JUSTIN MARTYR ET LES SYNOPTIQUES
puisque cette tradition ne mentionne pas la présentation de la coupe qui suit la fraction du pain, ni les paroles qui l’accompagnent : « Ceci est mon sang », ni l’ordre du Christ: «Faites ceci en mémoire de moi ». Il ne s’agit pas davantage de l’évangile de Marc ou de celui de Matthieu, où manque également la prescription du Maître.
L’on pourrait encore dire que Justin pense à la cène telle qu’elle se célèbre dans l’église à laquelle il apparüent !, c’est d’elle qu’il nous parlerait en la présentant comme le dernier repas de Jésus, sans tenir compte des divergences qui existent entre cette cérémonie et le récit que nous font de la cène du Seigneur Marc, Matthieu et le dernier rédacteur de Luc XXII.
Mais notre explication nous semble préférable, car cette dernière hypothèse se heurte à une difficulté. Dans trois passages du Dialoque avec Tryphon (41, 70, 117)?, Justin présente la cène comme une commémoration de la passion et des souffrances du Christ, souffrances que le Christ a subies pour « ceux qui purifient leurs âmes de toute malignité humaine » (41), « pour ceux qui croient en lui» (70), « pour les chrétiens » (117). D’où l’on conclura que dans la communauté à laquelle se rattachait Justin, la tradition que représentent les deux premiers évangiles et le troisième dans sa forme actuelle était connue, et que si Justin ne cite pas les mots « répandu pour vous » (ou: «pour plusieurs »), c’est qu'ils sont inutiles à son argumentation. Il peut donc fort bien pour la même raison avoir laissé tomber les mots « de Palliance » (rñç drabrnxnc)5.
1 Voir Scaweirzer, |, p. 55-59.
2 J. Révizce, p. 7 et 8, donne la traduction de ces trois passages.
3 Wrepe : To aîud pou ris Oiabgens. Z. N. W. 1900, p. 70, pense aussi qu’il ne s’agit pas d’un texte qui serait plus ancien que Marc et Paul, et considère l'hypothèse de l’abréviation comme la plus vraisemblable.
Il résulte donc de notre étude que la citation de la Fe Apologie, relative à la cène, n'appartient pas à une source originale, indépendante des Synoptiques, qui leur serait antérieure et représenterait la tradition primitive, celle qui se rapprocherait le plus de la vérité historique, et que c’est par conséquent aux évangiles canoniques que nous avons tout d’abord à nous adresser !.
$ 2. Le texte de Luc.
Nous laissons de côté les variantes sans importance des textes de Marc et de Matthieu ?, et nous passons immédiatement à l’étude du texte de Luc.
Ce texte soulève un grave problème.
En effet, les versets 19°-20 # qui se trouvent dans les manuscrits : le Sinaïticus (n), le Vaticanus (B), l’Alexandrinus (A), manquent dans le manuscrit de Cambridge (codex Bezae, D)“ et les manuscrits a, f?, i, 1, qui représentent ce que Wesrcorr et Horr ont appelé le texte occidental. Dans la Peschito, ce sont les versets 17 et 18 qui manquent. Dans les manuscrits
1 La conclusion de M. Go@ue est identique, Zuch., p. 126.
? Pour ces variantes, voir J. RévizLe, p. 106-107, et M. Gocuer, Euch., p. 106 et s. La leçon ris GtaOtxns (Mc. XIV, 24, Mt. XXIV, 28) doit être préférée, comme l’a montré Jean Révizze, à la leçon tñc ravis dtalnrns. CF. A. Scnwerrzer, I, p. 47. Avec J. Révizce également, nous ne voyons aucune raison de considérer les mots tie Sualfxns comme interpolés dans les textes de Marc et de Matthieu (hypothèse de Wnreps, art. cit. Z. N. W. 1900, p. 69-74).
8 Il s’agit du chapitre XXIT. Verset 19, c’est-à-dire depuis les mots: «donné pour vous » (10 rio buüv Gdomevoy).
# C'est-à-dire que le verset 19 se termine par les mots « ceci est mon corps » (roÿré ÉotiY TÔ cûu& pou).
latins b et e, les versets 17 et 18 sont placés après 19*, et 19?-20 sont également omis!. Dans la version syriaque dite de Cureton, il en est de même. La version syriaque dite sinaïtique place le verset 19 après le verset 16 et combine le verset 20 avec les versets 17, ot GE
Que penser de ces variantes ? À laquelle faut-il donner la préférence ? Wesrcorr et Horr° ont admis la leçon du texte occidental (D); c’est pour eux la meilleure, et nombreux sont les théologiens qui partagent cette manière de voir. Parmi les principaux, nous citerons : B. Wuiss“ et Jon. Weiss 5, WELLHAUSEN 6, Bcass 7, Branpr 8, GarDner *, ErcaHorn ‘0, Jon. Horr- MANN !!, Lrerzmann ©, Loisy 3, Nicocarpor {#, ANDERsen ©, HerrmüzLer 46, PIEPENBRING 17.
Par contre, Hozrzmanx À, Jürrcaer 4, Creme *,
1 Cette leçon est défendue par Zanx. Voir Nicorarpor, p. 196, et GoGueL, Euch., p. 118 ets.
2 Voir dans GoGuez, Æuch., p. 110, le tableau synoptique de ces différentes versions.
8 The New Testament in the original Greek. Cambridge and London. Macmillan a. Co. 1881. (Appendix, p. 63.)
4 Meyer’s Kommentar. 8e édit. 1892, p. 616-617. Lk., p. 634.
5 À. Æ., p. 67, 293. Schr., p. 5og ets.
6 Ev. Mc, p. 12%. Evo. Le., p. r2r.
1 Theol. Studien, 1896.
8 P. 3or.