La parole de l’alliance est d’origine postérieure
k. Les expressions « pour vous » (Paul), « répandu pour plusieurs » (Marc), « répandu pour plusieurs en rémission des péchés » (Matthieu), sont des interprétations postérieures de la pensée du Maître, interprétations, la première de Paul lui-même, les deux autres influencées par la pensée de l’apôtre.
5. La parole « faites ceci en mémoire de moi » n’est pas non plus originale; c’est Paul qui, selon toute vraisemblance, en est lauteur.
6. Le texte de Luc du manuscrit de Cambridge (D), versets 17 à 192 du chapitre XXII, représente la tradition la plus sûre.
Il nous reste cependant à montrer que ce que nous
savons de Jésus nous autorise pleinement à considérer les paroles citées plus haut, dans les thèses 3, 4 et 5, comme des additions postérieures, comme l’écho de notions étrangères à la pensée du Maître.
Étrangère également à la pensée de Jésus la notion sacramentaire de la cène, que nous avons trouvée dans la re épître aux Corinthiens et dans le IVe Évangile.
Nous verrons ainsi ce que la cène ne pouvait pas être pour le Christ. Essayer ensuite de découvrir le sens qu’il lui donnait, ce sera notre dernière tâche.
On a eu trop souvent le tort d'isoler la cène de l’œuvre et de la vie tout entière du Christ. Spirra et A. Scuweirzer ont le grand mérite d’avoir rappelé qu’elle ne peut être séparée d’elles, que l'interprétation qu’on en donne ne peut être en opposition avec la pensée fondamentale et la conduite journalière de Jésus, que pour se rapprocher de la vérité, il faut tenir compte de celles-ci, que c’est là une condition indispensable pour arriver à une compréhension plus juste de ce que fut le dernier repas du Maître.
Ce n’est pas que nous souscrivions aux conclusions de ces deux critiques. Nous aurions de grandes réserves à faire; nous croyons que l’on commet une grave erreur lorsque l’on considère l’évangile du point de vue exclusivement eschatologique. C’est ce qu’a fort bien montré PrEPENBRING dans son intéressant petit volume : Jésus Historique !.
Ces auteurs ont le tort de rabaisser l’idéal messianique du Christ au niveau de celui des juifs contemporains. Jésus dépasse et domine son époque. Pour le comprendre, lui et son œuvre, «il faut pénétrer dans son âme et en saisir les sentiments jaillissant de son ex-
! Paris. Librairie critique, E. Nourry. Bibliothèque de critique religieuse. Nos 26 et 27, 1909.