‹ Essai historique sur la Louisiane [microforme] (volume 2)Chapitre 4 sur 34 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Perfidie d’un Indien nommé Mansolia : il indispose les Illinois contre Lasalle, Discours de Lasalle aux Illinois. Altercation de Lasalle gt dé Mansolia. Empoisonnement de Lasallo par ses compagnons, Il prend de la thériaque et guérit. Navigation de Lasalle sur le Mississippi. Il lui donne le nom de St. Louis, ainsi que celui de Louisiane au pays qu’il à parcouru, Lasalle retourne au Canada, et :de là, se rend en France. Le Roi ordonne l'établissement d’une colonie à lu Louisiane, Départ de Lasalle et de Beaujou, Découverte de la Baie St. Bernard; érection d’un fort sur le rivage, Lasalle essaie de se rendre par terre aux Illinois. Village des Cénis et beauté de leurs femmes, Séïmens de vengeance faits par Lancelot contre Lasalle. Assassinat de Lasalle,

Le succès qu'avait obtenu Lasalle ne fut qu’éphémère, car à peine la nuit était-elle venue, que de nouveaux dangers le menaçaieñt. Les Illinois avaient pour voisins les Mascoutans qui avaient été vaincus par les Iroquois'et qui leur payaient un tribut. Il y avait paÿmi les Mascoutans, un Indien nommé Mansolia qui, par son adresse, ses ruses et son éloquence s’était rendu célèbre. Son esprit était tellement fécond en ressources, et sa voix s’insinuait avec tant d’art dans les cœurs, que les Sauvages prétendaient qu'il avait des in-

telligences secrètes avec les génies et que ses pa- D?

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roles étaient douces comme les rayons de la lune, le soir des noces de la cabane. Les Iroquois avaient engagé cet Ulysse des déserts à se rendre chez les Illinois et à leur persuader d’attaquer les Français. Mansolia était arrivé dans le ‘voisinage des Illinois, le jour même que Lasalle avdit, par ses discours et la franchise de s#conduite, écarté les soupçons qui avaient donné. aux Tqdiens une apparence.d’hustilité contre lui. L’Indien.qui s’était tenu caché, observa tous ces mouveméns et attendit la® protection des ombres de la nuit. Alors il se glissa dans le camp des Liljnois, circula de feux en feux, et pria les chefs de se réunir dans la cabane des anciens pour délibérer, parce qu’un serpent les menaçait. Remplis d’inquiétudes, les Illinois s’empressèrent de se rendre à son invitation. Dès que le conseil füt formé, l’homme de la ruse, après leur avoir.offert des présens de la part de sa tribu, leur fit connaître quel était le but de sa mission. El leûr dit qu’ilrétait député vers eux par les Mascoutans que l'intérêt commun de toutes les nations indiennes avait engagés à faire cette démarche ; qu’il était urgent d’angiciper les coups des Français qui avaient déjà subjugué toutes les nations qui se trouvaient entre les lacs et la mer, et qui, à cet effet, avaient employé, non seulement leurs armes terribles, et le feu du ciel qu’un mauvais génie leur avait donné, mais aussi les flèches des . Sauvages qu’ils avaient trouvés divisés entr’eux

et dont ils avaient avet soin excité les haines héréditaires ; que l’alliance des Français avec les Iroquois était une chose bien connue, et qu’ils n’attendaient que leurs confédérés peur commencer leurs agressions, dont l’érection du fort qui venait de s’élever, n’était que le prélude. .‘ Tribu du 66 renard et de l’ours, continua-il, n’attendez pas

‘6 qu’il soit trop tard pour résister, mais profitez |

‘6 du moment favorable, pendant que vos ennemis ‘6 sont en petit nombre. Bandez vos arcs, et levez ‘6le tomahauk, Ils. iront droit au but; car ên ‘6 flèche et le tomahäuk indien pes le sang de la ‘6 nation blanche. "4

Les paroles de Mansolia correberant les discours des compagnons de Lasalle, les Indiens frappés d’une telle coincidence, se livrèrent de nouveau à tous les soupçons de la veille et ils pas sèrent la nuit en délibérations. Lorsque le jour parut, Easalle, ayant été, comme de coutume, visiter le camp des Sauvages, s’aperçut qu’il s'était opéré quelque étrange révolution dans leurs esprits et que les lueurs d’espérances qu’il avait conçues, s'étaient évanouies aussi rapidement que ses songes du matin; quelques-uns des chefs le traitèrent uvec une froïdeur marquée, d’autres laissaient percer dans. leur maintien une expression de dédain et d’indignation, Etonné d’un changement aussi subit, et après en avoir en vain cherché la cause, il délibéra s’il ne se retrancherait pas

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* devant Lasalle et croisa ses bras sur sa poitrine.

dans le fort. ; Mais incapable de réster plus longtem dans cet état de doute et d’alarme, il se laissa aller à toute l’impétuosité de son caractère, et s’avançant hardiment parmi les différens groupes des Sauvages, il leur demanda à haute voix et d’un ton de reproche, s’il verrait toujours la méfiance et les soupçons siéger sur le front de ses amis. ‘‘ Hier, ‘ Jorsqué l'étoile du soir a paru, leur dit-il, nous 4 nous soînmes séparés avec des senfimens de prix

‘6et d'amitié ; 3-et maintenant, je vous vois armés

&ét menaçans ! Que siguigent ces démonstra- ‘6 tions hosttles ? Seriez-vods aussi légers que la 66 feuille des forêts etaüssi inconstans que le vent ‘6 de l'orage à Eh bien, me voila sans armes parmi ‘6 vous, et je vous offre ma tête, ‘si vous pouvez me ‘ convaincre d’aucune machination contre vous.”

&: L'énergie de Lasalle produisit une ‘impression

favorable sur les Indiens qui désignèrent du doigt Mansolia comme étant l’auteur des accusations portées contre lui. Lasalle se précipita vers lui, ln tête haute, le regard enflammé de colère et l’interpolla d’un ton impérieux. ‘* Traître, lui dit-il, tu ‘ m’accuses ! où sont tes preuves ? donne-les ;* à ‘6 instant, te dis-je, ou tu verras ce que peut ma ‘scolère.” À peine avait-il proféré cette menace, que l’Indien qui étaii assis nonchalamment sur le tronc d’un arbre, et qui observait tranquillement ce qui se passait autour de lui, se dressa lentement

n6- Il avait Pair d’une statue de bronze, tant son im- ü

x E mobilité était. parfaite, tant sôn front altier était il vdi calme, tant il était fixe cet œil avec lequel il con- COS 4 4 2e fronta le regard de Lasalle. 11 garda ainsi le Ka ton | silence pendant quelques minutes ; ‘enfin un demi "he es suurire de mépris vint animer ses lèvres et il ré- | À lier, | pondit en peu de mots : 4‘ Que lorsqu'il s’agissait : ri ous ‘ du salut d’une nation, les plus légères preuves * pRix ‘6 suffisaient contre in ennemi supposé, et que, dans F4 mes ‘6 ce cas, les souftons étaient légitimes. Les Fran- 10 tra ‘6 çais, ajouta-t-il, ot eu des relations avec les 1 ve la | & Iroquois, et si celd ne suffit pas pour les con-. Ne vent ‘6 vaincre d’avoir eu des desseine perfides, com- 1" armi ‘6 ment devons-nous interpréter l’érection de tant {- à s me ‘6 de forts? Les Français sont des hommes, et À. us.” 66 les hommes ne bâtissent pas sur un terrain v \ d sion &6 ne veulent pas occuper.” i 4 oigt \ Lasalle se tourna alors vers les Illinois et ré- Î 4 por- pondit qu’il convenait en effet que les Jilinois se V4 ï, la missent.en posture de défense; non, contre les ra ter- | Français qui venaient les protéger au nom du Roi î k 1, tu de France, mais contre les Iroquois qui avaient FA

déjà subjugué, entr’autres peuplades, la nation des Mascoutans, et qui réservaient le même sort aux Illinois qu’ils n’oseraient cependant pas, attaquer tant que ceux-ci resteraient unis aux Français. Il ajouta qu'il n’y avait qu’un lâche esclave des Iroquois qui put se prêter ainsi au rôle infâme de calomniateur. Mansolia ayant disparu pendant

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ce discours, les Indiens furent convaincus par cette circonstance qu’il était: coupuble d’imposture et rendirent leur confiance à Lasalle.

Heureux d’avoir rétabli une bonne intelligende entre les Indiens et lui, Lasalle se préparait à se mettre:en-marche pour continuer ses explorations, lorsque les misérables qui avaient déjà essayé de le faire périr, firent une autre tentative du même genre. Ce fut le jour de Noël que les scélérats choisirent pour exécuter le crime. Lasalle et ses officiers,'en se levant de table; éurent des convulsions et des sueurs froides. Souhçonnant qu’ils étaient empoisonnés, is prirent, dit-on, de la thériaque dont l'effet fut salutaire. Les coupables, voyant qu’ils n’avaient pas réussi et qu’ils étaient découverts, prirent la fuite et disparurent dans les bois. Lasulle dont la santé n’était peut-être pas par-

faitement rétablie, prolongea son séjour dans le:

fort de Crève-cœur, où tant d’évènemens malheureux lui étaient arrivés. Mais à la fin de l’automne, il donna le Commandement de Créve-cœur au Chevalier de Tonti, et partit pour le fort de Frontenac, en Navembre. Après avoir fait un grand nombre d’explorations et construit plusieurs forts, il revint à Crève-cœur, au mois de Janvier, et dès que le tems le permit, il s’embarqua sur la Rivière des Illinois qu’il descendit jusqu’au Mississippi dont il commença la navigation, le 2 Février 1680. .

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us par cette iposture et

intelligende parait à se plorations, essayé de e du même s scélérats cet ses ofionvulsions ils étaient thériaque es, voyant ent décou- 8 les bois.

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s malheude l’auêve-cœur à fort de fait un plusieurs Janvier, rqua sur jusqu’au ation, le

Lasalle, après s’être arrété quelque tems à.

l’embouchure du'Missovs* se'remit en route et arriva, le jour qui suivit sôn départ, au village des

T'amoas, que les habitans avaient abandonné pour

passer l’hiver dans les bois. * Parvenu à l’embouchure de l’Ohio, il y fit aussi quelque séjour, et de

là, il descendit jusqu’au pays des Chikasas, où il :

construisit un fort pour servir de point de repos et de sureté à ses compatriotes qui navigueraient le fleuve après lui. Les Chikasas le reçurent avec beaucoup de cordialité et ne firent aucune objection à ce qu’il laissât une garnison dans le fort qu’il avait élevé. Cette nation ‘était nombreuse et pouvait mettre sur pied deux mille guerriers. Lasable allait repartir, lorsque l’un de ses compagnons qui s’était perdu dans les bois, reparut après plusieurs jours d’absence. Charmé de le revoir, Lasalle lui confia le commandement du fort, auquel cet aventurier qui s’appelait Prudhomme donna gun nom. Aujourd’hui, la monticule sur laquelle le fort fut bati, .s’appelle V’Ecor à Prudhomme.— Telle fut la partie du fleuve dont les Français prirent possession formelle pour la première fois.

Lasalle continua sa rgute vers la fin de Février, et reçut des différentes tribus indiennes un accueil amical, Il se trouvait à une distance de cent quatre-vingts milles des Arkansas, lorsqu'il aperçut sur le bord du px à un village qui était habité par la uation des Taënsas. S'y étant arrêté, il

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