DES FORETS
Dès le début de notre période, alors que la propriété privée n'avait pas encore atteint tout son développement, la chasse était libre partout. Mais, petit à pstit.le principe restant le même, tout propriétaire eut le droit d'empêcher aux chasseurs l'accès de son fonds. Nous trouvons en effet, dans les lois barbares, de nombreuses dispositions contre ceux qui violent la propriété d'autrui ou qui y commettent les dégâts (1).
Mais cette restriction relative aux lieux où l'on pouvait chasser, et dictée par l'intérêt de la propriété privée et de l’agriculture, n'était rien en comparaison de celle
(ro Lexisahca, GE NTIE Sn ue DEEE PER NVI ATOS
Lex Ripuariorum, tit. LXXVI.
Lex Burgund., tit. XXVII, n° 4.
Leges Tomb Lois 3251e#3206
LS TRIER qui, s'étant déjà fait jour sous les Mérovingiens, prit un développement si considérable sous les Carlovingiens. Nous voulons parler des foréts.
À peine entrés dans les Gaules, les rois francs considérèrent comme un des meilleurs profits de leurs victoires, la facilité de se livrer à leur passion pour la chasse. De là, leur empressement à établir de vastes réserves aux dépens des populations subjuguées; de là aussi, le soin jaloux qui présida à la garde de ces plaisirs et les peines excessives qui frappèrent les violateurs des interdictions royales.
Ces réserves aïnsi constituées prirent le nom de forêts. Ce mot était pris, à cette époque, dans un sens bien différent de celui actuel. Il ne s’appliquait pas seulement aux territoires plantés d'arbres, mais à tous les lieux où, par suite de l'interdiction du souverain, les populations ne pouvaient librement se livrer à l'exercice de-la chasse ou de la pêche. C’est ainsi que nous avons des documents établissant un droit de forêt sur des cours d'eau, sur des terres en culture et même sur un bois!
D'Après Ockam et Lindwort, le mot forét dérive du bas latin foresta, ubi fera stat, repaire des bêtes fauves, expression qui aurait produit forst en allemand, forêt en français, et/fort (1)en langage cynégétique. D'autres auteurs rattachent l'étymologie du mot foréf au mot gothique foro qui signifie sapin (2).
On ne peut assigner de date précise à l'institution des forêts. Plusieurs auteurs en ont fait remonter l'ori-
1) Gîte d’une bétesauvage.
2) V. Ducange, au mot Foresta.
ES vus
gine à Charlemagne, parce que, sous son règne, le pouvoirroyal atteignit son apogée. D'autres affirment qu’elles existaient déjà du temps de Clovis. La vérité est que, sousles Mérovingiens, il y avait déjà des forêts. En effet, le passage de Grégoire de Tours que nous avons cité plus haut, nous prouve que, sous le règne du roi Gontran, contemporain de Childebert, la chasse était réservée sur d'immenses territoires, et que même les officiers royaux ne pouvaient y chasser sans encourir les châtiments les plus sévères. Le même texte parle aussi des custodes sylvæ, ou préposés spéciaux qui avaient pour mission de surveiller ces réserves.
Dansles lois barbares, nous trouvons aussi plusieurs dispositions qui font allusion à l'existence des forêts. C'est ainsi que la loi des Bavarois (1) défendait à toute personne de se prévaloir du droit de premier occupant pour prendre des oiseaux dans la foréf d'autrui. D'autre part, les lois des Lombards interdisaient aux ingénus et aux esclaves de tendre des filets dans les forêts royales ou Seigneuriales.
Ilest donc fort probable que les forêts existaient déjà à ce moment; mais, en tous cas, elles n'existaient guère, pour ainsi dire, qu'à l’état embryonnaire, et les rois ne procédaient que timidement à leur établissement. Is se contentèrent d’abord de placer sous l’interdit leurs domaines propres ; plus tard, ils étendirent la prohibition sur des terres et des contrées, qui, jusque là, n'appartenaient à personne, et, où, par conséquent, plus que partout ailleurs, la chasse était absolu-
(1) Titre XXII.