DE CET OUVRAGE
En jetant un derpier coup d'onl sur les destinéei et les travaux de l'école d'Alexandrie, voyons, en résumé , quel rang cet institut doit occuper dans l'histoire des lettres.
Créée dans un pays bari)dre, dans une ville habité^ par de^ Macédoniens, des Égyptijçns et des Juifs, l'école d'Alex^drie aurait pu avoir des comm^ice^ xnens obscurs : ell^ b.ri^e , au contraire , (Jès soa orir gine, parce que des monarques instruits attirent auprès d'eux les homsaies les plus illustres, et rassemblent dans leur capitale toutes les richesses littéraires de la Grèce. Dès son origine, le musée est non -seulement l'asile de la paix, il est un jséjoui: honorable ; on s'y trouve au milieu de princes puissans et ^claires, de savans illustras , ;de moi^umens de tcms les genres» . .
Les Lagides ne se contentent; fu 4e recueillir pou^ leurs ôntù tous les ouvrages de la Grèce, ils y ^joiutent jceux des autres pays; ils foi^t. parcourir les rég^oi^ étrapgèr^ pour satisfaire lepc propce curiosité et. celle dec^ savana. oui charment lenrs loisirs..
Cette biSlante réunion de tout ce qui peut &vo^ jiseF les let^^s , . produit le$ effeti qu'on ça devait attendre : on exécute au musée > les travaux les plus importans ; w y pubKe 4e l^w^ et de solide ou- •vrag.es.
Les savans d'Alexandrie créent suceessiTement les sciences de Vanatomiej de la géographie ^ de Y astronomie j de la géométrie^ de ïarithméti^ue ^ de la critique dans toutes ses branches ; ils recueillent , corrigent et explicjuent tous les monumens du génie grec ; ils enrichissent l'histoire d'immenses matériaux ; ils perfectionnent les sciences naturelles et médicales; ils publient une suite' de poésies épiques ^ lyriques et dramatiques ^ qui rappellent les chefsHl'œuvre anciens. Contens des doctrines anciennes, ils conservent dans leur pureté lés plus beaux systèmes qu'aient enseignés les Grecs : voyant les autres écoles dégénérer des antiques principes et se givrer à un dogmatisme crédule y ils s'efforcent de les rappeler au sceptidsme ou du moins à l'éclecticisme pur : bientôt , éclairés sur l'insuffisance du rationalisme , mais encore coinvaincus de la supériorité des doctrines grecques , ils essaient d'ajouter à ceHes-ci les dogmes positifs du supematuralisme. Laborieux, sages et impartiaux, à toutes les époques les savans d'Alexandrie se dbtmguent avantageusement de burs contemporains.
' Pendant tout le temps qu'a existé le musée, la Grèce n'ofire que le seul ouvrage de Polybe qui siffliasse les écrits publiés en Egypte. Les sciences natn^ relies, mathématiques, cosmographi^es et grammaticales, sont à peu près abandonnées en Grèce, tandis que l'école des Li^des les cultive avec d'étonnaas sUQcès;
Si nous comparons les productions du nmséé avec pelles des siècles précédens, la différence est grande;
celles-ci brillent de tout l'édat du génie ^ mais celleslà sont plus utiles; la période antérieure à Alexandre est celle des belles-lettres et des beaux arts ; les siècles postérieurs sont la période des sciences et des arts utiles.
En traçant un parallèle entre les siècles de l'école d'Alexandrie et ceux qui la suivirent y on ne peut que faire le panégyrique des premiers.
En un mot 9 l'école d'Alexandrie Offre le complément des études grecques : sans elle , le monde classique des Grecs nous serait à peu près inconnu ; sans elle, le moyen âge , si pauvre de lui-même y eût été encore plus barbare ; sans les monumens çrecs qu'elle a sauvés de la destruction y la restauration des lettres eût été plus difficile, plus lente, et nous manquerions peut-être encore. des chefs-d'œuvre de la littérature moderne que provoquèrent les modèles de l'antiquité.
Tous ces avantages furent le résultat de la protection accordée aux lettres : elle ne crée point le génie , elle ne saurait le remplacer ; mais la nature est moins avare de talens qu'on ne pense, et la protection qu'on leur accorde est vraiment créatrice, puisque , sans elle, ils restent plongés dans le néant. Tous les âges doivent célébrer les Lagides d'avoir employé, pour soutenii^ les intérêts les plus précieux de l'homme, encore plus de trésors qu'ils n'en ont dissipé pour les fêtes et les pompes de la cour. Quel est l'homme qui ne louerait pas avec enthousiasme des princes qui ont protégé les Démétrius de Phalère , les Erasistrate , les Hérophus , les Zénodotb , les Eratostbène , les Caixi-
xAQinE, les Àpoixoims de Rhoms, les Conon, les AaiSTÀRQUE, les Hippaa^ob, les Ecpoxe, les Straboh^^ les Philoh, les Galuv, les PioLéiiÉE, les ÉBrÉsiosHs, les Sexte^ les Potamoit^ les Axmohivs, les Plotin ! Les mânes des Lagides perpétuèrent leur bienfaisante influence : ce fut pour imiter ces fllustres protecteurs des lettres (jue les Césars favorisèrent leurs institutions ; ils ne les auraient point créées.
O princes ! si tous chérissez la ^olre , protégez les lettres , qui seules la rendent impérissable.