‹ Essai Historique sur la Signification Primitive de la Sainte-CèneChapitre 10 sur 40 · LES DEUX TRADITIONS DES SYNOPTIQUES · texte numérisé non relu

LES DEUX TRADITIONS DES SYNOPTIQUES

$ 3. Les deux traditions des Synoptiques.

Nous croyons avoir démontré assez clairement que, selon toute vraisemblance, le texte original de Luc, relatif à la cène, est celui qui nous a été conservé dans le manuscrit de Cambridge (D).

Or, le récit du dernier repas de Jésus, tel qu’il se trouve dans ce manuscrit, présente des divergences importantes avec celui de Paul et des Synoptiques.

Dans les trois synoptiques se trouvent la parole « ceci est mon corps» (roÿré écruw rù cou pou) et la parole eschatologique, mais tandis que dans Marc et Matthieu cette dernière est censée être prononcée par Jésus à la fin du repas, Luc la place au commencement. Dans les trois évangiies, Jésus la prononce en offrant la coupe ou pendant que celle-ci circule. Seulement, tandis que dans Luc elle est précédée des mots: «prenez-la et distribuez-la entre vous » (AtBete roùro [rù morriprov] at duueoisate els éxutous, verset 17), dans Marc et dans Matthieu elle suit une parole importante, qui n’a aucun équivalent dans le texte de Luc : « ceci est mon sang (celui) de l’alliance, qui est répandu pour plusieurs » (ro5rd écru T0 aqua pou TAG dualnxns To ÉXYUVVOULEVOV ÜTÉD ro@v, Marc verset 24 ; Matthieu a rept au lieu de ôxép et ajoute : «en rémission des péchés », ei &peotv duaprv, verset 28).

Antre différence : dans Luc, la coupe précède le pain; dans Marc et Matthieu, c’est l'inverse.

Enfin, Luc cite une parole de Jésus qui ne se trouve reproduite nulle part ailleurs (verset 15) : « J’ai ardemment désiré manger cette Pâque avec vous, avant de souffrir ; car je vous dis que je n’en mangerai plus,

jusqu’à ce qu’elle s’accomplisse dans le Royaume de Dieu » (ém@vuix érelÜunoa robro Tù técya ouyeiv 1e0 iuov TpÔ Toù me mabeiv Xéyw yao dUV OTL OÙXÉTL OÙ LA pd yo adTd £wç 6rou rAnpobt év T1 Pacreix To Deoù).

De l’avis on peut dire unanime des exégètes, le texte de Matthieu est secondaire par rapport à celui de Marc!. Nous n’avons nullement affaire à une tradition indépendante. Matthieu suit Marc de près, et s’il écrit, par exemple, « buvez-en tous » (miere ££ adrod mévres, verset 27), au lieu de: «et ils en burent tous » (xx émiov € œdrod mévres, Marc verset 23), et s’il ajoute « mangez » (pxyere) (verset 26) au simple « prenez » (Atbere) de Marc (verset 22), cela tient aux procédés de rédaction qui lui sont propres? ; ces petites divergences n’altèrent pas le sens du récit de Marc. La seule addition importante est celle de la fin du verset 28 : « en rémission des péchés », mais c’est là une explication, un commentaire parfaitement conforme à la conception de l’auteur du second évangile #, comme nous aurons encore Poccasion de le montrer.

Nous nous trouvons donc en présence non pas de trois mais de deux traditions, l’une représentée par Marc- Matthieu, l'autre par Luc, et comme elles diffèrent grandement l’une de lautre, l’une (Marc-Matthieu) plaçant le pain avant la coupe et faisant suivre la présentation de la coupe des mots : « Ceci est mon sang, celui de l'alliance versé pour beaucoup », — l’autre (Luc) ne faisant aucune allusion à cette dernière parole et présentant des deux actes un ordre de succession inverse, la question se pose tout naturellement : À laquelle de ces deux traditions faut-il donner la préférence ? Ce qui

1 Voyez Lossrein, p. 25 et s.; Jon. Weiss, Schr. II, p. 390-391 ; Loisy, Æ. 5. 1, p. 512-513.

2 Voir Nicocarnor, Cf. H. Souuzrz, p. 86.

35 Jon. Weiss, Schr. I, p. 391.

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