‹ Essai Historique sur les Épidémies en BourgogneChapitre 17 sur 22 · HUE · texte numérisé non relu

HUE

€ Ici où il semble que nous soyons en état de mal, il est à propos si la nature pousse le venin au dehors et que la peste paraisse, prendre, une fois le jour, une drachme de Thériaque avec l’eau de chardon béni, scabieuse ou citronelle pimprenelle, oseille, savoir des unes et des autres, un bon verre après ledit Thériaque. »

La prophylaxie est elle-même traitée avec soin sous le titre : T'héorèmes de la préservation de la peste. Elle comprend deux parties distinctes : l’une médicamenteuse et l’autre hygiénique : « Le premier et plus assuré moyen est que bien résigné à Dieu, nous ayons un ferme propos et véritable zèle de quitter nos vicieuses habitudes pour rentrer dans l’ordre de la grâce propre à apaiser toute mauvaise influence qui vient d'en haut, en punition de nos offenses.

« Prier cette même bonté de nous départir de ses trésors, des saisons plus favorables, des vents plus salutaires afin de détourner les occasions et faire cesser les causes de la maladie de peste.

« Outre la fidélité de ses promesses qui est un bouclier à l'épreuve, pour nous garantir de ce mal, la même bonté a suggéré des moyens aux hommes pour nous préserver autant qu'il lui plaît; c'est ce que nous faisons à présent.

« Après Dieu, les moyens que nous avons, sont les alexipharmaques que nous pouvons dire chasse-venin en français, faute d’un meilleur mot, sont remèdes qui guérissent et préservent de la peste, ce que ne font pas les purgations ni les saignées qui n’agissent point contre la contagion pestilente.

« Ceux qui se portent bien, qui jouissent d’une pleine

ÉCOADEEE

santé, qui ne sont point accoutumés à se purger, il serait dangereux de le faire et en temps de peste encore davantage, notamment si ce sont gens qui vivent sobre-

ment et nettement.

« À ceux qui sont pleins d'humeurs et accoutumés aux purgations, je leur conseille de se purger, autrement ils auront plus de peine que les autres à se garantir.

« Les pilules de Rufus corrigées par les Arabes sont fort bonnes pour se préserver de la peste, mais plutôt pour les vieux que pour les jeunes.

« La thériaque ou mithridate, sont les vrais antidotes contre la peste, nous n’en avons point de plus puissants. Aux bilieux et sanguins, la quantité d’un pois ou d'une petite fève le matin avant déjeuner... Les pituiteux, les mélancoliques et les vieilles gens en peuvent user à la grosseur d’une fève sans rien craindre.

« Les médecins allemands se servent de tablettes de fleur de soufre à cause que le soufre dessèche fort et empêche la putréfaction. D’autres font poudre avec tormentille, le scordéom, le chardon béni, l'écorce de citron court-pendus sont bonnes à chasser le mauvais air. Les citrons percés avec clous de girofle ne sont bons à tout le monde.

« Les tuyeaux de plumes pleins de vif-argent est une invention d'empirique sans raison, encore que cela soit dans Marsilius Ficinus.

« Ce qui se prend par la bouche est plus assuré. Outre les remèdes susdits, nous en avons d’autres plus tempérés pour les bilieux et natures cholériques ; tels sont le bol d'Arménie, la terre scellée, la rasure d'ivoire,

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les perles, l'os de cœur de cerf, le bois de rose, la semence d'oseille, les fragments de pierres précieuses, l'émeraude. On peut en ajouter d’autres : le dictam, le scordéon, la mirrhe, l’encens mastic, la tormentille, la graine de genévrier, le bois d’aloës, le camphre, l’ambre gris, le bézoard duquel dernier il y a grande difficulté parmi les médecins.

« De tous ceux que dessus on peut faire poudre, opiate, tablettes, épithèmes, parfums, pomme de senteur, avec le ladanon, benjoin, styrax, calamite, iris de Florence, civette, etc. Lesquels remèdes se peuvent

- préparer partout et en tous temps.

« Les racines d’angélique et d’énula ont grand cours partout; l'usage seul n’est pas bon, il faut prendre demi once de poudre d’angélique et huit onces de sucre avec eau de rose, vous en ferez une conserve très agréable pour en prendre tous les matins et à toute heure quand on sortira du logis. Un apothicaire de Saint-Jean-de- Losne me donna de l’angélique en forme de cannelle que je trouve bien assaisonnée pour l'usage ordinaire.

« Ce que je trouve souverain sont les tablettes de confection d’alkermès, lesquelles bien faites, il ne faut rien chercher après pour fortifier le cœur, et sont très agréables au goût, très bonnes à la peste et à toute maladie où il faut fortifier le cœur.

« Toutes les odeurs suaves portées sur soi en temps de peste sont souveraines; les gants parfumés, il faut que chacun les choisisse selon son sentiment. Il n’y a que les dames sujettes au mal de l’amarry, à qui de tels parfums sont défendus.

« Les eaux de bonne odeur pour laver les gants, la

face, les mains sont pour l'usage des riches seulement et non pour le menu peuple; non plus que les chandelles ou trocisques que l'on fait elairer, qui servent à dissiper le mauvais air.

« Les autres font sachets qu'ils s'appliquent sur le cœur... Mais je ne puis approuver l'arsenic cristallin, l'argent vif, la poudre de crapaut qu'aucuns pratiquent, les meilleures raisons n'en valent rien; ceux que nous avons dit sont plus à propos... »

L'hygiène débute par un conseil que l' « honnète homme » a su de façon pittoresque et galamment tourner : « Mais outre les remèdes, un excellent moyen pour se garantir de la peste est le régime de vivre qui consiste à embrasser la sobriété et peu les femmes en temps de peste; que cela soit dit en leur bonne grâce.

« Ne pas beaucoup travailler de corps et d'esprit; ne se laisser aller aux violentes passions; ne se point échauffer; n'endurer la faim, ni la soif; se nourrir de viande de bon suc et bien saines. En temps de chaleur que l'on tue les chairs du soir pour le matin et le matin pour le soir.

« S'abstenir de laitage, de fruits crus ou en manger peu et de ceux qui sont en parfaite maturité; le poisson mort sans être tué ne vaut rien.

« Que les boucheries et écorcheries soient tenues nettes comme aussi les rues; si le mal est grand, allumer des feux la nuit par les rues et dans les maisons, de bois de genévrier ou de rose. Que chacun se tienne nettement en sa maison, en ses habits et en sa personne, la mondicité du corps servant fort à la santé; défendre les jeux, les danses et toute grande assemblée.

DL ES « Prendre garde aux nécessités du pauvre peuple qui attire en sa disette toute contagion pestilente. Porter les puanteurs bien loin hors des portes pour les mieux ‘enterrer ; défendre de vider la puanteur des lieux, de remuer les ordures et fumiers des villes, la nourriture des pigeons et lapins dans les maisons; ne point demeurer par les rues après le soleil couché. »

Instructions aux Chirurgiens employés à traiter les pestes

« Premièrement, que leurs labeurs soient de charitables devoirs envers les pauvres malades puisque volontairement, ils se sont offerts à leur secours considérant qu'ils sont dans le même péril qu'eux et aussi préts à mourir que ceux qu'ils fraitent.

« Qu'ils prennent l'avis de quelque ancien médecin pour recevoir quelque bon conseil de lui, à la guérison de la maladie. Qu'il ait quelque petit traité du même médecin qui lui serve de guide à bien reconnaître ce qu'il faut faire en temps et occasion.

« Qu'il soit muni de bons remèdes et qu’il en use avec prudence, sans hasarder aucun témérairement.

« Qu'il ait un pot d’opiate pour les clistères, pour s’en servir; au besoin il suffira d’avoir pour tout remède laxatif, l'électuaire lénitif, la casse, les tamarins, les dissoudre avec les eaux cordiales. La dose sera de six drachmes. Avant qu’il donne aucune médecine qu'il lise toujours ce qui est écrit sur la curation où les Théorèmes mis lui serviront de guide, et qu’il observe ceux qui sont pour la saignée afin de se garder de faire

faute.

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« Qu'il prenne garde souvent si la tumeur de la peste paraît point ; si elle paraît qu’il attire par la ventouse, par le pain chaud, par les oignons cuits, dans lesquels on peutajouter les gommes d’ammoniaque et de bdellium dissous dans l'huile de lys. Les animaux vifs comme petits chiens, pigeons, poulets fendus et appliqués sur le mal, c'est-à-dire sur la tumeur pestilente, seront bons pour attirer la tumeur et le venin qui y est au dehors.

« Quand la tumeur est grosse, il faut alors tâcher de la faire suppurer, à quoi le diachylum magnum, le basilicum, les cataplasmes faits avec racines de lys d’althée, de figues, graines de lin avec farine de froment, d'orge, vieux levain, safran, jaune d'œuf, huile de lys et du basilicum dans le cataplasme; et ne faut attendre une entière suppuration pour ouvrir la tumeur droit au milieu. Il faut se garder au temps de la suppuration d'appliquer du thériaque sur la tumeur; c'est mal pratiquer parce qu'il nuit à la suppuration si ce n’est qu’on le mêle avec les autres suppuratifs.

« Après la suppuration, il faut un digestif; celui-ci semble bon : une once de térébenthine, un jaune d'œuf avec demi-once d'huile rosat, et quand il suppurera bien fort, il faudra prendre du miel rosat et de la térébenthine, égale proportion avec un peu de farine d'orge; il se pourra ajouter, sur la fin de la suppuration, la mirrhe, l'encens et la sarcocole où il sera question d’incarner.

« Depuis que le charbon paraît, qu’il commence à faire une vessie, il faut inciser, afin de donner air à la matière virulente. Il est bon aussi d'y appliquer les sangsues pour sucer avec le sang le venin qui y est;

la miette de pain blanc avec le lait et jaune d'œuf : ce qui sera propre à apaiser la douleur. Ou bien faire un cataplasme avec l’oseille, la scabieuse, le loschiame cuit dans le lait avec l’huile violat, un peu de safran et pour raison du venin un bien peu de Thériaque.

« Le charbon cerné d’un saphir est aussitôt arrêté et ne fait plus aucune propagation de sa malice. »

Dijon prit des mesures très sévères; les gardes des portes devaient, sous peine de perdre leur emploi, interdire l'entrée de la ville aux gens venant des lieux contagiés, tels que Lyon, Paray-le-Monial, Autun, Montcenis, Beaune, Nuits et autres ; les Dijonnais qui auraient logé de ces gens chez eux étaient passibles d’une amende de cinq cents livres. Tout suspect était mis en quarantaine et, après tout décès de peste dans une maison, cette dernière était fermée à clef et tous ceux qui l'habitaient conduits à la maison de l'Ile.

Le Père vicaire des Capucins mourut de la peste; il fut enjoint à ces religieux de ne point communiquer avec les habitants sous peine de privation de leurs aumônes. Au mois de septembre, deux veuves qui avaient conversé avec les pères Capucins devant la porte de leur église furent condamnées à une amende. Le 3 novembre, enfin, on autorisa les moines à rouvrir leur chapelle et à circuler librement en ville. Pour assurer aux malades toutes les ressources médicales dont la ville pouvait disposer, la mairie interdit aux médecins, chirurgiens et apothicaires d’aller traiter les malades hors de Dijon sans la permission du maire.

- « Le trente et un janvier 1629, Louis XII fit son

entrée à Dijon et prêta à Saint-Bénigne le serment accoutumé de respecter les franchises communales.

Cette même année, la peste sévissait à Arnay-le-Duc, Saint-Jean-de-Losne, Bellegarde (Seurre), Chalon, Tournus, Mâcon, Villefranche, Semur-en-Auxois et Besançon. En dépit des précautions prises pour éviter les communications avec ces villes, Dijon la vit éclater dans ses murs : on interdit la foire de la Saint-Jean et

«la procession de la Sainte-Hostie. .

A Chalon, l'épidémie fut particulièrement forte; le 28 avril, il fut délibéré « que les contagiés ne seront pas mis à l'hôpital, mais dans des cadoles construites exprès et qu’ils seront soignés par les Pères Carmes ». Le 2 octobre, la contagion de cette ville entre dans sa période de violence. MM. Martin Bon et Jean Gauthier, économes, provoquèrent une assemblée générale où le maire exposa la grande détresse des finances de la ville et de l'hôpital. A la suite de cette peste, un autel votif fut élevé avec une statue de saint Charles Borromée, habillé en cardinal avec une corde au cou, ainsi qu’il la porta à une procession générale à Milan, où il chemina pieds nus afin d'obtenir la cessation de la conta- £1on.

Louis XIIT avait fait son entrée à Mâcon le 6 février ; la peste y éclata un peu plus tard ; un portefaix du nom de Michaut, venant de Lyon, mourut « en une cadole, proche la maladière »; on paya un nommé « Gabriel, jeune homme étant à la maladière, pour attacher un harpit fort long au corps dudit Michaut, pour le tirer à la fosse avec des cordes attachées audit harpit ». On donna à la femme Michaut, pour désinfecter sa chambre,

«du vinaigre, de l’encens, de l’aloes, de la myrrhe et du soufre ». Une somme de cent trois livres fut payée au sieur Antoine de la Fontaine pour les huttes et cabanes qu'on lui avait fait établir pour les pestiférés.

Un certificat d'un médecin nous rapporte « que en considération qu'aux environs des prisons royales de Mâcon, plusieurs maisons se trouvent infectées de la maladie pestilente et contagieuse, il serait à propos d'élargir les prisonniers pour empêcher que ladite maladie ne se propage jusque dans lesdites prisons, tant pour le nombre desdits prisonniers que pour les saletés, impuretés, puanteur et toute sorte de misère qui, de jour à autre, s’accroitra dans lesdites prisons ». Les audiences du bailliage royal furent suspendues à cause de la peste. La ville fit construire à ses frais une chapelle dans l’église des Jacobins et on fit vœu d’y aller processionnellement chaque année le jour de la Saint- Roch. Le 22 septembre, « sur l'avis et notoriété de la grande communication et fréquentation que les habitants du faubourg Saint-Laurent ont et veulent avoir avec les villes suspectes, même en celle de Lyon, très expresses inhibitions et défenses leur sont faites d'entrer, aller ni venir en cette ville ni sur les ports d'icelle, pour vendre ni débiter aucune marchandise, ni pour quelque cause que ce soit, à peine d’être expulsés honteusement; comme aussi défenses sont faites à tous les habitants de cette dite ville de fréquenter ni converser avec ceux dudit Saint-Laurent, à peine d’être expulsés et de faire quarantaine observée en tel cas ». La foire de la Saint- Michel est supprimée.

Le maréchal de la Force avait donné l'ordre de loger

dans Mâcon la compagnie de chevau-légers du marquis de Canillac; sur les remontrances des échevins qui mirent en avant l'épidémie qui sévissait, on logea les chevau-légers à Prissé et la ville de Mâcon leur fournit les vivres et le fourrage.

Le 1° juillet de cette même année, la peste se déclare à Saint-Gengoux; un homme en meurt et tous ceux qui ont été en relation avec lui reçoivent l’ordre « de se séquestrer pour huit jours en leurs maisons, si mieux ils n'aiment sortir de la ville pendant ledit temps ». Autun, plus heureux, avait vu s’éteindre la contagion de 1628, et ce fut une procession d’action de grâces qui se rendit à Saint-Sébastien d'Uchon : trois mille pèlerins y prirent part. |

L'année 1630 fut tout aussi éprouvée. A Saint-Gengoux, on défend à tous les justiciables de fréquenter les habitants de Buxy à cause de la peste qui y règne et de vendre aucun blé ailleurs qu'au marché de la ville «et ce, au prix de quarante sols le boisseau de blé mêlé et de cinquante sols le froment ». Le 22 juin, on interdit d'aller à la foire de Saint-Jean de Chalon, attendu que la peste sévit encore dans les paroisses de Saint-Marcel, Varennes, Givry, Chagny, Rully, Crissey, Saint-Loup, etc. « Jusqu'à présent, Dieu grâce, cette ville ni les fauxbourgs ne sont atteints. »

A Mâcon, les échevins demandent au bailliage et obtiennent, en raison de la contagion et de la misère régnante, l'élargissement provisoire des prisonniers pour dettes «sauf aux créanciers de faire réincarcérer leurs débiteurs après la fête de la Toussaint ». Givry et Cortiambles font des processions à Notre-Dame de

Grâce; certains de leurs habitants, qui étaient allés à Chalon, en rapportèrent le fléau, ainsi qu’à Poncey.

L'année suivante fut grave de toutes manières, à Dijon. C’est au mois de février qu'eut lieu l'émeute des Lanturlus contre l’édit établissant les élections dans la province; les vignerons révoltés brülèrent plusieurs maisons et se livrèrent à divers actes de violence et de désordre. La répression qui suivit fut sévère, mais, grâce au prince de Condé, Henri de Bourbon, qui succéda au duc de Bellegarde dans le gouvernement de Bourgogne, ses suites ne furent pas de longue durée. :

Au mois d'avril, le mal sévissait déjà et le premier président Legoux de la Berchère écrivait aux magistrats de la ville : « J'ai reçu celle qu'il vous a plu m'écrire touchant la sureté de votre ville, que je désirerais meilleure pour le bien du public, mais à quoi je m'assure que vous pourvoirez, par votre soin et diligence accoutumée, afin d’accourir au-devant du mal, à ce qu'il ne pullule et accroisse davantage; or le moyen est, comme vous savez, d'éviter la fréquence des peuples dans les lieux publics. » La cause du mal est dans la boucherie et la poissonnerie; il faut les disperser par la ville, dans certaines rues que l'on désignera. Si besoin est, il faudra licencier le collège des Jésuites sans hésiter. « Mais n'oubliez, s’il vous plait, si ne voulez perdre la ville en peu de jours, de veiller à ce qu’aucun pauvre ne mendie aux portes des particuliers habitants; autrement, vous verrez la ville en peu de jours dans une grande désolation et sans remède. C’est l'un des principaux points où devez aviser et mettre hors la ville les étrangers mendiants. Comme aussi, lorsqu’au-

cun aura fréquenté en aucune maison contagieuse, les faire sortir hors la ville et sa maison, car telles personnes ne sont assurées de quarante jours. »

Le 16 mai, on demandait au roi de transférer le Parlement à Châtillon-sur-Seine à cause de la contagion. En raison de cette dernière et du peu d'espace qu'ils avaient dans leur couvent, la Chambre permet aux Pères Minimes de se promener à toute heure sur le boulevard de Saulx pendant une année; et, à cet effet, on leur remet les clefs de la première porte de ce boulevard.

L'augmentation du nombre des malades oblige la mairie à adjoindre trois chirurgiens à ceux déjà chargés du service des pestiférés; la liste de ceux-ci et des personnes soupçonnées atteintes par la contagion est de cinq cents noms pour les mois de mai et juin.

Un marchand d’allumettes, appelé J. Picot, est condamné, par la mairie, à cinq ans de galères et vingt livres d'amende pour être venu en ville alors qu’il était atteint de peste; le procureur syndic fait appel de cette sentence et le Parlement condamne Picot à être arquebusé devant la maison de l'Île, en menaçant du même sort quiconque se rendrait coupable du même délit. Un autre arrêt du Parlement obligea le médecin Guibaudet à entrer dans la maison de l’Hle et à soigner gratuitement les pestiférés pendant quarante jours, pour le punir d’avoir enfreint les règlements sur la santé publique.

A l'automne, l'épidémie cessa et la Chambre permit - aux bouchers de remettre devant leurs maisons de la rue du Bourg les bancs, que, conformément à la lettre du Premier Président, elle leur avait enjoint de mettre

au coin de certaines rues. Elle fit aussi démolir les loges où les pestiférés avaient fait quarantaine et en transporter les matériaux dans la maison de l'Ile. Le cimetière, où l’on avait enterré les personnes mortes de la contagion, fut fermé pour empêcher les chiens et les loups d'y entrer. Puis vint la note à payer, un impôt de douze mille livres en fut le résultat. Talant et Chenôve furent visités par la peste.

Mâcon vit continuer l'épidémie de l’année précédente ; on obligea les bateliers des bateaux de céréales à céder une partie de leur marchandise pour l'approvisionnement des malades et des gens en quarantaine ; la mairie fit l'achat de six cierges de quatre livres chacun «employés au luminaire du vœu que l’on a fait au devant l'autel Saint-Charles-Borromée, en la chapelle des Pères de l'Oratoire de cette ville ».

En 1632, nous relevons les noms de Châtillon-sur- Loing et de Saint-Fargeau parmi ceux des lieux contagionnés.

« En 1633, la sollicitude des échevins fut mise à l’épreuve par la crainte de l'invasion de la peste qui dépeuplait la ville de Seurre et les communes voisines; celle de Vougeot en était atteinte. Ils prescrivirent une garde sévère pour interdire l'entrée de la ville à tout étranger non porteur d’un certificat attestant que le lieu d’où il venait n’était point contaminé. Pour flexécution de cette mesure, tous les citoyens, sans exception, nobles et privilégiés, ecclésiastiques et laïcs, montèrent la garde à tour de rôle à toutes les issues. La ville fit distribuer des secours en vivres et en médicaments aux indigents et à la classe peu aisée frappée par la maladie conta-

r106 gieuse ou peste dontles ravages effrayants avaient nécessité la séquestration des personnes atteintes, dans des moulins dont l’un fut d’abord loué et l’autre acheté pour y établir un lazaret. » (H. Vienne, Hist. de Nuits.) Gevrey était parmi les villages atteints.

En 1634, à la peste se joint, à Dijon, une épidémie de tac, sur laquelle les renseignements font défaut. Les Jésuites demandent à être choisis pour assister les pestiférés. Les Pères Capucins remplissaient aussi cette fonction. Les principales rues affectées de la contagion étaient la rue des Champs et la rue Roulotte; leurs habitants sains furent envoyés en quarantaine et des barrières furent élevées à leurs extrémités pour les condamner à la circulation. |

En 1636, l’armée des Impériaux, sous les ordres du général Gallas, envahit la Bourgogne; le prince de Condé qui, avec de trop faibles troupes, n'avait pu lui résister en rase campagne, l'empêcha de mettre le siège devant Dijon, et l'invasion, après avoir tout ravagé sur son passage, vint échouer devant Saint-Jean-de-Losne dont l'héroïsme fut admirable. La peste et la famine succédèrent aux misères de cette guerre et les villes, encombrées par tous les paysans qui s'étaient réfugiés dans leurs enceintes, furent décimées.

À Auxonne, il y eut « dix-huit cents victimes, dont la partie la plus pauvre mourut à l'hôpital. Le fléau cessa subitement, grâce à la protection de saint Roch que le maire, les échevins et les habitants implorèrent avec confiance. En témoignage de gratitude, les magistrats firent vœu de chômer le 16 août, fête de saint Roch, « chacun an, à perpétuité, de jeuner et faire abstinence

«de viande la veille d’icelle fête ; et au jour de la solen- «nité de se confesser et communier ; et ensuite de faire «des stations et prières dans les églises des Pères Cor- « deliers, des Pères Capucins, des Ursules et dans l'église « de l'Hôtel-Dieu ». Le vœu de Saint-Roch s’accomplit annuellement jusqu’à la dernière moitié du xvinr siècle. Il fut renouvelé solennellement le 17 juin 1736. »

Clément-Janin donne des chiffres plus forts : « Auxonne compte 3.500 morts, Selongey 2.800, Is-sur-Tille 800, Gemeaux plus de 700 en trois mois, Lamarchesur-Saône 600, Pichanges 250, Chaignet 90, Lux 30. A Beaune, deux cents chefs de maisons meurent de la peste; Avallon perd 900 personnes ; Semur, Nuits, Bèze, les Maillys, Talant, Saint-Seine-en-Bâche, Saint-Maurice-sur-Vingeanne ont aussi une partie de leur population décimée. »

Dans le Document sur l'invasion de Gallas en Bourgogne, publié par M. Henri Chabeuf, nous voyons qu’au 28 février 1637, il ne reste plus que trois habitants à Blagny, les autres « sont été partie tués par lesdits ennemis et les autres morts tant à cause des mauvais traitements et cruautés à eux commises par lesdits ennemis que de maladies contagieuses, ci qu'il ne reste plus qu'eux trois ». Sur deux cent cinquante habitants, plus de soixante-cinq moururent de maladies contagieuses ; Je reste fut tué ou brûlé par les ennemis et quelquesuns dispersés.

Le prince de Condé, quittant Dijon, se rendit à Avallon où il avait un hôtel dans la grande rue et-où il avait laissé son fils le duc d'Enghien, depuis le grand Condé. Dans cette ville, l'épidémie, comme nous l'avons

vu, fit de nombreuses victimes ; les frais occasionnés par la maladie s’élevèrent à 4.390 livres ; on remarque entre autres que l’on donna 107 livres à Jean Blanche, parfumeur, « pour avoir nettoyé et parfumé les maisons infectées de cette ville et des faubourgs » ; et quelque temps après, on lui donne 20 livres pour « le faire déloger à cause que ses parfums étaient nuisibles à la ville »! La foire de Saint-Simon et Saint-Jude est supprimée à Mâcon et à Verdun.

L'année suivante, la peste sévissait encore à Dijon; on construisit des loges pour les pestiférés et « quarantains », entre autres lieux au paquier de la Filière derrière l’enclos des Chartreux. Les rapports des commissaires de la santé constatent que, le 30 avril, il y avait cinquante malades en la maison de l'Ile et quatre-vingts quarantains ; le 12 mai, le nombre des malades était de quatre-vingt-deux et celui des quarantains de quatrevingt-dix; le 17 juillet, il n'y avait plus que vingt-cinq malades et quatre-vingt-cinq quarantains. En dix-huit mois, 732 maisons furent visitées par la contagion. La ville fit un vœu à saint Gon, en’ exécution duquel la peste ayant cessé, on acheta une pièce d’argenterie de la valeur de quarante à cinquante écus que deux Capucins portèrent à Sézanne-en-Brie où reposait le corps de ce saint.

Les habitants de Plombières, où régnait la peste, n'ayant pas tenu compte des règlements sanitaires, l’entrée de la ville leur fut interdite, à peine d’être arquebusés. ;

Le Parlement avait été transféré à Semur. Autun, où régnait le fléau; fit une grande procession à saint Sébas-

tien d'Uchon; il y avait 4.800 pèlerins et l’évêque Claude de la Magdeleine de Ragny célébra pontificalement la messe au haut de la montagne. L'année suivante, pour la même cause, eut encore lieu un grand pèlerinage.

Ainsi, pendant dix ans, la peste avait porté ses ravages dans tous les points de la Bourgogne. C'étaient, en quelque sorte, ses adieux à cette province, car, à partir de cette époque, sauf quelques cas isolés de cette maladie, l'histoire médicale ne la rencontrera plus et aura comme champ d’études, surtout des épidémies de fièvres éruptives : de pourpres. Avant de continuer notre étude, un manuscrit du xvn* siècle, que conserve la Bibliothèque de Dijon, permet de compléter l'exposé des mesures prises par les médecins bourguignons en temps de peste. Ce sont d’abord des mesures prophylactiques et d'hygiène générale et particulière: « Faire nettoyer et émonder rues, places publiques, cloaques, tueries et égouts de la ville, défendre la décharge du ventre dans lesdites rues, assommer les chiens vagabonds et vivant de saletés ; reléguer et mettre hors les bêtes immondes comme les pourceaux, les lapins, les ânes, même les vaches, les pigeons, canes et oisons, et autres, de tous lesquels le fumier ést puant; même ne souffrir que le fumier des chevaux croupisse dans la ville ; faire emporter et enlever de la ville toutes les vidanges, boues, ordures, fumiers et immondices bien loin d’icelle comme d’une lieue, si faire se peut ; les enfoncer en terre, mais tout particulièrement les entrailles des boucheries ; et qu’elles soient transportées du côté du soleil couchant et non vers l’orient ni vers le midi, ou entre le soleil couchant et le septentrion, ou bien derrière quelques

montagnes, afin que les mauvaises vapeurs ne soient rapportées à la ville. » Faire écouler les eaux..…..., laver d’eau nette les rues et places...

« Commander à chacun particulier de nettoyer soigneusement sa maison, notamment les pauvres, lesquels il faut soulager en leurs nécessités ou les reléguer dehors....; les haillons et guenilles desquels il faut brûler comme des réservoirs de peste; donner ordre que les affligés desdites maladies soient transportés à la maison de la santé ou, du moins, ségrégés du peuple... de

« Emporter morts et malades de nuit, pour ne pas effrayer.…. Que les maisons des contagieux soient fermées l'espace de quarante jours et ne soient ouvertes qu'auparavant n'aient été airées et nettoyées..

«Il conviendra d'allumer feux publics, en hyver plus, en été moins, par les rues et places, notamment aux endroits où les boues et fanges croupissent auprès des cloaques et tueries ; dans lesquels feux on brlera des bois odoriférants ou du moins des herbes odoriférantes séchées ou vertes et ce, sur le soir. Les bois odoriférants seront de laurier, de romarin, genièvre de Rhordes, salsafras d’alloé, bois de sapin et écorce de cannelle. Les herbes seront feuilles de romarin, de laurier, de thym, pouliot, marjolaine, sauge, le calament, l’origane et autres simples de bonne odeur.

« Dans les maisons commander d'allumer des feux de même nature. On chauffera des cassolettes et fumigations qui pareillement corrigent l'air.

« En hiver, la liqueur sera de bon vin, dans lequel on fera bouillir du bois de laurier et de genièvre, clou

de girofle, bois d’aloëès, hui.e benjoin et autres aromates d'odeur douce et suave ;

« En été, de vinaigre et de l'eau avec écorce d'orange et de citron et les bois de genièvre avec fort peu de girofle et canelle, un peu de racine d’angélique et d'énula.

« Les pauvres feront bouillir dans eau et vinaigre dé la graine de genièvre et de simples odorants communs et graissonner sur une tuile ou feu bien chaud de la liqueur et feront évaporer cette fumée par tous les endroits de leurs maisons.

« Allant par la ville, on portera quelque odeur douce, suave et agréable pour corriger la malignité de Fair et fortifier les esprits ; en hiver, un peu plus vigoureux et en été plus remis ; mais surtout qu’ils soient de douce et bénigne odeur, de peur d’enflammer les esprits, causer la fièvre et douleurs de tête, ce qu'il faut éviter.

«€ Pour l'hiver, les pommes de senteur faites avec de bon storax benjoin, myrrhe, poudre de ciprès, de violette, de musc, d’ambre, fleurs de naffle et d'orange incorporés en forme de pâtes; des grains d'Espagne musqués, des pourpoints de peau et habits parfumés pour les riches, et pour les moindres, un citron tout lardé de clous de girofle.

« En été, des bouquets de roses, d'œillets et autres fleurs odorantes, des éponges ou mouchoirs trempés en eau de rose, de naffle et d'orange, et dans une liqueur composée de ce qui suit. » C’est une recette utilisant les mêmes produits infusés dans du vinaigre. « Que chacun se tienne fort nettement et blanchement ét porte des habits et étoffés les moins épaissés » :

satins, taffetas, serge, toile.

« Les riches porteront une petite lame d’or animée: de mercure et enclose en toile de quintin ou autre gaze fort déliée pendante sur la région du cœur, et s'il se peut recouvrer de l'huile essentielle de roses pâles, elle leur servira d’épithème préservatif et cordial, en frottant la région du cœur de deux ou trois gouttes d'icelle; et porteront une cassolette très suave et d’agréable odeur pour la précaution. Pareillement, il faut essayer de recouvrer de la vraie essence d’anis non sophistiquée et en prendre sept à huit gouttes en hiver mêlées avec une cuillerée de bon vin et en été, avec quelques eaux cordiales et doit être commun aux riches et pauvres.

« Ceux qui ne pourront avoir de lames d'or animées, porteront du mercure renfermé dans des tuyaux de plumes. » On usera d'épithèmes.… |

« Chacun modérera le travail de corps et d'esprit, évilera les perturbations de l'âme et les passions, la colère et la crainte, n’endurera rien, faim ni froid, et s'abstiendra de l'embrassement des femmes. S'il y a quelque maison contagieuse de quelque côté que ce soit, il faudra tenir les ouvertures fermées au vent qui viendrait de cette part; il faut éviter les grandes compagnies et assemblées publiques, ce que le magistrat défendra pareillement s’il lui plait.

« La sobriété est fort requise tant en quantité qu’en qualité... Les viandes seront cuites avec herbes qui purifient le sang et résistent à la pourriture comme la bourrache, buglosse, chicoréc, souci, pimprenelle, hysope, marjolaine, pourpiers, l’oseille ronde, longue, découpée ou sauvage, et la trèfle acéteuse. » Les fruits crus doivent être interdits.

Pas

« La réplétion des vaisseaux et en le foie doit être évacuée par la saignée avec telle modestie que la nature soit fidèlement soulagée et non inaniée, ni affaiblie: la cacochymie sera purgée et évacuée par quelque bénin purgatif..

« L'usage des pilules de Rufus est loué pour les vieillards et pituiteux.. Pour les autres : potion avec séné, rhubarbe, etc.; ainsi le corps purgé de son mauvais suc ou de ses mauvaises humeurs, et allégé de la trop grande abondance, il se faut servir des antidotes et roboratifs fortifiant les esprits; entre lesquels la thériaque, le bon mithridate, la confection d'hyacinthe sont reconnues pour les excellentes. En hiver, tous prendront quatre grains de thériaque ou mithridate dissous en deux ou trois cuillerées de bon vin pourvu qu’il n’y ait point de fièvre commune. En été, la détrempe se ferait toujours dans quelques eaux rafraichissantes et cordiales. » On emploiera aussi : « bol d’arménie, terre sigellée, alkermès, ulmaria, chardon béni, sirop de coings, eaux de scabieuse, ulmaria, buglosse, etc. »

Le traitement n'offre que quelques variantes avec

celui que nous avons vu employer en 1628 : « Donc incontinent que quelqu'un sera surpris de la peste, qu’il soit saigné selon ses forces, s’il paraît tumeur en quelque endroit que ce soit, faut ouvrir la veine du même côté... » faire la saignée dans les premières vingt-quatre heures, sinon il faut moins tirer de sang...; roborer le cœur; « faire prendre bon bouillon de volailles, veau et autres bonnes viandes, avec quantité de suc de limons, grenades et oranges »; laisser reposer six ou sept heures; donner eau de chardon béni, ambre gris, bezoard; bien

couvrir le malade pour le faire suer; réitérer ces remèdes.

L'auteur du manuscrit indique diverses potions toujours avec les mêmes produits : eaux d'oseille, scabieuse, bourrache, etc. ; des épithèmes divers; en cas de constipation : suppositoires ou clistères fort bénins. Si la tumeur paraît : emplâtre de diachylon gommeux ou cataplasme fait ainsi : « Prenez des oignons que vous fendrez et ferez un trou au milieu; appliquez-les de bon thériaque, fermez-les et les faites cuire sous la cendre chaude avec résine de guimauve, de lys et ésul, scabieuse, ésule bétoine et pariétaire..., figues grasses. Le tout cuit, pilé et trituré ensemble, et ajoutant farine d'orge et de lin, axonge de port salé avec farine de blé. Le tout bien mêlé ensemble, ajouté d'un peu de térébenthine, ammoniaque et galbanum, le tout artistement mêlé et pilé en forme de cataplasme, duquel on appliquera deux fois le jour sur la tumeur étant modérément chaud, amènera bientôt la suppuration. Laquelle on n’est pas obligé d'attendre parfaite, à cause de la vénénosité de la matière ; ainsi, faut l'ouvrir de bonne heure soit par le feu actuel ou potentiel; après l'ouverture duquel, on se servira simplement du diachylon susdit et poursuivra la cure comme aux autres aposthèmes; la scabieuse pilée et appliquée sur le bubon, et son suc pris en breuvage, produit des merveilles pour la suppuration. Les petits chiens ouverts par le ventre et appliqués sur la tumeur, les poules, chapons et pigeons vifs plumés sur le ventre et appliqués sur la tumeur, tirent l'humeur et le venin et facilitent la suppuration. »

Pour les charbons, le traitement est analogue. Il faut

employer les antidotes pendant toute la maladie. Enfin, l'auteur donne ici une description précise de la manière de désinfecter : « Les malades étant enlevés vifs ou morts, ou sortis guéris des maisons, on allumera des feux par toutes les chambres et notamment en celle où demeurait le malade. On y jettera des aromates comme il a été dit en la préservation. On brülera force soufre et poudre à canon par toute la maison; on éteindra de la chaux en eau et vinaigre, afin que les vapeurs de ces choses pénètrent partout et corrigent la malignité de l'air; on flambera les lits, couvertures, rideaux et tours de lits, et toutes les hardes et habits du malade et de la maison, principalement ceux qui auront servi pendant la maladie.

€ Il faudra bruler les paillasses et tous les ustensiles de moindre prix qui auront servi; les autres seront bien flambés sur le feu et parfumés d’aromates précieuses ou communes, desquelles les écorces d’oranges, limons, citrons, baies de laurier, genièvre, herbes odorantes, racine d’iris, angélique bastard, enula campana et autres.

« La fumée de chaux vive éteinte aussi dessus du soufre, encore que la flamme du feu soit la plus certaine de toutes ; les hardes aussi flambées et passées par le feu et les parfumées seront étendues sur les perches et cordes en l'air, et exposées au vent du nord et de l’ouest, par l’espace de huit jours au moins; auparavant qu'être resserrées, il sera très bon de les faire passer encore un coup par la flamme et les parfums derechef.

« Quant au linge sale, celui qui aura recu les sueurs, les excréments ou les saletés des apostèmes, ou ulcères

pestiférés sera brûlé; à tout le moins estargié et trempé trois ou quatre fois différentes en eau bien claire et à chaque fois tordu et asséché de son eau; puis lessiver avec de très bonnes cendres de chêne.…., de genet ou autres cendres fortes; on y fera cuire de l’angélique bastave, de la flambe, du souchet; on le coulera en lieu découvert et fort aéré, si faire se peut, sinon en quelque grenier; et auparavant que le laver, on le laissera refroidir; étant lavé et séché en grand: air et avant que le serrer, lessivez-le encore comme dessus.

« Toutes les ordures et immondices de la maison nettoyée seront brûlées ou du moins transportées et enterrées très promptement loin de la maison. Le nettoiement se doit commencer aux habitations inférieures et se poursuivre d'étage en étage jusqu'à la supérieure et dernière.

« Et lorsqu'on fait les fumigations, que les portes et fenêtres soient fermées; le temps est la nuit seulement, tous les voisins étant retirés. »

Avec l'épidémie qui avait été l'occasion de ce document, se clôt définitivement l'histoire des pestes en Bourgogne; d’autres hôtes viendront assumer la tâche d'enlever au monde ceux dont la destinée est achevée sur terre; mais la Bourgogne ne reverra plus le fléau qui, à certaines époques, semblait avoir pris racine dans son sol et devoir y rester pour toujours endémiquement.

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