‹ Essai historique sur la Louisiane [microforme]Chapitre 32 sur 39 · PE · texte numérisé non relu

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rale, lorsqu'ils apprirent qu’on avait osé, après ce qu'elle venait de faire, douter de sa fidélité; c’est l’empressement avec lequel elle a cherché à remonter aux causes de ces mesures arbitraires, qui sont sans exemple dans l'Histoire de l’Amérique; c’est l’ardeur que votre comité a mise à s’enquérir s’il y avait, non seulement dans le sein de cette assemblée, mais parmi nos citoyens, quelque traître assez lâche pour avoir voulu livrer l’Etat à nos farouches ennemis. C’est enfin qu’en rendant compte de cette enquête, nous pouvons proclamer avec orgueil que le peuple de la Louisiane, ce peuple composé d'hommes de tant d'origines diverses, qu’on a tant et si souvent peint sous des couleurs odieuses, vient ainsi que ses mandataires de donner à ses détracteurs le démenti le plus cruel. Les misérables! Ils avaient travaillé à nous désunir. Ils voulaient nous opprimer. L’exécration publique pèse déjà sur eux.

HATCH DENT, Rapporteur du comité nommé par le sénat, J. BLANQUE, Rapporteur du comité nommé par la chambre des représentans.

Ce rapport du comité, comme on le voit, justifie pleinement le général Jackson des mesures arbitraires exercées contre la législature, et a d’autant plus de prix qu’il a été composé par des hommes qui avaient été non seulement témoins de la conduite du général, mais acteurs dans les scènes de époque, et qu’il fut sanctionné par l’approbation unanime du peuple de la Louisiane, agissant par ses mandataires.

Le même jour, Mr. Roufiignac présenta à la chambre des représentans une résolution qui fut adoptée à l’unanimité par les deux chambres et par

laquelle l’Etat remerciait les milices auxiliaires qui étaient accourues à sa défense.

Le 30 Janvier, les résolutions suivantes avaient éte adoptées sur motion de Mr. Blanque qui les avait présentées.

Résolutions pour complimenter les Officiers de P Etat sur leur conduite pendant l'invasion.

. est résolu par le sénat et la chambre des représentans de l'Etat de la Louisiane, réunis en assemblée générale: qu’il est du devoir de la législature de l'Etat de lu Louisiane, de proclamer les faits ci-après décrits, pour rendre témoignage du zèle et du patriotisme déployés par toutes les parties de l’Etat, durant l'invasion des Anglais.

De tous les comtés, les milices et de nombreux volontaires ont accouru au premier bruit du danger; les propriétaires établis sur les deux rives du Mississippi, à plusieurs lieues au-dessus et au-dessous de la Nouvelle-Orléans, ont envoyé des milliers de nègres sur les divers points où des travaux ont été jugés nécessaires pour mettre le pays en état de défense; l'artillerie, les munitions et les vivres ont été transportés, en grande partie,

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ment fournis; plusieurs détachemens de troupes ont trouvé cliez eux des vivres et des fourrages, et un empressement patriotique à leur offrir tout ce qui était en leur pouvoir; l’aspect de leurs proprietés envahies et ravagées, loin do les décourager, n’a servi qu'à faire éclater leur dévouement

Pendant que les habitations Villoré, Delaronde, Lacoste et Bienvenu étaient en proie aux flammes et à la dévastation, Mr. Villeré père, major-général de nos braves milices, parcourait les comtés de la côte supérieure pour presser le départ des renforts qui, à sa voix, s’y organisaient; et lorsqu'à son retour, il a eu pris ‘0 camp qui formait la seconde ligne, la place qui lui avait été

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assignée, un l’a constamment vu remplir ses devoirs avec le calme admirable dont l’homme qui n’aurait eu rien à perdre eût été à peine capable; cependant, père d’une nombreuse famille, il n'ignorait pas que cent nègres dont se composait son atelier, étaient au pouvoir des Anglais, et que le reste de son mobilier était ou pillé ou détruit.

Mr. Villeré fils, major du troisième régiment, après avoir, au péril de sa vie, échappé des mains de l’ennemi qui l’avait surpris dans sa maison, se joignit immédiatement aux troupes qui étaient accourues pour le repousser, et n’a cessé depuis le vingttrois Décembre de faire un service actif,

* Mr. Lacoste, major d’un corps d'hcmmes de couleur, défendait 4 leur tête le poste important du Chef:Menteur, tandis que ses propriétés étaient en proie à la dévastation et au ravage; et Mr. Lacoste fils, quoique privé d’un bras, a constamment partagé les fatigues et les dangers de ses frères d'armes.

Mr. Delaronde, colonel du troisième régiment, sans réclamer la partie du service dûe à son grade, n’a point dédaigné de faire le métier de guide; et à travers les plus grands dangers, parcourait des bois impraticables, sur les flancs et jusques sur les derrières de l’ennemi, pour faire observer et reconnaitre sa position.

En ville, le colonel Fortier père, a puissamment contribué au prompt départ pour le Chef-Menteur, des hommes de couleur déjà organisés, en leur fournissant, à ses frais, les objets dont ils étaient dépourvus; la formation et l’organisation du second corps d'hommes de couleur, dont le brave Savary fût nommé capitaine, sent aussi l’ouvrage de Mr. Fortier. A son appel, chefs et soldats sont venus se faire inscrire chez lui. Mr. Fortier a présidé en personne à leur armement et équipement, et leur a fourni les moyens de se présenter devant l'ennemi peu d'heures après leur formation, ayant à leur tête le major Duc. quin. C'est encore à Mr. Fortier qu'est dûe la réparation de plusieurs centaines de fusils, dont le mauvais état rendait l'usage impossible,

A la nouvelle de l’apparition d’une escadre anglaise sur nos côtes, les compagnies habillées de la milice de la Nouvelle- Orléans, commandées par le major Plauché et les capitaines P, Roche, St. Gême, Hudry, White et Guibert, et la compagnie des riflemen, commandée par le capitaine Beale, qui avaient déjà offert leurs services, furent postées au bayou St. Jean, par où il était présumable que l’ennemi aurait cherché à pénétrer, (C’est de ce poste que ces braves compagnies accoururent à la plaine Villeré où les Anglais se présentèrent le 23 Décembre; elles parcoururent un espace de près de quatre lieues avec la rapidité de l'éclair, et se présentèrent au combat avec le sang froid et le courage dont des troupes aguerries eussent tout au plus été capables. Le premier et le second régimens des milices de la Nouvelle-Orléans, commandés par le colonel Déjan ainé, et Zénon Cavelier, se sont conduits, dans les différens postes qu’ils ont occupés, avec zèle et courage; ils ont supporté avec constance les fatigues des marches pénibles auxquelles ont donné lieu les changemens de positions qu’ils ont tour-à-tour occupées. . Le quatrième régiment, commandé par le colonel G., W. Morgan, avait remplacé au Chef-Menteur le corps d’hommes de couleur, commandé par le major Lacoste. Ce poste a été gardé de manière à rendre inutile toute tentative de la part de l’ennemi de pénétrer par ce débouché. Deux compagnies volontaires de cavalerie, l’une des Attakapas, commandée par le capitaine Dubuclay, et l’autre de Féliciana, commandée par le capitaine Smith, étaient déjà arrivées en ville avant le débarquement des Anglais. Deux autres compagnies de la même arme, commandées par les capitaines Chauvau père et P. Ogden, se formèrent immédiatement à la Nouvelle-Orléans. Ces corps se sont fait distinguer partout où ils ont été employés et ont rendu de grands services. Le capitaine Dubuclay a reçu une balle à la tête pendant qu'il était occupé à rallier des troupes, dans une affaire qui eut lieu sur la rive droite du fleuve.

Pendant que nos braves miliciens défendaient le pays sur les divers points où ils avaient été postés, les citoyens d’un âge plus

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mûr, s'étant volontairement organisés en un corps de vétérans, méhtenant le bon ordre et la police à la Nouvelle-Or'éans, y dissipaient par leur contenance les alarmes que l’approche. de l'ennemi y occasionnait, veillaient à ce que les choses nécessaires au Camp y parvinssent avec exactitude et célérité, et que les moyens en tout genre, soumis par nos concitoyens, fussent employés sans confusion et avec utilité. Mr. Dubuys père commandait ces respectables vétérans.

Le général Labatut commandait en ville; son zèle et son activité méritent les plus grands éloges.

Le maire et le conseil de ville de la Nouvelle-Orléans, par l’adoption de mesures dictées par l'humanité et la prévoyance, ont maintenu l’ordre et assuré l’abondance dans la cité, de manière à no pas s’apercevoir que l’ennemi fut dans son voisinage.

L'activité de Mr. Nicolas Girod, maire, s’est étendue avec un merveilleux succès à toutes les parties du service; tous les moyens qui étaient à sa disposition ont été dirigés avec un soin digne d’un administrateur consommé; les families dans l’indigence ont été secourues et alimentées par la bienfaisance du conseil de ville, qui avaient approprié une somme suffisante à cet acte d'humanité.

Les femmes de la Nouvelle-Orléans, sans distinction, préparaient de leurs mains les vêtemens destinés aux troupes qui en étaient dépourvues; plusieurs d’entre elles, habituées à n’exercer leurs doigts que sur des ouvrages délicats, ne dédaignaient pas de coudre des capes du plus gros lainage. Le linge et la charpie ont été fournis par elles, pour le pansement des malades et blessés,

Les dames Ursulines méritent qu’on fasse aussi mention d'elles; elles ont reçu dans leur monastère autant de malades que le comportait leur logement, et leur prodiguaient leurs secours avec la plus tendre charité,

Les médecins Robelot, Trabuc, Gros, Monnier, Devèze, enfin tous les médecins et les chirurgiens de la ville ont ennobli leur profession dans cette circonstance, par l’emnressement qu’ils ont

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E, | eu à prodiguer les secours de leur art aux militaires qui en ll) avaient besoin; ils n’attendaient pas d’y être invités! leur solli- | eitude compatissante les faisait aller à plusieurs milles au-devant

| des blessés pour leur faire les premiers pansemens. Un comité institué par ces mêmes vétérans, dont le dévouel ment ne se bornait pas à l’accomplissement des devoirs militaires nu | qu'ils s'étaient volontairement imposés, et à la tête duquel ils ] avaient placé MM. Fortier père, J. Soulié et Louaillier, membre de la chambre des représentans, dispensait, avec une charité vraiment pieuse, des secours aux malades et blessés, sans distinction d’amis ou ennemis; procurait par des souscriptions, des objets d’habillement à ceux de nos frères d’armes qui en avaient le plus besoin. Une somme de plus de quatorze mille piastres a été employée à l’achat de ces divers vêtemens, y compris les six mille piastres que la législature avait décrétées pour le même objet. Les membres de ce comité méritent un éloge particulier pour le zèle et la persévérance avec lesquels ils ont rempli des

fonctions si honorables.

Il est résolu en conséquence, que les corps et les individus, dont il est fait mention ci-dessus, ont acquis de justes droits à la | reconnaissance de leur pays. , | AA Il est résolu, de plus, qu’il sera du devoir du gouverneur de

PEtat de la Louisiane de présenter, au nom de l'Etat, un dra- | peau au corps des vétérans de la Nouvelle-Orléans, lequel devra | porter d'un côté cette inscription: nos enfans repoussaient l’en- | | nemi; nous prolégions leurs femmes et leurs mères; l'autre côté

du drapeau devra représenter un fleuve protégé par un aigle planant au-dessus, et au bas du rivage duquel devra se trouver | cette inscription: pour l'usage commun et l'utilité de tous.

Le 20 Février, Jackson reçut un bulletin de la Jamaïque qui lui fut envoyé par l'amiral Cochrane, alors dans la baie de la Mobile,ct par lequel il était proclamé qu’un traité de paix avait été signé le 24

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Décembre par les plénipotentiaires des Etats-Unis et de la Grande Bretagne.

Jackson s’empressa d’annoncer aux Louisianais cette heureuse nouvelle, mais il leur recommanda néanmoins, de se tenir sur leurs gardes, parce que le prétendu traité de paix pouvait n’être qu’une ruse de l’ennemi pour endormir leur vigilance, dans l’espoir de vaincre par stratagème ceux qui n’avaient pas pu être vaincus par la force des armes.

Le 22, on reçut à la Nouvelle-Orléans une gazette de Charleston qui annonçait la ratification du traité par le prince régent.

Tant que l’ennemi menaça la Louisiane, les Français qui s'étaient enrolés volontairement pour la défendre, avaient encouru stoïquement toutes les fatigues et toutes les privations de la guerre. Un grand nombre d’entr’eux avaient laissé leurs familles dans une pénurie extrême. Mais il s’agissait de conquérir des lauriers et de combattre des Anglais. Pour des Français, cette considération devait être toute puissante. Cependant, lorsqu’il fut à peu près certain que l’ennemi avait renoncé à ses projets d’hostilité et qu’il fut probable qu’un traité de paix avait été signé,ces mêmes Français, impatiens de rentrer dans le sein de leurs familles, voulurent sortir des rangs où ils s’étaient placés volontairement et demandèrent au consul français des certificats attestant leur caractère national. Le général permit aux premiers qui se présen-

tèrent avec leurs certificats de se retirer; mais enfin le nombre de ceux qui lui firent la même demande devint si considérable, qu’il fut porté à croire que Tousard abusait de ses priviléges et accordait indistinctement des certificats de citoyens français à tous ceux qui allaient en chercher à son bureau. Agissant d’après cette impression, il ordonna à T'ousard de sortir de la ville, et à tous ceux qui se réclamaient comme Français de se retirer dans l’intérieur de l’Etat, au-dessus de Baton Rouge. Cette mesure excita un mécontentement général, et des citoyens recommandables supplièrent Jackson de rappeler l’ordre impolitique qu’il avait lancé, en lui observant que ceux qu’il traitait aussi durement, avaient rendu des services signalés au pays. Mais il fut inexorable.

Sur ces entrefaites, l’on apprit que le traité de paix était arrivé à Washington, le 14,et qu’il avait été soumis au sénat. L’on se flatta alors que Jackson rappellerait son ordre du 28 Février, mais loin de cela, il parla de faire arrêter tous les Français qui ne s’y conformeraient pas. Louaillier qui était membre de la chambre des représentans et qui s’était distingué par l’activité et le zèle avec lequel il avait concouru à la défense de son pays adoptif, publia, le 3 de Mars, dans le Courrier de la Louisiane, un écrit virulent contre le général, et lui reprocha en termes forts et énergiques le traitement injuste qu’il faisait subir, disait-il, à

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des hommes sur lesquels il n’avait aucune juridiction. Le général,en ayant eu connaissance, pensa qu’il y avait lieu à poursuivre Louaillier par devant une cour martialc, comme étant un espion,un traître, et comme excitant ses troupes à l’insubordination et à la mutinerie. Louaillier fut arrêté, le 5 Mars, à la bourse, et ayant par l’entremise de son conseil, Mr. Morel, membre du barreau de la Nouvelle-Orléans, obtenu en sa faveur un writ d’habeas corpus, de Hall, le juge de la cour de district des Etats-Unis, avis en fut donné à Jackson qui ordonna l’arrestation de Hall comme complice des délits dont il accusait Louaillier.

Le 9 Avril, la cour martiale qui avait été formée pour s’enquérir des méfaits attribués à Louaillier et qui fut présidée par le major-général Gaines, déclara qu’elle n’avait pas juridiction relativement à plusieurs chefs d’accusation portés contre lui, et l’acquitta des autres. Mécontent de cette décision, Jackson refusa de la sanctionner et n’en retint pas moins Louaillier en son pouvoir. |

Le11 Avril, le général pensant que d’après la décision de la cour martiale, il serait impossible de punir Hall comme complice de Louailliér, le fit conduire par une forte garde à plusieurs milles de la ville, ét lui enjoignit de n’y retourner qu’après que la ratification du traité serait annoncée régulièrement, ou que les Anglais se seraient éloignés des côtes du Sud.

Le 15, au point du jour, les habitans de la Nouvelle-Orléans furent éveillés par des décharges d’artillerie. Jackson venait d’être informé officiellement de la ratification et de l’échange du traité de paix entre les Etats-Unis et l’Angleterre.

Dès que les réjouissances auxquelles se livrèrent les citoyens pour célébrer le retour de la tranquillité et d’une paix glorieuse furent terminées, Pavocat de district des Etats-Unis fit sommer le général de comparaitre devant la cour fédérale présidée par Hall, pour répondre du mépris avec lequel il avait traité le writ d’habeas corpus qui lui avait été notifié par l’ordre de cette cour, lors de l’arrestation de Louaillier. Le général objecta à la juridiction de la cour et prétendit qu’elle n’en avait aucune pour connaitre du délit qui lui était imputé. La cour étant d’une opinion contraire, le général comparut devant elle et fut condamné à une.amende de mille piastres qui fut payée immédiatement. Lorsque le général sortit de la maison de cour, le peuple le fit monter dans une voiture et le traina en triomphe jusqu’à la bourse; là, le &énéral descendit, et s’adressant à ceux qui l’entouraient, dit: ‘‘que pendant l’invasion du pays, il ‘6 avait combattu pour en mainten!: x “constitution ‘6 et les lois; que, maintenant, il ::4:. :‘: :ommé ‘6 de se soumettre à leur opération, aus des circons- . “ tances où plus d’un accusé aurait cru pouvoir ‘6 leur résister légitimement. Mais que considé-

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‘ rant que la soumission aux lois, même lorsque ‘6 elles étaient appliquées injustement, était le pre- ‘6 mier devoir d’un citoyen, il n’avait pas hésité à ‘6 se conformer à la sentence qui avait été pronon- ‘ cée contre lui. Je vous prie, citoyens, dit-il en ‘ terminant, de ne jamais oublier l’exemple que ‘6je vous donne, l’exemple d’une respectueuse ‘6 obéissance à l’administration de la justice.”

Pour juger sainement la conduite du général Jackson dans cette occasion importante, il faudrait entrer dans l’examen d’une foule de questions que, dans le moment où j’ecris, il serait presque impossible de traiter avec cette réflexion calme et froide et cette abnégation de toute inclination individuelle que l’on a droit d’attendre de l’historien. Car la contagion de l’esprit de parti exerce une influence imperceptible sur l'homme qui s’en croit le plus exempt. Le général Jackson agit-il illégalement et arbitrairement lorsqu'il fit arrèter et emprisonner Louaillier et Hall? La loi suprême de la nécessité voulait-elle qu’il fut le seul maître à Vheure du danger? L’heure du danger n’avaitelle pas cessé? Catilina était-il encore assez près de nos portes pour que le dictateur retint ses pouvoirs? Etait-ce une de ces occurrences où il faut, dit Montesquieu, jeter un voile sur la statue des Dieux, c’est-à-dire sur la statue de la loi? C’est à Pimpartiale postérité à prononcer ce jugement irrévocable que gravent les siècles dans les annales du monde.

ais ESSAI HISTORIQUE

Depuis 1815, jusqu’au moment actuel, la Louisiane a joui d’un cours non interrompu de prospérités. À l’ombre d’un gouvernement libre et sage, elle a grandi et elle est devenue un objet d’orguecil pour ses enfans et d’admiration pour l’étranger. Tous les jours, elle justifie les expressions d’un mémoire sur la Louisiane adressé à la cour de France par Mr. de Vergennes. ‘ Je répéterai encore,” écrivait ce ministre, ‘ce que jai dit plu- ‘6 sieurs fois: que la Louisiane est, sans contredit, ‘6 le plus beau pays de l’univers par la douceur de ‘ son climat et son heureuse situation. L’on y ‘ peut cultiver avec succès toutes les plantes de 66 l’Europe sans distinction,et presque toutes celles ‘6 de l'Amérique.”

D’après le recensement de l’Etat de la Louisiane, fait par l’ordre du gouvernement fédéral en 1830, il parait que sa population est de 215,000 ames, parmi lesquelles il y a près de 100,000 blancs. Ce recensement est évidemment erronné, car il n’est pas douteux que s’il eut été plus exact, la population de la Louisiane y eut été portée à 300,000 ames. Si l’on veut se faire une idée de l’incalculable grandeur à laquelle la Nouvelle-Orléans est destinée, que l’on prenne la carte de l’Amérique,et l’on verra que cette ville fondée sous les influences les plus propices du ciel, est le seul débouché pour les produits du territoire immense qu’arrose le Mississippi, et qui dans un siècle sera habité par

. Loui- plus de cinquante millions d’hommes, s’il est perrospé- mis de prendre pour base de ce calcul estimatif la t sage, progression actuelle de la population américaine. orgueil Par la puissance de ses armes, l’ancienne Rome anger. força les nations de la terre de venir lui porter leurs as d’un dépouilles. Plus heureuse, la Nouvelle-Orléans, our de par la volonté immuable de la nature recevra dans. rai en- son sein les tributs volontaires du commerce d’un lit plu- peuple innombrable.

tredit, Qu’eut dit Mr. de Vergennes s’il eut vu se dé. eur de rouler devant lui le sublime tableau dont je n’ai ; L'on tracé qu’une ébauche imparfaite, et se développer tes de les ressources qu’il avait devinées! C’est alors celles qu’il eut avec vérité appliqué à la Louisiane ces deux vers latins qui semblent avoir été faits pour elle:

isiane, Hec igitur formam crescendo mulal et olim,

1830, Immensi caput orbis eril, sic dicere vates.

nus, Aux bords que le vieux fleuve arrose de son onde, LL Ce Lee destins ont jeté les semences d’un monde.

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