LES ORIGINES DES EXPOSITIONS UNIVERSELLES
Les expositions qui semblent l’un des produits nouveaux de la civilisation moderne ne sont qu’une transformation d’institutions qui se perdent dans la nuit des temps. Le premier marché où des négociants de toutes les parties d’un pays vinrent étaler leur marchandises fut une exposition nationale. La première foire où des commerçants de peuplades lointaines vinrent offrir les produits de leurs contrées fut une exposition universelle. Exposition nationale et exposition universelle ne sont que les noms honorables des marchés indigènes et des foires internationales.
11 y a poui'lant quelques différences entre les foires et marchés d’une part, et les expositions de l’autre; dans les foires et marchés, on tend avant tout à conclure des affaires et à obtenir des bénéfices; dans les expositions, on s’applique surtout à montrer des chefs-d’œuvre d’industrie, des prodiges de métier réalisés souvent en dehors de toute pensée de lucre, et môme au prix de considérables et gratuits sacrifices. Les uns sont des halles, les autres des concours; les uns ont pour mobile la soif du gain, les autres le désir de primer; le principe des uns est la cupidité, des autres l’ambition. De plus à côté des objets de commerce, les expositions actuelles présentent des curiosités naturelles, historiques, artistiques prêtées par les Etats, les villes, les particuliers; à côté d’une foire elles offrent un musée et deviennent ainsi comme des ambigus de conservatoires et de bazars.
C’est surtout dans l’antiquité orientale que l’on trouve des traces de marchés et de foires. La Phénicie fut la grande nation industrielle et commerciale de l’antiquité. Elle inventa les voiles, le verre, la teinture en pourpre. Elle envoyait des caravanes à Babylone et à Palmyre, dans la Perse et dans l’Arménie. Qu’étaient-ce que ces caravanes’, si ce n’est des expositions itinérantes?
Les marchés passèrent en Grèce et dans le mo'iide romain : tous les cinq ans à Athènes se tenait une panegyris où l’on se rendait de toute l’Hellénie: et des rmndines où l’on accourait de loin avaient lieu à Capoue (1).
Maio la Grèce et Rome nélaient ni commerçantes ni industrielles; l’ùme latine pas plus que l’àme hellénique n’éprou-
U) Félix BüUiiQUELOT. Eludes sur les foires de Champagne. Mémoires présentés à l’académie des Inscripilons et Belles-Lettres par des savant.! étrangers. Antiquités de la France, t. V, i, p. C.
vait cette soif du progrès qui était au contiaire lui des cléments du génie phénicien.
« Il est certain, a dit M. Albert Révillc (I), que la grande civilisation gréco-romaine manqua complètement d’un mobile qui fait la force de la nôtre et que Carthage possédait. Je veux parler de cette curiosité, de ce goût do l’inconnu, de l’invention, de la découverte dont l’absence étonne toujours quand on pense aux cinq ou six siècles de paix et d’études que la domination romaine procura aux nations rangées sous ses lois.
c( Hé bien! ce goût de l’inconnu, Carthage l’avait et à un degré qui ne s’est plus retrouvé avant les temps modernes. Qui sait ce que la société antique serait devenue si elle s’était moins reposée sur son capital acquis de connaissances et d’arts utiles. Ni Athènes, ni Rome n’ont jamais rien fait de pareil au périple d’Hannon et en. réalité les Grecs et les Romains ne connurent de notre globe que ce (juc les voyageurs tyriens ou carthaginois avaient déjà exploré cinq à six siècles avant notre ère. »
Les expositions, avec le caractère que nous leur donnons, ne furent pas complètement étrangères au monde antique. C’est précisément au moment où Rome commençait, avec la première guerre punique, la destruction de Carthage, que se place ce que l’on considère comme la première exposition. Elle eut lieu à quelques jours de navigation de Rome, en Egypte. L’Elgypte, sans doute, représentait dans l’antiquité, comme on l’a dit (2), un monde aussi opposé à la culture occidentale que le monde chinois peut l’être à la civi-
(1) Les Guerres puniques, d'après un livre récent. Revue des Deux Mondes, (lu 15 janvier 1879, p. 444.
12) n’EscAYRAC DE Lauture. Mémoires sue la Chine, introduction, p. 2.
lisation européenne. Mais ce n’étaienl plus les Pharaons qui, à cette époque, régnaient sur l’Egyple, c’étaient les Plolémées. Alexandrie remplaçait Memphis et Thèbes, comme plus tard Byzance devait remplacer tlome. Une sorte d’Hellénie d’Orient fleurissait dans le delta et l’Egypte monopolisait, au détriment de Carthage, presque tout le commerce du monde (l). Pourtant l’Egypte et Rome appartenaient encore à ce moment à deux cycles de civilisation, complètement distincts. « Il y avait, dit Montesquieu ('2), dans ce lemps-là — au temps des guerres puniques — doux mondes séparés: dans l’iin combattaient les Carthaginois et les Ro- .^lains, l’autre était agité par les querelles qui duraient depuis la mort d’’ Alexandre: on n’y pensait point à ce qui se passait en Occident. » C’est dans ce monde déchiré par les dissensions des héritiers du fils de Philippe que s’ouvrit ce tpie l’on a coutume de citer comme la première exposition.
Cette première exposition ne présente que de bien vagues traits des expositions modernes. Elle ne lut qu’une partie d’une cérémonie d’intronisation.
En effet un ancien historien grec, Callixène de Rhodes, dans un fragment que nous a conservé Athénée (3), décrit une fête donnée par Plolémée Philadelphe à son- avènement en 285 avant notre ère. Dans cette fête, on voyait une tente ornée de fleurs de toute espèce, comme en produit abondamment l’Egy^pte. (( Sur les pilastres de la tente étaient placés des animaux magnifiques, œuvres des premiers artistes, au milieu, des tableaux de peintres de Sicyone et alternativement
(1) Montesquiev:. Considérations sur les causes de la grandeur des Itomalns et de leur décadence. IV. Œuvres complètes, éd. Panthéon littéraire, p. 133.
(2) Oofisldérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence. V, Œuvres complètes, p. 135.
(3) Banquet des Sophistes, V, xxv.
cont ligures différentes et remarquables, des tuniques lissues d’or et de fort belles tuniques militaires portant gravées les unes les images des rois, les autres des compositions mythiques (1) ». On le voit, c’est, coimme l’a dit M. Alfred Picard (2), une manifestation de luxe et de vanité, c’est plutôt l’étalage du faste d’un opulent monarque qu’une véritable exposition, ou ce n’est une exposition qu’à la façon dont certains salons artistement meublés sont des musées. Cette exposition n’était pas du reste tout entière dans la tente : dans le cortège inaugural du nouveau souverain, indépendamment d’une multitude d’objets d’art, de métaux précieux, tiguraient à ce que rapporte Calli.xène (3) dans le même fragment conservé par Athénée (4), des perroquets, des paons, des pintades, des faisans et autres oiseaux d Egypte en grande quantité, vingtrquatre couples d’éléphants, soi.xante paires de boucs, douze d’une sorte de cerfs, sept d’oiyx, quinze de boubales, huit couples d’autruches, sept d’aniinau.x moitié ânes moitié cerfs et des couples d’ânes sauvages. Il y avait encore à ce qu’il indique « des moutons, cent trente d’Ethiopie, trois cents d’Arabie, vingt d’Eubée^ vingt bœufs de l’Inde entièrement blancs, huit bœufs d’Ethiopie, une grande ourse blanche, quatorze léopards, seize panthères, quatre petits lyn.x, trois oursons, une girafe, un rhinocéros d’Ethiopie ». « Véritable musée vivant et matière à observations » comme dît M. de Crozals (5).
Si cette pompe demeura célèbre dans le monde hellénique.
(1) Callixène de Rhodes. Sur Alexandrie, IV, dans Fraymenta historiconnn yræcorum, éd Dldot, t. II, p. 59.
(2) Exposition universelle de 1889. Rapport yénêral, t. I, p. 3.
('a Sur Alexandrie, IV, dans Fragmenta hUtoricorum yræcorum, éd. Didot. t VI. p. 59.
Bunguet des Sophistes. V. xxv.
(5) Histoire de la Civilisation, t. I, p. 523.
!a connaissance n'en parvint pas, ce semble, jusqu’aux Romains. Car si, comme le dit Montesquieu, on ne pensait point en Orient à ce qui se passait en Occident, les Romains ne se préoccupaient pas encore du monde oriental. Mais les Romains avaient des expositions ambulantes, analogues à la pompe inaugurale de Ptolémée. C'étaient les triomphes qu’on décernait aux généraux vainqueurs et où figuraient les objets les plus précieux du pays vaincu.
« Après la guerre contre Pyrrhus, il y avait tant de dépouilles et de nations si opulentes, dit Florus (1), que Rome avait peine à con tenir ce qu’elle avait vaincu. Jamais peutêtre triomphe plus beau, plus éclatant n’entra dans la ville. Avant ce jour, ce n’élait que le bétail des Volsques, les troupeaux des Sabins, les chars des Gaulois que l’on avait pu voir. Alors, comme cai»tifs à regarder c’étaient les Molosses, les Thessaliens, les Macédoniens, les Brutiens, l’Apulien, le Lucanien; comme objets précieux, for, la pourpre, des statues, des tableaux et toutes les recherches de Tarente; mais ce que le peuple romain éprouva le plus de plaisir à contempler, ce turent ces bêtes énormes qu’il avait redoutées; chargées de leurs tours, sentant leur captivité, la tête baissée, elles suivaient les chevaux vainqueurs. »
Le Moyen âge connut les exhibitions internationales. Ainsi qu’on l'a fait observer (‘2), le Moyen âge fut bien moins exclusif que les temps modernes au point de vue national . \ celte époque où il ii’y avait guère que la petite patrie qui comptât, où la nationalité était encore une conception bien vague, on ne distinguait guère entre les gens du dehors.
(1) Abréfjé <lc l'IUstoire romaine, I, xix.
(i) La'irent. Droit civil international, t. I, p 263.
L’étranger n’élait-il pas un membre de celte confédération chrétienne que constituait l’ensemble des Etats européens ? Aussi accueillait-on aussi bien, mieux peut-être, des gens venus de loin, frères d’ailleurs par la religion, les mœurs, les institutions, et contre qui on n’avait jamais à lutter, que des gens, tout voisins mais avec qui on était en lutte perpétuelle. Aussi au Moyen Age les négociants de tous les pays fréquentaient les foires qui étaient en réalité de vastes marchés internationaux. Il y avait des foires par toute l’Europe, dans la vallée du Rhin: à Prancfort-sur-le-Mein, à Duisbourg et à Aix-la-Chapelle; en Flandre: à Ypres, à Bruges, à Lille; en Angleterre: à Winchester, à Northampton et surtout à Stourbridge, près de Cambridge. L’une des principales était assurément la foire de Francfort et c’est à elle particulièrement que M. Théodore Martin (1) n’hésite pas à rattacher les expositions universelles de notre temps. Elle a été décrite au xvF siècle par le célèbre helléniste Henri Estienne dans son Eïiiporiiim francolordicnsc, que M. Isidore Liseux a réimprimé et traduit en 1875 sous ce titre significatif: La Foire de Frauclort, exposition universelle et permanente an XVF siècle.
« Les autres marchés, dit-il, sont célèbres pour certains ordres de marchandises: c’est ainsi que, comme l’ont écrit .\ntiphane et Hermippe, les diverses contrées et même les diverses villes de la Grèce avaient des produits qui leur étaient propres; mais si l’on voulait énumérer les marchandises de celui-ci, on ne saurait par où commencer: il n’y a presque aucune espèce d’objets à laquelle l’on puisse penser, sans l’avoir aussitôt à sa disposition, aussitôt
(t) Life of the Prince Consort, people's édition, t. il, p 37.
sous la main. Aussi l’opulence de cette foire est si grande et si variée qu’elle embrasse en quelque sorte toutes les autres dans son sein et que les autres semblent en découler comme des rivières de leur source. Si l’on appela jadis Rome un abrégé du monde, Je ne croirai pas m’e.xprimer inexactement en disant que la foire de Francfort — que l’on ne soit pas jaloux du mot ^ est l’abrégé des foires du monde entier ». On y rencontrait de quoi fournir une armée: des chevaux, des armes, des approvisionnements de guerre; on y trouvait des meules perfectionnées et, à côté de machines ingénieuses et dignes d’Archimède, des tournebroches automatiques. (( Il n’y a rien d’étonnanb ajoute Estienne (1), à \ 0'ir tant d’œuvres remarquables si artisteinent fabriquées se produire ici et do chaque nouvelle foire sortir quelque nouvelle invention comme jadis il sortait toujours de l’Afrique quelque nouveau genre de bête fauve: car un grand nombre de villes, comme si de grandes récompenses étaient attachées au triomphe', quoiqu’il n’y ait que le pur désir do
la gloire pour les aiguillonner, luttent afin que la palme de
la victoire demeure aux mains de leurs citoyens. » Il signale le quartier occupé par les imprimeurs et les libraires qui forme, dibil (2), moins un marché qu’une Académie des Muses. » Quand ils sont assemblés, ajoute-t-il, on ne croirait pas être dans cette cité germanique dont le nom est Francfort, mais dans cette cité jadis la plus llorissante de toute la Grèce et la plus célèbre par l’étude des lettres, à moins que l’on ne veuille appeler le quartier réservé à la litléralure, qu’habitent les imprimeurs et les libraires
11) Francofordiensc Emporium . éd, Liseu.x, p. 61
(2) id. id. p. 70.
l’Athènes de Francfort. »
La France avait des foires à Rouen, à Guingamp, à Toulouse et dans la plaine de Saint-Denis.
Mais les principales foires internationales de la France étaient, d'une part, la foire de Beaucaire, de l’autre les foires de Champagne.
La foire de Beaucaire remontait à 1315. C’est en cette année que se place la première concession de franchises qui lui fut accordée. Elle n’était que l'une des foires que tenaient toutes les bonnes villes du Languedoc. Mais deux circonstances la favorisèrent. D’un côté elle était placée sur la « rive de Royaume » du Rhône en face de Tarascon sur la « rive d’Empirc » et se trouvait ainsi à un centre international. D’un autre la crue de juin de la Durance alors plus forte qu’aujourd’hui permettait d’y amener par radeaux quantité de marchandises (I). Elle se tint d’abord en mai, puis en juillet; elle recevait des négociants de Barcelone, de Gènes, de Venise, de Constantinople, d’.Mexandrie, du Levant, de Tunis, du Maroc.
Les foires de Champagne au xiii* siècle étaient au nombre de six; il y en avait une à Lagny, une à Bar-sur-.\ube, deux à Provins, au printemps et en septembre; que remplacèrent plus tard une à Provins et une à Reims, enfin deux à Troyes, en juillet et en automne. « Chacune durait quarante-huit jours en moyenne, disent MM. Giry el Reville (2), à qui nous empruntons ces détails. Elles se succédaient sans interruption. Les plus considérables étaient la foire de mai à Provins, et la foire de juillet ou la foire chaude à Troyes. »
(1) IIuVELiN. Compte rendu des Renseignements divers sur la foire de Beaucaire, par l'abbé Boudin et de 1 Essai historique et juridique sur la foire de Beaucaire, par Théodore Facrin. Nouvelle revue liistoi ique du droit, t. XXV, 1901. P 527.
(2) Le Commerce et l'Industrie au Moyen d^e.dans Lavisse et Rambaüu, Histoire générale, t. II. p. 504
Aux loires de Champagne venaient des Flamands, des Allemands du Midi, des habitants des bords du Rhin, des Ilaliens, des Espagnols.
Les diverses marchandises, au lieu d’être réunies, se succédaient sur les comptoirs; après neuf jours d’installation on avait dix jours pour la vente des draps et ce n’était qu’au vingtième jour de la foire que les corroyeurs et les tanneurs pouvaient exposer leurs marchandises. Toutefois, il était des denrées, les épices par exemple' que l’on appelait avoir de poids (1) qui se vendaient d'un bout à l’autre de la foire.
Ces foires déclinèrent sous Philippe le Bel et ses fds, à la suite des guerres des Flandres et de mesures impolitiques contre les banquiers italiens (2).
On a signalé diverses institutions locales qui auraient pu donner naissance aux expositions modernes. On a rattaché les expositions aux collections d’objets précieux qu’étalaient les marchands de Venise le jour de l’installation du doge et qu'ils vendaient au moment du passage du cortège (3). On a même cherché à les rapprocher des expositions permanentes établies dans chaque ville de la' Chine. Ces expositions sont lormées d’objets ayant servi à l’empereur — l’empereur ne se sert jamais deux fois du même objet — que les fonctionnaires sont tenus d’acheter à un prix supérieur à celui du commerce (4). Mais quelque curieux que puissent être ces rapprochements, ce n’est ni au fond de l’Adriatique, ni sur les rives du fleuve Jaune ou du fleuve Bleu qu’il faut aller
(1) Félix Bourouelot. Etudes sur les foires ne Champayne. Mémoires présentés à l'académie des inscriptions et Belles-Lettres par des sarunts eirangers. Antiquités de la France, t. V. i, p. i284.
12) Luchaire. Manuel des Institutions françaises. Période des Capétiens directs, p. 596,
(3) Alfred Picard Exposition Internationale de 18S9. Rapport général, t. I. p 3.
(4) Jobard. Art. Expositions dans Encyclopcdie du X/X' siècle, t. X, p. 339.
chercher l’origine des expositions modernes.
Les expositions sous le nom et sous la forme que nous leur connaissons s’appliquèrent d’abord aux Beaux Arts. Ce fut à Rome, au début du xvii' siècle, qu’elles prirent naissance. Il y avait chaque année dans la Ville Eternelle deux expositions: l’une à la Saint-Joseph (19 mars), l’autre à la Saint-Jean (24 juin). Cet usage passa les monts. En 1G62, l’Académie de peinture et de sculplure annonça des expositions et même rédigea le règlement qui devait y être observé. Des essais d’exposition eurent lieu à partir de 1673, dans la cour, puis dans les galeries du Palais-Royal; mais la première exposition véritable eut lieu en septembre 1699 dans la galerie du Louvre: elle présentait au petit pied le caractère d’exposition mixte, à la fois arlistique et industrielle qui signala dès l’origine les expositions universelles de Paris, car elle devrait comprendre, à côté de morceaux envoyés par les membres de l’Académie de peinture et de sculpture, des machines envoyées par les membres de l’Académie des sciences. Une seconde exposition eut lieu au Louvre, en 1704. Une troisième eut lieu du 18 août au V septembre 1737 au Louvre encore, dans le grand salon. Elle se renouvela tous les ans jusqu’en 1751. A partir de cette époque elle n'eut lieu que tous les deux ans. Jusqu’à la Révolution, seuls les membres de l’Académie de peinture et de sculpture avaient le droit de faire des envois au Salon, c’était le nom qu’avait reçu ce musée temporaire. Aussi à côté de cette exposition y en avait-il d’autres. L’Académie de Saint-Luc, composée d’artistes qui n’avaient pas pu ou n'avaient pas voulu entrer à l’Académie, exposait soit dans une salle de l’.-Vrsenal, soit place Dauphine les œuvres de ses membres le jour de l’Ascension. Mme Le-
brun avait installé dans son hôtel de la rue du Sentier une exposition rpii, sous le nom d’Exposition de la Jeunesse, contenait des œuvres d’auteurs qui ne pouvaient figurer au Salon. Le décret du 21 avril 1791 ouvrit larg-ement l’exposition non seulement aux artistes ne faisant pas partie de l’Académie, mais même aux artistes de nationalité étrangère: l’affluence fut si considérable qu’en 1796 les expositions qui avaient continué à n’avoir lieu que tous les deux ans devinrent annuelles.
Mais à côté de ces expositions artistiques avaient commencé à poindre des expositions d’un autre genre. Ce fut l’Angleterre qui en prit l’initiative (1). La première exposition industrielle fut ouverte en 1756 et 1757 à Londres par la Société pour l’Avancement des Arts, des Manufactures et du Commerce. Cette exposition exclusivement nationale fut renouvelée. A partir de 1761, la Société offrit des médailles pour les machines agricoles (2).
L’idée fut reprise en Allemagne. A cette épo(ine la noblesse de Bohème s’occupait activement de faire fructifier ses domaines et de relever la condition des paysans (3). Elle voulut montrer le résultat de ses efforts, et en 1791, une exposition, la première du continent européen, groupa les produits propres an royaume de Saint Wenceslas.
Comment cette idée fufelle importée en France ? M. Alphonse Renaud (4) en fait honneur à Diderot. Un marquis d’Avèze prétend avoir, dès l’an V (1797), soumis un projet d’exposition : il le réalisa en partie au moyen, tant d’une lote-
(1) Henri Bauprillart. Les Expositions universelles . Journal Officiel du 16 mai 1878, p. 5786.
(2) Encyclopédla Britannica, V. Exhibitions. 9’ éd., t. VIII, p. 803.
(3) Amédée Hennequin. Coup d'œil rétrospectif sur l Exposition universelle lie IS55. Correspondant du 25 février 1856, p. 771.
(^) Histoire nouvelle des Arts et des .Sciences, p. 322.
rie, que d’une exposition d’objets d’art et d’une séance de jeux gymniques; le billet de la loterie coûtait douze francs; les lots consistaient en porcelaine; l’exposition et les exercices eurent lieu dans la salle de la librairie que Louvet avait fondée avec sa Lodoïska au Palais-Royal (1). En réalité, l'idée d’une exposition semble être sortie de la crise révolutionnaire. La terreur et la coalition avaient ruiné le commerce et l’industrie. Dès que les temps furent un peu plus calmes, les pouvoirs publics s’occupèrent de chercher à améliorer la situation économique du pays. Le 18 prairial an IV (6 juin 1796) Eschassériaux lut au Conseil des Cinq-Cents un rapport sur les moyens de relever l’industrie. Il concluait à ce qu’il y eut chaque année des primes et encouragements décernés aux manufacturiers et négociants qui se seraient le plus distingués. « Les encouragements devi'ont être dirigés particulièrement, portait le projet de décret, vers les objets d’industrie qui sont de préférence recherchés et achetés da l’étranger (2). » L’idée d’une exposition devait naturellement se présenter comme simplifiant l’examen, facilitant la comparaison, et la publicité de cette exposition était une garantie d’impartialité. C’est ainsi que deux ans plus tard François de Neufchâteau, alors Ministre de l’Intérieur, prit l’initiative de la première exposition officielle. Il l’annonça par une circulaire du 9 fructidor, an VI (26 août 1798). « Les arts, disait-il, qui nourrissent l’homme, qui fournissent à tous ses besoins et qui ajoutent aux facultés naturelles par l’invention et l’emploi des machines sont à la fois le lien de la société, l’âme de l’agriculture et du commerce, la source la plus féconde de
(1) Renaddin. Paris Exposition tS67, p. 536.
(5) Moniteur du 24 prairial an IV.
nos jouissances et de nos richesses. Us ont été souvent oubliés et plus souvent avilis : la liberté doit les venger... Le gouvernement doit donc couvrir les arts utiles d’une proteclion particulière et c’est dans cette \aie qu’il a cru devoir lier à la fête du i®” vendémiaire un spectacle d’un genre nouve.'iu, l’e.xpositio-n publique des produits de l’industrie française. » Le ministre indiquait que l’on n’exigeait d’autre condition « des Français industrieux, pour être admis à cette sorte de concours, que de justifier de leur qualité par la présentation de leurs patentes et de n’exposer en vente que des produits de leur industrie ». Un jury choisissait parmi les objets présentés ceux qu’il jugeait dignes d’être exposés. Les emplacements étaient gratuits. » Les Français, disait-il en terminant, ont étonné l’Europe par la rapidité de leurs succès guerriers ; ils doivent s’élancer avec la même ardeur dans la carrière du commerce et des arts de la paix. »
Celte exposition s’ouvrit soit le premier, soit le troisième complémentaire, an VI (1), car les documents sont contradictoires. D’ailleurs rien n’est plus fréquent que les incertitudes sur les dates d’ouverture et de fermeture, sur le nombre des exposants ou des visiteurs, sur les quantités de récompenses, soit pour les expositions françaises, soit pour les expositions étrangères. Disons de suite que pour ne pas multiplier d’oiseuses controverses, nous ne nous sommes pas astreints à relever toutes les indications divergentes nous bornant en général à donner celles qui nous paraissaient les plus exactes ou qui présentaient unt caractère officiel. Un journal du temps dépeint ainsi la procession
(1) Alfred Picard. Eiposltlon Internalionnle de )889. liapport gênerai, t. I, p. 21.
— lo —
inaugurale qui se déroulait, dit un poète de l’époque «en long serpent marbré ». « A dix heures précises du matin le Ministre de l’Intérieur s’est rendu à la Maison du Champ de Mars et de là à l’exposition par le milieu du cirque. Cette marche a été réglée ainsi qu’il suit : 1° l’école des trompettes; 2° un détachement de cavalerie ; 3“ les deux premiers pelotons d’appariteurs; 4® des tambours; 5° musique militaire à pied; 6° un peloton d’infanterie; T les hérauts; 8“ le régulateur de la fête; 9“ les artistes inscrits pour l'exposition; 10“ le jury composé des citoyens d’Arcet, membre de l’Institut National; Molard, membre du Conservatoiire des Arts et Métiers; Chaptal, membre de l’Institut National; Vien, peintre, membre de l’Institut National; Gillet Laumont, membre du Conseil des Mines; Duquesnoy, de la Société d’Agriculture du département de la Seine; Moitié, sculpteur, membre de l’Institut National; Gallois, homme de lettres à Auteuil, associé à l’Institut National; 11“ le bureau central ; 12“ le Ministre de l’Intérîeur ; 13“ un peloton d’infanterie. Le Ministre et le cortège ont fait le tour de l’enceinte consacrée à l’exposition et comme le temple à l’Industrie n’était pas terminé, le Ministre s’est placé sur le tertre du Champ de Mars, il y a prononcé un discours à la suite duquel la musique a exécuté un air patriotique... Le Ministre et le cortège sont retournés à la Maison du Champ de Mars dans l’ordre précédemment observé (1) ». Le ministre dans son discours indiquait avec, justesse les avantages de l’exposition. « Il manquait, disait il, il manquait peut-être un point central à votre émulation. L’industrie en dispersant ses produits sur
(1) Rédacteur du V jour complémentaire an VI (20 septembre 1798) dans Aulard, Paris pendant la réaction thermidoTleune et sous le Directoire, t. V. p. 90.
la surface de la République no mettait pas les artistes à portée d’établir des comparaisons qui sont toujours dans les arts une source de perfectionnement. D’ailleurs le gouvernement lui-même pouvait craindre de laisser dans une obscurité décourageante les talents distingués qui honorent les départements les plus éloignés du lieu de sa résidence. C'est pour procurer au.x artistes le spectacle nouveau de toutes les industries réunies, c’est pour établir entre eux l’émulation bienfaisante, c’est pour remplir un de ses devoirs les plus sacrés, pour apprendre à tous les citoyens que la prospérité nationale est inséparable de celle des arts et des manufactures que le gouvernement a approuvé la réunion touchante à laquelle il m’a chargé de présider aujourd’hui et qu’il en a fixé l’époque à celle de la fondation de la République (1) ». R rappelait d’ailleurs qu’une disposition de la Constitution (2) faisait dépendre de l’exercice d’un art mécanique l’inscription des jeunes gens sur le registre civique.
Cette exposition annoncée trop tard ne réunit que les produits de seize départements et ne groupa que cent-dix exposants.
Les objets étaient placés sous soixante arcades disposées en parallélogramme. L’une d’elles était occupée par les étalons des poids et mesures, une autre par les produits de la manufacture de porcelaine de Sèvres, enfin une autre par les produits de la manufacture d’armes de Versailles. Au milieu se dressait le temple de l’Industrie. L’impression fut considérable.
(1) Moniteur du 1" vendémiaire, an VII.
W) Constitution du 5 tructldor an m, art. 16.
(( Tous les ans, lit-on dans un périodique du temps (i), tous les ans l’exposition des produits de l’industrie sera renouvelée à Paris pendant les cinq jours complémentaires et les objets les plus parfaits seront également (tistingués dans la fête du 1" vendémiaire. Le Ministre de rinlérieur prendra les ordres du Directoire exécutif dès le i" messidor pour annoncer cette exposition de manière à pouvoir réunir les produits industriels de tous les départements. Si nous osions ajouter quelque chose à cet article qui est officiel, nous formerions des vœux pour que l’exposition dont il s’agdt commençât plus tôt, finit plus tard et devînt comme la foire de la Répuldiiiue. Que de Français, que d’étrangers elle attirerait à Paris! quel stimulant elle donnerait au commerce ! Gomme les arts et les artistes béniraient la main protectrice du Gouvernement ! En attendant, nous espérons (jiie l'exposition de cette année, n'ayant commencé que le troisième i jour coniplémentaire, à cause du peu de temps (jifa eu l'ar¬
chitecte pour terminer les préparatifs, sera prolongée dans la première décade du mois prochain afin riue le public qui se porte en foule au Champ de Mars pour la voir jouisse plus longtemps d'un si beau spectacle ». lœ vœu du publiciste fut, ce semble, réalisé car, d'après certains documents l'exposition n'aurait fermé que le 10 vendémiaire. D'après d’autres, il est vrai, elle ne se serait pas prolongée au delà du cinquième jour complémentaire.
On décerne douze distinctions et dix-sept mentions ; ce sont les chiffres que donne M. Alfred Picard (1).
(1) Clef (lu Cabinet du 2 vendémiaire, an \'I, dans Aulaed, Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire, t. V, p. 90.
(1) Exposition Internationale de I8ti9. Rapport général, t, I, p. 21.
François de Ncufchriteau résumait ainsi dans une circulaire du 24 vendémiaire, an VII, les résullals de celle exposition: (( Cotte première exposition conçue et exécutée à la hâte est réellement une première campagne, une campagne désastreuse pour l’industrie anglaise et glorieuse pour la République. Nos manufactures sont les arsenaux d’où doivent sortir les armes les plus funestes à la puissance britanniipic. L'exposition annuelle que le gouvernement vient d’élalùir met en contact et à portée de s’éclairer l’une par l’autre les industries partielles des départements et contribuant ainsi au perfectionnement général de nos fabriques nous conduira plus rapidement au but que nous désirons ntteindre depuis longtemps. Tout ce qui tient aux arts utiles, tout ce qui sert, aux besoins de la vie sera admis au concours. On donnera en cas d’égalité de mérite de fabrication une préférence maniuée aux genres d’industrie qui rivalisent avec les branches les plus fécondes de l’industrie anglaise ». Il ajoutait que pendant la durée de l’exposition le jury d’admission examinerait les produits pour désigner les vingt manufacturiers riu’il jugerait dignes de recevoir une récompense. « Cliacun de ces vingt manufacturiers recevra du président du Direcloii'c exécutif une médaille d’argent analogue à l’exposition fsicj et celui des vingt qui, à raison de la perfection de la falirication et de l’étendue de son commerce aura Ré jugé avoir porté le coup le plus funeste à l’industrie anglaise recevra la même médaille en or (1). »
Enfin se rappelant, en poète qu’il était à ses heures, — il a écrit en vers un Discours sur l'Art de lire les vers, — le
(1) FR.\^xoIS DE Neufch.^tf.au, Circulaire du Mk vendémiaire an II, Moniteur du 5 brumaire au VII.
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possoge où Boileau (1) peint:
Nos artisans grossiers rendus industrieux Et nos voisins frustrés de ces tributs serviles Que payait à leur art le luxe de nos villes, il annonçait « que le moment était arrivé où la France allait échapper à la servitude de l’industrie de ses voisins et que partout les arts associés aux lumières se dégageaient de cette honteuse routine qui est le caractère de l’esclavage ».
Malgré l’annualité proclamée des expositions trois ansi s'écoulèrent avant que se renouvelât ce que le journaliste considérait comme la foire de la République.
La deuxième exposition eut lieu en l’an IX. Elle se tint dans la cour du Louvre: on avait construit des portiques à colonne qui s’élevaient jusqu'au niveau de la première corniche. Gcs portiques étaient au nombre de cent quatre. On avait voulu réunir les Beaux Arts et l’Industrie. Mais le projet avait échoué devant l'opposition des artistes indignés à la pensée d’être associés à des fabricants. Deux cent vingt itidustriels figuraient à l’exposition.
Quelques inventions bizarres s’y étaient glissées: un modèle d’habit sans coutures apparentes pouvant devenir veste, redingote, manteau et pantalon; une machine pour préserver les navires du naufrage; une machine pour opérer des ascensions sans le secours du ballon; mais dans l’ensemble, l’exposition était très sérieuse {-2). L’ouverture eut lieu le deuxième jour complémentaire et la fermeture le 2 vendémiaire d’après certains documents; l’ouverture eut lieu le premier jour complémentaire et la clôture le cinquième jour
(l)E)iitres I Œuvres complètes éd. Pamhéon i.ittér.aire, p. 223.
(3) Alfred Picard. Exposition Internationale de ISS9. Rapport général, t. I,
complémentaire, suivant, d'autres. Les Lonsuls visitèrent ol'liciellemenl i’expusilioa te ciiKjuième jour complémentaire. Il y eut soixante-dix-sept médailles; dix-neuf en or dont sej»! à des titntaires de distinctions de la jirécéilente exposition; vingt-liuit en argent dont Iniit à des titulaires de mentions iionoratiles, de ta première exposition, et, en outre trente-trois mentions lionoraldes.
La troisième exposition eut lieu l’année suivante en l'an X.
Gominei ta précédente, elle eut lieu sous des iiortiques étevés autour de ta cour du Louvre. Ces porii([ues étaient au nomlire de, cent. Le plus queliiues otajets aMiient reçu asile dans les salles de l’inslilut. Au ciMiire de ta place, on avait dressé une reproduclion en terre cuite du moiiumeuL de l.ysicrate, connu sous te nom de t.anterne do iJernosttiène. Ij'Lxposilion corniitail .5'iO exjiosanl.s. lélte ouvrit te premier jour couiiitcnienlaire et dinu si'pt, jours. Iæ premier consul ta \ isita en conijiagnie de Josiqiliine. Cn décerna 151 médailles 'j38 en or, 53 en argent, üo en tu’onze) et une centaine de mentions lionoratdes. Tar une circulaire ilu 6 floréal, an X, le Ministre de rinlérieur, Cliaptat, avait insisté pour que les otijets comme les euslactios <le tiois de Saint-Etieune, comme les draps grossiers de tjodève ligurassent à l’exposition aussi Ijien que les produits d’un art raffiné; car le but de CCS solennités « est moins, éiisait-il, de présenter un pmtqieux étalage de cliefs-d’œuvre que d’offrir le labteau ou la réunion de tous les objets (jui se fabriquent en France ». léexposition de l’an X suivait de près la paix d’Amiens. Des bomnies d'Elat l)rilanni(pies vinrent la voir. « Je me rapp(‘ll(', dit Cliaplal (I), qu’après la conclusion du traité
(I) Dr 1' 1 11(1 uslrlr Iniiiçdisr, t. II, cli, i, cité Leb,4S, France, Dictionnaire rncijcloiictiniac, dans Fnicers pitlorcsqui’ de Didot, V. Industrie t. IX, P- 512
d’Amiens, le célèl,)re Fox cl lord (üornvallis sc remlirent à l\aris. Je ])ro]iosai à nos deux illuslres élrangers de les conduire à rexi)Osilion. Ils furent émerveillés de la richesse et de la beauté des ol»jels que présentait cette réunion, mais i\I. Fox me fit l’observation qu’on ne paraissait travailler que pour le luxe et ([u’il ne trouvait point ce (lu’on voit partout en Angleterre, c'est-à-dire des iiroduils destinés à l’usage du peuple et revêtus néanmoins tic toutes les tpudités désiraljles. Je saisis (pie son ofiservaliou était juste et je le conduisis dans la liouliifue d'iiii coutelier de Tliiers à qui je demandai les divers objets dont je viens de [larler. 11 s’agissait de couteaux à 18 sous la douzaine, canifs et ciseaux à 15 sous, foiirchettes à 10 sous, rasoirs à 5 ou 10 fr. la douzaine. Ce ne fut pas sans peine que j’obtins du faluàcant qu’il allât les chercher dans le fond du magasin tu'i il les avait relégués, pour ne faire parade que de (|uel([ues fusils et de quelques instruments de coutellerie dont il avait soigné la fabrication, à!. Fox fut étonné du lias prix el de la qualité de tout ce qu’on lui présentait; il en rempht ses poches en assurant qu’il n’y avait rien de comparable en .\nglelerre. De là je le fis enli'er chez un horloger de Desauçon où il trouva des montres avec lioîle en argent, au prix de 13 francs; il en acheta six et il m’avoua franclieinent qu’il venait de prendre de l’industrie française une idée lout”^ différente de celle qu’il en avait eue jusqu'alors. »
On sait combien fut éphémère ce rétablissement de la paix générale qu’avait salué tant d’enthousiasme, fhialre ans jitus lard notre visileur de l’exposition de 1802, Fox, devenait chef du caliinet liritanniquc: les négociations faisaient espérer la conclusion de la paix. C’est sous ces auspices
qu’eut lieu, en 18ûG, la quatrième exposition nationale. Elle comptait 1.422 exposants. Annoncée pour le 25 mai elle n’ouvi'it que le 25 septembre et dura jusqu’au 19 octobre. Le crédit qui lui était consacré ne dépassait pas GO. 000 francs. Elle se tint sur l’esplanade des Invalides où l’on avait élevé cent-ving't-quatre portiques. Au centre de l’esplanade se trouvait une fontaine sur laquelle on avait placé le lion île Saint- Alarc récemment apporté de AAnise. On avail mis en outre à la disposition des exi)Osants onze salles de l'administration des Ponts et Cbaussées dont les bâtimcnls étaient voisins. Le jury décerna GIO réconqjenses: 54 médailles d’or, G7 médailles d’argent de première classe; 80 médailles d’argent de seconde classe correspondant aux médailles de bronze des expositions précédentes; 370 mentions honorables ou citations. C’était la première fois que l’on faisait de la citation, sorte de sous-mention, un ordre de récompense.
Les espoirs de trêve furent aussi illusoires qu’avait été fragile le rétablissement de la paix: la guerre continua son cours ; aussi l’Empire tomba-t-il sans qu’une nouvelle exposition eût été ouverte.
Sous la Restauration, une ordonnance du 15 janvier 1819, décida (pie les expositions périodiques de rindiistrie curaient lieu au moins Ions les (luatre ans. Ce n’était [dus rannualitc rêvée à l’origine; mais à cette époque les expositions des Reaux Ails, annuelles sous la Révolutiou, bisannuelles sous l’Empire, n’avaieirt lieu (pic tous les deux ou trois ans. Une ordonnance du 9 avril 1819, décida qu’à l’occasion des expositions de l’Industrie l’on décernerait des récompenses aux nou-exposants, artistes, savants, ingénieurs, contremaîtres, simples oinalers, qui seraient proposés par un jury de sept
rnanufacluriersfonné dans chaque départementpar le préfet.
La cinquième expositinn eut lieu en 1819. Elle se tint dans les salles et galeries, récemment achevées, du Louvre. Elle ouvrit le 25 août, le jour de la Saint-Louis, fête du roi et dura jusqu’au 30 septemhre. Elle complail 1.062 exposants. Elle fut particulièrement brillante.
« Imaginez, lisait-on dans un journal anglais de l'époque (1), imaginez vingt-huit salles du plus magnifique palais de l’Europe, remplies de tout ce que peuvent perfectionner le goùl et le luxe, de tout ce que le génie i»eut créer, de tout ce que le talent peut exécuter. C'est un véritable triomphe pour la France, triomphe plus glorieux que tous ceux (pfelle a jamais obtenus. Dans ce pays, les arts marchent à pas de géant vers la perfection. Des manufactures encore dans l’enfance il y a cinq ans sont déjà parvenues au plus haut point de développement ; d’autres à peine connues l’année dernière appellent aujourd’hui l’attention. Dans les arts d’agrément, les Français ont toujours occupé le^ premier rang parmi les nations industrieuses, les voilà pour le moins au second dans les produits de choses usuelles. »
On décerna 819 récompenses dont CO médailes d'or environ, 180 médailles d’argent et 140 médailles de bronze. 11 fut accordé en vérin de l'ordonnance du 9 avril 1819, 17 récompenses, 10 médailles d’or, 11 médailles d’argent, 9 médailles de bronze, 12 mentions honoralhes et 5 allocations pécuniaires (2). L’une des médailles d'argent attribuées aux non-exposants fiil accordée à deux industriels de Saint-Quen-
(1) Cité LEB.4S. France. Dictionnaire cncijcloiicdiquc V. Industrie, t. IX, P 573.
(2) Alfred Picard. EjiiosiUon Internationale de ISS9. Rapport general, t. I. p. 4ü.
lin, conslrucleurs de machines à vapeur (1). Le roi à l’occasion (le l'exposilion conféra à Ternaux et à Oberkampf le lilre de baron, à Darcet le cordon de Sainl-Michel, à vingtejnatre savants ou fabricants la croix de la Légion d’honneur (f?).
L’ordonnance du 13 janvier 1819 avait décidé (lu'il y aurait nue exposition en 1821; la sixième exposition n'eut lieu cependant qu'en 1823. Elle se tint comme la précédente dans les salles et les galeries du Louvre. Elle ouvrit le 25 août 1823 et dura 50 jours. 11 n’y eut que 1 .012 ex|)0saats au lieu de 1.662. En revanche au heu de 869 récompenses il y en eut 1.091 ihjiil 75 médailles d'or, 41 rappels de médailles d’or; 152 médailles d’argent, 59 rappels de médailles d’argent; 247 médailles de bronze et 26 rappels de médailles de bronze. Ces rappels étaient comme une nouvelle médaille décernée pour de nouveaux progrès à ceux qui avaient déjà obtenu une récoirqiense de même ordre dans une exposition précédente. Mais il ne fut })as fait d'applicalion de l'ordonnance du 9 avril 1819 et aucune proposition ne fut présentée en faveur des non exposants.
L’octroi de titres nobiliaires à des industriels avait provoqué des critiques (3). En 1823 on s’abstint de toute collation de noblesse. M. Alfred Picard (1), ne mentionne même aucune décoration di'cernée à l'occasion de l’exposition.
La septième ex]Kisitiün eut lieu en 1827. Elle ouvrit le C août 1827 et dura 62 jours. La majeure partie des salles et des galeries du Louvre était absorbée i)ar le musée de
(1) .Mli'fd PIC.A.IÎD. EjiiisitioiL 1 iit( niüUoitiilc de /W9. Udiipurt général, t. I,
(■2) Alfred l>ic.\Ri). E.i positiDii I ntcrnationalc de ISS9. Bapport général, t. I, h2.
(3} I.iiBAS. Frdi/rc, JUcHoiniairc ou'tjclopéiUque . V. Industrie, t. IX, p. 57‘2. (: i) Fxi)oz[\ion I nt cnialionalc de lUiiirorl {jéncral, l. I, p. 48.,
peinture et le musée des antiques. On dut donc placer la plupart des objets dans une galerie étroite et obscure que l’on construisit dans la cour. Malgré ces conditions défavorables le chiffre des exposants se releva: il y eut 1.695 exposants. Il fut décerné 1.254 récompenses, dont -H médailles d’or, 58 rappels de médailles d’or; 151 médailles d’ar gent, 90 rappels de médailles d'argent ; 225 médailles de bronze, 78 rappels de médailles de bronze. On décerna aussi des récompenses en vertu de l’ordonnance du 8 avril 1819 à quatre personnes non exposantes. On distribua douze croix de la Légion d’honneur.
Ce fut la dernière exposition de la Restauration.
La périodicité établie depuis l’ordonnance du 19 janvier 1819 eût dû ramener une exposition en 1831; mais le pays était encore trop ébranlé par la commolion de la révolulion de juillet pour tpi’il fût possible de tenir les grandes assises de l’industrie nationale.
Une ordonnance du 19 févi'ier 1831 ajourna l'exposition et décida que les Cliambi'cs de commerce et les Cliambres consultatives des manufactures seiviient invitées à donner leur avis sur la date d'ouverture de la future exposition et sur le maintien ou le changement de la période quadriennale assignée aux expositions par rordonnance du 13 janvier 1819. Conformément au vœu général, une ordonnance du 4 octobre 1833 décida que les expositions auraient lien tons les cinq ans au ju-in temps. En même temps les expositions des Beaux Arts qui avaient lieu tous les trois ou quatre ans sous la Restauration, qui depuis la révolution de juillet avaient eu lieu en 1831 et 1833 devenaient annuelles. Elles devaient ouvrir le 1" mars et fermer le 1" mai. Les expositions de l'in-
dusirie devaient ouvrir le 1^’' mai, jour de la fêle du roi.
La liuilième e.xposilion de l’induslrie ouvrit le L'" mai 1834. Elle avail pour emplacement la place de la Concorde: on avait élevé sur quatre terre-pleins quatre corps de bàliment où élaient renfermés les machines et instruments aratoires, les objets d’ébénisterie et d’imprimerie, les tissus et les étoffes, enfin les tapis, les papiers peints et les objets d’orfèvrerie. Les dépenses s’élevaient à 500.0(30 francs. Il y eut 2.477 exposants. L'ex]iosilion dura soi.xantc jours. Il y eut 1.785 récompenses : 71 médailles d’or; 248 médailles d’argent et 112 rappels de médailles d’argent; 377 médailles de bronze et 75 rappels de médailles de bronze ; pins de 800 mentions honorables ou citations. L’ordonnance du 4 octobre 1833 permettait d’accorder des récompenses aux auteurs d’invcnlions non susceptibles d’èlre exposées séparément et ([ue le préfet aurait signalées sur l’avis du jury déparleniental. On décerna à des non-exiiosanls, 2 médailles d’or, 1 rappel de médaille d’or, 10 médailles d’argent, 8 médailles de tironze et 3 mentions honorables. Il y eut en outre yingt-huit industriels ou savants décorés de la Légion d’honneur.
La neuvième exposition ouvrit le 1" mai 1839. Elle dura soixante jours. Elle eut lieu au carré dit des fêtes et des jeux des Chanqis-Elysées. Il y eut 3.382 exposants. Nos possessions desAnlillesy prirent part(l ); c’était la première fois que nos colonies s’associaient à ces solennités. On décerna 2.305 récompenses : 102 médailles d’or, 104 rappels de médailles d’or ; 327 médailles d’argunl, 151 rapjiels de médailles d’argent ; 453 médailles de bronze, 118 rappels de
11) r.AviAi.LE DE Lameillère, Apvvçn chroi! oloQ iquc et statistiquc sur les expositions (te l’industrie dans Exposition universelle de 1867. Cataloque (jéttéral prolégoinènes, p. 27.
médailles de bronze ; 1.050 mentions, citations, rappels de mentions. On décerna en outre vingt-sept croix de la Légion d’honneur.
La dixième exposition ouvrit le 1" mai 1844. Comme les précédentes, elle avait pour emplacement le carré des fêtes aux Champs-Elysées. Le jour de l’ouverture, par une rencontre qui s’était déjà produite à la première exposition et qui devait se renouveler bien souvent, rien n’était prêt: a Admettre scruputeusement le public à constater par lui-même que rien n’était prêt pour le jour indiqué, cela s’appelle de l’exactitude (1) » écrivait ironiquement le 4 mai M”” de Girardin dans le Courrier de Paris de la Presse.
Un mois plus tard, le 8 juin, elle traçait un tableau piquant de l’exposition: « c’est un plaisir, disait-elle, qui ressemble singulièrement à un cauchemar ». Et elle énumérait les singularités qui ne manquaient pas: le cheval écorché, le hanneton colossal, la mâchoire mouvante, le Turc pendule qui marquait les heures par le nombre de ses culbutes, sans oublier, IM. et Pipelet, les conciei'ges des Mystères de Paris, en angélique. Elle signalait aussi d’ailleurs, les tapis de Sallandrouze « tableaux de coloristes sur lesquels on se ferait scrupule de marcher », les étoffes algériennes de Nîmes et les cravates anglaises de Lyon (2), Ce n’en fut pas moins une très intéressante exposition. Il y avait 3.960 exposants. L’île de la Réunion, alors Bourbon, avait envoyé deux objets, Pondichéry, la Guadeloupe el l’Algérie en avaient envoyé chacune un. Il y eut, d’après M. Picard, 3.253 récompenses mais le détail qu’il en donne: 128 médailles d’or,
(1) de Girardin. Le Vicomte de Launay. Lettres tmristeiuics, éd. 1857.
(2) ' M"' de Girardin Le ricomtc de Launay. Lettres parisiennes, t. IV. p. CG,
150 rappels de médailles d’ur; 438 médailles d'argenl et 185 rajipels de médailles d'argenl: 7'i médailles de bronze cl 169 rappels de médailles de bi'onze et 1 .781 .mentions, rappels de mentions, citations et rappels de citations (1), donne au total 3.562 récompens('S. II tut décerné en outre trcnie-rpiatre croix de la Légion d’iionnenr.
!. Celle ex{)osilion tnl la dernière de la monai'clne de juillet.
La périodicilé qnimiuennale instituée par l’ordonnance de 1833 appelait une nouvelle exposition en 18'i0. Mais- en 1849 on était bien i)i'ès encore de la. Révolution de février, à un an des jonrnées de juin. ()n eut un instanl la pensée d’ajourner l'exposilion, (.‘omine on l'avait fait en 1831. <»n ne s'arrêta pas à cette velléité craintive (2). L’Assemblée nationale vola un cr('‘(lil de 600.(100 francs. L’exposilion ouvj'il le C juin et dura six mois; elle se tint au gi'and carré des Champs-Elysées: les lifdiments couvraient pins de 22.000 mq.; pour la jircmiin'e fois r.Agriculln re y recevait droit de cite; aussi modilia-l-on le lilre adopté et « l Exposition des Eiaadiiits de rindiisirie française » devint <( l’Exposition des P,ro- •Inits Agrii’oles el Indnsliàels ». L'.Mg'érie et une autre de nos coloiues y liguri'rent pour la [U'cmière fois, d'une manière serieuse. Enlni des audilions d'orgues de différents fadeurs l'urind lien dans 1 église de la MaLleleine. L'Exposition cornjilait J. 322 exposants. Ou distribua 3.738 récompenses; 183 médadles d’or, 150 rappels de médailles d'or; 5'i9 médailles d'argenl, 173 rap])(ds de nualailles d'argenl; 935 rnéiladles de bionze. 182 rapp(.ds de médailles de bronze; 1.566 nienli('ins
(0 AUretl Pic.4kd. Expasilion Internationale de tm. Jlapport general, t. I.
^9) Alfred Picakd. Exposition Internationale de ISS9. Itnpport général, t. i,
Jionorables, rappels de menüons honorables, citations et rappels de cilations. Il fut décerné cinrpiantc et une décorations de la Légion d’honneur.
Cependant (t’autres exposilious avaient lieu el dans le resle de la Fi'auce et dans le monde enlier.
En France la première exposition on dehors de la capitale en était donnée (tes 18û3àGaen; puis c’étaient les expositio'iis de 1806 à Caen et à Anvers alors chef-lien du département des Dftux-N('dlies, de 1811 et 1819 à Caen, de 1825 à Nantes, de 1827 ù Nantes, à Bordeaux et à Lille, de 1828 et 1830/; à Boi'deaux de 183 1 à Caeu, de 1835 à Amiens, à \’alenciennes et à Toulouse, de 1837 à Bijou, de 1838 à Bordeaux et à \’alenciennes, de 1810 à Bijou et à Toulouse, de 1811 à Bordeaux, de 1811 à Bordeaux et à Grenoble, de 1815 à Toulouse, de 1817 à Bordeaux, de 1819 à Gronolde, de 1850 à Toulouse et à Bordeaux. Si i)arfüis ces exposilious, comme celles de Grenoble, en 1811 et 1819, étaient limitées à un département ou mémo comme celle de Lille en 1827 à un arrondissement, iTaulres groupaieni les produits de toute une l'égion: ainsi l’exixjsition de 1817 à Bordeaux rassemblait les exposants de vingt-
sept départements (1).
A rélianger, de nombreuses exiiositions se succédaienl. Chose singulière, c’était eu Angleterre où elles avaient pris naissance le siècle précédent ([u elh's a\aient rencontré le plus de dilTicullés. » Bans le Boyaumt^-Uni, lit-on dans un ouvrage anglais, ces manifeslalions industrielles a\aient pour faire leur chemin à lutter contre l'aiiathie et le préjugé. Eu 1828, vine exposition fut fondée à l^ondres sous le patronage
(1) L4VI4LLE DE L4MEILLÈRE, Aperçu Chronologique et statistique sur les exposuions de Vindusirie dans Exposition universelle de IS67 Catalogue general prolégomènes, p. 25.
de Georges IV; elle prolongea son existence jusqu’à 1833, époque à laquelle elle fut laissée dans l’oubli comme un bazar f[UL n’a pas réussi (I) ». Cependant si l’exposilioa de Dublin en 1820 ne réussit que médiocrement une exposilion manufaclurière qui eut lieu a Covent Garden, en ISIS, obtint un grand succès.
Dans le reste du monde les expositions se multipliaient. Elles avaient débuté par l’exposition de 18Û8, à Trieste. C’étaient en Suède, les expositions de 1823, 1834, 1840, 1847 a Stockholm; en Russie, les expositions de 1829 a Saint- Pétersbourg, de 1831 à Moscou, de 1833 a Saint-Pétersbourg, de 1835 a Moscou, de 1839 a Saint-Pétersbourg, de 1843 a Moscou, de 1845 a Kazan, de 1849 a Saint-Pétersbourg. Les Pays-Ras, agrégalion formée en 1814 de la Hollande et de la Relgique, eurent leurs c-xqxDsitions a Gand en 1820, à Tournay en 1824. a Harlem en 1825, a Bruxelles en 1830. Si la Hollande, après la séparalion des provinces du midi n’eut pas d'expositions, la Relgi(iuc en eut quatre a Rruxelles en 1835, 1841, 1847 (‘t 1848. C’étaient encore en Suisse les expositions de 1839 a Lausanne, de 1843 a Renie et à Saint-Gall, de 1845 a Berne, de 1847 a Zurich, de 1848 a Berne; en Allemagne, les exi)Osilions de 1818 et. 1819 à Munich, de 1824 et 1820 a Dresde, de 1827 a Bei'lin et a Munich, de 1831 a Dresde, de 1834 a Dresde et a Munich, de 1833 à Munich et a Leipzig, de 1837 à Dresde, de 1840 a Dresde et a Nuremberg, de 1842 à Berlin et a Mayence, de 1844 à Leipzig et a Berlin, de 1845 à Leipzig et a Dresde, de 1850 a Iiresde. C’élaient en Autriche- Hongrie, les expositions de 1808 a Trieste, de 1835 à Vienne, de 1838 a Klagenfurlh, de 1839 à Vienne, de <840 et 1842 à
(1) Encuclopedia Britannica, V. Exhiditiüns, t. VIII, p. 8U3.
Trieste, de 18i5 à Vienne. C’étaient en Espagne, les expositions de 1827. i S28, 1831, 1841, 1815 à Madrid, de 1850 à Madrid
et à Barceion; ; en Portugal, les expositions de 1814 et 1819 à Lisbonne; en Italie, les expositions de 1829, 1832, 1838 à Turin de I Vii à Turin, Florence et Lucques, de 1816 et 1848 à Gènes, de 1850 à Turin. C’étaient aux Etats-Unis, les expositions de 1828 à New-York et de 1846à \Vasbington(l). Il y eut aussi dts expositions coloniales à Batavia, en 1824, pour les Indes Néerlandaises; à Tillis, en 1850, pour les provinces transcaucasiennes de la Bussie.
On commençait pourtant à trouver un peu étroit le cadre st.i.ttuent national des expositions. Dès 1831, une partie de l’.Mlemagne avait contracté une union douanière, le Zollverein qui fut renouvelée en 184t. Les expositions de 1812 à Meyence et de 1811 à Berlin, avaient réuni les produits de tous les Etats du Zollverein.
Ce n'était pas assez. On songeait à admettre non plus des espèces de co-nationaux comme les citoyens des divers Etats d’Allemagne mais des étrangers. On se demandait s’il n’y avait pas lieu de transformer les expositions nationales en concours internationaux, occasions de rapprochement entre les peuples et véritables assises de la paix. Dès 1829 la Société royale de Dublin avait tenté de donner un caractère international à l’exposition qu'elle ouvrait dans la capitale de l’Irlande « innovation grande et hardie, dit M. Henri Baudrillart (2), innovation grande et hardie, mais (lui devait avoir peu de succès dans une ville trop peu en vue, trop éloignée et trop difficilement accessible aux produits européens ».
(1) Lavialle de Lameillère, Aperçu chronologique et statistique sur les expositions de l’industrie dans Exposition universelle de IS67. Catalogue général pi olégotnèties, p, 95.
(9) Les Expositions Universelles, Journal officiel du 16 mal 1878, p. 5386
En 1833, M. Boucher de Perthcs, président de la Société d’émulation d’Abbeville, se faisait dans un discours le promoteur de cette idée. » Pourquoi, disait-il, les e.xpositions sont-elles encore restreintes? pourquoi ne sont-elles pas faites sur une échelle vraiment large et libérale? pourquoi craignons-nous d’ouvrir nos salles d'expositions aux manufacturiers que nous api)elons étrangers, aux Belges, aux Anglais, aux Suisses, aux Allemands ? Qu’elle serait belle, qu’elle serait riche une exposition européenne? Quelle mine d’instruction elle offrirait pour tous ? Et croyez-vous que le pays où elle aurait lieu y perdrait quelque chose ? Croyezvous que si la place de la Concorde ouverte au i" mai 183-4 aux produits de l’industrie française l’élait à ceux du monde entier, croyez-vous, dis-je, que la Pra)ice en souffrît et que l'on y faljriquàt ensuite moins ou moins bon? Non, messieurs, la France n’en souffrirait pas plus que la capitale; les expositions sont toujours utiles car partout elles offrent instrucdon et prolit (1). »
En 18ii le jury de l’Exposilion nalionale demanda que l’on ne se bornât ])lus à exposer isolément les produits nationaux, mais que l’on convo(}uàt le monde entier (•2).
Cinq ans plus tard la B,épubli(]ue de 18 i8 songea à réalisej' celle idée de fraternité cosmopolite. L’initiative semble avoirété priseiiar Af. Tourret qui fulMinistre de l’Agriculture et du Commerce du 20 juin au 20 décembre 18i8. AI. Buffet qui lui succéda (29 décembre 1848) après le très court ministère de AI. Bixio (20-29 décembre 1848) reprit la pensée
(1) Bouciiek iiE PERTiiES Cité Alfred Picard. Exposition Internationale de IHHÿ. Uappon ijfnèral. t. I, p, 106.
(2) A. BOISSÜT Les Expositions. Leçons de M. iVolousJii. Moniteur du 7 avril 18Ü7.
de M. Tourret et proposa de rendre internationale l’exposition qui devait avoir lieu en 1849 à Paris.
« J’ai pensé, disait-il dans une circulaire aux Chambres de commerce (l),j’ai pensé qu’il y avait intérêt pour le pays tout entier connaître le degré de progrès et de perfectionnement auquel sont parvenus les produits étrangers avec lesquels les nôtres sont sans cesse en concurrence sur les marchés extérieurs. Dans le rapprochement et la comparaison que chacun pourraitfaire des résultats aujourd’hui obtenus, soiit en France, soit au dehors, il y aurait d’utiles enseignements à retirer et surtout un principe d’émulation qui tournerait au profit du pays. ))
Près d’un demi-siècle plus tard, rappelant ce souvenir au Sénat, le 13 juin 1896, lors de la discussion du projet de loi relatif à l’exposition de 1900, M, Buffet disait: « Ce n’est pas ma faute si cette exposition de 1849 n’a pas été au moins dans une certaine mesure une exposition internationale. Je dis dans une certaine mesure, car le temps manquait pour lui donner complètement ce caractère, mais enfin j’ai fait tout ce qui dépendait de moi pour que les produits étrangers y fussent admis. J’ai adressé alors comme Ministre du Commerce une circulaire à toutes les Chambres do commerce pour leur demander leur avis et leur adhésion.
« Cette circulaire n’a eu, je le reconnais, aucun succès. Presque toutes les Chambres se sont prononcées conire cette admission des produits étrangers.
K Une cependant que je m’abstiens de désigner adhérait au principe de l’admission des produits étrangers, mais à
(1) Citée Henri Bauüuillakt. Les Exposinoiis universelles. Joiu nnl officiel du 16'mal 1878, p. 5286.
la condition qu’on exclurait absolument les produits de l’industrie qu’elle représentait particulièrement.
K Cette circulaire, ajoutait M. Buffet, eut même pour moi un inconvénient : j’étais alors, comme je suis aujourd’hui, protectionniste. Cette idée d’admettre le public français à voir des produits étrangers parut à des protectionnistes trop ardents dissimuler les plus noirs desseins contre l’industrie française et ils me le firent sentir. »
Cependant ce projet ne demeura pas complètement sans effet. A l’issue de l’exposition de 1849, M. Sallandrouze de la Mornaix fit transporter à Londres les tapis qu’il avait exposés aux Champs-Elysées, les produits des Manufactures nationales que lui avait confiés le Ministre du Commerce et les objets que d’autres exposants français lui avaient remis et il forma du tout une véritable exposition française à Londres. Cette tentative eut un grand succès (1).
L’idée d’une grande exposition cosmopolite ne devait pas être perdue; la pensée française devait être réalisée deux ans Itlus lard à Londres. En 1851 en effet la plupart des peuples civilisés acceptaient l’hospitalité que l’Angleterre offrait au monde entier dans le Palais de Cristal construit à Hyde-Park rtor.rla première « exposition universelle » la première exposition internationale de l’Industrie.
(1) Exposition Universelle de lomlres iSot . Mogasiii pittoresque, 1851, p. 139.