‹ Essai historique sur l'église Saint-SéverinChapitre 6 sur 14 · V^CN · texte numérisé non relu

V^CN

M. l'.iLil \"iili'l 1). (Hii il sLii\i, ('nninio ;i\oc la piété d'un dis- (•il)h', l('s li-;icc's du l'ainoux jaiiséiii-lc. iir signale point ce doniicili' du Saiiil des Appclaiils. Mais il est certain qu'il habita rue Saint-Jacques et que la enmmuuaulé des Frères de Saint-Antoine dont il devint sui)érieur se tiou\ail sui' les coinfins du territoire do Tégiise. Cependant tauLlis que les refus de sacrements et la bulle Unigenitus uieLtaieutcn l'(Mi ('es paroisses voisines, Saiid-KJnMuie-du-Mont (2), Saint- .lacques-du-IIaut-Pas (3), Saiut-Sévenn cid riieureusc fortune de ne pas faire figure dans riiistoin^ de ces temps troublés.

Peu de modifications furent apportées à l'église. Cependant la Merge à la Chaire (lui luovenait de l'ancienne chapelle de l'hiimaculée Conception fut restaurée en 1721 comme^ en témoignait l'inscription suivante que rapporte Piganiol de la Force ('0 :

« Allie an. 1495 hic eral SaccUuni B. M. V. oh roi nionoriam Qui dicti Sacclli Irinporalia ijcrunt Ilanr cfflgicm tcmporc delapsam Me s ti lui ruraninl ati.D. 1724 «

« Avant l'an l'idT^ ici était la chapelle de la Bienheureuse Vierge Marie. En ^ouvenii- les administrateurs de ladite chal>elle firent restaurer cette statue dégradée par le temps, l'an du Seigneur 172'i. »

Statue et inscription disj)arui-eiit en 1703 à la suite de réparations faites à l'égiis'e (5). A la ])iaee qu'elles occupaient,

(1) Lr diacre Paris et les coiivulsioiinaires de Sainl-Médard, HuUetiii du comité : La iiion'a'ine saiiiti-deiietUei"-, t 11, (lsi)7-l>-98), p. 3'iS.

{'2) Kay.trd, Aiirrçu tiisluri<iuf sur le parlement de Paris, t. 111, p. 93. (3) L'alilié Grcnte, Vue jiaroissf de Paris sous l'ancien régime. Saint-Jaeques du lldut-Pas. \) l'i7

(4) Deseriplioii liislorique de la Vill" de Paris, t VI. p 554 (5) Feriiaïul Hounum. Ileelitieatioiis et additions à l'histoire de la Ville et de tout lé diocèse de Paris di l'alilié Lcliouf, \ille de Paris et .inoieiino 1kii\ lieue, p. 74.

a été posée en 18'j2 une statue de la Vierge, en plâtre, don de M. Micheli, mouleur de Tlnstitut, mais cette statue iruii autre modèle est, comme le dit M. l'abbé Salnion (1), « loin do présenter Tintérèt fiu'aurait l'ancienne. »

Ion ITio l'orgue qui datait de 1512 lil place à un nouveau construit par le facteur Ferivand. k Le magnifique buffet en bois de chêne, que l'on voit aujourd'hui, dit M. l'abbé de Madaune (2), date de la même époque. Il est l'œuvre de François Dupré, « menuisier de la fabrique. » II a une hauteur de 10 mètres sur 8 m. 30 de large. Au centre de la partie supérieure sont deux anges chantants, à droite et à gauche des attributs sacerdotaux, des instruments de musique se voient sculptés sur les ailes. Le positif se couronne par une statue en bois de l'Agneau pascal. »

Vingt ans plus tard, ces orgues fournirent au scepticisme de Voltaire la matière d'un sarcasme, u Un des plus grands avantages de la géographie, dit le châtelain de Ferney, un des plus grands avantages de la géographie est, à mon gré, celuici : Voire sotte voisin© et votre voisin encore plus sot vous reprochent sans cesse de ne pas penser comme on pense dans la rue Saint-Jacques... prenez alors une mappemonde : montrez-leur l'Afrique entière, les empires du Japcn, de la Chine, des Indes, de la Turquie, de la Perse, celui de la Russie, plus vaste que ne fut l'empire romain... vous opposerez l'univers à la rue Saini-Jacques... peut-être alors auront-ils quelque honte d'avoir cru que les orgues de la paicisse Sainl-Séverin donnaient le ton au reste du inonde (3). »

(1) Les Pèlerinages de Paris, t. I, p. 216.

(2) Guide du pèlerin au sanctuaire de Notre-Dam'^ de Sainte-Espérance, p. 70.

(3) Volta,ire, Dictionnaire philosophique, V- Géographie, Œuvres complètes, éd. Panthéon littéraire, t. VII, p. 641.

A la fin du Moyen âge nous avons trouvé la fondation de messes pour l'àmc do Guillaumol Fusée. Nous Irouvons au diMinf du WHi' sièclr une foiidaliun analogue. Dans la chapelle (lu Sainl-S;ieiviiieiil. (Hi voyait sur le mui-, à droite de renlrée du elianiier. une table de marbre blanc où se lisaii celle inscriplion (|iie repcodiiit ri.Lîaniol de la Force (1) :

« Messe

Pour chacun jour à nudi

à r^crpéluilé

Fondée par D''*' Marie de Paris

Vve de M® Philippe Guneau, notaire,

pour le repos des âmes de son

mari, d'elle, de leur fdle et

parents suivant le contrat

passé par devant M^ Guesdon et

son confrère notaire, le ii

décembre i712

Priez Dieu

pour eux. »

Cet annuel perpétuel devait èlre acquitté par un prêtre habitué de la paroisse, nommé par la famille de la fondatrice. C'était là, encore un bénélicc particulier analogue à celui de la famille de Brinon dan^ la chapelle Saint-Pierre.

Vers la fin du wiii* siècle, la cliapellc Saint-Pierre reçut la sépulture d"un gallican de robe. Pierre Gilbert des Voisins. Gilbert des Voisins, né en iOSi, arrière petit-neveu de Boileau par sa mèic, successivement avocat général au Parlement de Paris de 1718 à 1739, conseiller d'Etat, en 1740, premier président au Grand Conseil en 1744, membre du Conseil de« Dépô-

11) Description historique «(e la VtUe de Parts, t. VI, p. 'î&ô

ches en 1757, mourut le 20 avril 1769. L'épitaphe placée sur sa tombe était l'œuvre du célèbre humaniste Lebeau. « Elle retraçait, dit M. Dupin (1), elle retraçait fldelement et avec élégance ses vertus comme homme privé et comme magistrat. »

Sinon dans l'église, du moins dans le charnier, — Piganiol ne précise pas ici, — • se trouvait le tombeau d'Eustache Lenoble, mort à Paris le 31 janvier 1711. Eustache Lenoble qui appartenait à une honorable famille de robe, fut procureur général au Parlement de Meu.. .\kiis il vendit sa charge, se jeta dans le désordre et sa vie nu Tut plus quim tissu de publications hâtives et d"aventures scandaleuses. Il s'intitulait baron de Saint-Georges et écrivit des histoires de Gênes et de Hollande, des poèmes burlesques, des fables et des comédies. Il mourut si pauvre, à ce que nous apijrend Piganiol de la Force (2) qu'il fallut que la charité de la paroisse se chargeât des frais de ses O'bsèques.

Cet aventurier de lettres et cette sorte de déclassé égaré au temps de Louis XIV, fait un peu scandale au milieu des graves et austères personnages dont Saint-Séverin et son cimetière étaient la dernière demeure.

Si l'église reçut en 1 /69 la dépouille mortelle d'un gallican du Palais Gilbert des Voisins, le charnier était depuis 1719 la sépulture d'un célèbre gallican de la Sorbonne, Ellies du Pin.

Rollin avait composé l'épitaphe de ce docteur de la Faculté de théologie et Vincent le libraire qui avait publié plusieurs de ses œuvres l'avait fait graver sur une plaque de marbre (3)-

(1) Eloge (l'Etienne Pasquier dans Loisel, Pasquicr ou le dialogue dea avocats, éd. Dupin, 184'., p. 298.

(2) Description historique de la Ville de Paris, t. Vf, p. 263.

(3) Morérl, Grand Dictionnaire historique, art. Pxx (Louis Ellies du), t, VUI, Ti; jr. ^ .

La voici, telle quo Piganiol de ki Ftn'ce (1) nous l'a conservée.

llic iacet

lAidovicus Elliic^du Pin,

Sacro' Thcoloijia' pa) isicusis Do('loi\

Veritalis cidtor cl indarjntor non otiosiis,

Vctcra lu'cicsiœ nio)mi)\('nt(i

Indclcsso hiborc illuslravil

Regni jura

Kl EccU'sUr (jtilhraïuf Libniates

Acrilcr non minus <iuain ci'uilile

Propufjncmit,

i Imincusœ in onini gcncre Icctionis

El doctrinœ laude conspicuius^

IdctiKjuv: (nti)no ^nitc <ic modcsto

Niliil inoinni vila vlsus csl oblivisci

Prd'lcr iniuruis.

Eccicsiœ inu)titus Sdcramentis,

Obiil 17 Junii

Anno H. S. H. MDCCXIX,

.-Etatis vero LXIl

Requiescal in pacc

On peut la traduire ainsi :

<i A Dieu 1res bon, li'ès j^rand, « Ici rei.)ose Louis-EUies du l'iu, docteur de la sacrée Faculté do théologie de l^aris qui cultiva et défendit sans relâche la véiité, mit en luniièi-e pai" r.n iid'atigable traxail les anciens monuments de flOglise. soutint avec autant de vigueur que d'évudilion, les droits de l'Etat et les libertés de l'Eglise

(1) Description historique de Ut Ville de Paris, t. VI, p. 268.

gallicane. Sa lecture en tont genre était immense, sa science insigne; d'un esprit doiix et modeste, il parut dans toute son existence ne rien oublier que les injures. Il mourut muni des sacrements de TEglise, le 6 de juin, l'an du Rédempteur du salut des Hommes 1719 dans la soixante-deuxième année de son âge.

« Qu'il repose en paix ! »

Louis Ellies du Pin était né à Pans ie 17 juin 1657. Si par son père, il se rattachait à une famille ancienne et noble de Normandie, par sa mère, Marie ^^itarf, il se trouvait peutêtre allié à. la famille de Racine. Il fut professeur de pfiilosophie au Collège de France et collaborateur du Journal des Savants (1).

Ellies du Pin publia la Bibilolhèqnc des a.uteius ecclésiastiques, vaste répertoire qui contenait l'analyse des ouvrages des Pères et qui fut critiqué par Bossuet et censuré à Rouie. L'épitaphe fait allusion à ce livre et aussi, ce semble, à un autre, le Traité de la puissance tcinporcUe^ publié en 1707.

C'est Ellies du Pin qui esi l'auteur des Dialogues sur le quiétismei-)uhUés en 1699 sous le nom de La Bruyère ou du moins de deux d'entre eux (2).

Avec cette épitaphe de du Pin, nous terminons la revue des souvenirs ([ue le xvnr siècle a laissés à Saint-Séverin.

Mais avant de j)r('n(hi' ((ingé du SaintrSéverin de l'ancien régime, il est peut-être nécessaire d'ajouter un mot pour prévenir une confusion. On trouve, parfois, mentionnés des abbés de Saint-Séverin : Fléchier au xvii'^ siècle, Delille au xviif furent abbés de Saint-Séverin. Ce titre n'avait rien de

(1) Moréri. Grand Dictionnaire historique, art. Pin (Louis-EIlies du), t. VI, II, p. 360.

(2) id. id. t VI II. D. 361.

commun avec la paroisse de Paris qui nous occupe.

Le bénéfice, — bénéfice simple et n'exigeant pas l'entrée dans les Ordres — que conférait ce titre, portait sur une Abbaye de l'Ordre de Saint-Augustin, sise au diocèse de Poitiers et produisant 3.500 livres par an (1).

C'est sans doute à cette abbaye que M. de Bonald, originaire du Rouergue, j»ays voisin du Poitou, emprunta le ji.-eudonyme de SaintrSéverin sous lequel il rentra en France peu après avoir publié à Constance en 1796 sa Théorie du pouvoir poUliquc cl religieux. ;i moins que, revenant du pays évangélisé par saint Séverin, il n'eût pris pour nom de guerre le nom de l'apôtre de la Norique.

(i) Atmvinvch floyurt po-ur IWJ'; p. bT

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