‹ Essai historique sur la législation cynégétique: depuis les temps les plus reculés jusqu'en 1789Chapitre 23 sur 49 · PRE · texte numérisé non relu

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chien sous les pieds ou un oiseau sur le poing de son image sculptée sur sa pierre funéraire (1).

« Toute la joie du manoir, tout le sel de la vie, c'était la chasse : au matin, le réveil du cor ; au soir, le retour. Puis le triomphe, quand le vainqueur, avec sa bande Joyeuse, siégeait à la longue table où il posait la tête superbement ramée, la hure énorme, et où il refaisait son courage avec la chair des nobles bêtes tuées à son péril » (2). Ne pas chasser, c'était déchoir de noblesse.

Nous pourrions transcrire plusieurs actes qui nous montreraient le droit de porter le faucon sur le poing exclusivement réservé à la noblesse; cette caste en est si jalouse qu'elle porte ses oiseaux jusque dans les combats. Au dire d'Abbon {3), dans sa narration du siège de Paris par les Normands, sous le règne d'Eude, « ceux qui défendaient le pont, désespérant de le conserver et ne voulant pas que leurs oiseaux tombassent entre les mains des ennemis, les [âchèrent en l'air, et leur rendirent la liberté » (4).

Ce fait nous explique les dispositions, curieuses au premier abord, d’une ordonnance aux termes de Îaquelle les nobles faits prisonniers étaient libres d’engager les serfs de leurs domaines, mais ne pouvaient, dans aucun cas, livrer leur épée ou leurs faucons.

De leur côté les romanciers faisant l’éloge d'un che-

(1) Cf. Salvaing, De l'usage des fiefs et autres droits seigneuriaux, au titre « De la chasse ».

(2) Michelet, Histoire de France, t. IV, p. 82 et 83.

(3) De obsessa a Normanis Lutetia, liv. I.

(4) V. aussi Favyn, loc. cit. p. 193: « On eût aussitôt pris un Français sans épée que sans son faucon sur le poing et sa lesse de lévrier en quelque extrémité et détresse qu'il fût ».

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valier accompli, le représentaient toujours comme « expert en faits d'armes, en dits d'amour et en déduits de chiens et oiseaux ». Rambaud, comte d'Orange, troubadour du XIIme siècle, disait à sa maïîtresse dans une chanson: « Que jamais il ne me soit permis de chasser, que jamais je ne puisse porter d’épervier sur le poing, si, depuis l'instant où vous m'avez donné votre cœur, j'ai songé à en aimer une autre que vous! » Un gentilhomme jurait toujours par son chien etson oiseau, comme par une chose sacrée.

Si la chasse était au moyen âge, un amusement noble, elle était aussi considérée comme une occupation pieuse(1). Gaston Phæbus, comte de Foix, qui fut le plus intrépide chasseur de ‘son temps, car il nourrissait une meute de douze cents chiens, nous dit ,en effet, que la chasse .« sert à faire fuir tous les péchés mortels. Or, qui fuit les sept péchés mortels, selon notre foi, doit être sauvé. Donc, bon veneur aura, en ce monde, joie, liesse et déduit et, après, aura paradis encore » (1). Cependant, au cours de son ouyrage, le noble comte semble apporter quelque modification à ce raisonnement. Il reconnaît bien que tous les chasseurs pourraient parfaiteraent ne pas être placés pour leursexploits « au milieu du paradis », mais il compte qu’ «au moins ils seront logés aux fauxbourgs et basse-cours », parce qu'ils auront évité l’oisiveté qui est la cause de tout mal.

(1) Cependant Saint Jérôme écrivait: « Venatio ars nequissima, venatores nefarium genus, venatorem nunquam legimus Sanclum. » |

(1) Miroir de Phœbus ou Déduits de la chasse des bêtes sauvages (en prose) et des oiseaux de proie (en vers).

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Dufouilloux, plus hardi, cite saint Hubert, qui « était veneur ainsi que saint Eustache, dont il est à conjecturer que les bons veneurs les ensuivront en paradis avec la grâce de Dieu. » (11

Enfin, Gaston Phæbus conclut de même: « On désire en ce monde à vivre longuement, en santé et en joie, et, à la fin de la vie, le salut de l'âme ; les veneurs ont tout cela Donc, soyez bons veneurs et vous serez ce que vous souhaitez. Et c'est pourquoi je conseille à toutes manières de gens, de quelque état qu'ils soient, qu'ils aiment les chiens ».

Une telle estime accordée à la chasse fit qu'on s'y livra avec fureur pendant tout le cours du moyen âge. Les dames elles-mêmes prenaient souvent une part active à ce genre de divertissement ; elles suivaierit les chasseurs, les animaient par leurs préférences et les récompensaient par leurs éloges. Plus d'une fois on les vit disputer aux plus intrépides veneurs la gloire de porter les premizrs coups à la bête que l'on avait lréce

La passion de la chasse était si grande qu'elle exerçait son influence jusque sur la littérature; les expressions, Les images, les métaphores de presque toutes les compositions poétiques du temps étaient empruntées au langage du veneur ou du fauconnier (2). Les prélats

(1) Traité de la Venerie, ou Bible des Veneurs.

(2) On entrouve des traces jusque dansles ouvrages de piété; c’est ainsi que dans un livre intitulf Forét de la Conscience, les péchés sont représentés par les bêtes fauves, tandis que les arcs et les épieux figurent les sacrements et les vertus théologales. Plusieurs écrivains ont poussé l’irrévérence jusqu à mettre en parallèle les choses saintes avec les divers attributs de la chasse; Jean le Blond, poète du XVIe siècle, décrivant le temple de

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EST AE eux-mêmes, oublieux de leur caractère sacré et du respect dû aux sanctuaires faisaient retentir les églises des aboiements de leurs chiens et des cris de leurs faucons; leurs abus furent, du reste, souvent dénoncés dans tous les conciles.

. Plus la chasse était périlleuse, plus on l'estimait. Pour qu'un grand seigneur trouvât une chasse digne de lui, il fallait, en effet, qu'il y courût risque de la vie, ou du moins qu’elle l’exposât à de grandes fatigues. Quant à la chasse de ruse, à l'emploi des trappes, des engins et des filets, la noblesse la dédaignait comme « jeux de vilains et communs paysans ».

Alors la chasse, qui n'avait été jusque-là qu'une guerre faite sans principes à des animaux inoffensifs ou dangereux, devint un art qui eut ses règles, une science dans laquelle tout homme de noble race dut se piquer d'exceller. Elle se divisa en vénerie, fauconnerie et oisellerie.

La vénerie était la science de forcer et de prendre ou-de tuër-a force déchiens ile gibrer, "Sans seLservir d'armes ou d'engins quelconques pour arrêter la fuite de l'animal chassé. La vénerie fit son apparition vers la fin du VITe siècle, mais les premières règles de cette science ne se trouvent indiquées qu’au XIIIe siècle dans le poème d’un auteur anonyme : Le Dict de la chace du cerf. Puis vient le Livre du Roy Modus et de la reine Racio composé suivant les uns (1) en 1328, sui-

Diane, compare les chiens aux chanoines, leurs aboiements aux chants de l'Eglise, au son des cloches et aux accords de l'orgue, et enfin le fumet du gibier à l'odeur de l’encens.

(1) Demay, Lois sur la chasse, dans l'historique de la chasse en France:

vant les autres (1) en 1486, et qui renferme les règles pour chasser toutes les bêtes à poil (2). L'art de la vénerie a donc certainement pris naissance en France ; dans tous les pays, la grande chasse à courre se nommait la chasse française.

C’est Jacques Dufouilloux qui a fixé définitivement les règles de cette chasse dans son traité de 1560, règles qui furent perfectionnées par de d'Yanville. Cette grande chasse a été peu à peu négligée à l’étranger où, du reste, elle ne se pratiquait pas comme chez nous. En France, si l'animal,par ses ruses ou sa vitesse, échappait aux poursuites, il avait la vie sauve; à l'étranger, au contraire, l'animal était toujours tué par le chasseur (3).

La fauconnerie était l'art de chasser avec le faucon et de dresser des oiseaux de proie pour la chasse du gibier à plumes. Elle est plus ancienne que la vénerie, car nous avons vu que,depuis les temps les plus reculés, le droit de porter un faucon ou un épervier fut le privilège de la noblesse. Nous possédons de très intéressants et très minutieux détails sur cette science, grâce au Roman des Oiseaux, de Gace de la Vigne (4) et au

(Daider,Joc”cit., p. 569.

(2) Citons encore les ouvrages de Hardouin, Trésor de la vénerie (1394)et de J. de Brézé, Livre de chasse (1484).

(3) Il y avait aussi des chasses où l’o1 enfermait le gibier dans des filets, puis on le tuaitavec des pieux ou des fusils. Ces chasses, appelées chasses meurtrières, se faisaient surtout en Allemagne et en ltalie. Elles avaient aussi lieu en France, dans les domaines de Marly, Saint-Germain, Compiègne et Fontainebleau ; on les nommait houraillements. Pour tuer les animaux, le roi, les princes et les invités se servaient de fusils. (Demay, loc. cit.)

(4) Ce fut le roi Jean, captif en Angleterre, qui chargea Gace

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Livre du Roy Modus. Louis XII aimait passionnément cette chasse quidisparut sous le règne de Louis XIV (1).

Enfin, l'oisellerie était aussi une chasse; le Livre du roy Modus l'appelait le « desduit des pauvres », parce que «les pauvres ne pouvant avoir ni chiens ni faucons pour chasser ou voler, n'y prennent pas moins grand plaisance, en même temps qu'ils y trouvent moyen “d'éxistence à.

En parcourant ce livre, on est surpris d'y voir que la “plupart des procédés et engins actuellement employés en oisellerie étaient déjà connus au moyen âge, sans préjudice de certains autres qui, depuis, ont été négligés ou oubliés (2).

A cette époque, l'oisellerie s'exerçait à deux fins : pour se procurer du gibier et pour capturer les oiseaux de chantet de plaisir. Le commerce de ces derniers eut, au moyen âge une telle importance, du moins à Paris, que les oiseleurs avaient pu former une assez nombreuse corporation ayant des statuts et des privilèges. Le Pont-au-Change, alors chargé de deux rangs de maisons avec ouvroirs ou boutiques occupis par les orfèvres et les changeurs, était le lieu d'étalage ordinaire de ces industriels, qui avaient le droit d'accrocher leurs cages le long des maisons, même sans la permission des locataires. Cette singulière immunité

de la Vigne de composer ce roman pour l'instruction de son quatrième his, prisonnier comme lui. (Dufrénoy, Histoire du Droit de chasse, p. 7.)

(1) Pour la fauconnerie de nos jours, voir l'ouvrage de M. Amédée Pichot.

(2) On trouve en effet dansce livre la description des filets à nappe, celle de Ja chasse au miroir et à la chouette, celle de la pipée, des pièges, des trébuchets.

Tara Icur avait été concédée par Charles VI, en 1402, en considération dece qu'ils étaient tenus «de bailler et délivrer quatre cents oiseaux » quand les rois étaient sacrés «et pareillement quand la reine entrait nouvellement en sa bonne ville de Paris ». Toutefois, les orfèvres et changeurs, trouvant ce voisinage incommode et gênant pour leur commerce, voulurent s'affranchir d’une servituce qu'ils n'avaient jamais acceptée. La cause fut portée à plusieurs reprises devant le Parlement, qui ne fit que confirmer les ordonnances des rois de France et les anciens privilèges des oiseleurs. La contestation s'envenima à la fin du XVesiècle; mais un arrêt du Parlement fitencore justice de l'opposition

es orfèvres à fa vente des oiseaux sur le Pont-au Change.

Dès cette époque, de sages mesures de précaution furent prises dans l'intérêt des couvées, comme celle qui interdit la chasse des oisillons du 15 maiau 15 août. Deplus, pour avoir le droit d'en mettre en vente, il fallait être reçu maitre oiseleur (1).

La chasse et les soins que réclamait la garde du gibier donnèrent lieu, de très bonne heure.à la création de nombreux offices ; passons en revue les principaux d'entre eux en énumérant les diverses attributions de leurstitulaires.

(1) Les oiseleurs de Paris poussèrent un jour leurs prétentions jusqu’à vouloir interdire aux bourgeois de la ville la faculté de faire couver les serins qu'ils avaient en cage ct de multiplier n'importe quelle espèce d'oiseau. Mais une sentence de la Table de Marbre permit aux bourgeois de faire couver des serins de Canarie, avec défense toutefois de vendre le produit de ces couvées et de faire ainsi concurrence à l'industrie des maitres oiseleurs de la ville, faubourg et banliene de Paris.

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L'office de la vénerie remonte à Charlemagne. A cette époque, il y avait quatre Grands Veneurs, qualifiés de grands officiers de la couronne. Ils avaient sous leurs ordres un certain nombre d’autres veneurs(1). Ces officiers étaient presque toujours dispersés dans les provinces, pour le service de la cour, et, quand il leur avait été transmis des lettres du roi ou de la reine, et que le sénéchai ou le bouteiller leur avaient fait connaître les intentions de l'un ou de l’autre, ils s'assemblaient dans les maisons royales près desquelles ils se trouvaient, tenaient conseil sur les ordres reçus et prenaient les mesures convenables pour en assurer l'exécution (2).

Vers le XIIIe siècle, cette organisation se perfectionna, en ce sens que tous les officiers de la vénerie furent placés sous le commandement d’un chef unique appelé Maître Veneur en 1321, Maître de la Vénerie en 1344 et Grand Veneur en 1414.

Au XIVe siècle, cet officier était grand maître des forêts ; c’est pourquoi on l’appelait aussi le Grand Forestier. En cette qualité, 1l était chargé d’une partie de la surveillance des forêts (3).

Le Grand Veneur était un officier considérable. Il

(1) Boretius et Krause, loc. cit., Hincmarus, De ordine palatii, Cap. To&tr7e0 tu p1529 nesS0reren

(2) Boretius et Krause, loc. cit., Capit. de Villis,$$ 45,46,47; 1. 1°p.87 n°20:

(3) Cette attribution était très importante ; c'est ainsi que, même après avoir obtenu une autorisation expresse de la royauté pour défricher certaines forêts, les communautés religieuses auxquelles cette faveur spéciale était accordée, devaient en plus avoir le consentement du Grand Veneur. — (Luchaire, Institution des premiers Capétiens, t. 1, p. 100.)

Rp commandait à tous les offices de la vénerie: il avait un lieutenant ordinaire de la vénerie et quatre suppléants remplissant leurs fonctions à tour de rôle. Le soin de la conservation du gibier était confié à un lieutenant des chasses qui avait sous ses ordres quatre sous-lieutenants de la vénerie. On comptait encore quarantequatre gentilshommes destinés à la chasse, plus d’autres officiers de chasse, dont les uns étaient capitaines et les autres, subalternes.

Le Grand Veneur prêtait serment entre les mains du roi, donnait es provisions à ses subordonnés et disposait de toutes leurs charges quand elles venaient à vaquer par décès. Mais Charles VII lui retira la maitrise des forêts, ce qui diminua d'autant l'importance de sa charge. Néanmoins Îes attributions qui lui restèrent, jointes à l'avantage d'approcher fréquemment de Ia personne du roi et de recevoir directement ses ordres, le maintinrent, jusqu'à sa supression, à un très haut degré de puissance et d'élévation.

Au nombre des grands officiers de la couronne figurait encore le Fauconnier, quiavait la surintendance de la fauconnerie du roi. Son origine est aussi ancienne que celle du Grand Veneur; on l'appela tour à tour Fauconnier du roi, Maître Fauconnier des oiseaux du roi, Maitre de la Fauconnerie du Roi, Garde des oiseaux du roi, premier Fauconnier du roi; ces diflérents titres se rencontrent, en effet, très fréquemment dans les actes jusqu’au XVe siècle, époque à laquelle prévalut le titre de Grand Fauconnier (1).

(1) Dufresne de Beaucourt, Histoire de Charles VII, t. 1, Dao CL IINp 4247%44eN,/p3r,

Cet officier prêtait, comme les autres, serment de fidélité entre les mains du roi et nommait à tous les offices de la fauconnerie. Tous les marchands fauconniers étaient obligés, sous peine de confiscation de leurs oiseaux, de les présenter au grand Fauconnier avant de les mettre en vente,afin qu'ilchoisit ceux qui pouvaient convenir à la fauconnerie du roi (1).

A ces deux institutions il nous faut ajouter celle de la louveterie, qui ne fut pas moins importante (2). Nous ne rappellerons pas son origine, n1 les dispositions que les capitulaires contenaient à l'égard des louvetiers (3). Ce fut Charles VII qui confia la surintendance des officiers de louveterie à un Grand Louvetier dont la dignité fut élevée au rang des grands offices de la couronne. Cet officier prêtait serment de fidélité entre les mains du roi, avait sous ses ordres tousles louvetiers et était secondé par des lieutenants dans quelques provinces (4).

Si l'organisation de la chasse était réglée d’une facon aussi parfaite en France, c'est que tous les rois de cette nation, sans presque une seule exception, faisaient de la chasse leur occupation favorite (5).

(1) V. la liste chronologique des Grands Veneurs et des Grands Fauconniers de France dans l'Histoire des grands officiers de la couronne, par le P. Anselme.

(2) Pour l histoire de la législation dela louveterie, V. Gireaudeau, Lelièvre et Soudée, La Chasse, n° 1205: Puton, La Louveterie et la destruction des animaux nuisibles, nos 3 et 41, p.230 ets,; et Villequez,Du Droit de destruction des animaux nuisibles et de ia Louveterie, n°5 91 à 08, p. 433 ets.

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(4) Cf. Clavé, La Chasse en France, dans la Revue des Deux- Mondes de septembre 1860.

(5) Pour plus de détails là-dessus, V. Testard, La Cynégé-

Philippe VI devait être un bien ardent chasseur, car, ne pouvant, au contraire de tant d'autres de ses prédécesseurs, rendre ses ordonnances sur des champs de bataille illustrés par la victoire, il ne croit pas déroger à la majesté royale en les datant de sa maison de chasse (1).

Charles VI fut célèbre par ses équipages de chasse qui étaient immenses (2), et Louis XI par ses exploits cynévétiques, dont un, qui faillit lui coûter la vie, est resté fameux. |

QuantàFrançoisIer,appelé le « Père de lavénerie » (3), il courut plus d’une fois risque de sa vie en combattant corps à corps des sangliers. 11 fut, un jour, enlevé de sa selle par un cerf qui le lança par terre, sans qu'il trahit, dit-on, la moindre émotion. Ses équipages de chasse dépassaient toute magnificence ; aucun roi ne porta, pour cet objet, aussi loin le luxe et la dépense. La partie de sa maison qui concernait Îles chasses coûtait des sommes immenses et, partout où 1l allait, il se faisait suivre par ses veneurs, ses chiens et ses oiseaux. Ce fut pour la chasse qu'il fit construire le château de Madrid, au bois de Boulogne, ceux de

tique de France au XX° siècle. V. aussi le Correspondant du 25PsepteMmbre 1002, PP. 1200. et S.

(1) « Ce fut fait à la maison de chace ès-bois de Montmorency, lan de grâce 1336, au mois de mars ».

« Donné à la chace prês de Domont, l’an de grâce 1336 ».

&« À la chace lès Montmorency le ro jour de septembre r13299,cte. (Cy. Boulen, op. cit., chap. VI, p. 170.)

(2) Ils se composaient de 1 maître veneur, 6 veneurs, 2 aides, 1 clerc, 10 pages et 11 valets de chiens ; 92 chiens pour cerf, 8 limiers, 30 lévriers, 90 chiens courants et 24 chiens pour sangliers,

(3) Dufouilloux, loc. cit,

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Chambord, Villers-Cotterets, Folembray et Fontainebleau (1).

Charles IX fut le chasseur le plus habile et le plus instruit de son époque. Il composa un traité sur Îa chasse, malheureusement inachevé, dans lequel il fait preuve d'une érudition qui conviendrait peut-être . mieux à un forestier qu'à un roi.

Henri IV montra de tout temps une grande ardeur pour la chasse. L'histoire nous le montre, alors qu'il n’était encore que prince de Béarn, recherchant les ours dans leurs repaires etles mettant à mort d’un coup d'épieu. Quand il fut roi, il eut aussi de splendides équipages (2). Ce fut à cette époque que l'on inventa la grenaille de plomb, ce qui permit d'utiliser à la chasse les armes à feu, et fit acquérir ainsi beaucoup plus d'importance à la chasse à tir.

Louis XIII fut aussi un chasseur émérite ; il excellait à tirer de l’arquebuse. Au dire de Mme de Motteville, il « S'amusait à prendre des ciseaux pendant que ses armées prenaient des villes et gagnaient des batailles». Outre ses différents équipages pour le cerf, le chevreuil, leMHoup, lé sanaliert et" lemlene ecenprincenaraie 150 chiens qui le suivaient partout dans ses voyages, de sorte que, sur la route, il n'y avait pas un buisson qui ne füt battu (3).

Louis XIV,dont on se rappelle l'entrée au Parlement botté et le fouet à la main, au retour d'une partie de

(D ICHACIAVÉMOC Nett.

(2) 131 lieutenants, gentilshommes et aides, 24 valets de limiers, 7 valets de chiens à cheval, 17 à pied et 92 pages.

(3) Cf. Philippe le Bas, loc. cit,

LR chasse, avait aussi de brillants équipages. Il se faisait accompagner dans ses courses par les princesses de sa famille, les dames les plus qualifiées et les seigneurs les plus éminents. Tous se regardaient comme infiniment honorés par le choix que le grand roi daignait faire d'eux pour lui servir d'escorte. Sous Louis XIV, la chasse faisait toujours partie du programme des fêtes de la cour, et ce fut sous son règne que la chasse au fusil devint l'égale de la vénerie et de la fauconnerie.

Louis XV s’adonna très peu à la chasse.

Enfin, Louis XVI se livrait assez fréquemment à cet exercice (1).11 possédait un registre où il inscrivait jour par jour chacune de ses parties de chasse, ainsi que le détail du gibier qu'il tuait. A la date du 5 octobre 1789, jour où les femmes de Paris vinrent à Versailles lui demander du pain, on lit sur ce journal cette mention laconique : « Tiré à la portede Châtillon, tué 81 pièces, interrompu par les événements, aller et revenir à cheval. »

L'exemple des souverains fut, on le comprend sans peine, fidèlement suivi par tousles grands seigneurs dont les équipages dépassèrent souvent le luxe de ceux du roi.

Aussi, de tout temps, la chasse fut-elle une cause de ruine et de vexations pour le peuple (2). Les dégâts commis par les bêtes fauves et le gibier qui ravageaient toutes les récoites excitèrent tant de réclamations que

(1) Il dépensait annuellement 352.657 livres pour sa vénerie.

(2) C'est ainsi que les veneurs du roi s'étaient, entre autres droits, arrogés celui de séjourner, quand ils étaient en chasse, trois jours dans les monastères, et de s’y faire nourrir eux, leurs valets, chevaux et chiens. Cet abus subsista jusqu'à Charles V qui l’abolit.

Philippe-le-Bel et Charles-le-Bel, à leur lit de mort, léguèrent par testament une certaine somme aux laboureurs voisins des forêts royales, «en dédommagement du tort que leur avaient causé les bêtes rousses et noires ». Mais tous les rois ne furent pas aussi consciencieux et la chasse donna lieu à une quantité innombrable de règlements, arrêts et ordonnances, presque toujours attentatoires à la propriété du pauvre. Il fut un temps où le laboureur ne pouvait, sous peine de galères, chasser de son champ, autrement que par des cris, l'animal sauvage qui dévastait sa récolte. Henri IV lui-même, dont on vante encore aujourd'hui l'amour pour le peuple, décerna en 1601,la peine de mort contre tout braconnier qui serait surpris chassant plusieurs fois dans les forêts royales.

« Malheur aux vilains qui se permettent d'abattre une pièce de gibier ! Plus d'un paya de sa vie la liberté grande qu'il prenait quelquefois de tuer un lièvre, un lapin ou une perdrix, même dans sa propriété. C'était le bon temps des privilèges, c'était le bon temps du plaisir, non pour les manants, mais pour les riches et les puissants seulement » (1).

Etudions maintenant la législation cynégétique ellemême et passons en revue les différentes phases qu'elle traversa en France depuis les débuts de la féodalité jusqu à la Révolution. Nous diviserons cette période en deux, celle de la féodalité d'abord, etensuite celle de la monarchie.

(1) Discours de M. Jouet, lors de la discussion à la Chambre des Représentants de la loi du 25 février 1846 (Annales parlementaires, 1845-1846, p. 452).

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