‹ Essai Historique sur la Signification Primitive de la Sainte-CèneChapitre 20 sur 40 · ANNE · texte numérisé non relu

ANNE

3 Jusqu’à plus ample informé, nous parlons de {ombeau et non de charnier, comme Lorsy.

# Au sujet de la thèse de M. Goaue sur « la fraction du pain dans les Actes », voir plus loin, p. 158.

(7% xowevia +5 xAXoe ro äorou, Il, 42), et dans la prière (ras mpoceuyaic, idem). Ils continuent d’aller au temple (ua mépav re rposxæprepodvrec émobuuadov év r® iso®, IL, 46, cf. IT, 1). Ils sont encore Juifs et se considèrent comme tels?. Et de même qu'ils montent chaque jour au temple pour la prière, ils célèbrent vraisemblablement les fêtes juives. Pourquoi, du reste, ne le feraient-ils pas? Le Maître lui-même n’avait-il pas observé les prescriptions relatives aux fêtes religieuses et nationales de son peuple ? Rien ne les autorisait à ne pas limiter. Ils viennent à Jérusalem pour la Pentecôte. Pourquoi ne célèbreraient-ils pas la Pâque ? Les disciples ne forment qu’une secte juive. Ils ne sont pas encore entrés dans une économie nouvelle ; en réalité, si, mais ils ne s’en rendent pas compte. Il en est d’eux comme il en sera plus tard de Luther, par exemple, de plusieurs réformateurs, des modernistes. Les passages du livre des Actes que nous avons cités nous paraissent très importants, malgré leur concision. Leur historicité ne peut être mise en doute. Si les Actes ont été composés, comme nous le croyons, vers l’an 80°, il n’y aurait eu aucune raison d’inventer ces pas-

1 Le sens est à peu près le même selon que l’on adopte l’une ou l’autre version : «la communion par la fraction du pain » (xÿ xotvwvla 1% xhase, Jean Révizze, p.95, n. 1), — « la communion, la fraction du pain » (rà xouvwvla, tj 2À., Nesrce, Knopr, Schr. J. W., 1), — « la communion ef la fraction » (15 x. xat 1% x. —, N, D).

2 Voyez Werzsæcker, À. Z., p. 567 : « La communauté primitive n’était pas en état de se créer un service divin particulier ; elle tient fermement au temple ; l’institution d’un autre service à côté de celui du temple est en tout cas exclue » (nous traduisons littéralement : ist jedenfalls ausgeschlossen).

3 J. Révizce, 95. Ru». Knorr, Schr. J. W. I, p. 528, fixe 95 à 100.

AD. Harnaœ s’en tenait jusqu’à ces derniers temps à 80-93. Il remonte maintenant jusqu’à 60 (Die Apostelgeschichte. Untersuchungen. Leïpzig, Hinrich. 1908.

Voir l’article de M. Goquez, consacré à cette étude dans les Annales de bibliographie théologique de mai 1g09.

Henri Monnier, /ntroduction au livre des « Actes » (Livron 1910.

sages, et ils ne pouvaient être inspirés par la situation telle qu’elle était à la fin du premier siècle, qui ne correspondait pas à la description qui nous est faite dans les premiers chapitres des Actes. Ces données, il est vrai, ne nous apprennent rien au sujet du contenu des prières de la cène ; les paroles appelées communément paroles de Pinstitution, sont passées sous silence. Mais pour le cas particulier qui nous occupe, ces renseignements suffisent : nous ne trouvons aucun rapport, pas même le plus lointain, entre ces repas fraternels et le repas pascal. Rien non plus ni dans Luc XXII, 17 à 192, ni dans la Didachè, ne permet d’établir une relation quelconque entre la cène et le repas pascal.

Le symbolisme qui faisait du Christ l’agneau pascal, devait être repris par la réflexion et développé.

Le fait historique passait au second plan à mesure que l’on s’éloignait des événements, et cela tout naturellement à une époque où le sens historique n’existait pas!, où le symbolisme jouait un grand rôle, dans un peuple qui pensait par images. L’on ne tient pas toujours suffisamment compte de ce facteur important. Il est évident que nous avons de la peine, nous qui sommes formés par la culture scientifique et historique, à nous mettre dans l’état d'esprit de ces hommes si distants de nous, et dont les conceptions étaient si différentes des nôtres. Notre devoir, néanmoins, est de faire cet effort.

Roubaix, La Solidarité) fixe comme date de composition « les dernières années du premier siècle », p. 18 et s.

1 « Des considérations archéologiques et historiques ont certes alors préoccupé peu d’esprits », archäologische und geschichtliche Bedenken haben damals gewiss wenige bekümmert, Gærz, p. 138.

L’agneau dont les premiers chrétiens parlaient en langage symbolique se distinguait des autres victimes pascales. Ceux qui se réclamaient de Jésus devaient rompre peu à peu avec les coutumes juives. Poussés par Pesprit du Christ, ils soulevaient les masses ; un fossé se creusait toujours plus large et plus profond entre eux et le Judaïsme. Groupés autour du divin Ressuscité, du Messie glorifié, ils formaient un nouvel Israël, un nouveau peuple de Dieu. Ils durent surtout comprendre qu’une nouvelle économie avait commencé, quand Paul et Barnabas fondèrent en terre païenne des communautés dont les membres se recrutaient parmi les païens. Les paroles des prophètes se présentaient sans doute d’elles-méêmes à l'esprit. C’était bien là l’alliance nouvelle annoncée par Jérémie! Et le Christ était l’agent de cette nouvelle alliance, en tant qu’agneau pascal, car une combinaison semble s’être opérée dans la pensée des Juifs entre le repas de la première Pâque au pays d'Égypte et le sacrifice de l'alliance au Sinaï. Les deux notions chevauchent, ou plutôt se mêlent à tel point qu’elles deviennent inséparables l’une de l’autre, que la signification du sacrifice de l'alliance est reportée sur la Pâque, celle-ci étant en réalité le repas d’alliance d'Israël et l’agneau pascal un signe de cette alliance.

Il est difficile de dire si c’est l’apôtre Paul, le premier, qui mit dans la bouche du Christ la parole relative à l'alliance nouvelle. On est tenté de le croire.

L'idée des deux alliances, des deux économies, joue un grand rôle chez lui. Il ne s’agit pas seulement de re-

Page 1