JUSTIN MARTYR ET LES SYNOPTIQUES
place !. Quel est celui ou quels sont ceux que cite Justin ?
Bousser parle de discours (Aéyux), Sanpay d’une « harmonie des évangiles »?, HizLéenreLn 3 et Lops “ de l’Évangile de Pierre, Horrzmanx Ÿ d’un évangile qui appartiendrait à la famille des évangiles des Hébreux.
Nous n’avons pas à discuter ici ces hypothèses, ni à prendre position dans le débat. Pour notre travail, cette question est somme toute secondaire, puisque la citaüon relative à la cène est la seule qui nous occupe. Or, dans le cas particulier, nous ne voyons pas la nécessité d'attribuer la citation à une source originale, indépendante des Synoptiquesf. Il faut nous rappeler que Justin, comme l’ont montré Semiscx et Zaun 7, cite très souvent librement, lorsqu'il s’agit de l'Ancien Testament. Il pourrait bien en être; de même dans le passage qui nous intéresse spécialement. On s’en rendra compte en le replaçant dans son contexte 8. L’intention de Justin n’est nullement de reproduire le récit complet du dernier repas du Christ avec ses apôtres. Il vient de dire que chez les chrétiens, nul ne peut avoir part à la nourriture appelée eucharistie, s’il ne croit « vraies les choses que nous enseignons », s’il n’a reçu «le bain pour la rémission
1 Cf. Bousser. Die Evangeliencitate Justins des Märtyrers in threm Wert für die Evangelienkritik. Gôttingen. Vandenhæck u. Ruprecht. 1891, p. 9.
Pour tout ce $, nous renvoyons à cette étude.
2 Voir R. Scaærer, p 196 ets.
3 Voir Bousser, p. 4ets.
# An. Lons. L'évangile et l'apocalypse de Pierre, publiés pour la première fois d’après les photographies du manuscrit de Giséh. Paris. Leroux. 1893. Voir pour ce $, p. 59 à 61.
5 Voir Bousser, p. 6.
6 Cf. CLEMEN, p. 21.
1 Voir Bousser, p. 2-3, 8-9 ; R. Scærer, p. 196 ets.
8 Voir la traduction de ce chapitre LXVI de la Ze Apologtie dans Jean RÉvILLE, p. 6.
des péchés en vue de la nouvelle naissance », et s’il ne « vit comme le Christ l’a enseigné ». Et pourquoi ces conditions ? Parce que ce pain et ce vin ne sont pas «du pain vulgaire ou de la boisson vulgaire », mais «chair et sang de Jésus ». Et pour appuyer son affirmation, il en appelle aux Mémoires des apôtres. Mais rien ne l’oblige à les citer tout au long. S'il ne parle pas de «l’alliance », ce n’est pas nécessairement, comme l'ont prétendu Zann! et Henri Monnier ?, parce qu’il s'adresse à des païens, c’est parce que cette notion n’a pas sa place dans le contexte. Il suffit à Justin de montrer que Jésus lui-même a assimilé le pain à son corps, le vin à son sang, et de rattacher la cérémonie à un ordre précis du Maître (« faites ceci en mémoire de moi »). Il ne prend dans les évangiles que ce qui sert directement son but. Quoi de plus naturel ? Quand nous citons certains versets de la Bible, ne nous arrive-t-il pas de les abréger (à la condition, cela va sans dire, que le sens général n’en soit pas faussé), d'éliminer tel mot, tel membre de phrase qui appartient à un autre ordre d'idées que celui dans lequel nous nous mouvons ? Il n’est donc pas nécessaire de supposer que la citation de Justin relative à la cène provienne d’un autre écrit que les Synoptiques, ni que Justin ait eu sous les yeux nos évangiles dans une forme primitive où ne se trouvait pas le terme d’ «alliance » (rñç diobrxnç) $. L’on ne peut songer à la forme brève du texte de Luc reproduite dans le manuscrit de Cambridge (D),
1 Voir Gærz, p. 145.
? La Mission historique de Jésus. Paris. Fischbacher. 1906, p. 303.
8 Voir Gœrz, p. 145-147 : les mots tñç StaËnxns auraient été ajoutés au texte de Marc et à celui de Matthieu dans la seconde moitié du Ile siècle.
Bousser, p. 112-113, considère le texte de Justin comme le texte original.