‹ Essai historique sur la Louisiane [microforme]Chapitre 31 sur 39 · VOL. IT. R · texte numérisé non relu

VOL. IT. R

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qu’il fallait qu’elle siégeñt pour préserver le pays de sa ruine, ot pour prendre des mesures afin de le sauver.

On a vu, selon Mr. Duncan, que Mr. Guichard avait dit à Mr. Declouet “ comme pour l’éngager à coopérer au plan, que le “ général Jackson détruirait tout ce qui se trouverait devant lui, * plutôt que de remettre le pays; que les Anglais respecteraient i* les propriétés.” Et l’on voit, selon Mr. Davezac, que Mr. Declouet s’est borné à dire, sur cela, que Mr. Guichard avait dit que le général détruirait tout, qu’il faisait une guerre à la Russe, quil était pis que les Anglais; sans ajouter que ce fut dit, pour l’engager à coopérer à un plan.

Qu'il est difficile d’obtenir la vérité !

Il n’existe pas, il est vrai, des différences semblables entre les dires de Mr. Duncan et ceux de MM. Robinson et Tessier. Ces derniers paraissent au contraire s’accorder avec le premier, savoir: quant à la découverte faite par Mr. Declouet, d’un dessein de traiter avec l’enneni, et quant aux noms de MM. Gui. chard, Blanque et Marigny, désignés par Mr. Declouet; seuls faits dont ils déposent, et qui leur ont été appris par ce colonel.

Mais le comité dans toutes ces dépositions ne voyait encore et ne pouvait voir, que ce que des témoins prétendent avoir été dit par un homme qui, dans une lettre d’abord, et ensuite dans deux déclarations assermentées n’en avoue pas un mot.

S'il a jamais été question de cotte conspiration, formée dans le sein de l’assemblée générale, c’est du colonel Declouet qu’on l'a appris Ce colonel nie avoir parlé de rien de positif à ce aujet On l’interroge en vain deux fois, il persiste à dire seulement qu'il a appréhendé que la legislature ne préférât capituler plutôt que de voir la ville détruite et mise à feu et à sang!

Le comité aurait pu terminer ici ses travaux; mais il ne pouvait pas se rendre compte des contradictions éclatantes qui se trouvaient entre la déclaration de Mr. Declouet, qui n’a jamais passé à sa connaissance pour autre chose qu’un honnête homme, et les déclarations de tant d’autres personnes, tout aussi respee. tables que lui.

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Le comité a donc pensé qu'il devait encore faire quelques afforts pour découvrir cette vérité, de la recherche de laquelle il avait été chargé. I] prit en conséquence, la résolution de fairé comparaitre ensemble devant lui, MM. Declouet, Duncan, Robinson, Tessier et Davezac. Cette résolution qu’on trouvera énnexée avec les autres pièces fut prise le 25 Janvier, et ces Messieurs furent tous requis, le même jour, de se présenter. Ce jour là même, à une heute après midi, MM. Declouet, Duncan, Tessier et Daveznc se rendirent, Le major Robinson ne parut pas;* mais sa comparution fut jugée à peu près inutile, parce que Mr. Declouet, selon ce que le comité apprit alors, n’avait parlé à ce Monsieur que par le moyen de Mr. Tessier, qüi lui avait servi d’interprête.

On verra, par l'écrit qui fut dressé dans cette séance, signé et assermenté par tous les comparans, que Mr. Declonet après avoir entendu les dépositions de ces Messieurs, a persisté à dire, d’abord, qu’il n’avait rien dit de positif, ni fait aucune accusation directe, en présence du général, contre la législature; qu'il lui avait seulement dit qu’il avait à lui faire part de ses appréhensions: et. que-ces appréhensions étaient fondées sur une conversation qu’il avait eus avec un des membres de la législature.

On verra que Mr. Declouet a réndu compte de cette conversation, d’une manière qui: s’aucorde beaucoup, non pas avet le dire de Mr. Duncan, mais avec celui de Mr. Davezac, dont il ne diffère qu’en ce qu'il nie avoir nommé soit Mr. Blanque, soit Mr. Louaillier, en présence du général. ‘

On verra cependant, que Mr. Declouet avoue avoir déclaré que Mr. Guichard lui avait di, que “ la législature représentait le “ peuple, qu’elle était obligée de siéger nuit et jour,” ce qui ne signifie nullement qu’il s'était tenu des assemblées nocturnes et: secrètes; et ce qui est très vrai, dans le fait; car la législature a siégé plusieurs fois, jusqu’à une heure très avancée dans la nuit, mais très publiquement, dans cette session ainsi que les précédentes,

* Depuis que ce rapport a été fait, le comité a &ié informé que si Mr. Robin-

son n'avait pas comparu ce jour là, c'était parce que la sommation ne lni avait été donnée que le lendemain, per le sergent d'armes.

On verra aussi, que Mr, Declouet dit n’avoir rapporté à Mr. Robinson, que ce qu’il avait dit au général Jackson, et qu’il déclare n’avoir point avancé qu’il avait rien découvert; mais seulement qu’il appréhendait que la législature ne capitulât; et que Mr. Tessier, qui lui servait d’interprête auprès de Mr. Robinson, a déclaré, alors, qu’il lui semblait que Mr. Declouet n’avait rien dit autre chose que cola.

Mais ce qui paraitra sans sans doute un peu étonnant, et ce qui le paraitrait davantage, si l’on ne savait pas déjà combien Mr. Declouet a été en contradiction avec lui-même, tant dans sa lettre que dans toutes ses déclarations, c’est que ce Monsieur qui, dans ce dernier interrogatoire, déclare pour la première fois, qu’il a rapporté que Mr. Guichard lui a dit que “ c'était une “ guerre de Russe; que les Anglais respeotaient plus les propriétés que Jackson,” a ajouté, ensuite, que ce même Guichard lui avait dit “ que si les Anglais entraient en ville elle était “ perdue, qu’il connaissait les Anglais, qu’il y avait perdu sa “ fortune.”

Comment concilier ces deux asseïtions si évidemment contradictoires? Comment admettre que l’homme qui les fait peut être disposé à se soumettre à ces .Anglais qu’il connait, qui lui ont fait perdre sa fortune? Et c’est cependant d’une couversation qui n’embrasse rien de plus important, rien de plus positif que cela, que le colonel Declouet conclut que la législature, non pas Mr. Guichard seul, peut être disposée à capituler! c’est de cette conversation que naissent ses appréhensions, appréhensions qu’il s’empresse de faire communiquer au général en chef, dans le moment même où l’ennemi attaque nos lignes! Misérable manie de se donner de l’importance auprès des gens en place, de vouloir paraitre pénétrer jusques dans le cœur de tous les hommes, d’envenimer leurs discours! Quelles extravagances ne fais-tu pas commettre? Quels maux ne peux-tu pas causer?

Le seul résultat de cette confrontation a donc été d’ajouter aux premières contradictions, une nouvelle contradiction de Mr. Declouet avec lui-même. Dans le fait, il n°en est sorti autun

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nouveau trait de lumière. Quel degré. de confiance peut-on accorder à le révélation de la prétendue conversation de. Mr. Guichard; lorsque cétte révélation tardive est. faite par un homme qui, interrogé précédemment sur le fait de savoir qu’elle aété cette conversation, a répondu ‘je me réfère à la lettre que ‘e j'ai écrite le 7 du courant, à l’orateur de la chambre des repré- ‘“ sentans. Le membre avec lequel j’ai eu cette conversation est Mr. Guichard, en qui j’ai autant de confiance qu’en moi-même, ‘et je lui ai fait part de mes appréhensions.”

Cette lettre a été trauscrite en entier dans ce rapport: elle ne dit pas un mot, comme on le sait, ni d’une guerre à la Russe, ni du respect des Anglais pour les propriétés, Mr. Declouet qui a déclaré, sous le serment, que cette lettre contenait toute la vérité, qui a dit ensuite, sous le serment, des faits importans qui né se trouvaient pas dans cette lettre; peut-il être supposé avoir fait une déposition sincère dans l’un ct l’autre cas? Peut-il être mêmé supposé avoir fait une telle déposition dans l’un de. ces deux cas? Enfin, quel est le cas dans lequel il a déposé de la vérité! Le comité s’est posé ces questions: or conviendra sans doute qu'il lui a été très difficile de les: résoudre: aussi s’est-il déterminé à prendre la déclaration de Mr. Guichard lui-même, persuadé que par ce moyen il saurait enfin, d’une manière précise ce qui s'était passé entre Mr. Declouet et lui.

C'est par cette déclaration que le comité a cru devoir clore son enquête: elle est jointe à ce rapport avec les autres pièces, Le ton de vérité qui y règne, le liaison qui se trouve dans toutes ses parties, ce détail de circonstances si satisfaisant, qu’en le lisant il semble qu’on en ait soi-même été témoin; comparés à ces inconséquences, à ces absurdités, à ces:contradictions qui caractérisent les dépositions de Mr. Alexandre Declouet, n’ont pas permis au comité d’hésiter un moment sur le degré de confiance qu'il devait lui accorder. Tout lecteur judicieux, sans avoir besoin même de connaitre la réputation de probité et de loyauté dont:jauit à si juste titre j’honorable Guichard, se persuaders aisément que cette déclaration contient toute la vérité. Le eo-

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mité ne pense donc pas qu'il soit nécessaire d’en faire l’enalise pour en démontrer la justesse, ni pour faire remarquer les eonséquences qu’on en peut tirer contre la conduite, sans doute irréfléchie, de ce colonel dont le zèle mal-entendu, et l’esprit inqui e ont seuls causé la scène révoltante qui s’est passée. F'asse le ciel, pour notre tranquillité, qu’à l’avenir, des hommes d’un tel caractère, puissent n’avoir aucune influence sur nos destinées! Après avoir rendu fidèlement compte de son enquête, qu’il soit permis au comité d'exprimer ici l’opinion qu’il a formée sur cette importante et étranse affaire. Le but de l’assemblée générale, en le nommant, a été de rechercher pour quelle cause, et sur quelle preuve, les ordres militaires, suspendant les séances de la législature, ont été donnés le 28 Décembre dernier. ‘Or, le comité n’hésite pas à proclamer qu’il n’a jamais existé aucune cause qui pôt justifier une mesure pareille; que ces ordres ont été donnés, sans aucune preuve quelconque: en un mot, que jamais démarche aussi violente n’a été faite avec aussi peu de fonde. ment, Mais, en même tems, le comité aime à proclamer ausei cette vérité, que les ordres qui ont été donnés etexécutés ne sont jamais sortis de la bouche du général Jackson. Quel est donc l’homme qui s’est permis de donner ces ordres? C’est Mr. Abner L. Duncan! C’est lui qui, ainsi qu’il résulte de sa propre déposition, a ordonné d'empêcher, par la violence, que la législature ne s’assemblât. C’est lui qui n’a pas craint de se mettre ainsi au-dessus des lois. C’est lui qui, porteur d’un message que la prudençe elle-même avait dicté à son général, a cru pruvoir impunément le mépriser et s’ériger en juge suprême de la nature des mesures qu’il convenait le mieux d'adopter, pour empêcher le mal dont la patrie était, dit-on, menacéo! Oui, c'est Mr. Abner L. Duncan, législateurs, qui s’est constitué, qui a été l’erbitre de votre sort; c’est lui qui a foulé votre constitution aux pieds, c’est lui, ce patriote zélé, qui à appris au monde que la souveraineté, l’indépendance, garanties à cet Etat comme à tous les Etats de l’Union, par le pacte inviolable qui les lie, n'étaient et ne sont que de vains mots, que le premier audacieux

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peut effacer à son gré, des pages de nos précieuses institutions! Que l’on compare l’ordre que Mr. Duncan avait reçu du général en chef, avec celui qui a été donné et exéonté. . Cet ordre

‘portait (nous l’avons sous la signature du général lui-même)

‘ que le: gouverneur eut à faire une enquête stricte à ce sujet “ (faisant allusion au projet de capitulation) et si c'était vrai, “ (que les législateurs voulussent capituler) de les faire sauter “en l'air.”

Un militaire, un républicain, qui se trouve à la tête d’une armée, au milieu d’une bataille, de laquelle dépend peut-être le sort du pays dont la défense lui est confiée; à qui l’on vient

annoncer une nouvelle telle que celle dont Mr. Duncan était le’

porteur, ne pouvait tenir un lang-.ge ni plus prudent, ni plus caractéristique de son amour pour la patrie,

Est-ce là l’ordre que Mr. Duncan a transmis? A-t-il fait dire au gouverneur Claiborne de faire faire une enquête? Le contraire est prouvé, et par la déposition du colonel Fortier, et par celle de Mr. Duncan lui-même, Ajoutons: à cela que, d’après la réponse du général Jackson, Mr. Duncan, en lui portant la nouvelle, la lui donne comme un message du gouverneur, et que, d’après Mr. Declouet et Mr. Duncan lui-même, il n’avait été donné aucun message semblable, ni à l’un ni à l’autre, dela part du gouverneur.

Quel contraste! Le chef, le dépositaire de toute la force, ordonne qu’on fasse préalablement une enquête, Le subordonné, l’homme qui n’est rien, qui n’a d’autre pouvoir que celui d'un messager, se permet de changer cet ordre, et d’un seul mot suspend une législature!

C’est en vain que Mr, Duncan dit dans sa déposition « qu’au “tant que l’agitation dans laquelle il était, lui a permis de 4 l'entendre et de s’en souvenir, l’ordre du général était de dire “ au gouverneur Claiborne, de prévenir ce:a (la prétendue capi- “ tulation) et de les faire sauter en l’air (les législatours) s'ils en “ faisaient la tentative.” Soit que l’ordre fut ainsi conçu, soit

qu'il fut tel que lo général le déclare lui-même, Mr, Duncan ne

peut échapper au juste reproche de l’avoir changé, et d'y avoir substitué ses propres volontés. Certes, si l’ordre était tel que son agiation lui a permis de. l'entendre et de s'en souvenir, tel qu’il le déclaré lui-même, ce n’était pas à lui à prescrire les mesures que l’an devait prendre pour empêcher le mal que l’on craignait. C'était à la prudence du gouverneur Claiborne que ces mesures étaient laissées.

Avant de terminer, le comité ne peut pas se dispenser de témoigner sa surprise, de ce que le gouverneur de cet Etat ait pu consentir à l'exécution de ces mesures arbitraires. Sans doute ika été persuadé que les ordres qui iui étaient transmis à ce sujet, venaient du général Jackson; mais rien ne pouvait le déterminer à s’y soumettre. Ses premiers devoirs sont ceux qu’il a contractés envers l’Etat et sa constitution: et il est évident qu’il ne pouvait obéir à ces ordres qu'en violant le serment qu’il a prêté de maintenir cette constitution.

Puisse cet événement, dont les résultats pouvaient être si désastreux, ne jamais ayoir lieu parmi nous! Si nous devons juger de la sensation qu’il a dû causer chez nos frères des autres Etats, quand ils l’auront appris, par celle qu'il a faite ici, sur ceux qui font profession d’un attachement sincère à ces inappréciables institutions, sans la jouissance desquelles l'homme n'est plus qu'un misérable esclave ; cette sensation a dû être bien pé: nible! . ... En effet, ou l’on aura pensé que ces mesures violentes n'avaient été prises qu'après la plus ferme conviction que la législature de l’Etat de la Louisiane, corrompue par l'or de l'Angleterre, ‘était prête à trahir ses sermens, et à livrer à cotte ennemie cruelle, ce beau. pays, objet de sa féroce ambition; ou l'on aura pu croire que la liberté et l'indépendance d'un Etat pouvaient ot peuvent être impunément foulées aux pieds, Dans l’un comme dans l’autre cas, le patriote, le républicain, fidèles aux principes de notre gouvernement, n’ont-ils pas dû gémir? Mais ee que l’on n'ignore point ici, ce que nos frères des autres Etats, apprendront sans doute avec plaisir, c’est l'indignation dont furent transportés les membres de cette assemblée géné-

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