‹ Essai historique sur la République de SanMarino. Par AugerSaintHippolyteChapitre 9 sur 13 · LIVRE m · texte numérisé non relu

LIVRE m

Seizième liècle.

Louis XII , en montant sur le trône de France , ajouta aux titres que portaient ses prédécesseurs, Louis XI et Charles YIII, ceux de duc de Milan et de roi des Deux Siciles et de Jérusalem : il ne dissimula pas qu'il comptait soutenir ces nouveaux titres avec toute la force d'un puissant empiré. Mais avant d'entreprendre une invasion en Italie, à l'exemple du feu roi , il crut devoir profiter des troubles qui agitaient cette péninsule. Son ambition se trouva coïncider avec celle du pape Bbrgia , qui , pour la satisfaire sans recourir à un chef étranger, venait de dégager son fils César des ordres sacrés, et de le faire passer, du rang de cardinal, à celui de prince temporel. Les passions et les intérêts unirent d'un lien solide le successeur des apôtres , facile et complaisant pour les fautes du monarque français, et ce dernier, qui en retour, accordait le duché de Valence au fils dépourpré du pontife simoniaque.

L'Eglise , au commencement du seizième sièele, avait pour chef l'homme le plus immoral do la

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chrétienté. Alexandre VI ne pouvait voir tranquillement les provinces, soulevées par l'indignation, méconnaître son autorité temporelle, et secouer le joug : ta Marche d'Ancône, le duché d'Urbîno, la principauté de Rimiiii tentaient la cupidité papale; et, quand l'armée française s'avança vers le Milanais, le duc de Valentinoîs, par une combinaison , objet du traité secret conclu entre le monarque et le pontife, pénétra en Romagne à la tète d'une armée nombreuse , dans laquelle on comptait trois cents lances de l'armée française à la solde du roi Louis, et quatre mille Suisses commandés par le bailli de Dijon, et payés par l'Eglise. César Borgia ne lit que paraître devant Imola, qui capitula aussitôt; mais Catherine SIbrza l'arrêta long-tems devant Eorli, dont elle défendit la citadelle jusqu'à la dernière extrémité. Enfin, secondé par les menaces de Louis MI, il sévit maître de toute la Romague. Cependant connaissant le caractère des Romagnols, il jugea qu'il ne conserverait sa conquête, qu'il ne terait pardonner ses cruautés et son usurpation que par un zèle apparent, un feint amour de paix et de justice. 11 est rare qu'on arrive à la tyrannie par un autre chemin que celui de l'hypocrisie.

Les Malatesta et les Sforza s'étaient enfuis de Rimini et de Pésaro , maïs San - Marino et le

duc d'Libino, ea conservant une attitude fîère, en paraissant compter sur leurs forces et sur l'amour de leurs sujets , s'étaient fait respecter du fourbe. Yalentinois ne voulait pas tenter la chance des armes quand il pouvait acquérir par la trahison. Le duc Cuidobaldo et la république du Titan recurent de sa part des protestations d'amitié et de bienveillance; mais quelque tems après , arrivé sur les frontières de Perugia , sous prétexte de mettre à exécution une sentence papale contre le seigneur de Camcrino, il envoya demander au duc dTrbin ce qu'il avait d'armes et d'artillerie , et Guïdobaldo , pour ne pas se compromettre avec un ennemi si redoutable, eut la faiblesse de céder à cette injonction. Dès que Borgia le vit sans moyen de défense , il conduisit ses troupes à l'improviste dans le duebé d'Urbin , et s'empara de Cagli , l'une des quatre villes. Guidobaldo n'échappa de tomber entre ses mains que par le zèle des San-Marinois, avertis à tems (*) pour protéger sa fuite. Déguisé en paysan , il passa à Ravenne , puis à Mantoue et à Venise, où son petit-fils, François de laRovère , préfet de Rome et seigneur de Sinigallia, forcé de fuir aussi, vint le rejoindre. Ainsi le bâtard du successeur de Saint-Pierre se vit, par des

(*) Reposali, tom. i,pag- 3»g.

moyens dignes de son caractère, en possession des états du duc d'Urbino, à la réserve toutefois des forteresses de Sun-Léo et de Majulo , qui demeurèrent fidèles à la maîson de Montefeltre.

Dans cet état de clioses, les républicains du Titan prévirent le sort qui leur était réservé. La trahison qui venait de leur enlever un protecteur leur fit tout craindre; mais l'excès du danger ranimait leur courage: ils semblaient, du liant de leur mô:it insoumis , recevoir de nouvelles forces morales à la vue de ces villes dont les seigneurs ■vaincus erraient loin de leur cour fastueuse. Borgia ne larda pas à menacer la république : les dons qu'il en avait reçus excitaient son avidité, et les liabïlans de San-Marino, sans l'aide des ducs d'Urbin , lui paraissaient peu difficiles à soumettre. Dans ce péril ils portèrent leurs regards vers la seule puissance qui se montrait alors digne du nom italien : l'analogie qui existait dans le nom , les principes et la forme du gouvernement de Venise, et surtout l'hospitalité qu'y recevait le duc Guidobuldo, fit croire aux San-Marinois qu'ils en obtiendraient protection et secours. « Les liabitans de San-Marino, dil un liisto- » rien (*), qui se gouvernent en république in- » dépendante de tout joug supérieur, envoyèrent

(•) Mancnli Slor. d'Orrïelo , vol. n, [>ag.

» des ambassadeurs à la seigneurie de Venise » pour se recommander à elle et réclamer son y> assistance eu cas qu'elle vînt à tomber sous l'es- » clavage du duc Borgia, prévoyant bien qu'il leur » serait difficile de pouvoir l'éviter, quoique leur » pays [fût sur un mont très-élevé, et leur cita- » délie sur une cime inexpugnable. La seigneurie )> les exhorta au courage et raffermit leur espé- » rance, mais elle refusa de leur envoyer des se- » cours, ainsi qu'à d'autres Etals qui , pour ne pas » être sous le joug de Valcntinois, avaient voulu » se soumettre à elle (*). Néanmoins la liberté de

(")Ce passagede Manenti, et un autre dn cardinal Bcmbo, cités par Delfico, ont fait dire au savant Sisniondi , dans son excellente Histoire des Républiques italiennes, au seul endroit oui! parle de Sa n-Marino, tome xiii, page 1 55 : a C'est ici une des occasions assez rares où l'existence de la république de Sou Marino est remarquée par les historiens, Deux villages vers le sommet de la montagne du Titan , composent tout ce petit Etat , qui s'clait conservé libre jusqu'alors, mais sons la protection du duc d'Urbino. Les habïtan», effrayés de la ruine de leur protecteur, offrirent aux Vénitiens de se donner à eux, s'ils voulaient les défendre contre César Borgia; mais les Vénitiens n'osèrent pas les accepter. Borgia , d'autre part , leur demanda seulement de recevoir un podestat de ses mains; les citoyens de San-Marino y consentirent ; ils profilètent ensuite des premières révolutions de la Komagne pour se mettre en liberté, v Nous ne pensons pas avec M. Sismondï que les .San-Marinois offrirent aux. Vénitien* de se donner à eux ; Manenti dit : In

» San -Ma ri no fut sauvée et continua d'exister, n En effet, l'invasion de l'usurpateur (Jlapa.v) fut de courte durée; le duc d'Urbino, aimé de ses sujets , et servi par les San-Marinois , reprit possession de ses Etats, mais fa jouissance pleine et entière n'en fut qu'éphémère : il fallut traiter avec Borgia ; la prudence en faisait une loi impérieuse, et il fut seulement accordé quelques forteresses à Guidobaldo qui , en reconnaissance du zèle et de l'amitié constante des habitans du Titan, crut pouvoir sauver leur république sous le manteau de sa protection. Mais il est difficile

recommandant pour l'ambassade, et pour la réponse de la république de Venise : A questi ed a molle altri che a quella si -volevano sottomeltcrj? : k ceul-cï et à d'autres qui voulaient se soumettre à elle. La traduction que nous avons donnée semble plus d'accord avec tout ce que nous connaissons de San-Marino. Nous regrettons que les evé— cemens rapides et l'importance des grandes républiques aient empêché M. Sismondi de s'occuper de notre petit peuple, mais la vie entière d'un historien ne suffirait pas à tant de recherches, et celtes qu'a nécessitées l'histoire des républiques effraient déjà l'imagination. II y a des écrivains qui ne veulent écrire l'histoire que lorsque l'intérêt repose sur les évenemens et les hommes qu'ils enfantent ou qui les enfantent ; quant à nous , ce qui nous a sc'duits est précisément te manque tblal d'événemens et d'hommes , et surtoutcet intérêt qui inspire des pensées morales, des pensées quin'offi'ent jamais rien enarrière :1a liberté et la justice.

de sauver autrui quand on ne peut se sauver soimême. Le premier article de ta convention conclue entre Valentinois et le duc d'Urbïno portait : Que Guidobaldo conserverait les forteresses de San- Léo, de Majolo, de San-Agata et la protection de San-Marino , et pourrait, dans chacun desdits lieux, conduire tout ce qu'il lui plairait (*), Malheureusement les traités du duc de Valentinois n'avaient de force que sur le papier : il était passé en proverbe de dire, en parlant d'Alexandre et de César Borgia : <( Le père ne fait jamais ce qu'il dit ; le fils ne dit jamais ce qu'il fait. » Peut-être était-ce une combinaison de leur odieuse politique.

La république de San-Marino ne voulut pas s'exposer aux hasards d'une résistance sans doute inutile : prévoyant que cet état de choses ne pouvait durer long-teros, elle prit le parti sage et prudent de souffrir avec patience, sûre que la liberté ne tarderait pas à sortir triomphante de l'oppression. Elle pensait avec justice qu'il est impossible de calculer, par avance, les chances 'l'une défenseà main armée; et la plus sage des transmissions lui montrait toujours les armes comme des instrumens de tyrannie. Un podestat fut donc investi delà magistrature du Titan, au nom de César iîorgia, ainsi qu'on le voit dans le livre des Seu-

(*) Reposai! , vol. i , pag. 384-

tences de l'année i5o3; mais les San-Marinois n'attendirent pas la tempête qui fit changer la fortune de l'usurpateur poui" recouvrer leur liberté et rétablir leur gouvernement légitime : au premier signe de tumulte advenu dans le duché d'i rbino , ils arborèrent l'étendard de la liberté, et chassèrent honteusement les magistrats de Valentinois. Alors, poursuivant l'entreprise qu'ils avaient commencée , ils soutinrent la guerre à grands frais, de concert avec les provinces révoltées contre le tyran, faisant ainsi coopérer leur propre conservation à la délivrance d'autrui; et la cause était tellement sacrée, le patriotisme animait tellement les soldats victorieux , que Marino Giangi , chef des troupes San -ma ri noises envoyées comme auxiliaires dans les armées de la coalisation, écrivait aux capitaines, en leur mandant la prise de Longiano, de lui envoyer la bannière de la patrie, pour ne pas vaincre sous celles des étrangers. Cette guerre continua jusqu'à ce que la mort du pape vint affaiblir la puissance de son bâtard.

Jules II , successeur d'Alexandre , après le pontificat de quelques jours de Pie III, avait à coeur d'établir son neveu , François de la ilovère, comme héritier présomptif du duc d'Urbino, pour opposer une digue à la république de Venise. Rodolphe Malatesta , haï de son peuple , et

ne pouvant se soutenir dans sa principauté, avait ■vendu Rimtni à la seigneurie vénitienne. Cet acte de bassesse irritait le pape dont les droits se trouvaient lésés, et qui d'ailleurs ne voyait pas avec indifférence que la puissante seigneurie vînt étendre son domaine en Romagne aux dépens des autres Etats du saint-siège, alors peu satisfaits : il crut donc ne rien faire de mieux que de souffler ses propres craintes dans l'âme des citoyens de San-Marino; il leur insinua, par des moyens adroits, en prétextant l'intérêt de leur bonne union avec le duc d'Urbino, que le gouvernement de Venise ne leur avait refusé des secours contre Borgia que par la certitude où il se trouvait de pouvoir acquérir la principauté de Ri mini, qu'il se flattait déjà secrètement de soumettre en tems opportun toute la Romagne, et surtout la forteresse du Titan comme un rempart pour sa nouvelle conquête. La mort du brave et digne duc d'Urbino semblait laisser facilement supposer la vraisemblance de toutes ces suggestions. Mais avant son trépas, le sage Guidobaldo avait heureusement rassuré les craintes des citoyens de San- Marino; il leur avait fait comprendre que les Vénitiens, loin de chercher à conquérir, devaient plutôt se borner à conserver et à faire régner l'harmonie dans le domaine immense de leur domination. C'était un dernier conseil,

et la république sentit vivement la perte qu'elle ' allait faire.

La mort de Guidobaldo causa en effet un deuil général sur le Titan. Ou se rappelait sa franchise, sa loyauté et ses continuelles sollicitudes pour les San-Mariuois. Ils envoyèrent huit députés vêtus de noir pour assister , au nom de l'Etat, aux obsèques de leur fidèle allié , de leur ami sincère, pour unir leurs larmes à celles des bons citoyens d'(;rbino. Ils devaient aussi complimenter François de la Rov ère, qui, ainsi que le pape Jules l'avait souhaité, héritait, comme fils de Jeanne de Montefeltre, du litre et des domaines d'Lrbiuo. Mais soit par politique, soit par penchant , le successeur se montra digne de ses devanciers , il professa hautement sa prédilection pour la république du Titan ; il donna une preuve authentique de ses sentimens en chargeant les envoyés de porter aux capitaines une lettre dans laquelle il s'exprimait ainsi : « Voulant ne m'écarter jamais » des antiques usages consacrés dans l'illustre mai- » sou dont je me glorifie de sortir, et imiter les ver- » tus de mes ancêtres, je serai, ainsi qu'eux, prompt y> et vigilant pour les intérêts et la conservation de » votre chère liberté , au secours de laquelle ( et » je rais des vœux pour qu'il n'en soit pas besoin) î) vous me trouverez toujours prêt à voler. » Ces protestations ne furent heureusement pas de

■vaines dé clamai ion s , comme nous le venons dans le cours de ces annales. Bientôt les évènemens développes par le génie guerrier de Jules 11 ne tardèrent pas à expliquer, et les insinuations spécieuses du pontife, et le vif attachement de son neveu envers la république de San-Marîno.

Dès que Jules eut senti la tiare peser sur sa tète, transformant aussitôt la croix en sceptre, se montrant au sacré collège comme l'envoyé de Dieu pour la destruction des tyrans, il avait laissé percer des projets conçus et mûris par la réflexion; mais si parmi les tyrans on pou vait ranger les Baglioni , les Bentivoglio et autres, il était difficile de comprendre dans le nombre la seigneurie de Venise , contre laquelle cependant toutes les intentions hostiles et belliqueuses du pontife étaient en secret dirigées. On vit effectivement, et avant qu'il n'y eût aucune déclaration formelle , les préparatifs de guerre les plus imposans avoir lieu précisément dans la seule contrée où l'alliance naturelle qui existait entre lui et son neveu devait garantir la paix : la cour d'Lrbino était le foyer des intrigues pontificales, l'arsenal du vicaire du Christ, le rendez-vous des phalanges destine'es à combattre l'ennemi inconnu. Quand un homme puissant ne cherche que le prétexte d'une guerre injuste, il ne tarde pas à en trouver de plausible. D'abord on répandit le

bruit que les Vénitiens, maîtres de Rimini, méditaient d'empiéter sur les domaines pontificaux , et de s'emparer de San Marine Le pape cherchait ainsi à réveiller la crainte des citoyens du Titan et à les faire sortir de leur indolence naturelle , %fîn de les engager à servir sa cause. Leur renommée lui faisait attacher du prix à une telle participation ; d'ailleurs ils devenaient , par sa . politique , en quelque sorte le prétexte des coups qu'il se disposait à porter. Les messages de la cour d'Crbino à San-Marino se succédaient rapidement, et les hommes les plus marquons étaient choisis pour en être chargés. Bientôt le pape fit jouer des ressorts cachés; le gouvernement san-marinois eut avis que le pontife allait entrer «il négociation j avec Venise, et qu'il se pourrait qu'on sacrifiât le Titan r à la tranquillité du saint-siège. Cette ruse produisît tout l'effet qu'on en pouvait attendre : les San-Marinois, effrayés, s'adressèrent directement au belliqueux pontife pour réclamer son secours et sa protection, en faisant valoir leurs droits et l'antique amitié qui les unissait avec la famille d'iibino. François delà Rovère feignit, de son côté, d'appuyer de tout son crédit la république du Titan: selon lui, l'ennemi des tyrans nepouvait l'être sans injustice des pieux descendons des compagnons de Morinus; il rappela même que T'ambassade san-marinoise avaitétS

( ai? )

une des premières à venir féliciter le pontife au moment de son exaltation ; enfln aucune circonstance d'attachement ne fut oubliée par le défenseur zélé. Jules paraissant se rendre à la justice des réclamations de la république et à l'intercession de son neveu , adressa aux citoyens un bref daté du dernier jour de mars 1 5og , dans lequel il exprime toute sa bienveillance pour les San- Marinois ; il y dit : qu'il prend en considération la crainte où ils sont de recevoir des injures de la part des Vénitiens, d'après les bruits de guerre répandus dans la province; et qu'il pense que leur liberté peut être en péril, quoiqu'ils n'eussent jamais donné sujet de les offenser eux ni l'Eglise; mais qu'après tout, ils doivent rester fermes et tranquilles ; que, grâces au ciel, les forces de Rome ne sont pas si petites qu'elles ne puissent défendre l'Eglise et ses enfans; qu'il se charge du soin de protéger leur territoire; qu'il a, dans sa sagesse , arrêté et ordonné qu'on n'omît rien de ce qui pouvait servir à les préserver; ensuite il les exhorte à .demeurer forts et courageux , et surtout à considérer que rien au monde n'est plus utile, plus doux à un peuple que sa liberté et la protection de la sainte Eglise romaine.

L'importance de cet écrit ranima la valeur républicaine des San-Marinois : la reconnaissance

de leur liberté et de leur indépendance par un pontife qui avisait aux moyens d'établir et de consolider une puissance temporelle encore contestée par quelques esprits justes en Italie, aurait suffi pour les rendre maîtres de la victoire. Jules ne tarda pas à venir les rassurer lui-même. C'était encore un prétexte pour se rapprocher du théâtre de la guerre, et pour avoir l'occasion de se mettre en personne à la tête des troupes (*). Mais les effets heureux de la guerre , et l'eloignement des Vénitiens, ne laissèrent plus d'inquiétudes aux babitans de San-Marino. Il fut facile d'éprouver quel genre d'intérêt te pape portait à la république, quand cette dernière, voulant régler quelques rapports d'intérêts avec la ville de Rimini tombée au pouvoir du pontife, envoya un ambassadeur pour traiter sur des articles importans : Jules, qui après sa victoire n'avait plus a ménager les San-Marinois, ne crut pas devoir répoudre ni accéder à leur demande, quoique le duc d'Cibino la protégeât. La guerre, ses résultats et ses combinaisons occupaient plus l'esprit du pape que des réglemens de bonne intelligence entre les villes.

Un événement que nous ne saurions passer

(') Le cardinal Hadriani a laissi' une rein lion <îe ce voyage. ttiaorat, Juliill.

( 3If) )

sous silence est la résistance que les San-Marinoïs opposèrent au duc François (le la Rovère, quelque fût son crédit et son influence, lorsque celui-ci écrivit aux capitaines (le retenir, sous bonne garde, quelques individus neutres réfugiés à San-Marino, jusqu'à ce qu'il en ordonnât autrement Mais se montrant plutôt disposés à mourir tous ( a morir tutti ) que de manquer à la foi jurée et de forfaire à l'honneur , les citoyens de San-Marino firent entendre au prince le vrai langage de l'indépendance, celui de la rcison favorable à la vertu; cependant le duc, malgré-ce refus courageux, apprenant de plus en plus à apprécier la loyauté de ses alliés, les laissa jouir de la paix jusqu'à la mort de son oncle , arrivée le 20 février i5 15.

Dès que Léon X , successeur de Jules II , fut élu souverain pontife , il étala avec des usages et des costumes orientaux une grandeur, un faste, une somptuosité peu d'accord avec l'esprit du christianisme, et qui pouvaient être regardés comme abusifs dans le chef de la chrétienté. La cérémonie de son exaltation fut le spectacle d'une magnificence jusqu'alors inconnue; les princes italiens y figuraient : le duc d'Urbino, investi par le feu pape de la seigneurie de Pesaro, y tenait son rang d'une manière remarquable; et, près de lui > les députés san-marinois offraient un

noble contraste par leur simplicité et leur maintien rustique. Mais tandis que François de la Ro- ■vere laissait à sa femme Elisabeth de Montefeltre le gouvernement de ses Etats , tandis qu'il brillait à la cour de Rome, Léon, tout eu protestant de ses dispositions pacifiques et de son intention de maintenir les relations amicales du cabinet pontifical, jetait les semences de nouveaux troubles dans la Romagne.

Le pape petit-maître préférait ceindre sa tête des myrtes amoureux que de lauriers militaires : les mœurs de Syharis remplaçaient dans la ville des martyrs la pauvreté chrétienne, et l'orgueil faisait place à l'humilité pastorale des apôtres. Léon X, comme long-tems après lui Louis XIV, préparait de longs malheurs habilement cachés par la protection accordée aux lettres et aux arts. La basilique de Saint-Pierre et Versailles, la réformation de Luther et la révolution française, sont des conséquences irréfragables. Le pontife elféminé, sans autre ambition pour lui que celle des richesses et du repos, avait pourtant cette affection ou plutôt cette faiblesse excessive pour sa famille, qui ne le laissait pas maître de lui rien refuser ; travers signalé sous ses antécessenrs, et que portèrent si loin ceux qui lui succédèrent dans la chaire de St.-Pierre : lepou- TOirde la famille papale était laptus cruelle des ly-

rannies. La vanité de Léon , pour rendre son frère Julien de Médîcis plus digne de gouverner ou de tyranniser sa patrie, voulut le parer du titre de prince , et peut-être aussi pour que la tyrannie parût toute naturelle. Ceux que le faste éblouit croient facilement éblouir les autres par le faste. Son choix , parmi toutes les principautés italiennes, tomba sur le duché d'U'rb'ino, sans qu'il semblât s'embarrasser de l'illégalité d'une telle action , sans avoir égard aux droits du souverain légitime , oubliant honteusement la reconnaissance que les Médicis devaient à François de la Rovère qui les avait accueillis dans l'exil, oubliant que ce frère, qu'il voulait, sous des prétextes mensongers, investir du titre de duc d'Urbino, pour lui et ses descendons , avait été élevé par les soins de la duchesse Elisabeth de Montefeltre. Rien ne peut surpasser l'ignominie d'un tel projet, si ce n'est les moyens qu'on employa pour parvenir à l'effectuer : les artifices les plus grossiers, les calomnies les plus basses contre le neveu de Jules 11 précédèrent le monitoire de Léon X, lequel fut aussitôt suivi de l'excommunication spirituelle et temporelle, c'est-à-dire de l'interdiction de tous droits civils et de la privation de tous états et domaines.

Les San-Marinois , à la nouvelle du coup inattendu qui frappait leur plus ancien allié , réso-

lurent de le servir dans la mauvaise fortune avec ce dévouement que rien n'intimide, llsavaientouï dire qu'avec le secours de l'or il était flicile de tout arranger à la cour de Rome : ils envoyèrent à François de la Rovère, qui s'ét-iil retiré dans sa seigneurie de Pesaro, des députés pour lui offrir tout l'or qu'ils possédaient aûn qu'il pûl racheter son existence politique dans ces contrées montagneuses. San - Ma ri no était peut-être le seul Etat assez riche pour se flatter de pouvoir assouvir l'avarice pontificale, tant le bon ordre et l'économie faisaient prospérer la république. Mais le duc, touché de la vertu des bons citoyens, les remercia de tant de générosité ; il connaissait l'inutilité de tout ce qu'on pourrait tenter pour sa cause; et prêt à fuir pour se soustraire au courroux trop puissant de LéonX, qui, selon toute apparence , poursuivrait dans l'homme dépouillé son propre crime de spoliation. 11 leur recommanda d'être prudens et circonspects, et de garder la neutralité la plus stricte, dans la crainte de compromettre, sans fruit, l'existence de leur patrie et leur gouvernement libre et indépendant ; il leur fit entrevoir que les intrigues de la cour du pontife et le manque de secours pourraient laisser quelque accès sur la roche, jadis inexpugnable; il leur donna les avis les plus salutaires pour ménager le saint-siège, pour se maintenir en bonne

intelligence avec lui; mais il les soutint de l'espoir qu'il emportait de les retrouver, dans des jours plus heureux, fidèles à leurs sentimens de reconnaissance et d'attachement pour leur meilleur ami.

Le frère du pontife ne put jouir long-tems des faveurs dont il avait elé comblé; à sa mort, Laurent de Médicîs lui succéda dans le duché d'Urbino ; et toutes les tcrresîépendantes du domaine de l'ancienne maison de Monjefellrc furent alors occupées par les forces pontificales. Ce nouvel usurpateur mit les San-Marinois dans une situation fort délicate ; dans la crainte qu'ils ne tournassent contre lui , il les força , par des caresses, des flatteries et des menaces indirectes, à rompre la neutralité qu'ils avaient promis de garder s'ils voulaient ne pas voir tomber sur eux le courroux de Léon et le sien. Toutes ces avances tournaient à la gloire du Gouvernement de San-Marino, car les San- Mari nois voyant l'inutilité ^ lutter contre les circonstances et les bonnes dispositions apparentes du pontife et de Laurent de^Médicis, surent si bien conserver leur dignité et faire tant respecter par les Condottieri le droit des gens et de l'humanité, que les agens du duc François ne purent eux-mêmes s'empêcher de les louer sur leur conduite. L'usurpateur s'était cru dans la néces^lé de suivre en-

vers la république les usages de la famille spoliée; et nous avoos sous les yeux des lettres du pontife et de soti neveu qui protestent en termes extrêmement flatteurs de leur amitié pour l'Etat de San-Marino. Mais si cette amitié fut vive , elle ne fut pas désintéressée : le Titan semblait être le magasin général de l'armëe pontificale; tons les Condottieri à la solde de Rome et de Florence exigeaient de ce petit district des provisions de toutes espèces en «vivres et en fourrages, en armes et en munitions de guerre ; et , placés entre la courtoisie et la gratitude des princes, les exactions des soldats et les menaces qu'ils ne cessaient de vociférer contre leur liberté , les San-Marinois se repentirent de ne s'être pas déclarés ouvertement en faveur de leur ancien protecteur contre les Médicis, dont la colère, quelle qu'elle eût été, n'aurait pu produire autant de mal qu'une telle amitié. Ce fut surtout après la prise de Pesaro, et pendant le siège de San-Léo, restée fidèle au duc François, que San-Marino eut à sonfïnjfc Enfin cette forteresse, la dernière de l'Etat d'Urbino qui eût résisté à l'usurpation, s'étanf rendue par la trahison des chefs qui la défendaient, le vindicatif pontife sembla se complaire à l'idée de faire participer les San-Marinois à infliger les affreux traitemens et le dur esclavage qu'il voulait foire subir aux vaincus. Mais la paisible et vertueuse

république retrouvant son énergie pour servir ' l'infortune, répondit avec fierté que, loin de contribuer à maltraiter les malheureux , elle leur ouvrirait au contraire ses murs; que la religion et l'humanité commandaient une telle conduite ; et Léon X, malgré son orgueil , ne pouvant refuser de faire droit à une pétition adressée par les citoyens de San-Marino en faveur de sujets de San-Léo, coupables , après tout, du seul crime d'être restés fidèles à leur prince et à leur gouvernement, légitimes , se vit contraint à suspendre les coups qu'il se réjouissait de porter à ceux qu'il appelait des rebelles.

Cependant François de la Rovèro, bien qu'exilé de ses Etats et sous le poids d'une excommunication ecclésiastique, mais fondant de justes espérances sur l'attachement de ses sujets et de ses alliés , rappelaitson courage , se créait une armée, et s'avançait vers ses propres domaines pour s'y rétablir en maître. Ses premiers pas furent signalés par des succès éclatans. Son approche jeta les San-Marinois dans une étrange indécision r d'uu côté leur ancien défenseur, souverain légitime des Etats envahis, réclamait un secours v k, par une affection naturelle et par esprit de justice ils n'étaient que trop disposés à lui accorder , tandis que d'un autre l'usurpateur soupçonneux, après les avoir déjà rançonnés autant par besoin que par

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politique, faisait surveiller tout es leurs actions, et cherchait à mettre des entraves dans les moindres opérations de leur gouvernement. Dans cet état de choses, la prudence était le seul biais que ces amis fidèles , mais énervés par dus exactions sans nomhre, pussent prendre pour sauver leur propre indépendance et pour ne pas compromettre l'espoir qu'on aurait pu pincer en eux. Il faut ajouter que si la guerre, traînant en longueur, leur eût laissé le lenis et la facilité de se préparer à de nouveaux sacrifices, ils n'eussent pu résister à l'inclination qu'ils ressentaient pour leur ancien protecteur; mais François de la Rovère n'ayant pas les moyens nécessaires pour seconder les efforts de son génie guerrier, fut obligé, pour ne pas attirer trop de malheurs sur ses sujets, de céder à la force et de se retirer. Le duc devait facilement épuiser ses ressources, tandis que le pape Léon, pour soutenir son faste et son usurpation affaiblie, ranimait ses ressources par un nouvel impôt volontaire : il spéculait sur la superstition et sur la crédulité des peuples, qui venaient échanger leur or contre des chapelets et des indulgences. Le prince légitime, forcé de quitter encore ses Etats, n'exigea des habitansd'L'rbino d'autres preuves de leur attachement que la conservation et le transport de sou artillerie et de la fameuse bibliothèque recueillie par les soins du duc Frédéric,

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son aïeul maternel : il cherchait ainsi, en perdant son héritage, à conserver le rroyen de pouvoir le recouvrer, et il se montrait non moins digne* nourrisson de Mars qu'ami de Minerve. Alors quittant le toit de ses ancêtres , il reprit, avec sa petite armée , le chemin de Manloue : il s'arrêta sur la hauteur du Titan , où son arae se retrempa d'espérances et conçut, au milieu de ses braves républicains , celle de revenir bientôt mieux favorise de la fortune (*).

La mort de Laurent de Médicis, sans qu'il laissât d'héritier mâle, ne tarda pas en effet à lever le plus grand obstacle qui s'opposât aux succès du duc légitime; et, quoique le pape cherchât à réunir le duché d'Urbin au domaine pontifical , les chances les plus favorables se présentèrent pour rétablir dans ses Etats celui qui en avait été injustement privé. Aussi, durant le court laps de tems que Léon survécut à son neveu , armant la république de Florence pour défendre son usurpation, il opposa le cardinal Jules de Médicis aux efforts qu'aurait pu tenter le duc François ; mais bientôt la mort débarrassant celui-ci de son plus puissant ennemi, il revint tenter de rentrer en possession de sa seigneurie héréditaire; et le nouveau pontife, Adrien, voulant

(*) Reposai! , tom. n, png. 69.1

faire oublier les injustices commises par son prédécesseur, loin de mettre aucun nouvel empêchement, l'aida même à le réintégrer dans tous ses droits.

Le pontificat d'Adrien fut de courte durée; Jules de Médicis , qui lui succéda sous le nom de Clément VII , était un homme plus habile à rallumer qu'à éteindre la guerre civile. Les San-Marinois perdirent l'espoir de conserver la tranquillité bienfaisante dont ils avaient à peine goûté les douceurs; car quoiqu'i!sneprissentaucunep;ut directe aux événemens, avec la crainte continuelle des dominations, ils ne pouvaient se trouver tout-àfait exempts des troubles généraux : le duc à"Urbino, les ministres pontificaux en Romagne, les Florentins restés maîtres des forteresses de San- Léo et de Majolo rendaient leur situation fort difficile et fort délicate , et les forçaient d'agir avec prudence. Cependant quelque critique que fut cette situation, ils en triomphaient si habilement, que chacun de ces partis dont les intérêts différaient^ n'avaient qu'à se louer de leurs rapports. Gardons-nous de croire qu'ils recoururent à la fausseté, à celte politique tortueuse de déceptions employée par les cabinets des grandes nations; pensons au contraire qu'une neutralité franche cl un désir sincère de rester en paix produisirent cet heureux résultat, Mais les châteaux de San-

Léo et de Mnjolo étant rentrés sous la seigneurie légitime de François de la Rovère, et le pape ayant conclu un traite de paix avec ce dernier, la guerre que le génie inquiet et l'ambition de ce pontife firent continuer, ne coûta plus à la république san-marinoise que quelques subsides et un renfort pour la défense de Rimini.

Quoique François Guicclardini, le Thucydide de l'Italie, président de laRomagne pour le saintsiège, comblât de politesse les citoyens du Titan, ceux-ci, sondant la politique de Clément \ II et ne se reposant pas sur des caresses fallacieuses, réparèrent leurs fortifications , combinèrent tous les moyens de défense, tout en cherchant à maintenir les rapports d'amitié qui existaient avec leurs voisins. Et le duc d'L'rhino , bien que paraissant étranger à cet acte de précaution , leur faisait secrètement pari de la résolution où il était de venir les défendre en personne s'ils étaient attaqués. Les environs du Titan ne tardèrent pas, en effet, à ressentir les commotions de la guerre; mais la renommée de Fin accessibilité du mont et de la valeur de ses citoyens, firent regarder l'attaque de cette roche comme une entreprise trop périlleuse ■ l'armée, insatiable de pillage et de sang, qui dévasta l'Italie entière et Home même sans pitié , sans rémission , se vit forcée à respec-

ter la petite république et à exhaler nu pied de la monlngne des rln meurs impuissantes.

Pîi la mort de Clément VII , ni les idées les plus pacifiques de Paul III , son successeur, ne purent ramener la paix en Italie, tant est violente l'impression donnée par les passions des hommes puissans sur les passions des petits. Celte péninsule ne comptait que des victimes , et parmi elles se trouvait le duc dUrbino, succombant sous le poids et la persévérance de ses travaux guerriers. L'attachement réciproque qui liait les Etats d'LVbin et de San-Marino était si fort, «que Guidobaldo, fils de François de la Rovère , voulut qu'aux obsèques de son père les députés sanmarinois marchassent immédiatement après lui. C'était une noble coutume pour les héritiers de la famille de Moutefeltre que celle de renouveler le pacte d'union entre elle et la république titanique sur la tombe des princes que la mort enlevait à l'amitié. Sous la protection du nouveau duc, la guerre ne menaça plus les San-Mariuois. Cependant, on vit alors clairement que l'amour de l'Eglise ne l'emportait pas chez le pape Paul sur l'aiïeclion paternelle qu'il portait à Pierre Luigi ; et son zèle pour l'accroissement de !a monarchie pontificale dut encore donner à notre paisible gouvernement républicain des craintes d'autant plus vives qu'elles étaient inattendues.

Oîi )

Ce fut dans la nuit du 4 juin l54a que Fabiano da Monte , neveu du cardinal de ce nom et légat en Romagne, gravit la hauteur du Titan avec cinq cents fantassins et quelques cavaliers, munis d'échelles et d'autres macliines pour escalader les murailles et surprendre les San-AIariaois endormis dans la sécurité de la pais. Mais soit qu'il y eût ignorance des localités ou peu d'accord parmi les chefs de cette armée, les différentes bandes des assaillans ne se trouvant pas réunies à l'heure convenue pour commencer l'attaque avec toutes les forces, quelques citoyens réveillés par les hurlemcns d'un chieu, sonnèrent la cloche d'alarme, et le nouveau Cupitole fut aussitôt délivré de ses imprudens ennemis. Les San-Marinois revenus de leur premier mouvement de terreur et de surprise, cherchèrent à découvrir le moteur d'une entreprise si déloyale; et bientôt les princes voisins, le duc d'Urbino, celui de Florence et les ministres de Charles- Quint qui se trouvait à celte époque en Italie , étonnés d'un tel acte de trahison, ne se montrèrent pas moins curieux d'en connaître le principal auteur, témoignant hautement l'intérêt que leur inspirait une liberté si sage, manifestant le désir d'en prendre la défense. On vit clairement, parles informations et par les recherches minutieuses qui furent faites , que le pape, le duc de Castro son Ois, lesStrozzi et

autres a^cns de France (*) combinèrent secrètement celle écliauflburéc à Forlimpopoli et à Rimini.

Les Sap-.Marm.ois, dans la crainte qu'on ne renouvelât, et avec plus de succès, une semblable attaque, plulôt que dans un esprit de vengeance, résolurent de réclamer le secours d'une puissance alliée ; ils députèrent à la république de Venise des ambassadeurs afin de lui mander l'événement qui ■venait de mettre en péril lq liberté titanique, et les bruits sourds d'une autre tentative. La seigneurie vénilienne accueillit les plaintes des citoyens du Titan, leur réitéra les protestations les plus amicales, promit de les soutenir de ses forces et de sa politique , et tint parole. Mais avant de chercher à punir, et pour ne pas se brouiller avec Rome, elle sut exclure avec prudence la personne du p:«pe du nombre des coupables. Le marquis de Grasciales , ambassadeur impérial auprès de la chambre apostolique , voyant dans cet événement l'occasion d'étendre les droits de l'empire, prit cette affaire à cœur, et envoya Bustamonte de Herreras avec pleins

(*) Les agrns île Frante! On est tout étonné de voir la politique des mis français s'occuper d'un si petit Etat.

Etait ce pour complaire an pape? Qui régnait alors ?

François 1". Mais le père des Lettres rtail déjà sous l'influeuce de la ligue naissante.

pouvoirs pour s'adjoindre à la république de Venise. D'abord on arrangea tout de manière que les apparences, les soupçons qui pesaient sur sa sainteté se dissipassent et tombassent sur Pierre Strozzi , agent et émissaire de la cour de France , lequel , en effet , avait eu la part la plus active dans ce complot (*). La politique des empourprés se faisait trop bien sentir pour qu'on ne vît pas qnelecoup partait de Rome; aussi le délégué d« S. M. césarienne proposait à la république du 'iîtan de lui accorder des privilèges, si elle consentait à se placer sous la protection immédiate de l'empereur, afin de n'avoir plus rien à craindre des pi ètres. Mais quoique les menaces contre San-Marino recommençassent, et qu'il ne fût question que de péril et de surprise, les hommes du Titan remercièrent l'ambassadeur impérial de

t (*) Pour quel motif ? Voulail-on déjà, comme de nos jours, faire la guerre aui principe»? Venise offrait une olygarchic redoutable ; Cènes était en proie à des querelles intestines , mais San-Marino présentait le spectacle d'un peuple vertueux, libre et indépendant, dont les mœurs avaient quelque analogie avec celles des réformés : c'était un exemple dangereux pour les monarchies absolues cl catholiques. Sans doute la petite république n'échappa au courroux des grandi princes que grlce à son obscurité ; par réflexion, on a peut-être craint, qu'à l'exemple de la Grèce

- antique, les vaincus ne.donnassent des lois aux vainqueurs; s'est le destin des supériorités morales-

sa courtoisie et de son humanité, toutefois en gardant avec dignité un silence méprisant sur ses propositions; et l'énergie républicaine, animée de ïa présence du danger, ils s'armèrent et prirent les mesures les plus salutaires pour repousser promptement toute attaque, quelque vigoureuse qu'elle fût. Le duc de Florence , la république de Venise et la duchesse d'Urbino , en l'absence de son mari , ne tardèrent pas à mettre des secours à la disposition de San-Marino; les préparatifs de défense imposant respect aux ennemis de la liberté , la paix ne fut pas même troublée. Parmi les historiens italiens de ce siècle, YAmmirato et XAdriani parlent de cet événement; Je second rapporte même toutes les conjectures auxquelles il doima Heu.

Paul 111 occupait le siège de Saint-Pierre, et Victoire Farnèse, sa nièce, venait d'épouser le duc Guidobaldo (*) , lorsque les trésoriers et les ' agens pontificaux en Romagne renouvelèrent les injustes prétentions tant de fois combattues avec succès. Mais tes craintes furent passagères; la cour de Rome avait pris des formes plus régulières pour le maintien de ses droits; et le pon-

(*) I.a république lui offrit, à l'occasion de ce mariage, nnc coupe en ïcrmeïi sur laquelle on lisait en relief celle légende : Libellas perpétua reipublicœ Sancti Marin:.

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life examinant lui-même ceux des San - Marinois qui recouraient à sa loyauté, ïl reconnut non-seulement l'i m mémorable indépendance de la république, mais encore l'immunité de tout impôt envers l'Eglise romaine. Et afin que ses ministres ne recommençassent plus leurs exactions, il rendit, dans les formes légales, un bref pour les soumettre aux peines canonicales s'ils venaient à transgresser les prescriptions de la justice et de la liberté. Le prix du sel que la gabelle pontificale voulait faire augmenter sur le Titan fut même diminué. C'est ainsi que des petites chicanes amenaient toujours un b:2n plus grand pour les paisibles républicains.

Cependant comme ce qui semble facile à conquérir stimule la plus mince ambition, on vit dans la même année ( 1 54g. ) un certain Léonardo Pio, devenu seigneur de Yerrucchio, ville voisine, tenter un nouveau coup de main sur le Titan ; mais le duc d'Urbïno et le comte del Bagno, seigneur de Montebello, autre voisin, s'empressèrent d'accourir à- la défense des citoyens de San-Marino, à qui de tels secours étaient plus agréables que nécessaires. On prétendit alors généralement que le cardinal légat en Romague avait été l'urne de ce complot, quoiqu'il s'empressât, à la défaite de Léonardo, d'écrire une lettre de condoléance au gouvernement

litanique, et de faire chanter le Te Deum en net ion de grâce pour la victoire remportée par les San-Marinois. Ce fut une occasion pour ces derniers, et pour le duc Guidobaldo, de raffermir le lien d'amitié qui les unissait depuis si longtems. Un traité fut signé à Pe'saro (*). Mais quelque loyal que fût le duc, quelque bons que fussent ses sentimens , tant de sollicitude de sa part donnèrent quelques alarmes aux républicains d'alors, si jaloux de leur indépendance, qu'ilseraignaient que l'influence delagénérositéet que l'excès de la reconnaissance n'ouvrissent une voie à l'esclavage. Aussi le conseil général décida-t-il qu'on regarderait à l'avenir comme mauvais citoyen quiconque recourrait au duc sans

(") On a conservé la lettre suivante, écrite par le duc il'Urbino à telle époque.

Âlli magnifiai amlci mt'ei enrissinû li Capitanei e consegUo dcîla terra ili Sun- Marina.

Intus. — Magnifie! amici cai'issimi. — Ho inteso quanto mi hanno esposto gli ambasciatori vostri, e bencliè inï parea clic non bisoguassc allro islrumcnto, perché io mi son aempre tenuto obligato, e per l'csempio di mioi antecessori, e per lu propria mia ainorevolczza e inclinalione naluralc al beueficin, et pvotcïione délia voslra liberlà , nondiineno per darvi unco questa soddisfaïione mi sono contentato, clic si lacci l'instrument o desiderato davui, acciochè per <[ucllo si fecci lestimonio a miei poslcri , et ad ahri délia

l'autorisation spéciale du gouvernement. Cette décision affligea l'âme délicate de Guidobaldo; cependant l'harmonie ne fut pas troublée , grâce aux explications qu'il reçut de quelques San-Marinois : un ambitieux se fût offensé d'une telle crainte, y eût trouvé un prétexte d'invasion; mais l'homme raisonnable n'y vit qu'un acte de prudence.

Quelque tems après , Paul III mourut en répétant ces paroles de David : Et peccatum meum contra me est semper. On vit sortir du conclave le cardinal da Monte sous le nom de Jules III. Cet oncle de Fabiano da Monte , ce légat en Romagne, qui avait témoigné une fausse amitié à la

protezione, e cura oh' io mi prenda délia \ostra conservazione : non. già chc qunst' atto possa in me Bccrescere più caldo , et omorcvol anime- , cura , e vïgdanza , eli ipjclla , eh' lio a vu ta sempre insiii ad cira , per il vostro Jicnefizio , comodo, pace, el onnre ;' ma pcrcliè (brio partorirà quai ch' allro buon cffelto : ne io inancaro mai in ogui occasionc di mostrarmivi quai i!iivi:tf sprrarc, c ricardarvi d' averini ^onosciuto per il passalo con quella sinecrità di mente , che conviene a mio pari , prendeudo sentpre quel consiglîu , die io giudicaro espeditate alla tonacrïazioiie délia vostra salutc , e 'liber là, e slalc sanî. .* Di l'esaro li :i\ di maggio , ncl kdilii.

Semprr prontisstmo ni conimln e f.enefiiio vautra

GUID' UBALDO ducs d'tjrbîno.

republique. L'opinion publique le traitait défavorablement : on le vit bientôt mourir avec indifférence sans qu'il eût rien tenté contre la liberté san-marinoise. Mais après sa mort , «t durant le tems du nouveau conclave, le duc d'I rbino, craignant des troubles en Italie, fit recommander 1 au conseil titanique de redoubler de vigilance pour la liberté. Quoique ces recommandations parussent quelques tems sans motif, on en connut pourtant te prixpendantla dernière année de la vie du furieux successeur de Jules : lout-à-coup, sans que les capitaines du gouvernement en fussent prévenus par aucun avertissement préalable, on trouva affichée dans la ville une citation qui leur enjoignait de comparoir, dans le délai de quelques jours, à Rome, devant le siège pontifical, à la requête d'uncitoyendeSan-Marino.L'étrangèté d'un tel phénomène , et sa cause apparente , volcanisa le génie républicain des fils du ïitan : Farringo fut convoqué , et les membres du gouvernement décidèrent que chacun eût à donner de vive voix son avis sur cette aflaire. L'unanimité la plus spontanée vint prouver combien les habitons de cet heureux pays méritaient de jouir de cette liberté que , par leur sagesse , la Providence leur avait conservée si long-tems et à travers tant de dangers. Tous opinèrent pour qu'on ne compromît en rien la dignité et l'indépendance répubti-

caine , et beaucoup d'entre eux s'offrirent en holocauste à la patrie, et dévouèrent au salut public leur avoir, leur propre sang et celui de leurs enfans. A toutes les époques il ne manque aux San-ùlarinois que les occasions pour égaler en beaux traits les Romains de' la république : nous les avons vus, Brutus et Manlius, condamner leurs fils, et maintenant, comme Curtius, ils se sacrifient au bien général. Et comme chacun devait manifester son sentiment par ses propres expressions et non par des formules banales que beaucoup ne comprennent pas, ainsi qu'il en est dans les grands Etats , on a retenu celui de Giovani di Marco, chasseur infatigable, exprimé en ces termes : Que tous les citoyens se réunissent à moi, et nous aurons bientôt mis aux abois quiconque viendra 'inquiéter la patrie.

La résistance des San-Marinois aux ordres étrangers, fondée sur la justice et le droit, paralysa tout-à-coup aussi les projets mal conçus du pontife inconsidéré : l'exemple du passé apparut à ses regards ; mais se mettant à l'ombre du prétexte, il dévora sa honte en laissant l'indigne citoyen qui avait servi son ambition, démêler ses sujets faux ou vrais de revendication, toutefois en lui témoignant hautement sa protection. Ce dernier recourut au duc d'Urbmo, comme au seul prince en qui les citoyens du Titan et leur

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gouvernement plaçaient une confiance presque illimitée. Les défendeurs de ce procès simulé consentirent à ce que le duc décidât sur cette affaire d'après les lois de la république qui lui étaient parfaitement connues. Mais celui-ci , dans la crainte secrète de se compromettre vis-à-vis du pape , ou Lien par la persuasion qu'il avait que le pardon et l'oubli étaient d'une saine politique dans cette affaire , sollicita le conseil d'accorder la grâce du délinquant. Dans ce conflit, la justice eût été en péril si l'orgueil, la bassesse et la corruption eussent animé le duc et le gouvernement; mais la ge'nérosité du premier ne put llécbir la rigidité préservatrice des bommes libres : ils répondirent que plutôt de donner un exemple d'impunité , ils préféreraient livrer leurs forteresses, parce que l'observation des lois était un plus sûr garant d'indépendance que des murailles et des mousquets; et, pour donner une preuve de leur désintéressement, pour qu'on ne pût les accuser de profiter en rien du bannissement d'un citoyen coupable (quoique l'Etat fût pauvre), ils remirent entre ses mains le produit de la confiscation des biens ordonnée par la loi contre tout individu convaincu du crime de trahison envers la patrie.

Tels étaient les sentimeus d'un peuple libre à une époque où cependant la république semblait

avoir dégénéré , soit pat- l'effet de la pauvreté où elle était tombée après les sacrifices que depuis plus d'un siècle elle s'était vue forcée à faire, soit rfue l'absence d'hommes capables dans le conseil et dans le gouvernement eût laissé prise à quelques abus et occasionné quelques négligences dans l'observation des lois organiques. On ne tarda donc pas à voir naître des troubles insurrectionnels qui , quoique la plupart suscités par des intentions généreuses, donnèrent lieu à ces mouvemens anarebiques, à ces innovations dont les malveillans seuls profitent D'un côté on s'opposait à ce que le conseil fut réduit à son nombre constitutionnel de soixante membres, parce qu'il se trouvait en ce moment, ainsi qu'il l'avait été quelquefois , porté jusqu'à quatrevingt-six; d'une autre part, on poussait à i'extrême la prévoyance pour la conservation des lois fondamentales : enfin , dans cet état de choses j et pour couper le mal dans sa racine , le conseil général ( il principe ) nomma une députation à laquelle il conféra la faculté absolue de régler les différens et de foire les lois nécessaires, lui accordant aussi le droit de sévir contre les séditieux , et même , en cas de besoin , de prononcer les peines capitales.

Cette résolution vigoureuse contraignait au silence l'esprit de discorde } mais elle ne pouvait '6

donner au conseil cette énergie qui résulte du mérite personnel des individus et de l'influence ([ue les hommes à talens exercent sur les assemblées publiques. On reconnut alors, dans le sangfroid d'une tranquillité imprimée par une juste terreur, qu'à la faveur des innovations populaires et illégitimes, différentes personnes d'un mérite reconnu avaient été exclues du conseil; on sentit la nécessité de les y rappeler. Cependant malgré les précautions qui furent, prises , par exemple, la réduction du conseil au nombre constitutionnel et la nomination du duc d'Urhino au titre de premier conseiller, et, après sa mort, l'investiture de son fils François- Marie II dans la même charge , l'état de faiblesse et la négligence dans lesquels l'administration de la justice était tombée se prolongèrent jusqu'en i5o.2, époque à laquelle des hommes généreux sentirent le besoin d'une réformation : ils provoquèrent la convocation des citoyens les plus experts en jurisprudence, afin de revoiries statuts et de maintenir le bon ordre pendant la famine qui de'sola la république jusqu'à la fin du siècle. Les calamités publiques ont quelquefois plus d'effet sur un peuple que les efforts des sages. Le malheur qui frappe à toutes les portes a une voix si impérieuse, qu'elle réduit les plus rebelles au silence : la fraterniié républicaine, la réciprocité des secours, se

réveillèrent dans le commun danger; les citoyens secondèrent les magistrats; et les occupations de. ceux-ci se bornèrent, dans celte pénurie générale , à la répartition égale des denrées. On aime à voir quelle différence de morale existe entre les pauvres habitans du Mont-Titan et le sénat des illustres usuriers de la ville de Pallas et de Mars.

Au nombre des antiques vertus des San-Marinois, la reconnaissance était sans doute encore la seule qui fût observée : ce sentiment, chaque jour plus rare entre les individus, et qui n'est souvent qu'apparent dans l'enthousiasme populaire, semblait toujours exister dans l'urne de la république avec la même vigueur; ni la rigueur des circonstances , ni l'affaiblissement des facultés ne vinrent l'altérer. Le due d'Lrliino, leur allié dans la bonne et la mauvaise fortune , ayant alors besoin de secours durant la guerre qu'il se vit forcé de soutenir, les habitans du Mort-Titan l'y aidèrent par tous les moyens possibTCs, et leur noble amitié se montra ingénieuse à se les procurer. Nous devons à la vérité de dire que ce mouvement de générosité avait peut -être sa source dans la situation présente des affaires publiques : le manque de subsistance, le relâchement des devoirs civils, la négligence dans l'administration de la justice, le peu d'énergie du gouvernement, détacliaient insensiblement les

citoyens de l'amour de la patrie ; le faisceau patriotique se déliait peu à peu ; l'artère- républicain ne battait plus avec autant de violence: on sentait le besoin de se distraire avec les affaires des autres. Si l'ilalie entière n'eût pas été courbée, avilie sous le joug; si le génie ambitieux des Malatesta eût dévoré les princes voisins, c'en était fait de la liberté tilanique : l'approbation générale ne formant plus un système qu'on aimât à défendre, l'œuvre de Marinus n'eût pas survécu à la vertu politique de son peuple dégénéré. Mais si ce petit Etat s'était écarté de la bonne route ; s'il avait dévié des principes salutaires et conservateurs; si ses comices n'étaient plus animés du bien public; si son conseil était sans effet, son corps civil et administratif sans force et sans vertu ; si les compilateurs ou réformateurs de lois, sans activité, faisaient languir la réformation nécessaire; si l'on ne reconnaissait plus la physionomie Ba.flSnaie de la petite république, il était -aussi dillîcile de reconnaître la péninsule entière : tout y avait changé de face; lt ton et la température intellectuelle et morale étaient tout-à-fait anéantis. Les gouvernemens s'étaient accrus en autorité de tout ce que les peuples avaient perdu en énergie; la cour de Rome, sous les règnes d'Alexandre VI , de Jules II , île Léon X, de Clément Y1I et de Paul II, avait

influé sur les changemens politiques et moraux autant que sur les mœurs. On avait vu, dès le commencement du siècle, surgir un nouveau système de liberté, décoré du titre d'ecclésiastique; et cette liberté, affublée du rabat et de l'étole, s'était façonnée au service de l'Eglise, dans l'esprit d'intérêt des prêtres , et pour euxseuls. Borgia , Jules et Léon avaient parlé le langage de la liberté aux villes et aux peuples qu'Us réduisaient à l'esclavage ! Maïs si pour l'Italie, il reste encore à résoudre la question desavoir quel était à préférer de l'oppression anarchique et populaire qui avait précédé ces changemens, ou de cette nouvelle servitude ainsi parce d'un nom sonore ; pour San-Marino , de telles influences n'étaient que trop à déplorer : c'était en vain que ses citoyens cherchaient à couvrir leur avilissement par la pompe des titres, et qu'imitant l'Italie dégradée, ils s'épuisaient en .superlatifs : rien ne sort de l'esclavage que la liberté, rien ne purge de la honte que la vertu. Les peuples, dans l'obscurité du joug, privés d'éducation , livrés à l'immoralité, n'ont plus le choix de ce qui leur est propre, de ce qui peut leur convenir; et les impulsions secrètes de là nature restant sans effet, les siècles viennent rouiller les fers, jusqu'à ce qu'enfin brisés par la seule force du tems, ils

laissent aux hommes indignés la faculté de recouvrer leurs droits.

Ainsi que le reste du monde, plongée dans rindillérence et l'apathie , si funestes à toute libre existence politique, la république du Titan ne se sauva du naufrage, ne conserva son indépendance que par sa supériorité relative. Les raisons qui s'élaient combinées pour produire ce triste résultat, et étendues avec le teins, s'expliquent facilement par la marche inévitable de l'esprit humain. D'un côté la diminution des rapports analogues et comparatifs avait absorbé peu à peu l'énergie et l'activité : en occupant les individus de leur propre intérêt personnel, on éteint en eux tout sentiment dé solidarité, de fraternité; d'un autre côté, les rapports commerciaux et politiques s'étaut bornés au seul duc d'Urhino, le mouvement nécessaire à tout corps constitué s'était arrêté faute d'impulsion. En outre beaucoup de familles, dans lesquelles l'esprit patriotique semblait héréditaire, s'étaient éteintes; les hommes de mérite, ceux que les talens faisaient sortir de l'obscurité, allaient chercher la célébrité dans les cours somptueuses. Mais si la vanité des réputations , quelquefois inhérente au génie, privait la république de quelques-uns de ses enfans , elle ne trouvait plus maintenant de danger

à recevoir dans son sein des étrangers cherctiant un refuge contre l'oppression, un asile pour l'innocence ; elle adopta même plusieurs hommes distingués , comme, par exemple, Ludovico Zuccoli de Faenza, auteur d'un Dialogue intitule : II Belluzzi , ou Délia città Felice , dans lequel il traite de la république. Yïrgilio Pergola, médecin , et beaucoup d'autres, furent aussi honorés du titre de citoyens de San-Marino. Si cette république, malgré sa situation momentanée, n'était pas précisément Y heureuse ville , ainsi que Zuccoli cherche à le montrer, il est juste de dire que, comparativement aux autres aggrégations sociales, elle était moins malheureuse, moins corrompue : si les abus sont inévitables dans le cours des choses humaines, il est permis de se ranger du côté où ils sont en plus petit nombre.

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