‹ Essai historique sur la Louisiane [microforme]Chapitre 24 sur 39 · CHAPITRE XVL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVL

Arrivée du premier bateau à vapeur à la Nouvelle-Orléans. Acte du congrès pour admettre le territoire d'Orléans dans PUnion sur le pied des Etats primitifs. Acte du congrès pour étendre les limites de l'Etat. ‘Wilkinson acquitté par une cour martialo reprend son commandement. Election d’un gouverneur pour l'Etat. Claiborne est élu. Les Etats-Unis déclarent la guerre à la Grande Bretagne. Wilkinson reçoit l’ordre de s’ompaïer de toute la Floride à l’ouest de la rivière Perdido. Prise de la Mobile ct du fort Charlotte. Départ de Wilkinson pour les frontières du Canada. Flournoy lui succède. Arrivée du colonel Nicholls à Pensacola. Sa proclamation aux Louisianais, . Les corsaires de Barataria. Lafitte, leur chef, refuse de prendre du service dans l’armée anglaise. Il offre ses services au gouverneur, Le commodore Perry assiège le fort Boyer à la Mobile. Il est repoussé. L’établissement des corsaires de Barataria est détruit par le commodore Patterson et le colonel Ross. Les Anglais sont admis par les Espagnols dans les forts de Pensacola. Le général Jackson s’en empare. Arrivée du général Jackson à la Nouvelle- Orléans. La flotte américaine sur le lac Borgne sous les ordres de Jones, est détruite par les Anglais. Les Louisianais se préparent avec ardeur à repousser l’ennemi,

LE 10 Janvier 1812, les habitans de la Nouvelle- ji: Orléans virent avec étonnement s'approcher ma- a jestueusement de leur ville le premier bateau à 4 vapeur qui naviguât dans les eaux du Mississippi.

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Ce bateau à vapeur était parti de Pittsburg, et arriva à la Nouvelle-Orléans, après un très court voyage. L’on peut, en quelque sorte, dater de : cette époque l’immense et rapide prospérité de la Louisiane. Par le génie de Fulton, les distances ont été rapprochées et l’espace anéanti. La navigation de nos rivières et de nos lacs n’a plus besoin de la faveur des vents et se rit de leur courroux. La marche rapide de nos fleuves ne peut plus retarder les masses énormes qui remontent si facilement vers leur source et semblent glisser sur les eaux. Entourée de lacs superbes, située sur le plus beau fleuve du monde, seul débouché pour les denrées de ces contrées dont la fertilité ne peut être comparée qu’à l’immensité, il n’est pas de ville qui soit destinée à retirer de plus grands avantages que la Nouvelle-Orléans, de cette sublime invention de l’homme qui a uni les deux élémens les plus opposés et dont l’action combinée a produit cette nouvelle merveille de la navigation.

Au mois d’Avril, le congrès passa un acte pour l’admission du territoire d'Orléans dans l’Union, sur le pied des Etats primitifs Cet acte ne devait être en force que le 30 du mois qui était l’anniversaire du traité de cession, et au prix d’une condition qui fut ajoutée aux précédentes. Le congrès exigeait, comme condition fondamentale de cette admission, que l’Etat renonçât au pouvoir d'imposer aucune taxe ou de lever aucune contribution quelconque sur les citoyens des autres Etats et

des territoires des Etats-Unis, relativement à la navigation du Mississippi et des autres rivières navigables du territoire qui seraient à jamais considérés comme de grandes voies publiques, communes à tous les membres de l’Union.

Quelques jours après, Île congrès passa un acte pour étendre les limites de l'Etat, en y annexant tout le pays au sud du territoire du Mississippi, et à l’est du fleuve Mississippi et des lacs, jusqu’à la rivière aux Perles, si toutefois la législature de PEtat y consentait; et en cas qu’elle y donnât son assentiment, les habitans de cette partie du territoire ainsi annexé devaient jouir des mêmes droits et priviléges que les citoyens de l'Etat.

Le 12 d'Avril, Wilkinson qui avait été jugé et acquitté par une cour martiale, reçut du secrétaire de la guerre l’ordre de retourner à la Nouvelle-Orléans et d’y reprendre son commandement. Wilkinson y arriva le 8 de Juin.

Des copies authentiques des derniers actes du congrès étant parvenues, au commencement de Juin, à la Nouvelle-Orléans, Poydras qui avait été le président de la convention, lança une proclamation pour l’élection d’un gouverneur et des membres de la législature, en vertu des pouvoirs dont il était revêtu par une cédule annexée à la constitution.

Claiborne, le gouverneur territorial, et Villeré, le fils de ce Louisianais qui avait été assassiné par les bayonnettes espagnoles en 1769, furent les deux candidats qui obtinrent le plus de voix.

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En vertu de la section 2 de l’article 3 de la constitution, Claiborne et Villeré furent balottés par les chambres, et Claiborne qui avait obtenu la majorité des voix du peuple et qui en effét était devenu justement populaire, fut dûment elu par les chambres.

Dès que la législature fut assemblée, elle s’occupa de la proposition du congrès relativement à l'extension des limites de Etat et elle eut la sagesse de l’accepter. Elle décréta que les habitans du territoire qui devait être incorporé dans l’Etat, aurait droit à trois sénateurs et à six membres dans la chambre des représentans.

La législature jugea à propos d’attendre que les nouveaux membres qu’elle s’était donnés vinssent prendre place dans son sein, avant de s’occuper de l’organisation du pouvoir judiciaire. En conséquence, elle ajourua jusqu’au 28 Novembre.

A cette seconde session de la législature, une cour suprême, des cours de district et de paroisse furent organisées. La première fut composée de trois juges: Hall, Mathews et Derbigny. L'Etat fut divisé en sept districts judiciaires dans chacun desquels siégeait un juge qui avait la même juridiction dans son district que celle des juges de la cour supérieure du territoire.

Aucune modification ne fut faite aux cours de paroisse, excepté celle de la Nouvelle-Orléans à laquelle fut donnée unc juridiction égale à celle

d’une cour de district.

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Le 18 Juin, le congrès des Etats-Unis déclara la guerre à la Grande Bretagne.

Le 12 Février 1818, le congrès autorisa le président des Etats-Unis à s’emparer de toute la partie de la Floride occidentale, située à l’ouest de la rivière Perdido. Le président chargea Wilkinson de Pexécution du vœu du gouvernement. Cette expédition que le général entreprit aussitôt,ne lui présenta pas de grandes difficultés à surmonter, Le fort Charlotte qui n’avait qu’une garnison de 150 hommes capitüla dès qu’il fut sommé de se rendre. Après avoir construit quelques fortifications à la Mobile, Wilkinson revint à la Nouvelle- Orléans où il reçut l’ordre de rejoindre l’armée américaine sur Îes frontières du Canada. Le général Flournoy, de la Georgie, fut son successeur. Vers la fin de Décembre, Flournoy, en vertu des instructions qu’il avait reçues du gouvernement général, demanda que,‘ pour le service des Etats- Unis, mille hommes de la milice de l'Etat, fussent mis à sa disposition pendant six mois, à moins qu’ils ue fussent plutôt licenciés. Claiborne acquiesça à cette demande que justifiaient les circonstances et les mille hommes furent fournis.

En 1814, on reçut à Washington la nouvelle que Napoléon était tombé du trône où son génie l’avait élevé et que Louis XVIII, accompagné des bayonnettes étrangères, était revenu affaisser sous son poids gothique les monceaux de lauriers qui con-

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vraient la France. Cet événement faisant cesser la guerre en Europe, permettait à l’Angleterre d’employer toutes ses forces contre les Américains. Aussi, le président des Etats-Unis, s’adressant aux gouverneurs des Etats respectifs, leur demanda une levée de 95,500 hommes pour résister aux differentes invasions auxquelles on s’attendait de la part de l'Angleterre. (Conjecturant que les Anglais chercheraient à envahir la Louisiane, il écrivit à Claiborne de mettre toute la milice sur pied et de faire avec celérité tous les préparatifs de défense dont l’Etat etait susceptible.

En effet, l’orage s’était formé et s’approchait des côtes de l’Amérique. Au commencement du mois d’Août, le brick l’Orphée était arrivé dans la baie d’Apalachicola, ayant à bord plusieurs officiers anglais et des pièces d’artillerie. Ils avaient pour but de conclure un traité affensif avec les Indiens et de les porter à se joindre aux trupes anglaises dans l’attaque qu’ils méditaient sur *a Mobile dont ils voulaient se servir comme d’un point d’opérations contre la Louisiane. Ils réussirent à séduirr les Chactas et les Creeks auxquels ils fournirent des armes et qu’ils tachèrent de discipliner.

Peu de tems après, le colonel Nicholls arriva à Pensacola. Il était parti des îles Bermudes avec quelques compagnies d’infanterie et s'était arrêté à la Havane dans l’espoir d'obtenir du capitaine général de l’ile de Cube, des chaloupes canvnnières

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et la permission de débarquer à Pensacola ses troupes et son artillerie. On lui refusa les secours qu’il demandait; mais il est probable que le capitaine général ne fit aucune objection serieuse à ce qu’il débarquât à Pensacola, puisque les officiers espagnols qui commandaient la garnison de cette ville, lui permirent de s’y établir et violèrent ainsi la neutralité qu’ils étaient tenus d’observer. Le colonel Nicholls ayant assis à Pensacola son quartier général, eut l’inroncevable folie de croire qu’il produirait sur les Louisiänais une impression favorable en leur adressant une proclamation dont j’offre ici un court abrégé.

‘ Louisianais, les Anglais viennent libérer votre # 80] natal du joug d’un gouvernement faible et ‘6 sans foi. Il est inutile de songer à résister aux ‘6 forces supérieures contre lesquelles vous auriez ‘6 à lutter, si vuus vouliez les repousser. Notre ‘ seul but est de inettre fin à l’usurpation des Etats- ‘6 Unis et de rendre le pays à ceux qui en ont toués jours été les véritables et légitimes propriétaires. ‘6 Bannissez toute crainte, et soyez sûr que Îes An- ‘ glais feront preuve en Amérique de la même 66 bonne foi et du même désintéressement qui les ‘6 ont distingués en Europe. Nous vous délivre- ‘6 rons des taxes qui vous ont été imposées pour ‘6 subvenir aux frais d’une guerre injuste, et vos ‘6 propriétés, vos lois, votre religion, votre paix et ‘6 votre tranquillité seront placées sous la protec-.

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* tion d’hommes qui n’ont jamais souffert aucune ‘6 violation de leurs droits et qui, par cela même,

+ savent respecter ceux des autres.

‘6 Espagnols, Français, Italiens et Anglais, nous ‘6 comptons sur votre assistance. Un drapeau es- 56 pagnol, français ou anglais protégera toute mai- ‘ son où il flottera et nul indien n’en passera le ‘6 seuil sacré.

56 Des factieux ont précipité le gouvernement des 66 Etats-Unis dans une guerre odieuse contre la ‘6 Grande Bretagne, au moment où elle seule sou- ‘6 tenait tout le poids de l’Europe abattue et gémis- ‘6 sante sous les pieds du tyran le plus infame et le ‘6 plus formidable qui ait jamais deshonoré la forme ‘é humaine. Maintenant que l’Europe est libre et ‘6 heureuse, la Grande Bretagne va punir enfin la ‘6 perfidie de son ennemie.”

Ce document curieux contenait aussi un appel aux Kentuckiens, par lequel Nicholls les invitait à la trahison, en leur présentant un tableau brillant des avantages qu’ils retireraient d’une union avec la Grande Bretagne. Pour l’accomplissement de de ces promesses, il leur donnait, disait-il, la plus sûre des garanties, l’honneur d’un officier anglais.

L’on sait qu’une étrange erreur avait propagé en Europe la ridicule croyance qu’en Amérique Phomme dégénéré n’avait plus qu’une ame frappée de stérilité et ne connaissait plus ces nobles aspir\tiors du cœur et de l’esprit qui lui rappellent

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Lorsque l'ile de la Guadeloupe fut prise par les Anglais, la plupart des corsaires qui avaient été commissionnés par le gouvernement colonial ne pouvant plus trouver un abri dans les Indes occidentales, avaient cherché un asyle dans le lac Barataria, à l’ouest de la ville de la Nouvelle-Orléans.: A l’expiration des commissions qui leur avaient été données par le gouverneur de la Guadeloupe, ces hommes s'étaient rendus à Carthagèneoùils avaient obtenu des commissions qui les autorisaient à capturer les navires espagnols, et Barataria était le dépôt genéral de toutes les captures qu’ils faisaient. On comprend sous le nom de Barataria toute cette partie du golfe du Mexique située entre l’embouchure occidentale du Mississippi et celle de la rivière ou bayou Lafourche. Près de la mer, entre le Mississippi et le bayou Lafourche, il y a une chaîne de lacs de différente largeur qui se communiquent et qui offrent un port sûr et commode à des embarcations légères. Là, ces corsaires avaient établi un petit village où des contrebandiers des Attakapas, de Lafourche, des bords du Mississippi et de la ville même de la Nouvelle-Orléans, venaient y apporter des provisions dont ils avaient un débit avantageux et acheter des marchandises et des nègres qu’ils avaient à vil prix. Non seulement les corsaires de Barataria faisaient une contrebande active, mais ils avaient fini par devenir des pirates qui infestaient nos côtes et commettuient

d’horribles déprédations dans le golfe du Mexique. Lé gouvernement des Etats-Unis et celui de l'Etat avait toujours différé do mettre fin aux excès de ees bandits Cependant le commodore Patterson venait de recevoir l’ordre de disperser ces contempteurs des lois. La corvette, la Caroline, devait attaquer leur établissement par mer, tandis que le colonel Ross avec le quarante-quatrième régiment, l’investirait par terre. Ces deux officiers se préparaient alors à cette expédition.

Le 31 d’Août, le colonel Nicholls écrivit à Lafitte qui était un des caractères les plus marquans parmi les corsaires de Borataria, pour lui offrir le grade de capitaine s’il voulait entrer au service de la Grande Bretagne et aider à l’invasion de Ja Louisiane dont le gouverneur avait mis sa tête à prix. Ceux de ses compagnons qui suivraient son exemple et qui s’enroleraient sous les drapeaux anglais devaient obtenir de larges concessions de terre après la paix. Lafitte était célèbre par son audace: et la connaissance exacte qu’il avait du pays, de ses forces et de ses ressources, l’aurait rendu une acquisition précieuse pour l’ennemi. Le 3 Septembre, cette lettre fut portée à Barataria ot remise à Lafitte par deux officiers anglais. Celui-ci, leur laissant entrevoir quelque espoir de succès, les retint sous différens prétextes et leur demanda un délai de quinze jours avant de donner une réponse definitive. Dans l’intervalle, il envoya à un marchand

du Mexique.

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de Nicholls en le priant de les soumettre au gouverneur. Non content de cela, il offrait à l'Etat ses services et ceux de ses compagnons, soit pour défendre Barataria, soit pour toute autre chose, pourvu qu’un pardon entier lui fut accordé ainsi qu’à son frère et ses compagnons,et que l’on oubliât tout ce qu’ils avaient fait jusqu’à cette époque. Il terminait en assurant que, si son offre n'était pas acceptée, il s’éloignerait immédiatement,afin de n’être pas soupçonné d’avoir coopéré à l'invasion de la Louisiane. Tant de grandeur d’ame dans un pirate fait croire à la réalité de ces nobles scéiérats dont Byron a tracé de si brillans portraits.

Claiborne, ayant convoqué les principaux oftciers de l’armée de terre et de mer, ainsi que de ka milice, leur communiqua la lettre de Lafitte et les documens qui l’accompagnaient. Tous, à l’exception de Claiborne et du major-général Villeré, furent d’opinion de rejeter les offres de Lafitte et de ses compagnons. Elles furent en effet rejetées, mais acceptées plus tard. Al’expiration du délai fixé par Lafitte, les officiers anglais, ne recevant aucune réponse, retournèrent vers leurs chefs.

Sur ces entrefaites, Claiborne ordonna à la milice que Flournoy avait requise pour le service des Etats-Unis, de se réunir à la Nouvelle-Orléans pour être organisée par le général Jackson qui

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