CHAPITRE V
De r Histoire.
p«7« greci. n en est des ouvrages historiques comme des ëvé* nemens dont ils conservent la mémoire : leur nombre est si grand qu'il faut condamner à Toubli tout ce qui n'offre pas un intérêt particulier. Il faut appliquer spé«» cialement cette maxime à la période qui suivit Alexan-dre le grand. Aucune autre ne produisit un plus grand nombre d'historiens.
Us s'occupèrent principalement de VAistoire dA-^ ïexandre , de celle des peuples dAsie et J^ Afrique y des antiquités grecques , de biographies « de rédUf merveilleux y et de V histoire contemporaine, , La gloire des Grecs venait de briller jusques au-delà
des régions fabuleuses ; et si Xénophon, historien d'une défaite et d'un retour désastreux , avait été lu avide^ ment , quel enthousiasme devait inspirei* le narrateur d'une suite de victoires remportées par Alexandre dans des contrées alors neuves pour la curiosité des Grecs! •
Cependant aucun ouvrage grec de première classe ne transmit à la postérité cette gloire nouvelle ; et si d'autres fois le diarme du style et les ressources' de l'art avaient abusé le lecteur sur la grandeur des faits, ce furent cette fois les événemens seulsqui assurèrent quelque succès à des productions' médiocres. Le plus grand reproche qu'on doive faire à Thistorieu est, après l'inexactitude 5 celui de
l'exagération : la critique doit être mexorable lors*' que les écrivaiBS sont assez mal adroits pour xou* vrir d^une fausse pompe des événemens grands par eux-mêmes. Les historiens d'Alexandre tombent ton» dans ce défaut. ,
Ceux qui accompagnèrent le roi de Macédoine ^ Anaximène, Gallisthène , Onésicrite, Hiéronyme et Aristobule luininême ^ étaient encore tout éblouis des merveilles qu'ils avaient vues; ceux qui entendirent leurs récits, voulurent renchérir même sur les témoins oculaires. Le résultat inévitable de ce faux système fut de jeter une teinte fabuleuse sur des événemens aux* quels la simple vérité convenait le mieux. Dès que l'historien détruit la foi du lecteur, il ne lui laisse plus c[ue l'ennui.
Cependant les écrits de Charis sur la vie privée d'Alexandre ; ceux d'Éphippus sur les funérailles de ce prince et sur celles d'Héphestion ; les itinéraires de Béton et de Diognète sur les marches 4es années de terre ; celui de Néarque sur les courses de la flotte, fournirent des matériaux précieux aux historiens.
Nous regrettons également la perte de l'histoire des princes de Macédoine par Marsyas de Pella ^ , et les journaux que Diodore et Eumène avaient rédigés sur les actions d'Alexandre. ^
Les historiens qui .succédèrent aux contemporains d'Alexandre , ajoutèrent de nouvelles exagérations et
I Cet ouTrage contenait beaucoup de délails sur la Tie d*Al»andre. a Les fra^ens qui nous en restait sont trës-«iacU.'
^e nouvelles erreurs aux fautes andeiuies ; rarement on osa renoncer aux unes *et corriger les autres. Hégésias de Magnésie eut un grand nombre d'imitateurs : ^n récit était déclamatoire. Eratostbène. n'eut pas un seul disciple : il avait entrepris de corriger les er^ reurs des historiens d'Alexandre. ^
Après le premier transport excité par les exploits du béros macédonien, on s'occupa de l'histoire des peuples dont il avait fait connaître l'existence aux Grecs. Bérose y le Manéthon de la Chaldée , publia les antiquités de fiabylone, d'après les archives du temple de Bélus, dont il avait été le prêtre ; Héoatée fit connaître aux Grecs les anticpiités ou l'histoire ancienne des Jui&; Hiéronymé d'Egypte s'occupa des choses phéniciennes ; Mégasthène et Daïmaque écrivirent sur les curiosités de l'Inde ; Timée de Sicile, sur celles de la Syrie et de ses villes principales ; Asclépiade, sur les choses remarquables de la Bithynie.
La haute antiquité que s'attribuaient la plupart de ces peuples, parait avoir réveillé la jalousie des Grecs, et les avoir engagés à mettre au jour lés monumens de leur histoire primitive. Philochore publia une histoire d'Athènes qui remontait aux siècles les plus reculés et se terminait à la mort d'Antiochus Théos. Le plus souvent les historiens qui s'attachaient aux antiquités , choisirent un titre vague qui leur permit de s'occuper des hommes et des monumens , des traditions et des
I Cf. BihL grmea , ///, p. ^i \ ti àt Saînto-Groix , Examen crîti^e des bistoneas d*Alexa&dre le Giand.
fables , des événemens historiques et des phénomènes de la nature. Tels étalent les Macédoniijues de Duris, de Samos > ; les Choses siciliennes , par Callias de Si-^ die ^ ; les Choses de la Samothrace^ par Idoménée de Lampsaque ; les j^nti^uités des Khodiens^ pat ^historien Zenon. Un poëte historien , Rhianus, s'occupa dans ses vers des choses remarquables de l'Elide^ de la Thessalie, de l'Achaïe, de Messène^ d'Ihum^ etc« Après que les conquérans de l'Asie eurent fait connaître tant de merveilles , les écrivains grecs s'empressèrent d'exposer aussi celles des différentes régions de la Grèce.
Une autre dasse d'historiens* de cette période s'occupa de l'histoire mythologique , de ceQe des andennes divinités et des héros de la Grèce. Euhémère , l'ami du roi Cassandre y traça y d'une main qu'on regarda comme impie , l'origine du culte des dieux, telle qu'il prétendait l'avoir découverte dans les archives des temples. Cléanthe écrivit aussi sur les dieux , leurs combats , et les mydies qui concernaient leur origine. Le même écrivain composa une histoire des héros. Ce que les siècles nous ont laissé de plus complet dans ce genre , est la bibliothèque d'ApoUodore. .
Après les dieux et les héros on s'occupa des législateurs , des philosophes, des poètes , des acteurs même, en général de ton» les personnages qui avaient joué un rôle marquant sur la scène du monde.
ApoUodore publia une histoire des législateurs , et
I Cet onTra^ renfennait beaucoup de détails sur Alexandre. 3 On y trouvait des détails sur Agathode , tyran de Syracuse.
une autre des sectes philosopliiques ; sans crainclre de déroger à la gravité de son st)le y rhistorien des dieux, des législateurs et des philosophes, se fit celui des courtisanes d'Adiènes. Antigone^ de Caryste publia des^ biographies et des commentaires historiques sur Py rrhon et ses partisans ; Qitomaque écrivit sur les sectes philosophiques ; Chiysippe de Soles , sur les anciens physiciens, (qu'on ne distinguait pas des philosophes) ; Alexandre Cornélius, savant grec qui vivait à Rome, sur les pythagoriciens et leurs symboles. Démétrius Magnés eut la générosité de revoir les écrits de ses prédécesseurs , et de prévenir les erreurs de la postérité , en traitant des historiens , poètes et autres écrivams qui avaient porté le même nom. On fournit , enfin , aux historiens une quantité de matériaux dans des écrits publiés sous le titre de Mélange^. Euphorion laissa des mélanges sur les poètes lyriques , sur TAttique , sur l'histoire ; Hérodias en avait composé sur la comédie en général.
La polygraphie était devenue un besoin pour un peuple dont l'activité n'avait plus d'autre aliment En même temps le mauvais goût des lecteurs fai^ sait un accueil trop favorable aux productions les moins dignes d^indulgence. Outre les nombreux recueils de choses ïaeTYei\[eus%s(âocviJUxç$ct)y on composa dès traités sur les temples , • sur les offrandes qu'on y venait déposer ; sur les citadelles , les portiques , les galeries de tableaux. Polémon , qui est connu dans l'histoire littéraire par un recueil d'épigrammes, avait laissé des traités sur les choses curieuses d'Athènes ^
de Sparte et de Sicyone. Euhémère s'était occupé des pyranûdes de l'Egypte. *
Les ouvrages les plus utiles que produisirent les bistoriens de cette féconde période , furent des écrits sur les événemens de leur temps : Démocharis y ne^ veu de Démosthène ,. traça l'histoire des événemens arrivés dans la ville d'Athènes ; Stratpn composa le récit des guerres que les Romains firent aux der^ niers rois de Macédoine ; Philiscu^ , celui des guerres entre les Carthaginois et les Romains dont la Sicile fot le théâtre ; Théophane de Lesbos s'occupa du tableau des guerres de Mithridate.
Deux ouvrages de cette classe éclipsèrent la foule des productions médiocres du làême genre ; ce furent ceux d'Aratus et de Polybe. Le premier avait écrit l'histoire de la ligue achéenne et celle de ses propres ' actions ; l'autre nous a laissé une histoire universelle sur les événemens qui se sont passés depuis l'origine de la seconde guerre punique jusqu'à la fin du royaiûne de Macédoine, Cet ouvrage ne comprend qu'un espace de cinquante et quelques années ; mais c'est un chefd'œuvre. Ambassadeur de là viUe de Mégalopolis, l'une des plus considérables de l'Arcadie^ compagnon d'armes de Scipion et en quelque sorte successeur des Aratus et des Philopémen , Polybé réunissait à ses grands talens toutes les connaissances qui font Thistorien. Le premier des anciens , il voulut écrire une histoire pragma-
I On peut Toir -dans Vossius (de hishricis grttcis) la féccndite prodigieuse des écrlyains polyhistoriques de cette période.
ti^ue y indiquer les causes des faits et analyser leurs résultats. C'est d'après ce principe simple <{u'il offre à nos yeux, avec une rare supériorité de conception et de méthode, les grands événemens qui s'étaient pa^ ses sur la scène du monde. En blâmant le style de cet écrivain, Denys d'Halicamasse remplit son devoir de critique; maisTite-Iive, en adoptant les récits de Polybe, lui accorde un suffrage- qu'approuva la postérité. Un grand historien de nos jours regrette dans Polybe l'art de Xénophon et la force de Thucydide : il convient que l'historien de Mégalopolis n'est pas celui des honunes du monde ; mais il le proclame celui des hommes d'états Brutus s'occupa, dans ses dernières années «, d'un abrégé de Polybe : dans les temps mo-^ demes, deux guerriers, le chevalier Follard et lexolonel Guichard, ont ajouté à l'ouvrage de Polybe des commentaires qui honorent les trois écrivains.
La littérature grecque se trouva donc enrichie, à la fin de cette période, de quelques chefs-d'œuvre et d'immenses matériaux pour l'histoire. Le monde connu n'était plus le même qu'avant Alexandre.. Les Grecs s'étaient répandus jusque dans les Indes et dans les Gaules : ils s'étaient familiarisés avec des nations dont leurs ancêtres avaient à peine entendu prononcer les noms ; ils puisèrent dans les livres et les traditions de ces peuples des connaissances nouvelles, qu'ils s'em-^ pressèrent de communiquer au monde savant D'un
I Jean de Millier ajoute k ce jugement qae la raison qu^il troure d^ns Polybe vaut bien Part et la force de ses prédécesseurs.
autr€ coté , la langue ^eoque étani devenue la langue universelle y il en résulta que tes peuples qui ambition-' naient la célérité ^ publièrent en grec l'histoire de leurs exploits.
Ce grand nombre de matériaux'^ne demandait que quelques historiens assez éclairés pour rejeter' là faMe, assez simples pour aimer la vérité^ assez habiles ^our ' saisir l'ensemble des faits. Ces qualités nous auraient valu d'excellens ouvrages d'histoire : il ne fallait pas même des -hommes de génie pour faire connaître à la postérité les nouvAes découvertes des Grecs.
La ville d'Alexandrie , qui réunissait dans ses bibliothèques les meilleurs ouviiàges et dans ses musées les écrivains les plus célèbres ^ a produit très^peu de bons historiens. On y attachait trop de prix à. l'étude des belles-lettres et de la philologie. Ces travaux touchaient au genre historique, et demandaient quelque connaissance des événemens et des honîmes du temps passé; mais l'école d'Alexandrie se contenta de ces emprunts et oublia d'enrichir l'histoire. Les principes mêmes de cette science n'étaient pas encore établiV, et le musée n'essaya jamais de les discuter. Or, il y a deux sortes de principes à suivre en histoire , ceux de la science et ceux de Vart,
Que faut il considérer dans les événemens ? c'est à la science à le découvrir. Conament faut-il les exposer ? c'est à l'art de nous l'apprendre.
Que faut-il considérer dans les événemens ? En général, qu'y voyons-nous? Les famiUes s'agrandissent, se répandent sur le globe et forment des peuples différens.
Ceux-ci jouissent) dans un calme fortuné , des biens de la terre ; ils instituent des fêtes et célèbrent avec pompe le culte de leurs dieux. Bientôt ils se voient disputer leurs biens, puis leur territoire, par des voisins envieux de leur prospérité. Les peuplades moins favorisées de la fortune iforment des alliances entre elles pour dépouilf- * 1er les plus opulentes* On se livre des copibats, et des milliers d'hommes rougissent dç leur sang la terre qu'ils ont arrosée de leur sueur. Celui qui a tué le plus grand nombre de ses semblables, est décoré du laurier; l'innocence même chante sa gloire. Il sait manier Tépée , on lui confie le sceptre. Ses descendans héritent de son pouvoir , de sa prudence, de sa valeur ; ils donnent à leurs peuples des lois sages, encouragent les travaux rustiques,, favorisent le commerce et font fleurir les sciences .et les arts. L'homqie élève dee monumens impérissables ; mais il s'ensevelit lui - même au pied de ses oeuvres : les richesses amènent la corruption ; les peuples, et les princes dégénèrent. Des voisins plus grossiers , plus robustes , envahissent cette terre fortunée, et les barbares siègent dans la patrie du luxe et du bon goût. Ces barbares répètent le même cercle vicieux; ils vont même plus loin que leurs prédécesseurs : ils dédaignent d'obéir, bannissent leurs rois, se disputent le pouvoir, s'égorgent les armes à la main et au nom des lois. Ils se désabusent enfin; mais la défiance est lé fruit amer de leurs erreurs, et, pour sauver leur existence pendant quelques siècles encore, le peuple, les grands et les rois s'enchaînent mutuellement. Est-ce là tout ce qu'il faut voir dans l'histoire ? Quel principal assigner à une pareille science?
Maïs non , l'histoîre n'est pas un récit Lîzarre ; ce? jeux des hommes et des événemens forment un ensemble, partent d'une cause , vont à un but , et ce but est digne de la Providence qui veille sur le sort des êtres. Ce but est, ou le bonheur présent de l'homme, ou so^ perfectionnement, moyen de son bonheur futur; il n'en peut exister d'autre. Or, ce n'est point le bonheur présent , tout Je prouve : c'est donc le perfectionne- . ment, quelque défectueuse que puisse être l'application de ce principe dans une. science où l'on ne voit encore que par fragmens , comme dans toutes les autres. Si, toutefois , nous retranchions de l'histoire l'intervention de la Providence, quelques-unes de ses parties pourraient encore nous plaire; mais l'ensemble hou$ repousserait, ce ne serait plus une science.
Une conséquence rigoureuse de ce que nous venons d'avancer , est qu'uu^ grand nombre ' d'ouvrages regardés comme des chefs-d'œuvre ne sont que des monumens de l'art historique. '
Non -seulement l'école d'Alexandrie n'a point recherché le principe de cette science ; elle n'a pas même discuté le principe de l'art, quoiqu'elle ait tâché d'établir des théories sur toutes les parties de la composition. Les principes de l'art historique sont au reste si simples, si généralement admis, qu'il serait superflu de s'y arrêter.
Si les membres du musée ont négligé la théorie
I Nous n^aurons peut-être jamais Pouvraf^e dont Bossuet avait conçu ndéal , et dont il a laissé un magnifique aperçu.
de Thistoire , les reproches que nous pourrions le en faire , seront adoucis par l'exposition des mal riaux historiques qu'ils ont amassés pour les siècl suivaas.
L^ grands événetn^ns qui avaient signalé le règi d'Alet^ndre y excitèrent en Egypte le même enthoi sia^me qu^en Grèce , et de plus un grand exemple f donné aux savans d'Alexandrie par le premier prini qui favorisa leurs travaux. La relation des conquête d'Alexandre que publia Ptolémée Soter^ fut un modèi d'exactitude et d'impartialité. On n'adressa jamais cet ouvrage le bl^me d'exagération que n'évita poii celui de son compagnon d'armes , Aristobule, que l'exac Arrien consulta aussi pour composer sa relation de victoires d'Alexandre.
L'excellent ouvrage du Lagide parait avoir déter mbé Eratosihène 1 revoir et à corrig^er les autre relations publiées sur Alexandre : il aurait pu pro duite un plus heureux effet encore ^ et engager Démé trius de Phalère à suivre l'exemple de son roi et j tracer l'histoire des guerres, intéressantes que se livre rent les généraux d'Alexandre. ^
Cependant y quel que fût l'enthousiasme des Alexandrin^ pour le fondateur de leur ville^ quelle que fût h puissance de l'exemple de Ptolémée Soter et d'Eratosthène , les savans du musée ne s'occupèrent plus des conquêtes des Macédoniens. Un auteur moderne , qui reproche à Pécble d'Alexandrie le mauvais goût qui
I Voyez Première partie : Déméirîus et Éimtosihene.
V t;aractéri$e ies historiens d'Alexaadre^ commet une grande erreur et une grande injustice ^ Il désigne la première classe*des historiens du roi de Macédoine sous le nom de ronianciers éP jélexandrie ou écrivains de l'école orientale 2. Il place à la tête de cette école Hégésias de Magnésie , * Callisthène , Onésicrite , dir tarque , etc. Mais l'historien Hégésias û'a rien de commun avec l'école d'Alexandrie ; il n'est pas le même que le philosbphe Hégésias j qui se trouva à la cour deSoter. Callisthène d'Olynthe, Onésicrite d^Égîne et Gitarque d'Édie n'ont jaB;iais fait patde de l'école d'Alexandrie ; ils auraient pu lui communiquer leur mauvais goût , i^iais ils n'ont point adopté Je sieii. II est absolument faux que les savans du musée aient corrompu les relations des - guerres d'Alexandre \ eûx; seuls ont songé , au contraire^ à rectifier les eireurs nombreuses qui s'étai^t glissées dans tou« ces récits.
Après ûvoir donné sur Alexandre deux ouvrages excellensy le musée cessa d'écrire sur ce prince, et son silence fait en méajie temps l'éloge de son goût et celui des écrits de Soter et d'Ëratosthène.
En générdi les productions historiques furent moins nombreuses à Alexandrie que duis les pays grecs* Nous en distinguons cinq classes : out^rages sur des peufles anciens nout^eUement connus y ' antiquités
I Ghaussard., dans, sa traduction 4*AiTicn, voL J.^', p. ix. a La diffërence entre les coqipoçitions de ces historiens et de ceux de l'Orient est énorme ; Texpression Nicole orieniaie n*est pas juste.
grecques y biographies y histoire contemporaine y chr nologie.
Ceux des anciens peuples que l'école d'Alexandi fit le mieux connaître, sont les Egyptiens et les Jui
Manéthon , voyant paraître sur la scène du moDt grec des peuples inconnus y s'empara des trésors c l'antique Egypte, et révéla aux nations surprises ut existence des plus anciennes et des plus glorieuse Quelles sources plus respectables pour lliistoire d'u empire que les archives des prêtres d'Egypte , qi étaient eux «mêmes la royauté invisible; de ces pre très qui paraissent avoir eu des relations avec ceux d rÉthiopie , de l'Inde et de l'Asie moyenne ^ ! Un phé nomène littéraire dont on se plaît quelquefois à con tester l'édat, la version grecque des livres mosaïques donnait à l'ouvrage de Manéthon un nouvel intérêt L'histoire et la législation des Israélites étaient liée étroitement à l'histoire et à la législation de l'ancienne Egypte : si les savans du musée oat accordé à cett< communication et aux sources historiques qui pouvaient l'expliquer, toute l'attention qu'elles méritaient, ils onl dû y puiser des vérités que nous leur envions. Quç les Pharaons dont parle Moïse aient régné sur l'Egypte entière ou sur une partie de cette contrée, leurs prêtres n'ont pu ignorer les rapports qu'Aaron et Moïse eurent avec ces princes. Leurs récits fussent-ils entièrement différens de ceux de nos écrivains sacrés, nous n'en
I Voyez les dissert, de Pabbé Mlgnot snr les anciens pbilosophef df^rinde, ajti vol. 3i des Mém. de FÂcad. des inscr^tion&t
serions pas moins curieux de voir ce qu'ils mettent à la place du merveilleux qui plane sur Thistoire de Moïse. Nous sommes ^ sans nous en douter , si convaincus de l'insuffisance humaine , que nous attachons moins de prix à l'histqire lorsqu'un seul tém(Mii peut nous rapprendre. Nous chérissons aussi les variantes parce qu'elles prcunettent des découvertes à notre sagacité ; saas le plaisir de jeter quelque* lumière sur une scQue ténébreuse, sans Ta jouissance de débrouiller un chaos, l'étude de l'histoire serait trop- monotone.
Outre l'histoire <les Egyptiens par Manédion et celle des Juifs par Moïse , l'école d'Alexandrie fit encore connàttre aux Grecs celle de quelques peuples de l'Asie et de l'Afrique méridionale. Xics Ptqlémées en~ voyèrent à plusieurs reprises des voyageurs en Ethiopie, jHir les côtes de l'Arabie , aux Indes et dans l'Afrique proprement dite. Les relations de ces voyageurs don-' nèrent des édaircissemeps sur beaucoup de questions d'histoire, quoique leur premier but fut la géographie, l'étude des routes praticables et celle des productions des pays. ^
Un ouvrage qu'il serait intéressant de pouvoir con» sulter , est celui de Callimaque sur leâ institutions des peuples barbares.
L'étude des antiquités grecques, était pour Fécole d'Alexandrie une occupation habituelle : elle ne pouvait s'en passer pour l'interprétation des anciens auteurs. Cependant elle ne jnublia que très-péu.d!ouvrages. sur
I Yojte d-dinsoai : Giografiàii^
ces matières , et le traité d'ApoUonios de Rhodes si rorigine des villes est presque rmiique écrit de i genre. Encore Apollonius s'occupait«il spéctalement c Torigine d'Alexandrie^ qui était et qui est encore coi nue suffisanunent.
Ce n'est pas que l'école d'Alexandrie n'ait publî un grand n<>nibre d'ouvrages où l'histoire andenne de Grecs se trouvait éclaircie; mais ces édiairoîss^nen étaient disséminés dans des écrits de j^iilola^e^ àve< lesquels ils disparurent.
Les savans du musée , au lieu de chercher à fairf connaître les faits de l'histoire grecque^ s'attachaienl aux traditions de leurs poètes , regardant Homère e1 Hésiode comme dçs sources historiq[ues«
Nous avons vu que quelques écrivains de cette période se sont occupés à éclaircir la partie historique de la mythologie y à démontrer l'origine purement hu-» maine de quelques divinités ; d'autres av««it ana^ lysé l'histoire des héros et des législateurs. L'école d'Alexandrie ne se livra point aux travaux ^itiques de ce genre ; conservatrice de l'antiquité classique ^ elle se serait affligée de voir détruire de^ erreurs qui lui étaient chères.
Elle traça cependant quelques hiographies; odais, respectant les dieux et les héros ^ son choix se fixa Sûr les philosophe^.
Démétrius de I%alère avait écrit sor quelqaes-iins d?5 plus grands hommlEts dB là Gtèce : mn disciple de Callimaque y Hennippus , laissa d^s Uaôés sur les mages, sur Platon, 9 Aristote^ Itiéophra^tt^ Ainoésiiaa}
sur les disd^es dlsocrate et sur Gôrgias ; sur les législateurs, les sept sages ; enfin , sur Lycophron. Sphérus le stoïcien publia .des biographies de Lycurgue, de Socrate, de Ménédème.
Sotion d'Al^àndrie traita de la succession des philosophes, et l>aiynis publia encore des biographies de philosophes.
L'école d'Alexandrie légua donc . à Diogène de Laërte , à Suidas et à d'autres écrivains, de riches matériaux pour la biographie des anciens. Elle en laissa beaucoup moins pour Thistoire de son temps. L'antique Egypte jugeait au moips ses rois après leur mort. lies sayans du musée, attachés au monde das* sicpie des Grecâ , ne trouvent autour d'eux rien qui puisse occuper leur crayon. .Quelques poètes du musée chantent les Lagides , quelques doctes courtisans ^ les flattent, quelques satiriques les poursuivent d'épi* grammes et de sobriquets ; mais tous dédaignent de rédiger leurs annales. C'était au reste une entreprise difficile d'écrire l'histoire de cette dynastie dans ses propres psdais. Rnj^eler la grandeur des premiers Lagides, c'était accuser la mollesse de leurs succèsseurs; les juger avec sévérité, c'était offenser ceux qui n'avaient d'antres titres au trône que le mérite de leurs iaiteux.
n eût donc été à désirer que les Lagides eux-mêmes, à l'exem^e de Soter , 'écrivisseat l'histoire. C'est en >^
général le devoir des princes de r^dre à leurs successeurs le conq>te que ne peuvent leur demander leurs sujets. Cependant un seul Lagide , Ptoiémée£v€i!gèle II,
laissa des commentaires historiques sur son règne. Callimaque avait rédigé également des - commentaires de ce genre ; le philosophe Satyrus avait écrit sur les différens peuples d'Alexandrie : mais ces travaux n'eurent point de charmes pour les membres du musée, et tout ce que nous a laissé pour l'histoire contemporaine la plus savante des écoles , se réduit à des mélanges.
On ne doit revendiquer au musée ni le monument d'Adulis, ni l'inscription de'^Rosette, . Le monument d'Adulis , ou plutôt celle des parties de ce monument qui se rapporte au troisième Lagide y doit être regardée comme un hommage décerné à ce prince par une province éloignée ^ Ses inscriptions ne peuvent avoir été rédigées par des membres du musée: le stylé en est trop mauvais; il n'offre aucune des beautés que comporte ce genre. Le style lapidaire est imposant dans sa simplicité ; les inscriptions de la pierre d'Advfo sont un étalage de grandes phrases : on ne peut, en les lisant, s'empêcher de croire qu'une ville obscure, surprise par l'arrivée de son prince , s'est hâtée de lui décerner ces prolixes louanges.^
L'inscription de Rosette est un monument de reconnaissance décerné à Ptolémée Y Épiphane par les prêtres de cette ville : il pouvait devenir une leçon pour les membres du musée ; mais il ne leur appartient sous aucun rapport.
Si cette période nous a laissé peu de bons ouvrages d'hi&toire, il ne faut, pour en comprendre les causes.
I Cf. Première partie , p. 127*
qu'envisager Tétat des études historiques. La géogra* phie et la chronologie, qu'on appelle vdgairement les yeux de l'histoire , avaient fait trop peu de progrès pour favoriser ceux de l'histoire elle-même. Avant Alexandre les Grecs ne connaissaient exactement que la Grèce et les côtes des régions voisines.
Ils n'avaient pas songé à faire une science des données chronologiques : long-temps ils avaient compté par générations ; ils datèrent ensuite du règne de quelque dieu , héros ou roi d'une époque incertaine. La seule ère que ks Grecs suivissent généralement est à peu près absurde. Si l'on nous apprenait pour la première fois dans l'âge mur , que la grande époque de* rhistQÎre grecque est le triomphe de Coréhus^nous ne pourrions jamais le comprendre. Ce fait n'était certainement pas plus important que le triomphé de tel chevaUer aux tournois du moyen âge , et quel que soit encore à nos yeux le prix d'une écharpe donnée par Qémence Isaure , nous ne voudrions pa? faire d'un pareil événement une époque historique. Les annales du genre humain ue présentent plus rien de semblable : tous les peuples choisissent pour ère principale le plus grand événement de leurs annales, l'époque de leur première union sociale , celle d'une grande catastr^he, celle d'une expédition fameuse; les Grecs seuls prennent pour base de leurs dates le triomphe d'un athlète !
Cette ère, qui ne devait pas rester celle d'une science, pouvait du moins servir aux calculs chronologiques.; on pouvait en établir la concordance avec les années
des archontes d'Athènes ^ et avec les ères des peuplais de l'Asie et de l'Afrique. On fit, en effet, dans cette période , quelques travaux relatifs à la chronologie : les calculs des Indiens , des Babyloniens et des Égyp* tiens, que les Grecs connurent depuis Alexandre, paraissent avoir provoqué leur é^ulatii».
lia chronologie d'Eratosthène , qui donnait en' même temps la généalogie des rois d'Egypte , et les raarbreâ 'de Paros, furent les travaux chronologiques les plus précieux de cette période.
Les marbres de Paros, qui contiennent les dates dés prindpaux événemens de l'histoire grecque pendant un espace de treize siècles , commencent à Cécrops , à l'année i58!i,* avant l'ère chrétienne , et se teraainfent à l'année 264.^ de- la même ère : ils seront d'un prix inestimable quand leur authenticité ne sera plus révoquée en doute.*
On publia dans la même période un assez grand nombre dWvrages sous les titres de chronùfues et de cironographies ; mais ils n'eurent que la réputation qu'ils méritaient, et ilst^ne parvinrent pas à la postérité.
Ce n'étaient encore que des matériaux pour l'histoire, et il est exact de dire que Polybe est le sad historien de cette période.
I Un anonyme les attaqua .pour la premiëie fois Tan 17^8 dans im ouvrage întîtulë : TAe Parian Ckronicle , or the Chronicle of ihe Amnielian marùies , wHh a dissert af ion concentingiis authen-^