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hommes pour ainsi dire à l'épreuve de leur adresse jusqu'à ce qu'enfin il s'en trouve un qui réussisse. Soiis la conduite d'un nouveau vicaire, Cuzio di Monte San - Savino , le noble Daniel d'Urbino, podestat de Montefeltre, et ses subordonnés , furent les instrumens de contrainte avec lesquels on voulut satisfaire l'avidité insatiable , le désir de domination sans bornes des pontifes de ce siècle ; et Gugliclmo Durante , un des plus doctes ecclésiastiques, en ce même moment gouverneur delà Romagne, maisobligé, sans doute , d'obéir aux ordres émanés de plus haut, et de suivre les instructions du sacré collège, sanctionnait cette tentative. Mais l'amour de la justice lui faisait signaler ce penchant général à la cupidité, penchant autorisé par les actions des chefs spirituels (*), et ses efforts, s'il en eût tenté pour réprimer les déprédations des clercs, alors si communes, n'eussent servi qu'à lui nuire personnellement sans rien réparer.
Les hommes du Montefeltre investis de la puissance temporelle et spirituelle, bien qu'ils
(*) Il s'exprime ainsi dans une sentence rendue la même année ; Ejfrœnata cunctorumque vtttarum radix cupidilas,
paris œinula, orign Utiiim, et materia jargiontm Mens
namque -visca cupidltatis aihtricla y nCC abstincre noiit a vetitis , née gauderc concessis.
l'iNTL'IZJ, t. m , p. 166.
s'y prissent par la ruse et pur la menace pour intimider la société titanique, n'y pouvaient cependant parvenir : l'injustice produit l'indignation; l'indignation de tout un peuple accroît sa force et lui en révèle le sentiment. Sans, doute cette patience évangélique des citoyens de San- Marino ne dut pas tenir à cette nouvelle agression ; sans doute ces guerriers du comte Guido durent brandir l'arme déjà poudreuse- qu'ils avaient illustrée aux plaines romagnûles, et vouloir enfin' sceller par le sang leur indépendance si souvent contestée ; mais le conseil des vieillards ( presbiteroï) de l'Eglise primitive, dont l'imagination, pour être plus sage, n'était pas n^pins fécondée par l'amour de la liberté, ne voulurent pas recourir à des violences qui pouvaient la compromettre par la suite; ils avaient compris que la guerre, quelque juste qu'elle fût, établissait pour l'avenir un antécédent , et qu'il était glorieux qu'il n'y en eût pas plus pour payctle tribut que pour répandre le sang humain. Une première infraction aux institutions fondamentales, cette participation à la grande querelle des factions guelfe et gibeline ne leur faisait-elle déjà pas craindre de voir, sans nécessité absolue, les chrétiens de la congrégation de Marinus changer le soc de la charrue et les inslrumens aratoires en armes meurtrières? Ils pensaient que l'illégalité
de la guerre ne pouvait servir qu'à l'esclavage, et qu'il y avait pour leurs droits méconnus une défense plus forte que les murailles dont ils étaient entourés, la justice : alors feignant de ne pas croire que le prêtre qui succédait aux apôtres pût être l'instigateur de l'agression et de la cupidité du podestat de Montefeltre et des agens de la cour pontificale dans ce comté, ils envoyèrent des députés an pape , moins pour accuser ses ministres que pour placer la république elle-même sous sa protection immédiate. BonifaceVllI n'estait pas un vase d'élection , mais un pécheur généreux , ainsi qu'on le nommait à cette époque. 11 fut sensible aux représentations de ce petit peuple venant réclamer contre la domination temporelle de l'Eglise , tandis que de grandes provinces et des nations même s'y soumettaient; ne trouvant pas d'ailleurs que sa puissance fut précédemment établie sur le Titan; ne voulant sans doute pas être le premier à donner des fers bénis à cette bourgade si Gère et si digue d'être libre. Mais afin que d'autres contrées ne pussent pas se prévaloir d'un exemple d'absolution complète, il nomma le chapelain de son palais et son camerlingue, tous deux ses assistans dans l'examen des affaires du saint-siège et ses adjoints dans le sacré ministère de la justice, à l'effet de s'assurer de la vérité et de prendre connaissance des faits ;
lesquels, vu l'importance (le leurs fonctions, ne pouvant se transporter sur les lieux, investirent de leur confiance et déléguèrent Ranieri , abbé du monaslère de Saint-Anastase , distant seulement de trois milles de San-Marino, avec pleins pouvoirs d'agir pour eux. Le choix decet homme, d'une loyauté connue , parut satisfaire les parties intéressées.
Dès que l'acte de délégation fut nolifié au gouvernement de la république, les syndics, nommés à cet effet , présentèrent à leur tour l'acte contenant les articles de la vérification desquels dépendaient la démonstration de la vérité et l'évidence de leurs droits; ils remirent aussi la liste des principaux citoyens qu'ils appelaient en témoignage, pour éclairer la justice.
Le délégataire fit citer les parties intéressées, le podestat et le vicaire du Montefeltre, d'une part; les représentans de la commune de San-Marino , de l'autre, à comparaître devant lui pour entendre la prestation du serment des témoins, qui furent également assignés pour la même audience; et cette procédure préalable terminée, on fixa le jour de leur audition. Le document qui contient leurs dépositions fut examiné, reconnu et approuvé par un des plus savans critiques qu'eût l'Italie : nous regrettons de ne pouvoir le transcrire ; son importance et sa singularité pourraient y fait e
trouver quelqu'intërêt à ceux qui s'occupent de recherches diplomatiques.
Or il ne s'agissait, pour que les San-Marinois eussent gain de eatise, que de prouver qu'ils possédaient leur liberté de tems immémorial ; qu'ils n'avaient jamais reconnu aucune juridiction étrangère à celle de leur propre société; qu'ils n'avaient jamais contribué aux charges et bénéfices du comté de Monlefeltre, niais seulement fourni leur part dans les sommes volées par le parlement général de la province pour les dépenses communes , et nécessitées par la guerre civile : ils présentèrent donc les sentences précédemment rendues , et tout récemment encore sous le vicariat de ïliéodoric et la légation d'Ildobrandino, et ils se fièrent à la déposition de leurs citoyens les plus recommandables, et jouissant tous d'une intégrité trop reconnue pour qu'ils pussent être récusés. Sans doute leur témoignage ne fut pas toujours d'accord sur tout ce qui avait rapport à la science et aux circonstances, mais il tut unanime sur les différentes interrogations relatives à la liberté, à son origine, à l'exemption de tout droit de suzeraineté, de toutes dîmes inféodées; tous faisant dater l'indépendance absolue à partir de la fondation de la société par le bienheureux Marinus, et île variant que sur la question de savoir si cette
indépendance avait été primitivement concédée par privilège pontifical ou impérial , ou si elle était l'effet d'une continuité seulement approuvée ou tolérée. Par exemple le prêtre Pagano, recteur de l'église de Saint -Jean Sotto le panne , homme versé dans la science des légendaires, et connaissant la vie du saint fondateur , interrogé relativement à l'époque de l'indépendance tîtanique, à ses auteurs et à la domination sous laquelle l'empire se trouvait alors , répondit que ce fut au teins où le bienheureux Marïnus vint de Dalinatie au Mont- Titan; qu'il ignorait sons quelle domination était l'empire, mais qu'il attestait que la montagne fut. donnée au saint fondateur en toute propriété par sainte Félicité, à qui elle appartenait, en ayant lu et entendu lire l'acte de cession. Peutêtre existait-il efiectivement, à l'époque de cette contestation, une charte vraie ou fausse, soit en original, soit en copie , relative à cette donaLion; peut-être y çn avait-il plusiein-s, ce que le témoignage de Giovanni Biagio prouve infailliblement : car, interrogé sur les mêmes articles, il répondit qu'il croyait que les San-Marinois furent exempts de tous droits au tems du lévite Marinus; qu'il a vu le privilège octroyé audit Marinus per papam et per imperalorem , dans lequel il est dit que le bienheureux Marinus , les Iiabitans du mont, et le mont lui-même, sont libres et es.emp-
tés de tous droits. Mais quoique de telles chartes ne soient pas parvenues jusqn'à nous, il serait aussi déraisonnable de rejeter la possibilité de leur existence que d'établir sur leur incertitude une opinion trop prononcée. L'erreur des bons habitans de San-Marino , s! c'en est une , ne pouvait en rien préjudicier à leur cause. Pourquoi n'aurait on pas cru à la donation de Sainte-Félicité faite à Saint-Marinus? Quand il plut à Saint- Pierre, à Saint-Benoît, à Saint- Ambroise et à d'autres saints d'envoyer du paradis des mandats de procuration pour accorder desdonations, des concessions et des privilèges, ne se trouva-t-il pas toujours des gens tout prêts à accepter , et même à reconnaître la validité de pareils titres? Contentons-nousaujourd'hui de signalerles croyances des siècles d'ignorance, et de répéter avecTite-Live: Nec ajjtrmare, nec refellere in anima est. Qu'il nous Suffise de prouver ici que tous les hommes appelés à rendre témoignage dans l'examen ordonné par le pape Boni face sur les -droits des San-Marinois , s'accordent à dire que l'indépendance politique de San-Marino existait de tems immémorial, et que l'Etat jouissait de ses franchises, au moins par le droit de la continuité la plus reculée , et par la raison qu'il n'avait reconnu aucune domination : c'est peut-être la plus forte que l'on puisse donner. Ceux qui se prévalent ,
pour établir l'esclavage d'un peuple , fie quelques antécédent) d'hier, comparativement à la vieillesse du monde, se mettent en opposition ouverte a"vec les Écritures saintes qu'ils modifient à leur gré , et selon leur intérêt. Si l'Evangile a consacré l'égalité' pnrmi'les hommes , ils ne peuvent reconnaître d'outre domination que celle de leur créateur et des élémens ; c'est la seule qu'on ne puisse nier : toutes les autres , à moins qu'elles ne reposent sur les concessions volontaires des peuples, sont des usurpations et des tyrannies.
Le révérend abbé de Saint-Anastase, porté, par sa profession , aux définitions métaphysiques, montra plutôt l'esprit de curiosité d'un docteur que celui d'un juge; car, non content de vérifier les faits relatifs à la question et les points de droit qui en dépendaient, il voulut encore pénétrer jusque dans l'esprit des bons républicains, et approfondir leur intelligence par des questions qui eussent embarrassé un grand nombre de savans, même dans les siècles de la philosophie. Mais les fils des compagnons de Marinus étaient au dessus des arguties d'une vaine théorie , par la pratique et les transmissions des droits de leurs ancêtres; leurs réponses sur cette question insidieuse : Qu'est-ce que la liberté? qu'est-ce que l'exemption ou l'indépendance? (Qaid est libellas? qu'ai est exempiio?) sont d'une logique d'autant plus
forte, que cesvéponsesso^t simples, naïves, qu'elles contiennent toutes les mêmes idées et les mêmes sentimens. C'est ainsi que la plupart des témoins répondirent , et presque dans les mêmes termes, à L'interrogation : Qu'est-ce que la liberté? Ne reconnaître aucune domination , ne relever de personne , et définirent l'exemption ou indépendance par ces mots : Ne payer aucun tribut, ne souffrir aucun vasselage , n'être soumis à aucune autorité ni à qui que ce sait. Un d'entre eux à qui on demanda comment il se faisait qu'ils fussent exemptés ou indépcndans,répliqua -.Parce que nous sommes libres, et parce que, de droit, nous ne sommes sous aucune domination. Ensuite un autre fit cette réponse, digne d'un philosophe chrétien : Parce que les hommes sont libres , parce qu'ils s'appartiennent à euxmêmes, parce qu'ils ne doivent aucun, compte à aucun d'entre eux , mais seulement au maître de tous, à notre seul Seigneur Jêsus-Christ. Enfin un autre , interrogé sur ce qu'il entendait par être exempté ou indépendant, répondit plus clairement encore : Ne pas faire ce que font ceux qui sont soumis à quelqu'un. Expressions simples , mais contenant toutes, les idées relatives à la demande et dégagées des couleurs obscures du scolasticisme qui régnait à cette époque. Le document auquel nous empruntons ces réponses étant
des plus curieux, nous engageons les personnes qui peuvent le comprendre d'y jeter un coupd'œil ; cependant il suffit de nos citations pour faire voir non-seulement la vérité du fait relatif à la liberté de San-Marino, mais encore l'énergie et l'unité rie sentimens dont était animé ce petit peuple content de sa situation et de son imlépendanee. L'attention du juge devait nécessairement se porter sur l'authenticité de la sentence du vicaire pontifical Théodoric, de laquelle le podestat de Montefeltre appelait; il fut aussi prouvé, avec la même unanimité, que le célèbre jurisconsulte Palamède avait examiné le sujet de la contestation avant de la juger; que le vicaire lui-même s'était transporté sur la hauteur dulitan, et que la sentence avait été rendue avec la plus grande solennité afin que nul n'en ignorât.
Quoiqu'il ne soit resté aucun écrit, aucun mémoire sur le jugement rendu par l'abbé de Saint- Anastase, jugement sans doute confirmé par les juges du palais pontifical, il est probable qu'il fiit selon l'équité ; car depuis lors aucun podestat du Montefeltre ne renouvela ses injustes prétentions, et les citoyens de la république de San- Marino ne ressentirent leur pouvoir que par T'influence qu'ils exerçaient dans les intérêts communs de la province. Cependant quelque clairs , quelque manifestes que fussent les droits des
San-Marinois, ils tardèrent peu à se retrouver placés dans des circonstances qui les exposèrent à de nouveaux débats sur la juridiction de leur territoire, débats plus vifs, plus difficiles, plus douloureux que jamais , ainsi que nous le verrons dans le siècle suivant : l'envahissement de ia puissance temporelle par les ecclésiastiques, et leur cupidité semblaient s'irriter de trouver des obstacles au pied du Mont-Titan. La rancune des prêtres a des racines profondes. D'ailleurs sans cette haine, origine secrète des nouveaux événemens, peut-être pourrait-on en trouver aussi la clef dans cette immoralité du siècle qui se manifestait par les sentimens les plus scandaleux d'un orgueil cynique, d'une avarice sans bornes, d'un insatiable désir d'opprimer; et le clergé de tous les degrés hiérarchiques avouait hautement de tels vices, comme autorisé par l'exemple, malgré les remontrances de quelques hommes pieux, fidèles à la pureté , à l'humanité évangéliques. Benvenuto da Imola, dans ses Commentaires sur le Dante , explique, comme une des raisons de toutes les désolations de la Romagne , la cession impolitique que l'empereur Rodolphe fit dej cette province en 1277 au pape Nicolas III; et, en effet, àdater de cette époque, on vit les partis prendre un aspect plus menaçant , et les nouveaux tyrans ne plus montrer de frein à leur
ambition, et surtout à leur cupidité : ces tyrans appartenaient tous à l'ordre ecclésiastique : Primant est amritia pastorum ecclesiœ qui nunc Vendant unam terrant , nunc aliam. Et nunc unus favct Uni lyrannos , nunc alius alteri, secundum. quod sœpe mutanturofficialesXa vérité de ces traits est si connue, qu'il est inutile de vouloir en donner d'autre preuve; et ce fut, sans nul doute, pour des raisons aussi péremptoircs , par l'aspect d'un danger aussi pressant, que le peuple de San-Marino , comme nous l'ayons déjà dit, pour ne pas être troublé dans la possession de sa liberté et de son indépendance , se vit obligé d'appartenir à un parti et de se jeter dans la faction gibeline afin de ne pas honteusement devenir la proie des évêques de Montefeltre , afin de ne pas relever d'eux.
Mais la société titanique , dans sa loyauté , avait-elle bien prévu cet esprit des corporations ecclésiastiques qui se transmettent la soif inextinguible de dominer? Les fils des compagnons deMarinus, souillés de sang, s'étaient-ils donc soumis, par avance, à la nécessité d'en verser encore , d'en verser toujours , parce que des prêtres impies avaient altéré les principes fondamentaux de l'Evangile, la paix, l'égalité, la pauvreté chrétiennes? Que les politiques qui
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ne décident qu'à coups de sabres, qui ne connaissent d'autre conviction que celle du canon, réfléchissent aux conséquences d'un premier crime
INous avons déjà vu dans ce siècle les évêques Ugolino et Giovanni tenter d'introduire leur aiij torité sur le Mont-Titan, et chercher à multiplier leurs rapports avec les habitans , essayer même de les corrompre pour établir plus facilement leur ambitieuse domination ; or , il est à croire que les dernières contestations que nous avons signalées furent d'essence épiscopale , et n'eurent lieu qu'à l'instigation d'Cberto, qui se trouvait alorslechef de l'église du Montefeltre , et qui , sou$le prétexte d'obéissance à l'autorité pontificale, cherchait à s'approprier la seigneurie de San-Marino, au nom de la mense épiscopale. En fait, il est certain que ce fut ce pasteur qui entretint le trouble dans son diocèse, au point de ne pas le faire participer à la paix générale de la Romagne, ainsi que nous l'avons vu, afin de soumettre tout-àfait le Montefeltre à la domination ecclésiastique : cependant ce comté put jouir aussi de la paix en i5oo, maïs d'une paix si éphémère, qu'elle ne pouvait résister aux* moindres circonstances, et si bien caractérisée par le Dante dans la réponse faite au comte Guido, lequel avait été
aussi, comme nous l'avons dit, un. îles plus constans perturbateurs de cette province :
Romngna tua non r , a non fa mai Scnza guerra ne' cuor' tic' Suqi tiranni, Ma pale.ii; nexsuna or ven Lasciai.
• Cette paix n'était en effet qu'une suspension d'armes : le repos ne servait qu'à réparer les forces épuisées , qu'à se préparer de nouveau à la guerre; mais soit honte, soit besoin, soit l'effet de quelque insinuation supérieure, l'évêque Cberto se vit enfin forcé de chercher à calmer la fureur des partis dans son diocèse, ou du moins de taire toutes les démarches qui tendaient à ce but. Un congres fut tenu à San-Léo dans le monastère de Saint-François santigne , auquel la commune de San-Marino envoya ses ambassadeurs pour régler tous ses différens avec l'évêque; et ce dernier renonçant à toutes ses prétentions sur le Titan, promit de ne plus renouveler ses demandes. Mais quoique tout fut réglé à la satisfaction des parties contractantes , le prélat, à l'aide des subtilités scolastiques , put se réserver le moyen de susciter à l'avenir de nouvelles querelles ; et tout en satisfaisant son ambition par des ri-strictions mentales, put satisfaire encore cette soif d'w^entqui le dévorait, avidité malheureusement trop générale alors. On voi! , dans l'acte du traité,
après une courte exhortation au maintien de la paix , et quelques réflexions vagues sur se* avantages, deux grands articles relatifs à la rémission des péchés et à la miséricorde divine au jour du jugement , marchandise sacrée chèrement vendue, moyennant la promesse de payer, à titre de transaction , mi millier de livres comme don religieux et volontaire, quoique obligatoire par ledit traité : mais les San - Marinois, trop fiers , trop animés des avantages réels de la paix , se trouvaient heureux de la signer à prix d'argent, surs qu'une existence paisible est sans compensation sur la terre. Ils attachaient peu d'importance à ce métal presque inutile chez eux ; ils s'honoraient d'en donner comme largesse , autant qu'ils eussent cru s'avilir d'en payer comme tribut; ils gémissaient, du reste, de voir les ministres de la religion du Christ adorer le veau d'or et se couvrir du crime de simonie.
Par un traité de paix aussi partial , aussi intéressé, tout dirigé dans le sens de la cupidité et de la mauvaise foi , il est facile de distinguer la vraie spéculation de l'évêque; c'était plutôt un motif de nouvelles guerres, pour amener de nouveaux traités de paix et de nouvelles transactions, qu'un retour sincère à la concorde. l'eut-on se flatter de voir renaître le calme et la tranquillité quand le ferment des discordes est toujours dans les
cœurs? quand la fureur des partis, l'avarice et l'ambition, sont entretenues par ces loups pasteurs des troupeaiw pour enflammer encore les esprits? Cependant les citoyens du ïitan, dans leur région élevée, ne voulaient que maintenir leurs nobles coutumes; et forts de leur indépendance, ils évitaient le contact des habitans des plaines, ils se plaçaient au-dessus des passions, des violences, des préjugés et des erreurs du reste de l'Italie.