‹ Essai historique sur la législation cynégétique: depuis les temps les plus reculés jusqu'en 1789Chapitre 5 sur 49 · PEUPLES ANCIENS · texte numérisé non relu

PEUPLES ANCIENS

Passons en revue les différents peuples de l'antiquité chez qui la chasse fut en honneur, et recherchons si, parmi les documents que nous possédons sur eux, nous ne trouvons pas quelques traces de législation cynégétique. Nous n'avons sur ce sujet évidemment pas de données bien précises ; néanmoins, les historiens nous rapportent çà et là, sous une forme plutôt anecdotique, de nombreux traits qui nous témoignent que la chasse était loin d’être négligée chez presque tous les peuples

AY anciens. Aussi, ne croyons-nous pas inutile de faire connaitre ces divers documents.

L'histoire sacrée nous rapporte qu'Ismaël, fils d'Abraham et d'Agar, se distingua dans l'exercice de la chasse et que David combattait les animaux qui attaquaient les troupeaux de son père. Les mêmes textes nous parlent encore de Nemrod, de Lamech et d’'Esaü qui, tous, furent de grands chasseurs devant le Seigneur (1). Quant à la législation, la loi de Moïse est à peu près muette sur la chasse ; il ne pouvait, du reste, en être autrement chez un peuple auquel l’usage de Ia chair des animaux sauvages était interdit (2) ; mais les interprétations rabbiniques (3) consacrent le droit du premier occupant et le respect de la propriété d'autrui en ce qui concerne la chasse.

Le droit du premier occupant est encore consacré par le Manava-Dharma-Sastra, la plus ancienne loi de l'Inde (XIVe siècle avant Jésus-Christ). Nous y trouvons, en effet, une assez curieuse disposition, dont la solution se rapproche de celle admise aujourd’hui, et qui est ainsi conçue : « Les sages qui connaissent les temps anciens ont décidé que le champ cultivé est la propriété de celui qui, le premier, en a coupé les bois pour le défricher, et la gazelle celle du chasseur qui l’a blessée mortellement » (4).

(1) Genèse, chap: X, verset 9 et chap. XXV, verset 27.

(2) Lévitique, chap. XI, versets 6 et s.

(3) Cf. Schaw, Aus dem neuen Orient ; Mayer, Die Rechte der Israeliten, Athener und Roemer ; Saalschütz, Mosaïches Recht.

(4) Lois de Manou, trad. par A. Loiseleur-Deslongchamps, Liv. IX, v. 44.

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Chez les peuples orientaux la chasse fut, dès la plus haute antiquité, en très grand honneur. Nous savons, en effet, par les bas-reliefs de Ninive et de Babylone et par les peintures des tombeaux de Thèbes, que la chasse était un des exercices favoris des princes assyriens et égyptiens (1). Il fallait même qu'ils y attachassent un bien grand prix pour faire représenter des scènes de chasse à côté des images des dieux et des triomphes des rois (2). L'histoire vient aussi corroborer ces témoignages ; elle nous rapporte que Ninus, le fondateur de Ninive, fut célèbre par ses exploits contre les lions (3).

Mais ce fut en Perse que la passion de la chasse nous semble avoir été la plus puissante. Dès l'âge de cinq ans, on apprenait aux enfants à manier la flèche et le javelot et, au témoignage de Strabon, dès que leurs corps pouvaient supporter la fatigue, leurs maîtres les menaient à la chasse. Darius Codoman, sans doute pour se consoler de ses revers militaires, se Lvra beaucoup à la chasse où il excellait. L’épitaphe qu'il fit inscrire sur son tombeau en est la preuve : « J’aimais mes amis, je fus excellent cavalier, excellent chasseur, rien ne m'était impossible ».

Selon Hérodote, Cyrus avait pour la chasse une telle

(1) Salomon Reïnach, Manuel de Philologie classique, t. IL. Dors

(2) V. Wilkinson, Ancienne Egypte, liv. IT, chap. IV.

(3) Ce fut. en effet, la chasse au lion qui était le plus en honneur chez ces peuples. Voici la manière dont ils le chassaient: ils se couvraient de toisons de brebis et marchaient contre le lion, protégés par un bouclier en osier et recouvert de peau de bœuf séchée au soleil. Quand le lion sautait sur l’un d’eux, les autres le terrassaient.

SHC e quantité de chiens que quatre villes étaient exemptes d'impôt à la condition de les nourrir tous.

Sous les Sassanides, on faisait aux onagres des chasses dans lesquelles on employait dix à douze mille soldats. Mais les anciens rois persans, moins braves, faisaient construire des parcs dans lesquels ils enfermaient le gibier pour pouvoir le chasser sans dangers ni fatigues.

Cependant, sous Artaxercès, toutes les institutions et usages relatifs à la chasse tombèrent en désuétude, et Xénophon attribue la décadence de l'empire persan à l’eféminissement qui s’ensuivit (1).

En Chine, enfin, vers l'an 455 avant Jésus-Christ, l'histoire nous rapporte que certaines forêts pouvaient être réservées aux princes par des ordonnances, et qu'en cas de meurtre d'un cerf dans ces endroits réservés, le délinquant subissait la même peine que s'il avait tué un homme (2). Si ce droit a réellement existé il constitue une importante restriction à la liberté de la chasse dans l'antiquité.

(1) FF APppre Cyropédie, liv. VIII, chap. 8.

(2) D'après une citation rapportée dans l'histoire générale de CG

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