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ques jours parmieux. , Lasalle y consentit d’autant plus facilement, que-telle était son intention. Aussitôt les Indiens, se répandant dans les foréts, firent tomber sousileurs flèches, le buffle sauvage et le-daim timide et cherchèrent, de tous côtés, les fraits les plus délicieux et les racines les plus délicatess et l’homme de la civilisation s’assit avec joie au banquet hospitalier de l’homme de la. nature.
Les malheureux ! ils ne prévoyaient pas qu’un
jour, leurs enfans seraient obligés d’emporter les .68 de leurs pèresset de fuir loin de la terre natale ! En effet, ils ont disparu sous les agreskions de la race eurupéenne, comme la. paille légère de leurs savanes est emportée par le souflle orageux du vent du Midi, | Lasalle, croyant qu’il serait utile de leur inspirer une grande crainte de ses armes, fit faire plusieurs décharges de mousqueterie en leur présence. L’étonnement causé par ces foudres d’airain, produisit l’effet désiré et fut encore augmenté par l’érection d’un fort sun le “ive du fleuve. Inquiet de n’avoir pas reçu des nouvelles d’une barque qu’il avait envoyée au Niagara, avec une riche cargaison de peaux et de fourrures, et d’apercevoir des sigres de mécontentement et de révolte parmi ses subordonnés, il-donna le nom de Crêé ve-cœur au fort qu’il avait fait élever.
Jusques alors, la fortune l’avait traité en enfant
gâté ; car il avait parcouru la distance de’ quinze
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cents. milles, sans éprouver le moindre revers, et \ ikavaitbâti sur sa route-un grand nombre de forts qui servaient à à prouver et à garantir la possession qu’il avait prise du pays exploré. La plupart des Indiens lui avaient fait un accueil amical, . ni | et ceux qui étaient moins bien disposés, lui avaient 14 | laissé un passage libre. : Mais bientôt, l’horizon | se couvrit de ur et Pheure fatale des malheurs parut avoir é pour lui: : Son œil pénétrant découvrit qu’ un orage se formait et que ses compagnons fatigués de le suiv tramaiént : dans, Pombre quelque complot criminel. En effet, on | les entendait se demander, si on continuerait à s’enfoncer dans des-régions sauvages, parmi des nations inconnues, auxquelles il était naturel de sup- | poser. des intentions hostiles. Jusques à‘quand, k murmuraient-ils, n'aurons-nous pour guides .que LR les étoiles et d’autre nourriture que celle que: nous Lil dérobous.aux rivières et ‘âux foréts? ‘Jusques à ; | | quand, serons-nous les dupes et les esclaves d’un | | homme qui se laisse maîtriser.par des visions ro- ! | | ‘ manesques, et que des espérances imaginaires éon- Ai) duisent ainsi que nous àzune perte cértainé ? — l\} Pourquoi nous mène-il aux extrémités de la terre “al pour chercher des mers inaccessibles ? Ea mort, 1 l'esclavage, ou le dernier excès de la misère, tel sera le résultat de nos travaux. C’était ainsi que les compagnons de Lasalle se livraient à des ré- À
L flexions décourageantes. Quelques hommes per-
vers qui se trouvaient parmi eux profitèrent de ces inauvaises dispositions, pour les engagèr à
mettre un terme à leurs souffrances, en-massacrant
leur chef. Mais cette suggestion ayanttrouvé peu
de partisans, les assassins, loin de se febuter, ré-.
solurent de s’adjoindre les Sauvages. En conséquence, les mutins, s'étant mêlés parmi les Hlinois, leur témoignèrént un surcroît de bignveillance et
leur dirent qu’en retour des bons traitemens qu’ils: avaient éprouvés, ils:se croyaient obligés par la
reconnaissance, de leur apprendre’ un secret important. Alors, les perfides, abusant de leur crédulité, leur assurèrent que lès plus grands dangers les menaçaient, parce que Lasalle avait pro-
: mis avec serment aux ,lroquois; leurs ennemis les
plus acharnés, de détruire tous les’ villages des Illinois ; qu’il ne s’était avancé dans leur pays que pour, yréndre connaissance de leurs forces, et
qu’il n'éaltéconstruit le fort de Crêve-cœur que
dans P’intention de lus subjuguer.
. Ces allégations calomnieuses ne farent que trop facilement crues par les Indiens Lasalle s’aperçut
d’un changement extrêm: dans leurs manières à
son égard et il en soupçonna la cause: Sentant
qu’il n’aväit pas un moment à perdre, il s’adressa
au conseil des anciens, et ses supplications et ses plaintes finirent par ‘obtenir que la vérité lui fut découverte. Alors il fit sentir aux Indiens toute
la perfidie de’8es db dé et excita contre eux VOL. I.
une vive indignation chez des hommes que la civilisation n’avait pas.encore accoutumés à la trahison, et qui, comme toutes les tribus sauvages, ne cuncevaient pas qu’un inférieur pût être infidèle à son chef. H les convainquit qu’il était impossible qu’il eut pu avoir aucune liaison d’amitié avec les Iroquois qui avaient toujours été les ennemis des Français, et qi, comme les tigres des forêts,:n°aspiraient qu’à s’abreuver de sang humain. Enfin il jura qu’il serait toujours l’ami des Illinois. Ces protestations auxquelles l'accent de la vérité donnait une force irrésistible, éclaircirent tous les nuages qui s’étaient élevés, et la confiance rentra dans le cœur des Indiens. , L’assurance en ‘ut dunnée
à Lasalle par un vieux guerrier qui s’approcha de
lui, dès qu’il eut fini de parler. ‘Fils du ser- ‘6 pent et du lion, lui dit-il, je te crois. Car tan ‘6 front est serein comme celui de la: vierge des 66 dernières amours, et ton œil est fixe.comine celui 6 de l’aigle. Tandisque le mensonge est agité ‘6 comme la feuille du platane et que sa voix est 6 pauque comme celle du crocodile, Viens, en ‘6 signe de réconciliation, viens fumer le calumet 66 de la paix.”
Lasalle, après avoir écarté ce danger de la part des Indiens, convoqua ses compagnons et leur parla en ces termes avec indignation, ‘ Soldats, j’a- ‘6 vais cru que je m'étais associé des Français ‘ pour compagnons de mes travaux etde ma gloire.
‘6 Mais je m’aperçois que jé n’ai à ma suite que ‘6 des barbares qui ont'moins de vertus que Jes ‘ peuplades sauvages parmi lesquelles nous avons ‘6 voyagé. Vous avez voulu m’assassiner, et vous 66 n'avez pas’ été retenus par l’aspect vénérable ‘6 de ces hommes pieux qui sont parmi vous et qui ‘ viennent présenter à l'Amérique la pure et douce ‘éclarté de notré religion sainte. Eh bien ! ro- : ‘6 tournez dans le monde corrompu que vous ‘6 regrettez. Que votre souflle impur ne flé- ‘6 trisse pas la beauté des lieux que je vais par- 6 courir et dont mon génie prévoit les hautes des- ‘6 tinées. Je saurai, aidé de quelques Sauvages en 4 qui j’ai plus de confiance qu’en vous, accomplir ‘6 mes grands desseins. Laissez-moi, je veux vous ‘6 épargner un crime, Grand Dieu ! fais qu’il ne ‘6 goit pas dit que le premier forfait commis en ‘6 Amérique, aiteu pour instrumens les mains d’un ‘6 Français !” A peine avait-il cessé de parler, que ceux de ses compagnons qui n'avaient pas trempé dans le complot, poussèrent des cris d’enthousiasme et jurèrent de suivre leur chef jusqu’au bout du monde, Ceux qui avaient eu des intentions criminelles, n’épargnèrent pas aussi les assurances de dévouement. Feignant d'être satisfait, Lasalle rentra silencieusement dans sa tente où de tristes pressentimens vinrent l’assiéger.
Telle est la destinée des grands hommes. Depuis Alexandre le Grand que ses soldats forcèrent
de revenir sur ses pas et d’arrêter le cours de ses exploits, jusqu’au dieu mortel qui donna dernièrement une ai forte secousse au monde, le génie dont la gloire est établie sur l’opinion fragile des hommes, a fait fléchir sous son poids un appui aussi faible. Qui ne sent que pour exécuter les conceptions sublimes d’un Napoléon, il aurait fallu . des anges ou des démons ! Mais il n’avait que des hommes et ils se sont usés et brisés dans ses mains. | |