C. (Tome 1.*% page 83 ; II
Le meilleur portrait qu*on nous ait laissé des Alexandrins, est dans le long discours que Dion Ghrjsostôme a composé sur ou contre eux, et qui est le trente-deuxième parmi les quatre-vingts qu^il nous a laissés. Cet orateur vivait vers la
ûu du second sîécle de notre ère ; on ne saurait donc , sans injustice , appliquer aux Alexandrins dès siècles antérieurs les traits yigoureux sous lesquels il dessine ses contemporains. Cependant Phistoire nous apprend , d^nne manière positiye , que les habitans d^ Alexandrie ont eu^ sous les Lagides, des penchans analogues à ceux que- leur reproche Dion.
Voici comment Dion s^adresse aux habitans de la cité grecque de l^gypte : «^uissleB-yons , 6 Alexandrins, m'é- , <c couler avec une attention sérieuse pendant quelques insf( tans , vous qui passes vos jours dans Ja dissipation , dans ' (c des jeux frivoles : car les plaisirs et les ris ne vous manie quent jamais; vous êtes les enfans de la joie'; vous avez « pour vos voluptés de nombreux ministres. Mais je vois chez «( vous un manque absolu de tonte application sérieuse. Quel'' a quefois on vous loue comme des gens respectables et sages , ^ de ce que vous connaissez tous si bien les choses conve- <c nables , et que vous vous énoncez avec tant de facilité sur (c ce que vous entendez. Mais moi, je vous louerais plutôt si « vous parliez avec moins de promptitude, que vous eussiez n le pouvoir de garder aussi le silence et de réfléchir comme <c il le faut. Or, puissiez-vous désirer vous rendre dignes d^un a antre éloge encore, plus beau, plus important ? Lorsqu'on <c dit des choses utiles, apprenez à les écouter, et prouvez <c que vous savez nonnséulement bien parler de ce que vous a connaissez , mais encore réfléchir sur Ce que vous entendez
a dire Mais vous péchez comme autrefois les Athéniens.
(( L^orade leur ayant dit que, pour avoir de bons citoyens « dans leur ville , il fallait mettre les plus belles choses dans a les oreilles de leurs enfans y ils saisirent mal là pensée d^A- (C pollon et y mirent de For; ce qui aurait convenu pour (C de jeunes Elles ou pour les enfans des Lydiens et des Phry- « giens> mais non pour la jeunesse grecque , à laquelle il faite lait plutôt une bonne éducation et des études. .. Or, vous <f faites même une chose pire que les Athéniens. Partout le ^ peuple écoute au moins an spectacle ; mais chez vous il n^y « entre jamais rien de beau, de respectable, ou du moins
(i bien taremettt. Vos théâtres retentissent da brait des insr (c tramons , de mouTemens tmaultaenz» de bouffonneries, a de discours moqueurs , qui ne ressemblent en rien à Tor a des Atbéniéns. J'ai donc dit, à juste titre, que Tons msn> « quez d'attention , que tous n'avoE point de sérieux , ni <t TOUS , ni ceux qui ont adopté vos mœurs.
« VcMis avex toujours dans votre ville des artistes mimia ques , des danseurs, des écuyers Çui montent des coursiers (t rapides ^ spectacles , qui plaisent aux gens mal instruits (c et de mauvais |;oàt, et tmi introduisent dans les villes a des maux étrangers. Telles sont les choses qui vous occu- <i peut sans cesse. Or, je ne conçois pas comment elles von» (I apprendraient la prudence, les séntimens de la justice, (C ou la piété envers les dieux , etc. ^
Dion Chrysost6me parcourt ainsi successivement tous les •genres de reproches qu'il peut adresser aux Alexandrins; nais il rend toujours hommage k leur esprit.
Les -écaivains anciens sont tous d'accord sur la frivolité des Alexandrins, «t sur leur penchant pour la moquerie et les sobriquets. *
Philon {in Flttccum^ p. 969 et suiv.) en fait, en peu de mots, le même portrait que Dion. Il rapporte en particulier comment le peuple d'Aletandrie se moqna du roi Agrippa, qui passa 'par cette ville à son retour de Rome en Palestine.
Philostrate atteste aussi la passion des Alexandrins pour les spectacles. {Vita jipoUonii ^ V, 26.)
Les membres du musée se livraient k des travaux trop sérieux ) ils avaient des goûts trop purs pour qu'il soit per* mis de les confondre avec le vulgaire d'Alexandrie : nous avons néanmoins fait connaître quelques traits de frivolité, qui montrent que ces savans ne furent pas toujours sérieux ni toujours sages.
Un fait plus honorable pour les Alexandrins, c'est que l'instruction se communiquait parmi eux à toutes les classes de la population, et même aux femmes. Strabon (XIII, p. 894} nous apprend, entre autres, qu'Isiiée d'Alexandrie avait publié un ouvrage sur Homère , et traité particulièrement du champ de bataille qu'avaient occupé les Grecs et les Trojrens devant Ilium*
D. (Tome I/% page 76.,)
Il n^est pas k croire ^u« Josèphê ait composé lui-m^me les lettres et înTenté les. d^ails quHl pnblie'sur la Tersion des Septante^ il trouva l«s uns et les autres dans la tradition et dans la préteadu« lettre d^Aristée. Mais la simple lecture des épltres ^u^il produit , suffît pour eu découTrir la fausseté.
On peut en juger par celle ^u'il prétend avoir été écrite au grand -prêtre de Jérusalem par Ptolémée Philadelphe. La voici :
(c Le roi Ptolémée au poutife Éléazar, salut. Il se trouve tt en Egypte un grand nombre de Juifs que les Perses , étant d maîtres de ce pays» traitèrent en esclaves, et que mon « père a distingués d'une manière honorable en leur cona fiant la garde, de ses châteaux forts , et en appelant dans a son armée, aveciine paie considérable, ceux qui étaient <t venus avec lui en Egypte. Il s^en servit même pour ima poser aux Égyptiens. (?)
<c Élevé sur son t^ône, je traite avec humanité, tous "les ic miens, et particulièrement tés frères, dont j'ai délivré de « captivité plus de 1 00,000 , .en payant leur vançon de mes « trésors. (A qui?) J^ea aji placé un grand nombre dans mes « armées; j'en ai mis d'autres, qui étaient déjà attachés à « ma personne et dont la fi4élité m'était connue , au nom- « bré de mes gens de cour, croyant devoir offrir à Dieu c cet bofimage dé ma gratitude pour les marques de sa « providence '. Voulant faire à ces personnes, et en général « à TOUS les Juifs y uife chose agréable , j'ai résolu de faire c trad^re votre loi et de la placer daus ma bibUothèqne.*
« Tu me feras 99 grand plaisir^ ai tu veux bien choisir, « dans chaque tribu, six honimc^ d'an âge avancé, et me « les envoyer , afin qu'ils fassent une exacte version. J'espère « que l'exécution dé cette oeuvre me procurera une grande « gloire.
' t n/ovoi«. Jotèphe ne néglige aucune occasion de recommandèv le dogme de la Providence. (Voyez T. I.", ; Ménédkme.)
« Je t^adresse , pour quMl t^enteade arec toi k ce sujet, tt André, chef de mes gardes, et ArisUe, deax hommes qa% « j'estime , et par lesquels j'ai aussi envoyé au temple cent « talens, comme offrande. Et toi, tu me feras plaisir, en « m'écriyant ce que tu moudras hien. *
Éléaaar ne manque pas de répondre au roi, et il détaille, dans sa lettre , les préeetts qu^il a reçus dé la munificence du Lagide!