‹ Essai historique sur la République de SanMarino. Par AugerSaintHippolyteChapitre 4 sur 13 · LIVRE BI · texte numérisé non relu

LIVRE BI

Mémoires do la République de San-Msrino jusqu'au douzième siècle.

]MaiuNUs avait prêche ta doctrine évangélique comme Jésus lui-même, en fortifiant ta parole par l'exemple. Le bruit de la mort du confesseur se répandit bientôt à Ri mi ni, où l'on commençait à regarder la petite congrégation sous un nouvel aspect. Tous ceux qui se rappelaient le pieux apôtre, allaient prier sur son tombeau. Cependant l'hérésie régnait toujours dans cette ville, non pas celle de Marcianus, ordonnée par Rouie , maïs celle d'Anus condamnée dans le concile de Piicée ; et les habit an s de la cité populeuse , accoutumés aux disputes , quelquefois violentes, des sectes multipliées qui se combattaient avec des argumens presque tous contraires aux maximes du Christ, s'étonnaient de voir, sur la hauteur du Titan, une société tranquille, heureuse de ses travaux, de la simplicité de ses mœurs et de ses rites religieux. Des hommes nés' sur le rocher étaient parvenus à l'âge où les passions font naître des idées nouvelles; ils sui-

iraient, sans vouloir s'en écarter, ces coutumes régulières et pures , devenues nationales, par lesquelles ils s'habituaient dès l'enfance à réprimer l'influence du climnt et l'esprit instinctif qui devaient les porter à l'indépendance sauvage, ennemie de toute espèce de lois et de civilisation, L'étoiinement des pèlerins de Rirainietdes autres villes voisines, en arrivant à la tombe de Marinus, était d'autant plus naturel, que depuis que Constantin avait transporté le siège de l'empire aux confins de l'Europe , le luxe de l'Asie s'introduisait en Italie avec son caractère baroque , s'étendait sur tout ce qui avait rapport au culte , et particulièrement dans cette province : la pauvreté de la nouvelle association semblait faire ressortir encore davantage sa vertu. L'iiistoire de la vie du saint fondateur était récitée , ebaque soir, à haute voix, et selon la maxime de Saint- Paul , par celui qui se sentait inspiré : on n'entendait pas cette éloquence vaniteuse employée dans les conciles pour les querelles théologiques , mais le sommaire naïïde tant d'actic îs pieuses, adressé, d'une voix persuasive , par un contemporain à des contemporains : ils avaient vu, entendu ce qu'on rappelait à leur mémoire; on ne cherchait pas à surprendre leur foi par des récits mensongers : c'était l'Evangile du saint prêché avec la conviction que • le saint lui-même avait eue en

prêchant l'Evangile du Christ. La morale de Marions était celle de Jésus : il n'y avait aucune ostentation dans la pratique des devoirs parmi les disciples, car tous ces devoirs simples et naturels étaient une réciprocité de secours, et l'harmonie de toute société chrétienne. L'hypocrisie ne devait conduire à nulle distinction, car il n'y en avait aucune dans celle assemblée de li é res; tandis que le reste du monde, organisé pour l'esclavage, n'était dirigé que par l'orgueil et l'ambition, ne cherchait pas même dans la religion la liberté morale qui place l'homme au-dessus des animaux.

Soit que ces réflexions fissent impression sur tons ceux qui montaient au Titan, et que la vertu eût un ascendant puissant sur leur cœur, ils semblaient ne descendre dans la plaine que pour propager la vérité chrétienne réfugiée sur la crête d'une montagne , que pour étendre la renommée du pieux et digne fondateur d'un état libre. Bientôt des miracles s'opérèrent sur la tombe révérée; Rome et Constantinople retentirent du nom de Mari nus , et , sur la foi de tout ce qu'on racontait de la société titanîque, des chrétiens, fatigués des vanités mondaines, quittaient leur patrie et venaient des contrées les plus éloignées pour finir leurs jours dans un séjour paisible, sanctifié par la vie toute ascétique des habitans. Et, à la dissolution singulière du concile de Riminî où les

évêques catholiques se séparant des évêques ariens , allèrent camper sur le bord de la mer à quelques milles de cette ville, et fondèrent un village qui prit le nom de Catolica , plusieurs membres de ce concile, scandalisés par les arguties des deux partis et par l'indifférence qu'ils semblaient avoir pour la morale religieuse, persuadés surtout qu'ils ne cherchaient que le triomphe de leur vanité, se réfugièrent dans le sein de la réunion titanique, abandonnant volontiers le litre d'évêque ( épiscopot , surveillant), qui était devenu le premier de la hiérarchie ecclésiastique pour vivre, selon l'esprit de la loi évangélique, dans une communauté de frères.

Chaque année faisait accroître la population du . monastère; et les années s'écoulaient, les générations se succédaient sans que nul sujet de discorde en vînt altérer la paix. Nous nous servons de la dénoniïnation de monastère, parce qu'elle est consacrée parla plus ancienne chronique (*) , parce qu'elle donne l'idée de la simplicité des mœurs de ce petit Etat , et de la vie toute pieuse des habitans; du reste cette expression ne doit faire préjuger en rien sur la condition sociale des individus et sur le caractère de leur union : si Marinas n'eût fondé qu'un couvent de moines

(') LeLtera di Eugippio. Canis. antiq. leclioji.

oisifs, de célibataires inutiles, il fût devenu sans doute une de ces chartreuses célèbres , une de ces grasses abbayes dont les revenus étaient le partage de quelques familles privilégiées, mais jamais une république, un Etat civil et indépendant, quoique enfermé dans un autre Elat, et n'ayant, pas même de nos jours, besoin des médiations d'une grande puissance.

La chronique déjà citée parle aussi d'un des plus anciens successeurs de Marinus : c'était un des évêques du concile de Riminï affligé des discussions subtiles et presque impies , qui avait choisi le Mont-Titan pour retraite assurée. 11 se nommait Basile : et après une longue résidence avec les fidèles , heureux de la pratique des premières vertus chrétiennes, la concorde et la paix , satisfait des faibles productions d'une roche presque stérile, il élait retourné en Calabre,sa patrie, afin d'instituer lui- même sur quelque montagne un refuge pour les chrétiens qui commençaient à être persécutés pour leur attachement à la doctrine évan«clique dans toute sa simplicité, et pour faire revivre l'hospitalité dans cette Lucarne, où, au dire d'Elien, il y avait autrefois une loi qui condamnait à l'amende quiconque refusait de loger les étrangers qui arrivaient après le coucher du soleil : mais comme rien de semblable n'est parvenu jusqu'à nos jours , il faut croire que

les efforts du pieux surveillant furent inutiles ou sans succès durable. 11 était réservé à l'œuvre de la pensée sévère de Marinus de se consolider par le tems , et de transmettre à la postérité étonnée quelque chose de la primitive Eglise et de la sociabilité des premiers chrétiens. Nous disons quelque chose, car le sort inévitable de tout dans l'humanité est de changer; et comme les matériaux nous manquent pour suivre siècle par siècle les accroissemens naturels de la réunion, nous ne trouverons plus, à quelques siècles de distance, la même élévation, la même simplicité; tout, au contraire, prouve l'inévitable envahissement de l'ignorance.

Nous avons déjà dit que la renommée de Marinus ou de San-Marino, comme nous l'appellerons désormais , s'était étendue au loin ; il nous reste à dire qu'on bâtît des temples en l'honneur de celui qui ne voulait pas même qu'on en élevât à Dieu dans la crainte de suivre les coutumes païennes ; mais alors le paganisme était détruit sans retour, et les papes, pour nourrir l'imagination des peuples , donnaient prise à des superstitions et à des abus, plus honteux même que ceux des tems de la mythologie , car les croyances du paganisme permettaient beaucoup sans pécher, tandis que la sévérité de la réforme semblait donner du prix aux choses défendues. /Le nom de San-Marino

était si connu, que l'église de Pavle, qui est sous son invocation, se vante d'avoir possédé , avec d'autres ossemens de saints, dans la moitié du huitième siècle, (es reliques du célèbre fondateur de la société titanique , qu'Astolphe, roi des Lombards, fier conlempteur de la religion, mais cependant grand amateur de reliquaires, apporta en triomphe sur les rives du Tésin comme le principal trophée de la conquête de l'exarchat, reliques que Pépin le força bientôt à renvoyer à ses propriétaires naturels. Cette action du roi français duiiiie une grande force à notre opinion relative à. l'exception du Mont-Titan, dans la donation que fit ce vainqueur des Lombards ; reconnaissant par-là le droit public de ce pctitEtat, forme d'hommes libres, indépendans, sans antécédens dans l'esclavage et réunis sous le titre de fraternité chrétienne. La falsification du texte du Pseudo-Anastnsc, ainsi (jiic nous l'avons dit , se voit d'autant mieux, que les diiiërentes copies portail, les unes le nom deSaint- Marianus, et d'autres celui de Saint-Martinus. Il est donc à présumer que quand la population titanique porta ombrage aux papes par la conservation d'une foi pure, des pratiques religieuses d'une grande simplicité, et surtout par la transmission des doctrines primitives, si contraires à la papauté, ils cherchèrent, par l'altération du texte de la donation de Pépin , un moyen légitime

d'établir leur juridiction sur le mont ; et, en effet, ce- ne fut que loog-tems après qu'on vît l'église romaine militante et dominante arriver à faire adopter son rituel et ses canons aux descendons des disciples de Marinus , et s'enter sur l'ignorance. Cependant remarquons bien que ce ne fut qu'au treizième siècle que le Titan eut des archïprêtres, des prêtres classés par degrés hiérarchiques et dépendant de Pévéché de Montefeltre. Bien que le fondateur de l'Etat civil fût depuis long-tems mis au rang des saints , quoiqu'on lui rendît un culte particulier, de ce moment l'histoire de sa vie ne fut plus qu'une série de faits fabuleux, combinés comme un poème épique et pour l'édification d'un auditoire composé de crédules, auquel tout ce qui était merveilleux semblait digne de foi : contes où figurent, comme personnages cpisodiques, des diables sous la forme de rois, de proconsuls, d'ànes, d'ours, et de feintes épouses^Wabsnrdités impies qui faisaient ouvrir les paupières et allonger les oreilles; folies inventées par les prêtres d'une église ténébreuse, étrangers au Titan, pour détruire les lumières de la primitive église et pour façonner à l'esclavage cette population pieuse et fidèle. Mais quelques efforts qu'ils fissent, quelques changemens qu'ils introduisissent dans la religion, l'institution si forte de la liberté politique fondée sur les principes éter-

nds de la nature ne fut point ébranlée, cardiaque citoyen en recevait , en naissant , le besoin instinctif; et, la doctrine évàngéiiqne, vaincue dans ses rapports religieux, resta vierge dans ses rapports civils, et pure comme l'air des hautes régions du Titan : ses liabitans y tenaient comme à la vie; tous, sans exception, avaient voix délibérât! ve dans le gouvernement, et cette participation à la chose publique était un bien dont ils sentaient tout le prix, if

Laissons donc les champions du princeallemand/ qui se croit un empereur romain , et ceux de la tiare se quereller sur l'authenticité et surtout sur la légalité de la donation du roi Pépin. Et, soit que le Mont-Titan , qui n'avait pas encore pris le nom de San-Marïno, lit partie de cette donation, ou soit qu'il en eût élé excepté, par justice ou par faveur spéciale, faisons observer qu'on ne trouve dans aucun écrit rien qui établisse en fait, que, pendant les huitième et neuvième siècles , il existait un lieu fortifié ( castrum) qui portât le nom de San-Mnrino; preuve certaine que la liberté de la société n'ayant pas été menacée avant l'espèce de fanfaronnade ou du vol à main armée du roi Aslolphc, on n'avait pas encore songé à bâtir des murailles et des forteresses. D'ailleurs, suivant les savantes recherches du célèbre M uraiori, ce ne lut qu'au dixième siècle qu'on commença en Italie à sentir la nécessité de se réunir, de se

concentrer dans des -villes et d'abandonner la coutume incommode d'habiter ça et là dans les campagnes , afin de se défendre réciproquement et de se fortifier dans des murailles. Ce n'est en effet que dans ce siècle, et même dans les siècles euîvans, que les lieux d'habitations restés jusqu'à

. celte époque ouverts comme les villages, et n'ayant d'autres noms que ceux des propriétaires, commencèrent à prendre la forme de château et de forteresse, afin que les hahitans fussent à couvert des irruptions barbaresques alors si fréquentes. Nous ne déciderons pas si cette nouvelle manière de vivre fut avantageuse aux progrès de l'état social , en ce qu'elle fit quitter la vie agricole pour suivre la carrière des armes, et, par-là coopérer à la force aristocratique. Ce qu'il j a de certain c'est qu'elle contribua à changer peu à peu le système politique ;

■d'abord en protégeant lu féodalité, ensuite en stimulant cet esprit d'indépendance et de républicanisme qu'on vit briller eu Italie, réfractaire, c'est-à-dire naturel d'une part, et oppresseur de l'autre. L'influence papale sur le Mont -Titan n'avait donc , j usqu'à cette époque , établi aucuns changemens , pas même la plus légère altération dans la simplicité des mœurs, ni dans la pureté de ce culte transmis, depuis les apôtres, et, comme nous l'avons dit , si contraire à l'église

milif ante et dominante. Mais si Rome n'avaitopéré nuls fâcheux résultats dans la forme du gouvernement civil, c'est que la petitesse du territoire et la pauvreté des habitansn'excitaient pas encore sa cupidité , c'est que l'Etat ne semblait pas valoir qu'on fit la moindre tentative de bouleversement par la force ; d'ailleurs le patriotisme des citoyens laissait entrevoir une vigoureuse opposition, et alors Rome voulait que la guerre eût un but d'utilité pour sa puissance temporelle. Il est à remarquer que les vertus sont plus énergiques partout où le luxe est ignoré, partout où l'on ne connaît pas les besoins du superflu.

Un document authentique du neuvième siècle conservé dans les archives de la république, vient encore ajouter à notre opinion siu' l'exception du roi Pépin, et prouver l'inaltérable indépendance de la population titanique (*). L'évêque de Rimini, Deltone, réclamait du monastère de San-Marino , situé sur le mont Titan, (observons, en passant, que Deltone ne désigne pas l'Etat, dans le neuvième siècle, sous le nom de Castrum sancti Marini, comme il est ditau texte d'Anastase qui est du huitième , ce qui en prouve évidemment une altération subséquente), les difïë-

(") Gtudicato a planta ferctrana. Marini. Soggio di ragioni de!Ia città di San-Lco.

rens bénéfices qu'il prétendait devoir lui revenir comme feudataire dudit monastère, au nom de l'église de Rimini et de la mense épiscopale ; desquels bénéfices , Stephano, régent de San-Marino, était, selon son accusation , le détenteur, si non l'usurpateur. Les deux parties choisirent pour juge l'évêque de Montefeltre et ses clercs, sous la protection civile du duc Orso et de ses laïques qui , formant un lit de justice , écoutèrent alternativement le demandeur et le défendeur. Alors Stephano prouva que jamais l'église de San-Marino n'avait dépendu , non-seulement de l'évêque de Rimini, mais encore d'aucun évêque; que d'après l'institution de soa fondateur, l'église n'était dépendante que de la population; et que, lui, Stephano, réunissait tous les titres de cette église , c'est-à-dire la confiance de la population ; qu'il était, du choix de ses concitoyens , le prêtre, l'abbé et le régent (presbiter, abbasetrector) de la congrégation à la fois religieuse et civile ; que jamais Deltone et ses prédécesseurs n'avaient joui du droit qu'il réclamait; qu'il lui était impossible d'en donner des preuves. Enfin, faute de raisons valables, l'évêque de Rimmi fut exclu de ses injustes prétentions.

Remarquons que Stephano ne fait pas mention de la donation du roi Pépin, qu'il n'invoque pas le droit de Rome pour combattre la demande de

Deltone, et que, comme l'évêque et le duc de Montefeltre sont choisis pour juges , il est incontestable que l'Etat n'était pas sous leur dépendance, et partant, toujours libre du joug des

papes. Use pourrait même que ce débat suscite par la cupidité de l'évêque de nimini eût stimulé celle de l'évêque de Montefeltre; que le pontife, instruit par tous les deux de l'organisation singulière d'un petit bourg perdu dans les nues, eût VU quelque danger à laisser subsister un tel exemple, et qu'il eût aussitôt envoyé des missionnaires afin de convertir des chrétiens primitifs au catholicisme romain. II nous semble certain que c'est ici l'époque précise du changement advenu dans l'Etat, c'est-à-dire de la séparation du corps ecclésiastique de la masse des citoyens , et de la récognition tacite du droit d'indépendance clu corps politique. Ce ne fut, en eilèt, qu'après ces changemens que les habitang du Titan, pour ainsi dire enveloppés dans les querelles intestines de l'Italie, exposés à devenir la proie du plus faible chef de parti ou à être rançonnés par le premier forban qui paraîtrait sur la côte, avisèrent aux moyens de se défendre ; moyens d'autant plus faciles, que la nature avait déjà pourvu en grande partie à leur sûreté , et qu'il fallait peu de chose pour en compléter le système, A lors le chef-lieu de la population du Titan dut être dé-

signé', à juste titre, sous le nom de Castrumou de Caste llum, château ou forteresse; et sa situation devint telle, que dans la moitié du dixième siècle, le roi Déranger, fuyant les armes victorieuses de Otlon, vint y demander un refuge pour lui et les siens. L'hospitalité n'était jamais refusée sur le Titan , surtout au malheur. 11 existe un diplôme de Béranger, du 26 septembre q5i , daté de San-Marino : Action in plèbe Sancti-Marini in Dei nomine féliciter amen, lequel est consigné dans la chronique vulturnense publiée par Muratori , et écrite sur la fin du même siècle par le moine Vincenzo. C'était donc , comme on le voit déjà, le peuple de San-Marino , vivant dans une ville entourée de fortifications, au milieu duquel un roi d'Italie venait se mettre à l'abri de la fureur ennemie d'un prince allemand. Mais cette dénomination de peuple donnée aux citoyens du Mont-Titan était peu usitée; peutêtre Béranger était-il le premier à la lui consacrer comme un titré, soit par l'eflet d'une flatterie assez ordinaire aux princes en péril, soit parce que vivant sur le mont, il pouvait étudier l'esprit des habitons devenus ses défenseurs, et se croire au milieu d'un peuple plus nombreux qu'il ne l'était en effet. D'ailleurs la population s'était tellement augmentée en ces tems, qu'il devint nécessaire de la diviser , et qu'une partie habitât sur

le côté opposé du mont, et formât ce qui fut appelé le Bourg, et, plus tard, il Mercatale, le Marché, ou mieux , le Quartier des marchands.

La forteresse , c'est-à-dire le gouvernement de Saa-Marino avait donc une certaine consistance civile lorsque dans le onzième siècle l'Italie entière sortait de l'état d'anarchie et de misère dans lequel elle était tombée; lorsque les esprits réveillés pour la liberté et pour l'indépendance, agités par la crainte et soulevés par l'espérance, cherchèrent à appuyer des secours célestes les efforts humains , et placèrent les droits naturels sous la protection tntélaire des saints. Les peuples, plongés encore dans cette barbarie dont ils voulaient, sans s'en rendre compte, secouer le joug, car l'esprit humain, quoique toujours entraîné par une marche irrésistible, ne voit devant lui que des lumières ou des ténèbres, et ne distingue bien que le chemin qu'il vient de parcourir; ils crurent donc , en combattant sous les auspices des saints, engager ces saints à faire cause commune avec eux; et la liberté, dans le but d'exciter ses défenseurs à vaincre ou à mourir, eut des temples sous l'invocation de béats protecteurs, fêtés au milieu des clameurs guerrières plutôt comme les dieux de la victoire que comme des confesseurs pacifiques ou des martyrs de leur amour pour la paix. Les cloches mêmes fui ent regardées

comme ministres de la Foi , romme la voix de la force publique contre la violence du pouvoir, comme le signal des combats et du triomphe :

elles qui n'avaient jamais retenti que pour la concorde chrétienne! mais tel est le naturel de l'esprit humain, qu'il trouve partout des rapports,,*vec ses idées et les sentimens qui le dominent.

Parmi les saints en vénération, nul ne fut plus invoqué que San-Marino : on le regardait comme le prédicateur de la fraternité évangéiique, comme le fondateur de la liberté. Aussi ne manquait-on pas de l'implorer pour lu destruction des ennemis, pour la chute des tyrans, pour la bénédiction des armes et des bannières. Cependant, au milieu de ces transports violons dont ils étaient toujours environnés, les San-Marinoïs (Sammarinesi) n'avaient pas besoin de prendre part aux révolutions aventureuses des autres peuples d'Italie : ils possédaient, depuis leur origine, cette existence libre que Marinus avait constituée ; et ce n'était plus que pour le maintien de la paix et. des institutions qu'ils priaient leur saint protecteur. Le teins, il est vrai, nécessitait des changement; mais les générations se transmettaient le précieux amour de l'indépendance que les récits vrais ou mensongers, et recueillis par les légendaires louchant San-Marino, en-

(retenaient dans l'esprit du peuple. EnCn, pour que chaque citoyen , en entrant dans l'église principale (la pieve) , récemment élevée, pût se rappeler l'histoire certaine du saint et du pays, on plaça, au-dessus de la porte, une vieille inscription trouvée sur le lien où avait été la maison du fondateur : monument singulier et sans exemple parmi les inscriptions chrétiennes (*). Une transmission plus belle et plus rare, sans doute, était la recommandation d'éviter toute guerre injuste. Malgré l'accroissement et le besoin d'ajouter à son territoire , le peuple , dans ses délibérations , n'agita jamais une opinion tendante à profiter des troubles civils où étaient plongés ses voisins pour agrandir ses frontières : l'instinct de sa conservation parlait plus fort à la raison que l'orgueilleux principe de sa puissance. Quand il fallut du terrain, il eut recours à la voie la plus pacifique et la plus légitime : il en aclieta par contrat. C'est ainsi que , dans le commencement du douzième siècle, îl devint propriétaire du château de Pennarossa, avec son territoire, et de la moitié de celui de Casole, avec leurs droits seigneuriaux, par l'entremise d'un agent élu pour traiter avec

scrinijon est ainsi conçue :

«humo. .r. L,., ; «,»m. *vctoki-

les comtes de Montefeltre auxquels ces lieux appartenaient. Plus tard nous trouverons, pour de semblables agranilissemens, les hnbitans de San- Marino, toujours fidèles à leurs nobles coutumes : la bonne foi, 1û régularité des paiemens, le bon voisinage, étaient une chose si appréciée par la famille de Montefeltre, qu'elle restade son côté l'amie constante de cette petite société qui , à pas lents, voyait s'aceroilre une force proportionnée à la circonscription de son territoire, et faisait reposer sa tranquillité sur des bases qui devaient en garantir la solidité et la durée.

Avant de poursuivre l'histoire d'une république que sa situation mettait dans des rapports continuels avec les Etats et les seigneurs voisins, faisons connaître les deux plus puissans; nous les verrons, dans les siècles suivans, jouir d'une grande renommée et avoir un grand ascendant sur l'Italie : ce sont les familles de Montefeltre et Malatesta : la première , souche des comtes d'Lrbino, et la seconde, usurpant par la suite la seigneurie de Ilimini. Si l'une se vante de tirer son origine de l'empereur Justinien, l'autre prétend descendre de l'antique fimille Cornélienne et des Sclpions. Mais quelles que soient leurs prétentions, que le lecteur use du droit (le les juger sur leurs actions : pour

San-Marino, dans tous les tems (cérame peàr nous aujourd'hui ) , une vertu <jui prouve la noblesse personnelle, semblait préférable à l'inutile et ténébreuse antiquité où l'on place mal à propos son orgueil.

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