‹ Essai historique sur l'école d'Alexandrie et coup d'oeil comparatif sur laChapitre 7 sur 25 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

De l'histoire naturelle , et des sciences

médicales. -

Aristote, qui avait eu pour ses études d'histoire Ha- p^js grec*, turelle les ressources de son grand génie et celles que lui procurait son élève le roi de Macédoine y avait fait faire aux sciences naturelles des progrès si étonùans que les travaux de ses successeurs obtinrent peu de célébrité.

Cependant Théophraste poursuivit les recherches de son maître avec une heureuse persévérance , et son disciple Straton , le physicien , \es continua avec le même zèle.

L'étude de la nature se perdit avec eux. On craignit de lutter contre ces grands hommes sur le domaine de la science ; on se borna à les commenter, et à publier des écrits sur les curiosités et. les phénomènes de la nature , plutôt qu'on ne s'attacha à l'exacte classification des objets y à l'analyse scientifique des « efiets et des causes.

On publia des recueils de merveilles sur les ani-^ maux fabuleux * , et même sur ceux qu'on observait : on fit entrer dans ces productions , dont le seul but était d'amuser, tout ce qui pouvait surprendre le lecteur ; mais, loin de faire avancer la science, ces frivoles travaux devaient en arrêter la marche.

l OltV/CACMt.

Aieuadfié. Cependant l'iiîstoîre naturelle doit avoir fait des progrès à Técole d'Alexandrie. Ptolémée Soter entretenait des relations avec Théophraste , sans doute dans l'intérêt des sciences naturelles. Son fils, Philadelphe , étudia lui-même la botanique avec un soin particulieç. Le même prince fit chercher dans les contrées méridionales les productions les plus curieuses de la nature ». Dans ces excursions , qu'il faisait faire par ses chasseurs , on ne se bornait point aux plantes ; on transportait à Alexandrie les animaux les plus rares. On établit auprès du musée une ménagerie qui devait faciliter les travaux des naturalistes ^ : elle existait encore au temps d'Evergète II ; et ce prince, qui . chérissait particulièrement l'histoire naturelle , entretenait toutes sortes d'animaux pour l'instruction des savans de sa cour.

Nous avons trop peu de données pour, constater rétat des études physiques , chimiques ou minéralogiques , ou pour marquer les progrès qu'elles peuvfcnt avoir faits dans celte période ; ils n'ont pu être considérables dans des siècles où l'on composait des traités d'astrologie et de divination, où l'on dissertait sur les vertus magiques des plantes et des pierres : on est mauvais observateur de la nature lorsqu'on aime à se faire illusion sur les causes. ^

I Voy. ces prodnclîons dans Philostrate, Vit a ApolL^ VI ^ ^4. a Athénée, Deipnos»^ XIV ^ /?. 654, ^^- Casaub, 3 II serait inexact d^affirmer que ces études ne firent point de prtK- $rhs dans les temps qui se sont écoulés entre Arîstota et* Galilée.

Long-temps le mystère avait présidé chez les Grecs aux études médicales , et , si l'on excepte les écrits

d'Hîppocrate , on n'avait rien publié de scientifique

sur ces connaissances avant l'école d'Alexandrie.

On a désigné quelquefois cet institut comme une école de grammairiens ; on pourrait l'appeler encore une école de médecins. Depuis le temps d'Erasistrâte jusqu'à celui de Galien, l'Egypte eut non -seulement un très-grand nombre de médecins , mais une supériorité incontestable sur la Grèce dans- les études mér dicales.

Hérophile et Erasistrate semblent n'être arrivés en Eg}'ptè que pour y cultiver la science 5 jusqu'alors ils s'étaient bornés à la pratique. .

Us décidèrent les Lagides à autoriser la dissection du corps humain , et , si Celse est bien instruit ^ ils les portèrent même à sanctifier par leur exemple ces investigations coudamnées par le préjugé. Ce qui prouve que ces médecins n'ont point poussé leur ardeur scientifique jusqu'à la barbarie , et qu'ils n'ont point disséqué de corps vivant , ce sont leurs erreurs mêmes : ils croyaient que les veines seules contenaient le sang , et que les artères n'étaient destinées qu'au passage de l'air qu'elles reçoivent des poumons. ^

Outre l'anatomie, qui fut créée par les soins d'Erasistrâte et d'Hérophile , la pathologie 'et la thérapeu-

1 Cf. Biographie universelle : Erasistrate, Histoire de Fanatomîe, par Lauth, 1. 1.*^, p. 127 et suiv. Cf. Sprengel, Histoire de k médecine, t. I.'% p. 4oi (en allemand).

tique odt dû à l'école d'Alexandrie des décaavertes importantes.

La thérapeutique s'enrichit en Egypte d'une qnandlé de drogues découTerles, par les soins des Lagides et en parde par eux-mêmes , dans les plantes méridionales. '

Erasistrate , médecin savant , iamiliarisé avec tontes les parties du corps humam , avec les ressources que la nature prête à nos incommodités et les caractères des maladies elles-mêmes, partageait l'art de guérir eo deux branches, la diététique ou l'art de conseireF la santé , et la phannaceutique ou la connaissance des moyens de la rétablir. II regardait l'anatomie comme une étude préliminaire ,' et la chirurgie comme un art particulier.

Un exemple aussi brillant que celiu d'Ei-asistrate devait provoquer de grands émules ; cependant son école , toujours nombreuse , ne produisit point de médecins émîpens.

Hérophile, son rival ou son ami, eut uu*3ort semblable : son disciple, Démétrius d'Apamée , fonda une école nouvelle ; mais elle ne présente guère d'hommes illustres.

Un autre héropbilien , Pbilinus de Cos , fonda ime seconde école bérophîliennc , connue dans l'histoire de la médecine sous le nom de secte empirique. Ses partisans étaient , au reste , des empiriques pac .théorie : ils rejetaient l'étude par suite d'un pyrrfaonisme systémaUque. Mais , s'il est vrai que chaque génération doit examiner de nouveau les doctrinei

traditionneiles , il est absurde de prétendre que chacun doive se borner à ses^ propres expériences. Cependant, d'après les empiriques, F autopsie devait être la source unique de leur art; ranalogisme y qu'ils admettaient encore , n'était qu'une partie de l'intuition*

Pour défendre cette faible doctrine contre les violentes attaques qu'elle essuyait de toutes parts , ils adoptèrent plus tard VépUogisme ou le raisonnement des dogmaticiens ; mais ils se bornèrent à changer de langage pour sauver une théorie, et ils persévérèrent dans la pratique de leur facile empirisme.

Celui des sectateurs de Philinus qui se distingua le plus par les développemens qu'il donna à cette doctrine, est Sérapion d'Alexandrie, qu'on regarda comme le second fondateur de l'école.

Plusieurs autres médecins empiriques possédèrent quelque érudition, et ceux-là commentèrent les œuvres d'Hippocrate d'après leurs principes ; ils travaillèrent même , en véritables sophistes , à fortifier leur système , et ils étudièrent la dialectique pour prouver Tinutilité des études médicales.

En général , les médecins furent si nombreux dans la viUe d'Alexandrie qu'ils se partagèrent les différentes branchés de leur science pour en cultiver l'une ou l'autre exclusivement. >

Les connaissances médicales pouvaient gagner à ce

I Les rhiiotomes , par exemple , formaient une classe particulière et médecins.

partage ; mais elles y perdirent réellement, parce qu'on négligea de réunir les découvertes et les expé« riences en un seul fkisceau de lumières.

Parmi les médecins du dernier siècle avant notre ère on distinguait Dioscoride, qui publia' des ouvrages sur plusieurs parties de k science.

p»yi grecs. Lcs dutTCS pajs grccs eurent trèsrpeu de médecins remarquables , et ne reçurent les nouvelles théories des Alexandrins qu'au temps de Ptolémée Evei^ète II, vers l'an 1 4 6. Â cette époque les médecins y ainsi que les autres savans, cherchèrent un asile en Grèce et dans l'Asie mineure : les Erasistratéens fondèrent Fécole de Smyrne , sous la direction dlcésias ; les Hérophiliens s'établirent dans un temple de la Phrygie, près de Laodicée. Ces écoles florissaient encore au comment cernent de Tère chrétienne.

Les sciences médicales firent aussi des progrès à la cour des princes de Pergame. Attale 111 était, conune Ptolémée Phîladelphe , un célèbre rhizotomej il cultivait les herbes thérapeutiques dans ses jardins. Plutarque et Galien nous citent des plantes vénéneuses auxquelles il donnait ses soins, et des ronèdes dont il conseillait l'usage.

Les connaissances que Mithridate, roi de Pont,

avait acquises en médecine , surpassèrent encore

celles d' Attale III *. Lorsque Pompée s'empara des

' biens de ce prince , il trouva parmi ses papiers ïa preuve

I Mithridate , qui parlait Tingt-deux langues , était Tun des princes les plus iQstEuits de son temps.

qu'il avait employé le poison pour commettre des crimes qu'il voulait cacher. Craignant d'être empoi- 3onné lui* même, il faisait une étude particulière d^ antidotes.

Les écrits des rois de Pergame et de Pont, sans doute utiles à la science , sont perdus pour nous , ainsi que ceux des Érasistratéens . et des Hérophiliens , et tout ce qui nous reste des nombreux ouvrages que les Grecs composèrent sur k médecibe dans cette période, se réduit à peu près aux poèmes de Nicandre, les Thériaques et les Alexipharnuujues» La lettre sur la conservation de la santé, que Dioclès de Caryste adressa au roi Antigone , et quelques autres débris de ce genre , font à peine une exception dans le naufrage général.

En résumé, nous pouvons dire que dans les trois derniers siècles avant notre ère les sciences médicales et naturelles n'ont fait de progrès remarquables qu'à l'école d'Alexandrie.

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