‹ Essai historique sur la Louisiane [microforme] (volume 2)Chapitre 5 sur 34 · EE A · texte numérisé non relu

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donna une fête aux Sauvages qu’il fit boire à la

santé dû Roi de France, au bruit de la mousquéterie, et il repastit ensuite après avoir obtenu un grand

nombre de provisions. Le 27 Mars, il arriva à l'embouchure de la Rivière Rouge et campa au lieu

même où Soto avait perdu la vie. Reprenant son

voyage, il parvint à la mer, après une longue navigation et un grand nombre dfentrevues avec les Indiens. (Entrevues dont le récit serait trop monotone.) Lasalle, après avoir fait voile, pendant quelques jours, le long des côtes du Golfe, retourna à l'embouchure du fleuve, oùilfit chanter un Te Deum solennel.. Quelle devait être tonchante cette cérémenie remplie par des missionnaires courageux, brulant de cet amour divin qui leur faisait ambitionner la couronne du: martyre parmi des peuplages barbares ! Quelle scène. fut jamais plus auguste !* Une faible barque où des actions de grâces furent rendues au dieu de. la création, en présence de ses plus grandes merveilles! En haut, l’immensité des cieux, parsemée, d’une poussière d'étoiles ; à gauche, locéan, à droite, un monde nouveau.

Laissänt derrière lui cemdeux lignes de roseaux qui bordent le fléuve, pendant plusieurs milles, à partir de son embouchure, il le remonta jusqu’à ce qu’il eut trouvé de la terre ferme, Là, il plaça les armes de France au somgiet d’une colonne en bois, en signe de prise de nision du territoire.

Puis il donna au fleuve le nom de St. Louis, et au pays qu’il avait parcouru, celui de Louisiane. Lorsque Lasälle revint sur ses, pas, il courut plusieurs fois de grands daygers, de la pârt des ‘Indiens, qui lui dressèrent des embuches auxquelles il n’échappa que par sa prudence et son courage: Arrivé au fort Prudhomme, Lasalle ÿ fit une longue maladie qui l’y retint deux mois. Mais destiné à une mort tragique, il recouvra sa santé, et retourna à Québec où son arrivée causa la joie la plus vive. . On ne se lassait pas de prodiguer des témoignages . d’admiration à l’homme courageux qui avait navigué le Mississippi, jusqu’à son embouchure, Impatient de revoir la France et d’y porter la nouvelle de sa grande découverte, il se déroba aux félicitations et à l’enthousiasme des Canadiens et. partit pour aller faire, à son Souverain, l'hommage des contrées immenses qu'il lui avait acquises. Arrivé en Framce, Lasalle fut présenté au Roi qui lui fit l’accueil le plus flatteur et il fut carsssé à l'énvi par la grandeur et la beauté. Ses récits étaient éroutés avidement, et il ne fut plus question à la cour que des cataractes, des forèts mystérieuses, et des monceaux d’or. et d’argent du nouveau monde ; enfin, de toutes les chimères brillantes que se créent des imaginations ardentes, dans leurs momens de joyeuse effervescence. Louis XIV, qui eut du moin#’anbition d’un grand Roi,

s’il n’en eut pas le génie, ordonna au ministre de la VOL. I .E.

marine, : le Marquis de Seigneley, le fils de lillustre Colbert, de faire préparer une expédition à la Rochelle, destinée à porter une colonie française à° la Louisiane, sous le commandement de Lasalle. Il était loin de se douter alors, le plus fastueux et le plus absolu de tous les despotes, que dans ces déserts, où il envoyait quelques colons, le genre humain retrouverait ses titres, et que la voix de la liberte les proclamerait à la face du monde ; qu’au son de cette voix, tous les trônes de l’Europe seraient ébranlés et que le sien surtout écraserait sous ses ruines la tête couronnée d’un de ses fils. o |

Lés volontés du Roi furent promptement obéies et le vaisseau le Joli, la frégate FAimable, le brick la Belle et la quaiche, le St. François, mirent à la voile pour cette expédition, sons le commandement : de Beaujeu. Douze jeunes-gens de bonne famille accompagnèrent Lasalle: comme volontaires. Le gouvernement lui. accorda une compagnie de cinquante soldats, et avança libéralement de l’argent, des provisions de toute espèce, ét une, grande quantité d’uutila aratoires, à douze”familles qui consentirent à émigrer. Des ouvriers, et cinq ministres de la religion parmi lesquels se trouvait un frère de Lasalle firent aussi partie de l'expédition. Enfin, en comptant les officiers et les équipages, cette troupe aVenturière se cumposait de deux cent cinquante personnes. C’est avec

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ces faibles moyens, que l’on allait coloniser un pays dont l’étendue comparée à celle de la France, l’eut fait paraître comme un point dans l’espace.

Beaujeu partit de France, le 4 Juillet 1684, et dirigea sa course vers l’He d’Hispaniola. Mais avant d’y arriver, il fut assailli par une tempête affreuse qui dispersa sa petite flotte. L’Aïmable, la Belle et le Joli, réussirent à entrer dans le port du Petit Goave; le St. François qui était mauvais voilier fut-pris par un corsaire espagnol. Une indisposition assez forte força Lasalle de passer quelque tems au Petit Goave. Dans cet intervalle, ses compagnons dont un climat brulant faisait fermenter le sang, se livrèrent à tous les excès de l’intempérance et plusieurs en devinrent les victimes. La flotte remit en mer le 25 Novembre, et le 27 Décembre, elle setrouva dans le 28e. dégré de latitude Nord et dans trente brasses d’eau. Lasalle et Beaujeu, s’etunt dirigés alors vers le Quest Nord-Ouest, ils aperçurent la terre le 29 et se trouvèrent dans six brasses d’eau.

Personne ne connaissait la côte, et Lasalle, ayant remarqué qu’il y avait un fort courant vers PEst, présuma qu’il était près des Apalaches.— La terre paraissait être très basse et boisée. Continuant de cingler vers le Ouest Nord-Ouest, il chercha, mais en vain, l'entrée du Mississippi, pendant plusieurs jours: Lasalle, craignant d’avoir passé le fleuve, proposa à Beaujeu de retourner sur

ses traces; mais celui-ci fut d’une opinion difrérente. . Six- jours s’écoulèrent sans que les deux chefs eussent pris aucune détermination, Enfin, l’intrépidité de Lasalle dont les difficultés np fai- . aient qu’accroître l’ardeur, au lieu de la diminuer, prit avee lui une douzaine d'hommes d’élite, et résolut de chercher, en marchant le long du rivage, ce fleuve majestueux sur Jequel il avait, en quelque sorte, concentré toutes ses affections et toutes ses espérances. La nature ne le favorisa ‘pas dans son entreprise. Car le tems était brumeux, la terre était basse, plate et marécâgeuse, et l’eau douce ne se trouvait que dans des étangs impurs. Après avoirerré pendant un jour enticr, il retourna à la flotte et continua dé faire de vains efforts pour déterminer Beaujeu à rétrograder. Alors, Lasalle prit la résolution de débarquer cent vingt hommes, et il leur donna l’ordre de marcher le long du rivage, jusqu’à ce qu’ils arrivassent au Mississippi. La:flotte devait suivre la même direction. Il confia le commandement de cette petite troupe à Joutel, qui arr‘va le 8 de Janvier ‘sur les bords d’une rivière assez large, où il fit halte pour attendre la flotte, qui parut bientôt. Beaujeu, ayant sondé l’embouchure de la rivière et la trouvant assez profonde pour admettre sa flotte, voulut l’y faire entrer. Le Joli et la Belle passèrent aisément sur la barre, mais l'Aimable s’échoua. Un vent assez violent s’étant élevé pou

de tems après, le navire fut mis en pièces, et Lasalle eut le chagrin de perdre un grand nombre de provisions, d’ammünitions et d’outils. Vers le 15 de Mars, Beaujeu qui avait toujours fait tout.ce

qu'il avait pu; pour nuire à l’entreprise de Lasalle,

partit pour France, dans le Joli. Il lui laissa douze pièces d’artillerie, mais pas un seul boulet, sous prétexte qu’ils étaient au fond de son vaisseau et qu’il ne pouvait pas les en tirer.

Après le départ de Beaujeu, Lasalle fit d'autres vaines tentatives pour découvrir le Mississippi. — Etant arrivé, le 45 Avril, sur les bords d’une rivière, où fl trouva un troupes u immense de bêtes à cornes, il la nomma la Rivièredes Vaches. L’on croit que c'était la rivière que les Espagnols nommèrert, de-

= puis, Rio Colorado de Texas. Dans le cours de ses

explorations, Lasalle avait découvert la Baie St. Bernard et il y avait bati un fort dans lequel il avait laissé une garnison de cent hommes sous le commandement de Morangiès. Ce fut à ce fort qu’il revint, après son excursion sur le Colorado.

Plusieurs rivières se déchargeaient dans la Baie de St. Bernard où cette colonie était établie. Lasalle se flatta qu’elles pouvaient être des branches du Mississippi et il résolut de les visiter. Le 18 Février 1886, il arriva sur les bords d’une rivière tellement large, qu’il crut que c'était colle qu’il cherchait ; mais ce qu’il apprit des Indiens le convainquit que sa conjecture était erronnée.

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… Sur ces pntrefaites, le Chevalier de Tonti qui

‘afait appris au Canada que Lasalle était parti de

France avec une colonie qu’il comptait établir à la Louisiane, descendit le Mississippi jusqu’à la mer, pour joindre son ancien chef. Mais, n’en ayant reçu aucune nouvelle, et les Indiens Ii ayant dit qu’ils n’avaient vu aucun visage blanc depuis long-

tetiis, il s’en retourna avec douleur au Canada,

après avoir relevé la colonne à laquelle Lasalle avait. suspendu les armes de France et Lans orage

‘avait renversée.

De toute la petite flotte que le Roi Ra mise à la disposition de Lasalle, il ne lui restait que la Belle. Muis la fatale destinée qui-le poursuivait, lui préparait un nouvel échec. Un ouragan terrible s’éleva et la Belle fut mise en pièces. Il n’y eut que le chapelain et quatre hommes de l’équipage qui échappèrent du naufrage. Alors, Lasalle résolut d’aller par terre aux Illinois etäl:se mit en route le 22 Mai, accompagné de son frère, de son neveu, du père Athanase, de qéine autres Français et de deux Indiens fidèles qui l’avaient suivi du Canada. Au moment du départ, une messe solennelle avait été dite et on avait invoqué la bénédiction du ciel sur le voyage entrepris. Mais parmi cette petite troupe, se trouvaient des hommes d’un caractère féroce, et le ciel rejeta des prières

qui n° pas offertes par des cœurs innocents.

Leo 28,. rencontra quatre Indiens à cheval

(ce qu'il n'avait jamais vi auparavant.) Ces*. Indiens appartenaient à la nation des Quoaquis.— Ils étaient vétùs de peaux et ils avaient aussi des espèces de.bottines, des selles et des boucliers de peaux. Leurs étriers étaient en bois et les mors de leurs brides étaient faits avec des dents d'ours: vu de loups. (Ces Indiens, qui paraissaient être arrivés à un certain dégré. de civilisation, invi tèrent Lasalle à visiter leur village, où ils le traitèrent avec une affectueuse cordialité.

Un jour qu’ils marchaient lentément dans un bois touffu, un des Indiens qui accompagnaient Lasalle, s’aprèta tout d'us coup, et cria qu'ii était mvrt. Aussitôt il tomba, et en. peu de minutes, ex. Cluue manière prodigieuse. L'autre Indien ce" ayec empressement quelques herbes, et, après les avoir machées, il les appliqua sur une petite morsure que son compagnon paraissait avoir reçue. . Le reptile qui l’avait infligée et que Lasalle voyait pour la première fois, était le serpent que nous connaisëons aujourd’hui, sous le nom de serpent à sonnettes. Cet accident le força de s’arrêter deux jours.

Après de longues fatigues, Lasalle arriva au village des Cénis. . Au moment où il y entra, les Indiens revenaiont d’une partie de chasse. Ils

+ étaient tous à cheval et chacun avait sa femme en croupe. Ces Indiens reçurent très biéni les Français auxquels ils apprirent qu'ils ‘éonnalésaient

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