‹ Essai Historique sur la Signification Primitive de la Sainte-CèneChapitre 19 sur 40 · A. L'APÔTRE PAUL · texte numérisé non relu

A. L'APÔTRE PAUL

$ 1. Le récit de la Cène dans 1 Corinthiens XI.

Sa genèse.

Jésus étant mort aux approches de la fête de Pâque!, vraisemblablement le 14 Nisan, dans l’après-midi du jour où l’on sacrifiait les agneaux au temple, on ne tarda pas à établir une relation entre cette mort et la fête ellemême. Il ne pouvait guère en être autrement. Le contraire serait inexplicable. Cette relation s’imposait, allait de soi.

Oui, « le Saint et le Juste » ? avait été immolé comme l'agneau sans défaut de la Pâque. L’attitude même de Jésus pendant la dernière semaine de sa vie facilitait ce symbolisme : il n’avait pas résisté, il s’était soumis « sem-

1 C’est à cette donnée toute générale que s’en tiennent certains auteurs, Branpr, par exemple, p. 303-304.

2 Actes IE, 14.

blable à un agneau qu’on mène à la boucherie, à une brebis muette devant ceux qui la tondent »!. Dans l’un des plus anciens documents que nous possédions, la 1° épitre aux Corinthiens, nous lisons en effet?: «Christ, notre Pâque, a été immolé » (rd ticya nuov étüln Xp1ors). Il est probable que Paul n’a fait par là qu’exprimer une idée courante, qu'avant lui, plusieurs, et de très bonne heure, avaient employé des termes analogues, tant ce symbolisme était naturel. A l’origine, celui-ci ne porte aucun préjudice au fait historique lui-même. Les apôtres qui étaient venus avec le Maître, de Galilée à Jérusalem, qui avaient vécu avec lui la semaine passée dans la ville sainte, qui avaient encore, la veille de sa mort, soupé avec lui, qui avaient assisté, impuissants, à son arrestation, et de loin, à son supplice, savaient bien que le dernier repas n’avaient pas été pascal, qu'il avait eu lieu le 14 Nisan premier soir, et qu’avant le commencement de la fête des pains sans levain, avant le premier soir du 15, Jésus avait été crucifié et déposé dans le tombeau. Ils pouvaient considérer Jésus comme l’agneau pascal ; cette comparaison n’était encore qu’occasionnelle, l'on ne s’y arrêtait pas. Ce n’était là qu’une expression, qu’une image, isolée, sans attaches avec aucun système christologique. Les faits dominent encore le symbole : la cène que célèbrent les premiers chrétiens n’a aucun rapport avec le repas pascal. Cette cène se célèbre chaque jour (xaÿ” nuépav, Actes Il, 46); elle consiste essentiellement dans la rupture du pain (xAüvtec &prov, idem), dans la communion par cette fraction

1 Ésaïe LIL, 7.

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