LE IV® ÉVANGILE
et cela sous deux formes : « voici», dit-il, «le pain descendant du ciel, afin qu’on le mange et que l’on ne meure point » (obréç écrw...), et précisant davantage : « C’est moi qui suis le pain vivant descendu du ciel» (éy® ete...
Et l’auteur passe d’un bond à un nouveau développement. Nous avons affaire ici à une climax, procédé de composition qui lui est habituel.
Jésus se donne pour le pain de vie. Mais en une autre occasion, la veille de sa mort, n’a-t-il pas dit en rompant le pain du dernier repas : « Voici mon corps » ? et les chrétiens ne croient-ils pas, en mangeant le pain de la cène, manger un aliment de vie éternelle ?
Dans la cène, Jésus s’est donc désigné d’une façon toute spéciale comme le pain de vie; dans le pain il se donne lui-même en nourriture aux siens. Il semble qu’à l’époque où écrit notre auteur, le terme « corps» (cüua) de la parole de l'institution était devenu synonyme de « chair » (coté), ce qui expliquerait la fin du verset 51 : « le pain que je donnerai, ma chair, est pour la vie du monde » (xai 6 &proc dE Ov éyo dc à cdpë oÛ écriv ÜTèp TÂS TO xOOUoU Cwñc)!.
L’évangéliste en profite pour expliquer ce qu’il faut entendre par « manger la chair» et «boire le sang du Christ ». Les juifs hellénistes de la fin du premier siècle ou du commencement du second, auxquels il s’adresse, ne comprennent pas l’eucharistie. Les objections qu'ils formulent contre elle, l’auteur du IVe Évangile les met dans la bouche des habitants de Capernaüm (verset 52) et des disciples (verset 60).
« Comment donc peut-on manger la chair et boire le sang du Fils de l’homme?» Voilà la grande pierre d’achoppement. «Cela vous scandalise? » dit l’évangéliste,
1 Nous croyons que cette leçon doit être préférée aux autres.
et il ajoute aussitôt : « Et si vous voyez le Fils de l'Homme montant ià où il était auparavant ! » (’Eav oùv Oewpre Tov viov rod avopéTou avafaivovra GTou AY TÔ TpÔ- Tepov; verset 62).
Ce verset et le suivant fournissent la solution de l'énigme : Quand vous verrez le Christ monter là où il était auparavant, ne comprendrez-vous pas qu’il ne s’agit pas de manger sa chair matérielle et de boire son sang matériel? Le Christ doit être considéré dans son existence «pneumatique » : « c’est l'Esprit qui fait vivre, la chair ne sert de rien »!.
Il ne s’agit donc pas de la chair et du sang proprement dits du Christ, pas plus que d’eau réelle dans les paroles à la Samaritaine : «celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n'aura plus jamais soif, etc....»
Ce n’est nullement la chair et le sang du Christ que croit absorber le fidèle en participant à la cène. La cène opère l’union parfaite du croyant avec le Logos. Du croyant : car il faut au préalable croire. Or croire, avoir foi au Christ — cela ressort de tout le chapitre — c’est reconnaître dans le Christ envoyé de Dieu, le Verbe, le Logos. « Pour avoir la vie en Dieu, il faut avoir reconnu que Jésus est le Christ, puisque seul le Fils unique de Dieu (= le Christ) peut faire connaître Dieu. La seule chose nécessaire au salut, c’est donc de reconnaître en Jésus le Christ ou le Fils de Dieu »?. «La foi en Christ est la condition première et unique du salut; mais cette foi, lorsqu'elle est réelle et complète, permet d’acquérir
1 CF. J. Révicze, Euch., p. 64-65.
SCHÆFER, p. 62.
HerrmüzLer, Schr. J. W. IL p. 779.
Hozrzmanx et W. Bauer. IV, 13, p. 151.
M. GoGueL (Euch., p. 207) dit très justement : « Il faut entendre par là, non pas l’interprétation spiritualiste, mais l'esprit, élément, presque personne divine. »
2 J. Révice, Q. Æ., p. 114.