‹ Essai historique sur la Louisiane [microforme]Chapitre 25 sur 39 · VOL. II. M · texte numérisé non relu

VOL. II. M

avait succédé à Flournoy dans le commandement du septième district militaire.

Le fort Boyer que Wilkinson avait construit à la Mobile, après avoir expulsé la garnison espagnole du fort Charlotte, était situé sur la baie de la Mobile dont il commandait l’entrée. Les Anglais, trouvant que ce point militaire génait les opérations qu’ils méditaient contre la Louisiane, résolurent de s’en emparer. Le commodore Perry, avec une flotte de quatre bâtimens de guerre portant quatre-vingt-dix pièces de grosse artillerie, sept cents hommes de troupes anglaises et six cents indiens, fut chargé de conduire cette entreprise. Le major Lawrence qui command. … ie fort, n’avait qu’une garnison de cent trente hommes et vingt canons. Perry débarqua une partie de ses troupes et établit une batterie qui, de concert avec les vaisseaux, commença une canonnade terrible. Le fort, défendu avec courage, répondit par un feu meurtrier qui endommagea tellement le navire que montait le commodore, qu’il fut obligé de l’abandonner et de le faire sauter. Les autres navires souffrirent si fortement que Perry leva le siège et se retira avec une perte de cent soixante hommes tués et avec environ le même nombre de blessés.

Le 8 de Septembre, l'expédition qui avait été préparée à la Nouvelle-Orléans par le commodore Patterson et le colonel Ross arriva à l’établissement des pirates à Barataria. A la vue des forces imposantes

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Lorsque la flottille anglaise qui avait été repoussée par le fort Boyer revint à Pensacola, le gouverneur permit aux Anglais de mettre des garnisons dans tous les forts de la place. Jackson qui était alors à la Mobile résolut de s’emparer de Pensacola, puisqu’elle était devenue l’asile des ennemis de son gouvernement. En conséquence, il réunit auprès du fort Montgomery sur la rivière Alabama, un corps de quatre mille hommes composé de troupes de ligne et de milice de l’Etat du Tennessee et du territoire du Mississippi, et peu de tems après, il marcha sur Pensacola, et fit halte à deux milles de la ville, le 6 de Novembre.

Le général Jackson envoya le major Peire, un de ses aides-de-camp, au gouverneur espagnol, pour lui déclarer que l’armée américaine ne s’était avancée dans aucune vue hostile à l'Espagne; mais seulement pour empêcher les Anglais, avec qui les Etats-Unis étaient en guerre, de faire d’une ville neutre un arsenal, où ils prépareraient les moyens d’envahir le territoire américain qu’il serait imprudent de laisser exposé à un voisinage aussi dangereux. En conséquence, il exigeait que le gouverneur admit une garnison de l’armée des Etats-Unis dans le fort St. Michel ct le fort Ba-

rancas, jusqu’à ce que !° gouvernement colonial de Pensacola reçût des forces suffisantes pour être en-état de maintenir cette neutralité qu’il devait observer. Le major Peire s’avança au petit pas, portant un pavillon blanc, en signe de sa qualité de parlementaire. L’un des forts fit feu et l’obligea de se retirer, mais il eut le tems d’examiner le fort et il vit distinctement qu’il était occupé par des troupes anglaises, quoiqu’il fut sous pavillon espagnol. Cependant, Jackson avait été informé que la veille, le pavillon anglais y flottait auprès du pavillon espagnol.

Au retour de Peire, Jackson envoya un prisonnier porter au gouverneur une lettre par laquelle il lui demandait une explication de sa conduite. Un officier espagnol arriva peu de tems après avec une lettre du gouverneur, dans laquelle celui-ci assurait au général américain qu’il n’avait point autorisé ce qu’on avait fait, et que si un messager lui était envoyé de nouveau, il Jui ferait l’accueil d’usage. Alors, Jackson résolut de faire une nouvelle tentative et ordonna au major Peire d'aller délivrer au gouverneur le premier message dont il avait été chargé. Il était minuit lorsque Peire arriva à Pensacola. Le gouverneur ayant rejeté la proposition de Jackson, Peire lui déclara que les Américains auraient recours à la force.

Le lendemain, l’armée américaine marcha vers Pensacola sur trois colonnes et suivit le bord de la

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mer afin d'éviter le feu du fort St. Michel. Lorsqu'elle arriva en vue de la ville, Jackson ayant remarqué que son artillerie s’enfonéait dans le sable et ne pouvait avancer plus loin sans de grandes dificultés, ordonna à la colonne du centre de charger. Cette colonne se précipita dans la principale rue où elle emporta à la bayonnette une batterie espaguole de deux pièces d’artillerie.

Le gouverneur parut alors avec un drapeau blanc et déclara qu’il était prêt à accepter les propositions du général américain. Jackson en ayant été informé, se rendit à la maison de l’intendant qui lui assura, de concert avec le gouverneur, que les arsenaux, les forts et les munitions de guerre lui seraient livrés. D’après cet engagement, le général américain fit cesser les hostilités et sortir ses troupes de la ville.

Malgré les assurances du gouverneur et de l’intendant, les forts ne furent pas livrés. Tndigné do cette perfidie, Jackson se préparait à attaquer le fort St. Michel, lorsque l’officier qui le commandait, baissa son pavillon, avant qu’un seul coup fut tiré et livra la forteresse.

Les troupes étaient en marche pour attaquer Barancas, lorsque les Anglais le firent sauter et regagnèrent leurs vaisseaux.

Peu de tems après, l’armée américaine revint à la Mobile.

La seconde législature de l'Etat commença sa première session, le 10 Novembre 1814. Le gouverneur Claibôrne, dans le message qu’il adressa aux chambres, leur apprit que chaque partie de PEtat avait fourni avec empressement le nombre de compagnies qu’il en avait requises, et leur dit qu’il avait observé avec la plus vive satisfaction l’ardeur patriotique qui animait tous les Louisianais et qui était un gage certain de leur fidélité et de leur dévouement à l’union américaine. Plus tard, ces mêmes Louisianais dont leur premier magistrat avait loué ainsi le civisme devaient éprouver la douleur d’être soupçonnés de trahison par des hommes qui ne les voyaient qu’avec l’œil louche du préjugé.

Le général Jackson arriva à la Nouvelle-Orléans le 2 Décembre, et le jour suivant, il descendit le fleuve pour inspecter le fort St. Charles à Plaquemines et les autres fortifications que l’on construisait sur la rive opposée. Les victoires du général sur les Indiens lui avaient déjà acquis de la célébrité, et la fermeté et le talent dont il avait fait preuve dernièrement à Pensacola, avaient produit une impression favorable à la Louisiane. Aussi, la législature passa une résolution par laquelle elle lui témoignait sa reconnaissance pour les services signalés qu’il avait récemment rendus à la tête de sa brave armée. Cette résolution fut présentée au général par un comité réuni des deux chambres.

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Le moment de la crise approchait et le sort des armes allait décider des destinées de la Louisiane. Car l’on avait appris qu’une flotte de quatre-vingts voiles, commandée par l’amiral Cochrane,était en vue du port de Pensacola et que l’on en attendait le double. L'opinion générale désignait la Nouvelle-Orléans comme le point menacé.

Le ;s’utenant Jones qui commandait sur le lac Borgne une petite flotte composée d’une corvette et de cinq chaloupes canonnières, reçut l’ordre de reconnaitre les forces de l’ennemi, et en cas qu’il fut poursuivi, de retraiter jusqu’aux Rigolets et d'y défendre ces T'hermopyles des eaux jusqu’à la dernière extrémité. Les Rigolets forment un canal étroit et peu profond qui unit le lac Borgne au lac Pontchartrain. Dans cette position, Jones aurait pu opposer une résistance heureuse aux forces dirigées contre lui. (Ce plan était sage, mais il était décrété qu’il ne serait pas exécuté. Jones resta, jusqu’au 12, aux environs de l'Ile aux Vaisseaux d’où il fut chassé par l'approche de l’ennemi,et prit position en arrière, près de l’Ile Malheureune.

Le 43, Jones s’étant aperçu que l’ennemi s’avançait dans l'intention de l’attaquer, leva ses ancres pour se diriger vers les Rigolets. Après avoir surmonté de grances difficultés causées par le peu d’eau qu’il trouva dans les passes et qui permettait à peine à ses chaloupes de flotter, il parvint le lendemain, à une heure du matin, à la passe occiden-

tale de l’le Malheureuse, et au point du jour, ii vit que l’on avait cessé de le poursuivre.

Il y avait dans la baie de St. Louis plusieurs dépôts de munitivns et d’approvisionnemens que Jones avait envoyé chercher par la corvette, le Cheval Marin. Le commandant de cette corvette, se trouvant dans l’impossibilité d’exécuter les ordres de Jones, détruisit ces dépôts, et se voyant cerné par l'ennemi, fit sauter son navire et effectua sa retraite par terre.

Dans la matinée du 14, Jones vit les bateaux des ennemis s’approcher à force de rames de sa petite flotte, lorsqu'il ne pouvait ni lutter contre leur nombre, ni ler- échapper. Les vents semblaient endormis, le alme le plus profond régnait sur le lac, et un courant rapide qui se portait vers la mer lui otait tout espoir d’atteindre les Rigolets. Il ne restait plus qu’à faire payer cher à l’ennemi sa victoire. En effet, quel est l’homme libre et digne de l’être qui, en combattant sous les yeux de la patrie, a mis bas les armes, lorsque son bras pouvait encore les soutenir ! Quarante-trois bateaux anglais montés par douze cents hommes et portant chacun une pièce d’artillerie, s’avancèrent de front. À onze heures, le feu commença, et l’action devint générale. Malheureusement, deux des chaloupes canonnières des Américains, perdirent leurs ancres et furent entrainées par le courant en avant de leur ligne de bataille. L’ennemi sc forma en trois divi-

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sions. Celle du milieu se porta sur notre centre où se trouvait le lieutenant Jones et l’ayant abordé deux fois, fut deux fois repoussée. Jones, ayant été grièvement blessé, Parker lui succéda et défendit vaïllamment la bannière étoilée, jusqu’à ce qu’il fut mis hors de combat par ses blessures. Alors, sa chaloupe fut prise à l’abordage. Après une résistance obstinée, le reste de la flotte fut obligée de se rendre. Les Américains n’étaient qu’au nombre de cent quatre-vingt-deux, et n’avaient que vingt-trois pièces d’artillerie. Ils n’eurent que dix hommes tués, et trente-six blessés. Les Anglais perdirent trois cents hommes, et deux bateaux qui furent coulés. Ce combat, dont l’issue fut malheureuse, n’en est pas moins un des beaux faits d’armes dont s’honorent les annales américaines. Le triomphe fut pour l'Anglais qui réussit par le nombre, mais la gloire fut pour le vaincu.

La destruction de la petite flotte américaine laissa l'ennemi maître absolu des lacs à l’est de la Nouvelle-Orléans et lui en livra un accès facile, La crise devenait réellement alarmante. La Nouvelle-Orléans, ne comptait dans son sein que sept cents hommes du septième et quarante-quatrième régiment des Etats-Unis, mille hommes de milice, etenviron cent cinquante hommes de la marine. On attendait, il est vrai, trois mille hommes de la milice du Tennessee, sous le général Carroll; douze cent cinquante carabiniers du même Etat, comman-

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On espérait aussi des secours du territoire du Mississippi et l’on calculait que les forces totales se monteraient à-douze mille hommes, dont il fallait néanmoins répartir un grand nombre dans les différentes sections de l’Etat, pour tenir les nègres en échec. Mais l’ennemi était plus près de la ville que les trois quarts de ses défenseurs.

Qnoïque la population .de la Nouvelle-Orléans fut composée d’hommes de toutes les nations, elle était aussi patriotique que celle d’aucune autre ville de l’Union et l’on pouvait compter sur le zèle et le courage avec lequel elle défendrait ses foyecs. Les Espagnols étaient en petit nombre; et bien qu’ils eussent désiré peut-être voir la Louisiane rentrer sous la domination de Ia nation à laquelle ils appartenaient, ils ne sentaient aucune sympathie pour les Anglais et se méfiaient de cette foi punique qui les a rendus si célèbres. Etaient-ce les Françaïis qui eussent favorisé les Anglais? L'’épée française peut-elle ne pas jaïllir de son fourreau par un mouvement irrésistible, à la vue des soldais de la Grande Bretagne? Non sans doute, et si le monde venant à s’écrouler, ne laissait debout qu’un espace assez grand pour porter un Anglais et un Français, ces deux rivaux se disputeraient encore ce débris du globe. Quant aux Louisianais, pouvaient-ils ne pas courir avec ardeur au combat,

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SUR LA LONTISIANE. 148

lorsque la smnteté du sol natal était profanée? Pouvaient-ils, pâlir dans le véritable champ de honneur, ceux dont le sang trop bouillant coulait tous les jours dans des duels clandestins? Non sans doute, et la Louisiane qui a adopté tant de citoyens de tous les Etats de la terre, devait saisir avec enthousiasme l’occasion de prouver ‘qu’elle savait aussi naturaliser la gloire.

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