CHAPITRE H
l’exposition de 1855.
Bien que l’Exposition de 1855 ne fût que l’épanouissement cosmopolite de notre douzième exposition nationale, bien qu’elle se tînt dans la même ville, sur la même promenade où s’était tenue la onzième, elle se rattache moins à l’exposition française de 1849 à Paris, qu’à l’Exposition universelle de 1851 à Londres.
Dès 1846 la Société pour l’avancement des Arts, des Manufactures et du Commerce, qui avait quatre-vingt-dix ans auparavant ouvert la première exposition nationale à Londres, songea à organiser une exposition qui présenterait un caractère international. Londres, qui renferme dans son sein des colonies de toutes les grandes nations, des industries venues de tous les coins du monde, se trouvait un lieu de choix pour un concours cosmopolite (1). Néanmoins il ne fut pas donné suite à cette idée. Elle fut reprise en 18^19. On vint alors proposer au prince Albert, mari de la reine Victoria, le plan dune exhibition nationale. « Pourquoi pas, s’écria-f-il, une exhibition internationale ? » et il se ht 1 ardent champion de
(1) Alprionse Esquiros. L‘ Angleterre et rie universelle de I86f. Revue des Deux-Mondes du 1
Anglaise, XVI.
juillet 1862, p.
L'Exposition
bO.
l’idée transformée (1). Le 30 juillet 1849 il réunissait au palais de Buckingham les principaux membres de la Société pour ravancement des arts des manufactures et du commerce et arrêtait de concert avec eux les grandes lignes du plan d’ensemble. Dès le mois de septembre la France envoyait son adhésion. Le Gouvernement Français désignait bientôt pour son commissaire, M. Sallandrouze de la Mornaix. Mais l’opinion anglaise avait besoin d’être entraînée. On la conquit par une série de conférences et de meetings. Dans l'un d’eux tenu le 21 février 1850 à la salle Willis (2), lord Morpeth depuis lord Garlisle cita assez heureusement quelques vers de Pope, son poète favori, où l’auteur de la Foret de Windsor semblait pi’ophétiser le concours cosmopolite.
K Oui, le genre humain doit voguer sur la Tamise,
Libre comme la mer, libre comme la brise,
Chaque Ilot apporter toute une nation,
La mer faire union, non séparation,
Notre gloire éblouir et l’iin et l’autre monde
Et pour chercher rancien le nouveau franchir l’onde (3)».
Un mois plus tard, le 21 mars, dans un banquet offert à Mansion House aux hauts fonctionnaires, aux ambassadeurs étrangers, aux commissaires de l’Exposition, au.x maires de deux cents villes le prince Albert exposa l’idée directrice de rExposition. Après avoir indiqué que le but auquel tendait toute l'histoire, c’était la réalisation de l’unité de l’humanité, « non une unité qui renverse les barrières et eflace la caractéristique particulière des différentes nations
(1) Alphonse Esquiros. L'Angleterre et la Vie Anglaise, XVI. L'Exposition universelle de Itevue des Deux-Mondes du er juillet 1862 p 57
(2) Théodore Martin. Ltle of tlie Prince Consort, t II, p /iS ’
(3) Pope. Windsor Forest. v. 396. Works, ed. Dicks, p. 20.
de la terre, mais plutôt une unité qui soit le résultat et le produit de ces variétés nationales et de ces qualités antagonistes », il peignait les distances évanouies, la connaissance des différentes langues répandue, le principe de la division du travail devenu d’une application universelle, enfin les produits de toutes les nations du monde mis à notre disposition. « Ainsi, disait-il, l’homme approche d’un plus complet accomplissement de la grande et sainte mission qu’il doit remplir dans le monde. Sa raison étant créée à l’image de Dieu, il doit l’employer à découvrir les lois par lesquelles le Tout-Puissant gouverne la création et, en faisant de ces lois le modèle de son action, conquérir la nature à son usage, étant lui-même un instrument divin ».
« Messieurs, ajoutait-il, l’E-xposition de 18.51 doit nous donner un vrai témoignage et une vivante peinture du degré auquel l’humanité est parvenue dans l’accomplissement de cette grande tâche et une nouvelle borne d’où les nations pourront faire partir leurs efforts à venir.
« J’espère fermement que la première impression que la vue de cette vaste collection pourra produire sur le spectateur sera celle d’une profonde reconnaissance envers le Tout- Puissant pour les bénédictions qu’il nous a accordées dès ici-bas et la seconde, la conviction que nous pouvons les faire fructifier, dans la mesure de l’aide que nous sommes prêts à nous donner mutuellement, et par suite uniquement par la paix, l’amour, une assistance constante, non seulement entre les individus, mais entre les natio-ns de la terre (1). »
Néanmoins le projet rencontrait de nombreux adversaires.
(1) Théodore Martin. Life of the Prince Consort, t. II, p, 41.
A la première séance de la session, dans le débat sur l’adresse à la Chambre des Communes le colonel Sibthorp invoquait la grêle et le tonnerre et leur demandait de descendre du ciel pour venir empêcher la réalisation d’un si fâcheux dessein. Tous les mauvais sujets de l’Europe, disait-on, devaient se donner rendez-vous à l’Exposition. Le Roi de Prusse interdisait, au prince et à la princesse royale — les futurs empereur et impératrice d’Allemagne — de se rendre à Londres et ne le.vait la défense que sur rintention manifestée par le prince de la braver. Enfin le corps diplomatique refusait de présenter à la reine une adresse de félicitations (1).
« En ce moinent même, écrivait du palais de Buckingham le 15 avril 1851 le prince Albert à sa mère, la duchesse douairière de Cobourg, en ce moment même je suis plus mort que vif de surmenage. Les adversaires de l’Exposition travaillent largement, fortement à jeter ia panique parmi toutes les vieilles femmCiS et à me rendre fou moi-même. Les étrangers, annoncent-ils, commenceront ici une révolution radicale, tueront Victoria et moi-même et proclameront la république rouge. La peste doit certainement résulter de l’affluence de si grandes multitudes et dévorer ceux que l’accroissement du prix de toutes choses n’aura pas chassés. Je suis responsable de tout cela et il faut que j’y pourvoie efficacement (2). »
Néanmoins les préparatifs s’étaient poursuivis et un fonds de garantie de 200.000 livres sterling (5.000.000 francs) souscrit par les promoteurs de l’entreprise, avait assuré les ressources
(0 Théodore Martin. Ufc of tlie Prince Consort. t II n 6o
(■r iil. ibid.
nécessaires. Le concours de, l’Etat s’était borné k prêter une partie de Hyde Park pour l’érection du palais (1).
Dans toute tentative nouvelle il y a forcément des tâtonnements. On avait d’abord résolu de construire comme patais de l’Exposition un édiüce de brique surmonte dun dôme de soixante mètres de haut. De nombreux projets furent présentés et celui d’un Français, M. lloreau, fut distingue. Mais ce lourd monument semblait devoir déparer le joli jaidin de Hyde Park et les abords de la rivière Serpentine. Enlin en 1850, moins d’un an avant l’époque fixée pour l’ouverture de l’Exposition, un nouveau concurrent entra en lice.
Architecte paysagiste et jardinier en chef (tu duc de Devonshire, M. Joseph Paxton avait construit dans les jardins du duc, à Chattsworth, une serre gigantesque où devait pouvoir s’épanouir à l’aise le nénuphar colossal récemment découvert à la Guyane anglaise et baptisé Victoria Regia. Cette serre couvrait deux hectares et la reine Victoria put la visiter avec toute sa suite en calèche à six chevaux. M. Paxton proposa pour bâtiment de rExposition une amplification de cette serre. L’édifice ne devait avoir de murs que jusqu’à la hauteur du premier étage et à partir de la devait être tout fer et tout verre. C’était le Palais de Cristal. Appuyé par Stephenson, soutenu par le prince Albert, M. Paxton réussit a faire adopter son projet; aidé de Owen Jones et Digny M yatt, secondé par les entrepreneurs Fox et Ilendcrson, il réussit a l’exécuter dans les délais (2). Une substitution analogue du fer à la pierre devait se produire peu d’années après dans la construction des Halles Centrales de Paris : le pavillon de
fil Théodore MARTIN Life of the Prince Cousort t. II, p. -i*** ,
(2) ^^E^posilioti universeUe de Londres fSôl. Magasin nittoresque, lü-il.
pierre élevé par Baltard en 1853, qui présentait l'aspect d’une casemate — les Parisiens rappelèrent le Fort de la Halle — dut être: démoli et remplacé par rédifice où dominent la fonte et le fer que nous voyons aujourd’hui (1).
Le Palais do Cristal avait 1.851 pieds anglais, nombre correspondant au millésime de l’exposition, soit 56i mètres de longueur sur 'jOS pieds ou 124 m. 35 cent, de largeur (2). L'espace couvert s’élevait à 73.150 mq., la surface des planchers du rez-de-chaussée et du premier étage à 05.000 mq. (3). Le Palais était, comme le disaient les auteurs mêmes de l’édifice, « un réseau de colonnettes de fonte maintenues jiar des poutres et des entretoises avec couverture en verre ». Les galeries dont la largeur ne dépassait pas 22 m. étaient voûtées au moyen de fermes circulaires en bois armées de tiges de fer. On n avait employé (jue des pièces de faibles dimensions. « Les jdus lourdes, dit M. de Lapparent (4), à qui nous empruntons ces détails, les plus lourdes étaient des poutres é\ idées en lonte de 8 mètres de longueur dont aucune ne dépassait le poids d une tonne. » Cette construction enthousiasma les contemporains. Sous ces voûtes de verre, giàce aux \elums, aux ventilateurs et aux fontaines jaillissantes on jouissait d’une fraîcheur délicieuse. « On pourrait se cioiie, disait un visiteur (5), sous les ondes de quelques fleuves labuleu.x, dans te palais de cristal d’une fée ou d’une naïade.» Les habitués de Ilyde Park qui avaient protesté contre 1 élection du monument avaient réclamé le maintien des
U) De Lai'1>are.\t. Le Siècle du fer, p 59 2) Annuaire des Deux-Mondes. 1851-1852, p. 415.
(3)^.4lfi'ed PicARi». Exposition, internationale de is/i9. Itapport général, t. I
(4) Le Siècle du fer. p. 59.
âîffô juiul'ri'^i'!"p.'m‘'" " de Londres. Bcvue
arbres — des ormes géants — qui se trouvaient sur l’espace concédé pour le palais. Ce fut pour conserver ces vénérable.s végétaux qu’on éleva le bâtiment à une hauteur considérable; il leur dut ses dimensions colossales << et presque sans qu'on y eût songé il se trouva que ces ormes donnaient à l’ensemble une merveilleuse beauté (1). »
L’effet du bâtiment était saisissant. Un poète exprimait bien raspect fantastique de ce vaisseau de verre quand il disait:
Seraitrce donc un coup' de magique science ?
De cristal transparent un arceau sans pareil Du gazon verdoyant comme un jet d’eau s’élance,
A la rencontre du soleil (2).
L’intérieur n’était pas moins frappant que l’extérieur. On pouvait pour la première fois saisir sur le vif la diversité des produits des différents peuples. Ainsi en face l'une de l’autre figuraient les expositions de la Russie et des Etats-Unis d’Amérique, qui présentaient un contraste absolu. Tandis que l’Empire des Tsars avait envoyé- des meubles en malachite, des mosaïques, des étoffes précieuses, des tissus d’or, la République de Washington n’offrait que des balles de coton, des épis de maïs, des morceaux de porc salé (3), et enfin un paletot qui pouvait se transformer en canot (4).
Mais à côté des curiosités ou des merveilles qui sollicitaient l’attention de la foule, un objet bien simple, presque un jouet d’enfant, eut un grand succès. C’était ie plan en relief du chà-
(1) Alexis de Valon. Le Tour du Monde à l'Exposition de Londres. Revue des Deux-Mondes, du 15 juillet 1851, p. 202.
(J Thackeray. ji/d!/ duy ode. cité Théodore Martin, Ll/e of the Prince Consort, t- II, p. *50, n. 2,
(3) Léonce de Lavergne L'Agriculture, les produits et les maclUnes ngrirolcs à l'Expo ition Itivue des Deux-Mondes du 1" octobre 1855, p. 82.
(4) Alexis de Vai.ox. Le Tour du Monde à l'Exposition de Londres. Revue des Deux-Mondes du 15 juillet 1851, p. 218.
leaii (le Rosevau où était né le prince Albert, l’âme (ie «ùtc s'rande entreprise. Parmi les gazons en semis (3’épinards et les ailb'es en sciure de bois, on voyait une centaine de petits mannequins en bois représentant les paysans qui, sous l’impulsion d’une mécanique, se livraient à une danse villageoise (1).
D’une façon générale, les deux traits qui frappaient les contemporains c’étaient le triomphe de la machine^ dans l’industrie el la supériorité du goût français (2).
Vingtrcinq puissances participèrent à cette exposition. Il y eut 17.CKX) exposants. L’Angleterre en comptait 9.730; la France, qui venait immédiatement après l’Angleterre, en comptait 1.760 dont plus de la moitié de Paris et 68 d’Algérie; le Zollverein allemand, 1.360; l’Autriche, 750; la Belgique, 570; les Etats-Unis, 560. L'Etat qui avait le plus petit nombre d’exposants était la Perse ; elle n’en comptait que 9. Les dispositions prises pai' la France étaient toutes de faveur pour les exposants. Les marchandises étaient expédiées à Londres et ramenées soit à Paris, soit à Dunkerque au choix des expo sants aux frais du Trésor. Mais, sauf pour les industriels qui avaient obtenu soit la décoration, soit une médaille d’or, soit une médaille d’argent à une précédente exposition, les produits devaient être admis et par le jury départemental et par le jury central.
Sur la demande de la Ph-ance, le gouvernement anglais avait en avril 1851 fait voter par le parlement un bill protêt géant la propriété industrielle des objets exposés.
Les produits étaient répartis en six sections : 1 produits
(1) Alexis de Valon. Le Tour du Monde à l'Exposition de Londres. Itevue des Deux-Mondes du 15 juillet 1851, p. 215.
(2) Aüdiganne. Caractères généraux de l'Exposition. Moniteur du 7 juin 1S67
bruts; 2 machines; 3 produits manufacturiers; 4 ouvrages en métaux, verrerie et céramique; 5 ouvrages divers; 6 beaux arts. Bien quei cette dénomination dei beaux arts parût comprendre tous les arts du dessin, on n’avait admis que la sculpture et rarchitecture : l’on avait exclu la peinture. Pour justifier cette exclusion, la commission royale allégua que l’architecture et la sculpture avaient des relations constantes avec l’industrie tandis que « la peinture transmet sur la toile un ordre d’études, de sujets, de passions qui sont étrangers à l’industrie ». A supposer l’observation exacte, et elle était contestable, une pareille exclusion partait d’une conception bien étroite. Ainsi tes beaux arts n’étaient admis que comme les serviteurs de l’industrie. D’ailleurs le rapprochement des arts et des manufactures froissait les artistes et M. de Laborde, qui était chargé d'organiser l’Exposition française des Beaux Arts, eut grand’peine àdéterminer quelques sculpteurs à envoyer leurs oeuvres (1). Plus avisée la Belgique, enhardie par l’exemple de l’Angleterre et jalouse de compléter l’Exposition de Londres, ouvrit en août à Bruxelles une exposition infernationale des Beaux Arts où la peinture avait sa place.
La division en sections était d’ailleurs sans grand effet ; car les produits étaient classés par nation et ce n’était que dans chaque nation que la division pouvait exercer son influence.
Le prix d’entrée avait d’abord été fixé à 2 shellings 6 pence (3 fr. 12), le lundi, mardi, mercredi le jeudi, à 5 shellings (6 fr. 25), le vendredi et le samedi. L’Exposition était fermée le dimanche. Le 24 mai il y eut 34.812 entrées a 3 Ir. 12. Le
(1) .'Ufred Picard. Exposition International/" de ISS9. Eapport ijcnêral. t I. D U3.‘
26 mai le prix d’entrée fut abaissé de 2 shellings 6 pence à I shelling (1 fr. 25) et de 5 shellings à 2 schellings 6 pence le vendredi. « Aujourd’huii, écrit M-acaulay à cette date dans son journal, l’Exposition ouvre à un shelling. 11 est, ce semble, dans la destinée de cette extraordinaire exhibition de confondre tous lesi pronostics favorables O'U défavorables. 11 est venu moins de monde lei jour à 1 shelling que le jour à 5 shellings (1). » Mais le chiffre des entrées se releva bien vite ; vers le début de juin, l’affluence se précipita. (2) ; le 29 mai à. 1 fr. 25 il y avait 52.518 entrées, le 25 juillet à 1 fr. 25 il y eut 7i.I22 entrées. Il y eut un jour d’entrée gratuite.
Au début de la dernière semaine de l’Exposition le chiffre des entrées se releva encore : le lundi 6 octobre, il y eut 107.815 entrées; le mardi 7, 109,915, ce fut le maximum, le mercredi 8, 109.7®); le chiffre s’abaissa les trois derniers jours à 90.813, le jeudi 9; 46.913, le vendredi 10; 53.151, le samedi 11 (3).
On calcula que le 7 octobre sous le coup de 2 heures, il y avait plus de 93.000 personnes sous le toit du Palais de Cristal (4).
L’Exposition resta ouverte 141 jours.
On n’est pas d’accord sur le nombre total des entrées ou, suivant l’expression consacrée, des visiteurs, expression un peu équivoque, car en général la. même personne se rend plusieurs fois à l’Exposition et par suite plusieurs entrées correspondant à un même visiteur. L'Encyclopédie
(1) Trevei.yan Life aixi Letters of lord Macnulay. popular édition, p. 551.
(■2) Alexis de Valon Le Tour du Monde à l'Exposition de Londres. lievue des Deux-Mondrs du 15 juillet. 1851, p. 200.
(a) Enyllsli Cyclopcdia. Sciences and .irts. V. Exhiditions inter.national, t. III, p. 1011.
(4) Annuaire des Deux-Mondes, 1851-1S52, p. 415.
anglaise en compte 6.063.986 (1). L'Encyclopédie Britannique 6.039.195 (2). C’est ce dernier chiffre que donnent M. S. de Lapeyrousse (3) et un autre statisticien (4). On n’est pas plus d’accord sur la moyenne que sur l’ensemble. Tandis que certains |5) rabaissent à 36.622 visiteurs par jour, et que d’autres (6) le relèvent à 42.831, l'Encyclopédie anglaise le fi.xe à 42.111 (7). On calcula que ces si.x millions d’entrées ne représentaient guère plus de deux millions de visiteurs : un million de Londres, un million de la province ; quant aux étrangers, en outre des 15.000 qui se rendaient ordinairement en .\ngleterre, l’Exposition ne semblait pas en avoir amené plus de 40.(X)0 (8). Et cependant, en France notamment, on avait multiplié les facilités. 11 n’en coûtait pas plus de cinquante francs pour se rendre à l’Exposition de Londres et le Pays, le journal de Lamartine, donnait même ce voyage en prime gratuite à ses abonnés d’un an (9).
L’Exposition ouvrit le 1" mai. La reine l’inaugura sotennetlement: après un discours du prince Albert, une réponse de la reine et une prière de l'archevêque de Ganlorbéiy, la k procession royale » où figuraient Wellington, le prince et la princesse de Prusse parcourut les salles. Macaulay écrit le 1" mai dans son journal : » Une belle journée pour l’ouverture de l’Exposition. Un peu nuageuse- dans la matinée, mais d’une façon générale ensoleillée et charmante. Je fus frappé du nombre
; (1) English Cyclopcdla, Sciences and Arts. v. Exhibitions international, t. III, P. lüii.
, (2) Britlsh Encyclopcdla. V. Exhibitions, t. VIII, p. 808.
' (3) f.es Grandes ErposUlons internationales. Economiste français du 13 mars 1873, p. 336.
(4) .Journal officiel du 24 .juillet 1875, p. 5197.
i 3 ) Visites d iExposition universelle de IS55, publiées sous la direction do Trescar, p. 56
(6) .Journal officiel du 24 juillet 1876, p. 5197.
0) Englisti Cyelopedia, Sciences and Arts V Exhibitions international, t. III, p. 1011,
(8) lU. ibid.
3.)i Alexis de Valon, I.e Tour du Monde à l'ExposUion de Londres. Itevue des Deux-Mondes du 15 juillet 1851, p. 194.
des étrangers dans les rues. Tous néanmoins étaient, gens décents et respectables. Je ne vis aucun des hommes d’action dont les socialistes nous menaçaient. Il y avait des foules immenses des deux côtés de l’eau. Je serais porté à croire qu’il y avait trois cent mille personnes à la fois dans Hyde Park. Le spectacle parmi les arcades de verdure était délicieux. Les bateaux et les petites frégates sillonnant le lac, les drapeaux, la musique, les fusils, tout respirait l’allégresse et l’esprit de la multitude était le meilleur possible. Je rencontrai Greville du Punch et me promenai avec lui pendant une heure. Comme moi, il pensait que le spectacle extérieur valait mieux que les pompes des bâtiments. Il me montra une lettre de Mme de Lieven insensée avec une affectation d’habileté et de profondeur. Elle appelle .i’<?\:position une hardie, une rude expérience. Elle craint une horrible catastrophe. « Vous pouvez la traverser sains et\saufs, et si vous le faites, « vous vous donnerez plus d’airs que jamais. » Et voilà la femme que dans quelques cercles on tient pour un oracle politique! Il y a juste autant de risque d’une révolution en Angleterre que de la chute de la lune.
« J’entrai dans les bâtiments: un très somptueux tableau, vaste, gracieux, dépassant les. rêves des contes arabes. Je ne puis penser que les Césars aient jamais étalé un plus splendide spectacle. Je fus complètement ébloui et j’éprouvai la même sensation que j’avais ressentie en entrant à Saint-Pierre de Rome. Je me promenai et jouai du coude pour me faire un chemin à travers. la foule qui remplissait le vaisseau de l’édifice, admirant l’effet général, mais m’attachant peu aux détails (1). »
(1) Tp.evelvan. Li,e iiiiil l.cmm of tord MacauhJy, p. roo.
La. reine écrivait le soir dans son journal: « Le grand événement a eu lieu, un beau et complet triomphe, un glorieux et touchant spectacle dont je serai toujours hère pour mon bienaimé Albert et pour mon pays. Oui, c’est un jour qui gonfle mon cœur d’orgueil, de gloire et de reconnaissance (1). »
Les craintes auxquelles fait allusion Macaulay avaient déterminé la fuite de quelques timorés redoutant une invasion des « barbares » (2). Le Gouvernement, chose rare en Angleterre, avait cru devoir prendre quelques précautions militaires et appeler de Windsor à la Tour de Loudres plusieurs compagnies de grenadiers. On avait aussi empêché les chemins de fer d’abaisser leurs prix durant le premier mois, tant on redoutait l’encombrement. Ce fut le contraire qui se produisit; au début, la ville dont l’Exposition détournait une partie de l’animation était plus morne (lu’a 1 ordinaire (3). Mais bientôt la foule accourut. Le 9 juillet la Cité offrit> a GuidhaJl un grand bal pour célébrer le succès de l’Exposition : plus d’un million de personnes passèrent la nuit dans la rue, et il y avait plus de monde pour acclamer la reine à son retour à une heure du matin qu’il n’y en avait eu a neuf heures du soir à l’aller (4).
Il y eut aussi une fête à l’étranger.
Les Français reconnaissants de l’accueil qui leur avait été fait à Londres voulurent recevoir è Paris les commissaires de l’Exposition. Les commissaires restèrent trois jours les 2, o et 4 août. Il y eut réception à l’Hôtel de Vdle, fêtes à \ ersailles et à Saint-Cloud. Lord Granville, vice-président du Comité de
l’Exposition, porta la parole en français, au banquet de riIôLel de Ville. « Pendant longtemps, dit-il en terminant, les hommes distingués des deux nations avaient su apprécier réciproquement le mérite de leurs voisins d’outre-mer, mais pour le peuple anglais, depuis des siècles, il n’avait pu connaître des Français que leur bravoure et leurs succès militaires. Au bout de trente-six ans de paix, l’Exposilion a donné à mes compatriotes l’occasion de voir de près les qualités intellectuelles et morales qui rendent les Français si distingués dans les arts de la paix. Un pas énorme et sans exemple s'est fait cette année pour la destruction d’antipathies et de préjugés nationaux. » Le toast de lord Granville eut un grand succès, k fl eût été Démosthène lui-même, parlant avec le plus pur accent français, qu’il n’aurait pu soulever un enlhousiasmei aussi fervent (1). »
Quelques jours plus tard, un Français, Frédéric Ozanam visitait le Palais de Cristal. Il admirait lui aussi <( cette merveilleuse exposition qu’on ne peut assez louer si l’on y considère la victoire de l’homme sur la nature et l’accomplissement le plus magnifique de la. loi qui nous condamne au travail. Car c’est du travail et de la sueur humaine qu’ont jailli ces piliers de fonte, ces voûtes de fer et tous les trésors (pfelles renfei'ment. » <( L’Angleterre, ajoutait-il, offre une brillante hospitalité à toutes les industries de la terre sans s’oublier néanmoins et sans négliger de s’y faire la meilleure part. Ellei étonne, elle subjugue les meilleurs esprits par le spectacle de sa puissance matérielle, par la hardiesse de ses machines, par le bon marché de ses tissus (2). »
(1) Théodore Martin, Life of the Prince Consort. t. II, p. 65.
(2) Frédéidc Ozanam, à M. Dulresnes, Dieppe, 28 août 1851. Correspondance, t. II, p. 343.
Mais il mêlait quelques réserves à son admirafion : il était aflligé du spectacle do la. misère,» de la misère (pii dans ce pays arislocratii.pie souille et couiprimiet » au point ([ue (( on ne recevrait pas la monnaie d’un cocher s'il ne la plaçait dans du papier (3) ». 11 faisait à jiropos de Londres une observation que (piaranle-ciu(| ans plus lard M. Pasclial Cirousset devait répéter à jiropos de Paris : (( L'exliilution, disail-il, est un \'ain siieelacle dunné aux désœuvrés du siècle, si l’on ne voit pas ailleurs les grands moyens (jui ont pei'inis à l’Angleterre de r('■nllir ainsi sons sa tente les ti'ésurs des deux mondes. Le n'est pas dans cet édilice éphémère qu’il faut chercher le secret de la g'randour anglaise. Pendant qu’au-dessus des pouls se déploie la ville de luxe, la grande capitales où se pressent les étrangers ravis, c’est au-dessous, des iionts, en descemlaiit la Tamise ipie s’étend la seconde ville (le Londres qui fait la vie de la première. Lelle-là n’a de monuments que les vaisseaux dont les nu'its plus pressés et plus sveltes ipie toutes les colonnades vont porter sous toutes les latitudes le drapeau liritaimiiiue. Lelle-là a le Tunnel où l’on marche sous un lleuve immense sans même entendre le bruit de ses eaux. Lelle-là a les docks, ces bassins où s’abritent vingt-cinq mille bâtiments. Tout autour s’élèvent des magasins innomlirables : nous y avons cheminé durant des heures, dans des rues entières coniposées de boîtes à thé, de lialles à sucre ou de laines (d’Australie. Au-dessous, la lampe à la main, nous avons parcouru ces caves gigantesques où viennent s’ensevelir toutes les vendanges de l’Espagne et du Portugal. Le sont de véri-
(3) Frédéric Ozanam à AI. Charles Ozaiiam, Dieppe, 5 septembre 1831. Correspondance, t. II, p. 356.
labiés calaconil)es, mais les catacombes dC' Mammoiii, bordées noa de sépultures, mais de toiiueaiix ipii valent de l'or. \’oiià rexiiusitioii véritable et une matinée passée dans ces tienx sombres et 0})utents m’a peut-être plus frappé, plus instruit (pic les élégantes galeries du Palais de (Iristat (1). »
(te fut vers la, lin de l'exposition, le 2b septembre, pue fut écliangée la prcimière (Communication télégrapln(iue entre la France et rAngieter're [lar le lit tendu de (ilalais à Douvres.
Macaulay écrivait à cette époque dans son journal :
<( A mesure (pic l'Exposition aiqu'ocbe de son terme., la foule devient, de plus (.m jiliis nombreuse. Hier j’y ai (uivoyé mes seie iteurs jKiiir ti dernière fois. Je n’irai pins ' hélas! hélas ! ce fut un glorieux spectacle et il est associé dans mon espi'it avec ce ipie j'aime le plus. Je suis aise que le bâtiment doive disparaître. Je n'ai aucun désir de voir le cadavre (piand la, vie, est partie (2). »
L'Exposition ferma, le 13 oclolire. A quatre lieures et demie eut beu l'exécution solenmdle sur tous les orgues de riiyiniie national accomjiagné iiar des cliœurs. Une lienre plus taial les cloches et les gongs aiinbiupiienl la fermeture.
Le 15 octobre le, prince All)e,jl vint au Palais de Cristal présider iiiio séance pid)li([uie de l.i commission royale où le vicomte Canning, j)rési(,tent du jury, lut le rapport général, sur les récompenses; une prière de l’évèque de fmndres termina la céiabiimiie, dernière manifestation de l’exposition universel le.
Il ne devait d'abord y avoir que de simples médailles commémoratives : mais devaid, les réclamations des exposants-,
(1) Frédéric Oz'VN,4m à M. Charles Ozanam, Dieppe, 5 septembre 1851. CorresjiotiiUmce, t. II. P 3.55.
(‘2) ÏRF.\'EL5AN. lAfc üiiil Lcttcrs oj lord Macaulay, p. 551, n. 1.
on décida qu’il y aurait trois ordres de récompenses : les mi'tlailles du conseil, les médailles de prix et les moulions honoraldes. Les récompenses élaient déceiaiées par un jury, composé moilié de jurés anglais, nioilié de jurés étrangers. Il y eut 5.187 récompenses; l'Angleterre en olAint 3.i21: 70 médailles du conseil, 1.205 médailles de' pi'ix et 2.089 menlions. La France en oblint 1.051 : 57 médailles du conseil, le tiers des dislinclions de cet ordre, 022 médailles de prix, 372 men lions.
Le bàlimeni, quoi qu’en pensât Macaulay, ne devait pas di.sliaraîlrc tlélinilivemenl. Le cadavre tlevait ressnsciler. Ij’éditice ne devait lomber que pour se relever. L'Fxposiliuii avait réussi au delà de loule espérance. Les entrées avaient produit 10.008.009 fi'ancs (1). Les recolles s'élevaient eiisendjle il 12.700.000 fi'ancs (2) devant laisser des bénéllces iiuillendus qu'on n'évaluait pas à moins de 150.000 ou 20O.000 livres sterling (3.75i).ooo iraiics ou 5.000.000 de francs) i3) et qui se Irouvèreut de 5.300.000 francs (4). Le prince .Vlbeidt, ainsi qu'il l’écrivail d'Osborne le 18 août 1855 au baron Stockmar (5), \oulait consacrer une parlie de rexcédent ([u'avait laissé l’exposilion à rinstitution d’une sorte dei coiiscrvatoirc des Arts et .Métiers iiui faisait défaut à l'Auglelerre. L’idée fut réalisée.
Les commissaires prélevèrent 150.000 livres sterling sur les bénéllces, et obtinrent pareille somme du Parlement pour ériger un musée de science pratique. On acheta le domaine
(1) s, de Lapeyrot’se, Les Gramles Exijositions iritcniauonales, Economiste français du 13 mars 1S76, p. 336.
(2) Alfred l’iC-ARD. Exposition Internationale de ISS9. Kapport ijénérul, t. I,
(3) Théodore Martin. Life of the Prince Consort. t. II, p. 95.
(i) Alfred IUcard. Exposition Internationale de tSS9. Kapport oénéral. t. I,
(5) Théodore Martin, T.ife of the Prince Consort, t. II, p. 60.
(le Kensingloii-Gorc au sud de Londres. L’ou créa le musée de South Kensingion et l’on céda une grande partie du parc à la, Société d'horticulture i)Our y établir des jardins. De jilus le Palais de Cristal tut réédilié, agrandi sur une colline peu éle\'ée dans le parc de Sydenham au milieu d'uu jardin de ([ualre-viugts hectares aux portes de Loiiidres. Ou y a,vait ajouté deux tours en hihiues coulenanl au sommet des réservoirs d’eau et deux ailes doid. rune l'enfei-mait un appartement pour la famille royale et l’autre la gare de la ligne de Brigidon (jui dessert ce palais, léédilicc k (|ui, dit Elisée Beclus (1), devait être à la fois un musée et un palais des tètes renferme, il est vrai, (te Ijeiles reproductions architecturales, mais pj'end de [(lus en [dus le caractère d’un lieu de fêtes et de concert ». Ou a\ail rêvé de transporter à cùté de ce [)alais la Nalional Gallery, le Brdish Muséum, le .lardiii Botani(:[ue (2) ; ou dut renoncer à ces [U'ojets.
Eu revanche on inaugura le 1" juillet 1872 dans llyde Park sur remplacement même du palais de l’Exposilioii le monument (lu [utiice yklhej't. Le monument présente sni' une [date-forme à la([uelle. on accède [)ar des degrés de granit 100 statues d’artistes de tous les temps au milieu des- ([uelles se dresse l’image colossale du [uance. C’est en même l.einps ([Li’un [deux homma,gc à l’époux de la reine, la comnudnoraliou — ' à laquelle on avait dès IS-I.S songé à donner cette forme (3) — la commémoration d’uue entrepi'ise aussi heureuse que hardie. Bunsen, l’arnhassadeur de Prusse à Londres, la caractérisait avec justesse au lendemain de l’ou-
(1) Nouvelle Géor/rapliie universelle, t. IV, p. .'iîS,
(2) Engllsl) C'y elopedia. Sciences and Arts. V. Exhibitions international, t. m, p. 1012.
(3) Théndore Martin. Life of thc Prince Consort, t. ir. p. 68.
veiiure du Palais de Cristal dans mie leKre à Max Muller.
« L’Ex})osition, écrivait-il le 15 mai 1851 au célèlire orieidalisle, l'Expoisition est et restera le ptus poétique événeinciil de noire temps et un événement qui méiite une [dace dans riiisioire du inonde. Les Anglais ont fait de ta poésie sans s’en douter comme M. .loui'dain se trouva avoir fait de la prose (1). »
A l’Exposition de fmndres succédèrent en 1853 deux autres expositions.
La première fut l'Exposilion de Dublin. La Société Royale qui avait, dès 1829, essayé une exposition internationale, put grâce à la générosité d'un riche enirepreneiir de chemins (te fer, M. Dargan ouvrir son exposition à l'art et à rinduslrie étrangère. léExposition comprenait à la fois rindnstrie et les Beaux-Arts, la peinture comme la sculpture. Les édifices occupaient une superticie de 24.719 iiKp Plusieurs nations étrangères y participèrent. Il y eut plus de trois mille exposants, 1.791 pour l’Industrie, 1.3'8b pour les Reanx-Arts. Ouverte le 12 mai, elte ferma le 29 octobre. Le résultat fmancier fut loin d’être heureux et M. Dargan qui avait pris à sa charge le risque d’insuffisance de recettes eut à sulhr uni' lourde perle (2).
La seconde fut l’exposition de New-York. Elle se tint au Réservoir Square, près du inagnifKpie l'éscrvoir qui terniine faiiuediic de Crolon. Cet aqueduc qui fournit d'eau New- York et qui n’a pas moins de soixanle-donze kilomètres de long était un des moniimcnls dont les New-Yorkais de cette époque
(1) Théodore ilARTiN. Life oi the Prince Consort t. il, )). 68, ii. 2.
(2) English Cycloiicdia. Sciences and Ails. y. ExiimrriONS international, t. III. P. 1013.
SC montraiciiL le plus fiers (1). Le l)àtiinent de rExposilion présentait la forme d'une croix grecfiue de 400 pieds en tous sens avec des Imas de 150’ pieds de large. Au (;entre s’élevait une rotonde de 123 pieds de diamètre. O'i'dre tours octogonales se dressaient aux exirémilés des bras de la croix. 8ur uir côté entre les l»ras de la croix on avait établi une galerie supplémentaire. t.e bi'dimeidi pi'iiicipal couvrait 13.000 mq., les annexes 3.000. 11 y eut 'i.85'i exposants dont une moitié des Etats-Unis cl. les aut.rcs de vingblrois rrations dilTérentes. La pai'tic la plus remar'iiuable, était une collection de machines falrriqrrées .aux Etats-Unis. L'oirvcrturei anuoncéo pour le l" mrd n’eut lierr que le li juillet ; mais à celte date l’Exposition était encore à l'étal, de cliaos et la galerie des macliiues, la galerie do peinture tr’mix rirent ([ue le 1" septenrbre. L’e.xj»osition fei'ma le U'' décemluo. Au point, de \uc financier l'erdreprise se solda par un délicit coarsidéralile. L’Expositami était l’œuvre d'une société pri\ée (|ui a,\ail réuni un capital de 2.500.000 francs, tœs receittes ne s’élevèrent (lu’à J. 700.000 fra.ncs. Les dépenses mnntèr-ent à i. 450.000 francs. Il y eut donc indépcndanunent du cairital englorili un passif de 2.750.000 fr'anc.s (2).
La quinquennalité qui était, depuis 183! la règle, des expositions françaises appelait la douzième exiiosition nationale en 1854. Depuis longtemps on se plaigmail. du cai'actôre pi'ovisoire des édifices destinés à ces concoui's. Une ordonnance du 2! janvier 1830 avait affecté aux expositions des consli'uelions commencées sur le quai d’Drsay. Ces construclioiis
(1) Deville, Voijaries (laiis l’ Amcriquc' Scpicitirioiiulc : Etfils-U iiis et CuiiwUi, Tour (ta Mfjiule, 1861, 1, p. 944.
;2) Eiir/lisii Cuctopcdia. Sciences and Arts. V, Exhibitions international, t. Iir, p. 1013.
— oo —
devaienL prendre le nom de Musée de rindustrie. Mais celte mesure fut rapportée par rordonnance du 19 février 1831. Kn 183i (1), et en 18'i4 (2) la qiieslion fut de nouveau agitée. Elle ne fut tranchée qu'en 1852.
La veille de l’expiration de ses pouvoirs dictatoriaux, le 27 mars 1852, le prince président, (( considérant qu’il n’existe à Paris aucun édifice jiropre aux expositions publiques ipii puisse l'épondre à ce (|ii’exigeraient le sentimeuL national, les magnificences de l’art et les développements de l’industrie, considérant que le caractère temporaire des constructions qui, jusqu’à présent, ont été affectées aux expositions est peu digne de la grandeur de la France », décréta; » Un édifice destiné à recevoir les expositions nationales, et pouvant sendr aux cérémonies publiques et aux fêtes civiles et militaires, sera c-onstruil d’après le sysbmie du lédais do Uristal de Londre et établi dans le grand carré des Cbamps-Elyscs. »
A la suite de ce décret la commission municipale, (pii depuis la révolution de 18'i8 rempla(;ait le conseil municipal de Paris, par une délibération en date du 23 juillet 18.52 autorisa le préfet de la Seine à louer à l'Etal le carré des fêtes des Cliauqis-Elysées. Le 23 août, le ministre de l'intérieur, de l’agriculture et du commerce passait un IraiL' a\X'c. .MM. Ardüin et Cie. .Vux termes de ce liuité MM. .\rdoiu et Cio s’engageaient à consti'uire à leurs frais le palais projeté et à le mettre à la disposition de l’Etat pour les fêtes civiles et. militaires ainsi que pour les expositions des tleau.x-Arts et de l’Industrie. Ils devaient avoir pendant trenle-cini{ ans à
(1) .VUred Picard. Exposition Intcrnalionale th' ISS9. Itnppurt ijénéral, t. I. p. 56.
(2) Dixiètne Exposition des produits de l Industrie. Magasin pittoresque. 1844, p. 218.
parlir de l’aclièveiiienl la. jouissa.nce du palais; en dehors des circonstances où il était réservé à l’Etat, ils en avaient le libre usage; ils pouvaient même pendant les expositions percevoir un droit d’eidréo (pii ne devait jamais dépasser 3 francs et ipii devait une fois par semaine être abaissé à 25 centimes. Enfin l'Etat garantissait aux actionnaires iiour un capital (lui ne pouvait excéder treize millions un intérêt de ipiatre pour cent. Par acte du ]2 octobre 1852, MM. Ardoin et Gic constituèrent une société anonyme au capital de 13 millions divisé en 130. PUO actions de 100 francs (jui [iril le nom de Compagnie du palais de rindustrie et ipii fut autorisée par décret du 20 octolire suivant. On juxtaposait de la sorte une compagnie à l'Etat, on associait à faction olli'cielle une spéculation pri- \ée. C’était une combinaison mallieiirense ipii devait susciter des diflicultés sans nomlire (1).
Jaloux de donner une répliipie et une réplnjiie élargie de rExiiüsilimi de Londres, le gouvernement li'ansforma l'exposition ipii devait avoir lieu en 185'i. Un décret du 8 mars 1853 en reporta d’un au l’onverlure et déci(ta cpie » les produits de toutes les iialions » y sciaient admis. Par un autre décret du 22 juin 1853 dont les motifs étaieni la meilleure réponse Il rostracisine dont la Cnrnmissioii anglaise avait frappé la peinlure à l'Exposition de Londi'os et (|ni sont, comme le dit M. Picard (2), la plus snlistaidielle jnstillcation de l'association des arts et de l'industrie dans les cxjiosi lions, l’empereur (( considérant ([u'un des moyens les plus efltoaces (.le contribuer au progrès des arts est une exposition universelle cpii,
(1) Louis Reybaud. I.' Exposition <lc 1855 cl scs conséquences cconoini(iucs. Ilevue des Deux-Mondes du 15 décembre 18.')5, p. I2S8.
(2) Alfred Picahd Exposition internationale de 1889. Rapport général, t. I, p. 117-
en ouvrant un concours entre tous les ai'tistes du nioiide et en mettant en regard tant d'œuvres di\erses, doit être un puissant motif d'émutation et offrir une souice dp comparaisons fécondes ; considérant que tes perfectionnements de l'industrie sont étroitement liés à ceux des ])eaux-arls ; qup cependant tontes les expositions des pi'oduits industriels qui ont eu lieu jusqu'ici n’ont admis les œuvres des artistes ((ue dans une proportion insutlisante ; (lu’il appartient spécialement à la France dont l’industrie doit, tant aux beaux-arts de leur assigner dans la procliaine exposition universelle la place qu'ils méritent, » décida i|n'une exposition univers(‘lle des lîeaux-Arts aurait lieu à Faris en même temps ipie l'exposition universelle de l'Industrie, ajourna à i855 l’exposition annuelle des Beaux-Arts de ISbi et la réunit à l'ex])Ositinn universelle.
Un décret du 21 décembre 183.3 forma une commission de 37 membres placée sous la présidence du prince Napoléon et cliargée de préparer l’entreprise. Un autre décret du même jour nommait l'andiassadeur d’Angielei're, lord Uo^vlc‘y, mendii'e de cette co'in, mission. Les commissaires généiaiiix furent I(‘ général Morin et M. Le Play.
la‘S circonstances étaient cependant loin d’cire favoraldes à une pareille entreprise. C’est le Ki mars 1833. iirécisémc’d luiit joni's après le décret proclamant le caractère international de l’exposition, que le i)rince Menscliikoff remettait à la Porte la note foianulant les réclamations de la Bussie au sujet des Lieux Saints. Dès lors, la question d'OrienI entrait dans une [iliase aiguë.
Le 3 juillet., les troupes russes envahissaient les i rincipaiités et, le 27 mars 1834, la France et r.-Viiglelci re déclaraient
la guerre à la Russie. Au moment où s’ouvrait l’Exposition, nos troupes assiégcaienl Sébastopol. On avait pu espérer un moment une prochaine liu de la guerre; mais ii la veille de l’inauguralion (le rEx|)OSilion, le 7 mai, x\I. Orouyn de Lliuys, {(arlisan d’une solulion Iransaclioimelle de la (pieslion de la mer Noire, avait donné sa démission de ministre des all'aires étrangères et le comlci ^^7de^vski, noire aml:)assadeur à Londres, avait été appelé ;'i le: remplacer. Oetle substitution de I)ersounes devail. a\dir de gi'aves cousé(]ueuces (pi’oii saisit seulemenl plus tant, k Rien (]ue la retraite de M. Drouyn de Lliuys au mois de mai 1805, a-l-oii dil, n’ail pas eu apparence modihé très sensiblement ras]>ect général des clioses, l’acceptalion de cette démission était l’indice d'un changement profond dans la politiipie exiérieure de l’Empire (1). »
Le reste de l’Europe n’étail guère plus tranquille. En Italie, le duc de Parme, était assassiné le 27 mars t854. En Espagne, l’année 1854 élail remplie d’insurrections et de jironunciameiitos: mouvement militaire à Saragosse (2U février); soulê- \ement d’ouvriers à Rarceloiie (29 mars); mouvement militaire à Madrid (2d juin); soulèvement à Miadiàd (17-19 juillel); émeute à Madrid (28 aoùl) et la reine Marie-Cdirisline devail s’exiler. Eu Oaiiemark les coups d’Etat se succé'daient (30 mai et 29 juillet 1854) et les diflicullés commen(;aient entre le Danem*ark et la Confédéi'alion germani(jue au sujet des duchés de l'Elbe.
En France, bien qu’on fût encore: dans les premières années du régime qu’avait inauguré le coup d’Elal, dans ce qu’on appelle <( les beauLx jours du Second Empire » singulier mé-
(1) Comte Bernard D’Uarcourt. Les Quatre Ministères de M. Drouyn de Liruys. p. 147.
lange, comme on l'a dit, de misère et de splendeur (I), si un corps législatif issu de la candidaiurei oflicielle et une presse sous la haute surNeilkince de la police ne laissaient place à aucune opposition légale, le souverain iT'Ui avait pas moins des adversaires et des ennemis. Deux jours avant la date lixée pour l'ouverlure de rivxposition, un lu'écurseur d'Orsini, italien comme lui, Piaiiori, lirait aux Ohainps-Elysées sur I'Imupereur deux coups de pislolet qui ne l'alleignaient pas. Ooiidamné à mort le 7 mai par les Assises de la Seine, il était exécuté la. veille de l'inauguration du Ikdais de rinduslrie. Oiàginaire des Etals Romains, « j'ai agi de la sorte, déclarait-il (2) parce que rEmpercur a fait la campagne de Rome el ruiiu'' mon pays. » Il mourait eu poussant le cià d':' (( \’ive la République ». Sa tentative devait avoir itour coiisécpience d'ajourner indéliniment les velléités que l'Enq^d'eur caressait de se rendre en Grimée (3). Les rapports de ]iolicc laissaient jiressenlii’ que Piauori trouverait des émules parmi les Italiens (4).
Paris lui-mème était loin d'être prêt i'i recevoir scs hôtes. C’était moins de dcu.x ans aiqiaravaiil, le P'' juillel 1853, que le préfet de la Gironde, iM. Haussmaiin, a\ait été appeh' ii Paris ])üur présider à la mélaiiiorphose de la ville. Ouidle que fût sü'ii acti\ilé il n’avait pu ijue tailler et non coudre La \ ille nouvelle ne s’annonçait eiieore i[uc par des percées. La grande croisée de Paris formée pai' le lioulevard du Centre, de la gare de Strasliourg à l'oliservatoire, coupant à la tour Saint-Jacques ia rue de Rivoli prolongée de façon à relier la
(1) Pierre de la Gorce. Histoire du Second Eiiiinrc, t. II, p. 42.
ia
t. Il, p. 368,
id .
id .
id.
id.
place de la Concorde à la rue Saint-Antoine n’élail qirébauchée: l'IbMel de Ville, la caserne Napoléon n'étaient pas complètement dégagés. L’avenue qui devait s’étendre de l’IIôtel de \’jlle au Chrdelet n'était que tracée (1). Entin les moyens de l,ransi)ort commençaient à peine à se moderniser; en 1853, on avad élal)li des impéiàales au-dessus des omnibus el le 22 février 1855, précisément en vue de rexi>osition, les diverses entreprises de transports en commun dans Paris avaient été fondues en une seule (2).
L’Exposition avait lieu aux Ghanqas-Elysées presque à l’extrémité de la \'ille (pii s’arrêtait alors à l’Arc de Triomphe et à la barrière des Lonsbornmes. Elle occupait en cbiffres l'unds ]()8.(il)0 mq. Il y a\ait 117.480 mq. de surface couverte dont, défalcation faite des couloirs et des passages, 53.000 de surface exposante. Ce sont les cliiffres ipie donne le prince Napoléon dans son discours à l’ouverture de l’Exposition, li’apj'ès iM. x\ifreid Picard il y avait 00.000 mq. de surface exiiosanie, c.liillre ipii se trouve iiorté à 130.200 mq. si l'on fait entrer en conqite les galerbes du premier étage (3).
Le décret du 27 mars 1852, en prescrivant l’érection du Palais de l'Industrie ne lui donnait d'autre destination (pie d’abriter une exi»osilion nationale. Aussi esbce aux dimensions restreintes d’une exposition française qu’on l’avait mesui'é. Encoire en cours d’exécution en avait-on réduit les proporlii.uis pi'imitives (4). Il avait été constmit en 1854. M. Alexis llari'ault en avait donné les jilans, M. Viel les dessins. Il
(1) Pierre de la Gorce. Ilisloire du Second Empire, t. II, p. 59.
(2) Jla.xime Du Camp- Les voilures puhli(iues dans la Ville de Paris, les fiacres et les nranibas. nevuc des Ueu.r-Mondes du 15 mai 1867, p. 3'i.3-
(3) Alfred l'rcAUU. E.iposillon Internationale de Illti9, Rapport ijénéral, t. I, p. 120.
(4) Id. id. ibid.
foi'iiiaiL un parallélogramme de 250 mètres lie longueur sur 108 mètres de largeur et occupait 50.737 mèlres de superlicie. 11 était llan((ué de puatre pavillons. Au milieu de la longueur, une arche colossale formait l’entrée. (7ette arche était surrnoaitée d'un groupe, œuvre de AI. Elias Robert, représenlaid la France couronnant l’Art et l’Industrie. Ce groupe, conservé lors de la démolition du Palais de l’Industrie, a été Iransponé dans le parc de SaintrCloud. Il a, été placé à un iniid-i)oint voisin de la grande cascade, et mie inscription en rai.)|ielle l’origine.
(7e palais offrait un singulier mélange d’audace et de timi dihh D’un côté la nef cenirale, haute à la clé de 35 mètres, « avec ses fermes de tôle en plein cinti'e de 2'i mètres de rayon intei'ieiir reposant sur une armature en, fonte » (1), était une œuvre remarqualde. E’était une hardiesse pour l’époque et le premier entrepreneur ayant échoué dans la pose des arcs, personne ne s’offrit iiour le remplacer et le Iravail dut se faire en l'égie. D'un autre, on ne voulut pas l’enoncer à la pierre : c’était répoipie où l’on commençait la construction de la casemate des halles destinée à uiuc innnédiate démolition. La salle centrale fui empâtée dans une lourde maçonnerie et ne put se révéler a,u dehois (jue par rei.xtrémité des pignons de sa voûte de v(‘rre(2). « A (tivers égards, dit AI. de [.apparent (3), l'ensemlile (lu momnnenl peut, être considéré comme manqué. L’enveloppe de maçonnerie est nn hors-d’œuvre inutile et les galeries latérales qu’elle emprisonne n'ont ni air ni lumière. Au deliors le style du inonu/inenL est lourd et sans grâce ».
(1) De Lapparent. Le Siècle du fer, p. 61.
(2) Ici. id. ibid.
(3) Le siècle du fer, p. 62.
« C('L inloi'ine cdilice (1) » avait encore deux autres inconvéniciils: il aveuglail la, i)erspective du dùinc des. Invalides, il encoinhrait les (dianips-Klysées. « (»ii installa, dit l\l. Octave Mirbeau, que citait M. tuivertajon, à la bdiainbre des Députés, le. 18 mars 1896 dans la discussion du projet de loi relatif à l'exposition de 1969, ou installa les maçons aux (lliamps-Elysées et le Palais de rtndustrie ai)parul avec les g'ràces d’un bœuf qui foule un parleirc de roses, désolant toute cette gaieté ambiante, tout ce. claii' et viviliant espace où s’ouvre la triompbalo avenue des rihamps-Elysées, nui(pieau nninde. »
On s’aperçid bientùl que « cet honnête hangar (2) » se lrou\erait troj) pelil. Des conimissaires anglais déclai'èrent mêtiie qu’à eux seuls les pi'oduits t»rilanni([ues le rempliraient aisément (3).
« L’insuflisance du bâtiment, disait le prince Napoléon, dans le discours d'ouverture, nous a suscité des diflicullés sérieuses. La construction d'un édifice spécial ayant été écartée, il a fallu nous installer dans le Palais de l’induslrie dont les inconvénients viennent de ce qn’il n'a pas été établi en \ue d’une exqiosilion aussi vaste... Ea séparation du bâtiment affecté aux Peaux Arts a été tout (t’abord reconnue indispensable; à mesure que l’Exposition prenait du développement, on décidait une constrnclion nouvelle. Pendant (jiie j’étais en Orient iiour le service de la France et de Votre Majesté, une annexe <l6 1.266 mètres sur le boa'd de la Seine a été établie. »
(an ajouta en effet une galerie en bois sur le Cours la Peine
(1) Charles Blanc. Les Beaux Arts à VExpnsitinii universelle de IS7S, p. 29.
(2) Anclré IIallays, En. Panant. Journal des DCdmls du 9 novembre 19(10.
(3) Bapport sur l’Exposition universelle de 1855 présenté à l'Empereur par S. A. I. le prince Napoléon, p. 45.
le long de la Seine presque aussi grande que le Palais de l'Industrie (41.450 ni.) et où l’on plaça les machines, rin ajoula aussi le Panorama que l'on avait e.xproprié et agrandi de deux galeries (9.026 m.); une galerie île raccordement; enfin un clos disposé en jardin (22.087 m.).
En réalité l'Exposition était à 'état disi»ersif. Un premier groupe était formé par le Palais de l'Industrie : une galerie le reliait au Panorama; du Panorama, une autre galerie, franchissant le Cours la Reine, rejoignait la galerie installée sur les bords de la Seine. L’Exposition des Rmuix Arts en constituait un second. Elle occiqiail un bâtiment jiarticulier de 16.150 mètres de superlicic entre l’avemu' Montaigne et la rue Marbeuf, au pied des collines du Tj'ocadéro. Ce Ijfdiment renfermait aussi l'exposition chinoise. Des comptoirs de vente étaient éjiars à l’état erraliipie, au rond-point des Cliamps-Elysées, sur le Cours la Reine et à l’avenue d'Anlin. Enlhi en face le Palais de l'Industrie, sur le carré Marigny, se trouvait l'Exposition horticole.
Les objets étaient répartis en huit groupes: 1 industries ayant pour objet la production ou l’exli'action des matières brutes; 2 industries ayant pour objet l'emploi des forces mécaniques; 3 industries fondées sur l’emploi d’agents physi- (lues et chimiques ou se rattachant aux sciences et à leur enseignement; 4 industries se rattachant spécialement au.x professions savantes; 5 manufactures de produits minéraux; 6 manufactures de tissus; 7 ameublement et décoration, dessin industriel, imprimerie, musique; 8 œuvres d art et Reaux Arts. L’économie domestique formait une « classe spéciale ».
Cha(iue exposition renferme une partie, magnilK'ine ou chai-
mante, ([ui eu flemcure comme la carucLerisiique dans la mémoire des [leuples. Cette llenr de rexposilion si l’on peut s'exprimer ainsi, c'était en 1855 la grande net centrale du Palais de rindustrie.
Celle grande nef, était, ainsi qu’on l’a dit « un terrain neutre » où tous les peuples avaient gi'oupé leurs produits regardés comme exceplionnels soit à raison de leur caiactère, soit à raison rie leurs dimensio'ns.
« Ceux <pii ont \'n l’exposition de 1855, dit M. de Lapparent (1), se suuvienneni encore de rinqiression véritablement grandiose que produisait, alors celte nel île piès de 50 mèti'es de largeur (u'i l’œil n’élait a.ri'èlé jusipi’à la voûte par aucune pièce rie fer ni de liois et où les produits ries industries les plus variées formaient par endi'oits des échafaudages giganles(|ues, assurémenl moins bien ordonnés ipie ceux des expositions ullérit'ures, mais Ijien plus riches d’etfels artisticjues ». Il y avait vingt trophées français (tissus de laines; céramique; articles de Paris (parures); liroiizes d’ameublement; inslrnments de jirécision; étoffes de Pyon; marine; machines; zinc de la Vieille Montagne; a.gricullnre; dentelles; cristaux; ébéiiisterie d’art; Irronze d’aii; meubles et sièges de luxe; articles de Paris (fantaisie et objets d’arts); arts mililaires; ornements en carton pierre pour le batiment; imprimerie; inslrnmenls de nnisi(iue; dix anglais (lin; métaux de Shefliefd; lüriningham; Wolverhainpton; Manchester; Glascow; Bedfort; Halifax; et deux trophées de céramiipie); deux des Clats-Unis (a,meublements; armes et usiensiles de chasse); trois belges (armurerie; vêtements sacerdolaux; laines de la maison Biolley, de Verviers); quatre
(1) Le Siècle du fer, p. 62.
autricliiens (tous de céramique doiil ruii l'éservé à la Bohème); quatre du Zollvereiu (trois d'armurerie, et un de broderies et tapisseries de Saxe). Dans la nef centrale on voyait aussi çà et là les échantillons particulièrement remarquables de l'induslrie des divers })euples: quaire phares français, des produits minéi'aiix sd, un oi'gue français, l’exposition de la marine anglaise, deux grands autels tle bronze fi'ançais, des décorations mauresques en zinc exposées par la Prusse, une chennnée inonuineiilale en carton pierre française, enlin une toilette garnie de glace, d'émanx, de rignres de Inniize doré, dessinée, exécutée par un ouvider français et exposée par rAnglclei'i'e. La nef était vraiment le salon carré de cette exposition industrielle.
Cependant ce n'élail peut-être pas là (lue se trouvaient les véritables nouveautés. (( ta:irs(pi’on a travei'sé le couloir qui mène dn bâtiment principal de rExposition dans la galerie des machines, dit un contemporain i,l), on entre dans une sorte de rotonde qui présente un assez beau coup d’œil et qui peut soutenir la comparaison avec queliiues-uncs des salles du palais de cristal que nous avons tenté d’égaler. Là se trouvent en effet les deux expositions des industries ou {ilulôt des arts dans lesquels nous excellons, l’industrie des porcelaines et celle des tapis ou, d'une façon pins restreinte encore, car là est notre véiital)le suiiéidorité, les porcelaines de Sèvres et les tapisseries des Gobelins, de Beauvais et de Nîmes. yV droite, en haut sur une petite 131)10 couverte de velours et qui lyarait- quelque i)eu mesquine aiquès de tant do magniricences sont placées deux piles fDi'imAs (diacuiu'
(1) Paul de RÉml's.ct. La Chiaiie a l'ETiJOSitiDii . L 'uluiiUitniut . Les sciences naturelles, p. 188.
de sejiL nu huil lingnls de d m. Oi environ de longueur eL de 0 m. U2 d’épaisseur. Les lingots se ressendalent tous: ils sont d’un gris argenté, un jten ternes à la surface, mais la cassure en esl In-ilhtnle. Les uns sont, assez lourds, les autres sont d'une légèreté extrême. Au-dessous d'une des jnles est inscrit le juol. e/’f/r///, au-dessous de l'auti'e le mot (iliirnininn-i. C'est ('U effet là celle suffslance qui au in'enuer aljoj'd ne présente rien d’c'xtram'dinaij'e et qui a pourtant le pouvoij' d’arrôtej' les visiteurs ]jrcs([ue auta.nt que les vases de Sèvres ou le ^'orlout dc' cuivre argenté de M. GliristoJle. )>
Mais les poi'li(ms les idns originales de l'exposition étaient peut-être les envois des colonies étra.ngères.
Le Cajiada avait, montré un zèle donblement ardent.: (! Loi'squ'ou aiipril., dit .M. Amédée llennequin (1), lorsipi’on ap])i'it à. Cmébec. et à iMoiiti’éal qu’une exposition niiiverselle des produits de l'a.griculluj'e et de l'industrie aurait lieu à Pai'is au mois de mai 1855, une éinulation extraordinaire anima la, colonie; les uns désireux de se faire honneur aux yeu.x de l’ancicime mère-patrie, et d'e.xciter ainsi cliez elle une lierté rélrospeclive, les antres jaloux de saisir cette occasion jiour montrer i'i l'émigi'aiion européenne’., les avantages qui ratleudent et rpii devraient rattirer sur une terre prodigieusement fertile, et dénuée de liras. »
L'exposition du Ca.nada tiui renfermait des liarri(]ues de blé et lie farine, de viande et de poisson conservés, des billes de bois érigées en pyramides, des échantillons de fourrures, des minerais de fer, de cuivre, d’argent et d'or, des outils d’agriculteur et de liùcberon, des maclnnes agricoles et des
(1) Coup il'œil rclrnspectil nvr X'ExposiUou univcrscUc de IS55. Corresponânrit fin 25 janvier I85fi, ji. Gin.
voiliil'es ('légiuili'S di^itosées avec arl, atlira ratlcnlion particiilière de la foule (1).
La Guyane anglaise, présenlait ccnt soixante échantillons de superbes bois de charpente et d’ébénisterie et une collectiO'ii coiinplète des aianes, vètenienis et ustensiles ilu pay^s. On y N'oyait une hutte- de banibo.u, lialutalion des naturels et un cai’aïbe armé de loules pièces (2).
l'hilin des princes indiens nionti'aieid au Palais de l'Industrin. uiK' ninlldndei d’olajets précieux ([u'ils n’avaient pas exjiosés au Palais de Cristal (3).
La S('ciété de Caunmerce des Caysdias avait conslruit une pyi'amide (pu a\ait pour base vingUpialre vili ines conteuant toule espèce de denrées des Indes néerlandaises; café, sucre, épices variées, plantes lincloidales, matières textiles. Des caisses d’emlvallage, des ballols exoticiues formaient le somimd de la ]>yi'amide où au milieu des drapeaux des èlifférenlcs iMpideuces, étaient jetées di's |ieaux de ligres, de singes et de panthères (i).
(( Ce sera,, disait M. Amédéc Henneciuin (5), rnn des résiiltals dui'ables et vraiment universels de l'Lxposilion de J8.55 que d’avoir montré à l’Europe l’issue que la colonisaliou du Nouveau Monde offre au trop-plein de sa population agitée. »
D’une façon générale ce qui frappait., c’était la tendance, à élargir la puissance des maclnnes et le progrès (lu goût chez nos voisins d’outre-Manche (<>). Cependant tandis qu’à
(1) Amédée HE^'^■EQUIN. Coup d'œH rétrnspccli! sur l' Exposiliou universelle de IS55. CüircsiioiHlaiit du 25 jauvier 1855, p. üio. i2) Id. id. iliid.
(3) Mérimée à Madame Senior, 8 juin 1855 daio Oïlienin d Uat’ssùnville. Piosper Mérimée, d proiios de lettres inédites. Itri u ■ di-s Deux-Motid(s du 15 août. 1879, p. 742.
(4) Amédée IIenneqüin, Coup d'œil rétrospectit sur l'E.v position universelle de <855. Correspondant du 25 janvier 1855, p. ei3.
(5) Coup il'œil rétrospeetif sur V Exposition unliu rsclle île <855. CorrespondnvJ du 25 Janvier 1855, p. 613.
(G) Aiidiganne. Caractères généraux de l'Exposition. Moniteur du 7 juin 1867.
rexpo&ilion <l<‘ LmiiU'es c’était la puissance inanul'aciurière qui l’eniporlaiU à rexposiliou de Paiâs, c’élail la perlectinu et la délicatesse de la uiaïu-d'œuvre (1).
L’Exposition de Londres avait été i)uremenl industrielle. Ita conjoiiclion à Paris d'une eLxposition des Beaux-Arts et d’une exposilion de l'Industrie, conjonction que syinholisail le g-roupe inonuniental qui surnioutait le Palais de l’Industrie, parut aux conteinporaiiis connue la, caractéristique de l’exposition française.
L'exposition iidernalionalc des Beaux-Arts amena des suiprises. Un vieil artiste assez dédaigné aux salons annuels, Ileiin, que les jeunes |»eintres appetaieid irrévérencieusement « le père Heim «comme ils disaient, (( le père Sclmetz » 12), obtint avec son ErposUmn <le I82E smi Martyre de Saint Uyppohjte et seize dessins jetés sur le papier avec une verve et une facilité surprenantes, un triomplie assez imprévu (3). L’exposition rajeunit aussi la, gloire d’Horace Vernet, tandis que les grisailles, imitant le bas-relief, d’Abet de Pujol nv trouvaient (pie la consécration de. l’oubli où elles commen¬
çaient à tomber (4).
rxi reste l’exposition n’étail pas contenue tout entière dans l’enceinle: elle fut complétée par des expériences de machines agricoles qui eurent lieu à Trappes dans une ferme de M. Dailly le 14 août et par des essais d’appareils à plongeur et d’appareils de sauvidage qui eurent, lieu sur la Seine le 28 septembre. Enfin à l’exposition se joignait un concours agricole. Ce concours avait passé par les mêmes phases que
-■ ri- J CS Mcwhrcs ac v.u aaénnc ,:lcs Braux-Arts. 2^ série, p. 51. ,1) ij. id. sr série, p. 13.
les expositions. Inauguré en 1850, il axait été iniiement régional en 1851 et 1852: un eonconis national s'était tenu à Orléans en 1853, à Versailles en 1854, et ce concours était devenu inlernational comme l’exposition elle-même en 1855 (1).
Si l'on recherche ce ([ni dans l'Exposition de 1855 peut correspondi'e aux deux grandes blanches des expositions actuelles , exposition rélrospeclive, exposition d'économie sociale, on n'en trouve (jue d'assez faibles traces.
Dans l'exposition de l'Industrie mêlés aux ohjels acluels quehiues souvenirs du passé se i»résentenl aux regards. C'est une loconiolive, vétéran de nos chemins de fei'. ;i colé de locomolives tonies neines (2) ; c'est une suite de modides historiques de métiers à tisser exécutés par un contremaître de Ijyon, Al. Marin (3) ; c'est une tapisseiàe à raiguille brodée par les demoiselles de Sainl-Cyr sous la direction de Mme de Mainlenon (1); c'est enlni nue série historiiiue de monnaies lusitaniennes qu'exposait, le l’oiiugal (5). Dans aucun groupe on ii'dA'ait eu l'idée do rassenihler les objets anciens en collections rélrospectix es.
Dans les Beaux-Arts on avait songé :i une exposition historique remontant jusqu'au début du siècle.
c Dans les beaux-arts, dit le prince Napoléon dans le discours d'ouverture, deux systèmes se présentaient; fallait-il faire une Exposition jiour les œuvres sans se préoccuper de savoir si les artistes étaient morts ou vivants, ou pour les arlisles, en n'admettant que les œuvi'es des vivants ? d
« La première idée, ajoute-t-il, a été soutenue ; clic ré[ion-
(1) Annuaire des Deux-Mondes, 1855-1856, p 116.
(2) Visites et études de S. .4. /. le prince Napoléon au pala's de l'Industrie, p. 70.
(3) ia. 93.
0) id. p, 316.
15) id. p. 10-4.
dait. peut èli'o mieux au programme qui voulait un concours de ]'a]'t au nix*” siècle; elle u'a cependant pu èire adoptée à cause des ditlicultés d'ap|)lication qu'elle soulevait. »
Ainsi, ou le voit, ce n'élait que grâce à la longévité de certains arlistes que l'on pouvait avoir une idée de l'art du commencement du siècle.
Cependant s'il n’y avait pus de musée historique, rélément scienlili(pie n'avait pas été complètement sacrilié: on avait organisé à l'aide d('S collections du Muséum d’iiisloire naturelle ci de l'Mcole des Mines, une galerie d’iiistoire naturelle industrielle qui [larlageait avec l’iiorlogerie le pont de bois reliant le Panorama à la galerie des macliines.
L'exposition d'écoiiiomie sociale était plus rudimentaire. La Société pour ravancenient des .\rts, des Manutaclures et du Commerce de Londres avait eu l'idée de groui»er les objets de prix moileste utiles aux classes laborieuses. M. Tvvining, run de ses memlnes, secondé par la Société d'économi(i cbai'itable de Paris, fil elécider l'organisation d'une seclion paiiiculière qui prit le nom d'Lxposition du Bon Marché on de Galerie d’économie donieslique. Elle était divisée en (pialre groupes: 1° denrées alimentaires et substances servant au cliaul'tage, à l’éclairage et au blancliissage; 2° meuLdes et ustensiles de ménage; 3“ tissus de toutes espèces, linge, vêlements conreclionnés et accessoires de l'habilloment; 4” logements et mobilier. On y voyait des bas d’enranls à 0 l'r. 40, des bas d'hommes à 3 l'r. 75 la douzaine (1). Cette exposition bien qu’ouverte tardivement eut un réel succès; il fallut réimprimer le catalogue (2}.
(1) .Vméclée Uekniîquin. roup il'cril rrirospcctif sur l’Exposition uiiivcrsrUc de IS55. ('orrrsnondinit ilu 2.5 lévrier 1856, p. 78.5.
(2) l’iene tle la Gorce, Histoire du Second Empire, t. 11, p. .76.
Tous les objets ù bon marché n’élaienl pas d’ailleurs rassemblés dans celle galerie, li aidres objels avanlageiix d'un pri.x minime élaieni épars dan.-' le palais. (7’éLaiL dans l'o-xposilion générale que deux l'abricants de B'ar-le-Duo produisaicid des camisoles en li'icol de colon à 1 franc el 1 franc od Ijlb iMan- (diesler leprésenlé i)ar un comilé qui a\ail gr()U])é les ('Clianlillons de l'induslric de la \ille monli'ail « des prodig’es de rabais ». « Il y avait dans le nondrre, dit M, bonis lleyi)aud (d), un petit ai'licle ([ni lit alors beaucoup' de bruit, un calicot de 80 cenlinu'dres (le largeur oITerl au prix de 17 c( idimes le mèlrc' — loui‘ de force [u-obablemenl — ■ mais a\'ec celle cicconsliance ipie la mai cbandise voi> ine ne .''‘en éhjigiiaii giu'ae. 20, 25, 30 centimes, en fin Lousiane très corsée, Irès soyeuse, donnant des tissus d'un Iret aspect el d’nn tion usage. »
AFais les pi'olrlèmes plus élevés de réconomie sociale n'étaient pas non [dus négligés. (Juaranle ans avaid (pie M. Georges Idcot (3) ne [«mssàt un cri d’alarme, lord .lebn Russell disait déjà: (( Si vous fermez les yeux sur b' mal, si vous ne vous occupez que de la richesse, un jour ou l’aidre vous vous réveillerez de cet heureux songe et vous vous trouverez en face de la triste réalité, en face d’une masse immense de peuple devenu hostile à nos institutions, méprisant tout ce ([u’elle tenait autrefois pour sacré, et s’abandonnant il la merci des plus sauvages démagogues (1) ». Aussi avail-on senti le Iresoin de cette classe mruvelle qui ne devait acijuérir pUnnement droit de cité dans les expositions que
(1) .\mé(lée IIennequix. Cot/p d'œil rétrosperiii sur l'Exiiositîoii uuivcrscllc de IS55- Corresiioiidant d\i 25 février 1856. p. 785.
(2) L'Exposition du CtHiiiip de Mars, les industries du vêtement et de l’ameu- Idcnient . Itevue des Deux-Mondes du 15 août 1867. p. 942.
(3) La Lutte contre le .‘Socialisme révolutionnaire . Itevue des Deux-Mondes du n'' décembre 1895, p. 591.
(4) Lord John Küssei.l cité .4médée Hennequin. Couii dXril rétrospectif su' l’Exposition universelle de IS55. Correspondant du 25 février 1855, p. 777
près (l.’uii. (leini-siècie plus lai'd. (( Les iti'einièivs expositions, dit. M. Aniédée llennerjuin (1), avaieni poiii' buL d'abord de llaLler la, cuidosilé banale qui s’allachc à lord, élalag’e exiraordiiiaire et eusnile d'excrcei' rénudallun (les iabricants par l'ajipàt d'une publicité graUute et l'espérance de récompenses uUlcielles. Aujourd'lini (pie les expositions universelles font appel a tonies les nationalilés, elles devraient sei'vir ii tonder on à préparej- la sia lis là j ne- du. li'avail chez (o-us les iieiqdes. » i\[. Pernol, dans un rapport siii" les institutions de piévoyance établies par les industriels du Ilaub Pdiin en faveur de leurs oiivriei's et adressé à la société industi'iclle- de iMulhouse, indi(piait le besoin de ce complément. (( Il nous a semblé-, disait-il, (.[u’il sérail- désormais indispeiisabte de- signaler à l'occasion de cli i.cune d(} nos grandes expositions (pielles mesures on aurait prises, quelles inslil-ulions on aurait fondées dans l'intérêt de la classe industrielle (é). » Knliu AI. Aniédée Ih-mnequin (3) condensail lout un iirogranime d’éludes d'économie sociale- dans ces deux (jneslions: « Omdles lumières l'exiiositioii de l’indur trie a-t-elle jetées :^ur l'économie du limai l chez les différenls peuples'? Quelles tendances nouvelles a-belle ré\’élées, (piels changements dans les mœurs ou la condition des personnes a-t-elle, constatées ou fait pressentir'? )>
Alalheureusemenl on n’avait rien fait pour grouper les dueuments concernant l'organisalion indiislrielle . Ce furent quelques Iravaux épars: trente-cinq monographies de Al. Le
(DCou;) d’œil rétrospectil sur l'Exposition universelle de IS55. Correspondant du 25 janvier 1856, p. 6Uü.
(2) PERNüT. liapport à la Société industrielle de Mulhouse sur les institutions de prévoyance fondées par les industriels du Haut-Rhin en faveur de leurs ouvriers cité Amédée Henneqiiin. Coup d'œil rétrospectif sur l’Exposition universelle de 1*55. Correspondant du 25 février 1855, p. 778.
(Ml Coup d'o'il rét rospcctil sur t' E.rposi lion de i.v.îs. correspoinlant du 25 janvier 1856, p. 601.
]^lay, anioire de son gcand ouvrage sui' les (hirriers européens, nue en(]uèle du g'ouvej'aeinenl jnnissieii, la première livraison d’un livre do Al. Klulscliak. })ul)lié à Pi'ague eu 1853, iiitiliilé Clidleauj: nobles de Boliéine cunsulérés connue siepe d'effurls phllcniHn-upUjucs cl db-coinnnie sociale, livraison que le coiuinissaire 'de rE.\i)0>il ion auli iedueuiu' avait l'ail dislril)uer à Paris, le i'ai)poid de Al. Peruol h^ur les iusiiluiious de prévoyance l'oudées par les indiisliiels du llauldlliiu en faveui’ de leurs oiuidei.-'. qui peianii'cul ;'i Ai. IJeuueipiiu de dégager les données (pie pouwiil présculer rExpu-iliou au point de vue de. l'écouoiuie S(.)ciale dans deu-\ articles: Coup dbcil i ci rosjjeclil sur F lirposiliou unirci scllc de I Süo. [luiiliés par le Corrcspondunl au d(''!)Lil de l'auiiée i85d.
Mais les e.\p(.)sili()us aujoLU’d'Iuii u'oid pas seulemeul des musées luslnriipies ou sociau.x. elles ord des coiigivs. Les congrès avaieni passé par les luèiues phases ([ue les expositions elles-iiièines. Les congrès furenl d'abord nalionaux. Le premier congi'cs sc.ienliliipie l'rampus fui le congrès ([ui se linl à Caen le juillet 1833 s(.)us la [(résidence de AL de Cauinonl. Il a\ail eu [i(.(ii)' devanciers à r('drang'cr deux congrès allemands, le cougrè.s (jui se Uni ii l-ierlin en 1828 el ([Ue pi'ésida Alexandre i.le IlumlKddl, ei le cong’rès i[ni se liid à Vienne en 1832 el ([ui groupa 1.2UÜ membi’es. Mais vei's le indien du siècle, certains congrès l'cvèliieid un cai'aclère cosnioi(olilc el lireid appel au concours de loutes les nalions. La Pelgiipie awiil ouverl la première ex|.lu^llion inlernalionale des Beaux .Arts. Ce fui elle ([iii donna le [iremicr congrès inlernalional. En 1853 un congres international de siatisliiiue se Ind à Bi-uxelles el ii'mniL 151 adliérenis. Ce congrès s’assembla de nou\eau à Paris pt.iulanl rexiiu^dion du lu au
15 sei)Lcnil‘)re 1855. Il liiiLses séances au Cor])S législatif sous la pj'ésidence du Minisli'e de rAgidcullure, du Coniuieice et dos Travaux puldics. Il compta 322 membres: 210 Français, lUO éfrangers. 11 émit un vote en faveur de ITinité des poids, mesures et monnaies. Après la ciokire du congrès, il se forma une association ])our runibcation des jinids et mesures f[ui lini plusieurs séances au Palais de rinduslrie sous la jirésidence de i\I. de llotliscliild (1).
Trente-qualre Etals avaienl. envoyé leurs pi'oduits à l'Exposilion. La Russie, eu guerre avec la Fi'ance, s’était abstenue d'y parliciper. E’ai’cliipcl liawaïen était seul à leprésenler rOcéanic iiulépendante. 11 montrait des échantillons de sucre de kolva. L'Océanie était leprtsentée à l'Exirositioii des Beaux- Arts par une œuvre (lue Java, avait envoyée.
Aucune rélribulion n'était pei'ç-ue pour la location des emplacemenls. Les cninploirs étaieut même fournis gratuitement : les vitrines, les gradins, les lalrleltes étaient à la charge des exposants.
Les ai licles 55 ;'i 57 du règlemeul du O avril 1850 protégeaieid les inveidions iiidustiielli's et les dessins de fabrique ; dans la, c,raiute que ce règlement ne fid insufFisanl, une loi du 2 mai 1855 vint en conhi’iner les dispositions. Cette loi a élé depuis renomcJée à chaque exposition universelle de Paris.
Il y avait 23.957 exposants : 21.779 jrour l’Industrie, 2.175 ]joui' les Beaux Arts (2).
Pouj' l’Industrii', la Erance avait ld.9li exposanis, 10.003 pour la métropole. 728, pour l'Algérie, 183 pour les Colonies.
(1) Aiinunire de.s' Devi-Mondcs. 1855-1856, p. 118.
(i) Alfred Picard. Ex/iosition ititernutioriule de ISS9. Rapport (jéiiéral, r. r p. ii5.
L’éli'aiigcr en ava.il, 10.8(.)5. L’A nglel erre avait 1.58U expusanls, la Priiï^se rAuliiclic 1.298: rinde anglaise loi'inait
co'inine rAusiralie une unité dislinele; elle avait 599 exposants et l'Australie 405. Les Llats-Ldns n'a\aienl ipie 67 exposants.
Pour les Peaux Arts la Pranee avad 1.072 exposants, télranger 1.103. La Prusse en avait 432, rAnglelerre 357, la Pelgi(iue 274.
On avait réalisé dans rexposition de l'industrie un pi’ogrès qu'on axait, réelainé sans suecès pour les expositions françaises, ipfon axait xaiiieineiil tenté d'introduire aux ex|)Ositioiis allemandes de Mayence (1842) et de Perlin (184'P.
i( Par une innovation liardie, dit le prince Napoléon dans son discoui's d'ouverture, par uiu.' nmovation liardie qui n'axait pas été faite à Londres, les pi’oduits exposés peuxand porter rindicalion de leurs prix. Tous ceux ([ui s'occupent des questions industrielles coinpi'endj'unf combien ce princi[!e est important et ipielles peuxenf en èlce les consé(]uenees, malgré certaines diflieiillés d'apidicalion, )>
Dans les expositions nationales, c'était le Ooiiverneuient qui faisait tous les frais sans exiger du pufilic aucune la'dribution, Niais le Palais de rindusliie. avait été construit par une compagnie concessionnaire à qui on avait réservé la i»ercepfiun iTuii droit d'entrée; l'accès ne pouxaif donc plus être gratuit.
On pa.yait 1 franc d'entrée, sauf le vendredi (.)ù l'on paya successixemenl 5 francs, et. à partir du l''’’ aoi'd.2 francs, et le dimanche où l’on ne jiaya que 20 centimes. 11 y eut des biillets de saison à 50 francs iioiir les hommes et 25 francs pour les lemmt'S.
<( Les prix d'entrée en France pour des opérations de ce genre, écrivait un contemporain (1), ne sont pas acceptés aussi facitement par suite sans doute de t’habitude contractée de vinter gratuitement tontes tes expositions. » Néanmoins te (timanctie 3 juin it y eut 58.001 visiteurs et te dimanche t2 août, it y en eut 77.700. J1 y eut à Paris comme il y avait eu à Imndres un jour d'entrée gratuite , ce fut le dimanclie 27 mai; il y enl 105.022 visiteurs, nombre qui devait être trois mois pins tard dépassé par celui des visiteurs payants. Le dimanche 9 septemlire il y eut 123.017 entrées, ce fui le maximum (2). Le jour de l'ouverture (15 mai) et le jour de ta vi.nte de ta reine d'Angleterre (24 août) l'entrée fut réservée aux billets de saison.
L’exfiosi I ion resta ouverte 200 joins.
L'exposition reçut 5.102.330 visiteurs dont 4.180.117 pour PExposition de l'Industrie, 035.001 pour l'Exposition des Beaux .\rts et 'i0.tjl2 jioiir le musée ciiinois (3). Les chilfres compienneiit une évaluation des visites des poiienrs de cartes d’exposants ou lie cartes de saison. Les visites du dhnaiiche loimaient la, moitié du nofidire des visites payantes (1). La moyenne des entrées fut de 25.811 visiteurs par jour (o).
Les hôtels de Paris et de la banlieue reçurent 497.285 voyageurs : 300.518 de la province, 127.707 de l'étianger; ils n en avaient, reçu en 1851 que 3,58.710 : 288.105 de la province, 70.014 de rétranger ; ils ne. devaient en recevoir en 1856
(1) Visites n rExposltlon universelle de ISd5. publiées sous la direction de ^de''^lAPEYROusE Les Grandes Expositions internationales. Economiste
*0., 'AK''an''Hr'?i'ss ««™'.
^{5)^ .luunial officiel du 24 juillet 1876, p. 5197.
que i38.0Û5 : 3'i 1.922 de la, province, 9(>.083 de l'éli-anger (1). Il arriva par le chemin de i'er 4.Ü81.121 voyageurs contre 3.328.J86 en 1854 et 3.923.36Ü en 1850 (2).
Les recettes se montèrent à 3.202.485 fr. 77, mais les dépenses s’éiaiont élevées à il. 500. OUI) francs. La Société linanciere dnt iKpiider. Aux termes d'une coiuveulion conclue a,\ec les liquidateurs le 30 septembre 1850 et raliliée par une loi du 5 juin 1857, l'Etat racheta le Palais de l’Industrie moyennant 441.170 francs de rente 3 %. Chaque aclionnain; devait recevoii' 3 fr. 39 de reide !)ar action de loo fi-ancs.
Le décret du 8 mars 1853 avait déciné' que l’Exposilion ouvrirait le 1" mai 1855. Un ne tut pas prêt pour le jour indi([uc et un décret du 27 avril dut reportei' rouverlure au 15 mai. C’est à celte date (pPeut lieu rinaugui'aüon. « Un gj'and nombre de produits, hhr)ii dans un com])le rendu contemporain, un g'rand nombre dC' j>rodnds de tli\eis(‘s nations jie sont i»as ('in'ore jilacés, d autres ne sout pas aiii\rs, rt qui ne laisse pas (pie de nuire d'abord au |)remier coui» d'œil ; toutefois la nef où doit se tenir la séance d'inauguration est décorée avec beaucoup de luxe (3). » L’orchestre joua au commencement de la céi'émonic' 1 air de la reine l[(ntense :aPartanl pour' la Syrie.» — c'était le chant olliciel de l’empire — et à la lin l’ouverlure de la Muette. Ni le Palais de l’Industrie, ni la Galerie des Machines, ni le Panorama, ni la Galerie de jonction n'étaient achevés. La Galerie des machines agricoles fut inaugurée le 5 juin seulement, la Galerie des Machines sur le bord de la Seine le iO, la rotonde .lu Panorama le 27 et la Galerie de jonclion le 30. Ce ne fut que le
wnappon sur VExposltlou universeUe de IS55. présenté à VEmpereur par S. A. I. le iirince Napoléon, p. 48â,
(2) ‘ id. p. 484 ,
(3) Journal d^s Hé'oals. du 16 mai ibj.j.
15 sepleiiildH'. i|iio l'on pul visiter laGalei'ie des produils à bon marché dile Galerie d'économie domestique.
L’ouverture, en pleine guerre, d’un concours où toutes les nations étaieid conviées, offrait un contraste saisissant que le ju'ince Napoléon nul en leliet dans son discours à la cérémonie d’inauguration.
(( L’ne Lx[)osition iiinverselle, dit-il, (lul en tout temps eut été un fait considéraldc, devient un fait unique par les circonslances au milieu desquelles il se produit. La France, engagée depuis un an dans une guerre sérieuse, à 800 lieues de ses frontières, Inlle avec gloire contre ses ennemis. Il était réservé au règne de N'oli'e Majesté de monti'er la France digne de son passé dans la guerre et plus grande qu’elle ne l’a jamais élé dans les arts de la paix. Le peuple français fait voir au monde que toutes les fois qu’on comprendra sou génie et (pi’il sera liien dirigé, il sera, toujours la grande nation. »
L’Enqiereur répondit ]iar celle phrase pompeuse que les circonstances rendaieul quelque peu ironique : « .J’ouvre avec honheui' ce temple de la, paix qui convie tous les peiqile à la concorde ».
U Les élrangei'S, écrit un pvddiciste contemporain (1), se pressaient dans nos murs. Après avoir contemplé les merveilles exposées dans le Palais de l’Industrie, le Louvre, presque achevé, le si)ectacle iiresque féerique d’une capitale dont trois ans de travaux avaient renouvelé et rajeuni l’aspect, ils se pressaient aux fêtes splendides des Tuileries et de l’Hôtel de Ville et aux revues du Champ de Mars dont l’enceinte agrandie pouvait contenir une armée. »
(1) Ainiuuire îles Dcux-Muiifles, ISâ.j-lS.'iC, p. lOô.
(( On s'amiisail à Paris, dit M. Emile Ollivier (1), ]teiulant qu on mourait dans les Irancliées de Sébastopol. Nous prouvions, disait-on, (|ue nous étions assez forts pour supporter les épreuves de la guerre et célébrer les fêtes de la pai.x. » Aussi était-ce un contraste jwignaid pour l’armée que l’opposition des plaisirs de la Cour et de. ses propres misères. « (Pi s’amuse beaucoup en Ej'ance, écrivait un oincier (2), lieaucoLip trop, et ^•raiment on aimait pu différer tout ce joyeux appareil Jusqu a 1 époque de la pai.x. » u En dépit de ces souffrances lointaines, ajoute un liistorien après avoir cité ce passage, les réjouissances continuaient et les |ilns graves personnages s'appliquaient à les encourager ])lus qu’à les interromi)i'e, soit (pie le tourbillon du plaisir les entraînât eux-mêmes soit (pi ils voulussent faire diversion aux soucis d’une guerre trop prolongée (3). »
D’ailleurs les liéites princiers se succédaient.
Dès le connnencement de juin, le jeune roi de Portugal Pierre V s’était remtu à Paris en compagnie de son frère, te duc d’Oporlo. Pierre V n’avait que dix-liuit ans. (( Nous possédons, écrivait iMérimée, un très joli petit roi (pii a l’air d’un étudiant allemand gai {'t). » Pierre devait mourir si.x ans plus tard et le duc d’Oporlo lui succéder sous le nom de Louis l®’’.
La reine \dotoria,, accompagnée du prince Albei't, vint au lendemain de la victoire de la Tcliernaïa (IG aoi'it 1855) rendre la visite que l’empereur et l’impératrice lui avaient faite à Londres au mois d’avril.
(1) L'Enipirc libérât. Napoléon III, p. 324.
(2) Cfarles Bociiek Lettres de Crimée, p, 129. cité Pierre de i..\ Gorce. Histoire du Second Empire, t. I. p. 444.
(3) Pierre de la Gorce. Histoire du Second Empire, t. I, p. 444.
(4) Mérimée à Madame Senior 8 juin J855 dans Otiieuiu d'IlAUSSONViLLE. Prosper Mérimée, à propos de lettres inédites. Itn'ue des Deu.c-.Mondes du 15 août 1879, p. 742.
Ou n’étail püs sans inquirlndn sin" raccuoi I (ini lui sei’ail lail .
« Aucun soiu'crain anglais, dil M. Théodore Marlin (1) n avait mis le pied dans Paris depuis llcni i W ; encore ce prince venaitdl en prélendanl dans son royaume et non comme inainlenanl^ pour ressei'i'cr les liens d’une alliance nécessaire au l'epos de l'Purope. » Lidlilude <Je la luule donna toit aux ciaintes qu'on avait courues; l'enthousiasme fut partout très vif. iJéharquée le 18 à Poulogne, où rattendait Napoléon III, la reine passa en revue une armée de iü.OOO hommes. .Arrivée le soir :'i Idiris elli' fui. malgré le relard consideralne du cortège l'ohjet d’uue \éi ilal)le o\aliou dC' la paii de la foule (fui se pressait sur son itassage. Plie lialnta le cludeau de Saint-Cloud. Le 2d, elle parcourut au tiras de l'Empereur l'Exposiliou des Beaux-Arts. I>e 2i elle ^isita le chateau de X'ersailles et assista IC’ soir au gala de l'Opéra où l’on exécuta à son entrée le Ood sorc Ihr (U,een. Le 22 le Préfet de la Seine demanda à la reine la permission de donner sou nom à la nouvelle a\'enue percée eu lace de l’IIùtel de Nille. Le nnune joui' la reine visita, le Palais dei 1 liiilustrie. Pai une délicate attention. Napoléon IB voulut rappeler au prince Albert l’exposition qui avait été le modèle de la, nùtri' et lui donna comme souvenir un magnifique vase de Sèvres i-e]irésentant l’Exposition de 18.5i « vase qui lui élait spécialement destiné comme à celui à (pii l'exposilion idait due (2) )>. Le 23 il y eut liai a rilütel de Ville. Le 24 on donna une grande revue au Champ de Mars eu riiouneur de la reine : à l’issue de la revue, la reine et le prince .Vlbei't allèrent visiter le tombeau de l’Em-
(1) LUe 0/ the Prince Consort, t. III, p. 54 , , r,
(i) Théodore Martin Life 0/ the Prince Conso)t, t. III, p. 56.
pereur. Le 25 ils se rendirent à Saint-Germain, séjour du dernier roi Stuart, et le 20 ils assistèrent à une grande l'ète à Versailles. Le 27, ils quittèrent Paris et regagnèrent l’Angleterre par Boulogne.
La visite de la soiiveraine de l’Angleterre à l'héritier de Napoléon — héritier qu'elle trouvait tout à l'ait allemand et pres(|ue pas français de goûts et (.le caractère (1) — ' présentait à l’observateur de singuliers jeu.x de la fortune, qui frappèrent le piance Albert. 11 les relève dans une lettre qu’il adressa le 29 août 1855 à son oncle, le roi des Belges. » Paris, disait-il, est singulièrement beau, grâce à la rue de llivoli, à racfièvement du Louvre, au grand carré ouvert devant l’ilôtel de Ville, à la démohtion des petites maisons qui entouraient Notre-Dame, à rachèvement du Palais de Justice, à la, restauration de la Sainte-Chapelle et en particulier grâce aux embellissements apportés au bois de Boulogne, qui, on peut le dire, est réellement en état de rivaliser avec les plus beaux parcs anglais. Gomment tout cela a-t-il pu être accompli en si peu de temps ? C’est ce que personne ne comprend. D’un autre coté, unei pénible impression est produite par Neuilly en ruines où l’herbe croît et par la chapelle Saint-Ferdinand avec le beau monument du duc d’Orléans. Ces deux endroits ont été visités avec rEinpereur. Etrange! Ce (lui est non moins remarquable, c’est qu'après la grande revue nous allâmes en uniforme à ta lueur des torches — il faisait alors obscur — avec l'Empereur et le Prince Napoléon, au tombeau de Nat)oléon, lundis i[ue l’orgue des Invalides jouait le Uud save tlic Queeii] c'est (pie quarante mille hommes défdèrent devant nous sur la plage de Boulogne, l'endroit d'où Napoléon devait
(1) Théodore Martin. Life ol the Prince Consort, i. lll, p. 5(5.
lancer son année d’invasion et que, tandis que notre flotte nous saluait, à l’ancre à l'endroit que Nelson traversa pour prévenir l’invasion, la masse des musiques militaires françaises jouait le Bule Biitannia (1). »
Le voyage avait été heureusement accompli et laissait une bonne impression que traduisait ainsi une lettre de Mme de Lieven: « La visite de la reine a été une perfection de tous points, sauf le retard du premier jour; pour tout le reste, curiosité, bienveillance dans le public, bonne réception partout; fêtes magnifiques, temps superbe, bonne humeur en liant, en bas. La reine ravie, émerveillée, enchantée de son hôte, témoignant son plaisir de tout. Ûn la trouvait parfaîtement gracieuse, toujours reine, toujours simple et décidée, charmante dans l’ensemble de ses manières. Voilà la vérité vraie, car c’est tout le monde qui le redit (2). »
Au mois de septembre un autre souverain, celui-là déenu et exilé, vint à Paris : c’était Abd-el-Kader qui (juittait Brousse détruit par un tremblement de terre et allait se retirer à Damas. 11 visita le Palais de l’Industrie le 28 septembre et le 2 octobre. Emerveillé il dit le premier jour : « Ce lieu est le palais de rintelligence, animé par le souffte de Dieu ». A la suite de sa seconde visite il s’écriait : « La création seule remporte sur vos œuvres ». Il pouvait voir dans ce monument enchanté la confirmation de ce qu’il avait écrit quel- (pies mois auparavant. Il venait en effet de publier sous le titre de Memento pour l'homme infeUigent et avertissement pour Je paresseux un ouvrage dont un orientaliste M. Rei-
(1) Tliéoclcre Martin. T.i[c n[ the Prince Comort, t. III, p. 60.
(2) id. ni. t. m, p. 60, n. 1.
naud rendit compte (1) et où on lisait ce passage. « Les Fian eais surtout depuis les dix dernières années sont devenus le point de mire de tous les peuples et l'on trouve réuni chez eux le savoir de toutes les nations, des Arabes et des non Arabes. »
Ce ne furent pas d'ailleurs les seuls souverains qui se rendirent à Paris. Au mois de septembre, le duc Ernest de Saxe- Gobourg-Gotlia vint assister à la première représentation de son opéra de Sainte Claire joué le 27 septembie avee succès à l'Académie de musique. Au mois d’octobre, le duc cl la duchesse de Brabant vinrent visiter l’exposition.
La distribution solennelle des récompenses eut lieu le 15 novembre. On avait transformé la nef du Palais de 1 Industrie en une salle magnifique à laquelle les chefs-d’œuvre primés formaient comme un cadre de merveilles. 40.000 assistants se pressaient dans l’enceinte. On exécuta Vlmpériale de Berlioz.
L’empereur prononça à cette occasion un discours où avec un habile mélange de modération et de fierté 2) il semblait montrer des dispositions conciliantes à l’égard de la Russie. « A la vue do Unit de merveilles étalées à nos yeux, disait-il, la première impression est un désir de paix. La paix seule, en effet, peut développer encore ces remarquables produits de l’intelligence humaine. 4’ous devez donc tous souhaiter comme moi que cette paix soit prompte et durable. Mais, pour cire durable, elle doit résoudre nettement la question (pii a fait cnlrcpiendre la guerre. Pour être prompte il
(1) lUuiport à S sur un. oucruue y juillet 1855.
12) l’iei're de la
' E.rr. M. de Fortoul, de lu comiMSltion de
dinlstre de V Instruction ■puldiqu'' Emir At)d-el-Kader. Moniteur du
GoucE. Histoire du Second Empire, t. I, p. 452.
faut que rEurope se prononce; car, sans la pression de l’opinion gént''rale, les luttes entre les grandes puissances menacent de se prolonger tandis qu’au contraire, si l’Europe se décide à déclarer qui a tort ou qui a raison, ce sera un grand pas vers la solution. A l’époque de civilisation où nous sommes les succès des armées, quelque brillants qu'ils soient, ne sont (jue passagers ; c'est, en définitive, l'opinion publique qui remporte toujours la dernière victoire. » Ce discours souleva dans l’assistance le plus vif entliousiasme : l’espèce d’appel qu’il contenait à l’intervention des neutres frappa vivement les esprits et fit rapidement le tour de l’Europe (1).
11 y eut en tout 11.033 récompenses ; 10.56i pour lilndustrie, 112 grandes médailles, 252 médailles d’honneur, 2.300 médailles de première classe, 3.900 médailles de deuxième classe, 4.000 mentions honorables ; 469 pour les Beaux Arts, 10 grandes médailles, 67 médailles de première classe, 87 médailles de deuxième classe, 77 médailles de troisième classe, 222 mientions honorables. Il y eut en outre une piomotion dans la Légion d’honneur : 1 croix de grand officier, 2 de commandeurs, 16 d’officiers, 125 de chevalier furent accordées à nos nationaux. Tel était déjà le nombre des récompenses, que seuls les titulaires de grandes médailles et de croix recevaient ces récompenses dans la cérémonie officielle.
Dans l’Industrie des récompenses étaient altribuées non seulement aux chefs d’établissement, de manufacture ou d’exploitation agricole, mais aussi à de simples ouvriers, à de simples agents. L’on avait voulu que le mérite de l’ouvrier,
(1) Charles de JlAZAhE. Chronique de la Quinzaine. Jievue des Deux-Mondes, du 1" décembre 1855, p- 1149.
véritable auteur du travail récompensé, ne disparût pas absorbé dans l’éclat de la maison qui l’avait employé et qui se parait de son talent. L’article 8 du règlement du 8 mai 1855 décidait que dans l’Industrie, les contremaîtres et ouvriers signalés pour services rendus à l’industrie qu ils exercent ou participation à la production d’objets récompensés pourraient recevoir eux-mêmes une récompense. C’était aux yeux de l’empereur un moyen de démocratiser et de moraliser les récompenses. C’était, comme le disait le prince Napoléon le 20 septembre dans une circulaire aux présidents des jurjs, une façon « de donner la preuve aux ouvriers que S. IM. l’empereur connaît tout le prix de leur concours aux transformations et à l’avancement de l'industrie et qu’elle est heureuse de faire la part de ceux qui exécutent avec talent et intelligence aussi bien que celle des fabricants qui conçoivent et dirigent avec une habileté supérieure ». Le prince Napoléon engageait les jurys à décerner ces récompenses même à des ouvriers d’industriels non exposants: « Partout, disait-il, partout où il y a un mérite réel constaté, un progrès obtenu, une amélioration introduite, un bon exemple donné par un contremaître ou un ouvrier, il y a pour le jury un nom à inscrire, sur les listes d’honneur du travail et je verrais avec plaisir que le jury trouvcàt moyen de décerner aussi aux ouvriers, même à ceux des non-exposants, autant de récompenses qu’aux chefs d’industries dont les produits figurent à l’exposition ».
Malheureusement le conseil fut peu suivi (L). » Peu de comités, dit le prince Nap e’ ion, répondirent à l’appel qui leur était adressé : un grand r <> . bre de patrons ne furent pas avertis
U) Pierre de la Gorce. Ultioirc du Secowl Empire, t. I. p. 454.
en temps utile : beaucoup ne comprirent pas l’invitation qui leur était faite, enfin un certain nombre se récusèrent, ne saisissant pas l’esprit bienveillant île la mesure ef craignant de perdre leurs meilleurs ouvriers en les désignant par des suffrages publics à l’atlention de leurs concurrents. Il est juste de dire que, par exception, quelques patrons devancèrent l'appel et que plusieurs, exagérant le sentiment do justice qui avait dicté la décision de la commission impériale, mentionnèrent en masse tout leur personnel. Malgré ces conditions défectueuses l’épreuve eut un coté fécond, elle créa en industrie un droit nouveau, celui du coopéraLeur 1) ».
Le Moniteur avait plusieurs fois annoncé que l’exposition serait irrévocablement close le 13 novembre. Elle demeura ouverte cependant. On attendait un dernier souverain. A la fin do novembre en effet le roi de Sardaigne arrivait à Paris.
« Les façons originales du roi, dit Emile Ollivier |2), plurent au peuple de Paris qui le salua comme le véritable roi d’Ilalie. » La victoire de la Tchernaïa remportée en Grimée au mois d'août par les Français et les Sardes contribua d’ailleurs à provoquer des démonstrations sympathiques. Ce fut la suprême visite de prince que reçut l’exposition. Un décret du 28 novembre fixa définitivement au 30 la fermeture de la grande exhibitioiii parisienne.
Mais les étrangers qui l’avaient parcourue n’avaient pas borné leurs promenades aux galeries du Palais de l’Industrie et aux annexes qu’on lui avait données. Ils remplissaient les théâtres au point d’en chasser presque les Parisiens : « Dans les loges, disait Théophile Gautier dans un de ses feuilletons,
il) n apport, sur l’Exposition universelle de lfi55, présenté à l'Empereur par S. A. I le prince Napoléon, p. loi.
;i) L'Empire libéral. Napoléon 111, p. 325.
clans les loges vous verrez plus de peuples que n en dispeisa l’antique confusion de Babel, mais vous y trouverez difficilement un Parisien (1) ». Aussi les théâtres en profitaienbils pour ne donner que des pièces d’un succès consacré. « Les théâtres, disait Théophile Gautier dès le début de l’Exposition, stéréotypent leurs affiches et éternisent leur succès. Les Français donnent imperturhahlernent ; Péril en la demeure, les Ennemis de la Maison, la Joie iait peur, un Caprice ; le Gymnase ne laisse qu’à regret le Demi-Monde jouir du repos dominical ; le Quart de Monde, le Monde Camelote défraieront jusqu’au milieu de l’été les Variétés et le P'alaiSrRoyal ; rOdéon repi end riJonneur et V Argent avee Fechter pour Georges ; la Gaieté continue à dérouler comme ces toiles panoramiques représentant le cours du Mississipi ou lo voyage à San-Francisco, la série des drames d’Alexandre Dumasmt Maquet se rattachant au cycle de Monte-Christo et le rouleau a encore bien des milliers de mètres à faire passer sous les yeux (2). » M. de Rovray constalait la même absence d’originalité dans les théâtres do musique . « Les théâtres, disait-il, n’ont eu garde de donner des nouveautés cette semaine. Ils ont plus de monde qu’ils n’en peuvent contenir et ils sont obligés de renvoyer au lendemain un grand nombre d’étrangers ; le Prophète et les Vepres Siciliennes à l’Opéra ; l'Etoile du Nord et Jenny Bell à l’Opéra- Gomique ; partout succès, foule partout, voilà notre compte rendu en deux mots (3) ». De ces quatre pièces deux Jenny Bell et les Vêpres Siciliennes étaient toutes récentes. Jenny Bell d'Auber n'olitinl guère qu'un succès d’estime, mais une
(1) Théophile Gautier. Hcvuc dramatique. Moniteur du 10 septembre 1855.
(2) Id id, Moniteur du 21 mal 1855. . .crr
(3) De rovray. Revue musicale. Moniteur du lo juillet l8oo,
nombreuse nssislance se pressait aux Vciires Siciliennes de N'erdi, représentées pour la première fois le 31 juin et que le maestro avait composées pour notre Académie de musique. Le Théâtre lyrique dont Emile Perrin cumula la direction avec celle de l’Opéra-Comique jusqu’à la clôture d’été — car malgré l’exposition, il ferma du 30 juin au 30 septembre (1) — attirait la foule en faisatit allerner un ancien opéra d’Auber, la Sirène avec un nouvel opéra d’Halévy Juguarita l'Indienne (2). En même temps une troupe italienne ayant à sa tète Mme Piistori et Piossi venait jouer aux Italiens les tragédies d’Alfieri et les comédies de Goldoni avec un grand succès. <( Nous avons, écrivait Mérimée, une Mme Pùstori qui fait fureur dans une déteslablei tragédie d'un nommé Alfieri. Les femmes qui prétendent savoir ritalicii, et le nombre en est grand, se pâmeni d’admiration comme aussi les jeunes gens sentimentaux (3). » Moins heureuse, une troupe anglaise ne réussissait pas à faire ses frais en jouant Shakespeare dans sa langue nationale. Théopliile Gautier cependant applaudissait à la tentative : « P«ien n’est plus profitable, disait-il, que ces exhiliitions de fart dramatique qui complètent l’Exposition universelle et font de Paris à l’heure qu'il est l’encyclopédie du genre humain (i) ». Lui-mème se berçait de l’idée d’une « exposition universelle de Shakespeare » où l’on jouerait des traductions du grand dramatique anglais en les entremêlant de versions de Maiiowe, d'Otway, de Gœthe', de Schiller, de Galderon, de Zacharias Werner, de Cari Immermann (.5).
(1) Albert Soubies et Charles- Malherbe. Histoire de V Opéra-Comique. La seconde Salle Favart, t. I, p. 271.
(2) Id ici. t. I, p. 267.
(3) AIêrimée, à Madame Senior, 8 juin 1855, dans Othenin (I'H.wssonville. Prosper Mérimée à propos de lettres inédites. Revue des Deux-Mondes du 15 août 1879, p. 742.
(4) Tliéophlle Gautier. Revue dramatique. Moniteur du 29 mai 1855.
(5) Id id. Moniteur du 21 mai 1855.
Scudu, de son coté, iniag'inail. une exposilion inusicule, pendant l'exposition des Beaux-Arts, où l'Italie aurait été représentée par Cherubini, Spontini, Rossini, Donizetti, B'ellini, Mercadante, Verdi ; l’Allemagne par Beelhoven, Weber, Spohr, Mendelssobn, Schubert, Meyerbecr ; la France par Méliiil, BO'ieldien, Nicolo, Ilérold, Auber, Adam, IIalé\7 H). Aucun de ces rêves ne devait se réaliser à celle époque, mais il y eut plus lard des teulatives de réalisation, ou des réalisations partielles de ces vœux.
En attendant ces expositions de ravenir, à Saint-Cloud les comédiens ordinaires de l’empereur, c’était le nom i]u’on donnait à la troupe de la Comédie-Française', jouèrent devant la reine d’Angdeterre les Jjciiwiscllcs de SoUit- Cur et le Fils de lamillv et les artistes du Palais-Royal devant le duc et la duchesse de Brabant Iss Premières armes de Bichelicu et la Rue de la Lune. Le Théâtre-Français donna les premières do Pur droit de conriuèls de lœgouvé (7 juin) qui eut un grand succès et du Gâteau des Reines de Léon Gozlan (31 août), bien onldié aujourd’hui. T.o A’andeville joua le J7 juillet le Mariorje d'Ohjmpe d’Alexandi'C Ihimas lils, que le public laissa tondjer pour courir a la Mirra dAlIleri, le triomphe de Mme Bistoià ("2). Enlin le 2 octobre, les ttaliens l’OUArirent a,\'ec un Mose refait par Rossini. Lu même temps des Espagnoles venaient exécuter des danses nationales a la Porte-Sainl-Martin puis aux Folies-Nouvelles et rihppodrmue exhibait des Aztèques lilliputiens.
D’autre part M. Henry GilTard, qui ttevait installe)' les ballons captifs de 1867 et de i8<8 renouvelait a 1 usine a
(1) ScuDO. Revue iiiusicalc. Revue des Deux-Mondes du 1°' juiOet 1855, p 214
(2) Blaze de Bury. La Tragédie italienne et Madame Ristori. Revue des Deux- Mondes du 15 août 1855, p. 869.
gaz de Courcelles l'expérience de ballon dirigeable qu’il avait faite à l’IIippodrome le 24 septembre 1852 (1|.
La vie cont,emi)oraine projetait son rellet et les événemenls du jour trouvaient un écho sur la scène. Le 4 août, on donnait au Ihéàire du Luxembourg la première représentation de Paris trop petit. La vieille cité se mélamorpliosait. Cette ville à l'état de chrysalide donna l'idée à Paul M'eurice de brosser, en un vaste tableau, toute l’évolution de Paris et, en pleine exposition, le 21 juillet 1855, la Portc-Sainl/ Martin donna la première représentation de Paris, drame en cinq actes. La pièce eut un grand succès, mais la censure avait exigé des retouches qu’au refus de l’auteur le directeur avait opérées. Paul Meurice demanda aux tribunaux d’ordonner que son nom fût effacé; il perdit son procès de sorte que K l’on vit, dit spirituellement M. Albert Soubies (2), ce spectacle toujours étrange d’un auteur d’une pièce à succès qu’on noinine et qu’on applaudit malgré lui. » Cette pièce fut bientôt suivie d’un autre panorama historique de la grande ville; ce panorama qui avait pour auteurs Théodore Barrière et Paul de Rock fut-joué au cirque impérial; il se composait de deux parties: Vllistoire de Paris représentée le 11 août, les Grands Siècles, représentés le 29 septembre. Enfin l’Exposition elle-même suscitait un essaim de pièces de circonstance; les Modes de l'Exposition ; Dzim Boum Boum, Bévue de l'Exposition, et aussi une « comédie apologue » de Sébastien Rhéal qui fut imprimée, mais non représentée, la Vision de Faustus ou l'Exposition universelle de J 855.
(1) Gaston Tr.sSA^'I)IEK. Le tjnnui ballon caittil à vapeur, uouv. éd., p. 61.
(2) Une Première par jour, p. 229.
L’épocjuG de « la. première Olympiade française » c est ainsi que Sébastien Rhéal appelait l’exposition — fut une saison d’or pour les théâtres. D’après le rapport officiel, les théâtres de Paris firent en 1^55, 16.1'i9.'i76 fr. 99, de recettes contre 12. 101.261 fr. 67 en 1851 et 11.130.039 fr. 19 en 1856 (I). La, comparaison des mois d'exposition, mai ù novembre, est particulièrement sigmificative. Le total des recettes de ces sept mois s’élève à 10.041.957 fr. 91 en 1855 contre 5.950.565 fr. 28 en 1851 et 7.357.859 fr. 70 en 1856. D'après les annuaires statistiques do la Ville! do Paris (2) les théâtres firent 13.228. 123 Ir. de recettes en 1855 contre 10.738.078 Ir. en 18-.)1 et 12.186.125 Ir. en 1856.
Cependant la guerre continuait toujours en Orient. « Nos expositions, écrivait un contemporain (1), sont devenues les jeux olympiques de l’univers. Malheureusement elles n ont point comme ces fêtes le privilège de suspendre la guerre. » Aucun armistice, aucune trêve de l’exposition n’avait interrompu les hostilités.
Le siège de Sébastopol se poursuivait. Le lendemain de l’ouverture de l’Exposition, le général Pélissier remplaçait le général Canrobert à la tête de l’armée ; le 23 et le 24 mai, une grande place d’armes entre le bastion central, la ville et la mer était occupée par les alliés et une. expédition dans la nier d’Azof leur donnait Kertch et lenikalé. Lci 7 juin, les Français s’emparaient du Mamelon vert et du Carénage, les Anglais des Carrières. Le 18 juin, les Français et les Anglais échouaient dans une attaque sur la Tour MaJakoff. Le
(1) Rapport sur l'Exposition universelle de Iii55. présenté à l'Empereur par S. A. I. le prince Napoléon, p. 486. .
(2) Cité Georges Gérault. Les Exiiositioiis universelles envisaijees au point de vue de leurs résultats économiques, p. 114.
(3) Exposition universelle de IS55. Magasin pittoresque. 1865, p. 119.
28 juin, lord Raglan, le général en chef de l’armée anglaise, mourait du choléra. « Gela a tué le pauvre genlilhomme » disait le 19 août Canrobert à la reine Victoria en parlant de l’échec du 18 juin (1). Mais les nonvelles sorties de la garnison étaient repoussées.
Le 16 août, les Russes échouaient dans leurs efforts pour enlever le pont de Traklir sur les hords de la Tchernaïa. Enfin le 8 sciptembre les Français et les Anglais s’emparaient de la tour Malakoff. Le lendemain, les Russes abandonnaient la ville en faisant sauter les forts et les édifices et en coulant les navires à voile. Le. 17 octobre, les forts de Kinhnrn cajutnlaient. Durant le siège de Sébastopol les flottes alliées avaienli mis en élat de Idocus les ports russes du golfe de Rolhnic cl le 11 août Swealiorg était détruit. C’était seutement près de six mois après la prise de la tour Malakoff, le 2.) février, (|ue devait se réunir le Congrès de la paix et le I l'ailé ne devait être signé que le 30 mars.
A l’intérieur régnait une crise qui amenait un renchérissement des subsistances. En môme temps une spéculation effrénée s’abandonnait à tous 'les excès, entraînant la classe moyenne dans un tourbillon doré. « La bourgeoisie française, d’ordinaire si économe et si prévoyante » était devenue., dit un contemporain, « presque subitement tlépensière et prodigue (2) ».
Dans la nuit du 26 au 27 août sept cents ouvriers des ardoisières de Trélazé et des Ponts de Cé, récemment affiliés à une Société républicaine, la Marianne, mais surloul poussés par la. misère, tentèrent de s’emparer d’Angers. Ils furent
(1) Théodore .M.^rtin. Life of the Prince Coiisort, t. III, p. 55.
(2) Annuaire des Deux-Mondes, 1855-1856. p. 98.
aisément dispersés par la garnison et cette sorte d’insurrection finit en écliautfourée.
Mais CO <|ui préoccupait da\'antago, c étaient les attcutots dont rerapereur pouvait être victiniOi.
Le 8 septembre, le jour même où nos troupes emportaient la tour MalakO'iï, un clerc d'iiuissier, nommé Lelleniare, brait sur le cortège impérial, se rendant aux Italiens. Comme le disait la note officielle, fauteur du coup de pistolet était plutôt un maniaque qu'un assassin ; ou se contenta de 1 enxoyer à Bicêtre. Cet attentat réel en faisait inventer d imaginaires, c’est ainsi que le 22 septembre une note officielle insérée au Moiiileur devait démentir le lu’uit dune tentati\e criminelle qui aurait été commise sur fempereur par un sous-oflicier attaché à sa personne.
Ces complots et ces appréhensions de complots ne laissaient pas que de répandre, une vague inciuiétude. C’était le sentiment ciu’épirouvait la reine ^ ictoria. au milieu même des fêtes qu’on lui donnait.
« Je me reposai un peu, note la reine dans son jouinal le 23 août (1) ; la musique des Guides jouait dans le jardin et je m’assis ensuite pour écrire dans le petit boudoir de 1 impératrice; la musique me donnait une impression de tristesse et de mélancolie. Tout le monde est si gai, te peuple acclame l’empereur tandis qu’il se promène de long en large dans le petit jardin, et cependant qu'il y a peu de temps que le sang a coulé et que toute une dynastie a été balayée et que tout est encore incertain ! Tout est si beau ici, tout semble maintenant .=i prospère, l’empereur semble si bien à sa place, et cependant que l'on sent peu de sécurité pour la\enir! Ces
(1) Théodore M.'iRTiN. r.i[c 0/ the Prince Consort, I . III. p. 87.
réilexions se pressaient en foule dans mon esprit tout plein qu'il fût do joie et de gratitude pour l’affection qu’on me témoignait. »
L’état de l’Europe et du monde entier n’était pas plus rassurant, et comme si, par une loi des contrastes, les pacifiques assises appelaient les luttes sanglantes, ce n’était qu’après bien des guerres que devait s’ouvrir la seconde exposition parisienne, l’Exposition de 1867.