CHAPITRE III
l'exposition de 18(17
L'Exposition de 1855 avait eu pour avant-courrière l'Exposition de Londres de 1851; l'Exposition de 18(37 eut. elle aussi pour introductrice une exposition londonienne, l'Exposition de
Mais celte exposition s'encadre entre d’autres expositions universelles.
En 1861 Metz « la plus forte citadelle de la France » comme devait l’appeler Gambetta,, Metz, qui dix ans plus tard devait nous être arrachée, pa,rvena,it, la première parmi nos \illes de province, à réaliser le pacilique dessein d'une exposition uuiverselle. Occupant un site admirable, - « des promenades enfermées dans les liastions de la place, écrit un contemporain (1), se déroule le splendide panorama de la vallée de la Moselle couronnée par la ligne dentelée des collines qui Tencadrent, c'est un coup d'oeil encbanteur » — Metz, au nœud des voicis ferrées qui reliaient la France à la Prusse rhénane, au Luxcml)Ourg et à la Belgique, à une sorte de carrefour de natioms, se trouvail admirablement placée pour être le siège
(1) ETiiottHion nnlvcrsell" de SIciz. Moniteur du 1j juillet 18S1.
d’une exposition universelle. L’exposition couvrait. 5 hectares. Elle avait lieu sur la place Royale devant la magnifique caserne du génie qui lui formait comme un décor monumental. On avait élevé deu.x galeries parallèles l’une pour l’induslrio, l'autre pour les beau.x-arts. La cour qui les séparait était embellie de pièces d’eau. Des jardins avaient été tracés sur rEsplanade et des musiques militaires y Jouaient presijue tous les soirs. On remarquait des meubles sculptés de Paris et «le Delgi(iue, des collections de 53 essences d’arlu'es et de 93 éclianli lions minéralogicpies envoyées par l'Algérie (1) cl un giganlesfiue bloc de bduiile de I5.b9ü kilos provenant de.-^ iiouillères de Puisse. H y avait en toul 2.5UÜ exposants. La galerie des Beaux-Ans renlermait i.031 sujets exposés par 300 artistes, peintres, arcbitectes, verriers. Ouverte à, la mi-juillet, l’exposition ferma à la lin de seplemlire. Le 25 août un grand lir international eut lieu à Metz (2).
Sept mois api'ès la. clùtiirc de l’eixposilion de Metz ouvrait l’exposition de Imiidres.
O’élait la Société pour l'avancement des Arts, des Manufactures et du Commerce ([ui, coinme en 1851, avait pris l'initiative de cette entrepiise ; comme en 1851, ellci avait trouvé un appui zélé dans le prince Albei't.
Le prince époux présida de nombieuses réunions préparatoires (3). Mais absorbé par d'autres occupations et d’ailleurs d’une santé déjà affaiblie, il ne put prendre à l’élaboration déjà grande entreprise la même part qu'il avait prise à la pré[»a.ration de l’Exiiosilion de 1851 (1).
(1) Les produits de l'Alijênc à VExposition de Metz. Moniteur du 10 septembre 1861.
(2) Moniteur du 25 août 1861.
i3) Théodore Martin. Life of tlie Prince Consort. t. V, p. 50.
(O Ui id, t. v, p. 60.
Malgré la fatigue que décelaient sa pâleur et l’altération de ses traits, il présida, le 5 juin 1861, l’inauguration des nouveaux jardins de la Société d’horticulture à Kensington Gore, dans le domaine acheté en partie avec le produit de l’Exposition de 1851 (1). C’est à coté de ces jardins que devait s’élever le palais de l’Exposition de 1862. Le capitaine Fowkes avait érigé les bâtisses provisoires du Musée de Soutli Kensington; c’est à lui que le Coinité conlia la construction du palais de l’exposition. Un premier projet. i[u’il proposa l'ut repoussé ; le Comité craignant d’être entraîné à des dépenses excessives s’était résolu à restreindre le plan primitif (2). Le capitaine Fowkes présenta un second projet qui fut adopté.
L’exposition était une œuvre privée. Le gouvernement n’était intervenu que pour s’assurer du concours des nations étrangères et pour accorder à un comité de cinq membres choisis dans l’élite de l’aristocratie et de la linance une charte de concession. Cent personnes de la noblesse ou du haut commerce souscrivirent un engagement pour une somme de quatre millions cinq cent mille livres sterling et sur le vu de cet engagement la Banque d'Angleterre consentit à prêter l’argent nécessaire à 4 % d’intérêts ; de la sorte, comme le faisait observer Alphonse Esquiros (3), le bâtiment, s’éleva sans que les souscripteurs eussent rien à débourser. Les contrats passés avec les entrepreneurs, MM. Kelk et Lucas frères, leur assuraient une somme de 200.000 livres sterling (5.000.000 francs) ; si les recettes dépassaient 400.000 livres sterling (10.000.000 francs), ils devaient toucher un supplé-
(1) Théodore iM.4RTiN. li/e 0/ t)ie Prince Consort, t. V, p. 50.
{2} Id.. ni., ibid. ,, ,
(3) L'Arifjleterrc et la Vie amjluisc, XVI. L'Exposition universelle de 1862. Revue des Peux-Mondes du 1" juillet 1862, p. 53.
ment de 100.000 livres sterling (2.500.000 francs), en abandonnant à la Société des Arts une construction de 40 ares de superficie ; enfin le Comité pouvait moyennant le versement d’une dernière somme de 130.000 livres sterling (3.250.000 fr.) s’assurer la propriété définitive du palais (1).
La pensée du Coniité était de conserver le bâtiment. Aussi décida-t-il de renoncer à l’emploi du fer et du verre et de construire le palais en briques.
L’édifice couvrait une sup(‘rficie de 95.200 mq. Si l’on ajoute la superficie du premier étage à celle, du rez-de-chaussée nu oblient une superficie totale de 125.400 mq. (2).
L’édifice avait pour partie principale une grande nef de 316 mètres de longueur, 25 mètres 50 de largeur et 30 mètres de hauteur. A chaque extrémité de la nef se. trouvait un dôme de G mètres de diamètre à la base et de 75 mèti'es do hauteur. Ce dôme était rintcrsection de la nef cl d’un transept perpendiculaire à la nef de même liauteur, de môme largeur que la nef elle-même, mais de 208 mètres seulement de longueur ; les travées extérieures des transepts étaient reliées par deux suites de galeries vitrées coui'a.nt parallèlement à la nef et enfermant une suite de compartiments ou « cours ». Sous les dômes se trouvaient deux plates-formes élevées au-dessus du sol; placées à la rencontre de la nef et des transepts, elles permettaient aux visiteurs de jouir du coup d’œil du vaisseau centrai et (tes vaisseaux latéraux auxquels les escaliers qui en descendaient permettaient d’accéder.
Les transepts no^rd-est et nord-ouest étaient prolongés par
(1) Elisée Reclus. Londres illustré. Guide spécial pour l’Exposition de 186},
(2) Alfred Picard. Exposition Internationale de 1889. Eapport général, t. I. p. 150.
deux annexes, l’annexe des produits agricoles à l’est, l’annexe des machines en mouvement à l’ouest. Ces ailes en s’avançant enveloppaient une portion des jardins de la société d’horticulture qui semblaient faire partie de l’exposition. Dans le corps princiiial il y avait un premier étage oiù se trouvait l’exposition de peinture.
Les travaux commencés le 9 mars 1861 furent terminés le 8 mars 1862. On avait rencontré de nombreuses difficultés : non seulement les grèves de divers métiers avaient à plusieurs reprises suspendu les travaux, non seulement de nombreux accidents avaient atteint les ouvriers, mais il avait surgi à fimproviste un obstacle légal. Un ancien acte du Parlement défendait de construire dans un but commercial un édifice de plus de 6.120 mètres cubes de capacité. Or le bâtiment de fexpO'Sition avait une capacité de deux millions de mètres cubes. Les entrepreneurs furent cités devant le’District Surveyor. L’intervention du Conseil des Travaux publics permit de continuer les travaux, mais les entrepreneurs n’en furent pas moins condamnés à 1 shilling d’amende (1).
L’édifice obtint linéiques éloges, mais souleva de nombreuses critiques.
« Les nefs qui s’étendent d’un dôme à rautm, écrivait Alphonse Esquiros (2), soutenues qu’elles sont par de minces colonnes ont assurément un caractère de grandeur, de force et de hardiesse titanique bien en rapport avec le génie national des Anglais. Il était, je crois, difficile de ne pas être saisi en entrant par une impression profonde et solennelle.
(1) Elisée Reclus, Londres illustré, Guide spécial pour l'Exposition de I86i, p. 183.
(2) L’ Angleterre et la Vie anylalse, XVI. L'Exposition universelle de tSSi. Revue des Deux-Mondes du 1" juillet 1862, p. 62.
Une pensée vraiment religieuse avait présidé à l’érection du colossal édifice; cette pensée était écrite en tcutes lettres sur la rotonde qui supporte le dôme de verre : « O Dieu, toutes (( les richesses et lous les honneurs viennent de toi, tu règnes (( sur tout; dans la main sont la puissance et la force et dans (( la main aussi résidi: le pouvoir de faire l’ho'mme grand ».
Mais le même écrivain coaivenait que « ces grandes murailles de briques jaunes, ces fenêtres moiiotoiiies, ces froides entrées sans ornement, ces immenses cloches de verre posées sans motif sur un lourd entassement de formes incoliércntes, en un mot tout le bàliment donne plutôt l’idée d’un grand peuple que d'un peuple artiste (1)». Il avouait que le monur ment « pourrait être pris indifféremment pour une gare de chemin de fer, une caserne ou une prison modèle (2) ». L’édifice avait un autre défaut plus choquant encore. Tandis que les « cours » du côté du sud avaient 45 mètres de largeur, les « cours » du côté du nord n’en avaient que 26 et l’œil se heurtait contre les clôtures de restaurants. » Ainsi, disait Elisée Reclus (3), la nef au lieu d’ocouiper le centre du palais est déplacée vers le nord; elle est bordée d’un côté de salles vastes et à longues perspectives tandis que de l’autre côté le regard est arrêté par une muraille de briques très rapprochée. » L’on avait eu aussi la malencontreuse idée de murer une partie des arcades du premier étage pour empêcher un excès d’illumination nuisible à la contemplation des toiles. Les dômes beauccup trop vastes pour la masse qui les supportait étaient construits en bois. « Si les parois, disait un contemporain,
(1) Alplioiise Esquiros. L'Ànijlelerre et la Vie anglaise, XVI. L'Exposition universelle de iS6i. Revue des Deux-Mondes du i" juillet 1862 p. 55.
(2) Id., ((/., td.. ]). 62.
(3) Londres illustré. Guide spécial pour l'Exposition de tS6î, p. 187.
paraissent de naturel à résister au canon, la charpente semble être destinée à être emportée par le vent. » Et le meme ironiste comparait irrévérenciensement les deux dûmes a « deux immenses couvercles île toile mélallique posés sur des plais pour empêcher les monches d entrer (1) »•
Il y eut 27.379 exposants. L’Angleterre et ses Colonies en comptaient 8.705, près (fun millier, exactement 969 de moins rpi’en 1851: la France et l'Algérie 5.495, trois fois plus qu’en 1851. Ainsi la France et l’Angleterre faisaient à elles seules la moitié du nombre total des exposants. La Russie était représentée par 659 exposants; les Etats-Unis jiar 170.
Les produits étaient répaiiis en quatre sections ; U Produits naturels, produits végétaux, matières animales, produits des mines et des usines métallnrg'ifjues, produits chimiquies et denrées alimentaires ; 2“ Machines en général : 3“ Meubles et objets d’ornementation ; 4” Beaux Arts.
La prix d’entrée fixé pour les trois premiers jours à une guinée (25 fr.) fut abaissé la quinzaine suivante à 5 shillings (6 fr. 25), puis à 2 shillings et demi (3 fr. 12) et enlin 1 shilling (1 fr. 25).
L’Exposition resta, ouverte 171 jours. Il y eut 6.211.103 visiteurs. La moyenne fut d’après les uns (2), de 42.831 visiteurs, d’après les autres (3). dont le calcul seinldc plus exact, de 36.322 Msiteui-s par jour. Le maximum, 67.891 visiteurs, tut réalisé le jeudi 30 octobre. L’exposition comme en 1851 demeurait fermée le dimanche.
Ce qui caractérisa cette exposition, ce fut la recherche de nouvelles matières premières et une tendance a l économie
(1) L'Exposition universelle de Londres. Mau asm Pittoresque 180-2,
(2) Encyctopedia britannica V. Exhibitions. r WIII, P. Sur
(3) Journal officiel du 24 juillet 1876, p 5.197.
dans la production (1). C’est ainsi qu’on voyait apparaître le caoutchouo, le kamptulicon, sorte de linoléum dont on faisait des tapis silencieux, la jute (2). C’est ainsi que, bizarre contraste, l’Angleterre aristocratique faisait par sa production à bon marché de l’industrie démocratique, tandis que la France démocratique par sa production de luxe faisait de l’industrie aristocratiquie (3).
Dans cette exposition, le caractère de musée que nous avons vu apparaître dans l’Exposition de 1855 se prononce. On avait rassemblé dans le palais des collections de tous les règnes de la nature. « L’idée, dit Alphonse Esquiros (4), l'idée de faire entrer dans une exposition de rindiislrie les minéraux, les fossiles, divers échantillons du sol et du sous-sol, les arbres, les plantes, les coquillages, les insectes, les oiseaux, les mammifères, les portraits des races humaines est une idée nouvelle. Jusqu’ici ces divers objets étaient relégués dans les musées et les cabinets d’histoire naturelle. » Cette idée n’était pas aussi nouvelle que le supposait l’écrivain; mais, proscrit depuis 1851, il n’avait pu visiter la galerie d’histoire naturelle industrielle que M. Valenciennes avait organisée à l’Exposition de Paris en 1855. Et c’était bien d’histoire naturelle industrielle qu’il s’agissait à Londres en 1862, car l’auteur de VAnfileierrc et. la Vie anglaise ajoute: « Le lien des faits entre l’histoire naturelle et l’histoire du travail arrête à, chaque pas les regards du penseur dans celte miniature
, (I) Audiganne. Caractères généraux de l’Exposition. Moniteur du 7 juin 1867.
(2) Michel Chevalier. L’industrie moderne, ses progrès et les conditions tfe sa puissance, à propos de l'Exposition de 186}. Revue des Deux-Mondes du 1" novembre 1862. p. 10.
(3) Alphonse Esquiros. L’Angleterre et la Vie anglaise, XVI. L'Exposition universelle de 186}. Revue des Deux-Mondes du 1" juillet 1862. p. 85.
(4) L’Angleterre et la Vie anglaise, XVI. L'Exposition universelle de 186}. Revue des Deux-Mondes du 1" juillet 1862, p. 69.
du globe qu'on appelle l’exposition universelle » (1). C'est ainsi que l’on pouvait voir les éclalants insectes du Brésil, transformés par les habitants en Heurs artiliciellcs dont les ailes ou d’autres organes formaient les pétales (2).
L’exposition était aussi » un cours de géograpbie pittoresque » (3).
Le (Canada, exposait la baebe, » épée » de la civilisation dans les forêts, l’Australie un obélisque représentant les 800 tonnes d’or extraites de la colonie, le Nouveau Brunswick, un canot d’écorce, humble point de départ de cet art de la navigaiion dont les modèles du Persia, de VAclnUe, du Warrior, de VAznLCOiüi exposés par l’Angleterre montraient le point (i’arrivée (4).
r.e rétrospectif existait, mais à l’état dispersif : « Par une dérogation dont les curieux ne se plaig’nent pas, dit Michel Chevalier (5), on trouve à l’exposition un petit nombre d’objets qui ren’iontent à des peuples depuis longtemps disparus. La vitrine de l’Egypte offre aux regards du public étonné des bijoux en or dont se parait une reine cinq cents ans avant Moïse et des statuettes en terre cuite auxquelles on attribue une antiquité de quinze cents ans plus reculée. Les bijoux en or sont d’un bon dessin et d’une exécution très soignée. »
Ce n’était pas le seul exemple d’une industrie antique appliquée à un métal précieux : le Pérou avait envoyé de la vais-
(1) Alphonse EsQumos. V Angleterre et la Vie anglaise, XVI. L’Exposition universelle de 186}. Revue des Deux-Mondes du 1" juillet 1862. p. 70.
(2) Id., i(L p. 71.
(4*/ JUchâ ' Chevalier. L’industrie moderne, ses progrès et les conditions de sa puissance, à propos de l’Exposition, universelle de tfG}. Revue des Deux- Mondes du 1" novembre 1862, p. 9.
(5) L'Industrie moderne, scs progrès et les conditions de sa puissance, a propos de l’Exposition universelle de 186}. Revue des Deux-Mondes du 1“ novembre 1862, p. 8.
selle et un marteau (rargent trouvés clans les ruines du Grand Cliiinu (1); rAngleterro: exposait, à côté de l’écran qui se plaçait derrière le trône de l’Empereur, de bassins et de vases du palais d’Eté, un crâne monté en or qu’on disait être celui de Confucius (2).
Enfin dans la » cour » russe on voyait une bible imprimée en vieille langue slavonne, dont le patriarche orthodoxe luimême ne pouvait déchiffrer les caractères. Cette bible avait une reliure de métaux précieux garnie de turquoises, de diamants, d’améthystes (3).
Quant à l’économie sociale, on n’en avait pas fait un déparl(‘ment si)écial. I.a classe même des objets à l)On: marché n'existait pas, mois la Ilussio, plus sobre de portes de malachite et de coffrets de luxe qu’en 1851, exposait des mouchoirs à 40 kopecks (4).
L’Exposition de 1862 avait eu i)Our principal promoteur l’inspirateur de l’Exposition de 1851, le prince Albert. Il ne fut pas donné celte fois à l’époux de la reine de voir la réalisation de l’entreprise qu'il avait pi'OvcMpiée.
11 mourut le 14 décembre 1861 au château de Windsor, emporté |ii esque subitement pai' une fièvre gastrique. Aussi la cérémonie d'inaugni'otion fut-elle comme voilée d’un crêpe : la reine et ses enfants encore en grand deuil s’abstinrent d’y paraître. Elle eut lieu le 1'”' mai 1862. Elle fut présidée par le duc de Cambridge. C’était le cousin de la reine et le commandant en chef de l’armée britannique. Par une bizarre rigueur on n’avait admis que les titulaires d’abonnements qui
(1) Alphonse Esquiros. L'Angleterre et la Vie anglaise, XVI. L’Exposition universelle de iH6i. Ilcvue des Ucux-M ondes du 1" juillet 1862, p. 68.
(2) Id., id:, Ul., p. 72.
(3) Id., id,. id.. p.75,
(4) Id. id. ibid.
coûtaient 5 guinées et par un singulier classement on avait rangé les spectateurs suivant leur toilette (1). « Après une adresse du comité, dit un témoin oculaire, el une réponse du duo, une grande composition de Meycrbcer c[ui était présent dans la salle, une ouverture d'Auber, une cantate de Tennyson, le poète lauréat de l'Angleterre, une prière de l’évêque de Londres au Dieu « qui a fait du même sang toutes les nations (( de la terre » et rantienne nationale, God save ihe Queen, le duc de Cambridge déclara que <( l’Exposition de 1802 était U ouverte ». Ce fut un moment, éleclrique: la voix des Irompettes et des clairons à laquelle répondaient au dehors de l’édifice l’écho des bouches à feu sur les lords de la Serpentine et un immense hourra poussé par vingt mille poitrines, tout répétait à, la ville et à l'univers la, grande nouvelle (2). »
Si le prince Albert n’assistait pas à l'inauguration de ce qui avait été en grande partie son œuvre, du moins son souvenir planait sur la cérémonie et, ainsi qu'on le dit, « il était présent plus quo jamais par son absence même ». La pensée se reportait vers lui et Tennyson était l’interprète de tous en rendant gréce au « père silencieux des rois à venir... qui avait rè.vé cette universellei union ».
La proclamation des récompenses eut lieu le vendredi il juillet. Le duc de Ca,mbridge représentant la reine présida la cérémonie. Après un rapport du président du jiiiiy général et un discours du duc de Cambridge, les présidents des di\eises sections du jury déposèrent les listes entre les mains du duc qui les distribua aux représentants des différentes nations. Pendant la cérémonie, des orchestres militaires exécutèrent
(1) Alphonse Esquikos.
universelle de iS6î. Revue
(2) lu p. 63.
L'AiKilcterrc et la rie anglaise, XVI. L Exvositlon des Deux-Mondes du 1“ juillet 186-2, p. 61.
des airs patriotiques. La France avait envoyé la musique de la gendarmerie et la musique des zouaves de la garde. Comme le jour de l’ouverture., les conditions d’admission dans l’enceinte étaient rigoureuses. L’entrée coûtait 10 shillings par personne.
Les récompenses consistaient en médailles et en mentions lionorahles. On décerna 12.305 récompenses. L’Angleterre en obtint 4.t 'il ; laFrancc 2.658 dont 1.611 médailles et l.O'iT mentions lionorahles (1).
L’Exposition fut ctose le F’’ novemibre. Elle avait été moins brillante peutrêtre que la précédente. Le palais n’avait pas la grâce féei'ique du Palais de Cristal. Les recettes furent relalivemenl. moins considéraliles. D’après M. S. de Lapeyrcuse (2), il y eut 10.219.250 francs d’entrées. D’après M. Alfred Picard (3), il y eut 10.4.50.000 francs d’entrées qui, joints à l.OiO.OOO francs de produits divers, élevèrent la somme globale des recettes à 11.490.000 francs. Les dépenses se montèl'enl à It. 470.000 francs. Le bénéfice n’était donc que de 20.0fK) francs. L’Exposition n’apportait aucun progrès considérable. « Entre l’Exposition de 1862 et celle même de 1851, dit Michel Chevalier (4), on n’aperçoit pas, au premier coup d’œil, de ceis grandes nouveautés qui mettent aux mains de l'homme un principe de pouvoir créateur, telle que fut à la fin du siècle dernier ou au commencement de celui-ci la machine à vapeur de Watt ». « Elle fait mieux, ajoutait le savant économiste, en parlant de cette machine à vapeur,
m Alfred PICARD Exposition internationale de ISS9. Rapport général, l. I. p. 150.
(2) Les Grandes Expositions internationales . Economiste trançait du 13 mars 1875. p 336
(3) Exposition internationale de IS89. Rapport général, t, I, p. 150.
(4) V Industrie moderne, ses progrès et les conditions de sa puissance à propos de l'Exposition universelle de IS6Î. Revue des Deux-Mondes du i” novembre 1862, p. 25.
elle fait mieux pour une dépense égale de force vive ou, ce qui revient au même, elle fait aussi bien pour une dépense moindre. » Il y avait perfectionnement, il n’y avait pas invention nouvelle.
Le palais de Kensington était destiné, dans la pensée de ceux qui l’érigèrent, à survivre à l’exposition et le prince Albert avait conçu le dessein d’y installer un muséum d’histoire naturelle. Lord Patmerston proposa de l’acquérir au moyen d’annuités. Mais le Parlement repoussa ce projet. Comme le Palais de Cristal, le bfitiment fut démonte : on le réédifia dans le parc Alexandra sur les hauteurs de Muswell hill. C’est là qu’il se dresse encore aujourd’hui. Il domine un jardin d’une centaine d’hectares et un admirable panorama de bosquets et de gazon, (àn y donne des concerts et des fêtes ; une île scs salles peut contenir 2.000 exécutants et 12.000 auditeurs (1).
L’Exposition de 1862 eut un retentissement considérable en France au point de vue social et politique.
Peu après l'ouverture do l'Exposilion, un journal de Paris, Le Siècle, avait proposé d’envoyer à Londres des ouvriers français élus par leurs camarades. Napoléon III accueillit cette idée. Une souscription fut ouverte on rEnipereur et le prince Napoléon versèrent des sommes importantes (2). A Paris seulement trois cents ouvriers furent élus par les corps de métiers et firent le voyage en compagnie des ouvriers envoyés par leurs patrons ou par des sociétés particulières. Ces ouvriers à Londres rencontrèrent d’autres ouvriers de diverses nations et des réunions cosmopolites (pii curent lieu sortit une nouvelle orientation du mouvement social, la séparation
(1) Elisée RECLUS. Nouvelle géographie universelle, t. IV. p. 332. !2j Le dernier des Napoléon, 2' éd., p. 208.
des questions iioüLiqucs et des questions sociales, un plan complet de nouvelles assoiciations ouvrières, de sociétés coo" péraiives, de coalitioins de chambres syndicales. C’est là que furent jetées les bases de rassocialion internationale des travailleurs (1). Gomme le dit M. Alfred Picard (2), c’est de l’Exposition de 1862 que sortit le projet que le duc de Morny fit présenter le 19 février 1864 (3), projet qui consacrait la liberté de coalition et qui devint la loi du 25 mai 1864. Michel Chevalier d’ailleurs éludiant les besoins de l’induslrie qu’avait révélés l’exposition signalail la nécessité de développer les associations et par des améliorations libérales dans la iégis lation des sociétés de capitaux et par l’exlension de ces syn dicats agricoles dont la « Fruitière du Jura » donnait l'exemple (4). De la sorte on pourrait considérer et la loi du 24 juin 1865 sur les associations syndicales et la loi du 24 juil let 1867 sur les sociétés comme des conséquences, plus ou moins lointaines de l’Exposition de Londres.
Mais elle sembla sur le point d’avoir une autre conséquence, le rétablissement d'un régime libéral en France. Les embarras du Second Empire que la guerre d’Italie n’avait fait qu’aggraver avaient obligé de reconnaître la nécessité d’associer le pays à la politique générale. Un décret du 24 novembre 1860 rétablit l’adresse que les Chambres pouvaient rédiger en réponse au discours du trône et créa des ministres sans portefeuilles pour défendre devant les Ghambres les projets de loi du Gouvernement. Un sénatus-consulte du 2 février 1861
(1) Pierre de la Gorce. Histoire du Second Einpire, t. IV. p. 289.
(2) Exposition internationale de IS89. Rapport général, t. I, p. 172.
(3) Emile Ollivier. L'Empire llhéral. La Pologne. Les Elections de 1863. La loi des coalitions, p. 508.
il) Micliel Chevalier. L’Industrie moderne, scs progrès et les conditions de sa puissance, d propos de l’Exposition univirsclle de I66i. Revue des Deux- Mondes du 1" novembre 1862, p. 59.
institua la reproduction sténographique des débats parlementaires. Un décret du 3 février 1861 adoucit les rigueurs du règlement et un sénatus-oonsulte du 31 décembre 1861 institua le vote du budget par sections.
Les exposants français avaient remporté a Londres un véritable triomphe. Les Français avaient en moyenne 48 récompenses pour 100 exposants, tandis qiu' les Anglais n, en axaient que -44. Le Gouvernement français décora, à cette occasion, un grand nombre de nos industriels : on donna a la remise des croix, un éclat particulier : elle, eut lieu le 25 jan^ic^ 1863, dans la salle des Etats, au Louvre.
L’Empereur y prononça un grand discours.
« Les expositions universelles, disait-il, ne. sont pas de simples bazars mais d’éclatantes manifestations de^ la force et du génie des peuples.
(( L’état d'une société se révèle par le degré plus ou moins avancé des divers éléments qui la composent et comme tous les progrcSi marchent de Iront, l’exainen d un seul des produits multiples de l’intelligence suflit pour apprécier la civilisation du pays auquel il appartient. Ainsi, lorsque aujourd’hui nous découvrons un seul objet d’art des temps anciens, nous jugeons par sa perfection plus ou moins grande a quelle période de l'histoire il se rapporte. S'il mérite notre admiration, soyez sûr qu’il date d’une époque! où la société bien assise était grande par les armes., par la parole, par les sciences comme par les arts. 11 n'est donc pas indilférent pour le rôle réservé à la France, d’avoir été placer sous les regards de l’Europe, les produits de notre industrie ; à eux seuls, ils témoignent de notre, état moiul et politique. »
L’Empereur ne faisait que reproduire, en le dénaturant un
no —
passage de l'introduction aux rapports sur l’Exposition de 1862 par Michel Chevalier que la Revue des DeuxrMonâës avait publiée quelques semaines auparavant. (( Je n’exagère pas, disait le célèbre économiste, je n’exagère pas le mérite de rExposition en disant que c’est un champ d’observation pour le philosophe, pour l’historien, pour t’homme d’Etat. On y trouve en effet des indications précises, positivesi, flagrantes, sur la situation des différents peuples, leurs usages, leurs -mœurs, leur avancement dans les sciences et les beaux-arts^ leur degré de richesses, la densité de leur population. De même que le physiologiste ou riionmie versé dans l’anatomie comparée arrive par le moyen d’un seul ossement d’un de ces -animaux antédiluviens à en déterminer la constitution., de même et à plus forte raison il est possible de faire la description d’une société et de déterminer les traits et les caractères de sa civilisation quand on a sous les yeux tout ou presque tout ce qu’elle sait faire, quand on peut voir et toucher ses ustensiles, ses meubles, ses vêtements, examiner les orne*ments dont elle aime à se parer, et goûter des yeux du moins au.x aliments dont elle délecte son palais (1). » On voit que, suivant Michel Chevalier, il ne suffisait pas de la vue d’un seul objet d’art pour juger de toute Une civilisation, mais qu’il n’appréciait le degré de culture d’une nation que par l’étude de toutes les conditions matérielles, de sa vie. Même ainsi présentée la thèse était contestable et un autre écrivain l’avait réfutée d’avance quatre mois plus tôt dans le même périodique . (( C’est une erreur commise par beaucoup d’historiens, disait l’auteur de ï Angleterre et la Vie Anglaise, que
(1) Michel Chevalier. L'industrie moderne, ses progrès et les conditions de de ta puissance, à propos de l’Exposition universelle de t86i. Revue des Deux- Mondes du 1" novembre 1862, p. 5.
— ni —
de juger uniquement d’un peuple par les objets de luxe et par le sentiment de l’art; ces conditions de goût, de beauté relative, de splendeur traditionnelle, peuvent se rencontrer chez des nations en définitive très peu avancées. Ce sont les fleurs d’un arbre sur lequel on cherche vainement des fmits. Le vrai caractère de la civilisatiou est dans la dillusion du bien-être, dans la puissance des machines qui créent et répandent la richesse, dans la lutte contre la nature qu’on force de travailler au profit de tous (1) ».
Mais ce qui dans le discours de l’Empereur avait surtout frappé les contemporains, c’était ce passage : « Vous avez dû, disaitril, vous avez dû... être frappés en Angleterre de cette liberté sans restriction laissée à la manifestation de toutes les opinions comme au développement de tous les intérêts ; vous avez remaniué l'ordre parfait maintenu au milieu de la vivacité des disicussions et des périls de la concurrence. C’est que la liberté anglaise respecte toujours les bases sur lesquelles reposent la société et le pouvoir. Par cela même elle ne détruit pas, elle améliore : elle porte à la main, nom la torche qui incendie, mais le fiambeau qui éclaire, et dans les entreprises particulières rinitiative individuelle s’exerçant avec une infatigable ardeur dispense le gouvernement d’être le seul promoteur des forces \itales d’une nation. Aussi au lieu de tout régler laissed.-il à chacun la responsabilité de ses actes.
« Voilà à quelles conditions existe en Angleterre cette merveilleuse activité, cette indépendance absolue. La France y parviendra aussi le jour où nous aurons consolidé
(1) Alpl'.nnse EsQumos. L'Amiletcrre et In Vie anglaise, XVI. L'Exposition universelle de tsei. Jtevue des Deux-Mondes du 1" juillet 1862, p. 73.
les bases indisponsables à réiablissenient d’une entière liberté. Travaillons donc de tous nos elTorts à imiter de si proifitables exemples. »
De telles paroiles S'emblaienti annonjcer un retour à un régime libéral. Aussi, eurentrelles un grand retentissement .
<( Le discours prononcé par l’Empereur lors de la distribution des réco'inpenses a eu un succès mérilé, écrivait à quelques jours de là Eugène Forcade... La singularité exceptionnelle de sa position consiste en ceci ; il dépend de lui de rétablir dans la mesure qu’il voudra la liberté potiliquc en France et la question du rétablissement de la lü.ierté, c’est lui-mème qui la pose, c’est lui qui la donne à couver à la pensée publique. Comment ceux (jui comme nous s’attachent avec une persévérance intatigable au problème de la liberté ne suivraieuFils pas avec anxiété les mouvements de la pensée impériale et ne salueraientrils pas comme un heureux présage, toute parole de rEmpereur où se trahit la préoccuiiation de ravcnii' libéral de la France (t)'? ».
Ce présage devait être trompeur et ce discours n’eut pas de leudemaiu. Ce n’esl ({iie -trois ans plus tard que. l’Empereur reprit révolulion liliérale dont il semblait e.squisser le jdan. Des deux semences qu’avait paru jeter l’Exposition de Londres une seule devait germer immédiatement : rtnternatiO'Uale reviul. pour ainsi dire toute lormée d’Angleterre ; les progrès libéraux devaient attendre.
L’Exposition de 1802 fut le signal d’un mouvement marqué vers rinternationalisme sinon le cosmopolitisme des expositions. Tandis (iircnlre les expositions de 1851 à Londres et de
(1) Eugène Foecade. Chronique de la Quinzaine. lievue des üeux-Mdndes du 1" février 1863, p. 739.
1855 à Paris ne s'intercalent que les expositions de Dublin et de New-York, les quatre années qui séparent l’exposition de 1862 à Londres de l’exposition de 1867 à Paris sont marquées chacune au moins par une exposition internationale, une même, par plusieurs expositions cosmopolites.
L’année 1863 compte une seule exposition vraiment internationale, une exposition universelle, l’Exposition de Constantinople. Il y eut bien aussi pendant les mois de juillet et d’août une exposition à Wiesbaden. Mais cette exposition n’était ouverte qu’aux produits des Etats limitrophes du duché de Nassau dont Wiesbaden était la capitale (1). Or ce duché destiné à disparaître à la suite de la guerre de 1866 était enclavé entre le grand duché de Hesse, la ville libre de Francfort et les provinces prussiennes du Rhin et de Westphalie. C’était donc une exposition germanique et même d’un germanisme partiel puisqu’elle ne s’étendait qu’à un petit nombre de contrées de l’Allemagne. On ne peut donc guère la ranger parmi les expositions internationales.
L’Exposition de Constantinople au contraire était ouverte à toutes les nations. Les bâtiments couvraient une superficie de 5.000 mq. Le palais construit dans le style du xv® siècle, époque de la splendeur de l’art ottoman, était l’œuvre d’un architecte français, M. Bourgeois, secondé, pour la partie décorative, par un artiste français, M. Léon Parvillé. On remarqua surtout les collections de tabacs du Levant. L’exposition ouvrit le premier jour du mois de Ramazan (19 février). Elle dura trois mois (2).
(1) I.AVIALLE DE Lameillère. Aperçu chronoloolquc et stallsUe/ue sur les Expositions de l’Industrie. Exposition ttniversclle de isei. Catalogue général prolégomènes, p. 32.
(2) Id., /(!., ibid.
L’année 1864 n’eut qu’une expositiO'n et une exposition d’un internationalism-e restreint, l’exposition de Bayonne.
L’exposition de Bayonne était une exposition franco-espagnole. L’achèvement en France des chemins de fer aboutissant à Bayonne, rouverture en Espagne de la ligne « Del NoTte » qui mettait en communication la France et la péninsule firent naître l’idée de célébrer par un grand concours industriel des événements qui annonçaient une ère nouvelle dans les relations entre les deux pays. L’exposition fut l’œuvre d’une société privée. Cette société réunit un capital de 60.000 francs. Elle reçut des subventions de 20.000 francs de la ville de Bayonne et de 5.000 francs du département des Basses-Pyrénées. Il y eut 2.000 exposants environ de France ou d’Algérie et d’Espagne.On décernaOQO récompenses(l). Ouverte solennellement le 18 juillet, en présence du maire de Bayonne, du préfet des Basses-Pyrénées, du général baron Durieu, du maire de SaintrSébastien, du gouverneur du Guispuscoa et de M. Olozaga aneiien président du conseil des ministres d’Esr pagne (2), elle ferma à la fin de septembre.
L’année 1865 eut quatre expositions internationales, trois universelles: les e.xpositions de Cologne, de Dublin et de Porto, une d’un internationalisme limité, l’exposition de Bordeaux.
L’exposition de Cologne était l’œuvre de la municipalité et de quelques industriels. L’exposition avait lieu dans des constructions temporaires élevées pour elle dans les jardins récemment plantés de la société Flora. On y remarquait les canons Krupp qui devaient tant attirer fattention à Paris
(1) Lavialle de Lameillère, Aperçu chronologique et stutlstique sur les Expositions de l'industrie. Exposition universelle de I8S7. Catalogue général prolégomènes, p. 33.
(2) Moniteur du 21 JuiUet 1864.
deux ans plus tard. L’exposition se complétait par des expériences de locomotives de route qui avaient lieu sur le chemin de Cologne, par des manœuvres de pompes à incendie qui avaient lieu dans une tour en bois érigée au bord du Rbin. L’orchestre de Frédéric Hiller, des chœurs formés de jeunes filles des meilleures familles associaient la musique au concours industriel. Il y eut 800 exposants dont 180 français. L’entreprise était placée sous la présidence du prince royal de Prusse qui vint inaugurer l’exposition le 2 mai. Après un discours de M. Bachem le premier magistrat de la ville et une réponse du prince, le cortège officiel visita l’exposition : cette visite ne dura pas moins de trois heures. Le soir, un banquet donné dans le jardin d’hiver de la Flora réunit sous la présidence du prince plus de 300 convives (1).
L’exposition de Dublin ouvrit une semaine plus tard le 9 mai. Le gouvernement français avait désigné un commissaire pour veiller aux intérêts de nos nationaux (2). Il y eut 117 exposants français : ils obtinrent 80 médailles et 22 mentions honorables (3).
L’exposition de Porto était l’œuvre d’une compagnie particulière à laquelle le gouvernement portugais avait accordé une subvention. Elle compta 3.911 exposants de toutes les nations. Elle se trouva à cheval sur les années 1865 et 1866. Ouverte en effet le 18 septembre 1865, elle ne ferma qu à, la fin de janvier 1866 (4).
L’Exposition de Bordeaux était la onzième que donnait la
(1) Ed, ANDRÉ. Exposition internationale et inaustrlelle de Cologne. Moniteur '^'^l^rMo/iUeur^du S avril 1865.
(3) Moniteur du 1° chronologigue et statistique sur les
prolégomènes, p. 33.
Société Philomathique de la grande cité girondine, mais c’était la première qui revêtît un caractère nettement international. Deux pays étrangers, l’Espagne et le Portugal, dont notre grand emporium du Sud-Ouest est voisin y participaient. Si les villes « expositionnelles » sont marquées de signes distinctifs, Bordeaux semblait prédestiné deux fois à devenir le siège de concours internationaux, car il rassemble en lui les traits de deux cités où se sont tenues des expositions universelles. D’un côté le port de Bordeaux ressemble à celui de la Nouvelle-Orléans. « A l’endroit où elle baigne les quais de Bordeaux, dit M. Louis Simonin (1), la Gironde forme un croissant comme à la Nouvelle-Orléans le Mississipi: de là le nom de « port de la Lune » donné autrefois à Bordeaux et celui de Crescent-citi) que porte la ville américaine; de là aussi le croissant que Bordeaux a toujours maintenu dans ses armes. Ce n’est pas le seul point de comparaison que l’on pourrait établi]' entre les deux cités. Les quais de Bordeaux rappellent les levées du Mississipi; son port où se pressent les navires a quehjue ressemblance avec celui que fondèrent les Français il y a un siècle et demi à la Nouvelle-Orléans; mais les quais de Crescenlrcity où s’entrepose tout le coton de la Louisiane et de l’Arkansas, où ancre toute une flotte des sieamboats de rivière qui remontent jusqu’à SainhLouis, Cincinnati et Pittsburg (la distance de Marseille à Alexandrie) sont incomparablement plus animés, plus pib toresques que ceux de Bordeaux, s’ils sont moins grandioses. Le fleuve aussi y est plus large et plus profond. C’est le père des eaux, le Meschacébé des Indiens Chactas ». D’au-
(1) Les (jrands ports de commerce de la France. Bordeaux et le bassin de la Gironde. Revue des üeux-Mondes du 1" septembre 1877, p. 108.