SAINT-SÉVERIN PENDANT LA RÉVOLUTION
Avec 1789 commence la crise ffui sépare Lliistoire de Saint- Séverin sous Lancien régime et l'histoire de l'église à répoquc contemporaine. Cette crise débute par le schisme constitutionneL
On sait comment la Constituantp. par animadversimi contre le christianisme, le catliolicisme ou tout au moins l'institution ecclésiastique (1), eut la fâcheuse idée de mêler à la rénovation politique une prétendue réforme religieuse et porta la perturbation dans les consciences alarmées. « L'aliment ainsi jeté à l'esprit d'incrédulité du siècle, dit M. de Crozals (2) ne devait serv'ir qu'à donner plus de force aux passions démagogiques. Ce fut le point de départ de cette confusion à jamais funeste dans l'histoire contemporaine, de la cause déflnitivement condamnée du passé et des intérêts vitaux de la religion. »
Quelques historiens ont montré une certaine indulgence pour la Conslitulirin civile du clergé. La plupart n'ont pas su discerner, comme l'ont fait au contraire MM. Robinet (3) et r>ebidour (4 i.ce qu'il y avait de dangereusement contradictoire à prétendre relâcher les liens jugés trop étroits qui unissaient l'Eglise et l'Etat, et à établir en même temps une Eglise
(1) Taine, Les origines de la France contemporaine, la Révolution, t. I, 8« éd., p. 229
(i) Jitsloln de la civilisation, t. II, p 507.
(3) Le Mouvement religieux d Paris pendant la Bévolutlon, t. I, p. 297. f-O HtsWire des rapports de l'BgUie et de IBtal en Frrtnce de ng9 û f&TÙ, p- W
officielle contraire aux sentiments de la majorité de la nation. (JurNiucs-uiis nul l'-té (Milriuiii''s pur leurs piévenlious à Tcudroil (le la papauté et le relàchenicnL (l(>s liens avec le centre de l'unité leur a paru constituer un progrès. Insensés qui ne voient pas qu'en écartant la chaire de saint Pierre on écarte du monde religieux le soleil qui seul retient en ordre le système, et que, si son action diminuait. toutes les Eglises cédant à la force centrifuge de leur esprit national ne tarderaient pas à se faire des O'rbites indépendants et à constituer autant de religions qu'il y a d'Etats ! Quelques-uns ont vu dans la Constitution civile du clergé le rétablissement du régime électif qui avait duré jusqu'au Concordat de 151(5. Grave erreur et confusion capitale. Oui, jusqu'en 1516 il y avait eu des élections ecclésiastiques en France, c'est-à-dire que, conformément à la pragmatique sanction de Bourges, c'étaient les chapitres qui élisaie'ni les évoques. Oui, ce régime avait laissé dans une partie du pays des regrets encore vivaces, il avait été réclamé aux Etats d'Orléans (1560) (1) et de Blois (1588) (2). Un ancien ligueur Gilbert Genebrard, Tami de Jacques de Billi le revendique dans son traité De sacraruin elcctionum iurc ad ecclesiœ romanœ reintcgrationeni publié à Paris en 1593 et que le Parlement de Provence condamna par ordre du roi à être brûlé comme injurieux aux droits de l'Eglise de France (3). Dans ce livre, il soutient la suprématie des Etats généraux, veut « une organisation élective et indépendante ici de l'épiscopat, là de la royauté, et il combine souveraineté pontificale » et u libre choix des évf'-
(1) Georges Picot. Histoire des Etats généraux, in-8", t. II, p. SI.
(2) id. id t III, p. 154.
(3) Morérl, Grand DicUorxnaire historique. V Genebrard (Gilbert^, t V, II, p. 127.
ques avec le? garanties ecclésiastiques » (1). Enfin, ù la veille de la Révolution, le clergé d'Auvergne faisait encore des prières publiques pour Tabolition du Concordat de 1516 et le rétablissement des élections ecclésiastiques (2). Mais sont-ce les élections canoniques souhaitées par une partie du clergé (3) .et i)ar le tiers état (4) que rét-'blit la Constituante ? Nullement. Ce ne fut pas aux chapitres, ce ne fut pas même aux catholiques que la Constituante conha le droit d'élire les évêques et les curés, ce fut aux électeurs politiques, c'està-dire conformément aux principes de liberté des cultes qu'on venait de proclamer, à des juifs, à des protestants, aussi bien qu'à des catholiques. On faisait donc élire les pasteurs d'un troupeau par les brebis d'un autre troupeau ou plutôt par des loups. Et qu'on le remarque, il n'y avait aucune réciprocité : on ne IrouNC en (>ffet aucune loi de la Constituante qui ait réglé les cultes protestant et Israélite; tandis que les catholiques devaient subir l'intrusion d'étrangers dans les élections de leurs pasteurs, les autres cultes jouissaient d'une indépendance absolue.
a C'est, cette insanité, dit rabl)é Delarc (5). que la Constituante a voulue et c'est là ce qui a tout perdu. » Le vice était dans le mode non dans le principe de l'élection. « La Constituante aurait très bien pu, dit encore l'abbé Delarc (6), comme devait le faire plus tard Napoléon Bonaparte, négocier avec le Saint Siège un nouveau concordat et y faire prévaloir leprincipe de la nomination des évêques par l'élec-
'D Charles Labitte, De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue. p. 317 12) A. Bardoux. l es légistes et leur influence sur la société française, p. 129. M; Cliassin. Les élections et les cahiers de Paris, i-'i ITS'.i. t. III, p. 21. (4) Picot, Histoire des Etals généraux, t. I, j). /i30, n. l. (3) L'Eglise de Paris vendant la dévolution française, t. 1, p. 102. '6) L'Eglise de Paris pendant la ISévolution française, t. I. p. 102.