ seniemi, iheologim iiberaadis. Lips, 179$ — i8o5; /a-4-^

A Moshcûa, md Cud^orêkii Sfsteauf intellect uaie ^ etc.

S Plotîn y comme on Toit dams sa Vie par Porphyre , évoquait les démons , et se rapprocbait léfèrement de la thaumaturgie d^Apollonius de Tyane.

daient comme un être privil%ié ^ y ne prétend pourtant pas parler en maître : il discute souvent ; il suit quelquefois les règles du scepticisme le plu» philoso* phique. Il aimait que ses disciples lui fissent des questions : Porphyre rapporte qu'il lui en adressait fréquemment. ^

Plotin est l'un des philosophes les plus sages de son temps : il est platonicien dans sa pneumatologie et sa cosmologie ; il est plus que cela dans sa théologie. Il s'y fait connaître comme l'élève d'Ammonius, qui était né chrétien. La plupart de ses idées sur la divinité sont sublimes ; il l'appelle Véire un y Vétre bon^ V auteur du monde iiitelleciueL Sa célèbre triade est composée de Vétre un , de V intelligence sortie de l'un et occupée à le contempler, de Vame sortie de l'intelligence et n'étant qu'une pensée^. La difierence entre cette triade et la trinité du christianisme est sensible i mais la ressemblance est remarquable. ^

La morale de Plotin insiste trop sur l'anéantissement de la nature humaine ; mais ses principes sont purs, son but est le seul vrai : il rappelle toujours que l'homme est fait i l'image de Dieu, qu'il doit revenir à cettç image.

Ce que le système de Plotin offre de plus curieux , c'est son principe : soit qu'il ait abusé d'une idée empruntée au judaïsme et à la religimi chrétienne , soit

a To iVj vùv(*y 4<^X*i ^ ]pouét est âéàfinât par le Biol de h^yoç. JEnaead» V^ lih* ( y ^* 6*

3 Histoire de rëclecticisme ; toy. le a.^ toL

qu'il ait marché sur les traces de Philoa ou de Haton^,' il admet Y intuition immédiate de la vérité; sa spéculation est une contemplation 2. Les traités de ce sage n'ont pas tous la même importance \ son disciple Por^ phyre l'avoue ; ils renferment des répétitions ; mais, comme il y est prescpie toujours question d'objets élevés y eUes n'ont rien de fatigant.

Plotin eat difihs ; il ne connaît ^aucune limite quand il parle du but le plus sublime de la philosoplûe , de Vunion ai^ec Dieu. Mais peu de mystiques anciens ou modernes sont plus sages et j^lus éloquens que lui quand ils dissertent sur un objet pour lequel Plotm convient qu'il n*y a pas de langage* ^

Ces éloges ne sont pas ceux d'une préférence intéressée ; je ne loue pas Plotin parce qu'il m'a longtemps occupé ; sa philosophie n'a besoin que d'être connue pour être admirée. L'étude des Ennéades est longue; mais, si les amateurs des Ifialogues de Platon veulent renoncer momentanément aux charmes d'un style plus pur et plus pompeux , ils liront Plotin avec jouissance.

*— ■— — — ^- ——————Il I ■ PI— — ■— 1— ■— »!■ I I H i^— — Il I P I ■ ■! I II

I D*aprët l'hypothèse des iifées » la connaissance du vrai nous If si donnée depuis V existence de Pâme ; toute ccmna^issance est un souvenir {tLfxnuti), Phœdo.

Fhilon croyait aussi à X intuition. {Opp, /. /, p. 65o.)

a Ennead. Vy iib, r, .^. 7 ; Hb. in ^ c. S. Qii*il me soit permis d*eB appder ici à une thèse eè î*fli développé cette idée : Coukmeniatio philosopkica de prineipiis systenmium PlaiMs , Plofini, ei£. Argeni. 181 7, iiK.4.^

3 Voyes dans les dcniières Einnâdes les chapiires intitulés : He* §r^ff99 md Jhum et fnitia.

Au milieu Ae toutes ces opinions qui s'agitent dans le monde grec^ rien n'est plus digne de fixer les regards de l'observateur que la marche du christianbme. Comme il a éclairé Ammonius dès son berceau , et Plotin pour ainsi dire malgré lui, nous devons nous arrêter un instant sui: ses progrès.

Forte de sa foi et de ses œuvres , la communauté fondée par le fils dq Marie s'accroit au milieu de la désunion et de Findifierence des Grecs. On méprise d'abord cette nouvelle secte de Juifs ', qui s'attache au fils d'un artisai^ de l'obscure Nazareth. Cette secte n'afi*ecte pas de système , elle n'a pas de philosophes; ses chefs ne sont que des homnîes vertueux. Mais, quoiqu'elle ne raisonne pas sur sa croyance, die enseigne , sur l'existence primitive de Thomme/sur son séjour dans ce monde, sur ses dernières destinées, des dogmes remarquables. Une harmonie admirable est établie parmi toutes les facultés du chrétien : jamais la conviction n'a produit plus de force; jamais la force n'a paru plus entière ni plus douce. Tant d'hommes obscurs qui meurent en héros, sans fanatisme ^'sans ostentation, sans espoir de vivre dans la postérité, étonnent les Grecs , irritent leur curiosité, les entraînent dans les oratoires des chrétiens, et subjuguent leur foi. L'admiration devient aussi vive, aussi éloquente, que l'avait été l'opposition. Le peuple entraîne les philo-

I On êait qne ce fut d'abord oomme tcb qu'on regarda les dtré^ tteos. (Voy. Cramer, dans la continuation de l'Histoire unÎTerseile de Bossuet , vol. Y ^ sur les rapports du christianisme et du paganisme ; en allemand. )

sophes, et les philosophes commandent au peuple la vénération pour le Dieu qui s'est montré en Palestine*

Les chrétiens instituent des écoles ; elles ne sont d'abord destinées qu'à leurs enfans : mais les stoïciens et les platoniciens se convertissent ; ils dirigent ces institutions et les élèvent au rang des écoles philosophiques.

Depuis que la religion chrétienne a pris des formes systématiques, elle satisfait non- seulement à tous les besoins de l'homme , elle plaît à toutes les classes de la société grecque et romaine. Mais elle a à regretter ces avantages dès que plusieurs philosophes professant le christianisme en altèrent la pureté. Il n'est que trop vrai que ces altérations ont eu lieu, que des idées orientales ont été unies avec celles de l'évangile et qu'elles ont produit une foule de sectes ; mais il faut soigneusement remarquer l'origine de ces altérations, et ne pas les attribuer aux platoniciens ni aux Alexandrins : elles sont empruntées au judaïsme, tel qu'il s'était modifié depuis les rapports de la Palestine a^ec la Perse K S'il se rencontre dans les écrivains chrétiens et payens des premiers siècles des analogies curieuses , il n'en faut pas conclure que ce soient toujours les chrétiens qui aient fait de pareils emprunts. ^

I Voy. Horn , Gnosis biblique. Hanovre , 1 8o5 ; in-8.*^ (en allem.) a Le célèbre Grcuzer , connu des savans de tous les pays , particulièrement par sa Symbolique des Grecs et des Romains y donne un choix curieux de ees rapprochemens , dans son Spécimen d*une édition de Plotin ; mais il ne prétend pas en rien conclure au désavantage du christianisme, pas ^us que Lmdorpfa en publiant ses rap« prochemens cptre la Bible et Platon.

Ammonius y qui passa du christianisme à nnâ doctrine profane 9 pourrait fournir bien des armes à ceux qui essaieraient de prouver que le monde grec a reçu du christianisme plus d'opinions qu'il ne lui en « donné.

Par cette observation je désire seulement fixer l'attention sur un autre point de vue , et faire chercher dans le judaïsme la soluû'on de beaucoup de problèmes qu'on a voulu résoudre différemment.

Les Pères savaient très-bien apprécier la philosophie des Grecs , et discerner ce qui ressemblait au christianisme. Yôici un passage deLactance qu'on a cité dans ^ l'intention de lui attribuer un penchant prononcé pour les doctrines profanes, et pour établir toute une suite d'hypothèses sur la dégénération du dogme : je le cite dans un sens contraire y pour faire voir la plus impartiale appréciation des systèmes profanes. « Il est facile « de prouver , dit Lactance , que presque toute la vérité « est partagéeentre les sectes philosophiques, . . . S'il « ie trouvait quelqu'un qui voulût recueillir la vérité « éparse et partagée , et en faire un corps de doctrines , « il ne différerait certainement pas de nous. Mais une « telle œuvre ne pourrait s'exécuter que par uu homme « qui connût et possédât la vérité. Or , connaître la « vérité est uniquement le privilège de celui qui est « instruit par Dieu lui - même. ^

Si Lactance veut dire par là que la vérité absolue nous reste cachée jusqu^au moment où il plaît à Dieu de nous en instruire , il ne dit rien que de très-

ï Lactantius ,/>/>/:». wj///. , m. Fil ^ e, 7.

SjnaéiMmei

pliilosopliiijue ; s'il entend dire qu^il faut connaître la religion chrétienne pour apprécier la vérité dans la philosopUe, nous pourrons appliquer cette observation au sage Ammonius y qui avait joui de cet avantage.

C'est là. ce nous semble ^ ce qui distingue, de la manière la plus favorable , la philosophie ammonioplotinienne tant du syncrétisme que du platonisme.

Le syncrétisme 9 sur la nature duquel nous nous iv. sommes déjà expliques ^j et dont nous avons remarqué une première apparition au musée ^^ reçut de grands développemens dans cette période , ou plutôt il engloutit bientôt tous les autres systèmes.

La doctrine que Plotin enseigna en Italie après son retour de l'Orient, n'était plus celle de son maître , comme celle des Ennéades , ouvrage rédigé ou revu par Porphyre, n'est pas entièrement celle de Plotin.

Si les Ennéades vantent la sagesse des prêtres de l'Egypte , si elles recommandent la magie et l'astrologie, c'est sans doute Porphyre, et non Plotin, que nous - entendons parler. Ce qui décèle évidemment deux auteurs différens dans cet ouvrage, ce sont les contradictions qui s'y trouvent. Porphyre nous apprend lui-même, dans la Vie de Plotin, que ce philosophe combattit les erreurs des astrologues et qu'il réfuta celles du gnosticisme : or, dans les Ennéades, nous trouvons magie, astrologie et doctrines orientales, et je doute que ce syncrétisme soit de Plotin.

I Voyez ci-dessus , p. iSg , note a.

a Voyes ci-dessus , p. 1 39 et suit.

L'évocation d'un démon, que Porphyre rapporte aussi dans la Vie de Plotin , me semble également suspecte , et Ton peut croire que c'est un de ces contes que se permet souvent l'enthousiasme des disciples pour célébrer la gloire du maître»

Je crois toutefois que Plotin a dû différer d'Ammonius, et j'admets même qu'outre le platonisme chrétien de ce dernier il a pu recommander les doctrines égyptiennes et même persanes ; mais ses disciples dégénérèrent étrangement de ses opinions , et enseignèrent le syncrétisme le plus révoltant.

Porphyre, dont la crédulité se peint elle-même d'une manière si frappante; Jamblique, qui se donna la peine de recueillir les pratiques superstitieuses des prêtres de TÉgypte; les successeurs et les partisans de ces deux philosophes , accueillent les spéculations théosophiqne$ de tous les sages et les pratiques religieuses de tous les peuples.

PlQtin partait dans sa morale d'un principe sublime, la primitive affinité de notice ame avec la divinité ; il recommandait, pour parvenir à la régénération de notre être, la contemplation du beau et celle du monde intellectueL II y avait dans cette doctrine une profondeur qui ne saurait être méconnue que par ceux qui voient de la crédulité partout où est le mysticisme. Les opinions des successeurs de Plotin sont bien différentes des siennes. Ils se déclarent non-seulement les adorateurs de tous les dieux, les partisans de tous les mystères; mais la magie, l'astrologie, la tliaumaturgie et la théurgie s'unissent dans leur ima-

gmation altérée : ils sont esséniens^ thérapeutes et pythagoriciens ; ils sont syncrétistes , et non platoniciens.

Autrefois on attribuait à Ammonius Sakkas l'origine de tous ces égaremens : d'après les uns, il avait étudié les écrits de Zoroastre ; diaprés les autre3 y ceux des cabalistes ; d'après d'autres encore , les faux écrits d'Hermès et d'Horus Apollon. Si l'on eût mieux connu les écrits des Indiens, on lui aurait supposé la doctrine des Védas et de l'Oupnek'hat !

Quant à l'origine du syncrétisme, nous avons vu dans Apollonius de Tyane , non pas le premier fondateur, mais l'un des premiers soutiens de ce tissu de crédulité et d'imposture que l'on attribuait souvent à l'école d'Alexandrie. On ne saurait guère remonter plus haut, faute de données exactes; mai» rien ne nous autorise à charger les philosophes du musée de tous les reproches que peut mériter le syncrétisme. S'il est vrai que les Ptolémées aient eu^ daxis les premiers temps de leur empire , le projet de réunir le culte grec à celui des Égyptiens , , ainsi que les traditions qui se rattachaient à l'un et à l'autre, on abandonna plus tard une chimère qu'on n'aurait jamais du concevoir. Ce qu'il y a de certain, c'est que, dans les premiers siècles de notre ère , les savans d'Alexandrie restèrjent indifférens aux mystères des Egyptiens, tandis que les philosophes des autres pays grecs vinrent s'y faire initier.

Le syncrétisme qui se trouve dans les ouvrages de Philon et dans le traité de la Sagesse j n'a rien de a 18

commun avec celui que nous voyons dans Apollonius de Tyane et ses adhérens : dans les premiers tout est subordonné aux dogmes positifs du judaïsme, et les superstitions du polythéisme et de la maj^e n'y sont pour rien.

Le syncrétisme religieux se montre d'abord de la manière la plus frappante dans TAsie mineure et surtout à Rome.

Déjà l'empereur Sévère réunissait dans son ccdte les images de Moyse, de Jésus -Christ et Hjàpollo^ nîus de Tyane , à celles de plusieurs autres dieux. Rome était depuis long -temps la capitale du syncré* tisme religieux le plus absurde : on sait que les conquéraus d'Ausonie engageaient les divinités tutélaires des peuples qu'ils allaient combattre, à quitter leurs anciens protégés et à agréer des temples à Rome. Depuis l'enlèvement de la Junon de Veies jusqu'à l'apothéose d'Apollonius j que de divinités Rome a dii recevoir !

Plusieurs empereurs s'occupèrent particulièrement à faire de ces conquêtes religieuses ^. Commode se fit initier dans les mystères d'Isis et de Midiras ; Néron , dans ceux des Mages; Sévère, que nous venons de citer comme syncrétiste, dans ceux de Sérapis. D'au* très Césars salarièrent des Chaldéens ou des astrologues qui n'étaient pas toujours originaires de la Chaldée ; quelques-uns d'entre eux se firent eux-mêmes pro^ phètes. Adrien s'occupait à lire les destinées des hommes dans le mouvement des astres ; il prédisait

I F/ta> Atttoniai^ cap, i3.

les événemens qui devaient survenir pendant le cours d'une année ^ L'oij^cle de ce prince était devenu célèbre par des prédictions semblables. Sévère aussi lisait les destinées de son fils dans la constellation sous lacjuelle il était né.^

Un seul fait, le bannissement des astrologues et des philosophes ; semble contredire notre opinion sur le superstitieux syncrétisme de Rome ; mais il prouve le contraire de ce qu'on a voulu en déduire : on ne les exila point par mépris y mais par crainte ; on rendait un hommage solennel à leur puissance^. Ce rappro* chement des philosophes et des astrologues est au reste un monument de la coniîision des idées de cette époque.

Ce qui caractérise le mieux la crédulité de ces siècles ) et particulièrement la crédulité romaine , c'est Textrême vénération qu'on professait pour les oracles , et les encouragemens qu'on prodiguait, pour ainsi dire, à l'imposture 4. Les prophéties d'Alexandre le Paphlagonien furent reçues à la cour des Césars et par les grands d'Italie. La peste ravageait les provinces orientales sous Antonius : on acheta une sentence miraculeuse d'Alexandre; on l'attacha aux portes des maisons ; on attendit avec confiance les effets de ce .. puissant remède. Lucien , qui nous rapporte ces traits dans son jàlexandre , ajoute qu'il arriva , non par Hasard, mais tout naturellement, qu'on trouva le plus

I SpartUnus , in Adnam> , cap, ao ; cf. c* a.

a Idem y in Geia^ c* 2. Lampridius, in AUxandro^ c. 6.

3 Tacite, Hisi,^ /. /, c* a a.

4 Meiners, Esprit des premiers siècUsi p« 3$ (eo alleuMod).

grand nombre des yictimes dans les maisons munies de. la sentence 9 par la raison qu'on y négligea les mesures de précaution.

Les ouvrages qui pourraient le mieux expliquer la marche des idées, j'allais dire celle des superstitions de cette époque, sont ceux qu'on attribue faus^ sèment à Hermès et à Horus Apollon ; mais ces pseudographies, étant d'un âge incertain, ne nous font guère connaître autre chose que les éléraens dont se composait le syncrétisme, et le degré de drédulité qui y dominait.

U en est de même de ce qu'on appelle la philosophie orientale. On l'a d'abord accusée , sans la connaître , de toutes les erreurs des nouveaux platoniciens ; on devait dire des syncrétistes : on a ensuite révoqué en doute l'existence de cette philosophie orientale, et on a cru que cette antique philosophie , que prétendait connaître Porphyre % et qu'Eunape appelait la sagesse chaldéenne 3, n'était autre chose qu'une suite d'opinions sur la magie , l'astrologie et la théurgie ^. On désespérait même de pouvoir jamais connaître la nature de cette philosophie orientale 4. Aujourd'hui que nous connaissons mieux les doctrines de la Perse et de l'Inde , nous trouvons une analogie

I îlAXùLiéL ^ixoço^A. Vie de Porphyre , ch. i6.

3 XeoMuKtt collet. Eimapius , F'îiâf sophistarum : JEdesiaSm

3 Voyez Tiedemann ^ Esprit de b philosophie spéculative , vol. III , p. 98. (en allem.)

4 Le savant et spirituel docteur Bkssig^, connu par I*Éloge du maréchal de Saxe , 8*était proposé , dan» sa jeunesse , de vouer une

frappante entré elles et les opinions répandues chez les Grecs depuis les temps d'Orphée : on peut même admettre que les idées principales du syncrétisme sont d'origine asiatique ; mais ce n'est pas dans les premiers sièdes de notre ère qu'on a conmiencé à les répandre parmi les Grecs.

Depuis les guerres d'Alexandre le Grand, Tlnde, la Perse, la Chaldée et toute l'Asie connue des Grecs, avaient reçu des colonies de cette nation. De tous ces pays il revenait, soit en Egypte, soit en Grèce et en Italie , un grand nombre de personnes curieuses d'étur dier la philosophie de leurs compatriotes d'Europe; souvent c'étaient des philosophes déjà familiarisés avec les* doctrines orientales. Il en dut résulter néces^ sairement un échange perpétuel d'opinions et même de systèmes.

Cependant les philosophes de la Grèce et de l'Italie n'ont jamais professé une doctrine purement orientale ; ils étaient trop orgueilleux de leurs richesses littéraires , pour s'en détacher entièrement , et lors-^ qu'As se rapprochèrent de la magie et de l'astrologie des Perses et des Qialdéens,ils cherchèrent les germes de ces arts occultes dans leurs propres écrivains.

Orphée, Pythagore,Empédocle, Démocrite, Platon ■ I ■ I 11 ■ Il I I I II ■ ■

pirtic des travanx de sa TÎe k des recherches sur les doctrines chrétiennes et profanes des premiers siècles ; il dit dans un traita (mantiscrit) fort cnrieox snr ce sujet ^ » On a toujours beaucoup » parlé de philosophie orientale ; mais on n*est pas encore parvenu » k s^en ûdre une idée nette : je crois que cette idée nette se réduî- » rait V Paveu quVii 0V0 a point du tout, *

et d'autres furent alors regardés comme les mages de la Grèce y et ne trouvant pas dans leurs écrits tout ce que Ton y cherchait, on y suppléa par les pseudograpbies.

Les faits que nous venons d'exposer prouvent, d'une manière évidente , la nécessité des distinctions que nous avons établies entre les différentes doctrines des premiers siècles ; ils prouvent surtout que c'est à tort qu'on attribua à la savante école d'Egypte Tori* gine du nouveau platonisme, ou celle du syncrétisme, doctrines qu'on ne distinguait pas suffisamment,

Enésidème et Sexte l'empirique, qui proposaient le scepticisme à une époque où le cœur humain deman* dait des dogmes, où le christianisme en offrait de si positifs ; Potamon, qui crut à la possibilité d'un édec* ticisme pur, et à l'excellence d'un système composé des principes de Platon , d'Aristote et de Zenon ; Ammonius, qui voulut unir ensemble le rationalisme des Grecs et le supernaturalisme des chrétiens; Plotin , qui enseigna un mysticisme intuitif et une morale théurgique : tous ces honunes, sortis du musée, mé« connurent le véritable esprit de leur siècle, celui de la philosophie et celui de la reh'gion chrétienne ; mais qu'on les compare avec les Apollonius de Tyane, les Alexandre, les Apulée, les Porphyre et les Jàînblique, et on tracera entre les doctrines d'Alexandrie et celles des autres pays grecs une ligne de démarcation ex* trèmement honorable pour rîQstîHit des Lagtdes*

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