JÉSUS ET LA ( NOUVELLE ALLIANCE } I
périence religieuse, de sa communion intime avec le Père céleste »!, et ne pas se contenter d'étudier le cadre et les circonstances extérieures de son ministère. C’est pour avoir donné une importance exagérée à ce dernier facteur au détriment de l’autre : la personne même de Jésus, que SPiTra, SCHWEITZER et nous 2jouterons Loisy n’ont vu en Jésus que le Messie juif.
Mais Srrrra et Scnwerrzer ont raison de dire que la cène, pour être comprise dans sa signification primitive, ne doit pas être séparée de l’œuvre et de la vie du Christ.
$ 1. Jésus et la « nouvelle alliance ».
La pensée de Jésus est étrangère à la notion d’alliance, telle qu’elle est exprimée dans 1 Corinthiens XI et dans les relations de Marc et de Matthieu.
Nulle part nous ne la voyons paraître. Jésus ne parle jamais « d’alliance » avant la cène ?. L'idée ne se trouve dans aucun évangile ; le mot même fait totalement défaut dans Marc et dans Matthieu. On le lit au chapitre premier de Luc, verset 72, dans le cantique de Zacharie : il n’est donc pas de Jésus, et du reste il s’agit ici de l’alliance conclue avec Abraham : «... (afin) de se souvenir de sa sainte alliance (selon le) serment qu'il a juré à Abraham notre père » (...uvnobñvar duabxns dyias xdToÿ, Gpxoy Ôv Gocev Toùc'ABpaau Tov murépa ALEV).
Il serait étrange que Jésus eût soudain, pendant son dernier repas, exprimé une idée si nouvelle et si impor-
1 PIEPENBRING, 0. C., p. 192.
2 CF. Gæœrz, p. 140-142.
Hozcmann, Die Bedeutung des Todes Jesu. Tübingen u. Leipzig, 1901, P. 147.
tante sans y avoir préparé le moins du monde ses disciples, pas même par quelque vague allusion. Ceux-ci auraient eu de la peine à en saisir le sens : Jésus ne s'était jamais présenté à eux (si nous en croyons le témoignage des Synoptiques) comme le créateur d’une nouvelle alliance !. Il est demeuré fidèle aux traditions de son peuple, plein de respect pour le passé d'Israël. Restant dans la ligne de Moïse et des anciens prophètes (lui-même se donne pour un prophète)?, il voulait accomplir, parachever leur œuvre inachevée, l’amener jusqu’à son dernier terme, développer toutes les virtualités qui y étaient contenues, comme le chêne dans le gland $. Le «Mais moi, je vous dis » (éy® dè Xéyw buiv) répété de Matthieu V ne doit pas être séparé de la parole qui l'explique et qui indique fort bien dans quel sens il doit être pris : « Ne pensez pas que je sois venu pour abolir la Loi ou les Prophètes ; je ne suis pas venu pour abolir, mais pour accomplir » (MA vouionte dr n)A0ov xataÜoæ TÔV vOpLOV ñ ToÙc TEOPATAG" oÙùx nÀdov xaralDoa AANX TÀnpüca, verset 17).
Et puis, la notion qui est au centre de sa pensée, qui en est le principe générateur, est celle du Royaume de Dieu, non celle d’alliance. Cette expression « Le Royaume de Dieu », il est puéril de le faire observer, est la note dominante de cette grandiose symphonie qui a nom l'Évangile ; elle constitue le /eitmotiv de toute la prédication du Maître.
Pourquoi Jésus aurait-il changé subitement de langage ? et cela, la dernière fois qu’il se trouve avec ses disciples ! Ne devait-il pas plutôt reprendre les notions
1 Lorsy, £. £., p. 46, dit la même chose.
2 Voyez Marc VI, 4 ; Luc XIII, 32-34.
Cf. Luc XI, 49-51 et Matthieu XXII, 34-37.
3 Il y a identité de pensée et même de forme entre cette dernière phrase et GoGuez, Euch., p. 4o, premier alinéa du K V.