‹ Essai historique sur la Louisiane [microforme]Chapitre 26 sur 39 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

2 Faire

Jackson proclame que la Nouvelle-Orléans et ses environs sont soumis à l’empire de la loi martiale, Les corsaires de Barataria, d’après une résolution de la législature en leur faveur, prennent du service dans l’armée américaine. Mesures de la législature relatives à la défense de l'Etat. Arrivée du général Carroll et du général Coffee. Débarquement des Anglais par le canal Villeré. Proclamation de Cochrane. Bataille du 23 Décembre. La Caroline prend feu et saute. Engagement du 28. Mésintelligence entre la législature et

À le général en chef. Des explications satisfaisantes sont don-

nées par Jackson et l’harmonie renait. Arrivée du major géné-

ral Thomas et du brigadier général Adair. Décrêt de la législature pour fournir des vêternens aux troupes auxiliaires.

Donations faites par kes citoyens dans le même but. Bataille

du 8 Janvier. Les Anglais sont repoussés avec des pertes

énormes. Le colonel Thornton attaque avec succès les re-

tranchemens de Morgan sur la rive droite du fleuve. Le 9

Janvier, une escadre anglaise commence le bombardement

du fort St. Philippe. Le 17, elle sc retire. Les Anglais

évacuent la Louisiane, le 18 Janvier. Jackson ramène ses | troupes à la Nouvelle-Orléans, le 20 Janvier. Le 23, un | te deum solennel est chanté dans la cathédrale. Réflexions.

PAR une inconcevable fatalité, il parait que Claiborne ct Jackson prétèrent tous deux, momentanément,une oreille crédule à de vils calomniateurs qui leur persuadèrent que la Louisianc était remplie

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d’espions et de traitres, au moment même où la population entière se levait en masse pour refouler loin de ses foyers l’ennemi qui oserait les souiller par sa présence. Le gouverneur lui-même, dit le juge Martin dans son histoire sur la Louisiane,écrivait, dans le mois de Septembre, au général Jackson: Je crois, comme vous, que notre pays est plein de traitres et d’espions. Heureusement, ces imputations injurieuscs sont victorieusement réfutées, non par des assertions qui, dans la bouche des hommes, sont souvent soupçonnées de partialité, d’errcur, de mauvaise foi et de fausseté, mais par des faits qu’il est impossible de révoquer en doute.

Le 22 de Novembre, Rouflignac, comme rapporteur d’un comité nommé par la législature pour s’enquérir des moyens de défense que l’on pourrait trouver dans l'Etat, fit un rapport qui fut soumis à Claiborne et Jackson.

Le ? de Décembre, le commodore Patterson présenta à la législature un plan de défense qu’il avait conçu pour empêcher les Anglais de remonter le fleuve, s’ils en faisaient la tentative. Ce plan fut aussi renvoyé à Jackson comme en étant se meilleur juge.

Le 13 Décembre, la législature sanctionna un emprunt de vingt mille piastres que Claiborne avait fait, avant qu’elle fut assemblée, pour l’achat de matériaux nécessaires à la construction des forti-

fications projetées et décréta une somme addi- VOL. IL. N

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tionnelle de onze mille piastres. Elle requit le gouverneur de recommander aux habitans de la paroisse d’Orléans et des paroisses environnantes de placer à la disposition de Jackson tous les nègres dont ils pourraicnt disposer,afin de fa:.:!iter la construction des fortifications. On obéit à cette requisition avec tant d’ardeur que Jackson fut obligé de renvoyer la moitié des esclaves que mn habitans mirent à ses ordres. où

D’après les avis de Patterson et de Jackson Claiborne proposa, mais en vain, à la législature de suspendre le writ de l’habeas corpus, afin de faciliter les opérations militaires du commodore et du général, et afin de donner plus de latitude à leur autorité, dans un moment où il ne fallait songer qu’à combattre.

Le 16 Décembre, Claiborne envoya à la législature un message par lequel il recommandait un ajournement de vingt-cinq jours, en disant que l’ennemi étant aux portes de la ville, il était convenable que chaque citoyen eut les armes à la main. La législature, pensant qne dans une crise aussi alarmante, il était du devoir des représentans du peuple de rester assemblés, n'accucillit point la recommandation de Claiborne,

‘ Ilétait évident que Jackson désirait ardemment l’ajournement de la législature et la suspension du writ de l’habeas corpus. Il sentait en effet que, dans une ville assiégée, il faut qu’il n’y ait qu’une volonté et une volonté toute puissante.

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Le général, n’ayant pes réussi dans ses deux mesures favorites, dont il attendait un résultat avantageux” pour son pays, annonça par une proclamation que la Nouvelle-Orléans et ses environs étaient strictement placés sous l'empire de la lui martiale, et publia les ordres suivans:

66 Tout individu venant en ville se présentera au bureau de l’adjudant général, et s’il y manque, il sera arrêté et soumis à un examen,

Nul ne pourra sortir de la ville ou du bayou St. Jean sans un passe-port du général en chef ou d’un officier de son état major.

Nul navire, bateau, ou embarcation ne sortira de la ville ou du bayou St. Jean, sans le passeport sus-dit, ou sans un passe-port du commodore Patterson.

Les lampes de la ville seront éteintes à neuf heures du soir,et toute personne trouvée saus passeport après cette heure, dans les rues, sera arrêtée comme espion et soumise à un examen.”?

Les corsaires de Barataria désiraient vivement entrer au service des Etats-Unis pour s’opposer à l’invasion des Anglais, mais ils étaient retenus par la crainte d’êtro arrètés et poursuivis. La législature,présumant avec raison que les connaissances militaires et le courage de ces hommes pourraient les rendre d’utiles auxiliaires, passa uno résolution, le 17 Décembre, par laquelle Jackson était invité à demander au président des Etats-Unis un par-

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don entier jjour ceux de ces corsaires qui se joindraient à l’armée américaine. Le gouverneur fut aussi requis de prier l’avocat des Etats-Unis, à la Nouvelle-Orléans, de cesser. toute poursuite contre ceux de ces mêmes hommes de Barataria qui se trouvaient alors en prison, à condition qu’ils serviraient les Etats-Unis pendant toute la durée de la guerre. (Claiborne ayant annoncé par une proclamation cette résolution de la législature, les corsaires se présentèrent en foule pour se ranger sous l’étendard américain.

Tous les citoyens étant obligés de prendre les armes, d’abandonner leurs domiciles et de renoncer à leurs affaires particulières, la législature pass: un acte pour empêcher tout protét de billets et d’obligations quelconques et pour défendre l’institution de tout procès pendant l’espace de quatre mois. ‘

Le général Carroll arriva,le 19 Décembre,avec une brigade de deux mille cinq cents T'énessiens, et fut joint, le jour suivant, par le général Coffee, à la tête de douze cents carabiniers du même Etat.

La législature, sur motion de Louaillier, nomma un comité à la disposition duquel elle plaçga une somme de deux mille piastres pour subvenir aux besoins des milices, et ce comité était chargé de faire un appel à la générosité des citoyens et de recevoir leurs donations.

Le 20 Décembre, les forces de la Nouvelle-Or-. léans se montaient à six ou sept mille bommes qui

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étaient animés du meilleur esprit. Il y avait à la Nouvelle-Orléans un grand nombre de Français non naturalisés qui s’empressèrent de prendre les armes, à l’invitation même du consul français, le chevalier de Touzac qui avait perdu un bras pendant la guerre de la révolution américaine; les citoyens que leur âge exemptait d’être. enrolés avaient volontairement formé des compagnies de vétérans pour la protection de la ville; femmes, enfans, vieillards, tous sentaient les élans du patriotisme le plus pur, ’

Le 21 Décembre, le major général Villeré, ordonna à son fils, le major Villeré, de faire occuper par un détachement du troisième régiment de la milice de l'Etat, un village de pêcheurs espagnols, situé sur la rive gauche du bayou Bienvenu, à une distance d'environ un mille et demi du lac Borgne. Lo village qui était habité par trente ou quarante pêcheurs fut trouvé désert. L’oflicier qui commandait le détachement envoya quelques hommes dans un bateau jusqu’au lac pour s’assurer si l’ennemi n’était pas aux environs. Le jour suivant, au point du jour, la même précaution fut prise, Vers le soir, trois hommes qui étaient partis du Chef-Menteur et qui avaient traversé le lac, déclarèrent qu’ils n’avaient pas vu une seule barque de l’ennemi.

Un peu après minuit, la sentinelle placée au dessous du village donna l’alarme. Cinq bateaux

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portant de l’artillerie, et remplis d’hommes armés, remontaient le bayou. L’officier qui occupait le village, pensant que ses forces étaient trop faibles pour songer à opposer aucune résistance à l’ennemi, ordonna à ses compagnons de se cacher derrière une des cabanes des pêcheurs. Ils n’en furent pas moins découverts et faits prisonniers, à l’exception d’un seul qui s’échappa au travers les prairies et qui, s'étant égaré, n’arriva au Chef-Menteur que trois jours après.

La première division de l’armée anglaise composée de trois mille hommes et commandée par le général Keane se dirigea vers le fleuve par le bayou Bienvenu et le canal Villeré. On se doutait si peu de l'approche de l’ennemi,et la sureté dans laquelle on croyait être, avait tellement endormi toute vigilange, que le major Villeré qui occupait la maison de son père avec une compagnie de milice ne fut averti du danger qui le menaçait que lorsque des officiers anglais entrérent dans son salon et lui déclarèrent qu’il était leur prisonnier. Quoique sa surprise fut forte, le major Villeré fit preuve d’une rare présence d’esprit. Passer dans le cabinet voisin, se jeter par la fenêtre, essuyer le feu des pistolets de l’ennemi, ne fut pour lui que l’affaire d’un moment. Les Anglais étonnés se regardaient encore, lorsque le major franchissant barrières et fossés, était déjà loin de toute poursuite et dirigeait sa course vers la ville. Ses compagnons moins heureux que lui furent tous faits prisonniers.

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* Jackson apprit le débarquement des Anglais à deux heures et demie de l’après midi, Aussitôt, il résolut de marcher à leur rencontre et se fit précéder par un détachement et deux pièces d'artillerie; à quatre heures, les généraux Carroll et Coffee qui étaient campés à quatre milles au dessus de la Nouvelle-Orléans, l’avaient traversée et avaient pris position à deux milles au dessous de la viiie avec les dragons du Mississippi et les carabiniers d’Orléans. Un bataillon d’hommes de couleur, le quarante-quatrième régiment de ligne ct un bataillon des milices de la ville les joignirent peu de tems après. Le commodore Patterson, à bord de la corvette des Etats-Unis, la Caroline, descendit le fleuve pour chercher l’ennemi.

Claiborne, avec deux régimens de la milice de P'Etat et une compagnie de cavalerie, prit position en arrière de la ville sur le chemin de Gentilly pour s’opposer à l’ennemi, s’il venait par le Chef- Menteur.

Il paraît que les Anglais comptaient autant sur l’éloquence de leurs proclamations que sur la force de leurs armes. Car on arrêta à quelques milles au dessous ile la ville un nègre qui distribuait des copies d’une proclamation adressée aux Louisianais par l’amiral Cochrane et le général Keane. Cette proclamation les engagcait à rester paisibles chex eux, leur assurait que leurs propriétés et leurs personnes seraient respectées et leur apprenait que

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les Anglais n’étaient en guerre qu’avec les Américains L’armée en marchant au devant des envahisseurs, trouva sur la route plusieurs copies de cette proclamation qui avaient été fixées aux barrières.

À sept heures du soir, la Caroline jeta l’ancre en face de la batture de l’habitation du major général Villeré, et à une portée de mousquet du camp des Anglais Ne se doutant pas de la nature et des intentions hostiles du navire, et croyant au contraire qu’il n’était que d’un caractère mercantile et paisible, ils accoururent sur la rive pour l’examiner. Pendant qu’ils cherchaient à satisfaire leur curiosité, la Caruline les salua de sa bordée et en étendit une centaine sur la place. Après quelques miutés de consternation, l’ennemi répondit par un feu de mousqueterie et par des congrèves. Mais k. la canonnade de la Caroline fut si meurtrière que les | Anglais abandonnèrent leur camp et s’éloignèrent À | des bords du fleuve.

| Au même moment, le colonel Pratt avait attaque | un avant-poste de l’ennemi, placé sur le grand chemin, en face de l’habitation du colonel Lacoste, et | l’avait forcé de se replier.

Le septième régiment de ligne s’avança par têtes de compagnies jusqu’à la distance de trois cents pieds de l'ennemi et se formant par bataillons, commença l’attaque. Le quarante-quatrième survint et se déploya à la gauche du septième. Une

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batterie de deux pièces d’artillerie fut établie à la droite sur le grand chemin et fut protégée par le corps des soldats de marine. Le, combat devint alors général des deux côtés. L’ennemi n’obtenant aucun avantage en nous combattant de front, résolut de tourner notre gauche et notre droite. À gauche, le septième régiment, afin de déjouer cette manœuvre, fut obligé de faire un mouvement oblique. Néanmoins, l’ennemi s’approchait silencieusement à Ja faveur des ombres de la nuit, pour contourner la troupe de ligne, lorsqu'un obstacle inattenäu l'arrêta. Des accents chers à la victoire, qui, pendant vingt ans, firent trembler le monde et qui des pyramides d'Egypte jusqu’aux colonnes d’Alcide grondaient comme la foudre, troublèrent leurs cœurs et jetèrent le désordre dans leurs rangs. Par Le flanc gauche, en avant, marche! C’étaient deux bataillons de la milice de l'Etat et quelques Indiens que faisaient mouvoir ce commandement français. Ils s’avancèrent en colonnes serrées et se déployèrent sous le feu même de l’ennemi qu’ils forcèrent à so retirer et qui profita pour battre en retraite d’un vent léger qui s'était élevée et poussait la fumée sur nos troupes.

Dans cet intervalle, le général Coffee suivi d’une compagnie de carabiniers louisianais et de sa division, avait tourné la gauche de l'ennemi et était tombé sur son arrière garde. Les carabiniers pénétrèrent dans le camp même des ennemis, où

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ils firent plusieurs prisonniers, mais lorsqu'ils voulurent suivre la division de Coffec qui s’était porté vers la droite, ils tombèrent au milieu d’un corps d’Anglais qui reñtraient dans'leur camp, et la plupart furent faits prisonniers. Coffee prit position ea avant de la vieille levée et continua avec succès un feu meurtrier.

À neuf heures et demie, l’ennemi était rentré dans son camp où il passa la nuit sous les armes et sans oser allumer des feux.

Jackson, pensant qu’il serait dangereux de poursuivre l’ennemi dans une nuit obscure,se reporta à quelque distance en arrière et y forma san camp.

À onze heures et demie, on entendit un bruit de mousqueterie dans la direction de lhabitation Jumonville qui est voisine de celle de Villeré. C'était un engagement entre un corps de l’ennemi et un détachement de trois cent cinquante hommes sous les ordres du général Morgan, qui avait été stationné au Deétour des Anglais. Lorsque ce détachement apprit le débarquement des Anglais, il voulut marcher à sa rencontre, mais Morgan n’ayant pas reçu d’ordre du général en chef, s’y refusa. Quand le feu de la Caroline et les détonnations de l’artillerie et de la mousqueterie annoncèrent que la bataille était engagée, les officiers et les soldats demandèrent à marcher avec des clameurs si pressantes que Morgan ne put s’y refuser. Il était arrivé au chemin qui conduit à la Terre-aux-Bœufs

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pendant le moment le plus critique de la bataille, mais il ne parvint à l’habitation Jumonville qu’après que le feu eut cessé. Là, le détachement de Morgan rencontra des troupes ennemies avec les quelles elle échangea des décharges de mousqueterie. L’ennemi se retira promptement derrière le canal Jumonville. L’obscurité de la nuit empêchant Morgan de découvrir le nombre de ses adversaires, il re jugea pas prudent de les poursuivre et prit position à quelque distance da canal. Au point du jour,s’étant consulté avec ses officiers, il battit en retraite.

L’ennemi qui avait reçu des renforts pendant l’action,comptait cinq mille hommes dans ses rangs. Leur perte se monta à quatre cents hommes. Les Américains n’en avaient que deux mille. Ils eurent vingt-quatre hommes tués, cent quinze blessés, et soixante-quinze faits prisonniers.

Le 24, à quatre heures du matin, Jackson fit camper sa petite armée sur la rive gauche du canal Rodriguez à environ deux milles du champ de bataille, après avoir laissé en face de l'ennemi les carabiniers à cheval du Mississippi et les dragons de Féliciana, pour observer ses mouvemens. Un retranchement épais et solide fut élevé le long du canal qui fut élargi et creusé. La levée du fleuve fut rompue à trois cents pieds plus bas, de sorte quo toute la plaine fut couverte de deux pieds d’eau. D’après l’ordre qu’il reçut du général en chef, le

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général Morgan fit partir du Détour des Anglais un détachement qui s’approcha aussi près qu’il put du camp de l’ennemi et creva la levée qui retenait le fleuve dans son lit Par ce moyen, l’ennemi fut entouré d’eau et se trouva obstrué dans ses mouypmens. |

Jackson sentant que la situation isolée de Morgan dont il était séparé.par toute l’armée anglaise, était extrémement critique, lui fit parvenir l’ordre d'abandonner son camp, d’emporter toutes les pièces d'artillerie qu’il pourrait, de jeter les autres dans le fleuve d’où elles pourraient ètre facilement retirées après Ja guerre, de traverser le fleuve et de prendre position sur la rive opposée cn fâce de la ligne américaine.

Si les ouvertures que Jackson avait faites à la levée du fleuve furent nuisibles aux Anglais en ce qu’elles génèrent leurs marches et leurs évolutions dans la plaine; d’un autre côté, elles leur. furent avantageuses en ce qu’elles augmentèrent le volume d’eau des canaux par lesquels ils étaient venus, leur permirent de les naviguer plus librement et de transporter leur artillerie et toutes les munitions dont iis avaient besoin.

Frans la nuit du 27, les Anglais élevèrent une batterie sur le bord du fleuve et au point du jour, ils ouvrirent un feu terrible contre la Caroline qui était à l’ancre vis-à-vis. La Caroline répondit avec vivacité, mais toutes ses pièces étaient légères, et

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èlle n’en avait qu’une de douze livres qui put atteindre l’ennemi, tandis qu’il était muni de grosse artillerie et que tous ses coups arrivaïent au but. Aussi fut-elle bientôt la proie des flammes, et elle sauta peu après que l’équipage l’eut abandonnée.

Après ce triomphe, les Anglais dirigèrent le feu de. leur batterie contre la corvette, la Louisiane, qui était à l’ancre à peu de distance de la Caroline. Mais elle fut promptement dir vo hors de la portée des canons ennemis.

Dans l’après midi, les Anglais marchèrent vers nos retranchemens, forcèrent nos avant-postes de se replier et passèrent la nuit à établir des batteries sur le terrain qu’ils avaient gagné.

Le 28; au point du jour, l’ennemi attaqua de nouveau nos avant-postes et s’avança par colonnes, précédé de plusieurs pièces d’artillerie dont une partie fut dirigée contre la corvette, la Louisiane, et l’autre contre la ligne de Jackson. La canonpade dura quelque tems; enfin les énnemis ne purent résister aux feux combinés de la corvette et des retranchemens et se retirèrent après avoir perdu trois cents hommes.

À Ja nouvelle du débarquement des Anglais, la législature avait interrompu ses travaux et la plupart de ses membres avaient pris les armes. Cependant tous les jours, à midi,quelques membres qui, à cause de leur âge, s’étaient annexés aux

compagnies des vétérans A nie à garder la ville, VOL. IL:

se réunissaient dans leur salle de délibérations afin d'effectuer. un ajournement diurnal et d’être à même de convoquer le reste de leurs collègues, si des circonstances imprévues l’exigeaient. Le 29, le président du sénat, Fulwar Skipwith, se rendant avec deux de ses collègues à la salle du sénat, conformément à l’ajournement, fut arrêté par une sentinelle qui lui présenta la bayonnette ct lui défendit de monter l’escalier de la maison du gouvernement. : Présumant d’abord que la sentinelle ignorait qu’il fut le président du sénat, Skipwith l'en informa. Néanmoins, la sentinelle persista et lui dit que sa consigne était d’empêècher les membres des deux chambres de la législature de s’assembler. Ayant cherché à s’assurer d’où.partait cet ordre, Skipwith apprit de l’officier de garde que le général Labatut, qui par hazard se trouvait là, avait donné cet ordre. Le président s’adressa aussitôt au général Labâtut pour vérifier le faits et celui-ci lui répondit que le gouverneur lui avait ordonné de faire entourer la maison du gouvernement par une force armée, afin d’empècher la législature de s’assembler, et qu’il avait agi en vertu de cet ordre supérieur. Alors, Skipwith se rendit avec le président de la chambre des représentans auprès du gouverneur pour savoir la cause d’une mesure aussi extraordinaire. Celui-ci répondit qu’il n’avait agi que d’après les ordres du général en chef.

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Le 30, les deux chambres se réunirent dans la salle du conseil de ville, et se trouvant en quorum, nommèrent un comité chargé de s’enquérir auprès du général Jackson, des raisons qui avaient donné lieu aux mesures vivlentes qu’il avait prises envers la législature de Etat.

Le comité s’étant adressé au général pour lui demander les explications qu’il était de son devoir de chercher à obtenir, en reçut la lettre suivante:

AU CAMP CHEZ MACARTY, QUATRE MILL&éS au | DESSOUS DE LA NOUVELLE-ORLÉANS.

Quartiers Généraux, 341 Décembr: 1814. j

Le major général commandant a :'honneur d’accuser la réception de la résolution des deux chambres de l’honorable législature de l’Etat de la Louisiane, actuellement en session, sous la date du 30 de ce mois et à lui communiquée par un comité réuni des deux chambres; à laquelle résolution le général fait la réponse suivante:

Qu’à peine l’engagement entre les armées anglaise et américaine venait de commencer, le 28 du courant; qu’au moment où l’encmi s’avancait et qu’on s’aitendait à le voir incessamment donner Passaut à nos lignes; et le général se portant rapidement à cheval de la droite à la gauche de la ligne, il fut accosté par Mr. Duncan, l’un de ses aides-de-camp volontaires qui venait d’arriver de

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la Nouvelle-Orléans ; que le général observant qu’il était agité, s’arrêta, pensant qu’il pouvait être porteur de quelque information relative aux mouvemens de l’ennemi et jui demanda de quoi il s'agissait; que celui-ci répondit qu'il était porteur d’un message du gouverneur Claiborne, annonçant que l’assemblee générale s’occupait des moyens de livrer le pays à l’ennemi; que lui ayant demandé s’il avait quelque lettre du gouverneur, il répondit négativement; qu’il fut ensuite interrogé au sujet de la personne par laquelle cet avis lui avait été donné, et il répondit qu’il le tenait d’un colonel de la milice. Le général demanda où était le colonel, ajoutant qu’il devait être arrêté et être fusillé si la nouvelle n’était pas vraie; que lui, le général n’y croyait pas. À ceci, Mr. Duncan repliqua que le colonel était retourné à la Nouvelle-Orléana et l’avait prié, lui, Mr. Duncan, de délivrer ledit message. °

Le général était déjà reparti pour continuer de parcourir les lignes, quand Mr. Duncan le rappela et lui dit: Le gouverneur attend des ordres sur ce qu’il doit faire. Le général répondit qu’il ne croyait point à cette nouvelle, mais de dire au gouverueur de faire les perquisitions les plus strictes sur cette affaire, ct si le fait était exact, 1e les faire sauter en l’air. Le général continua sa route et Mr. Duncan retourna en ville. Après l’action, Mr. Duncan revint au camp,et le général lui ayant

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représenté combien il était inconvenant que la remise d’un tel message eut été faite publiquement en présence des troupes, et combien le fait était invraisemblable, il s’excusa sur la grande importance d’une telle nouvelle; et ce fut alors pour:la première fois que le général entendit citer Je nom du colonel Déclouet, comme étant celui de la personne qui avait donné la nouvelle à Mr. Duncan. Le général donne les détails qui précèdent comme établissant en substance les faits auxquels se rapporte la résolution du sénat et de la chambre des représentans de l’Etat de la Louisiane; et il ajoute qu’il n’a donné au gouverneur aucun ordre de s’occuper de la législature autrement que de la manière

ci-dessus exprimée. |

(Signé) ANDREW JACKSON,

Major-Général commandant.

Il parait d’après cette lettre et d’après l'examen des témoins qui furent entendus par le comité d’enquêtes que ce fut Duncan qui induisit le gouverneur

en erreur en lui communiquant des ordres différens

de celui dont il était porteur. Enfin le nuage s’étant éclairci, la bonne intelligence qui régnait entre le général en chef et la législature fut renouée et chacun reporta son attentior vers l’ennemi commun.

Le 1er. Janvier 1815, un brouillard épais nous

déroba jusqu’à huit heures les mouvemens de Paro*

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mée anglaise. Tout d’un coup, trois batteries qui avaient été établies pendant la nuit commencèrent leurs feux. L’une était au bord du fleuve, l’autre près du bois, et la troisième au centre. Une vive canonnade s’engagea. L’ennemi lança une multitude de congrèves, de bombes et de boulets qui ne nous firent aucun mal. À une heure de l’après midi, il abandonna la batterie placée auprès du bois, qui fut presque entièrement démontée,et à trois heures, les deux autres batteries avaient cessé de tirer.

À quatre heures, notre ligne fut renforcé par l’arrivée du major général Thomas qui nous amena six cents hommes de la seconde division des milices de l’Etat. Trois jours après, le major général Thomas et le brigadier général Adair, tous deux du Kentucky,arrivèrent avec deux mille deux cent cinquante hommes des milices de leur Etat et prirent position sur l’habitation Prévost.

L'hiver était extrêmement rigoureux et les milices des Etats du Tennessee et du Kentucky qui, pour la plupart, manquaient de tentes et de vêtemens assez chauds pour les protéger contre l’inclémence de la saison, étaient exposées à de grandes souffrances auxquelles la législature chercha à remédier. Elle décréta une somme de six mille piastres qui furent placées entre les mains d’uu comité chargé de pourvoir aux besoins des généreux auxiliaires qui étaient venus au secours de

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l'Etat, Les habitans de la côte des Allemands envoyèrent au comité la somme de trois mille six cents piastres,-et ceux des Aitakapas, six cents piastres. Les citoyens de la Nouvelle-Orléans souscrivirent une somme de six mille piastres. Le décrêt de la législature et les différentes contributions volontaires produisirent une somme de seize mille deux cents piastres avec laquelle le comité acheta une grande quantité d’étuffes. Les Louisianaises montrèrent qu’elles étaient dignes de faire honneur au sexe dont la sensibilité délicate s’élève souvent à la hauteur du sentiment energique du patriotisme, et travaillèrent de leurs belles mains aux vêtemens de leurs défenseurs.

Un grand nombre de débiteurs qui ne pouvaient sortir des limites de la ville sans exposer leurs sûretés à payer leurs dettes désiraient ardemment concourir à la défense de la ville. Prenant en considération leur vœu patriotique, la législature passa un acte pour étendre les limites de la Nouvelle- Orléans jusqu’aux lignes de Jackson. Cet acte devait être en vigueur jusqu’au premier de Mai.

Sur ces entrefaites, des déserteurs apprirent au général Jackson que l’armée anglaise avait reçu des renforts considérables qui lui avaient été amenés par le lieutenant général Packenham et le major général Lambert, et qu’elle se montait à quinze mille hommes. Jackson lui-même avait remarqué que, depuis quelques jours, l’ennemi entre-

ù | tenait une communication active avec sa flotte, qu’il se préparait à une attaque générale,et qu’il creusait et étendait le canal Villeré dans l’intention de faire passer ses embarcations dans le Mississippi.

|| Le 8, au point du jour, des signaux annoncèrent d | que l’ennemi se mettait en mouvement. Une fusée fut lancée à sa gauche; une autre s’éleva à sa droite. Quelques minutes après, l’ennemi chargea avec tant de rapidité nos troupes d’avant-postes, que ce ne fut qu'avec difficulté qu’elles purent regagner le camp. . Les batteries de l’ennerni qui avaient été démontées, le ter. Janvier, avaient été dressées de nouveau pendant la nuit et renforcées par des pièces de grosse artillerie. Ces batteries commencèrent | l’attaque et versèrent sur nos retranchemens une 'É | pluie de balles, de bouluts, de bombes et de conà | grèves. Le général en chef, Packenham,partagea ses troupes en deux divisions sous les ordres de Keane et de Gibbs,et les fit marcher, l’une contre le centre de notre ligne, et l’autre contre une redoute qui en formait la tête, sur le bord du fleuve. | A la faveur d’un brouillard épais, elles s’avancèrent sans être aperçues jusqu’à une petite distance de | nos lignes, échelonnées en colonnes serrées, sur soixante hommes de profondeur. A leur vue, Jackson ordonna une décharge, générale et des Aouras trois fois: répétés annoncèrent aux ennemis que | l’armée américaine était disposée à leur faire une | ” vive réception. Notre artillerie dirigée par l’ex- |

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