‹ Essai Historique sur la Signification Primitive de la Sainte-CèneChapitre 11 sur 40 · LES DEUX TRADITIONS DES SYNOPTIQUES · texte numérisé non relu

LES DEUX TRADITIONS DES SYNOPTIQUES

revient à dire : laquelle de ces deux traditions se rapproche le plus de la vérité historique ? Quelle est celle qui nous a conservé le plus fidèlement les paroles du Maître et qui nous a donné de l’ensemble du repas le tableau le plus fidèle ?

À en croire certains auteurs !, il nous serait absolument impossible de savoir ce que Jésus a fait et dit pendant ce dernier repas. Les sources que nous possédons ne nous diraient pas comment il a célébré la cène avec ses disciples, mais comment la cène était célébrée dans les communautés chrétiennes, auxquelles appartenaient les auteurs de ces écrits.

Il est indéniable que de bonne heure le sens de la cène se modifia sous l'influence de certaines idées théologiques (nous prenons ce terme dans son sens le plus large). Il semble qu’un esprit non prévenu ne puisse pas se refuser à reconnaître cette influence. Il y a donc une part de vérité dans la thèse de Ercunorn. Mais à supposer même que cette influence fût générale, l’une de nos deux traditions ne l’aurait-elle pas subie moins fortement que l’autre, et par conséquent l’une des deux ne seraitelle pas plus près que l’autre de la vérité historique ?

Nous croyons pouvoir répondre affirmativement à cette question.

Cette tradition est celle de Luc, telle que nous Pa conservée le manuscrit de Cambridge.

$ 4. La valeur du récit de Luc.

Comment prouver que le récit de Luc est le plus ancien et celui qui se rapproche le plus de la vérité historique ?

1 Ercmorn, par exemple. L'étude de CLewex est la contre-partie de celle de Ercanorn.

1. Nous reproduirons tout d’abord l’argument que nous avons déjà fait valoir, lorsqu'il s'agissait de choisir entre le texte des manuscrits grecs et le texte du manuscrit de Cambridge : le récit de Luc est le plus bref.

Quoiqu’on en dise, on comprend facilement que dans le désir de rendre plus intelligibles les paroles du Maitre, on ait ajouté quelque chose. On ne comprend pas qu'on ait retranché !. On n’en verrait pas la raison. La tendance devait être, par contre, à mesure que l’on s’éloignait du temps où ces paroles avaient été prononcées, de les rendre plus claires. Un témoin n’éprouvait pas le besoin d’en dire plus long (Jésus n’en a peutêtre pas dit beaucoup plus), parce que, pour lui, la signification de ces actes et de ces paroles allait de soi. Il avait vu le regard, les gestes, lPattitude de Jésus, l’expression de son visage, il avait entendu le ton et les inflexions de sa voix ; le sens de la cène se dégageait de tout cela et de l'allure générale (S'#immung, diraient les Allemands) du repas. Dans son souvenir, il ne pouvait séparer les impressions multiples qu’il avait éprouvées, des paroles que Jésus avait prononcées et des actes qu’il avait accomplis ; les paroles : « je ne boirai plus du fruit de la vigne... » et : « ceci est mon corps », tant le sens qu’elles avaient pour lui était clair et précis, ne lui semblaient pas avoir besoin d’un commentaire pour être comprises par d’autres ; la question ne se posait même pas pour lui, et il se contentait de transcrire les paroles de Jésus telles qu’elles étaient restées gravées dans sa mémoire en traits indélébiles, renfermant dans leur concision des trésors de vie religieuse et morale où s’alimentait sans fin son âme

de disciple.

1 CE. P. W. Scmmienez, Adk. 2. N. T. IL, p. 133 (1 Kor.) : « eher zugese{zt als weggelassen ».

Page 1