LIVRE VI
Quinzième siècle.
jNoTHH intention avait d'abord été de faire un résumé succiot des annales de la république de San-Marino, presque inconnue en Eui-opc, et même en Italie , quoiqu'elle en soit une fraction ; nous voulions réparer en quelque sorte l'injustice des historiens modernes et des voyageurs qui ont dédaigné d'arrêter un instant leurs regards sur le Titan. Mais eu méditant notre travail , nous avons conçu un plan plus vaste , et nous n'avons pas reculé devant les difficultés sans nombre d'une telle entreprise. Le but de noire ouvrage, la bonne intention qui nous animait , relevaient notre courage , nous faisaient supporter l'aridité du terrein et la sécheresse des matières. JNous avons dit souvent les mêmes choses , mais ij y en a qu'on ne saurait trop répéter. Les mots de liberté et d'indépendance sont tracés presque à chaque ligne; mais, dans une république chrétienne, ils équivalent, pour la dignité nationale, à ceux de prince ou de roi. Nous avons raconté des querelles qni se ressemblent toutes , mais
elles avaient les mêmes causes; et la sagesse, la courageuse résistance îles hommes libres (levaient produire les mêmes résultais. INous avons pénétré clans les détails les plus minutieux , mais en établissant le lecteur comme un juge, nous faisions comparaître à son tribunal d'équité îles témoins irrécusables; et pour qu'il put se former une opinion et prononcer une sentence, il fallait qu'il entrât dans toutes les considérations. INous n'avons pas voulu affaiblir par l'art nos citations, altérer par une méthode scolastique cette série de faits qui venait prouver la triste vérité que les clercs ont corrompu les institutions les plus généreuses, que leur dogme , en opposition avec l'esprit véritable de l'Evangile, a établi un pouvoir temporel auquel celui qui avait dit : « Mort royaume n'est pas de ce monde » défendait qu'ils participassent. Nous avons vu que, sons l'ambition des ecclésiastiques, les citoyens de San- Marino, heureux et paisibles, ne se fussent jamais écartés du principe fondamental de leur sainte constitution. Nous avons, d'après les témoignages respectables des historiens, distingué dans la religion deux religions contradictoires : celle du Christ et celle des prêtres. La supériorité d'un peuple libre sur un peuple esclave s'est montrée avec éclat : maintenant nous suivrons une marche plus rapide; et, dans la
crovance où nous sommes que de nouvelles preuves ne sont plus nécessaires à l'opinion ilu lenteur, nous ne l'entretiendrons que des principaux événemens, afin de conduire ces Mémoires jusqu'à nos jours. Nous n'osons pas nous flattée d'avoir excité un grand intérêt en faveur d'une famille de clirétiens ver tueux ; mais si nous avons tait supporter la lecture de cette histoire, c'est qu'il y a aujourd'hui de la sagesse au fond des cœurs ; c'est qu'on connaît trop les déceptions d'une gloire toujours trop chèrement acquise ; c'est qu'on est revenu des illusions mensongères que font naître les hommes qu'on appelle grands, et que la pensée se repose avec satisfaction sur le tableau qui représente un peuple de républicains sages, le seul qui n'ait pas eu de César.
Le quinzième siècle ne fut pas un des plus glorieux pouiTltalie, moinsdivisée peut-être par les grandes factions et par les inimitiés domestiques , mais minée par la corruption de toutes les institutions nationales, par la perte de toute vigueur. Cesl l'époque de transition entre le moj en âge et les tems modernes. Après l'énergie de liberté signalée par les Italiens aux douzième et treizième siècles, le quatorzième n'avait pas eu un caractèie déterminé : les individus détachés de la tbule par l'amour de l'étude et des Lettres,
que le Dante, Pétrarque et Boccace faisaient fleurir, peut-être aussi par le besoin de repos, laissaient insensiblement surgir les ambitieux qui ne sommeillent jamais; et c'est ainsi que l'esprit d'indépendance qui s'était manifesté de toutes parts, avait fait place, au commencement du quinzième siècle, à l'esprit d'usurpation et de conquête , tendance des petits Etats pour se réunir aux grands, et suite de tant de luttes, de tant de combats. Mais de ces efforts , il avait jailli des étincelles de lumières : le peuple s'éclairait par la philosophie et les arts ; des révolutions sans nombre préparaient le seizième siècle , le plus brillant de tous pour l'Italie; mais elle payait sa splendeur future au prix de ses vertus, de sa liberté , de ses espérances pour l'avenir.
L'époque où tontes les villes républicaines d'Italie perdaient leur indépendance an sein des agitations, fut cependant pour San-Marino la plus illustre, la plus digne de mémoire ; la fermeté des tems passés y produisait ses heureux résultats : l'exemple de la ville de Perousïa, qui regrettait, dans le plus cruel servage, d'avoir trop facilement cédé aux promesses du pape Boniface, devenait pour les San-Marinois un encouragement dans leur résolution de persévérance, leur donnait un noble orgueil, leur inspirait, par la liberté , le sentiment de la vraie vertu , et celui de
leur Force par l'union, Celte confiance en euxmêmes était préférable aux prévisions de la politique. Nous ne saurions affirmer que la maladie du siècle n'ait pas en quelque accès sur le Titan , mais sans doute la prudence des magistrats y porta remède aussitôt , empêcha lu contagion de troubler les relations individuelles , tandis que l'amitié constante et généreuse des comtes d'Urbino protégeait la république contre les usurpations étrangères. Ce désintéressement de la famille Montefeltre est d'autant plus digne de remarque et de louange, qu'il lui était facile, sous le manteau de la protection , d'exercer sur San- Mariho une influence que l'adresse eut pu faire tourner au profit de l'ambition; mais quoique, dans le commencement du siècle, le loisir d'une paix conclue, par l'entremise de Bonifiée, entre les Malatesta et les comtes d'L rbino , laissât à ces derniers la possibilité de tenter d'établir leur domination sur le Titan, rien ne prouve qu'ils l'essayèrent :1a sincérité des rapports avec un peuple libre et vertueux est la plus saine politique. Aussi quand il en fut de l'avenir comme du passé , quand les anciennes rivalités se réveillèrent, les San- Marinois conservèrent la même amitié pour la famille protectrice, le même éloignement poulies Malatesta. Les relations de bonne intelligence avec San-Marino étaient d'un si haut prix alors,
qu'on vit, en i4r>4, les Ordelalfi, seigneurs de Forli, se prévaloir d'une antique amitié entre leur famille et les habitans du Titan , pour former de nouveaux liens avec eux.
Un fait qui produisit à cette époque , dans la commune de San-Marino, une indignation générale, et qui se trouve consigné longuement parle savant Olivier! (*) , vient témoigner la pureté des mœurs, le patriotisme et la bonne foi des habitans : il s'agit d'un exemple sévère de justice donné contre messer Toniasso Riualduccio délia Ripa Transone, qui fut condamné à être pendu, non pour avoir versé le sang humain, mais comme faussaire et citoyen déloyaL Heureux le peuple chez lequel un tel événement est une calamité publique!
Quoique les Sau-Marinois ne fissent pas retentir hautement le mot de liberté , ils savaient la conserver et la faire tourner a» bien-être de leur existence ; et autant on en avait contesté le droit Originaire dans le siècle précédent, autant il fut autlientiquement reconnu dans celui-ci Des écrivains distingués consacrèrent quelques pages à la gloire de cette liberté si belle et si rare qu'elle n'cxislait déjà plus nulle autre part : Cipriano JVIanenti, le cardinal Bembo l'exaltèrent; et Blondus, connu pour un historien et un géographe d'un rare
(') Mem. di Novïlar.
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savoir, l'a célébrée par ces paroles mémorables que nous avons déjà citées : Tu excelsi montiscacumine Sammarinum oppidum : Olim acermons dicium , perpétuée libertatis gloria clarum. Les seigneurs de Rimini et de Forli courtisaient les Sau-Marinois, dans l'espérauce de les attacher, en cas de besoin , à leur cause ; ils leur rendaient compte , dans des lettres flatteuses , de leurs moindres succès, des moindres circonstances de famille; et ces lettres, adressées aux capitaines, portaient ces suscriptions : Magnificifratelli carissimijàe la part desOrdelafii,et Nobili e carissimi amiçi de la part de Malatesta. Mais cette correspondance amicale ne fut pas de longue durée avec ce dernier ; il ne tarda pas à recommencer ses inutiles menaces. Cependant voyant l'attitude ûère el le silence déd;tiçneu\ des hommes libres , il se contenta de leur défendre d'accorder aucun secours à Paolo Orsino , au pape Giovanni etàBraccio de Montone, célèbre Condoltiorc, avec lesquels il se trouvait en guerre. Les menaces et les défenses n'intimident que les esclaves; les citoyens di? San-Marino restèrent paisibles : ils ne prenaient jamais les armes que pour l'indépendance de la patrie.
Les chefs de l'L'glise, tombés dans le mépris par les eifets du schisme anéanti dans le concile de Constance, ne se relevaient nullement dans
l'opinion par le trafic des indulgences : le clergé italien voulait s'enrichir comme celui d'Angleterre et d'Allemagne ; mais dans ces contrées la doctrine de Wiclef et de Jean Huss venait de produire l'esprit de réforme ; et la présence des Condottieri , à la tête desquels se trouvaient Braccio de Mootone et Sforza, avait pour but d'empêcher que les évêques italiens ne provoquassent, par leur conduite, une de ces révolutions réactives que les peuples sont toujours prêts à effectuer quand on les accable d'abus.
Les prélats du Monlefellre gardaient le silence; ils ne réveillaient plus leurs antiques prétentions sur le 1 ilan ; cependant l'esprit des clercs s'agitait encore à ce sujet; et le pape Martin V, dans l'intention de faire croire à la suprématie pontificale , Octroyait à la république de Sân-Marîno une bulle par laquelle il lui accordait le droit d'élire ses magistrats et de fiiire ses lois : dernier effort de la vanité dans l'impuissance de l'injustice. Les San- Mai'inois semblèrent assez indifférer» à cet acte de bienveillance papale qui maintenait seulement, entre l'Eglise et les fidèles du Titan, une réciprocité d'égards et de bonne intelligence. I^es concessions volontaires des papes ont toujours quelque but secret, cachent une arrière-pensée d'intérêt personnel qui se manifeste tôt ou tard; aussi vit-on les successeurs de Mai-Un profiter de leu.s i3.
rapports avec San-Marino, lorsqu'ils se trouvèrent forcés à combattre la famille Malatesta.
Dans cet intervalle, la guerre ne cessa d'exister entre les seigneurs (le Itimini et ceux du Montefeltre; et la république prenait toujours les armes pour cesderniers Exposes à la (ureurdeSigismond Malatesta, les San-Marinois se virent pressés de près ; bientôt déli vrés par Frédéric d'Crbin , ils entrèrent avec lui , contre l'ennemi commun , dans une alliance où se trouvaient le roi deNaples et le pape,eui458. Alphonsed'Arragon et Piell avaient à venger des ofienscs : colère de pape et de roi ! rien de plus terrible pouvait-il frapper le rebelle! Mais Sigismond était un de ces hommes remarquables dont le génie se développe dans les circonstances diiliciles ; il tint long-tems tête à cette ligue puissante, dans laquelle les habitans de la roclic, trop voisine de Rimini, semblaient seuls, par l'ellet d'une vieille haine héréditaire, intimider le tyran. Mais à sa mort, son fils Robert, qu'un caractère pacifique avait fait bien venir des puissances de l'Italie, vint enfin établir avec ses voisins une paix durable, et des alliances l'unirent par des liens de parenté à la famille d'Urbiuo (*). ■ '
(*) Il épousa la fille du comle Fréiléric , e! les noces qui se firent à Rimini furent d'une grande magnificence. Le
Nous voyons dans les Mémoires du tems que les San -Marinois s'étaient, acquis une grande renommée comme hommes d'armes; toits les gouvernemens italiens tenaient à honneur d'en avoir à leur solde ; le saint-siège , le roi de Naples , la république de Florence et les seigneurs de Forlî écrivaient aux capitaines du Titan des lettres gracieuses pour obtenir, comme par faveur, un bataillon de leurs jeunes citoyens. Déjà des traités d'alliance avaient été faits avec ces puissances, qui garantissaient l'indépendance de la petite république. Elle avait reçu du saint -père, en propriété, les châteaux de Mongiardino, de Seravalle et de Fiorentino avec leur territoire , population et juridiction : c'était une compensation des dépenses où l'avait jetée la guerre contre Sigismpnd Malatesta ; et les traités de paix l'avaient confirmée solennellement dans sesdroits auxdites terres. Les babitaiis de ces lieux , ainsi que ceux des terres acquises précédemment, se trouvèrent heureux de passer, du joug sévère de l'Eglise, à faire partie d'un état libre et paisible où tous les citoyens participaient au gouvernement. Les pe-
cbevalier Claudio Paci en a laisse une description , dans laquelle figurent les présens des républiques de San— Marine) , de Florence et de Venise ; mais le présent qu'il apprécie le plus , était la promesse d'une étroite arnïtiO faite au nom dts citoyens du Titan.
tiis différens occasionnés par cette donation entre l'Etat et l'évêque de Sessa, alors lieutenant de Fano , furent bientôt arrangés à l'amiable par les sotns du comte Frédéric et des comtes Calrigni de San-Marïno. Cet agrandissement de territoire donna une nouvelle consistance an gouvernement titanique : le château de Sernvalle était une forteresse importante ; et , à la prière de Frédéric d'Orbino , on en confia la garde à messer Simone, de San-Marino, qui avait vieilli au service des comtes du Montefcttre, homme ferme et d'une loyauté à toute épreuve.
J.e chemin du Titan était devenu un des plus fréquentés dans la province; la paix, comme la guerre, établissait entre les peuples des communications qui leur étaient favorables : les San- Morinois profitaient des ctïets de la civilisation sans perdre rien de leur énergie et de leur vertueuse simplicité; ils n'étaient pas étrangers aux Lettres, et quelques-uns d'entre eux s'étaient fait remarquer comme politiques, comme guerriers, comme littérateurs. Le Dante était commenté à San-Marino; Giovanni Bertoldo, évèqtie de Fermo, se distinguait parmi les savans d'Italie ( Ses Commentaires sur la divine comédie sont conservés dans la bibliothèque du Vatican). Son successeur, comme lui né sur le Titan, et d'autres concitoyens, firent preuve de savoir et de
talent : tels étaient l'évèque Giovanni ileTonsi , <le Giovanni de' Pili , auteurs d'un Commentaire sur la moi aie tlu célèbre fondateur de l'école péripatéticienne; le frère Martin o Mandroni , évêque de Se ba s te , et Giovanni délia Penna , recteur de l'université de Padoue, fils de Simone de San- Marino. Le goût des Lettres, que les seigneurs d'L'rbinoet de ftimini poussaient juqu'à la passion, s'était développé sur le Tïtan par les rapports d'amitié, et entretenait les peuples dans une bienveillance réciproque : les querelles littéraires pouvaient tout au plus troubler L'harmonie et la paix, mais jamais les rompre.
La renommée des San-Marinois, comme guerriers, était IVUetdu préjugé de la gloire militaire qui de tous les tems a gouverné le monde , et qui, pendant les troiihlescivils, semblait encore avoir plus d'importance. Mais les fils du Titan n'y plaçaient aucune vanité; ils croyaient mieux mériter de la patrie par leur attachement à l'ordre transmis de siècle en siècle depuis la fondation de la communauté; ils employaient à l'étude des lois le tems que dans d'autres pays on consacre à la dissipation; et depuis que les armes silencieuses étaient suspendues au foyer domestique , ils avaient compris la nécessité de revoir le code des lois. Lin siècle et plus avait exigé de nouveaux décrets ; cependant , sans vouloir observer
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exactement la règle de Solon , le conseil résolut , en 1491 , de saisir l'opportunité d'un moment où la paix régnait sans altération, où les grandes puissances de l'Italie témoignaient une amitié sincère à l'Etat de San-Marino , pour refondre et réformer les lois, pour en former un corps plus solide et plus étendu : glorieuse occupation séculaire, trophée qui ne coûte pas de larmes et qui n'attire aucune réaction ! C'est dans cette circonstance qu'on vît des citoyens s'illustrer par leur prudence et leur sagesse , les Belluzzi , les Lunardini et les Calcigni, se placer, par leur amour pour la pairie, et par leur science en matière de jurisprudence, au-dessus de .ceux qui avaient brillé dans la carrière des armes : aussi trouvonsnous dans nos documens le titre <le comte joint au nom de Calcigni, digne récompense du mérite, mais toute honorifique sui la cime du Titan. Ce fut à l'occasion de celte importante réforme législalivc que Varringo décida que l'Etat de San- JYIarino, d'après ses iois constitutives, et ses relations avec les grandes puissances, et pour caractériser plus fortement la nature politique de son gouvernement , prendrait à l'avenir la dénomination de république, qu'il n'avait pas encore prise solennellement. Notre intention étant de faire connaître, dans le dernier Livie de cet Ouvrage, la nature de ce gouvernement avec toutes ses
formes, nous nous bornons à dire ici qu'à cette époque l'esprit de justice , de réforme et de civilisation avait tellement pénétré dans la société tilaniqne , qu'on retrancha du serment civil l'antique clause de prendre les armes contre quiconque attaquerait l'Eglise romaine. Quelle que fût la bonne intelligence qui régnât alors entre la république et le saint-père, on comprenait que cette clause, dont l'antiquité était fort respectable, ne ne pouvait cependant être tolérée raisonnablement qu'à l'époque où l'Eglise n'avait d'autre force que le pouvoir spirituel; maïs que depuis que ses cliefs avaient en main un glaive à deux tranchans, des armées , des capitaines pour la délênse de ses droits, il était naturel de la laisser se défendre elle-même. On voit aussi dans le nouveau code quelles précautions les San-Marinois prenaient pour se garantir de toute influence étrangère, punissant de la peine capitale et delà confiscation générale de ses bienstoul individu qui invoquerait uu secours étranger; et pour rendre encore plus humiliant le dernier supplice du traître, ils décrétèrent qu'il serait traîné au lieu de l'exécution, ad caitdam asini. La sûreté politique leur fit même défendre, sous peine de mort, de vendre à nul seigneur ou homme puissant par ses richesses, aucune habitation sur la roche ou terre titanique, et d'y admettre aucun
étranger mal famé. Nous devons regarder aussi comme une des lois les plus salutaires , premièrement l'abolition du sénat us-consul te macédonien; secondement, l'obligation de payer solidairement les dettes de l'Etat par une répartition générale et relative; troisièmement, l'injonction formelle aux magistrats de publier dans Varringo les actes du gouvernement et les sentences criminelles. Les magistrats furent en outre chargés d'entretenir la concorde et d'être l'arbitre des différent, et investis du droit censorial des corrections envers les enfans au-dessous de dix ans. Des changement non moins utiles concernant l'élection des capitaines , et de nouvelles peines portées contre tous ceux qui manqueraient d'assister aux conseils généraux, furent aussi décrétées dans les statuts. C'est ainsi que par tant de sollicitude et de prudence, de lumière et de sagesse, le petit peuple s'élevait au-dessus du siècle, et consolidait fies institutions , tandis que l'Italie entière voyait les siennes se détruire.
Nous ne saurions douter que, dans ce siècle, le voisinage des bons princes fut pour la république de San-Marino la Sauve-garde de son indépendance; elle leur dut aussi la paix dont elle tirait toujours un si grand prolit. Frédéric, créé ducd'Urbin parle saint-père, s'étai t -illustré pendant sa vie non moins par ses vertus que par sa va-
leur; et après lui, son fils Guidobaldo, héritant de ses principes et de ses talens, n'avait pas peu contribué à donner à la société titanique une sécurité qui lui laissait le loisir de la pratique des vertus civiles et chrétiennes. Gènes , Florence , Sienne, Lucques, n'avaient plus qu'une ombre de liberté; la Lombard te et le reste de l'Italie l'avaient perdue tout-à-fait; Venise mêmé n'en jouissait que protégée par la tyrannie aristocratique ; San- Marino seule présentait le même aspect que dans les siècles précédens : elle possédait la même vigueur, le même amour pour les institutions transmises; et là, le nombre des vrais citoyens s'augmentait en proportion de celui des babilans , tandis qu'ailleurs il diminuait chaque jour, même f par l'accroissement de territoire et dépopulation. En tontes choses , conserver c'est jouir , mais en politique et quand il s'agit des droits de citoyen, c'est étendre sa force et ses facultés.
Le siècle allait fmir dans cet état de choses, lorsquel'ltalie vit paraître le monstre qui devait la bouleverser île fond en comble. Il suffit de nommer Alexandre VI pour se rappeler le duc de Valenlinois, digne (ils d'un tel père; et en effet, l'occupation de la lïouiiigne par ses troupes, vintiavir toute tranquillité à la république : dans la confusion où se trouvèrent les pays et les seigneurs voisins, elle crut que le meilleur moyen de se mettre à
l'abri des insultes de l'ennemi commun , était d'envoyer au quartier général des ambassadeurs pour exprimer le désir d'acheter par quelques subsides, offerts en don, ledroitdegarder la neutralité la plus parfaite. Cette ambassade eut le plus grand succès, et bientôt les envoyés revinrent apportant avec eux des vivres que la rareté rendait nécessaires en cette circonstance. Mais quiconque connaît le caractère perGde de César Borgia , qui sait comment ses amis et ses ennemis devinrent également les victimes de sa noire ambition, doit trembler pour les citoyens du Titan.
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