‹ Essai historique sur l'école d'Alexandrie et coup d'oeil comparatif sur laChapitre 19 sur 25 · PIÈCES ADDITIONNELLES · texte numérisé non relu

PIÈCES ADDITIONNELLES

A* (Tome I.'', page 3o).

Xi A plus pompeuse des fêtes, celle qui fait le mieux connaître les immenses richesses des Lagides, est celle que Ptolémée Philadelphe fit célébrer à Toccasion de son association k Tempire. Cette fête est décrite amplement au livre V d^Athénée, d'après Callixène de Bhodes, qui en donnait des détails dans son quatrième livre sur Alexandrie.

Montfaucon (Antiquités expliquées, tome III) etLebeau fMém. de TAcad. des inscript., t. XXXI) donnent des «claircissemens sur cette pompe > et M. Scbweiglisuser (dans son édition d'Athénée) a résolu les difficultés que présentait le texte de Tauteur : nous nous bornons à faire connaître les principales circonstances de la fête, en passant sur beaucoup d» détails.

Athénée donne d'abord la description de la tente royale qui fut dressée dans l'enceinte de la citadelle d'Alexandrie pour j célébrer le banquet. 11 en fait connaître la construction , cite les tapis de pourpre , les tapisseries peintes on brodées en or» les statues, les tableaux de Sicyone et les autres objets précieux dont on avait enrichi ce lieu destiné au festin \ il rapporte ensuite qu'en face de la grande tente on avait dressé un échafaud, où étaient placés les coupes et lés vases nécessaires pour le repas. Tous ces vases étaient en or, garnis de pierres fines et d'un tr^ivail admirable. Il évalue le poids de ces objets à la somme de 10,000 tiilens d'argent.

La marche du cortège se fit par le stade de la ville.

La pompe de Lucifer, la première, commença an moment où cet astre se leva sur l'horiaon, et fnt suivie de celle qui était consacrée k la mémoire des parens dn roi et de la reine.

Venaient ensoite celles de toutes les diviaitÀ, vrê&^Vap^ pareil qui conyenait k chacune d'elles.

La dernière fut celle d'Hespërns; car la cérémonie se prolongea jusqu^au soir.

Athénée renvoie ceux qui désireraient des détails sur chacune de ces pompes allégoriques, aux descriptions des jeux quinquennaux qu'on célébrait à Alexandrie; il- se borne k faire connaître la pompe de Bacchus.

Elle fut ouverte par des silènes, qui écartèrent la foule, et qui étaient rétus les uns en robes fines couleur de pourpre, les autres en robes phéniciennes.

Saivaient quarante s^tjres, vingt de chaque côté du stade, portant des lampes entrelacées de lierre avec des feuilles d'or.

Des. victoires avec des ailes dorées, portant des thjmiatères de six coudées de haut, avec des branches d'or et de lierre.

Un autel double, de six coudées, entouré d'un feuillage en lierre doré et d'une guirlande de pampre en or, et accompagné de cent vingt jeunes gens portant de l'encens, de la myrrhe et du safran sur des patéres d^or.

Quarante satyres, parés de couronnes, et. portant une grande couronne d'or en feuilles de pampre et de lierre.

Deux silènes, l'un paré du pétase et d'un caducée d'or, l'autre portant une trompette ; entre eux un homme portant une corne d'amalthée et représentant l'année.

Une femme de la plus belle taille, dans une riche parure, portant dans l'une de ses mains une couronne de pensées, dans l'autre un^ palme figurant le lustre (pentereris).

Les quatre saisons , portant chacune leurs attributs et ajant un autel au milieu d'elles.

Deux satyres couronnés, vêtus de pourpre , portant des coupes remplies -de vin.

Le poé'te Philicus,- grand -prêtre àe Bacchus, suivi des artistes de la scène dionysiaque.

Trépieds delphiques, prix destinés aux chefs des athlètes.

Char trainé par cent quatre - vingts hommes, surmonté

d^ane stattte colossale de Bacchns versant du Tin d*anie pa* tère d'or.

Des prêtres et des prétresses', de nonveanx initiés , des chœurs bachiques , des femmes qui portaient le vase mysté-* rieux;

Des personnages allégoriqnes figurant les suites des excès Bachiques.

Un char tratné par soixante hommes, surmonté dWe statue colossale de Nysa, assise, se levant par une méca* nique ingénieuse, versant du lait d'une phiole, et parée d^une couronne garnie de pierres précieuses.

Un grand char, tratné par trois cents hommes, avec un pressoir plein de raisins, foulés par soixante satyres, qui chantaient des airs de vendangeurs, et qui répandaient du vin doux.

Un grand char , tratné par six cents homjoies , surmonté d*nn autre de trois mille métrètes, d^où coulait du vin.

Cent cinquante satyres portant des coupes.

Un char tratné par six cents hommes et surmonté d^un grand cratère <f argent.

Une grande quantité de vases de toutes les espèces , de toutes les formes, des pressoirs et des tables dVrgent massif, des trépieds, partie en or, partie en argent.

Seise cents jeunes garçons, vêtus de blanc, couronnés de lierre ou de branches de pin , portant des vases précieux.

Un char, surmonté du lit nuptial de Sémélé.

Un char, avec une grotte d*où s'échappèrent des pigeons et des tourterelles pendant toute la marche.

Un char portant Baochus revenant des Indes, monté sur un éléphant richement paré.

Des groupes de cinq cents jeunes filles vêtues de pourpre .brodée en or.

Cent vingt satyres en armure complète.

Cinq colonnes de silènes et de satyres montés sur des Anes.

Des chars tratné par des éléphans, des boeufs, des cerfs, des chèvres , des bufies , des autruches , des ogref , etc. , et condaitv par de jeunei auxiges.

Det Toiivrts traUéct par des chameaux «t des mulets y surmontées de tentes de nations barbares, arec des femmes indiennes et d'autres en habillement de captives.

Des chameaux chargés d'aromates.

Des Éthiopiens portant de llToire» de Tébène et des paillettes d'or.

Des chasseurs ayec des meutes de chiens hyrcaniens^ molosses et indiens.

Des oiseaux attachés à des arbres ou enfermés dans des cages, portés par cent cinquante hommes.

Des brebis ^'Ethiopie, d'Arabie et de Itle d'Eobée, des cerfs blancs, des bcBuCi blancs de llnde, des panthères, des léopards, un rhinocéros d'Ethiopie « etc.

Un char portant Bacchus poursuivi par Junon et se réfugiant avec Priape à l'autel de Rhée.

Les sutnes d'Alexandre et de Ptolémée (Soter) avec des couronnes d'or en forme de lierre.

La statue de la vertu était k l'un des c6tés de Ptolémée, celle de la cité de Corinthe k l'autre*

Groupes de femmes richement pâtées, figurant les villes de rionie , de l'Asie mineure , et celles des lies qui avaient auparavant obéi aux Perses.

Des chars avec un thjrse et une lance de candeur colossale ^ un phallus en or, orné de peintures et surmonté d'une étoile de six coudées de circonférence.

Vingtp-quatre lions d'une taille extraordinaire.

l)es chars avec les images des dieux et des rois.

Un chœur de six cents musiciens.

Deux mille bmufs avec des cornes dorées, àe» couronnes, des colliers et des égides en or.

Les pompes de Jupiter et des autres dieux.

La pompe d'Alexandre , assis sur un . char d*or massif, tratné par des éléphàns.

Dts diadèmes, des couronned, des trépieds, des palmes en or, la plupart de ces objets de grandeur colossale.

Quatre cents voitures chargées de vases d'argent, viogt de Y9%Qi d'or, huit cents d'aromates.

L^arm/e, composée de cinquante * sept mille sis: cdnti fantassins et de vingt-trois mille deux cents cayaliers.

Bans le combat qni suivit la pompe , on distribua des oou«» ronnes d^or à vingt personnes. Ptolémée Soter et Bérénice en reçurent vingt^trois ; leur fils , Pbiladelpbe , en eut cent vjngt.

Après avoir rapporté tous ces détails , Athénée ajoute que les richesses des Lagtdes ne provenaient ni des guerres d'Asie, toi de mines d'or ou d'argent , ni de quelque Pactole ; mais qu'elles étaient dues au sol fertile de l'Egypte. Il est eepen«* dant évident que Ptolémée Pbiladelpbe a voulu , dans cette pompe, faire figurer son père comme le vainqueur d'une partie de l'Asie mineure, de l'Ethiopie et de l'Inde; et il est vrai aussi que les richesses dont nous entretient Athénée , surpassent tout ce que l'on connatt et tout ce que l'on conçoit dans ce genre. On voit que les Lagides poutaient prodiguer des faveurs aux lettres sans s'apauvrir.

B. (Tome I/% page 46).

Maiiso, qui attribue à Pbiladelpbe la fondation du musée et de la bibliothèque, s'est peut-étre laissé égarer par les éloges que Théocrite et Callimaque ont prodigués au second des Lagides. Cependant l'Idylle XVII.'' de Théocrite célébra en même temps la gloire de Ptolémée Soter , et nous la placerons Ici, comme l'un des plus beaux monumens que. la poésie ait érigés aux protecteurs des lettres.

« Mn>es, commencez vos accords par Jupiter et revenes « à lui en les terminant. Oui, chantons dans nos vers le « plus grand des immortels; mais, parmi les hommes, que « Ptolémée soit célébré le premier, le second, le dernier : « it est le plus grand des grands hommes. Les héros , nés a. des dieux, eurent jadis, après leurs beaux exploits» des ic chantres de leur gloire ; moi, qui sais rimer de beaux c vers, je vais chanter Ptolémée : les hymnes honorent « même les immortels !

« Le bûcheron qui entre dans les bois superbes de l'Ida, « se demande 9 en les contemplant, où il doit «ommfncec

« soti ouvrage : moii qae dirai- je d'abord? J'ai & chanter « mille dons que les dieux eut départis au plus vaillant « des princes.

« Sa naissance Pappela aux grandes entreprises : son père , c le fiU de Lagus, avait exécuté des projets que nul autre « avant lui n'était digne de concevoir ; aussi Jupiter le fit- « il régal des immorteb, et sa maison d'or est dans les « cieux. Près de lui siège Alexandre » qui fut , pour les Il Perses ornés de la mttre variée, un dieu vénérable. £n « face de Ptoléméè et d^Alexandre est le trône d^Hercule « le tauricide, fait d'un impénétrable aimant. Là, parmi a les autres habitans da ciel, il célèbre des banquets, se « glorifiant des neveux de êes neveux ^ car Jupiter a banni « la vieillesse de leur corps : ils sont appelés immortels; « ce sont des dieux auxquels il ne faut pas de pieds bu- « mains . . . • .

« Combien brille Bérénice parmi les femmes adorables j ti quelle gloire elle fait rejaillir sur ses augustes parens! « L'adprable fille de Dione , qui règne sur la Chypre , a forci mé, de ses mains odoriférantes , les grâces de Bérénice, (t Voilà pourquoi aueune femme ne fut jamais aimée d'un « homme, comme Bérénice est aimée de Ptoléméè. Il est « encore plus aimé d'elle. Se confiant à ses enfans, il abancc donne à lenrs soins sa rojale maison , lorsque , plein « d^amour , il recherche son épouse , son amante.

n Le cœur d'une femme coupable est toujours avec de| « hommes étrangers : êe» couches sont fécondes et promptes ; fc mab ses. enfans ne ressemblent pas à son «poux!. . .

« Adorable Vénns , la plus belle des déesses , tu as pris « 'soin de ses jours , et ton affection a préservé Bérénice du « passage de l'Achéron \ l'enlevant, avant qu'elle ne touchât « aux bords du noir et triste fleuve qui porte toujours des (( morts, tu partageas avec elle tes divins honneurs. Mainteic nant elle est propice aux mortels :. elle leur inspire de « douces amours, elle allège le chagrin de celui qui l'implore.

a Belle Argivienne aux yeux noirs, tes amours avec Xydée « donnèrent le jour au belliqueux Diomède, héros Calydo- « nien; da Thétis» aux superbes v^tsmeos j naquit à TÉacide

« Pâée le vaillant Achille : mais toi , Yalearenx Ptolemée , la « célèbre Bérénice te donna au fils de Lagus. L'île de Cos a s'offrit à ta vue , lorsque tu sortis du sein de ta mère pour <c contempler le jonr. C'est là que Lucine, qui porte secours 4t aux mères, fut implorée par la fille d'Antigon^, surprise « des douleurs maternelles. Lucine , propice , Tersa dans ses « membres une douce apathie , et un fils , objet de la plus a Tive tendresse, naquit, semblable à son père.

a L'ile de Cos, Payant yu, retentit de cris de joie; ses « habitans, serrant dans leurs bras le royal enfant, s'écrie- <c rent : O viens! tu nous honores autant que PhébusApol^ <i Ion honora Délos, • . Tels étaient leurs discours , et trois fois « la Yoix puissante de l'aigle , oiseau dé Jupiter, se fit entena dre ; car Tadorable roi est cher an fils de Saturne , et celui ce que les dieux aiment dès sa naissance est un grand homme. « La félicité accompagne Ptolémée ; il règne sur de vastes 4X. terres , sur une partie de l'Océan. Dans ses immenses <( états des peuples sans nombre cultivent les fruits d'un sol le fécondé par les pluies de Jupiter ; mais aucune région n'est «t plus fertile que les champs de l'Egypte , abreuvés doucea ment des eaux du /Nil.

a Avcun mortel ne possède tant de villes peuplées d^in- «c dostrieux citoyens. Trois mille trois cent trente-trois cités a sont gouvernées par Ptolémée ; il a bâtiles unes , restauré a les autres. Son empire s'étend sur la Phénicie , la Syrie , la K Libye et les contrées du noir Éthiopien. Il commande aux «c Pamphyliens, aux belliqueux Ciliciens, aux Lyciens, aux n Cariens, aux habitans des Cydades. Ses magnifiques naît vires couvrent la mer ; car la mer et la terre et les fleuves « sonores sont soumis à son sceptre. Ses nombreux escadrons, « ses phalanges armées du bouclier, font retentir la terre du a bruit de leurs brillantes armures. Ses richesses éclipsent « celles des antres rois j elles encombrent sa royale demeure. « Cependant les peuples , ^ l'ombre de la paix , se livrent K aux soins de leurs champs. Aucun ennemi ne franchit ja- « mais le Nil poissonneux , aucune armée ne répand dans les « campagnes le tumulte de la guerre; l'ennemi ne s'élance point a de sa bacque rapide pour enlever les bœufs- de l'Egypte. a 19

a Tel Ptolémée , le h^ros aux cHeveux d^or , qui sait manier d la lance , règne sur de vastes provinces ; sa prudence con^ « serve Théritage entier de son père ^ il y ajoute de 'nonit veaux trésors. Mais For n^est point caché dans %ts palais, « comme la richesse des fourmis, toujours ouvrières, est te toujours ensevelie : il a érigé des temples magnifiques aux « dieux \ il leur offre les prémices de ses biens \ il leur prête sente toujours des dons. Il partage ses richesses avec des <( princes puissana^ il les prodigne aux cités» à ses vaillans « amis. Jamais Phomme qui sait chanter un beau poème , ne « fi^est retiré des combats sacrés de Bacchus sans emporter « le prix de son talent. Tous les interprètes des muses ce- « lèbrent la munificence de Ptolémée. Qu^ a-t-il de plus « glorieux pour le riche que de rendre son nom illustre parmi a les hommes ? La gloire des Atrides est immortelle \ mais tt les immenses richesses , qn^ils ont acquises en pillant le « superbe palais de Priam , sont enveloppées maintenant de « ténèbres qui ne se dissipent plus.

Ptolémée marche dans les traces encore fraîches de ses

« pères \ il a élevé des temples , qui se remplissent d^un pur ence cens, à sa douce mère , à son père ; il }r a placé leurs images <c composées d^or et d^ivoire, et ils sont les bienfaiteurs des d mortels qui les implorent. Il brûle en abondance les ena trailles de boeufs gras sur des autels rougis de leur sang , u quand la mesure des mois est pleine. Il partage ces devoirs a avec son épouse , qui chérit en lui et le frère et Tépoux. Tels d furent les mariages sacrés des dieux , des rois de FOljmpe , a nés du sein de la maj estueuse Rhée. Un même lit est préparé a à Jupiter et à Junon, par les mains brillantes dTris, tou- « jours vierge. Salut, roi Ptolémée ! je le célébrerai comme « jM chanté d^autres héros, dans un poème que la postérité « ne méprisera pas. Mais toi, demande à Jupiter la vertu. ^

Page 1