‹ Essai historique sur les expositions universelles de ParisChapitre 6 sur 52 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

l'exposition de 1878

C'est une exposition londonienne qui avait servi d'avantcourrière à l'Exposition de 1855; c’est une exposition londonienne qui avait constitué le principal anneau de la chaîne reliant l'Exposition de 1855 et l'Exposition de 18t>7. Une série d’expositions londoniennes s’intercale entre l’Exposition de 1867 et l’Exposition de 1878. Mais elle est précédée, accompagnée et suivie d’autres expositions et les plus importants chaînons qui relient les Expositions de 1867 et de 1878 ce ne sont pas les Expositions de Londres, ce sont les Expositions de Vienne et de Philadelphie.

Deux ans ne s’étaient pas écoulés depuis PExpositioni de 1867, qu’une autre exposition universelle s’ouvrait à Altona. C’était sans doute pour fêter la réunion du Holstein à l’Allemagne que les vainqueurs de la guerre de 1864 donnaient ce concours cosmopolite, demeuré jusqu’ici la seule exposition universelle allemande, dans une ville si longtemps la seconde du Danemark. Ce concours compta 3.6Û(J exposants. Il y eut 614 exposants français. Une médaille d’or fut décernée à l’industrie française et on accorda à nos nationaux 362 ré-

compenses dont 33 diplômes d’iioimcur, 8 médailles d’or, 'i2 rappels de médailles d’or, 111 médailles d’argent, 121 médailles do bronze et 4(3 mentions honorables (1).

Dès le lendemain de l’Exposition de 1867, l’Angleterre avait manifesté l’intention de donner une exposition à Londres. Mais cette exposition était conçue suivant un plan nouveau.

L’Exposition était répartie sur un certain nombre d’années cl ne devait être complète qu’une fois le cycle accompli. Elle devait avoir chaque année une partie fixe et une partie mobile : la partie hxe qui reparaissait tous les ans comprenait une exposition des Beaux-Arts, une exposition d’art industriel et une exposition des découvertes et inventions nouvelles : la partie mobile l’exposition d’un certain nombre d’industries changeant tous les ans. Au bout do cinq ans (2) ou plutôt de dix ans, car le programme était arrêté pour une période décennale (3), on devait avoir achevé le i)ériple de l’industrie.

L’eixposition ouvrait chaque année le 1" mai pour fermer le 30 septembre. Elle axait lieu dans les bâtiments de South Kensington. L’Administration faisait tous les frais d'installation ; mais elle se réservait de disposer les objets à sa guise et de mélanger les produits des diverses nations. Elle n’admettait qu’un seul spécimen de chaque objet et ne permettait pas de vendre dans l’exposition (4). Pour échapper à ces conditions rigoureuses certains Etats obtinrent la, faculté d’élever des annexes où ils disposaient eu.x-mèmes les objets, en pou-

(1) Moniteur du 17 lévrier 1870.

(2) Alfred Picard. Extmltion internationale de muo. Itapport (jénérat, f. I. p. SIS.

(3) F. Chaulnes. Exposition internationale de Londres (C’ aunée). Journal oftlciel du 23 novembre 1871, p. 4599. •

(4) üzENNE et Du SOMMERARu. Hupport OU Ministre de V .iaricullure et du rominercc du 25 septembre 1871. Journal ojflclel du 24 octobre 1871, p. 4128.

vaieriL présenter jjlusieurs exemplaires, et avaient le droit de vendre, où ils pouvaient même exposer des objets ne rentrant pas dans les industries indiquées au programme de l’année.

I..a première de ces expositions eut. ben en 1871. Fdle- comjii'enait la céi'amique, l’industrie de la laine, renseignement..

Cette exposition fut brillante : ce qui frappa, surtout, c.e fut remploi de la terre cuite comme élément de conslruction. Au rentre de l’exposition, l’Albertdlall, grande salle de concert pouvant contenir dix mille personnes, était édifiée à l’aide de nouveaux matériaux, briques couleur de sang et carreaux vernissés (1).

Le prix d’entrée n’était i>as moindre de lù slietlings*. 11 y a\ait des billets de saison.

L’exposition s’ouvrit dans des temps particulièrement troublés. La guerre franco-allemande qui avait causé une profonde perlurbation en Europe finissait à peine et la France idait en iiroie à la guerre civile.

fille, fut inaugurée le l'’’' mai en pi'ésence du pi incc. de, Galles et. du prince Cliristian. La, reine vint la visit-''r le 6 mai. Le Times, du 2 mai étail, forcé de reconnaitre i^u’elle excitait flou d’intérêt, et (|n'elle no réussissait pas à altircr l'attention du public atisorbé par l'insurrection de la Commune. Aussi la seconde semaine ne coinfilaibon que'3n.718 vi.slteurs dont 2f(.C5f) munis de tiillels de saison.

La France avail dès le début décidé de firendre part à cette exposition : un crédit de 220.000 francs avait été ouvert pour la construction d'annexes et un crédit de 500.000 francs inscpit au budget de 1871 pour subvenir aux frais de l’exposition. Un

a) F, CiiADLNKS. Exposition internationale de Londres {T' .innée). Journal oifleiel cln 7 novembre 1871, p 43''il.

décret du 5 avril 1870 avait constitué une commission cliargée de la préparation des expositions londoniennes. Deux commissaires généraux, MAI. Ozenue et Du Sommerard, avaient été désignés. La guerre n'avait pas empêché rérectiou des hâtiments destinés à servir d'annexes à l’exposition française. Aussi le 1.5 mai's 1871, AI. Lamijreclil, Alinistrc de l'Intérieur, dés son arrivée à Paris manda Al. Du Sommerard et lui ordonna de [irendre les mesures nécessaires pour assurer la participation de la France à l’expositioin. dont rouverture n'était plus (}ii’à six semaines de date. Al. Du Sommerard partit le soir même i»our Lomli'és. Alais trois joiii’s a[)rès éclatait rinsiu'reclion de la Commune et l’interdit étaitnnis à Paris sur tcadi'.-> li.’S caisses à destination de Londres (1). La Commune se pi'olougeait et ['(niverlnrc de l’Exposilion ai)procliait. AL Du Sommerard s’avisa alors d'un ingénieux expédient: il eut l'idée de remplir provisoirement les galeries réservées à la h^'ance à l'aide d'objets de provenance française appartenant à des . Anglais. Le concours que lui apportèrent le prince de Ctalles et les membres de l'aristocratie britannique lui i>erniit de réunir une collection magniHque de produits exportés de l'art (d de l’industrie française et d’attendre le moment où les caisses pourraient arriver de France. EnQn la Coimmme prit lin, les émois purent èlre faits de Paris et l'ouverture de la seclion française eut lieu le 19 juin en présence du prince et de la princesse de Galles. - -

En dehors de l’espace qui lui avait été concédé dans les bâtiments de South Kensington, la France avait élevé une vaste anne.xe formée de trois galeries reliées' entre elles par des ar-

U) OZENNE et Df SojiMERARl). llappori mi }fhiistrc (li> l i'i i it ull iirr et du Coiiiiiirrce ^ur Ifs ex)iositioiis de Londrea. de Vienne et de Philndrliihie . Jnw nal officiel du 16 novembre 1877. v>. 'î'i58.

cades et entourant un jardin destiné à une exposition d’horticulture française.

On remarquait dans la section française un vase d’émail cloisonné exposé par la maison Christofle. Ce vase, destiné à l’Exposition de 18G7, avait été fendu à la cuisson et n’avait pu y paraître. L’ouvrier qui l’avait exécuté était tombé malade de chag'rin. Rétabli, il se remit à t’œuvre, et le vase achevé cette fois sans accidentiput figurer à l’Exposition de Londres. A chaque pas s’évoquaient pour le visiteur des souvenirs de la guerre. Ici c’étaient le Portrait du général Prhn et Une exécution sommaire sous les rois maures d’Henri Regmault qui venait de tomber à Buzenval; là le Charmeur d’un jeune peintre Victor Giraud mort d'un refroidissement contracté sur les remparts de Paris. Une toile de M. Ingoman représentant une litlette portant un enfant, iiui avait liguré au salon de 1870 avait été jiercée par un obus prussien et avait dû être réparée (2).

Le catalogue français n’avait pas moins de 1.151 numéros. Le succès fut complet et l’exposition amena un grand nombre de ventes qui profitèrent à nos nationaux : les organisa leurs de l’exposition avaient d’ailleurs constitué un bureau qui servait d’intermédiaire entre le public d’une part, et de l’autre les artistes ou ceux des industriels qui n’avaient pas de représentants. Les ventes à l’exposition môme s’élevèrent poui l’industrie à L5UO.OOO francs, les ventes pour les Beaux-Arts par l’intermédiaire du bureau se montèrent à 225.000' francs (1).

L'Exposition de 1872 comprenait les cotons et tissus de co-

(1) F. Chaulnes. Exj/osUion interituüonaU de Londres (l” année). Journal offteieb du 21 octobre 1871, p. ''il34.

(2) id. Ul. id. Journal

Officiel du 6 «ctobre 1871, p. 3846.

(3) OZENNE et Du SoMMERARi). liappoTt OU Ministre de V Agriculture et du Commerce. 25 septembre 1871. Journal officiel du 24 octobre 1871. p. 4127.

ton, la bijouterie, la joaillerie, les instruments de musique, les appareils d’acoustique, la papeterie, la librairie, l’imprimerie. On y remarqua surtout des reproductions en plâtre de mouumeuts anciens et de chefs-d’œuvre de rarcliiiecture de tous les pays notamment du porche du monument funèbre élevé à la mémoire du Sheik Salim à Fullahpour-Suri dans l’Inde Supélàeure et de détails architecturaux du palais et des appartements du rajah à Delhi. On y voyait ligurer l’appareil pneumatique en usage pour l’envoi tles dépêches intérieures à Londres et aussi, attestation des préoccupations du moment, un nouveau canon rayé (i).

Cette exposition, bien qu’elle se tînt dans des circonstances moins troublées, marque cependant un déclin sur la précédente. « L’Exposition, écrivait M. Chaulnes (2), l’Exposition n’a pas tenu toutes ses promesses. Les produits envoyés ont été un peu moins nombreux qu’on aurait pu l’espérer, les exposants moins empressés, et conséquemment les visiteurs pliis rares. » La coïncidence de l’exposition et du salcn annuel d(‘ peinture rendait les galeries des Beaux-Arts presque vides (.3).

La section française se ressentit de l’atonie générale. Notre annexe en 1872 présentait à peu près les mêmes objets qu’en 1871 (4). Cependant comme peinture et sculpture le gouvernement français avait exposé les œuvres qu’il avait acquises depuis six années. On remarquait parmi tes nouveautés dans les arts industriels des plaques décoratives de M. Collinot,

(1) I. Chaulnes. Expotitlon de Londres (2' année). Journal officiel du 20 septembre 1872, p. 6103.

(2) Exposition de Londres (2* année). Journal officiel du 20 septembre 1872, p. 6103.

(3) F. Chaulnes. Exposition de Londres (2* année). Journal officiel du 20 septembre 1872, p. 6103.

(O id.

id.

kl.

dans la papeterie, les robes en papier d’une parisienne, Mme Marie .Schild. Dans la joaillerie, un seul Français, M. Philippe, a.vail. exposé (1). Le catalogue de la seclion trançaise ne conlenait rpie 843 numéros.

D’ailleurs l’Exposition de Londres se l.rouvait coïncider avec une exposition universelle française, l’exposition de Lyon, ce ipri explique la diminution du nombre de nos compalriotes expoisanls comme aussi un moindre concours d’exposanis, et une moindi'c atHuence de visiteurs du conl.inent.

La (roisième exposition, l’Exposition de 1873, devait comprendre les produits fabriqués de la soie et du velours, l’acier et les jirodiictions en acier, les instruments de chirurgie, les voilures, à rexceplion des wagons de chemin de fer et des wagons à li'aclion mécanique, les substances alimeidaires ('2).

Si rexposition précédente avait pu soulTrii' de 'a concurrence de l'Exposilion de Lyon, celle-ci devait è!re Iden autrement éprouvée ])ai' la rivalité de rEx})osilion de \deuuc. Pour ibdl('r de disiierser notre effort, le Gouvei nemcnt Iran çais s'alisliul de parliciiier à l'Exposition de Londres id. un M)te <ie i'.Vsseiul'l('e nationale appliqua à l'Exposition de \ ienne le, crédh de 250. (K)U francs qui avait été accordé ])onr l’exlnl»ition hi’ilaïudipie. L’abstention du Gou\erneinent français fid nuitée pai' ptiisieurs pays, et un grand uoinhi'c de fa.ljricants anglais se réser\èrent eux aussi pour le gi'and coucoui's aulrieliieu. Lùidiuiuistration <le l'Exposiliou (dieiclia à conjurei' les ellels de cette déseidion en oi'gauisani des exhiliitions de puj'e cuiaosilé. ainsi que des conférences. Elle ne

(1) F. Chaulnes. E.rijositioii üc Laiidres ['2° année). Journal vtficicl au 30 septembre 1S72, p. 626d.

(2) Troisième ExposUlon internationale à LottcJres. Journal officU’l du 23 septembre 1872, p. 6147.

put conjurer un échec complet (1).

L’Exposition de 1874 scinbl3.it devoir èlrc plus hcuieuse, puiscprelle n'avait aucune rivale. Elle devait comprendre les dentelles, le génie civil, le chauffage, les cuirs, la reliure, les vins étrangers. Le catalogue français ne comptait pas moins de 972 numéros. Lu remarqua particulièrement l’exposition de la Ville rie Paris et l’exposition de notre Service des IM'onuments liistoriques. Mais ces attractions ne prévinrent pas nn nouvel écliec. L’Exposition de Vienne était trop récente ponr ([u’une exposition partielle pût offrir ([uelque intérêt. En outre dans les trois pi'écédentes expnsit.ions les visiteurs pouvaient se promener à tra^'ers les magnilu[ues jardins de la. Société d’Horticul ture. Mais des dissentiments ayant éclaté entic la Société d’IIorliculture et les Commissaires de l’Exposition, les visiteurs des galei'ies i)erdirent la. jouissance des jardins. Découragé de ces mécomptes l'épétés le Conhlé directeur décida dès les premiers joiirs de mai (lue cette exposition serait la dernière '2h

Ainsi finit la grande exposition anglaise par expositions fractionnaires sériées. Elle avait sans doute, comme le signale M. Alfred Picard (3), des défauts d'organisation. Aucun rapport n’en résumait les résultats. Le rapport sur la première exposition avait soulevé de tollas réclamations ([u'on avait renoncé à en publier sur les sui\:uites. Il n’y avait pas de récompenses. Enfin, ainsi que nous l'avons dit, les produits des diverses nations étaient mélangés, et il était interdit de vendre les objets exposés. xMaisà ces inconvénients il était remédié notamment

(i) Alfred Picard. Kxiioaitiun interriatidinile <l<: ifiS9. Haintort ijciicral, t. I, |>. Î17

(-2) i(i. id. id t. I., p. 218.

(3) Exi'OSition internationale de tSS9. Rapport ijénérat. t. I, p 319,

pour la France par la création d’annexes où la vente était permise et qui groupaient tous les produits d’un pays. Le vice fondamental, c’était le système même d’exposition parcellaire qui abo'utissait à faire de ces assises du travail des exhibitions de spécialités techniques.

Ce système n’avait pu d'ailleurs être maintenu dans toute sa l igueur, cai-, d'une part, les annexes nationales échappaient à la limitation du programme, et, de l'autre, les exposants euxmêmes avaient dès la seconde année découvert une lirèche par où ils pouvaient introduire dans la place à peu près tous les olijets fabriqués : l’exposition des arts industriels était en effet ouverte chaque année, et quel est l’objet, en dehors des matières brûles, qui ne puisse rentrer dans les objets d’art indus- Iriel (I)? On aboutissait donc à avoir chaiiue année une exposition é(iuivo(iue, spéciale en apparence, en réalité sans limites, une sorte de fausse exposition universelle, dont le caractère ambigu et la répétition trop' fréquente ôtaient tout l'intérêt.

Celte fréquence avait un autre inconvénient: l’exposition risquait de se trouver en concours avec d’autres expositions sur divers points du globe.

C est ce (jui se produisit dès 1872 : l'Exposition de Londres se trouva avoir pour concurrentes deux expositions universelles, lExiiosil inii de Lyon et l’Exposition de Lima, une cxiiosition d’un internationalisme restreint, l’Exposition de Logota et une exiiosition que l’on pourrait appeler partiellement universelle, l'Exposition polytechnique de Moscou.

L’Exposition de Lyon n’était pas la première exposition in-

(1) F. Chaulnes. Exposition Internationale de Londres (2' année). Journal officiel du 30 .septe.nbre 1872, p, bU)3.

ternationale qui se tînt dans une ville de province puisque dès 1850 Bordeaux avait réservé une salle de son exposition aux produits étrangers et qu’en 1865 elle avait admis l’Espagne et le Portugal à concourir avec la France, puisque Bayonne en 18G'j avait ouvert son exhibition aux produits espagnols; mais tandis que les expositions de Bordeaux et de Bayonne étaient des expositions d’un internationalisme limité, l’Exposition de Lyon cosmopolite et encyclopédique, était vraiment une exposition universelle admettant tout et tous.

Le siège de l’Exposiüon était heureusement choisi. Non seulement Lyon fut la métropole politique des Gaules — une métropole (lue Napoléon songea, ce semble, un instant à restaurer en y transportant sa résidence (1) — et est encore la métropole religieuse de la France — l’archevêque de Lyon est primat des Gaules — non seulement Lyon était à cette époque par la population la seconde ville tle France, mais, comme le dit Victor Hugo (2), « Lyon est le point d’intersection do ce qui a été jadis Pvome et de ce qui est aujourd’hui la France. Aujourd’hui, entre toutes les villes d’Europe, Lyon représente l'initiative ingénieuse, le labeur puissant, opiniâtre

et fécond, cette chose touchante et sublime . la pauvreté

créant la richesse ». L'emplacement de l'exposition n’était pas moins propice. Les hospices de Lyon possédaient autretois au delà des Brotteaux sur la rive gauche du Rhône de vastes terrains formant les domaines dits de la Part-Dieu et de ta Tète-d'Gr. La ville de Lyon les acquit le 26 février 1856 et y créa une sorte de Bois de Boulogne lyonnais. C'est dans ce parc dit de la l’ête-d’Or, l'un des plus vastes de l’Europe, — il n'a pas

(1) Le Palais du Trocadéro, p. 22.

(2) Les Ouvriers lyonnais Salle du Château d'Bau, 25 mars 1877. Depuis l'exil, édit, la-32, 1 VII, p. 28.

moins de 114 hectares, — qu’eut lieu l’exposition.

Le bâliment se composait d’une suite de galeries et de pavillons se développant sur une longueur de 1.500 mètres. La galerie des machines en bois avait 18 mètres de hauteur totale. L’exposition présentait aux v isiteurs un chemin de fer aérien. (l’éUut une nouveauté, — - VEJevaled rnihoaij de New- York ne devait être inauguré que ciiu] ans plus tard en 1878 — ■ et cette voie l'éeri((ue permctlait aux voyageurs de contempler l’admiralde panorama de ta grande cité. L’exposition était riche en l)roduits des colonies : c’était dans l’exposition de l’Algérie que se trouvait le seul objet, ce semlde, qui représentât l’élément rétrospectif : la collection des poteries et plats arabes anciens de M. Costa de Constantine.

On n’y voyait rien qui rappelât la galerie d’éconoinie sociale; cependant un faliricant lyonnais de vêtement, AI. Alarotteau, s’était avisé d’une innovation qui correspondait aux idées directrices du Groupe X de l’Exposition de 1867 ; sur chacun des vêtements qu’il exposait il a.vait inscrit le nom de l’ouvrier qui l'avait confectionné (1).

Mais ce qui frappait dans cette exposition ouverte moins de dix-huit mois après l’année terrible, c’étaient les souvenirs qu’elle évoquait de la guerre et de la commune. Les Alsaciens- Lorrains jaloux de se rattacher à cette France à qui on les arrachai t y avaient iai'gement participé. La maison Iluber de Sarreguemines y montrait ses peluclies noires (2). De Mulhouse les Dollfus Mieg avaient envoyé des fils d’Alsace et des dessins imprimés, les AVeis Friès des étoffes pour ameu-

I) Il I. Exposition universelle de Lyon. Journal officiel du 18 novembre 1872. Il, 709-2.

(-2) i(l. iil. Journal oijiciel du 19 novembre 1872,

blement, la maison Kiechlin des tissus imprimés pour robes. La maison Gros Odilo Mazoreau de Weissenling présentait des étoffes blanches et les fabricants de tissus pour robes de Sainte-AIarie-aux-AIines avaient organisé une exposition collective (1).

D’autres objels faisaient revivre les deux sièg'es de Paris; c’était le dessin de Gustave Doré exposé dans la section des Beaux-Arts: Sauvons Paris; c’était la \ itrine de la maison Soutrice et Gie. Cette maison, qui avait étaldi une usine à St-Denis en vue de l’écumage do la Seine et de rutilisation des graisses perdues, montrait les produits qui avaient servi d’aliments pendant le siège de Paris, l)eurre arliliciel, pâté de foie de cheval et en outre de l'huile recueillie sui' la Seine après les incendies de la Commune et des d('‘chets troina'S dans les magasins généraux (2). A une \itrine \oisine vn voyait le, consommé à la minute Julien qui avait servi de pot-au-feu obsidional

L’exposition ouvrit en juillet. Le Ministre de l’Intérieur. -M. \hctor Lefranc, vint en jirésider rinauguratioii ; « Messieurs, disait-il, dans son discours, Lyon donne en ce moment à cette place un bel exemple à la France. Begardous l’exfiosilion lyonnaise. Souvenons-nous... des effroyables événements qui font traversée et auxquels elle a survécu et prenons-la pour un des plus éclatants témoignages par lesquels la France iiflirine ([u'elle est unanime pour renaître aux yeux du monde et à ses propres yeux, à cette vie fatalement interrompue de paix, d'activité et de liberté qui sera toujours son vrai bonheur

13) H. L. Erposilion unicerseUe de Lijon. Journal officiel du 19 novembre 187i, p. 71 2U

(2) Ul. id. Journal officiel du 29 octobre 1872,

(3) id id. Journal officiel du 18 novembre 1872,

e|. sa vraie gloire ». Et il louait « cette belle pensée, née avant nos malheurs, conservée pendant nos épreuves et retrouvée vivante au jour de la régénération ».

Mais, d’un coté, les blessures du pays n’étaient pas encore assez cicatrisées pour que le succès pût couronner unn pareille (‘nti'opj'ise; de l’auli'e, la concurrence de l’Exposition de Londres à la(}uelle la France prenait part faisait tort à notre Exposition natio'nale. Aussi VExposition de Lyon comme l’Exposition de Londres n’aboutit-elle qu’à un résultat médiocre.

Ni l’Exposition de Lyon, ni l’Exposition de Londres ne pouvaient en revanche beaucoup souffrir de la rivalité de l’Exposition de Lima.

Dès 1869 Lima avait donné du 18 juillet au 15 août une exposition industrielle. En 1872- elle renouvela la tentative en l’élargissant. Parmi les villes de l’Américiue du Sud situées sur le versant du Pacifique, Lima était mieux que toute autre en mesure d’ouvrir une exposition universelle. A douze kilomètres seulement du port de Gallao, Lima marque en quelque sorte le premier stade de la cote sud-américaine à partir de l’isthme de Panama. Grâce au chemin de fer de Colon à Aspinwall, c’est l’un des points de la côte américaine du Pacifique le plus facilement accessibles aux Européens. Les organisateurs de l’Exposition avaient pris pour modèle l’Expoeition de Paris en 1867. Les bâtiments répaitis sur 200.000 mètres carrés étaient en général disposés comme ceux du Gliamp de Mars. On voyait dans l’enceinte des jardins, des villas, dés grottes, des lacs, des cascades, des pavillons pour les animaux vivants et les ustensiles agricoles; un Jardin botanique et des volières, et les splendeurs de la nature tropicale dédommageaient des lacunes que pouvaient présenter les collections techniques.

« En général, écrit le publiciste à qui nous empruntons ces détails (1), les matières premières dominent et cependant la ville de Lima, au moins en quelques branches, a présenté des produits industriels qui méritent considération, produits dus, il est vrai, à des étrangers fixés dans le pays, tels par exemple que les machines et les objets en fer tondu sortis des fonderies de Bella Vista et de Padre Siza ». Au reste la production européenne était faiblement représentée, sauf au département des machines où triomphait l’industrie anglaise et l’Exposition de Lima était « moins internationale que péruvienne ».

L’exposition devait ouvrir le 1" juillet. L’ouverture fut reportée au 28 juillet jour anniversaire de la proclamation de la République péruvienne. Comme si le Pérou eût voulu compléter l’exposition par le specTacle de ses crises politiques, la période de l’exposition coïncida avec un état particulièrement troublé. Le président de la République José Balta élu en 1868 arrivait le 2 août à l’expiration de ses fonctions et un autre président déjà élu, Manuel Pardo, devait lui succéder. Le ministre de la guerre Guttierez, décida Balta à conserver le pouvoir au delà du terme légal; mais voyant le président céder aux représentations qui lui étaient faites, il le fit arrêter le 21 juillet et le 26 le frère du ministre l’assassinait. Une révolte éclata aussitôt, Guttierez et ses frères furent tués, le viceprésident dé la République Ceballo pnt le pouvoir pour le remettre le 2 août au président élu Manuel PardO'. On voit à quels drames sanglants l’Exposition sen ait de décor.

En même temps que l'Exposition de Lima l’Amérique du

(1, ExiiOsllion internullonalf de Lima. Journal offichl du 18 septembre I87i, p. 6ÜB9.

Sud avait une autre exposition internationale, l’exposition de Bogota.

J>'Kxi»osilion de Bogota était une exposition d'un internationalisine reslreint ; elle n’adinettait que les produits de l’Amérique du Sud. Bogota, ea])itale des Etats-Unis de Colomlue, co'inptait en 1872 de 3U à 'lO.UUd habitants (1). U'un abord jna,laisé, loin du littoral (2), mais dans une situation charmante au pied des montagnes de Guadaliijie et de Montserrat (3), elle dut sans doute à son ancienneté comme à sa réputation de beauté et de ijolitesse — elle tut fondée en 1558, on rappelait la <( Cité des Ihdais » et la k Aoii\elle Athènes» (!) et un voyageui’ en JSbV) la considf'rait cunime la ville la plus or\ ihséc de la Nouvelle Grenade (5) — rhonneur d’être choisie pour siège de. l’Exposition du N'oineau Monde Latin.

Si les expositions de Lima et de Bogota pouvaient se nuire mutuellement, elles ne pouvaient faire aucun tort à l’Exposition de Moscou.

L’Exposition de AIoscou était ouverte à toutes les nations, mais elle ne comprenait qu'un choix d’industries. Elle se l'approchait ainsi des expositions londOiniennes. Elle comju'enait des sections militaires, de marine, de Sébastopol, d’économie rurale, d’instruments de physique et d’appareils photographiques^ de minéraux employés dans l’industrie, de mines, de postes et télégraplies, d’architecture, de sylviculture, de chemins de fer, d’économie domestique, de musique, de typograpliie, de pédagogie, de chasse, de zoologie.

(1) Elisée RECLUS. Nouvelle Géoijraphie universelle, t. XVIII, p. 323.

(2) ici. id ibid.

(3) Edouard André. L’ Amérique Equinoxiale. Tour du monde, 1877, II p. 50.

(4) JJocteurSAFFR.iY Voijuije à lu Nouvelle Grenade. Tourdu Monde, 1813, II p. 86.

(5) id. id. id. Tour du Monde, 1873, II,

Ellle avait lieu dans l’intérieur et dans les jardins du Kremlin, au liord de la Aloskoiva ainsi que dans le Manège militaire de Moscou. Les olqets n’occupaient pas moins de quarante bâtiments. Les trais turent évalués à 325.000 roubles (1). I^es souscriplions'avaieiit tourni 200.000 roubles et le tiers des bâtiments avait été payé par le Trésor, (iuvert le 1" juin, l’exposition dura trois mois.

La distribution des récompenses eut lieu le il décembre i872 en présence du grand-duc Constantin Nicolaiewitcb, protecteur et président lionoraire de l’exposition. Les Français qui comptaient iO exposants obtinrent 41 récompenses : 4 diplômes d'Iionneur de première classe, 20 grandes médailles d’or, 5 petites médailles d'or, G grandes médailles d'argent, 2 petites médailles d'argent, 4 mentions honorables; c’était plus d'une récompense par personne. Un des exposants, en effet, AL A\'olllier, avait obtenu à la fois une grande médaille d'argent dans la section de physique et une petite médaille d’or dans la section technique (2).

L’année 1873 en dehors de l’exposition fragmentaire de Londres, et d'un essai d’exposition uni^•ersello sur les ruines encore fumantes de Chicago ne compte qu'une ('xpositioii. mais c'est l'Exiiosition de Ahenne.

De toutes les nations de l'ancien monde aucune n’avait subi une métamorphose aussi comi)iètc (pie l'Empire .Austro-Hongrois. <( Depuis Sado^va, écrivait un voyageur (jui visitait A'ienne en septembre 1860, depuis Sadowa, r.Autriche est en évident travail de transformation. L'esprit d'industrie et de liberté a passé par la trouée qu'ont faite les Jioulets prussiens (3) ».

(1) Messaijer Officiel de Ilussie cité Journal Officiel du IG mai 1871. p. 3187.

(2) Exposition de Moscou. Distribution des rêcouipenses . Journal officiel du 1.') janvier 1873. p, 267.

(3) Frédéric Béch.ard De Paris à Constantinople, p. 59,

De toutes les vieilles capitales de l’Europe, aucune n’avait subi une transformation aussi rapide et aussi radicale que Vienne. Les formications avaient été démoliies en t855 et sur reinplacenient des remiiarts avait été inauguré le t®*' mai 1863, un boulevard circulaire, le liinfjs, l'anneau, autour duquel rayonnaient trente-cinq faubourgs, noyant rancienue ville dans une nouvelle cité huit fois iilus peuplée (1). L’Etal, la province et ta ville s’étaient associés pour le gigantesque travail <le la rectilication du Danube, dont cliacun d’eux devait sup[)orter jiour un tiers les déi)euses; et l’on rêvait d’édifier sur les terrains arrachés au fleuve une métropole du Danube, Donaustadt (2).

N'ienne d’ailleurs » le ])oint ceniral de l'Europe », dit Elisée lieclus (3) (< la ville du monde Welslstudl », comme l’appellent un peu prématurément tout au moins ses habitants, était un lieu naturel de rendez-vous international. Si ses détracteurs la traitaient jadis de «. Capoue de l’esprit (4) » ses partisans répétaient : « Il n'y a qu’une ville impériale au monde, il n’y a qu’une Vienne (5) ». « La situation géograplii(iue de Vienne, dit IVL Newlinski (G), entre les nations les plus civilisées de l’Oficident et cette terre d’Orient, toujours pleine de mystère, en fait le trait d’union naturel entre deux civilisations ».

L’année 1873 devait voir s’accomplir la vingboinquième année du règne de François-Joseph, monté sur le trône le 2 décembre 1848. Il était donc naturel que l’on voulût célébrer

(1) V. Dukuy, De Paris à Buharest. I, De Paris à Vienne, p. 463.

(2) Louis Reybaud. L’ExposUion de Vienne de 1873. Revue des Deux-Mondes du 1" décembre 1873, p 676.

(3) Nouvelle GéoijrapMe Universelle, t. III, p. 204.

(4) V. Di’ruy. De Paris à Ruharcst. 1, De Paris à Vienne, p. 444.

(5) NEWLINSKY. Vienne et sa banlieue. Tour du Monde, 1881, II, p, 369.

(6) Vienne et sa banlieue. Tour du Monde, 1881, 11, p. 372.

Ce jubilé par un grand concours international.

Le novembre 1871 le Journal ofliciel publiait le programme d’une exposition universelle qui devait s’ouvrir à Vienne le 1" mai 1873.

L’em.placemient choisi était le Prater. Le Prater est un parc aux portes de ^'ienne; c'est une propriété de la couronne. Longtemps les Habsbourg s’en étaient réserve la jouissance exclusive, mais .loseph 11 l’ouvrit à ses sujets en 1766 (1).

« On ne Irouvc nulle part, dit Aime de Staël (2), si près d’une capitale une promenade qui puisse faiire jouir ainsi des beautés d’une nature à la fois agreste et soignée. Une forêt majestueuse se prolonge jusqu’aux bords du Danube; on voit de loin des troupeaux de cerfs traverser la prairie; ils reviennent chaque matin, ils s’enfuient chaque soir, quand l'affluence des promeneurs trouble leur solitude ».

Si les chevreuils ijui hantaient aussi ces bois citadins ont disparu pendant les troubles de 1818 (3), les cerfs les fréquentent toujours (4) et le Prater reste une délicieuse forêt urbaine. (( On peut la comparer, dit AI. Xevdinski (.5), dans une certaine mesure aux promenades célèbres de Paris, de Londres et de Berlin, mais toujours la comparaison pèche par quelque côté. Ce n’est ni le Bois de Boulogne, ni Hyde Park, ni le Thiergarten. C’est quelque chose de tout cela avec un côté tout spécial iiui ne peut appartenii' qu’à une situation aussi typique et aussi distincte ». n Figurez-vous, écrit AI. Victor Tissot (6), les Champs-Elysées et la foire de Saint-Cloud au

(t) Victor FoURNEL De Paris d l'Exposition de Vienne. Voyaijcs hors de ma chambre, p. 297.

isi De i Aile n tau ne. i. \ai. Œuvres complètes, éd Panthéon littér.\ire, t. II,

(31 Newlinski. Vienne et sa banlieue. Tour du monde, l«si, 11, 394.

i4) V. DuRCY. De Paris à. Hukharest . I. De Par's à Vienne, p. 428.

(5) Vienne et sa banlieue. Tour du monde, 1881, II, p. 395.

\à) A travers l'Autriche. Correspondant, du 10 ’évrier 1878. p. 445,

milieu du Bois de Boulogne. »

L’emplacement était d’une beauté hors ligne. Il était aussi d’une ampleur jusqu’alors inconnue; l’exposition occupait une étendue cinq fois plus grande que l’Exposition de 1867. Elle avait une aire de 1.83'!. 000 mètres carrés. Les édifices répondaient au décor. Les bâtiments couvraient une superficie de 246.000 mètres carrés. <( L’ensemble des constructions, écrivait un publiciste, offre l’aspect d’une véritable ville avec ses tours et ses coupoles, ses gares (1) ».

On avait en effet renoncé au système de l’unité de palais suivi en 186/ et l’on avait adopté précisément la division que les circonstances avaient imposée à la première exposition française. Comme à Paris en 1855, il y avait à Vienne en 1873, quatre grands corps de bâtiments.

Le plus important était le palais de l’Industrie : il se composait d’une galerie principale dite « transept » et de galeries perpendiculaires. Ces galeries laissaient entre ell^.s des cours, ofi étaient érigés des pavillons. Le transept était partagé entre les Etats allemands et les Etats non allemands.

An milieu du transept se trouvait un péristyle et s’élevait une rotonde en fer de iÛ8 mètres de diamètre. Cette rolonde avait 18 mètres de haritcur dans sa partie cylindrique, mais la coupole montait jusqu'à 72 mètres au-dessus du sol. « Sous cette voûte, dit Elisée Reclus (2), sous cette voûte de 350 mètres de circonférence, édifiée par l’ingénieur Scott Russel, les dômes de Saint-Pierre et de Saint-Paul deux ou trois fois moindres feraient pauvre figure comme grandeur ». « Mais, ajoute-t-il, les dimensions ne sont pas la beauté». Une cor-

(1) Correspondance (jénéruh; autrichienne du 3( mars 1873. Citée Journal otflciel du 2 avril 1873. p. 2311.

l2J Nouvelle uéoQraphlc universelle, t. III, p. 204.

beille de fleurs reves occupait le centre de la rotonde. Un ascenseur transportait les visiteurs jusqu'au balcon intérieur qui régnait à la base de la coupo'e. De là on j)Ouvait gagner la première galerie extérieure et enfin le belvédère supérieur. De ce belvédère, on jouissait d'une vue merveilleuse ; l’on voyait le Danube se dérouler à travers les plaines de l’arclii duché d’Autriche jusqu’au Kalilenberg (1). Cette rotonde a été conservé".

Ce palais ne laissa pas de soulever des critiques. « Grâce à son d'ôme et à ses galeries, dit Victor Fournel (2), le palais offre au premier abord un aspect plus monumental que l'énorme chaudière en tôle et zinc de notre Champ de Mars en 1867. Le second aspect lui est moins favorable ; on remarque alors l’analogie de ces galeries transversales qui coupent à angles droits la principale galerie avec les dents d’un peigne ou les arêtes d’un poisson et le dôme colossal, gauche et trop surbaissé produit l’effet d'un para[)luic gigantesque déployé sur ce grand étalage ».

Les autres grands bâtiments étaient un large pavillon destiné aux produits et aux machines agricoles; une halle aux machines qui s’étendait parallèlement au Danube et avait la même longueur que le palais de l’Industrie; enfin un palais des Beaux-Arfs remarquable par l’excellent aménagement de l’éclairage. L’incertitude du climat de Vienne et la brusquerie (les changements de température avaient déterminé à construire des galeries couvertes qui permettaient de passer à l’abri d'un palais à un autre.

Autour des grands bâtiments de fexposilion voltigeait

1) Louis Reybaud. L' ExposHion de Vienne de IS73. Revue des Deux-Mondes ,1a 1" décembre 1873, p. 682.

(2) De Paris à l'Exiiosition de Vienne. Voyaijes hors de ma chambre, p. 301.

comme un essaim de kiosques ou de pavillons : le pavillon de la Nouvelle Presse Libre, le grand journal de Vienne; le pavillon de Sheffleld : le i)avdlün du Lloyd aulricliien, où se tronvr-iit, une colleclion de modèles en miniature de la flotte d*^ la arrande Compagnie de nax igation aulrichienne ; enfin le pHviiinn des princes Jean-Adolphe et Adolphe-Joseph de S'diwartzenherg. qui, ]iropriétaires de centaines de milliers d’hectares en terres et en torèls, exposaienl les modes d’exploitation et les produits de leurs domaines presque royaux.

Tfexposilion était divisée en vingt-six groupes ; 1° Exploitation des mines et métallurgie; 2” Agriculture, culture de la vigne et des artu'cs fruitiers, horticulture, exploitation et industrie forestière; tfl Arls chimiques; 4” Substances alimentaires et de consommation comme produits de l’industrie; 5° Industrie des matières textiles et confections; 6° Industrie du cuir et du caoutchouc; 7° Industrie des métaux; 8" Bois ouvrés; 0'’ Objets en pierre, industrie de la verrerie et de la céramiiiue; 10° Tabletteiie, maroquinerie, liimlieloterie; 11° Industrie du papier; 12° Arts graphiipies et dessins industriels; 13" Machines, matériel de transport; l'i" Instruments de précision et (te l’art médical; 15° Instrumenls de musique; 10° Art niililaire; 17° Marine; 18" Matériel et procédés du génie civil, des travaux publics et de l’architecture; 10° Types de riialiitation bourgeoise; ses dispositions intél'ieures. sa décoration, son amenblemeiit; 20" Types de l’habitation rurale ; ses dispositions, ses ustensiles et son mobilier; 21° Industrie domestaïue nationale; 22° Ueiirésenlation de rinlluence des musées des Beaux-Arts aiipiiqués a fnidustrie: 23° Olflets d’art pour les services religieux; 24° Objets d’art des époques antérieures exposés par des amateurs et

deb \i!lectionneurs; 25° Beaux-Arls: œuvres produites depuis l’exposition universelle de Londres de 1862; 26° Education enseignement, instruction.

(lëtait, on le voit, une classification fondée sur la distinction des matières premières, de leur mode d’emploi, de leur application aux besoins d’abord matériels, puis artistiques et intellectuels ou moraux de l’homme.

Li ics mots U exposition rétrospective et dcxp'osition d’économie sociale ne figuraient pas dans le programme de l’Exposition de Vienne, les collections qu’ils désignent avaient leur place dans la foire mondiale.

Le passé était épars ou formait des expositions particulières. M. G. -F. Schmidt exposait le violon de Mozart, le violoncelle de Haydn et le violon de concert de Viotti (1). Dans l’exposition de la Perse se juxtaposaient des estampages dea inscriptions cunéiformes de Persépolis, des armes contemporaines de la conquête du pays par les Arabes; et des manuscrits de poèmes persans écrits en caractères d'or, d azur ou de pourpre sur parchemin ou sur vélin (2). Dans la section égyptienne le tombeau de Beni-Hassan groupait dans le fac-similé d’une ancienne sé<pulture un ensemble d’antiquités donnant l’idée de la vie au temps des pharaons (3j. Le groupe XXI était un véritable musée d’art ancien et les expositions de l’histoire des inventions, de l'Iiistoire des industries, de l’histoire des prix formaient comme autant de musées spéciaux.

L’économie sociale était représentée par les groupes relatifs à Lhabitation, à l'industrie domestique, à l’inlluence des

(1) F. Chaulnes. L’Exposition de Vienne. Journal officiel du 4 Juillet 1873, p. 4423.

12) Id. Ul. Journal officiel du 10 octobre 1873, 'i. 5,264.

(3) L’Egypte d l'Exposition internationale de Vienne. Journal officiel du 16 mal 1873, p. 3287.

musées, à, l'éducation. Le grouee le plus original, comme le remarque M. Alfred Picard (1), était assurément le groupe consacré à rinnucnce des musées des Beaux-Arts appliqués à rindiistrie; il permettait de suivre le progrès de l’éducation artistique des classes laliorieases. Pour la première fois, comme le fait observer aussi M. Alfred Picard (2), renseignement formait un groupe à part subdivisé en trois sections, éducation ou formation de l’enfant avant l’école, enseignement ou formation de l’adolescent à l’école, instruction ou formation de radulle après l’école. Là aussi l’exposition générale se complétait par des expositions particulières. Ainsi tout ce qui concernait le juninier âge était rassendjlé dans un pavillon spécial, le pavillon des enfants.

Plusieurs congrès se tinrent à Adenne pendant la durée de l’exposition, notamment un congrès des brasseurs en juin et un congrès des sciences arli&tiques du l'”' au 3 septembre.

Il y eut environ 42.000 exjjosants ; l’Aulriche en comptait O.lO'i, l'Allemagne 7.973, la France qui arrivait immédiatement après l’Allemagne 3.991; puis venaient l’Ilalie avec 3.724 exposants, la Hongrie avec 3.018, la Turquie avec 2.180, l’Espagne avec 2-139, la Grande-Bretagne avec 1.828, la Russie avec 1.353, la Boumanie avec 1.213, la Suède et Norvège avec 1.017.

Le pcuiiement antiicJiien avait voté une loi, dont le Journal olficieJ du 1*”' décembre 1872 contient la traduction, pour protéger ta propriété industrielle des objets exposés.

Le prix d’entrée était, les dimanches et fêtes, de 50 kreutzers (0 fr. 00), les jours ouvrables de 1 florin (2 fr. 50), c’csià-dire notablement plus élevé que le prix d’entrée de l’Expo-

(1) Exposition iiiti'Tnalionnle de I8S9. Rapport général, t. I, 225.

(2) id. t. I, p. 221.

sition de 1807. Il y avait des billets de semaine à 5 lloi ins, des abonnemeiils à 100 florins pour les hommes et 50 llorins pour les femmes.

L’exposition dura 18t> jours. Elle était ouverte le dimanche. 11 y eut, d’après certaines statistiques (i), 7.254.087 visiteurs, ce qui donne une moyenne de 39.003 visiteurs par jour, d’après d’autres, 0.740.500 visiteurs (2). Le jour de 1 ouvertuie il y eut 30.000 visiteurs. Le maximum fut réalisé le 2 novembre jour de la clôture : il y eut ce jour-là 135.671 entrées.

Les visiteurs appartenaient au.x nations les plus diverses.

(( L’originalité de l’exposition de Vienne, dit I\l. Louis Reybaud (3), était en grande partie dans ce concours: toutes les civilisations du globe y élaieid. représentées par des types nombreux, hommes et choses ; on y voyait des Nctemenls de toutes les formes et de toutes les couleurs ; on y parlait presque toutes les langues ; à de certaines heures dans renceinte et dans les abords du palais, on aurait pu se croire dans une véritable Babel ».

Le produit dos entrées fut de 5.1G1.950 francs ; 1 ensemble des l’eccttes y compris les produits de la taxe d'emplacement s’élevait à 10.640.000 francs, mais les dépenses s'étaient élevées à 58.449.000 francs. Le déficit sc monta donc à près de 48 millions ; il fut supporté intégralement par l’Etat.

L’Exposition fut solennellement ouverte le i"' mai [»ar l’empereur. Dans son discours le bourgmesRe de Vienne, célébra la transformation de la ville deveiuie « l'une des plus importantes du monde », et dont l’Exposition consacrait pour

(1) Journal of/iciel du 24 juillet 1876, p. 5197.

(2) S. de Lapeyrouse Les Grandes Eriiositlons internationales. Economiste français du 13 mars 1875, p. 335.

(31 L'Exposition de Vienne de IS7S. llevue d'S Deux-Mondes du 1" décembre 1.873, p. 675.

ainsi dire le développement rapide.

A peine la grande exhibition était-elle commencée qu’nne catastrophe financière venait l'assombrir. Une semaine aprè« riiiauguration de l’exposition, le 9 mai « le noir vendredi », comme les Viennois ont appelé ce jour néfaste, se produisait le krach de la Bourse de \dennei, krach qui ruina pour de longues aimées la capitale de l'Autriche.

L’Exposition eut aussi ses accidents : le dimanche 29 juin notamment un orage terrible avec accompagnement d’oiuragan et de grêle s’abattit sur Vienne à trois heures de l’aprèsmidi; à l’Exposition les dégâts furent considérables ; le Prater fut couvert d’eau, jonché de grêlons énormes; le vent soufflant en tempête emporta les toitures. Les marchandises exposées dans les cours en contre-bas, les soieries françaises, la literie anglaise et aussi la section turque, dont par bonheur le'i produits n'étaient pas encore déballés eurent à souffrir de cette avaianciie qui ne dura que deux heures, mais dont la violence fut extrême. La ville ne fut pas épargnée. Le semce du gaz fut interrompu et les rues des environs de la gare du Nord furent envahies par beau (1).

En juillet le shah de Perse vint à son retour de Paris visiter l’Exposition. Il fut logé à la résidence royale de LOuXenburg, vaste palais d’une assez pauvre archifeclure » mais dont le parc immense, dessiné à l’anglaise est une véritable mcr\ciiie n.

La aistribution des récompenses eut lieu à la lin d’août. Notre, Ministre de l'Agriculture et du Commerce M. de la

(1) Louis Reybaud. L’Expositwji de Yietine de ISIS. Revue des Deux-Mondes du 1" décembre 1873, p. 977.

(2) Victor Foiirnel. .4 travers V Alionnu ne et rAutrichr-Horiij’-ie Les Vacances d'un Journaliste, p. 2o8

Bouillerie y assista.

Les récompenses consistaient, pour l’industrie et l'agriculture, en diplômes d’honneur, médailles de progrès, médailles de mérite, médailles de bon goût et diplômes de bon goût; il pouvait être décerné des médailles de coopération aux collaborateurs. Pour les Beaux-Arts, il n’y avait qu’un seul ordre de récompenses, la médaille pour l’art.

Il y eut 25.552 récompenses, 441 diplômes d’iionneur, 2.923 médailles de progrès, 8.676 médailles de mérite, 31Ü médailles de bon goût, 10.066 diplômes de mérite, 2.159 médailles de coopération pour l’industrie et l’agriculture, 977 médailles pour l’art.

L’Autriche obtint 6.158 récompenses, rAllemagne 5.020, la France 2.975. l’Italie 1.843, la Hongrie 1.638, l’Espagne 1.667, la Grande-Bretagne 1.086, la Russie 900. Tels sont les chiffres donnés par l’administration autrichienne.

Au mois de septemnre, Victor-Emmanuel vint rendre visite à son ancien adversaire. Le roi d'Italie fut comme le shah de Perse logé à Laxenburg. De nornbreuses fêtes furent données à l’occasion de son séjour ; grands diners à Schœnbrunn, grandes chasses, gala à l’Opéra et revue au champ de manœuvres (1).

Ti’exposilion fut close 1 2 novembre.

E"e n’avait eu qu’un demi-succès. La déception avait été d’autant plus sensible que les ^'lennois avaient enflé davantage leurs espérances. Ils avaient construit un hôtel au sommet du Kahlenberg pour les visiteurs de la Weltaustellum?. et près de l’exposition des baraquements pouvant conte-

u; iiaron üE HCBiSEiî. .1 travers l Empire Ilril aiintiiue t. I p. 3ü7.

du 1" décembre 1873, p. 674.

nir 4.000 lils; ils avaient amarré clans le canal du Danube derrière rexposilion une lloitille de bateaux-hôtels destinés tout à la fois à amener des visiteurs et à les abriter (t).

Les causes de cette imparfaite réussite étaient multiples. Le krach pesa loui'dcment sur rexpositiou. La cherté excessive des loyers et des vivres ne nuisit pas moins.

Le Prater était loin du centre de la ville et, bien ciu’il fût, relié à N'ienne notamment par de nombreuses lignes de tramways dont les Parisiens à cette époque ne connaissaient encore (rautre échantillon que le chemin de fer américain entre Paris et Vorsa.illes, il ne fallait pas moins dune heuie pour s’y rendre.

Si le Prater était loin de Vienne, Vienne était aussi fort loin de Paris et le voyage était fatigant, en dépit des sleepmg-cars qui commençaient alors à circuler sur nos lignes; loin aussi de Londres, de Bruxelles, de la Haye, de Madrid, de Lisbonne, de toute rEuropc occidi'iitale, loin aussi des jia.ys Iransmaiins dont les nationaux devaient faire du poi-t d’arrivée un long tiajet ferré pour gagner la capitale méditéranéenne de l’empire des Habsbourg.

Mais SI l’Exposition ne répondit pas aux espérances qu’on avait conçues, la France y tint brillamment sa place.

La France, bien que sortant à peine de la terrible crise de la guerre et de la Commune, bien qu’ayant encore son teiritoirc en partie occupé — Verdun ne fut évacué que le 13 septembre et c’est seulement le 16 que les troupes allemandes franebirent la frontière que nous imposait hélas ! le traité de Francfort — la France avait tenu à affirmer, et en plein pays

(1) Victor FouRNEL. .4 travers V Allemaijtte et l’Autrictic-Hoiiyrie. Les Vacances d'un journaliste, p. 293

germanique, son immareescible vitalité.

Le Gouvernement était venu en aide à nos natiüiiau.x. 11 avait obtenu de l’Assemblée nationale un crédit qui s'éleva à 1.550.000 francs gi'àce à l’adjonction des 250.000 francs votés pour l’exposition de Londres et sur lequel 400.000 francs furent économisés. Il prit à sa charge la taxe d'emplacement et même pour les œuvres d’art le transport aller et retour. Enfin les conimissaires généraux MM- Ozenne et du Sommerard établirent à \denne comme ils ^a^■aient fait à Londres, un bureau chargé des ventes et des recoin rements-

La Franco remporta de nombreuses récompenses, 2.975 d’après l’Administration autricliienne, 3.180 d’après le Gouvernement français. Ces 3.180 récompenses se répartissent ainsi: 2.930 pour l’industrie et ragriculture: 86 diplômes d'honneur, 552 médailles de progrès, 960 médailles de mérite, 40 médailles de bon goût, 885 diplômes de mérite, 416 mé'dailles decoopération, et, pour les beaux-arts, 31 1 nnèlailles pour l’art.

Une loi du 25 juillet 1873 avait renfermé dans d'éti’oites limites le dredt du Gouvernement de procéder à de nonvelles nominations dans la Légion d'honneur; une loi du 23 juin 187 'i, modèle des lois portées depuis à l'occasion des principales expositions universelles, vint autoriser le Gouvernement à distribuer à l'occasion de l'Exposition de Vienne un certain nombre de décorations en dehors des limites restrictives de la loi du 25 juillet 1873.

Le Gouvernement décerna à nos nationaux 1 croix de grand officier 3 croix de coniniandeur, 10 croix d'officier e', 52 croix de chevalier (1).

il) AUredPicxRD. Exiiosition internationale (h ISS9 Itatiiiort général, i. I,p. 2*1

L’Exposition de Londres en 1874 n’eut pas de concurrente. En revanche l'année 1875 compte deux expositions univei ■ selles, l’exposition de Sydney et l’exposition de Santiago.

L’Exposition de Sydney était organisée par la Société d’Agriculture de la Nouvelle-Galles du Sud. Le siège en étad bien choisi. Sydney en effet ne devait pas seulement à la douceur de son climat le titre de u Montpellier d’Orient », mais elle était encore appelée « la Reine du Sud ». Fondée en 1788, elle est la plus ancienne ville du continent austral, et avec ses I3Û.Uhd habitants elle en était en 1875 la plus peuplée. La situation iiiüoresque de la ville la préservait de la monotone régularité des cités américaines (1) et la position qu’elle occupe sur la côte orientale de l’Australie, sur la route des paquebols qui se rendent d’Amérique en Asie en fait i(i nou.d des l'elations do ce Iroisième monde avec les deux autres, l’ancien et le nouveau et l’escale des navires des Compagnies françaises, anglaises, allemandes qui parcourent le l'acdique. L’Exposition oin rit au commencement de 1875. La France y firit jiai L Elle oldint 37 hiédailles de bronze; une médaille d’argent tut en outre décernée à M. Ghristolle pour les services qu'il avait rendus comme président du Comité de l’exposition (2).

Comme l’Exposition de Sydney, l’Exposition de Santiago avait pour théâtre riiémisphère austi'al. Tandis ijiie les expositions dénérissaient en Angleterre, elles croissaient et mult’Dliaient dans l’Amérique du Sud. Lima et Santiago marquent les grandes divisions de la côte occidentale <le l’Aniô nqiie du Sud, entre l’isthme de Panama et le détroit de Magel-

(1) Louis Reybaud. L’Exposition de Vienne de 1813. iievue des Deux-Mondes

'.'l.j ./ournuL oiprli'l du 15 décembre 1875, p. 0330

lan. Une exposition universelle avait eu lieu dans la capitale du Pérou en 1872; une exposition universelle s’ou^ rlt dans la capitale du Cdnli à Santiago le 16 septembre 1875. Ün sait que dans l’hémisphére austral, les saisons étant interverties 1r mois de septembre correspond au commencement du printemps. L'Exposition avait lieu dans le parc du Collège normal d’Agrlcullure. Elle occupait un palais et cinq anne.xes sans compter divers pavillons accessoires et couvrait sept hectares et demi. Elle comprenait l'industrie et les beaux arts; mais la statuaire italienne était à peu près seule a y représenter 1 art étranger ; quebjues talileaux de maîtres, un Claude Lorrain, un David, un Annilial Carrache prêtés par des amateurs chiliens y formaient comme une galerie d'art ancien. Il y avait un jiavillon français: c'était une construction en fer et cristal : un parc ayani toute une ceinture de stalues et le chalets l'entourait. Mais nous n'avions guère d'autres exposants que les membres de la colonie française de Santiagj (1).

L année 1876 ne compte qu'une exposition, l'Exposilion de Philadelphie.

C'était en pleine exposition de Vienne, le 4 juillet 187:1, que le président Grant avait lanc’‘ la [M’nelainalinn in\itaid toutes les nations à l’exposition (pn devait s'ouvrir trois ans plus tard aux Etats-Unis.

Un professeur de rinitiana, M. Campbell, avait le premier conçu la rensée de célébrer par une grande exposition le ceritcn.rire de la proclamation de l'indepcndance. Il s’en ouvrit au maue Je Philadeliihie M. Morton (2). L'idée fut accueillie

v’i) L'Exposition universelle du Chili. Economiste Irançais du 8 janvier 187S. p. 45.

(2) Joutnm u'pcicl du 5 mai ISÎO, p. 3Ci9S.

avec enthousiasme cl trois villes, New-York, Boston et Philadelphie, se disputèrent l’honneur d’être le siège de l’exhibition du centenaire.

L’acte du congrès du 3 mars 1871, se prononça pour Philadelphie. Non seulement <i la cité de l’amour Iraternel ». .suivant le nom symbolique que William Penn lui avait donné, semblait prédestinée à offrir l’hospitalité aux visiteurs des deux Mondes, non seulement « La Mecque de la nationalité américaine », pouvait s’enorgueillir d’avoir été le berceau de l’Union, mais encore elle offrait la scenery I incomparable du « splendide Pairmount park », » la perle de toutes les promenades de l’Amérique du Nord », « le parc le plus beau de Philadelphie, dit Elisée Reclus (1), et l’un des plus admirables du monde entier, celui où l’on peut avoir le mieux l’illusion de se trouver dans la nature, libre, loin de toute cité ».

« Ce parc, dit un voyageur (2), est aux en\ irons de la cité, il est grandiose. De hautes coltines, des arbres séculaires et la jolie rivière la Schuylkitl le traverse. La nature a tout arrangé elle-même dans ces- lieux charmants et il faut avouer qu'ils ne ressemblent en rien à notre Bois de Boulogne. »

C’est dans ce Prater du nouveau monde, d’une étendue double de notre Bois de Boulogne que se tint la « Centenial Exhibition ». Aussi le voyageur allemand Rohlfs pouvait-il écrire que le grand concours international avait lieu « non dans une exposition, mais au milieu d'une grande forêt dans laquelle ont été pratiquées des éclaircies » (3).

Au centre même de l’exposition, entre le palais des Beaux-

(1) Nouvelle Géographie universelle, t. XVI, p, 241.

(2) Albert Tissandier. Six mois aux Etais-Uins, p. 19.

iji Gazelle d AugsOourg, citée. Journal o/pcie! du 31 mars ir76, p 2218.

Arts et le palais de l’Agriculture, se trouvait un vallon rempli d’arbustes et de feuillages, arrosé d’un ruisseaip où nombre de visiteurs se retiraient pour jouir de la fraîcheur et se reposer des ardeurs de l’été pensylvanien; car la température, même la nuit, se maintenait parfois a 33° centigiade (1).

La superiicie de l’exposition était d’un tiers environ inferieure à la superficie de l’Exposition de Vienne. Elle n’occupait que 1.150.000' mètres carrés. En revanche les constructions couvraient un espace de 289.000 mètres carrés un peu supérieur à la surface bâtie de l’exposition autrichienne.

Comme à Vienne on avait réparti les objets en plusieurs bâtiments. Le plus important était le Main Bnildintj. 11 a\ait 82.000 nui. C’était le palais principal do l’exposition. Aux quatre coins s’érigeaient des tours. Le centre de l’édifice était surélevé et ce gonflement central était lui-même tlaïuiué do quatre tours. L’édifice était orné de motifs empruntés à la llore des Etats-Unis et en particulier de la Perrsylvanie. Devant le bâtiment principal se dressaient les quatre parties du monde: 1 Europe, une femme blanche à côté de lafiueile on apei'çevait une tête de cheval et qu’escortaient Chailemagne et Shakespeare; l’Asie, une bayadère indienne accostée d’une tête d’éléphant et des ligures de Confucius et de Mahomet; l’Afrique, une. esclave noire près de laquelle on voyait un scarabée noir, symbole de rimmoitalité et les images do Ramsès et de Sésostris; l’Amérique, enlln, une jeune Indienne qui tenait à la main une corne de buffalo iileine de liqueur écumante et qu accompagnaient Washington et Franklin.

A l’intérieur, dans le projet piàmilif, le bâtiment devait être divisé par nations et par produits ; en allant de 1 est à

(1) L'Exposition de Philadelphie. Journal oi]h tel du 7 juin 1876, p. 4924

l’ouest on eût parcouru les produits siniilaij’es des diverses nations; en allant du nor<l au sud on eût parcouru les divers produits d’une même nation; les retards dans l’arrivée des objets n’avaient pas permis de réaliser celle séduisante idée; on avait dû g'rou[)er les produits par nationalités. Cependant pour rendre la comparaison moins ditlicile, on avait rassemblé au centre du palais les expositions des (juatre grandes natiiuis industrielles, les Ctats-Unis, la Fj'ance, l’Angleterre et l’Allemagne.

Le second bàtimeid (Hait la galerie des machines. Elle avait 5.700 nu}. et ressemblait à une gare de chemin de fer.

Le troisième était le pavillon des lîeaux-Arts. Il avait G.tXtO nup 11 était construit en pierre et en marbre. Le style était celui de la Ilenaissance. Il était érigé sur le plateau de Landsdowne, oîi s’élevait un siècle aui)aravant l'habitation de Jolm Penn, le dernier gouverneur anglais de la Pensylvanie. Il était appelé aussi Memorial Hall, car, construction détinitive, il devait servir après l'exposition, de musée historique. C’est dans ce bâtiment permanent (pie l’on installa un coffre en fer renfermant plusieurs albums de photograpliies et d’autographes qui devaient recevoir les portraits et les signatures des jinncipaux personnagi^s des Etats-l'nis, présidents, juges de la cour suprême (le 1870 à 1970.

Le quatrième était le pavillon de ritorticulture. Il avait O.OtK) mq. Conslruclion de style mauresque en fer et verre, il devait être conservé et servir d’ornement au Fairmount Park.

Enfin le cinijuième était le palais de rAgriculture. Il avait 3. .500 mq. Il était de style gothique.

11 y avait en outre, dans le parc, tout une pléiade de constructions éparses, depuis » le pavillon des bibles » jusqu’au

Parmi ces constructions on remarquait la maison des Indiens Hawkees ornée de sculptures et de peintures bizarres, le camp du chasseur, image d’un campement de trappeur où se publiait un journal Le Torrent Je la Vallée^ enfin le Cenlennlal news paper building, élevé par des entrepreneurs de publicité de New York MM. Rowall et Cio et où l’on pouvait lire les 8.129 journaux qui se publiaient aux Etats-Unis.

Un chemin de fer à voie étroite de près de 5 kilomètres de longueur permettait de faire rapidement le tour des principaux batiments de l’exposition (1).

L’exposition était divisée en sept groupes : 1“ Exploitation des mines et métallurgie ; 2“ Produits manufacturés ; 3° Education et Sciences; 4° Beaux-Arts; 5° Machines; 6” Agriculture ; 7“ Horticulture.

Le rétrospectif et l’économie sociale n’existaient qu’à l’état sporadique.

L'exposition rétro-spectiv^e comptait sans doute quelques curiosités figurant dans les collections européennes : c’est ainsi que les Pays-Bas avaient envoyé quelques objets d’archéologie locale. Mais elle était avant tout américaine, spéciale aux Etats-Unis. Les éléments en étaient dispersés. Dans la section des postes, qui était à la foiS' un bureau en exercice et un musée historique, on trouvait le livre de poste tenu par Franklin, premier maître de poste général des Etats-Unis, et clos par lui le 5 octobre 1773 (2). La presse de Franklin, longtemps déposée à l’Institut national des brevets d’invention, avait été réclamée par M. Murray qui avait voulu la faire figurer à côté du dernier modèle de la presse cylin-

(1) Alfred Desfkançois. Rapport du délégué ouvrier (de Saint-Denis) à l'Exsllioii universelle du centenaire américain à Philadelphie p 298 (1) Journal oiflciel du 26 Juin 1876, p. 4543.

drique de Iloe (i). Le bâtiment fédéral contenait une collection de relKines de Washington, les habits qu’it avait portés dans diverses circonstances, ses armes, son attirail de campagne, sa tente. Un grand nombre de souvenirs historiques étaient groupés dans un bâtiment du parc, le Log house. Le Log house était une maison de renne du xvin® siècle reconstituée- par miss Soiithwick. 11 renfermait une sorte de musée. On y remarquait un berceau dans lequel avait été couché Pcregrim Wliite, un entant né sur le Mmj {loiver pendant la traversée qui amenait l’émigration puritaine eu Amérique; une tliéière dans laquelle on avait ser\'i du the a Lat'ayette, un volume enliii contenant le plus long sermon qui ait été prononcé en Amérique, volume qui n avait pas moins de 172 pages de petit texte; ce sermon prêché en 1783 par le Révérend Ezras Sldes avait pour sujet: « Les Etats-Unis élevés à la gloire et à ritonneur (2) ».

L'Exposition d’économie sociale occupait diverses classes du groupe de l’éducation et des sciences. Dans ce groupe où l’on avait rassemblé les matières les plus variées, on avait consacré un certain noinlvre de divisions à ce que 1 on pourrait appeler la culture morale de l’homme en société; il y avait à côté d'une classe de ralimentation, et d’une classe de l’habitation, une classe des « systèmes commerciaux », une classe de l’assistance puldique et des hôpitaux, une classe des sociétés coopératives, une classe du gouvernement et des lois cpii comprenait pêle-mêle les postes, ta propriété industrielle et les constitutions, une classe de religion et d’organisation des cultes, enhn une classe des exposdions artis-

(1) Journal olficicl du 4 janvier 1876, i» 74. (-2) Journal otficlei du 30 août 1876, p. 6685.

liqties et industrielles. Sans doute cette classification comme le reconnaît M. Alfred Picai'd (1), n’était pas un modèle irréprochable mais elle témoignait, ainsi qu’il le dit, d’une grande hauteur ou mieux d’une grande largeur de vues. C’était la première fois que l’on tentait de faire entrer avec une telle franchise dans le domaine des expositions des objets qui par leur nature semblent aussi incompatibles avec une exposition ipie des systèmes de gouvernement ou des dogmes religieux.

L'exposition fut aussi une occasion de réunions et de congrès. Ainsi une vaste association catholique (]ui comprenait 535 afllliations et 11Ü.U(J0 sociétaires devait, pendant l’exhihition tenir ses assises à Philadelphie (2).

11 y eut 27.0h0 exposants. Les Etats-Unis occupaient à eux seuls les quatre cinquièmes de la superficie ; après les Etats- Unis venait l’Angleterre qui avait eu le bon esprit de ne pas bouder les fêtes par lesquelles ses anciennes colonies célébraient l’anniversaire de leur sécession. Après l’Angleterre et avant l’Allemagne, venait la France qui comptait 1.377 exposants.

L’Plxposition était rigoureusement close le dimanche. Le prix d’entrée était de 5rj cents (2 fr. 50) par personne, c’est-àdire le même prix qu’à l’exposition de Vienne les jours de semaine. Ce prix se percevait au moyen de tourniquets. Chaque personne devait être munie d’un banknote de 50 cents. Les receveurs n’avaient qu’à vérifier les matricules et à glisser les billets dans une boîte. Le nombre des banknotes donnait le nombre des visiteurs. La Eanque nationale avait établi dans le voisinage de l’entrée des bureaux de change où l’on poii-

(n Ed-posilion internationale de Uapport général, t. I, p. 239

(2) Journal, officiel du 14 juillet 1876, p. 51.67.

vait se procurer des billets de 50 cents (1).

Il y eut 10.165.000 visiteurs dont 8.050.000 seulement payants; la moyenne était de 35.000 visiteurs par jour. Le premier jour il y eut 76.217 entrées payantes. 11 vint (.les visiteurs de tous les points des Etats-Unis, des deux Amériques et aussi, par le Transconlinental, d'ExtrèmerOrient. Les Européens lurent peu nombreux: il n’y eut g'uère que des Anglais qui se décidèrent à franchir l’Atlantique.

L’Exposition était une œuvre privée patronnée par le Gouvernement. Elle était entreprise par une société. Les associés avaient souscrit 11.250.000 francs. Le Congrès fédéral accorda une subvention de 7.500.000 francs; 93 commissaires désignés par le Président de la llépublique pour représenter les Etats auprès de la commission d’organisation formaient la Commission du Centenaire (2). I^a ville de Philadelphie accorda une subvention de 7.500.000 francs, l’Etat de Pensylvanie une subvention de a.ÜOO.OtJO de francs.

Les recettes de l’E.xposition, concessions et entrées, s’élevèrent à 18.068.500 francs. Les dépenses se montèrent à 40.000.000 de francs (3). tl y eut donc un déficit de 21.93f.500 frs que les suliven lions arrivaient presque à couvrir. Mais la Cour suprême condamna la Société à rembourser la subvention que le Cong'rès avait allouée. Le déficit se tiou\a ainsi porté à 29.431.500 francs et absorba prcs(iue complètement le capital social. Une consultation de l’attorney général des Etats-Unis du 27 iiovend.u’e 1874, doid. la traduction avait été insérée au Journol ofllciel du 21 mai 1875, avait d ailleurs

(1) .\vUiur W.VNGiN. L'Ex/iosition internationale de Pinladciphie. Economiste t’Taif-ais du 23 juillet 1876, p. 113. ,

(2i Alfred Picard. Exposition internationale de lSis9. Rapport ijencial. t. i.

(3) Ëncijclopcdia Britaïuiica V. Exhibition;

t. VIII, p. 804.

établi que les créanciers de la Société ne pourraient é'icver aucune prétention sur les olijcts apportés par les exposants.

En hommes prali(iues, les Américains avaient merveilleusement agencé l’Exposition. Ils avaient élevé un bâtiment de Public crnuforl où l’on trouvait gratuitemeut des salons pourvus de sièges, et moyennant un prix peu élevé, un vestiaire pour les cannes, les parapluies, les manteaux; un service de commissionnaires était attaché à rétablissement : on pouvait faire porter ses paquets et ses vêtements à n’inqDorte quelle porte de l’Exposition (1).

Le service des postes n’était pas moins Inen conçu ; les étrangers qui ignoraient où ils trouveraient un logis pouvaient se faire adresser leurs lettres Ccuiennlal <irounds « terrains du Centenaire » où un Inireau les leur remettait : ils pouvaient même avec l’autorisation du directeur de l’Exposition avoir leur boîte à eux dans les CenlenniaJ {|l■uunds (2).

Un des reproches les plus graves qu’on eût adressés à l’Exposition de Vienne avait été l’excessif renchérissement de la vie et les prétentions dérisoirement exagérées des hôteliers. Dès le début les Américains se préoccupèrent de conjurer un pareil inconvénient. On dressa une liste des logements disponibles. Un comité des logements se forma; il remettait à l'étranger qui avait choisi son habitation, une carte avec estanqulle de la police, lui indiquant le logis qu’il avait arrêté et dès lors personne ne pouvait lui demander un prix supérieur à celui qui était porté sur la carte (3). Le comité de l’Exposition fournissait moyennant 2 dollars (10 frs) une chambre, un déjeuner et un souper: ou ne fournissait pas le dîner, car on

(1) Journal officiel du 30 juillet 1876, p. 5726.

(2) id. Ibid .

(3) Journal officiel du 20 mai 1876, p. 3462.

supposait que les visiteurs le pi'endraient à l’Exposition (1). Enfin les chemins de fer avaient retenu un grand nomlire d’appartements vacants et distribuaient à leurs voyageurs des billets de logement à 2 dollars 50 cent (12 fr. 50) par jour (2).

Un autre inconvénient de l’Exposition de Vienne avait éié la distance entre l’Exposition et la ville. Cet inconvénient existait et plus grave encore à Philadelphie qu’à \denne.

« Philadelphie, disait M. Louis Simonin (3), se glorifie d’être la ville la plus étendue de l’Amérique : elle compte 20.000 maisons pour scs 800.000 halutants et une de ses rues mesure 32 kilomètres de long, deux fois la distance de Paris à Versailles. »

Le Fairmouut Pa,rk (Hait (Hoigné des ([uartiers fréiiuenlés et il ne fallait pas moins d'une heure aux cars les plus rapides pour amener de la cité à l’Exposition.

Les Américains s’étaient cependant efforcés de faciliter l'acccs du champ de foire mondial: ils avaient tracé une magnifique avenue, l’avenue Girard, qui aboutissait au Main buildinq après avoir franchi la Schuylkill sur un pont suspendu, construit tout exprès pour la « Gentennial exhiliition ». Sur cette avenue ils avaient édifié trois hôtels qui pouvaient contenir de 4 à 5.000 voyageurs- Ils avaient en huit jours construit à côté de l'entrée de l’Exposition une gare gigantesque où alioutissaient lous les chemins de fer de Pensylvanie. Au mois de juillet un abaissement des tarifs permettait de se faire transporter par le chemin de fer moyennant 10 cents (50 c.) au lieu de 20 à l’ime des deux gares contiguës aux terivains de

(1) Journal officiel du 24 mai 1876, p. 3596.

(2) Journal officiel du 28 mai 1876, p. 3654,

(3) Le Centenaire Américain, et l'Exposition de Philailclphie. lievuc des Deux- Momies du 15 octobre 1876, p. 812.

l’exposition. Enfin tontes les lignes de tramAvays de la ville convergeaient, vers l’entrée principale de l’exposition (1).

L’ouverture eut lieu le Id mai 187G. Le général Grant, président des Etats-Unis, le gouverneur de l’Etat de Pensylvanie, l’empereur et l’impératrice du Brésil assistaient a la cérémonie d’inaugui'atioii. Elle commença par l’exécution successive des' airs nationaux de tous les pays joués par un orchestre de 150 musiciens. Après la prière encadrée entre une grande marche de W^agner et la cantate, le président de la Commission Centrale lut son rapport puis le président des Etats-Unis jirononça un discours et déclara l’Exposition ouverte. A ce moment tous les drapeaux furent déployés et (300 choristes entonnèrent l’Alleluia de Haendel accompagnés par des sonneries de cloches et des salves d’artillerie.

Ce furent le président des Etats-Unis et l’empereur du Brésil qui en portant la main sur un mécanisme construit par l’ingénieur Corliss donnèrent le branle à toutes les machines de l'Exposition (2). Ihi autre récit leur prête la galanterie d’avoir laissé à l’impératrice du Brésil le soin de presser du doigt le bouton magique (3).

En juin le poète LongfelloAv vint visiter l’Exposition et fut logé chez le maiie. L’Institut technologique de: IMassachusetts envoya ses pensionnaires à l’exposition. Ils vécurent deux semaines sous des tentes établies dans des teriains appartenant à l’imiversité de Pensylvanie. Le collège militaire de Westpoint vint aussi camper près des Ccniennial grounJs.

La grande fête fut l’anniversaire de la déclaration de l’indé-

(1) Alfred Desfrançois. liapport tlu délénué ouvrier (de Saiiit-Deuis), à l'Exvosition universelle du Centenaire américain à Philadelphie, p. 298.

(2) Annuni rcijlster for the year IS76, p. 329.

(3) Exposition universelle de Philadelphie. Almanach du Magasin Pittoresque, pour IS77, p. 52.

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pendance. Dès avant rouvertiire de l’exposition on avait inauguré le centenaire de la fondation des Etats-Unis. Le 31 décembre 1875 à minuit sonnant un drapeau fac-similé de celui de l’indépendance avait été arboré au sommet d’Independance Hall illuminé au calcium tandis que les cloches sonnaient à toute volée, que des salves d’artillerie retentissaient et que des feux d’artifice étincelaient dans la nuit.

La solennité principale eut lieu le 4 juillet 187G, jour cor» respondant à celui où un siècle auparavant l’indépendance avait été proclamée. Si le général Grant président des Etats- Unis omit de s’y rendre, l’empereur du Brésil et le prince héritier de Suède y assistèrent. Un descendant du promoteur de la déclaration des colonies confédérées, le petit-hls d’Henri Lee donna lecture de celte proclamation sur le manuscrit original à rindependance Hall du State House, c’est-à-dire dans le lieu même où elle avait été adoptée par le Congrès cent ans auparavant. On sait en eff(‘t que c’est à Philadelphie que s’assembla le }iremier congrès et que cette ville demeura le siège du gouvernement des Etats-Unis jusqu’à ce que Washington eût été achevé en 1800.

La fête ne fut pas bornée à Pbiladelphie. A New-York de huit Iteure's du soir à une heui'C du matin 250.000 hommes se promenèrent an square Madison où un paravent gigantesque représentait l’image de la statue la Liberté éclairant le monde, «lestinée au port de New-ÙYrk. Enfin Boston, Saint-Louis Cuncinnati, Chicago rivalisèrent d’enthousiasme avec Philadelphie et Nciw-York.

La distribution des récompenses fut encore une grande fête de l’exposition. Elle eut lieu le 27 septcmlu'e dans le pavillon des juges. Après dos airs patriotiques exécutés par la musi-

que et la prière dite par le Révérend Henry A. Boardinan, après un discours du commissaire Morrele qui présidait la cérémonie, après une allocution du directeur général, le général Ilawley, président de la. commission générale du centenaire, procéda à la dislriladion. FdU’ se liornaà la rendse au président de chaque coanmission étrangère d'un rouleau de pa.pier attaché de rubans bleus, 1 lancs, louges.

Le système des récompenses étail tout différent de celui qu’on avait suivi à 'N'ienne. Il n’y avait qu'une réconqiense, la médaille de bronze, mais chaque médaille était accompagnée d'un i.liplôme et aussi d’un extrait du rapport indiquant les motifs de la récompense. Les Américains se llattaieid. d'arriver ainsi à une plus exacte a])préciation des mérites. On se plaignit au contraire de cette unité de réconqrense qui no permettait d’étalilir aucune gradation. Ce ne fut pas le seul sujet de plainte. Les récompenses avaient été décernées par un jury international: H avait donné lO.OOh méilailles accordaid. ainsi des prix aux trois quarts di's exposants. De ces médailles 0.000' avaient été atlrilniées à rLuropo. Après la distribution des récompenses, les Américains pi’étendirent faire appel des décisions lendiies: ils constituèreiff- la Commission du Centenaire, exclusivement américaine, en cour de révision des décisions du jui'y; la Commission retira des récompenses à des exposants qui les avaient obtenues, en attribua à d’autres qui n’en avaient point, lu'çu. Une pareille, conduite souleva de véhémentes protestations.

La distribulioii des récompenses fut liientôt suivie d’une journée do gala donm'e par l’Ctat de Pensylvanie. Cette journée de gala dépa.ssa toutes les espérances (ju’on avait pu concevoir. 11 y eut 251.i(33 entrées payantes, 15 à 20.000 entrées

gratuites et 5.823 visiteurs de l’exposition des bestiaux de sorte que le total des visiteurs s’éleva à 272.000. Le jour de 'a tète (.le rindépendaiice il n’y avait eu que 51.711 entrées payantes, 0.002 entrées gratuites, en tout 60.773 visiteurs.

[^Exposition lut close le 10 novembre.

Elle n'a.vail pas répondu aux espérances qu’on avait conçues.

Elle avait le inalheur de coïncider avec une élection à la présidence, et une élection particulièrement passionnante : car il s'agissait de remplacer Ici général Grant parvenu au lermo de sa seconde présidence et qui avait manifesté un instant la velléité, rompant avec la tradition suivie depuis ^\'aslnng■ion, de briguer une troisième fois le pouvoir.

La déceptiun eut d’ailleurs d’autres causes : l’exposition était peu liospitaliï'i'c aux étrangers. D'un côté, les ventes de produits exotiques étaient difficiles: aucun objet ne pouvait en effet sortir de rexposition sans avoir acquitté les droits exorbitants dont les tarifs américains frappent les marchandises du dehors; d’un autre, aucune loi semblafile aux lois anglaise, française, . autricliienne garantissant la, propriété industrielle n’avait été votée par le. Congrès. Les fabricants étrangers venaient donc en quelque sorte apporter des modèles à conirofaire sans qu’aucun recours leur fût réservé.

11 seqiroduisil aussi de regrettalhes accidents: ainsi les commissaires au I ricliieiis troinant des tableaux lacérés de coups de couteau durent «'lever des tiarricades pour protéger les «euM'es d'art; divers incendies éclatèrent et on alla jusqu’à accuser des gardes mêmes de l’exposition de les avoir allumés.

On avait espéré i}ue l'exposition universelle amènerait une

(lél('nie dans les rapports douaniers des Etats-Unis avec les autres puissances. Un ancien directeur du Trésor américain, M. A. AVills, avait même écrit au secrétaire de Cobden-Club, M. Bayley Botter » que le vieux Cactus-larilJ lleurirait pour la dernière fois pour se flétrir sous le toit vitré de Veixposition philadelphienne sans cliance... de voir ses éi)incs repousser dans le second siècle de notre indépendance (1) ». Mais ces espoirs devaient ètr'e déçus.

La France avait tenu lumoralrlement sa place dans ce grand concours, encore (|ue la jiluparl de nos artistes vordant protester contre les droits exorbitants dont les Etats-Unis frappaient leurs œuvres eussent l'efirsé d’y parlicipei-. Malgré le zèle dévoué de nos commissaires généi'anx, nos nalionaux, eurent à soidTr'ii' de jalousies et de marrvaises volontés. Un déplorable aecirlent rlétiaiisit une partie de la section française'. Un des tableaux que nous avions exposés fut volé et nous dûmes entretenir rrn corjis de police jvour la lu'otection rie nos produits. Nous n’eu obtînmes pas moins (153 récompenses et le gouvernement français décerna à nos nalionaux 2 croix d’i^riiciei’S et 25 croix de elievaliej's ilo la Légion d’bonneur.

« La civilisation a ses liauls faits, disait Victor Ilngo, le 1(> avril 1876; entre tous (‘clalc celle exposition de Pliiladelpliie à laquelle réjiondi'a dans deux ans bexposition de Paris (2) ».

En effet l'Exposition de Plnladelpliie n’étaif pas encore ouverte que, le 4 avril 1876, uu déci’et avait annoncé rouvertnre d’une exposition à Paiis pour le 1*’'' mai 1878. Aucune expo-

(1) L’ Eximsitioti uuivcrscUc de PhiladvJ plne et la Liberté commerciale aux EUHs-Uiiis . Erouomixte Français flu 23 (ictiilire 1875. p, 521.

(2) Victor Hugo. L' Exposiliori de l•hUudeltlllie. Salle du Chdtcau-d'Eau. 16 avril 1876. Depuis l'Exil, t. Vî, p. 33.

sition intermédiaire ne sépare l’exposition américaine de rexposition française.

Le premier dessein de cette nouvelte exposifioai remontait à la clôture de l’Lxposition de 1867.

« x\ une époque, disait M. Krantz au Sénat, le 25 juillet 1876, dans son rapport sur le projet de loi relatif à l’Exposition de 1878, à une époque oii nul ne pouvait pré'voir les malheurs qu’un prochain avenir lui réservait, il avait été convenu que notre pays omrirait onze années après l’Exposition de 1867 une nouvelle exposition. »

En février 187(3 cette promesse avait été rappelée dans la presse et thnit^ de (tirardin, propidélaire de la France et coju'opi'iétaire du Fe/i/ Journal^ à qui cette dernière feuille très répandue donnait une action très puissante sur les masses, ht une vive campag'ue en faveur de l’ouverture à Paris d'une exposition en 1878. (t'était le mouvement d’opinion provoqué par lui qui avait almuti au décret du 4 avril.

Le projet de loi réglant les finances de l'exposition fut présenté à la Chandu'e des députés le 4 juillet. 11 ne rencontra aucune opposition. « Nous avons, été unanimes, disait le 13 juillet 1870 à lad'thamlu'e des Députés M. .lournaull-, rapporteur de la commission chargée de l’examiner, nous avons été unanimes pour rendre hommage à la haute et patriotique pensée qui a inspiré le projet de loi. Il est hou que la France affirme sa vitalité^ el sa richesse après des désastres inouïs dans son histoire et qu’on, la. voie presqu’au lendemain de ses revers convier le monde entier aux luttes pacifiques et fécondes du commerce et de l’industrie. »

Adoptée à Eunanimité le 24 juillet par la Chambre des dépulés, et le 26 juillet par le Sénat la loi promulguée le 29 juillet

fut publiée au Journal oHiciel du 1- août vingi mois jour pour jour avant la date fixée pour fouverlure. Le 5 août M. Kranlz était nommé Commissaire général. Il eut pour collaborateur: M. Duval, directeur du Service des Travaux; M. lisseraïul, directeur de l’Agriculture ; M. Dietz-Monnin, directeur de la Section française; M. Georges Berger, directeur de la Section étrangère ; M. le marquis de Ghenevières, directeur de la Section des Beaux Arts. Le 1®^ septembre l’on commença les terrassements.

L’Exposition de 1878 n’est qu'à onze années de l’Exposition de 1807 et cependant on dirait qu'un siècle les sé'pare 1 une de l'autre, tant les événements se sont pressés durant cette décade, tant l’aspect de la scène eurofiéenne s’est transformé.

Il s'est même opéré comme un cbangement a vue; car en dix mois de juillet 187U à mai 1871 tout était consommé', et quels jalons avaient inaniué la voie douloureuse; de la France! La guerre désastreuse avec rAlleniagnc et les délaites redoublées de Forbach et de Beicbsliofteii, les succès sans lendemain de Gravelotte et de Saint-Brival, la capilulalion des armées régulières' à Sedan et a INletz, les effoils des années improvisées de province impuissantes à rien sauver fors l’honneur, la longue, liéro'ique, mais passive résistance de Paris terminée par la cafiitulation de la ville alTamée, la proclamation du nouvel Empire allemand dans la galerie des glaces à à’ersailles (18 janvier 1871), la cession de 1 Alsace- Lorraine à l’Allemagne par le traité de Francfort (10 mai 1871); à l’intérieur, la chute de l’Empire et 1 avènement de la Bépuhlique (4 septembre 1870) ; l’insurrection de la Commune, le second siège et la. reprise de Paris (18 mars-28 mai 18/1); à l’extérieur, l’entrée des Italiens à Rome (19 septembie 1870),

la circulaire du prince Gorlchakoff, annonçant la dénoncialion du traité de Paris (17 octobre 1870) et le traité de Londres (13 mars 1871), c’est-à-dirci la chute du pouvoir temporel et la réouverlure de la mer Noire aux Hottes militaires de la Russie, l•evalK■lles de Mentana et de Séil)astopol.

Jlepuis, la cliute de M. Tliiers et ravènement du maréchal de Ma.c-AIahon comme président de la République 2'i mai 1873), récbec des tenlatiNes de reslauralion monarclii([ue (novembrei 1873), et raffeiinisseine-nt du régime républicain par le vote de la Constitution (24 février 1875) avaient encore maiMpié de grands stades de noire existence politique.

Pai'is n’avait pas subi de moindres changements que la France et rEurope et le contraste était pO'ignant entre le Paris de 1867 et le Paris de 1878.

Sans paiie.j' «h. palais de Saint-Ctjud, résidence de la reine A'icloria en 1855, ni du clifdpau de Meudon, séjour d’été de rautenr du. rai»port sur notre première exposition universelle, le prince Napoléon, incendiés [jendant la guerre, les Tuileries, Itiérdre des fêtes de 1867 montraient en plein cœur de Paris leurs murailles rongées par le pétrole et parmi les autres monuments détruits par la Commune, le Palais-Royal, la Colonne Vendôme, le Palais de la Légion d’honneur étaient à peine restaurés, l’ilùtel de Vide et te Palais de Justice étaient encore en reco'iistruction et les ruines du Palais du Conseil d’Etat regardaient à travers la Seine les ruines des Tuileries.

Cepemlant avec ce merveilleux ressort qui fait de Paris une cité uniiiue, la ville ravagée dans ses principaux monuments, avait trouvé le loisir de se compléter et de s’embellir.

Depuis 1867 deux nouveaux édifices, l’Opéra et l’Hôtel- Dieu avaient été acheivés. Le chef-d’œuvre de Charles Carnier,

s’élevait à l’extrémité de la nouvelle avenue de l’Opéra, qui réunissait la place du Théâtre-Français au boulevard des Capucines. Le vieil Hôtel-Dieu avait disparu pour permettre la ti'ansformation du Parvis Notre-Dame en une vaste place encadrée par la caserne de la Cité, le nouvel Hôtel-Dieu, la Cathédrale et la Seine.

Le réseau des artères parisiennes avait été complété : la grande voie qui devait comme une corde sous-tendre sur la rive gauche l’arc formé par le fleuve était terminée ; on avait percé la partie du bonlevard SaintrGermain comprise entre la rue Hautefeuille et la rue Bellechasse : cette ouverture avait suipprimé l’inextricable dédale du vieux quartier de l’Ecole de médecine et déblayé de vastes espaces où la Faculté agrandie allait édilier ses bâtiments et ses annexes. Le boulevard Saint-Germain se prolongeait désormais sans interruption <le la Halle aux \'ins au Palais Bourbon, et un nouveau pont,

■ le pont de Sully, reliait au boulevard Saint-Germain le boulevard Henri IV qui s'étendait de bile Saint-Louis à la Bastille.

Des quartiers nouveaux comme celui de la Plaine Monceau avaient été construits. Après le bois de Boulogne et a])rès le bois de Vincennes^ après les Buttes-Chaumont, un nouveau parc avait été établi à l’intersection de la ligne d’Orsay et du chemin de fer de Ceinture, le parc de Montsoiiris, et le i)avillon du bey de Tunis, à l’Expositiou de 1867, transporté tlu Champ de Mars au milieu de ce jardin, y était devenu le siège d’un observatoire météorologique.

Enfin, une nouvelle basilique dédiée au Sacré-Cœur, l’Eglise du Vœu National, commençait à s’ériger au-dessus de Paris, sur le théfdre du martyre de Saint-Denis et de ses compagnons, au sommet de la butte de Montmartre.

Los moyens de transport avaient été améliorés. Des omnibus sur rails à traction animale, des (ramways, faisaient leur début dans Paris et rembrancliement temporaire du cJiemin de fer de ceiuture qui avait desservi le Champ de Mars pendant l'Exposilion de 1867 allait être rétabli à titre délinitif. 1.0 service dos baleaux-oinuibus s'était développé: mouches et hirondelles devaient transporter de mai à octobre 1878 sept millions de voyageurs.

Au moment où fut décidée l’exposition, les circonstances étaient loin d’('tre propices à une si grande entreprise : mais il est, semble-t-il, dans le destin des expositions d’être, comme les alcyons, bercées par les temiiètes.

Aon seulement raunée 1875 fut, comme l'avaiti été l’année 1867, agitée par les craintes d’un conllit entre la France et l’Allemagne, conflit que rmtervention personnelle du czar yVlexandie II réussit seule à écarter, mais on put se croire ramené à un (juart de siècle, en arrière, à la veille de l’Exposition de 1855. En 1878, en effet, comme en 1855, la fête pacifique coïncida avec une crise orientale, et les bruits d’une guerre à laquelle il est vrai la France n’était pas mêlée en accompagnèrent les préparatifs.

Dès 1875 la question des Balkans avait été réveillée par l’insurrection de l’Herzégovine. Un mois à peine après le décret annonçant l’ouverture d’une exposition universelle à Paris, les consuls de France et d’Allemagne étaient massacrés à Saloiiique par des musulmans fanatiques (6 mai 1876). Trois semaines plus tard, le Sultan Abd-ül-Aziz, notre hùte de 1867, était déposé (30 mai) et le 4 juin on le trouvait, les veines ouvertes, dans le palais de l’op-Capou où il avait été relégné.

« On l’a suicidé w, écrivait John Lemoine dans le Journal des

Débals. Le 2 juillet les Monténégrins et les Serbes commençaient les bostililés contre la Tur(iuie et, si les Monténégrins réussissaient à se maintenir dans leur « nid d’aigles », les Serbes, au moment où la loi du 29 juillet 1876 confirmait l’annonce de la future exposition, étaient en pleine déroule.

L’accalmie qu’avait amenée l’iiiver de 1876 ne fit que rendre la crise plus intense au printemps de 1877. Le 24 avril 1877 les Russes déclarèrent la guerre à la Turquie et malgré les efforts héroïques de Mouklar-Pucha et d'Osmau-Paclia, Kars le 18 novembre, Plewiia le 10 décembre, durent capituler.

Loin de détendre la situation, le traité de San Stefano (.3 mars 1878) qui faisait de la Turquie d'Europe deux tronçons, séparés jiar la princii>aulé nouvelle de Rulgarie, pensa déchaîner une gueri'e plus gra^ e encore et, ainsi qu'on l'a dit, (( jamais la paix général ' ne fut plus menacée qu’au moment où elle seniildait conclue ». L'Angleterre arma sa flotte et appela à Malte des troupes de l’Inde.

Ainsi, à la veille de l’Exposition, un conflit semblait imminent. A ce monient l’Allemagne intervint. Sur ses conseils la Russie consentit à soumettre le traité à la révision d'un congrès européen et la collision menaçante fut écartée.

La situation intérieure n’avait pas été plus favorable. C’était sous le ministère Dufaure que le décret et la loi relatifs à l’exposition avaient été rendus. On sait comment le ministère Jules Simon qui lui acait succédé (12 décembre 1876) dut se retirer à la suite d’une lettre du maréchal au président du Conseil, et fut remplacé par le cabinet de Broglie-Fourtou. Cette crise du 16 mai î)ensa compromettre les préparatifs de l’exposilion. « Remontons à quelques semaines en arrière, disait Victor Hugo au Sénat le 12 juin 1877, la France était en

plein travail c’est-à-dire en pleine tète. Elle se préparait à l’Exposilion universelle de 1878 avec la lierlé joyeuse des grandes nations civilisatrices. Elle déclarait an monde riiospitalité. Paris, convalescent glorieux el siii)ert>e, élevait un palais à la fraternité des nations. Paris en dépit dos convulsions continentales, était cunriani et traiK[uille et sentait approcher l’heure du suprême triomphe, du triomphe de la paix, lors- ({ue tout à coup dans ce ciel bleu un coup de foudre éclate et au heu d’une victoire on apporte à la Fivance une catastrophe. Le 15 mai tout prospérait, le 10 tout s’est arrêté (1) ».

On sait comment, la Chambre des Déimtés ayant été dissoute sur l'avis du Sénat., le ministère de Broglie-Pourtou dut se retirer devant la majorité hostile issue des élections du J ’i oclohre et comment le minislèie extra-piirlnmcritaire, qu’on essa,ya de constituer sous la i)résidence du général de Rochebouet (23 novembre 1877), échoua et ne put entrer en relations avec la Ghamlne.

Mais le 14 décembie, le maréchal se décida à appeler M. lJufaure à la tèle d'un ministère pris dans la fraction la plus modérée de la majorité el rhannonic Fut ainsi rétablie en Ire les pouvoirs publics.

L'exposition s’ouvrait donc aii sein d’une sorte de trêve extérieure et intéiieure.

On avait proposé bien des emplacements pour la nouvelle exposition. Dans les environs de Paris on avait pensé à la plaine de Vincennes, au plateau de Sainl-Cloud, entre Saint- Cloud et le Monl-4’alérien, au roiid-point de Courbevoie, à la plaine de Longehamp, au Dois de Boulogne entre les lacs et

(1) Victor IIUGü. Sur la dissolution de la Chambre des Députés. Sénat, 12 juin 1877. Depuis l'eMl, t. VII, p. 51.

les fortifications. A l’intérieur rie Paris, on avait songé à des hauteurs incultes à côté du parc des Ihittes-Chaumont, entre les avenues Launiière, de Meaux, de Puehla et de Mexico. On avait imaginé d’installer l’exhibition dans une suite de terrains comprenant la cour des Tuileries, la place de la Concorde au delà de l'obélisriue, les Champs-Elysées, jusqu’au rond-point et la moitié de l'esplanade des Invjalides; il y aurait eu trois ponts: run entre les Tuileries et la place de la Concorde, l’autre entre la place de la Concorde et le rondpoint des Champs-Elysées, enfin un pont couvert métallique entre les Champs-Elysées et fosplanade des Invalides (1). Aucun de ces projets ne fut adopté: on ne pouvait songer à déporter l’Exposition entre Helleville et la Villette. L’englobement des Tuileries, îles Champs-Elysées et de l'esplanade des Invalides, outre qu'il était peu pratiiiue, aurait privé pour trois ans les Parisiens de leurs principales promenades. Enfin, on avait écarté, de suite, tous les emplacements extraurbains. « Organiser une exposition hors Paris, disait M. Viollet-le-Duc, dans le rapport relatif à l'Exposition de 1878, qu’il présenta au nom de la sous-commission des expositions internationales, c’est rendre la visite de ce qu’elle renfermera longue, onéreuse, c’est priver même une partie de la population de ces visites fréquentes ».

Dans ces conditions le choix du Champ de Mars s’imposait. (( Les promenades, dit M. Viollet-le-Duc, les promenades places et grandes voies qui du Carrousel au Champ de Mars se succèdent sans interruption présentent un ensemble qu’aucune ville ne pourrait montrer. Et, successivement par

(1) P. M.4GNE. L'ExposUion. universelle de IS7S. Les Travaux du Champ-de- Mars et du Trocadéro. Correspondant du 25 février 1878. p. 717.

un sentiment, très juste des avantages que présente cet enseinlde, les Expositions de findnsirie, d’abord installées dans la cour du Louvre, se sont portées i)ar siiile des développements donnés à ces solennités à la place de la Concorde, puis aux Champs-Elysées, puis en dernier lieu au Champ de Mars. Il en a été de même pour les letes publi(jnes. C’est qu’en effet Paris en prenant avec les siècles une extension prodigieuse a conservé, — fait uui(iuc ])ent-èt.re dans l’iiistoire des capitales de l’Europe, les caractères de sa constitution première et cet espace libre ([ui du centre allait s’élargissant toujours d'un même C(Mé vers sa circonférence. Ainsi Paris disposait pour l'avenir les emplacemeids que sa population aurait à occuper lors des grandes réunions publiques ».

Le lieu choisi i)our l'Exposilion fut donc le Champ de Mars aiiquet on ajouta d'uue part, une partie du ([uai d'Orsay entre ^a^'enue de Sidiren et le pont de l'Alma, nue partie de l’esplanade des Invalidas et d’aulre pai'l le pont d’Iéna,, le quai de Billy, les pentes et la colline du Trocadéro.

L’Exposition occupait 75ü.fM¥)' mètres carrés dont 280.00) étaient couverts.

L’exposition était di\isée en neuf groupes correspondant aux neuf ju'emiers groupes de l'Exposition de 1867 : 1" OEuvres d’art; 2" Education et enseignement; matériel et procédés des arts libéraux; 3° Mobilier et accessoires; 4° Tissus, vêtements et accessoires; 5° Industiaes extractives: produits bruts et ouvu'és; 6" r>utillage et procédés des industries extractives; T Produits alimentaires; 8° Agriculture et pisciculture; 9" Horticulture. Le piemier gj'iiui)e n’admettail que les œuvres postéi'ieures au 1" aoi'd. 1867; réducalion et l’enseignement avaient reçu un développement considérable.

Le Champ de Mars était occupé par un palais rectangulaire. Ce palais était divisé i)ar des galeries à la façon d'une table de Pythagore, ce qui donnait à ce cpiadrilatère les avantages que le palais de 18(37 devait à s;i forme ellii)SOïdale, à ses galeries concentriques et à ses rues rayonnantes.

« Quant à la distribution intérieure, lit-on dans l’exposé des motifs du projet de loi relatif à l’exposition de 1878, on ne saurait mieux la comparer qu'à C('lle d'un da.iniei" sur lequel les produits de charpie nation seront disposés dans le sens longitudinal en un ordre mélhodirpie tel que le visiteur en suivant les voies transversales trouvera réunis sur une même ligne tous les produils de même nalure apiiartenant aux diverses nationalités. L’exposition des Peaox-Aits en occupera le centre et sera séparée du l'csle de l’éditice par de larges espaces ouverts ipii l’isoleront de la i)Oussière et du bruit. »

La première idée do celle disposition ((iie le retard des envois avait seul empêché d'adopter pour le Mnill HuihUrnj de Philadelphie remonte au prince Napoléon. Traçant dans son rapport sur l’Exposition de 1855 le jilan idéal d’un liàtiment destiné' aux expositions universelles, il disait”: (( L'édilice devra être établi de telle soite (pie son aménagement se combine avec le système de classdlcation. .Je coiniuends une construction qui transversalement oiTrirait les objets rangés par nationalité et qui longitudinalemeid les présenterait disposés par nature de produits en trois grandes divisions”: dans la première division (pie formorad un des lias-cédés seraient placées les matières premii'res; dans la seconde que formerait l’autre bas-cédé les engins de jU'odiKdion; enfin dans la galerie du milieu seraient disposés en trophées les produits

et leurs dérivés. Cette disposition offrirait des avantages. Vou- (ti'ait-on étudier toute l’indu si ivic d’un i)a,ys®? ou l’aurait tout entière réunie sur un seul i)oinl; il sufllraiL de parcourir la galerie dans le sens transversal. Désirerait-on au contraire étudier uu groupe ou une classe de produits^ on suivrait alors le sens longitudinal, et l’on pourrait ainsi faire la com- I)araison entre les différents peuples (1).

On eût dit que les auteurs de l’Exposition de 1878 avaient I)ris ce passage fiour prograiuinie de la construction du palais du Champ de Mars ; aussi lueu la forme rectangulaire présentait de nombreux avantages sur la forme circulaire: elle permetlai'it de ^'endre avantageusement les matériaux qui pourraient servir à construii'c des halles ou des usines; elle supprimait les angles morts et donnait au coup d’œil un champ dont la forme circulaire le privait.

Le palais du Cliaiu]» de Mars constituait un vaste rectangle : les ])etits côtés étaient parallèles à l’Ecole militaire et à la Seine et avaient 3'i0™,6(), les grands côtés paralh'des ù ravenuc de La tlourdonnais et à l’avenue de Suffren offraient un développement de 7bd"\?0. La surface du palais était de S'iO.h.Ji mètres carrés (2).

I.e palais avait deux façades, l’une faisant face au pont d'téna, l'auli’c à l'Ecole militaire, chacune couronnée d’un dôme central cl huaninée à chaque extrémité par uu pavillon carré sunnoulé d’une coupole. La juiucipale était la façade d’téna qui a.\ail clé exécutée par M. Eiffel (3); dans les eutre-colonucmenls se di'essaieut des statues, représentation

(1) llapporl sur V JiXiiosit ion universelle de IS55 présenté à V Empereur par S. A. I. le prince Nupolêon, j). uo.

(2) P. MAGNE. L'Exposition \inwerselle de tSlft. Les Travaux du Champ-de-Mars et du Trnrn'iéro. Correspondant rtu 2.5 février 1878, p. 72.3

(3) Henry Girakd. La Tour Eiffct de trois cents mètres, p. 1(3.

des principales naiionalilcs, et même des principales colonies. Ainsi rinde et rAiislralie faisaieid cortège à l’Angleterre (1).

(( Au centre de la galerie d’iéna, dit (lliarles Itlanc (2), s élè^e un dôme assez sernblalile à cidui de Sainle-Sopliie de Constantinople en ce qu'il est llanqué de voûtes en demi-coiqioles ou si Ton veut de coupoh'S absiilales i[ui sijut la du reste non pour contre-bider un dôme ([ui n'a jias besoin de conlrelorls, mais pour la satisfaction du coup d'œil. Mlles ne font pas en effet rofllcc d’accoicmenl, elle figurent là pour raccorder les formes. Aux deux extrémités de la galerie dont nous parlons, se dressent deux coupoles plus élevées que le dôme central et qui représenlenl une demi-splière coupée verticalement sur quatre faces et, comme toute section de la sphère par un plan est un cercle, les sections de la demi-sphère forment audessous de la calotte f[uatre surfaces cintrées. Ces surfaces restées vides ont été remplies par des vitrages dont une partie est en vœrre de couleur, et qui rappellent dans le temple de rinduslrie l'idée et la lumière d une église. »

Cette galeriei était pour l'Mxposition de 1878 ce qu était la grande nef pour l'Exposition de 1853 : c était la qu on avait placé les produits d'un intérêt exceplionnel. (( Le vestibule d'honneur, dit M. Edmond ^’!lletard (3), qu on appelle aussi av'enue ou allée d’iéna est au palais du Champ de Mars ce qu’est à nos expositions annuelles de peinture le grand salon carré. » C’est là que se trouvait l’exposition des Indes anglaises et la Heur île l'exposilion Iranraise. C est la qu on

(1) De Moi.in.4Ri. La Bue des Nations, p. 15.

.9) Les Beaux Arts d t’ Exposition universelle de IS7S, p. 27.

(3) Promenades à travers l’Exposition universelle. Correspondant du 26 mai 1878, p 668.

ailniii'ait le troi)liéc des pioduils naturels de l’Inde et la eulleclion des jtrésents ol’ferls par les souverains indigènes au prince de Galles pendant son voyage dans l’Inde dont M. Henry Iloussaye (1) disait : « Ce n’est point un musée fpi’il faudrait pour loger des objets qui sont des joyaux, mais un gigantesque écrin. » C’est là qu’on put contempler pour la dernière fois à une Exposition universelle les diamants de la coui’oune de France iju’accompagnaient d’autres bijoux, les ])roduits des manufactures natiouales de Sèvres, des Gotielins et de lîe iuvais clioisis pour re])résenter, en face des magidlicences de l'IIindoustan, les délicatesses raffinées de l'industrie occidentale.

Tous les bijoux ne se trouvaient pas d’ailleurs rassemblés dans le vestibule d’iéna. Ainsi c’est dans la librairie italienne que Fou devait chercher — et chercher avec attention, car la taille exiguë de ce nain n’attirait pas les regards — un bijou livres(|ue a la plus petite édition connue » un in-128 impi imé à Milan et contenant ta Dkine Comédie de Dante en caractères microscopiques (2).

A l’autre extrémité du jjalais se trouvait la galerie de l'Ecole Militaire. Elle étail ^emldalde à la galerie d'Iéna. La galerie de l'Ecole Militaire n’élait pas comme le vestibule d’honneur un musée de merveilles; c'était la galerie du travail domestique, le curieux I duii'aloiie des industries en chambre. On y trouvait des lissages de ruliaus et des fabriques de bijoux communs. On y voyait des Indiens broder des tapis et des châles et des j)aysannes françaises agiter les fuseaux du métier à dentelles (d).

(1) Voyage autour du tnoiidc à l Exposition universelle. Revue des Deux- Mondes du 15 juillet 1878, p. 374.

(2) Journal officiel du 27 octobre 1878, p. 9981.

13) Edmond Villetard. Promenades à travers l'Exposition universelle. Correspondant du 10 juin 1878, p.9-22.

Entre la galerie d’Iéna et la galerie de l'Ecole militaire parallèlement à l’avenue de La Bourdonnais et à l’avenue de Suffren se trouvaient les galeries des machines: runc française, l’autre étrangère. Chacune avait 35 mètres de largeur. Cette portée n’e.xcédait point la poiiée de la galerie des machines de 18G7, et cependant dans l’intervalle des deux expositions en 18G8 M. Barlow avait consli uii la gare de Saint-Pancras à Londres où les fermes mélalh((ues coinrenl une largeur de 73 mètres (1). Les galeries des machines de 1878 n'en réalisaient pas moins un progrès considéralde. Ce progrès était dû à un jeune ingénieur, INI. de Dion, à (jui Al. Ivraiitz avait confié le soin de dresser les projets et de faire les calculs des fermes métalliques. AL de Dion, déjà connu par un mémoire où il montrait que l’on jieut faire entrer dans le calcul de la résistance ou de la déformai ion tous les éléments variables sauf à employer les procédés graphiques, sut établir des « fermes continues en tôle anjuées en haut, droites en bas et dépourvues de tout tirant donnant sous clef une hauteur disponible de 22 mètres et constituant avec leurs iiieds-droils de véritables poulies en arc brisé encastrées dans le sol par leurs e.xtrémilés. Le prolilème d’un support rationnel et homogène était enfin résolu (2h » Aussi a-t-on pu dire devant la Société des ingénieurs civils ([ue ce nouveau type ferait époque dans riiisloire des consiructions métalliiiues et ces jioutres continues l'eçurent-elles dans le mmide indusiriel la dénomination usuelle de <( fermes de Dion ».

Comme la galerie d'iéna et la galerie de l'Ecole militaire, les galeries des machines étaient éclairées par de larges baies

(1) De Lapparent. Le Siècle du fer, p. 67.

(2) iil. id. p. 06.

latérales. La forme rectangulaire que préseutaieut ces halles de la vapeur permettait d’emlH'asser l’eusemble de chacune d'elles; ou u’élait plus réduit comme eu 1867 à ne voir que les tronçO'Us successifs de l’exposittou de la mécanique: matlieureusement l’allée suspendue, qui eu 1807 faisait planer les ^ isilcurs au-dessus des moteurs, mauf[uait eu 1878 : le passage du public était au niveau du sol et pour les grandes machines ou n'eu apercevait ('[ue séparément les diverses parties au lieu d’en pouvoir faire la syuliièse d’un coup d’œil. M. Henry Iloussaye (I) accusé « celle espèce de cité dolente » de faire un k charivari infernal où l’on croit entendre les gémissements des damnés au milieu destpiels monte parfois comme une pidèi'e la grande voix des orgues ». En réalité les grandes macliines étaient peu nombivuises et ne fonctionnaient i[u’à (le l'ares intervalles (2).

Au mdii'ii do rédifice se trouvait une large galerie de 39 mètres do i)Ortée qui séparait la section française placée du côté de l'avenue de t.a Hou rdonnais de la section étrangère placée du côté de l'avenue de Suffren. C’était dans cette galerie, coupe au milieu par le cari'é oi'i se dressait le pavillon de la ^hlle de Paris que l’on avait placé l’exposition des Peaux-Arts. Celte longue et large galerie qui était ('clairée par en haut et dont le sol élail fait de dalles blanches ne se prêtait guère à l'examen des œuvres. Les étrangers avaient iiallié ces inconvénients ii l’aide de tapis dont ils avaient recou\ert le sol; mais l’administration française tarda à, prendre pour les salles réservées à notre pays ces })récau-

(1) Voyatje autour du monde à l’ Exposition univcrsille. Hcinie des Deuxilondf’s du 1.5 juillet 1878, p. 268.

(2) Edmond ViLLETARD. Promenadcs à travers l’Exposition universelle Correspondant du 25 août 1878, p. 723.

lions élémentaires malgré les réclamalions de ceux qui se plaignaient d’être obligés d'aller voir les œuvres de nos artistes dans les hangars où on les avait mises en fourrière (1). Cette exposition ne surpassait pas d ailleurs ses aînées. « En ce qui concerne les Beaux-Arls, disait M. \iclor Cherljuliez (2), rExposition universelle de 1878 est inférieure à ses devancières surtout à celle de 1853 qui a jeté un si vil éclat et laissé un si ineffaçalde souvenii'. » Elle n’en fnl pas moins pour la France l’occasion d’un triomphe eslhôtiiiue. « Li’Exposition universelle de 1878, dit M. André xMndiel (3), aura permis de Gonslater encore une fois la supérioiilé de la tAunce pour tout ce qui a trait aux arts du dessin. Dans celte lutte courtoise à laquelle nous avions convié tous les peuples, ce sont encore nos peintres, nos architectes et surtout nos sculpteurs qui emportent le prix. Excepté (diez ipielques nations de 1 ExtrômerOrient, les industries iiui confinent à l'art copient pour la plupart les créations de nos principaux labricants et ne trouvent de vie (lu’à les iniiler. »

Cette galerie des Beaux-xVrts avait ses curiosités. C’est ainsi qu’on y remarquait un curieux ambigu de peinture et de sculpture japonaises: c’était un tableau peint à l’huile par Talakay de Tokio sur lequel se détachait un vaisseau en basrelief, œuvre do Ah Otia du département de Nangasaki (4). On avait soigneusement exclu de ce concours international tout ce qui pouvait avoir Irait à la guerre. xAussi, une exposition compt'émeiitaire des peintures d’armée eut-elle lieu à

(1) Edmond Villetard. Promenades à travers l'Exposition universelle . Correspondant du 10 juin 1878, p. 90-2.

(2) La Peinture d l’Exposition universelle . Revue des Deux-Mondes du !•' août 1878, p, 816.

(3) La Musique en Allemagne. Revue des Deux-Mondes du 1" Janvier 1879, p. 159

i) Edmond ViLLET.AUD. Promenades à travers l'Exposition universelle. Correspondant du 10 juin 1878, p, 905.

Paris dans un local spécial : c’esl là que s'étaient réfugiées les uuu l’es de Détaillé el de Neuville.

Comme en 1807, le palais ne se composait que d'un rez-dechaussée. Tout était de plain-pied et des fauteuils roulants permettaient aux personnes délicates de le visiter sans fatigue.

Le Champ de Mars, en dehors du palais, contenait quelques pavillons: le ipiai du Champ de Mars était réservé à riiorticullnre, le ipiai entre l'avenue de la Bourdonnais et le pont de l'Alma au mali'riel agricole, l'esiilanade des Invalides aux cxiio-sitions d'animaux vivants, bœufs, brebis, chè- \res, chiens, ânes et clievaux qui se succédèrent durant tout l'été. Le Trocadéi'o était occupé par le palais et par un essaim de pavillons pour la pluiiart orientaux.

L'Exposition dans son ensemlile montrait la domination toujours plus absolue de la science sur l’industrie et la nécessité d’un incessant progrès. « La science, disait Jules Simon (ij dans son introduction générale aux rapports du jury international, la science a pris délinitivement possession de la direction de tout le travail... Il n’y a plus de supériorité ni de sécurité ipie par elle. Dans la société telle que les siècles, les révolutions el la liberté nous rmU faite, il n’est plus permis d’ignorei', il n’est plus possible de s’arrêter, il faut courir ou mouiàr. » La (Hnlie nail ('oinpinui, qui exposait ses liroduits non loin du jihonogi'aphe dans la section des Etats- Cnis, disiribnail un prospectus ipii illustrait en quelque sorte, la pensée, du philosophe ; le pi'ospectus contenait deux images représentant l’iine un forgeron martelant un clou avec la date de 1776, l’autre une machine livrant mille clous par jour

(1) cité Alfred Picard. Exposition internationale de IS89. Itapport général, t. I. p. 151.

avec la date de 1876 (1).

Jules Simon ajoutait; « Donnons des écoles à nos mineurs, à nos forgerons, à nos architectes, à nos peintres, à nos décorateurs, à nos tisseurs, à nos liorlogers, à nos sculpteurs sur bois, à nos ébénistes, à nos cullivaleurs «. C’est ce qu’on avait cherclié à réaliser dans l’exposition même. Le G juillet, le Journal officiel publiait le programme d’une série de conférences pul)liques qui devaient être donm'es au Trocadéro du 8 au 20 juillet et dont le but était « de mettre en lumière les enseignements industriels et économiques (jue comporte l’exposition ».

Ce qui faisait l’originalité de l’exposition c’étaient la rue des Nations et le palais du Trocadéro.

Comme l'Exposition de 1867, l’Exposition de 1878 avait une rue de France: c’était la vote qui séparait la grande galerie centrale de la section fj'ançaise ; de l’autre côté de cette galerie centrale se trouvait une voie sur la(iuelle venaient aboutir les diverses sections étrangères: on avait eu l’idée de donner pour façade à chaque pays un spécimen de son architecture nationale: c’était la rue des Nations.

La rue des Nations semble avoir eu pour première origine les reproductions fragmentaires tle monuments qui hguraient à l’Exposition de Imiulres en 1872. » Ce ne sont pas, écrivait M. Chauhies en 1872, à proi)Os des séiies de moulages qu’on avait exhibées, ce ne sont j)as des fragments de colonnes ou des détails isolés de l:ia,s-deliefs, mais des monuments entiers qu’il faudrait reproduire. Ce lU'ojet pour si audacieux qu’il puisse paraître n’est pas impossible à réaliser. Le Palais de Cristal offre (luelques exemples de salles entières

(1) De Mounari. La Rue des Nations, p. 74.

de difféj'cnts slyles érigés par ce procédé et l’Exposition de 18(37 à Paris, a prouvé surabondainiuent que ce rêve peut s’accomplir par le speclacle qu’il nous a donné de sa réalisation presque complète, mais fugitive hélas! Y anraitril rien de plus allrayant ipi’un vaste jardin dans lequel au milieu d'une végélation luxuriante on découvrirait les monuments les plus célèlu'cs de Funivers: rAcroi)ole d’Athènes dans sa douce majesté et ([uchpies pas plus loin FAlhambra avec ses ogi\ os gracieuses damasquinées d’arabesques comme la lame d'un poignard, la grande porte de Pékin conduisant à une construction assyrienne, les lins minarets et les dùnies lourds de la mos(iuée d'(.)mar à C(jlé du temple d’Isis aux piliers massifs enluminés comme des pages de missels. Ce serait une perpétuelle merveille et une pei'pétuelle surprise (1) ».

Les organisateurs de l’Exposition de 1878 semblent avoir conçu le dessein de réaliser ce lu'ogramme jusque dans ses détails. La galerie des Beaux-Arts était interrompue au milieu par un emplacement rectangulaire de 105 mètres sur 75, soit de 12.375 mètres cariés. « Dans le principe, dit M. P. Magne (2), cet emplacement devait être converti en un magnifique jardin tout autour duquel auraient été élevés, du côté de la section étrangère, des spécimens de monuments choisis dans toutes les contrées du glohe, depuis la hutte en branchages des sauvages des bords de l’Orénoque jusqu’aux temples les plus somptueux de l’Extrême-Orient. Du côté de la section française des spécimens semblables auraient permis d’embrasser d’un coup d’œil les modifications qu’a

(1) F. CnAULNES. Exposition internationale île Londres (2' année). Journal officiel du 2ü septembre 187'2, p. 7003.

(2) L'Exposition uniuerselle de I87S. Les Travaux du Champ de iJars et du Trocadéro. Correspondant du 25 février 1878, p. 715.

subies notre architecture depuis la période gauloise jusqu’à l’époque actuelle. Les difficultés pratiques qu’aurait rencontrées l’exécution d’un seniblalde projet et l’énormité de la dépense qu’elle aurait occasionnée ont dù y faire renoncer. Le jardin lui-mème a été supprimé malgré son utilité pour les visiteurs qui y auraient trouvé un lieu de repos, de réunion, parfaitement placé et le terrain qu’il devait occuper a été livré à la ville qui y fait élever un vaste édifice pour son Exposition particulière ». Si cet édifice, le pavillon de la Ville de Paris, « la partie la mieux réussie de l’exposition au point de vue architectural (1) », avait absorbé le carré destiné à rarcliitecture internationale, du moins M. Georges Berger avait eu l’idée de donner pour limite a cfia(iue pays sur la rue des Nations un modèle de son art indigène (2).

On critique, sinon l idée, dn moins la façon dont elle a^ait été appliquée ; on soutint ([u’oii aurait du composer uniquement cette voie des peuples de reproductions d’édifice-' privés tels cjue ceux fju'avaienl élevés ciuelques Etats euro péens cl les pays orientaux. « Que signifient, disait iM. Henry lloussaye (3), que signifient par exemple la rutilante laçade dt' l’Alhambra et le porche monumenlal du couvent de Bclem tout brodé de sculptures à côté d'un manoir anglais, d'une isba russe, d’un chalet de paysans norvégiens, d’une maison hollandaise du xvP siècle? Il semble qu’il y avait à copier dans les ruelles étroites de Tolède et de Grenade et dans les rues de Lisbonne des types d architecture d un moins somptueux aspect, mais d'un intérêt plus sérieux... De plus les

(1) Edmond Villetard. Promenades d travers l'Exposition universelle . Correspondant du 10 juin 1878, p. 916.

(2) DE Molinari. La Hue des Nations, p. XV, n. 1.

(3) Voyaije autour du inonde à 1 Exposition universelle . Revue des Dtux- M ondes du 15 juillet 1878, p. 366.

inonumenls tels que les mosquées hispano-arabes et les cathédrales portugaises... ne peuvent que perdre à être ainsi exposés dans des proportions réduites et hors du cadre qui leur convient. Sous peine de lui faire perdre son caractère on ne peut détacher un nionunient du milieu topographique et climatologique où il a été construit et (lui l’a inspiré. On sait quelle impression pitoyable produit au Cristal jmlace de I.ondres la. reproduction exacle des plus heaux monuments de l’arcliitecture. »

O’autres louèrent au contraire sans restriction celte suite de modèles mvers do l'art de Ijàtii- ; » L’on ne peut rien imaginer de plus curieux, disait M. Charles Blanc (1), que de voir les différents peuples de la terre venir accuser eux-mêmes les slyles de leur architecture, non seulement par le spécimen qu’ils nous en monli'ent, mais en vertu de la comparaison qui s'établit d’elle-mêuie enti'e les différents styles par le seul fait de leur rapprochement. Et comme si ce rapprochement eût été ménagé tout exprès pour faire valoir chaque style architectonique, pour eu exagérer la pfiysionomie, on a placé l’iin à côté de l’autre les peuples -qui se ressemblent le moins, de sorte que cette juxtaposition accentue avec plus de force le caractère qui distingue leur art. Auprès de l’Italie se trouve le Japon. Après les Etats-Unis vient la Suède; le Danemark avoisine la Grèce; le Portugal touche aux Pays-Bas et l’Amérique centrale au Maroc ».

D’ailleurs le public trancha le débat, et la foule fit grâce à l'iiMivre critiquée par les délicats, a Ces façades, écrivait au ilébut de l’exposition M. Edmond ^dlletard (2), ces façades

(1) Les Ilcaux-Arts à l’Exposition universelle de ISIS, p. 4î2.

('2) PromcJiades d travers V Exposition universelle. Correspondant du 25 mal 1870, p. 657.

constituent jusqu’à présent un des grands succès du Champ de Mars et la rue de la Nation est l’endroit où le public aime le mieux à venir de temps en temps respirer. »

La rue s’ouvrait par rAnglcterre.

L’Angleterre occupait à elle seule un quart de la partie exotique et avait 164 mètres de façade. Aussi avait-on fragmenté l’espace en cinq édifices distincts : une maison gothique en brique rouge et en terre cuite ; une maison de la Renaissance — dite pavillon du prince de Galles ■ — ^en brique et pierre ; une maison du temps de la reine Anne, en brique rouge ; un cottage de style ancien en charpentes de bois de pin et en panneaux de plâtre, enfin une maison en bois et plâtre dans le goût du temps de Guillaume III. On commençait donc la visite de la rue des Nations par une promenade à travers l’histoire de rarchitecture en Angleterre.

A l’Angleterre succédaient les Etats-Unis dont la façade industrielle, d’une simplicité utilitaire en bois et verre, contrastait avec les pittoresques modèles qui la précédaient. Puis venaient la Suède et la Norvège avec les alternances de sapin rouge et de sapin blanc et les baies en plein cintre de leur pavillon commun; fitalie avec une sorte de loggia richement décorée; le Japon dont la façade en planches frustes représentait un vieux temple shintoïste (1); la Chine dont la porte rouge s’enlevait en couleur sur des murailles quadrillées de noir (2); l’Espagne montrant les splendeurs de son architecture mauresque dans le portique, imité de la cour des Lions de l’Alhambra, de son pavillon central, dans les arcades en fer à cheval de ses tours; l’.Nu triche-Hongrie dont les larges baies

(1) de Molinari. La nue des Nations, p. 120.

(2) id. id. p. 142.

avaieiil les lyinpans el, les Irises décorés de grafflles c’esla-dire de dessins gTa\'és uA'ec la ])oinle tlu fer sur le nu de la muraille et fui inaid, un camaïeu ou pour mieux dire une grisaille (I); la Russie combinant dans sa façade, où le bois s'assoui»lissait à toutes les fantaisies d'une architecture flamboyante, et d'un goût byzantin, un modèle de clnïteau seigneurial du temps d'Ivan le Terrible avec l’escalier du Kremlin; la Suisse présentant., non point son lianal chalet, mais une porte de A ille du xvi® siècle avec ses hretèches d’où observaient les veilleurs ; la Belgique qui avait employé la riche variélé des matériaux indigènes, l:»ri(iue, pierre blanche, granit gris, mailire noir (1), à consiruire un jnodèle d’Hôtel de Ville dont les porle.s reiu’oduisaient à l'aide de l'électromélallurgie des panneaux de ritùtel de Ville d’Audenarde et de Sainte-Gudule de Aivelles; la Grèce dont la façade, « édicule sans grâce et sans pi'oporli(m » pour les uns (2), était pour les autres (3) « une petite maison athénienne du plus })nr slyle du \'i'‘ siècle », un » chai'inant édicule qui a à peu près li's ])ropoiïions du Tpm])h' de la \ icloii'e a.j)lère sur l’Acro- ))ole »; le Danemark doid la façade, » un joujou en grand », enqii'unlée à la Renaissance allemande et belge montrait « des colonnes à (udablemeids in'oillés (|ni ne porleni làen, des fronlons coupés il A'olutes, toul ce (|ue Palladio a blâmé, tout ce (pu esl blâmable (i); l'Amérique cenbale et méi’idionale juxiaposant dans sa façade d'enseml:)le les modèles de l’archileclure hispano-américaine et les spécimens des monumeids précoloi-nbiens; le Portugal présentant le fac-similé

(1) Cliarles Bi.anc. Les Beaux-Arts <1 l’Eximsition universelle de 1878. p. 5S

(1) id. id. p. Cl.

(2) id. id. n C2.

(3) Henry Houss.aye. Voijauc autour du motide à l Exposition univirsellc. Bevue des IJeux-Mondes du 15 juillet 1878, p. 383.

(4) Charles Blanc. Les Beaux-Arts à l'Exposition universelle de IS78, p. 62.

du portail du célètire couvent de Belem, le Saint-Denis de la dynastie (te Itj'agance; la Hollande enlin dont la façade, imitation libre de l'IIiidel de ^dlle de La Haye portait le milltisime de 1(378, épo(iue où la grandeur et la richesse de la républiciue des Provinces-Unies étaient itarvenues à leur apogée (1).

Les édifices exoti(pies ii'avaieuL pas été cantonnés exclusivement dans la rue des Nations.

Les autres jiarties de l'Lxposition avaient, elles aussi, leurs motifs arcliitecluraux pleins de couleur locale. Sans parler du quartier d’Alger, dominé par la nuasquée de Sidi Houmedine, de Tlemcen, k toute l'Algérie en 5U mètres carrés (2) », c’était la tsarda hongroise, où l’on entendait, les Tziganes — ■ ces Tziganes qui s’étaient révélés à nous à l'Exposition de 1867 (3) — sans musique écrite et sur des instruments tels que la petite clarinette en mi bémol et le tympanon (4), (( jouer avec tant d’entrain la VaUe du Danube et avec tant de furia la Marche (jueriière de Rakoczy ib) »; c’étaient le temple anli(pie et la maison moderne à moucliarabieh de l’Egypte; c’était le bâtiment du Maroc (loiit le rez-de-chaussée formait une l)ouli([ue orientale et la terrasse ombragée d’une toile servait de café; c’était la longue galerie à arcades en fer à cheval, à corniche à corbeaux qui abritait le Irazar tunisien; c’était la maisonnette de bambou à fenêtres vitrées de papier de riz du Japon; c’était enfin ce petit palais du Shah de Perse, ce (( pavillon

fl) De ÎMoi-inari. La Ttue des Nations, p. 303.

(2) Heni-y IIouss.aye. Voi/aije autour du monde à l'Exposition universelle. Revue des Deux-Mondes du 15 juillet 1878, p. 379.

(3) Richard O'ilONRoy. Courrier de Paris. Univers illustré du 23 janvier 1897, p. 51.

(4) DE Berth.a. La Musique hongroise et les Tziganes. Revue des Deux- Mondes du 15 août 1878, ]). 909.

,5) Henry Houssaye. Vogage autour du Monde à V Exposition, universelle Revue des DeT.tx-Mondes du 15 août 1878. p. 787.

des miroirs » (1) dont le premier étage contenait » ce merveilleux salon des glaces, auprès duquel, dit Henry Houssaye le fameux salon des glaces de Versailles a tout au plus l’originalité d’un salon de grand hôtel », et qui est, au contraire, d’après M. Charles Blanc (3), « d’un luxe puéril pour ne pas dire barbare ».

Comme le faisait observer M. Henri Baudrillart, on avait ainsi annexé à l’exposilion l’arcliéofogie avec ses temples et ses palais. « Il semble, ajoutait-il (i), que notre démocratie ait voulu avoir sa villa Adriana. Elle a accumulé dans un espace restreint, comme le fit Adrien lui-mème, par une fantaisie d’érudil et de voyageur digne de cet homme d’esprit rafbné, les momimenis qui rappellent les civilisations du passé. »

Le second morceau caractéristique de l’exposition, c’était le palais du Trocadéro.

Dès rorigine on avait reconnu la nécessité d’augmenter l’espace ({ue le Champ de Mars, diminué d’ailleurs de ses deux cornes primitives aliénées depuis 1867, offrait pour l’Exposition. Heureusement on rencontrait à proximité de véritables réserves de terrain.

(( En face du Champ de Mars, lit-on dans l'Exposé des motifs du ]>rojet de loi relatif à l’Exposition de 1878, en face du Champ de Mars, sur la rive droite de la SeJne se trouve une vaste étendue de terrains non bâtis qui ai)partiennent à la Ville de Paris et dont les pentes rapides se prêtent merveilleusement aux conceptions décoratives. »

(1) Cliarle.s BLA^'C. Ves Beaux-Arts à l'Exposition universelle de 1878, p. 73.

(2) Voi/agr autour du monde à l'Exiiosition universelle. Revue des Deuxil onde s du. 15 Juillet 1878, p. 376.

(3) Les Beaux-Arts à V Exposition universelle de 1878, p. 7'i.

(4) Les Expositions universelles. Journal officiel du 19 mai 1878, p. 5464.

On se proposait d'élevcr au sommet de la colline une salle temporaire comme le palais du Champ de Mars et destinée aux auditions musicales. La diniciiUc était de raccorder les deux parties de l’Exposition à travers le lleuve et les quais du fleuve. On avait pensé d’aljord, et c’est la solulion qu’indique l’exposé des molifs du jirojet de loi relalif à l’exposition, à faire dévier les quais et à les faire passer en tranchée, à élargir le pont d’Iéna, fine l’exposition aurait afjsorbé, et à le suppléer pendant la durée de l’exposition par un bac à vapeur pour les habitants îles deux rives. Ilaiitée sans doute par les souvenirs des longues galeries qui reliaient en 1855 ie Palais de l'Industrie à la galerie des machines à travers le panorama, la commission de l’exposition dans le programme du concours (libelle ouvrit adoptait une autre combinaison: une galerie couierte devait mettre en communication le Champ de Mars et le Trocadéro; elle parlait d'une mmpe ayant son origine au palais du Champ de Mars, franchissait les jardins du Champ de Mars, les (luais, le pont d'Iéna sans s’appuyer auUeinenl que sur la base des piles et aijoutissait aux bâtiments inférieurs disposés en amphithéâtre sui’ la rive droite. Elle devait être assez élevée pour laisser au-dessous la circulation libre aux piétons et aux voitures et assez large pour recevoir à l’intérieur des exposants de fa(;on iiu’il n’y eût (( ni interruption, ni lacune dans l’exposition sur aucun point ».

Mais on ne tarda pas ù reconnaître (luc ce couloir aérien ne pourrait être que du plus déplorable effet et l’on revint, en la modifiant légèrement, à la pensée primitive. On établit une voie en trancliée sur le quai du Champ de Mars et sur le quai de Billy: on recouvrit le pont d’Iéna en l’élargissant

et la jonction fies deux rives se trouva lienreusement assurée. <in avait songé à la rendi'e i)lus parfaite encore et M. Decan- Aille avait proposé d’installer nn clieinin de fer ù voie étroite de 50 centiinèlres de largeur enlre l’Ecole militaire et le Trocadé'i'o, mais son pi'ojet n'avait pas été admis (1).

La réunion des deux rives du llenve n'était pas la seule difficulté rpi'on devait rencontrer. La colline du Trocadéro avait en partie sei'vi de caiTière. Si smis l'aile gauclie de la construction qu'on se ))ropf)sail d'élevej' le sol elait vierge de toute exploilalion, sons le mriieu se trouvaient des galeries en partie comblées jfir d('S remblais et sous l'aile droite, le sol était défoncé. Iv'i eu elTet avaient existé auti'cfois des excavations. Mais en 1807 on avail à coups fie mines détruit les piliers de soubmement de façon à délerminei' un affaissement général du sol et le terrain n'élait plus qu'un chaos (2).

Dans ces caandi lions les déblais, les piliers de sontènemenl devaieid absorber une ])artie des crédits affectés. D'autre part le déblai à oi)érer sons l’aile droite avait amené une réouveUure des carrhu'es et l'immense travail de déldai en vertu d'une conveution spéciale avec les entrepreneurs se compensait avec les nudéi'iaux rournis (3). On ne pouvait ceriendant avec le rcshint des crédils élever qu'une construction lu'ovisoir'c et Iri's légère-, d’autant plus que la, ^bllc de Pai'is s'était réservé par le Iraité du l" ao-ùt 1870 le droit d'exiger la dostructif)ii des bâtiments édifiés. De nouNelle'^ négoci.ations tiu'cnt oiiN'ertes avec la Ville et pai' un traité du 12 avril 1877 la ville de Paris renonça à la faculté d’exiger la fh-molilion des coiislrucl i(ms : ;'i la elùlure de l’exposi-

(1) De Lapparent. Le Siècle du fer, p.329.

(2) Le Palais du Trocadéro, p. 137.

(3) id. p. 149.

tion elle devait ou abandonner les lerrains à l’Elat moyennant la cession de la. grande cascade, des aiiuariuins et des jardins, ou acquérir le jialais au prix de Irois millions payatdes en six annuilés de odO.OüÜ trancs. Dès lors on se décida à bâtir un palais dérinitit et en esc-omidant les versements éventuels de la ^'ille de Paris on par\int à édifier un monument con'venaljle à la meiveilleuse siluation qu’il occu])e (1).

Ce n’était là que la réalisation d'un plan ipii datait du premier empire.

A la lin du xv'^ siècle, époque oii l'emontent les plus anciens documents la colline aujourd'lmi appelée le Trocadéro, formait un domaine ayani pour cenlre un château investi des droits de haute et basse justice, (le (du'deau donné, en lV7i par Louis XI à Philippe de (lommines, tut successivemeut acquis par Catherine de IMédicis (pii y projeta et peut-être y commença un palais, par le iirésidenl Jeannin (pii, si l'on en croit Tallemant des Réaux, bâtit un château, dit le château de Chaillot, dont on retrouve peut-être rimage (tans une gravure d'tsraël Silvestie, par le maréchal de Rassompierre que son incarcération pendant onze ans ! Kidi-ldi'i) à la Pastille n’empêcha pas de taii'o « bâtir de sonqitueux édilices a Chaillau » comme le lui reprochait Richelieu; enlin en l(i5i par Henriette de France, tille de Henri IV. sœur de Louis XtH et veine de Charles rni d .Vngleteri'c. Elle y tonda un monastère de Dames do la \’isitati(»n de Sainte-Marie où elle se retira. (2). Mansart liâlit une chapelle pour celle communauté et c'est dans cette chapelle (pu' Rossuet pi'ononça, le 10 novembre 1609, l'oraison funèlire de la fondatrice dont le

(1) Le Palais du Trocadéro p. 151.

12) id. p. 1 et siiiv.

cœur y était conservé. Mme de Iæ Fayette, Louise de Bavière, la duchesse de Nemours, les nièces de Mazarin, les fûtes de Colbert, Mme de Motteville, la veuve de Jacques II, la veuve du Régent habitèrent le monastère (1). La Révolution dispersa les relig'ieuses et « nationalisa » le couvent.

Au commencement du xix" siècle Percier et Fontaine chargés par Napoléon de bâtir un palais destiné au Roi de Rome choisirent remplacement du monastère pour l’élever. L’édifice devait avoir dans son ensemble, précisément les dimensions du palais actuel; mais il était formé de deux corps de bàtnnent en ailes renfermant les écui’ics et du palais lui-même en arrière-plan qui n’avait qu’une largeur de 140 mètres. Toute la plaine de Passy fût devenue le parc de cette résidence dont le château de la Petite Muette eût été la vénerie et que des allées eussent relié à l’avenue de Neuitly et à l’Arc de Triomphe. Quatre grands bâtiments : caserne de cavalerie, caserne d’infanterie, hôpital militaire, palais d’archives devaient s’élever symétriquemeni aux quatre angles du Champ de Mars. Le projet reçut, un commencement d’exécution: on démolit l’ancien couvent resté debout et l’on entreprit le-^ fondations du patais. Les matheurs de 1813 firent restreindre les plans primitifs : la chiite (te l’Fnnpire les ht abandonner.

La Restauration voulut, édifier une caserne sur la colline ; à l’occasion de la pose de la première pierre, le 31 août 1826, on représenta la prise du Trocadéro : des troupes placées sur la rive gauche firent le simulacre d’enlever les hauteurs de Chaillot, image des collines qui dominent Cadix, et que les Français avaient enlevées trois ans auparavant, le

(1) Léopold Mae. Monographie du Monastère royal de la Visitation de Chaillot ConpTès des Sociétés savantes. Section d’iiistoire et d'archéologie, 8 avril 189o. séance du soir. Journal oflIcUd du 9 avril 1896, p. 1987.

31 août 1823 (1). La caserne ne fut jamais construite, mais la colline gagaia à la petite guerre dont elle avait été le théâtre le nom de Trocadéro. Le second enij)ire songea à transformer la colline en un amphithéâtre en pente douce sur ’e hauL diuiuel se serait dressée une colonne en rhonneur de l’armée d’Italie. Le projet ne fut pas réalisé. Lorstpie TLxpositioii de 1807 eut été décidée, AL Ihiussmann s’occupa le niveler le coteau en le découroiinant d’une partie de son sommet (2). (On l’avait même tellement l)aissé ([u’on dut y rapporter des terres ; ces remaniements successifs ne coûtèrent pas moins de trois millions (3). (On raconte que rfimpereur François-Joseph aurait dit à AI. Ilaussmann ([ui lui montrait la colline aplanie: « N’est-ce pas fâcheux que cette butte ne soit pas plus élevée? (Jn aurait sur Pai is et ses environs un splendide point de vue (1) ».

Pendant l’Exposition de 18(37, le Trocadéro présenta aux visiteurs du Champ de Mars « une taupinière chenue aux maigres ])entes gazonnées, aux alL-cs laiges et bord('es de trottoirs que gravissait un grand escalier iieiqilé (rinleidions babyloniennes (5). »

On se décida à construire sur cette éminence poui' l'Exposition de 1878 un palais, complément de celui du Champ de Mars. Ce palais consiste en une sorte de rotonde ceidcide surmontée d’une statue de la Renommée, œuvre de Alercié, flanquée de deux tours et s’étendant à droite et à gauche par deux galeries circulaires. Devant le palais une cascade sous

(1) Le Palais du Trocadéro p. 26.

(2) id. p. 2 et suiv.

(3) Victor Fournel. Voyage à travers l'Exposillon universelle. Corrcsriondant du 25 avril 1867, p. 868.

0) Henri Daiîoi’. Souvenirs et iniprcssions d'un Bourgeois du Quartier Latin, 3 décembre 1865.

(5) Victor Fot'rnel Voyages à travers l'Exposition universelle. Correspondant du 25 avril 1807, p. 968

la^iuelle une subsiruction de rocher l’enferinaiL un aqiial'iiini, descend au iriilicii des allées serpenUintes d'un jardin onduhh Le palais couvre 5.01)0 niidres carrés.

Le palais du Trocadéro, œuvre des arcliilecles Davioud et Bourdais a clé vivement allariué. « Celle conslruction, disait M. Emile Trélat à la Chambre des Députés le li mai'S 1896 dans la, discussion du projet de loi relatit à rExposition dci 1000, celte construclion a été iaile par deux hommes de talent dont run est mort. J’étais rami des deux, je ne puis ci’itiquer leur (jeu\re ; car elle dénote une habileté rare. En dix-huil mois ils ont projeté, éludlé et construit ce palais. Mais (jui pourrait soutenir aujou i d’hui que celle solution était la solution monumentale qui devait èlie réalisée au Trocadéro? Personne, parmi les arlistes, ne iieut le soutenir. Ce n’est pas cela (lu’il fallait faire; il fallait là uji a.idre morceau d’arclnle(dure. » En 1889 déjà 1\L de Vogaië reprocliait au « morne et. i»esanl J’rocadéro )) d'a.llliger l’o^il (I). Plus rigoureux encoi'e i\L Ilem’V lloussaye faisait ainsi dès 1878 Panatomie (( du prétendu palais du J’rocadéro (pii n’est d’aucun style et ipii n'a aucun style » : « Un liémicycle d’arène grécoromaine ipii llampié de deux tours ([uadrangulaires décorées à l'aralie, a [lour cenli'c une al.iside ii hautes arcades en plein cintre et ;’i baies psem.to-gol liiipies en arcatui'es (2) ».

Le palais a trouvé néanmoins des ■ défenseurs: k Entièremeid bâti, dit un ingénieui', M. P. Magne (3), entièrement bâti en pierre légèrcinent jaunâtre et en marbre rouge dont les assises alternées rajipellent l'aspect de plusieurs édifices des

(U Diî VOGUË. iwmanjues sur l'E.iiiosilion du Centenaire, p. 36 et 41.

((2) Henry Houss.^ye. Voyage autour du monde à l'Exposition universelle Ilcvue des Deux-Mondes du 15 août 1878, p. 791.

(3) L'Exposition universelle de IH78. Les Travaux du Champ de Mars et du Troeadéro. Correspondant du 25 féviier 1.878, p. 729.

meilleurs temps de la Pei'se et de l'Pgypte avec une large frise en mosaïque vénilienne, il api)ai‘lient à un style sui generis pour la réalisation duquel l'art oriental, le neo-grec et la renaissance ont été mis à conlribution et qu’on a proposé de désigner sous le nom ipii semble bien juslillé d'^ sUjle de 1878 ». Et ce n’est jias là seulement ra\ is des tecbniciens, c’est l’avis des pni'istes (tu beau: « Le style de toute cette arcbilecture, dit M. Eharles Lbinc (t est un style mi.xle. composile, fini ne samait être bien déliiu, i)ar cela même (pi’il s’est enrichi de beaucoup d'empi unls. ( in jieul dire cependant que c'est une innlalion lilu'e de ludrc' belle arcbitcctui'e romane des xP et xiP siècles avec ses colonnes robustes el courtes munies de gialTes à la base, ses pieds droits dans lesquels sont engagés des juliers latéraux, ses fac 'Itos gi'uninées, ses liideaux soulagés pai' des encorbellemenis, ses assi-es alternées, ses coidreforts api)a.renls, ses pinacles en l'orme d’édienles, scs arcatiires simulées ou vraies, ses mosaïipies, ses j bans cintres., ses coupoles ».

Enlin Al. do Lapparent (2j lord en reeomiaissanl (|ue l’omvre des arcbitectes (lu Trocadéiai h n'est pas de nature à l'endre jalouses dans un autre monde les ombres ries Peiaaiult, des Alansart., des Gabriel « con\i(M!t » ipt'ils onl installé en face du Gliamji de Mars un décor assez agréalde », « surtout ajoule-l-il— et il se renconire a^■e(• Al. de A'oguë (3) rpn goi'de le palais Iransüguré par les feux el dessinant en Irad--; fulgurants son arcbitectnre sur le fruul noir de la nuit -- surtout le soir quand des cordons de lumières s'éiageid le long des cascades et lors des graïu.les tètes quand les toui's et les colon-

(1) Lea Ucdux-Arls à l Extiosition universelle de IS7S. p. 8.

(2) e Siècle du fer, p, 6.

(3) lleiiKiniues sur l'Exposition du Centenaire, p. lu.

nades servent de prétextes à de riches illuminations. »

Quoi qu’il en soit, vinglrcinq ans ont fait^ entrer l’édifice dans le nombre des monuments consacrés de Paris. L’heurcnse siluaiion qu’il occupe à rextrémité du prolongement idéal du lioulevard des Italiens, à un endroit où le coude décrit par le fleuve le met précisément en face du canal tracé par la Seine dans la traversée de Paris sauve ce qu’il peut y avoir d'imiiarfait dans la consiruclion hùtiveinent élevée.

Durant l’exposition ta grande salle servit aux auditions musicales. D’après un j)rûgra,mme arrêté par la commission de rexposilion fart musical devait participer à l’exposition ]iar des exéculions d’œuvres nouvelles, des festivals et concours orpliéoniques, des concours d’harmonie et de musique militaire (1).

Les concerts symphoniques et surtout les matinées de musique de chambre furent délaissés par la foule (2). En revanche on vint entendre les troupes étrangères qui se succédèrent au Trocadéro : orchestre de la Scala, orchestre des concerts populaires de Turin, chœurs anglais de Leslie, tziganes hongrois.

Les deux ailes furent occupées pendant l’exposition par des expositions d’art ancien et d’ethnographie et les salles du premier étage par une exposition orientale et par des congrès. Aujourd’hui les galeries des ailes sont occupées par le musée de sculpture comparée dont Viollet-le-Duc avait été le promoteur et qui fut ouvert en 1882. Les salles du premier étage sont occupées par un musée ethnographique qui

(1) Rapport au ministre de l'Instruction Publique, des Cultes et des Beaux- Arts sur la participation de l’art musical à l'Exposition universelle de ISIS. Journal offieicl du U août 1877, p. 5727.

(2) H. PLAZE DE BiiRY. Les Coucerts du Trocadéro. Revue des Deux-Mondes du 1" aoiit 1878, P 685.

avait été inauguré à titre provisoire au Palais de rinclustrie le 23 janvier 1878. Enrin la grande salle sert soit à des concerts, soit à des réunions.

En dehors du Trocadéro', l’Exposilion avait encore deux annexes. L’une était un navire, l’autre un aérostat.

Le navire, était le Frigorifique, vaisseau spécialement aménagé eu vue du transport de viandes américaines: il mouilla pendant l’exposition au pont d’Iéna. Une glace sans tain donnant sur la cale, permettait aux visiteurs de se rendie compte des procédés employés pour la conservation de morceaux de boucherie transatlantique (1).

L’aérostat était le grand ballon captif « le Grand Captif » comme on l’avait appelé (2). C’éfait le plus grand ballon qu’on eût encore construit, u 11 est aux ballons ordinaires, disait M. Gaslon Tissandier (3), ce que le Gréai Easlern est à une coquille de noix. » Il avait un volume de 35.000' mètres cubes et un diamètre de 30 mètres, le diamètre de la coupole, Sainte-Sophie (i). Il pouvait emporter 50 personnes à 500 mi'tres, le câble était mû par un treuil à vapeur. Amarré à terre il formait au-dessus du sol un dôme monumental de 55 mètres de hauteur dépassant de 10 mètres le couronnement de l’Arc de Triomplie de Paris (5). Ce Léviathan des airs devait d’abord être installé au Champ de Mars; mais, faute de place dans l’enceinte de l’exposition, le ministre des travaux publics autorisa le couotructeur I\L Giffard à inshaller le ballon dans la Cour des Tuileries. « Il n'a pas perdu au change, écrivait M. Henri de Parville (0). 11 planait précisément à

(1) Journal officiel du 3 mal 1878, p. 4661.

(2) Gaston Tissandier. Le Grand Ballon captif à vapeur, p. 53.

(3) Le Grand Ballon captif d vapeur, p. 6.

(4) Victor Fournel. Les Œuvres et les liomincs. Correspondant du lü août 1878. p. 528.

(5) Gaston Tissandier. Le Grand Ballon captif d vapeur, p. 9.

(6) Revue des Sciences. Correspondant du Kl novembre 1878, p. 550.

quelques dizaines de mèlres de l’emplacement où Charles et Ilobert g'oidlèi'eut dans le jardin des Tuileries le 1®'' décembre 1783 le premier aéi'osiat à gaz hydrogène. »

Le ballon eut un grand succès. « On avait, dit M. Henri de Haie ille (1), on avail li'o|) d(''daigné au Champ de Mars le côté nouveau el allrayaid. » Le Italien apporla cet élément populaire et forain qui faisail défaut. « Le beau l>allou à vapeur, disail (Uicore M’. Henri de Haiaille (2) aura certainement sa place marquée dans les souvenii's que pourra laisser l’Exposition de 1878. » Les frais s’élevèrent à 70Ü.000 francs; mais les recettes se montèi'onl à 800.000 francs, laissant un Ijénéfice de loo.OOO francs. A la (djlluie d(' rexpnsition M. GilTard vendit le ballon au diiocteiii' dn Prince’s 'riiealre de Londres qui le ht di'gonller et lrans])orler en y\ngleten'e pour l’exposer à la curiosité du public (3).

Bien que l’oii ne lenconti'e pas dans rénumération des divisions de t'Exposilion de 1878 les mois d’exi)ositiou ré- Irospective et d’exposition d'économie sociale, le rétrospectif, l’économie sociale n’eii étaient pas moins rei>résentés dans ce grand concours inteinatioiial. En 1807, l’exposition rétrospective avait jmur noyau t’exposilion de l’histoire du travail (lui occupait le luemier cercle du Palais du Cliamp de Mars. En 1878 la principale exposition l■élrospeciive était une exposition historique d’ajl ancien. Cette exixjsition était divisée en dix sections : 1° Art primitif et antiquités des Gaules; 2° Sculpture antiijue, du M(.)yen âge et de la Henaissa.nce; glyptique, 3° Cérami(iue; Moyen âge, Renaissance; fa'iences, porcelaines ; 4” Manuscrils, ümcs, incunables, dessins, reliures;

(1) Itevue (les Sciences. Correspondant du 10 novembre 1878, p. 549.

(2' Id., id., ibid.

(8) Journal officiel du 10 novembre 1878, p. 10373.

5" Armes ci armures; G” Xumismalùiue gauloise el du Moyeu âge, médaillons, sigillogj'aphie; 7“ (M’I'èvrei'ie, ivoires, crislaux, bijoux; 8” Ameublement, élolTes, tapisseries; 9” Iiistriimeuts anciens de musi<pic; lo” h]| Imograplde des peujtles él rangers.

Pour l'art ancien uropremeni dil, e'élail l'ordi'e clii'ouologir[ue cpu était suivi; i)Our les olyjels ethnographiques c était roi'dre gé‘ügrapldi[ue qui a\aii été adopté. « Jamais ou ne vit, dilM. Alfred Picard (1), pareille j'éiiuiou de splendeurs artistiques. » Cette exposition laissait loin deri'iére elle cl l'exposition d'Iiisloirc du travail de I8G7 el l'exposition au tiénélice des Alsaciens-Lorrains <h' I87i (2).

Les collecliûus étaient exposéa's dans te. Palais du Trocadéro. Kilos lormaieut trois grandes di\isions : l'exposition hislori([ne de l'art ancien occupait l'aile gauche, côté' de Paris, le musée elhnogj iq»tiiqne occuiiail l'aile dioile, côté de Passy; une salle oiaenlale occiqiait uno vaste galerie du |)remioi‘ étage.

L'exposition hisloriipie compiauiad )iolammenl à côté de N'ieux instruments de musique, oul)liés anjonrd hui cannnie la do’xina, une sorte de haidhois. et larpanelta, une sorte de harpe réduite, des manuscrits pi'écieux, les Surprises de ruutoiii' de l’aiueau, \ A rniide de Cltudc f3), et surtout le Duii Juuii de Mozart lU'èlé |»ai’ Mme \'iaialol (i).

Le musée ethnographique tunljrassait nmi seulement l'Egypte, leCamlmdge, l'Inde, la Chine, le Japon, l'Améri(iue et l'Océanie, mais encore l'Espagne, où l'on remarquait les

(1) Extiosition Uilernationale de I8S9. liappnrt général, t. I, p. 240.

(2) Pliilibei't Bréban. Livret-guide du vi:iitcur éi l exiioaition historique du 1 rocadéro. p. 1.

(3) Arthur Pot'GiN. Revue uiusieale. Journal officiel du 25 .luin 1678, p. 9038.

() L. PiLLAULT. Les Jnstruinents de musique a l Exposition rétrospective

Journal officiel du 1" novembre 1878, P- 10093.

armures do GIiarlcs-(Juint, du duc d’AlLe, de Christophe Colomb et de Philippe II cl des fresques de Goya transportées sur toile, mais encore la Belgique qui présentait des objets étrangers à ses provinces, des émaux de Limoges, un plat d’Urbino et des vi(jlons de Crémone (1). Les dernières salles conlenaient une colloclion de mannequins revêtus des costumes nationaux de la Suède, de la Norvège, provenant du musée ethnographique Scandinave fondé et dirigé à Stockholm itar le docteur Hazetius, et figurant des scènes domestiques, au milieu des vêtements, des meubles et de la \ aisselle du pays (l).

La salle orientale conii)renait des objets artistiques ou historiques de l'Orient musulman prêtés par des amateurs.

Plusieurs Etats abandonnèrent à la France la totalité ou une partie de leurs collections ethnographiques.

L’exposition rétrospective n’était pas d’ailleurs enfermée tout entière dans les salles du Trocadéro.

Il y avait des exposi lions particulières qui pouvaient être considéiées comme lenlrant dans l'exposition rétrospective: telle était l'Exposition dés Sciences anthropologiques organisée par la Société d'Anthropologie de Paris: telle était l’Exposition spéciale des Portraits historiques.

Il y avait aussi de nombreux objets de curiosité rétrospective épai'S dans l’Exposition géné-rale. C’est à l’Exposition de la Pu'pLiblKiue Argentine qu'il fallait aller voir les documents anthropologiques recueillis dans le limon pampéen (3), c’est à l’Exposition du ministère de l’Instruction publique qu’il

(1) Edmond ViLLETARD. Promenades à travers l'Exposition universelle. Correspondant du 10 octobre 1878, p. 130.

(2) id. id. Cor¬

respondant du 10 octobre 1878, p. 137.

(3) De Molinari. La Hue des Natlo/is, p, 273.

fallait aller chercher la reconstitution d’un monument péruvien, la fontaine monolithe de Concacha (1). C’est dans cette même exposition que l’on érigea au mois d’août une réduction de porte khmer, œuvre de M. Soldi (2).

Au premier ahord on serait tenté de croire que l’économie sociale avait été oubliée. On ne retrouvait en effet en 1878 ni la section consacrée en 1867 à la culture morale des ouvriers, ni même la galerie d’économie domestique de 1855. Des esprits chagrins en firent la remarque non sans quelque amertume. « I.a république démocratique, disait Edmond Villetard (3), la république démocratique qui a convoqué 1 univers au Champ de Mars semble ne pas avoir songé un instant aux intérêts et aux besoins des classes les plus nombreuses, car nous ne voyons pas qu’elle ait poussé, comme on lavait fait à d’autres époques, certaines catégories de fabricants à lutter entre eux à qui produirait au prix le plus bas les choses les meilleures. »

C’étail volontairement qu'on avait suppi-imé le Groupe X de l'exposition de 1867, non pour exclure de l'exposition les éléments qui le composaient, mais iwur réparti,- ces éléments dans les groupes auxquels ils appa.-tenaienl natn,-elle,nenl •< Le Groupe X ,ie 1867, dit M. Alfred P,ca,-d (4). le Groupe X, de 1867, c'est-ii-dire celui des olijets destinés ii améliorer ta condition physique et morale de la population était supprimé; le conimissan-e généi-al, la commission supérieure et le mimsti-e considéraient ce groupe comme faisant double emploi avec les autres éléments de l'exposition et corn, ne alflrn.anl

flî rromcnes//'., îraT-'rT'îr' ertoire 1878. p. ,35. juillet 1878, p. 170. Proposition universelle. Correspondant du 10

(4) Exposition internationale de 18S9. Eapport oénéral, t. I. p. 240.

des distinctions sociales incompatibles avec l’état des mœurs et le régime républicain ; mais en le supprimant l’Administration n’élimina point les objets et les produits dont il s’était composé à l’exposition précédente. L’enseignement des enfants et des adultes fut reporté au Groupe IL les meubles et les haljitations à bon marché aux Groupes IL oC VI; les produits et l’outillage de la petite industrie furent placés à côté des produits et de l’outillage des grandes maisons. »

C’est ainsi que, dans le pavillon de la Ville de Paris, on avait exposé les travaux des élèves des écoles, non plus comme en 1867 les thèmes latins, en les enfermant dans des portefeuilles clos, niais en les mettant à la disposition du pul)lic qui pouvait les examiner librement (1).

Il y avait en 1867 une section particulièrement intéressante: c’était l’ensemble des objets exposés par les ouvriers travaillant seuls ou groupés, mais en dehors de tout patron. Au début de la préparation de l’Exposition de 1878, les ouvriers jaloux de montrer ce qu’ils pouvaient faire par eux-mêmes avaient demandé par l'organe des chamlrres syndicales à être admis à exposer leurs produits hors classe : c’eût été une exposition spéciale dans l’exposition générale. L’administration ne put accéder à cette demande, mais elle offrit de se charger des frais d’installation pour les petits producteurs. Les chambres syndicales ne se tinrent pas pour satisfaites Pour tout concilier, on préleva sur le budget de l’Etat, eu département de la Seine et de la Ville de Paris une somme de 100.000 francs qui permit d’établir en dehors de l’exposition une exposition ouvrière.

(1) Edmond VILLETA RD. Promonridos n travers l'Exposition universelle. Correspondant du 10 juin 1878, p. 917.

A l’économie sociale ressortissait une grande partie de l’exposition groupée dans le pavillon du ministère de l’Intérieur. C’était là qu’on avait réuni les types des établissements de bienfaisance à côté des plans des maisons pénitentiaire? et qu’on avait rassemblé les œuvres ayant pour but l’amélioration matérielle et morale des classes laborieuses (1). M. de Marcère, ministre de l’Intérieur, avait voulu faire davantage, et, au commencement de 1878, il avait manifesté le des’sein de présenter, à côté des œuvres de l’Assistance publique, des œuvres reconnues d’utilité publique et des sociétés de secours mutuels, toutes les institutions créées en France soit par les chefs d’industrie en faveur de leurs ouvriers, soit par les ouvriers eux-mêmes pour améliorer leur condition physique et morale (2). Il adressa une circulaire aux préfets pour les engager à réunir les éléments de cette exposition. Il souhaitait qu’on y joignît un tableau des ]mogrès réalisés dans le bien social de 1867 à 1877. Tous ces efforts ne semblent pas avoir réussi à attirer l’attention du nulilic : c’est seulement quelques années plus tard que l’étude des questions sociales devait commencer à se répandre.

Le troisième appendice des expositions, ce sont les congrès. Nous avons vu les réunions scientifiques internationales naître en 1855 et grandir en 1867 avec les grands concours cosmopolites d’art et d’industrie. Le mouvement congressiste commencé en 1867 s’accentua en 1878, en grande partie sous l’impulsion d’un ingénieur, M. Thirion (3) : il n’y eut pas moins de trente et un congrès sur les matières les plus diver-

(1) P. M.AGNE. Ij'Exposition universelle de 1S7S. Les Travaux du Champ-de- Mars et du Troradfro. Correspondant du 25 février 1878, p. 727.

(2) Les Œuvres philanthropiques à l'Exposition de. 1S7S. Economiste français du 16 février 1878, p. 2li.

(7>) H. George BEEGEfi. Les Expositions iiniocrselles internationales, leur passé, leur rôle actuel, leur avenir, p. 142.

ses, depuis les travaux des géomètres experts jusqu’à la sériciculture, depuis le développement des moyens de transport jusqu’aux institutions de prévoyance, depuis le service médical des armées en campagne jusqu’à la vérification des poids et mesures.

Le plus notalde de ces congrès fut celui des questions relatives à l’alcoolisme : c’était la première fois que la question de l’alcoolisme était agitée au grand jour, et elle ne se posait que de la veille. Car, comme le faisait remarquer Arthur Mangin (1), l’alcoolisme, à l’état de maladie spéciale présentant des symptômes caractéristiques, ne date que de l’époque encore récente où les alcools de grains, particulièrement délétères, sont entrés dans la consommation des masses.

A ces trente et un congrès il faut joindre une session de la commission permanente du congrès international de statistique. Cette session se tint au ministère de l’Agriculture et du commerce (2) du 10 au 19 juillet (3). C’est à cette session que fut décidée la fondation d’un bulletin trimestriel et d’un annuaire de statistique internationale. Les travaux de ces divers congrès furent imprimés à l’Imprimerie nationale et ne formèrent pas moins de trente-cinq volumes. Le Club Alpin Français et la Société Française pour l’Avancement des Sciences s’assemldèrent chacun à Paris pendant l’exposition en congrès national.

Enfin, il se tint à Paris pendant l’exposition deux conférences d’un caractère diplomatique. L’une était le Congrès postal, qui siégea du 2 mai au 4 juin : il abaissa légèrement

(1) Les Alcools et l’alcoolisme. Le Congr.s de 1S2S pour l’étude des questions relatives à l’alcoolisme. Kcotiomiste français du 28 juin 1879, p. 790.

(2) Le Congrès international de statistique. Economiste français du 13 juillet 1878, p. 4l.

(3) Le Congrès international de statisticiue. Economiste français du 27 juillet 1878, p. 104.

la taxe internationale sur les papiers d’affaires (1) et organisa le service international des valeurs déclarées et des mandats postaux (2). L’autre était la conférence monétaire internationale qui se réunit le 16 août (3); elle ne tint que trois séances; sans prendre de résolutions, elle se montra favorable au double étalon, à la liberté du monnayage et à la frappe illimitée de l’argent pour cbaque Etat (4).

Le gouvernement français avait adressé une invitation à prendre part à l’Exposition à trente-six Etats.

AI. Journault, dans son rapport sur le projet de loi relatif à l’exposition tle 1878 lu à la Chambre des députés le 13 juillet 1876 avait annoncé que tous les Etats pressentis s’étalent montrés disposés à se rendre à l’invitation qui leur était faite. En effet tous les Etats semblaient au début d’accord pour profiter de l'hospitalité de la France. Le orince impérial d’Allemagne s’était montré ouvertement favorable à la participation du nouvel empire à l’Exposition de Paris. Néanmoins le gouvernement allemand déclina l’invitation et défendit même à ses nationaux de participer à ce grand concours international. Plus tard cependant, les pourparlers furent repris : huit jours après l’accej^tation j^ar la France de Ferlin comme siège d’un congrès européen (13 février 1878), le comte de Saint-Vallier, notre ambassadeur en Allemagne, eut, le 20 février, un entretien avec le comte de Bismarck et lui représenta qu’un concours partiel de l’Empire germanique à notre exposition semblerait une réponse courtoise à la nouvelle orientation de la politique française ; huit jours

(1) Le Congrès postal. Economiste français dn 11 mai 1878, p. 585.

(2) Le Congrès postal. Economiste français du 15 .iuiii 1878, p. 759.

(3) Les Jlisrussions de la Conférence monétaire iiiternationalc. Economiste français du 31 août 1878, p. 261.

(4) Les Décisions et les résolutions de la Conférence monétaire internationale. Economiste français du 7 septembre 1878, p. 296.

plus tard, la participation de l’Allemagne à la section des Beaux-Arts était décidée. Mais le secret fut bien gardé et ne fut révélé que par une note insérée au Journal Officiel du 6 mars. L’empereur chargea M. de Werner, directeur de l’Académie des Arts plastiques, de l’organisation de l’Exposition allemande des Beaux-Arts. Les objets devaient être choisis par M. de Werner et les choix approuvés par l’empereur. Il était convenu que les œuvi-es d’art allemandes seraient « hors concours ».

L’interdiction fut maintenue pour l’industrie. Ce n’était pas seulement, comme on aurait pu être tenté de le croire, le souvenir encore récent de la guerre de 1870 qui l’avait déterminée ; cette défense avait une autre cause, les échecs réitérés que l’industrie allemande avait subis aux expositions de Vienne (1) et de Philadelphie (2).

L’Allemagne ne devait pas être seule à manquer au rendezvous des nations. Le Brésil, à raison du mauvais état de ses finances, — les Chambres de Rio de Jeneiro avaient rejeté le crédit demandé pour la participation à l’Exposition de Paris afin de ne pas grossir le déficit résultant déjà de l’excédent des dépenses sur les recettes ; — le Gliili, en difficultés avec le Pérou et ta Bolivie et à la veille d’une guerre importante ; l’Equateur alors sous la dictatui-e de Vintimille ; le Paraguay, qui venait à peine de conclure la paix avec le Brésil après une guerre longue et épuisante au i)rix d’un démemlu’ement de son territoire ; enfin la Turquie, engagée dans une guerre dont l’enjeu n’était rien moins que son existence en Europe, devaient s’abstenir aussi d’v prendre part.

(1) Louis .Simonin, /.e Centenaire américain et J’ExiJOsition de Philadelphie. Revue des Ue^Lc-Mondes du 15 octoliro 1876, p. 807.

(2) Alfred IlESFIlANÇOIS. Rapport du délégué ouvrier (do Saint-Beiiis) , à rE,rposition du Centenaire an^cricain à Ph iladelphie, p. 353.

Il y eut 52.835 exposants, 618 seulement de plus qu’en 1867. La moitié environ, 28.872, étaient Français. Après la France venait l’Espagne (4.583 exposants), l’Autriche-Hongrie (3.983), la Grande-Bretagne et ses colonies f3.184), l’Italie (2.408), le Portugal (2.142).

Le prix d’entrée était uniformément fixé à 1 franc. Il ne fut réduit à 25 centimes que pour la journée de la Fête nationale du 30 juin. Mais on accorda 500.000 entrées gratuites aux ouvriers de Paris, 25.000 aux ouvriers de la province ou de l’étranger, 200.000 aux soldats et aux élèves des diverses institutions.

Il y eut 12.516.995 entrées payantes et en tout, payants ou non, 16.032.725 visiteurs, soit moitié plus qu’en 1867. Les recettes des entrées s’élevèrent à 12.653.746 francs 10 (1).

D’après une statistique, les hôtels de Paris reçurent en 1878 £53.170 provinciaux et 218.622 étrangers (2).

D’après une autre statistique dressée par les soins de M. Vergniaud, directeur du cabinet du préfet de police, il y aurait eu parmi les visiteurs de l’exposition 203.157 étrangers en y comprenant 795 habitants des colonies françaises et 1.382 Algériens. Les étrangers les plus nombreux étaient les Anglais, 58.916; les Belges, 28.830; les Allemands, 21.778; les Américains des Etats-Unis, 13.873 ; les moins nombreux étaient les habitants du Nicaragua, 11 ; du Paraguay, 11 ; du Honduras, 13 ; de l’Uruguay, 16 (3).

L’Exposition n’était pas, comme elle l’avait été en 1855 et en 1867, une entreprise hybride, le résultat d’une association

(1) Journal OffirAeJ du 12 novembre 1878, p. 10144.

;2) Georges GÉE.VULT. Les Expositions universelles envisauées au point âr vue de leurs résultnts éronorniqu^’S, p. 111.

(3) Journal Officiel du 6 novembre 1878, p. 10219.

entre des financiers et l’Etat. Comme à Vienne, c’était le goa vernement qui en courait tous les risques, « Dans notre pensée, disait M. Journault dans son rapport à la Chambre des députés sur le projet de loi relatif cà l’Exposition de 1878, dans notre pensée l’exploitation de l’Exposition internationale doit appartenir à l’Etat seul. Nous sommes unanimes sur i-e point. C’est l’Etat qui doit seul et ptar ses seuls agents avoir la conduite et la direction de l’affaire. Autrement il risque rait de compromettre le caractère de l’Exposition internationale en y introduisant la spéculation. Il faut que l’hospitalité française soit exercée par la France même pour être digne tout à la fois et de la France et de ses hôtes ■ .

L’Etat avait donc pris à sa charge tous les frais. La Ville de Paris fournit une subvention de six millions. L’on avait évalué les dépenses à 35.513.000 francs et les recettes à 19.235.000 francs, ce qui tu'ésageait un déficit de 16.078.000 francs que la subvention de la Ville de Paris réduisait à 10.078.000 francs. Dépenses, recettes et déficit furent plus considérables qu’on ne l’avait prévu. D’après M. Alfred Picard (1), les dépenses s’élevèrent à 55.400.000 francs environ dont 23 millions pour le palais du Champ de Mars et 14 millions pour le palais du Trocadéro et les recettes à 23.700.000 francs, chiffre dans lequel les entrées figuraient pour 12.640.000 francs. Le déficit aiu'ait donc été de 31.700.000 francs D’après M. Georges Gérault (2), r[ui se réfère au ranuort de M. Krantz, les dépenses s’élevèrent à 55.389.961 francs et les recettes y compris la subvention de la Ville de Paris à 26.685.196 francs chiffre dans lequel les entrées figuraient

(1) Expositioyi internationale de. 18S9. Ttapport général, t. I, p. 250.

(2) Le? Ejii0?itinn? vniveriallos envisagées au point de vue de leurs résultats économiques, p. 41,

pour 12.653.746 francs 70. Le déficit aurait donc été de 28.704.705 fransc. La perte, quel qu’en ait été le montant exact, fut supportée par l’Etat.

On a voulu voir dans cette perte la preuve que l’Exposition avait été délaissée. << En dépit de la pensée généreuse qui l’avait inspirée, a écrit IvL Octave Mirbeau (1), l’E-xposition de 1878 échoua et dégénéra en mauvaise affaire : c’est qu’elle n’avait voulu être qu’une exposition, négligeant les attractions pei'verses, « les variétés de ribotes » par quoi l’on capte et l’on retient la foule. Aussi la foule, vite dégrisée de cette passagère ivresse, — l’enthousiasme du jour de l’ouverture — retournant à ses vrais instincts de foule, regarda un instant ce spectacle auquel elle ne comprenait rien, s’ennuya et partit. »

Sans doute l’Exposition manquait de gaieté (2) et de distractions (3), sans doute elle manqua aussi de soleil, — un contemporain parle du « mauvais temps exceptionnel de ce déploral)le été (4) » — mais la uerte fut due aux frais énormes qu’entraîna la construction des deux palais, non à une grève des curieux. L’Exposition de 1878 reçut plus de visiteurs que l’Exposition de 1867. La foule se pressa au Champ de Mars et au Trocadéro jusqu’à la clôture. Le succès alla sans cesse croissant. Le nombre des entrées uni n’était que de 88.511 le jour de l’ouverture, monta à 91.296 le dimanche 12 mai, 96.779 le dimanche 19, 111.296 dont 103.138 jxayants

(1) .4 quoi lj07i (les Expositions? Eovue des J)enr-Mondcs du 15 déoîiubrc 1895. p. 893.

(2) Edmond VILLETAED. rroinenridcs à travers VE rposition univcrscJJc. Cnrrespondant du 10 oftobre 1878. p. 123.

(3) Henri de PARVILI.E. Ecniir des sciences. Correspondant du 10 novembre 1878 p. 549.

(4) Edmond ''’ILI.ET.VP.E. Prrim/^rtndes n travers VE rposition usiverseUe. Correspondant du 10 octobre 1878, p. 125.

le dimanche 26 mai. Ce fut surtout les derniers jours que l’affluence fut considérable. La moyenne qui était pour les cinq premiers mois de 65.000 francs de recettes journalières atteignit 80.000 francs pour le mois d’octobre. Le 10 novemlu’e, jour de la clôture, l’Exposition reçut 130.000 visiteurs.

L’Exposition ouvrit le 1" mai. Ce jour-là, les tribunaux vaquèrent. Les ateliers et les magasins chômèrent (1). C’était en réalité la première fête nationale que l’on célébrait depuis la guerre, et il y eut une véritable réiouissance. On semblait saluer la convalescence d’un pays longtemns valétudinaire.

L’inauguration conti'asta avec l’ouverture timide et comme honteuse de rEx{)üsition de 1867. Elle eut un grand éclat.

« La cérémonie, écrivait Victor Fournel (2), a parfaitement réussi. Quatre-vingt mille hommes de troupes étaient massés aux abords du Cbanq) de Mars, vingt-six musiques militaires installées dans la vaste enceinte des deux expositions, — le Champ de Mars et le Trocadéro — . A deux heures le canon retentit, les tambours battent aux champs, tous les regards se toui-nent et se fixent vers la plate-forme recouverte d’une tente ({ui, devant la rotonde centrale, domine la mao'niflque cascade du Trocadéro. Quelques minutes se passent, i)uis le maréchal apj^araît sous le dôme de velours rouge, entouré des },)rinces étrangers, des ministres, des présidents de la Chambre et du Sénat et de la partie du cortège officiel à laquelle les simples invités ont luen voulu livrer passage. M. le Ministre de ragriculture et du commerce prononce un discours que personne n’entend et le maréchal déclare l’exposition ouverte. Aussitôt les eaux s’élancent de

(1) pjdgar ZEVORT. Histoire de la Troisième liépuhliqur, t. II. Présidence dit Maréchal, p. 402.

(2) Les Œuvres et les Hommes. Correspondant du 10 mai 1878, p. 512.

toutes parts, envahissant par nappes majestueuses les huit grands bassins de l’immense cascade et jaillissant en jets d’eau qui, traversés par les rayons du soleil, ressemblent entre les statues étincelantes du pourtour à une pluie de diamants sur un fond d’or, les mâts se couronnent d’oriflammes, le drapeau tricolore est hissé partout et toutes les musiques militaires se font entendre à la fois. Ce prologue a été suivi de la visite officielle. En tête du cortège figuraient avec le maréchal ])résident les sept nrinces dont trois héritiers représentant les nations étrangères. Parmi eux, le prince de Galles, dans son éclatant uniforme, attirait tous les regards. Mais aucune nation n’était plus richement représentée que l’Espagne qui, indépendamment du roi Don François d’Assise, figurant dans le cortège princier, et de la reine Isabelle, eût pu revendiquer encore son ancien roi, le duc d’Aoste, et son roi futur peut-être, don Carlos. A côté de l’Angleterre figurait la Rursie dans la personne du erand-duc de Leuchtenherg. La Turquie était absente et en entendant tonner dans le lointain les forts du Mont-Valérien, de Bicôtre, de Montrouge et de Nogent pour saluer cette fête de la paix, l’imagination inquiète croyait par moments entendre les canons des rives du Bosphore. »

Cette cérémonie produisit une excellente impression. » La foule, dit M. Edgar Zevort (1), sut gré au maréchal de donner comme une consécration à la Béimhlique en présidant dignement à l’ouverture de l’Exposition. »

Paris pavoisa et illumina. « Paris, écrivait encore Victor Fournel (2), Paris qui a besoin d’émotion, de mise en scène

(1) Histoire de la Troisième HépiiliUiiuc, t. II. H résidence du Maréchal,

(2) Les Qèuvres et les Hommes. Correspondant du 10 mai 1878, p. 514.

et de spectacles et qui en était sevré depuis si longtemps, s’est grisé d’une véritable ivresse d’enthousiasme, se payant en vinyt-quati’e heures tout un arriéré de huit ans, et comme il avait jadis ses journées révolutionnaires, comme il avait eu sa, journée du 15 juillet 1870, lors de la déclaration de guerre à la Prusse, il a eu sa journée du 1" mai 1878, pour sa déclaration de paix de l’Exposition. » Le surlendemain on lisait dans le Journal Officiel: « Jamais manifestation aussi unanime et plus brillante n’était sortie avec cette spontanéité du sein d’une population ».

« Après la tourmente de 1870, dit M. Octave Mirl)eau (1), la France avait à cœur de prouver au monde qu’elle était bien vivante encore, qu’elle avait relevé ses ruines, reconstitué ses forces. Le jour de l’ouverture, il y eut dans Paris un enthousiasme spontané, une véritable explosion du sentiment national. On ne voyait sur les visages de l’immense foule qui remplissait les rues que de la joie, une joie d’orgueil retrouvé, une joie exaltée sans délire, unissante sans provocation. L’espoir l)rillait dans tous les regar'ds, comme à toutes les fenêtres pavoisées claquaient les drapeaux réhabilités. La minute que dura ce drame d’un peuple vaincu qui soudain se sent revivre, qui soudain sent recouler dans ses veines qu’on croyait taries le sang chaud de la race, oui, cette minute-là fut une beauté. »

IbExposition était inaugurée, mais pas plus que ses devancières elle n’était prête ; on avait démoli les échafaudages de la rotonde centrale du Trocadéro uour la cérémonie d’ouverture : on dut les rétablir le lendemain. La salle ne fut achevée que le 5 juin.

(1) A quoi Jjon de? Exijositions ? llcviie des Denx-Mondes du 15 décembre 1895, p. 242.

Cependant les princes étrangers se pressaient à l’Exposition. C’était l’archiduc Charles-Louis d’Autriche, c’était le prince de Saxe-Coboui*g, c’était don Fernando de Portugal, c’était enfin le Shah de Perse, qui avait abandonné le costume oriental porté par lui en 1873 lors de sa première visite parmi nous pour revêtir des habits européens et dont, chose bizarre, le Journal officiel ne parle que pour mentionner sa visite aux jeunes aveugles le 19 juin. Nasser-ed-Din résume ainsi dans son journal les inqu’essions de sa visite au Champ de Mars : « Si je voulais, dit-il, décrire complètement le Trocadéro et l’Exposition iî faudrait se procurer un registre de la dimension du Schahnameh et écrire de ce moment jusqu’à la clôture chaque jour sans interi'uption pendant vingtquatre heures ; même alors je n’aurais pas achevé la dixième ni la centième partie de ma description et il resterait une quantité de choses que je ne saurais nullement expliquer. Aucune description, à vrai dire, ne peut donner une idée réelle de cette Exposition. Il faut la voir de ses yeux. .Pen suis sorti très las (1) )>.

Le 16 juin, le grand prix fut couru devant une foule plus grande et une assistance plus cosmopolite encore qu’en Iboi. « Depuis la fondation du Grand Prix de Paris, écrivait un journaliste (2), jamais la réunion n’avait été aussi nomlu’euse que ce dimanche. » « Quatorze mille voitures, écrit Victor Fournel ''3), les omnibus, les bateaux et les chemins de fer avaient transporté au bois de Boulogne ifius de cent mille curieux. Dans la tribune présidentielle, à côté du maréchal

(1) NaSSE?.-ED-DIN, cité De vogue. Ileinarqurs sur l'Exposition du Centenaire, p. 164.

(2) Journal Officiel du 18 juin 1878, p. 6816.

(3) Les Œuvres et les nommes. Correspondant du 25 juiu 1878, p. 1088.

et de la duchesse de Magenta, étaient assis le Shah, l’archiduc Victor d’Autriche, le duc d’Aoste, le duc de Cobourg, la reine Isabelle, la princesse Clémentine. Japonais, Chinois, Marocains, Taïtiens, Arabes, faces jaunes, cuivrées ou noires comme la nuit, yeux bridés, nez épatés, pommettes saillantes, bouches lippues, fronts étroits, mâchoires proéminentes, toutes les variétés du type humain remplissaient les tribunes, et en prêtant l’oreille, on entendait résonner autour de soi toute une gamme de si, de yes, de ia, de so, de io et de oui. Insulaire et Thurio se sont disputé le grand prix devant un parterre de rois et le monde entier, nar les délégués oue tous les peuples avaient envoyés à l’Exposition, avait les yeux fixés sur ces deux illustres rivaux. C’est le champion anglais, c’est Thurio qui l’a emporlé. »

Quleques jours après le grand prix, le 20 juin, le maréchal passa à Longchamp une grande revue des troupes du frouvernement de Paris.

Mais la fête principale fut la grande fête du 30 juin. La statue de la République par Clésinger devait être placée ur la plate-forme du Champ de Mars dès l’ouverture de l’Exposition. Des obstacles matériels en retardèrent la pose. Ce fut seulement le 30 juin que la statue se trouva prête. Elle fut inaugurée solennellement ce jour-là par le ministre de l’Intérieur et cette cérémonie fut l’occasion d’une fête unanime et d’autant ijIus éclatante que ce n’était plus un acte de foi dans la patrie, d’espérance dans le succès, mais la constatation de la réussite de l’Exposition comme du relèvement de la nation.

Le ministre de l’Intérieur fit entendre de sages paroles de conciliation qui donnent bien la note de l’état apaisé des

esprits. « La France, disait M. de Marcère, ne comprendrait plus qu’on vécut sur le sol de la patrie en frères ennemis parce qu’elle a la volonté que tous les droits et tous les intérêts soient respectés et défendus et parce qu’elle sait qu’ils le sont. Décidée à assurer k tous les citoyens les bienfaits de la liberté, laquelle protège tous les droits, elle demande à ses enfants la concorde et elle exige d’eux l’obéissance à ses lois. Elle sent peu à peu se fondre les désaccords anciens dans un sentiment de joie et de fierté qui, depuis le premier jour de l’Exposition, remplit nos cœurs. Elle s’en réjouit et se complaît à donner à ses botes étrangers, qui viennent la visiter avec un abandon plein de courtoise confiance, le spectacle de son union, de sa richesse et de sa fécondité. »

Ces paroles répondaient bien au sentiment public. La lete du 30 juin fut encore plus belle que celle du 1" mai.

« La fête du 30 juin, lit-on dans le Journal Officiel du 2 juillet, a été vraiment la fête nationale de la France, offrant l'hospitalité aux étrangers accourus de toutes les parties du monde pour voir la grande Exposition.

« Paris, notre grand Paris, a su donner hier une preuve nouvelle de son patriotisme, de son goût artistique et de sa sagesse. Cette fête de la paix, de la concorde et du travail a été d’une incomparable splendeur.

« Dans tous les arrondissements, dans tous les quartiers, même les plus pauvres, les fleurs, les illuminations, les bannières, les drapeaux de toutes les nations, les concerts, les chants joyeux donnaient à cette manifestation de la confiance publique un caractère d’apaisement général. Parisiens, provinciaux, étrangers semblaient, durant cette belle journée, ne former qu’une grande famille. On eût dit au’elle obéissait

à la voix de la Patrie appelant à elle tons ses enfants, tous ses amis et tous ses adversaires. »

Pour une fois les hyper! )oles officielles se trouvaient justifiées. A ce moment toutes les dissidences se fondaient dans la fierté renaissante du sentiment national et il semblait qu’une immense aspiration vers la concorde ralliât tous les esprits et réunît tous les cœurs.

La fête du 30 juin marque pour ainsi dire l’apogée de l’Exposition.

« Expositions sur expositions, écrivait à cette époque Victor Fournel (1), fêtes sur fêtes, bals sur bals, banquets sur banquets, concerts, feux d’artifice, illuminations, congrès partout, réunions de sociétés savantes, littéraires, industrielles, artistiques, discours à grand orchestre, toasts pleins d’effusion où tous les étrangers, même les Prussiens, échangent des tendi'esses avec la France. C’est Là que nous en sommes pour le moment. L’ère de prospérité nrédite par les prophètes est enfin venue, notre troisième République est entrée dans son âge d’or. Paris a ouvert un nouveau théâtre sur le boulevard des Italiens; dans l’avenue de l’Opéra, éclairée par la lumière électrique, un nouveau café doré sur tranches, sculpté comme une châsse, enluminé comme un missel ; sur les anciens terrains du ministère des finances, un hôtel fait pour loger les princes des contes de fées en voyage et qui efface toutes les splendeurs jusqu’à présent connues. On danse et l’on dîne dans tous les ministères... Tout est pour le mieux dans la meilleure des Républiques ».

La distribution des récompenses marqua le terme de l’exposition. Elle eut lieu le 22 octobre ; la veille, le dimanche 21 octobre, plusieurs théâtres donnèrent des représentations

(1) Les Œuvres et les Hommes. Correspondant du 25 juin 1878, p.. 1091.

graluites; on joua GuiUaiune Tell à l’Opéra, le Misanthrope et les Plaideurs à la Comédie-Française, la Dame Blanche à rOpéra-Gomique.

Le 22, eut lieu au Palais de l’Industrie la cérémonie solennelle. « A une heure, dit A’iclor h^'ournel (1), le Maréchal Président de la République est venu, tandis que tonnait le canon des Invalides, prendre place sur l'estrade d’honneur au fond de la grande nef décorée d’oriflammes de drapeaux, d’inscriptions et de trophées entre le prince de Galles, don François d’Assise, le duc d’Aoste, le comte de Flandre et plusieurs princes étrangers tandis que les dix-sept cents musiciens groupés dans la tribune de l'ace, exécutaient le Laudate Doniinuni d’Ambroise Thomas. Le défilé des pelotons de soldats étrangers et des différents groupes du jury s’ouvrant par le groupe des beaux-arts, à la tète duquel marchait M. Meissonier a vivement excité la curiosité des spectateurs. On se montrait çà et là des officiers anglais et hongrois en grand uniforme, les commissaires chinois et japonais et un nègre que les initiés désignaient comme roi de Ségou, pays peu connu dans l’iiistoire, et qui n'avait pas été admis aux honneurs de la tribune ofticielle, Ineii qu'il fût le seul souverain présent. » Après un discours du Maréchal et un discours de M. Teisserenc de Bort, Ministre de l’Agriculture et du Commerce, « l’appel des décorations a commencé suivi de la proclamatiou des grandes récompenses. Chaque président de groupe et chaque commissaire étranger venaient recevoir en bloc les médailles décernées aux exposants de leur section et à leurs nationaux. \’ers trois heures la cérémonie était terminée et l’assemblée se séparait, aux accents de l’orchestre jouant

(1) Les Œuvres et les Hommes Correspondmit du 10 novembre 1878, p. 505.

l'IJijnine à la France et au bruit des applaudisseiuonts et des acclamations. »

Il y eut 20.810' l'éeompenses. On avait créé un nouvel ordre de récompenses, les diplômes, équivalents aux médailles des dilTérents degrés et qui étaient décernés soit a la mémoire des artistes décédés, soit aux expositions collectives. Il y eut 324 di])l(jmcs d’iionneur, I8i grands prix, 13 rappels de grands pi'ix, 38' dipbuucs d<'Ceriiés à la mémoire d’artistes décédés, 761 diplômes équivaleids à des médailles d’or, 2.423 médailles d’or, 252 j'a])pcl& do médailles d’or, 470 diplômes équivalents à des médailles d’argent, 6.212 médailles d’argent, 413 rappels de inédailles d’argent, 217 dii.)lômes équivalents à des médailles de bronze, 9.156 médailles de bronze, 123 rappelsde outre 270 médailles <le collalmrateurs. Enfin il l'ut décerné à nos nationaux 4 croix de grand oflicier, 16 croix de commandeur, 80 croix d’oflicier, 300 croix de chevalier. Le rapport de M. Krantz ne l’aiti pas le départ entre les récompenses accordées à des Fi'ançais et les récompenses accordées à des étrangers (1).

« Le discours (pic le Maréchal prononça dans cette mémoj aille cii'cnnslance, dit M. Edgard Zévort (2), était son ceuvre personnelle: soumis constitutionnellement aiu Conseil des Ministres, il fut unanimement approuvé et méritait cette approbation par une note à la fois Itère et modeste, par un ton simple et juste. »

Ce discours en effet résume bien l’impression que laissait cette manifestation solennelle du relèvement de la France.

(( Quand le Gouvei nemeiit de la République, disait le Maré-

(1) .4Ured Picard. L'Exriosiüon internationale de ISS9. Rapport général, t. I, P 219

((2) Histoire de la Troisième République, t. II. Présidence du Maréchal, p. 402.

chai, convia les savants, les artistes et les travailleurs de toutes les nations à se réunir dans notre capitale, la France \ enaitde traverser de douloureuses épreuves, et sou industrie, n’a\ail point échappé aux atteintes de cette vaste crise commerciale qui pesait déjà sur le monde entier, et cependant l’Exposition de 1878 a égalé, sinon surpassé, scs devancières.

(( Remercions lheu qui, pour consoler notre pays, a permis ipic cette grande et pacifique gloire lui fût réservée.

<( Nous constatons avec d'autant plus de satisfaction ces heureux résultats, (pie, dans notre pensée, le succès de l’Exl.ositioii internationale devait tourner à riioniieur de la’ France. Il ne s’agissait pas seulement pour nous d’encourager les arts et do constater les perfectionnements ai)portés à tous les moyens de production; nous avions surtout à cœur de démontrer ce que sept anné(is passées dans le recueillement et consacrées au travail avaient pu faire pour réparer les plus terribles désastres ».

Paris pavoisa et illumina le jour de la distribution des récompenses pour faire ses adieux à l’Exposition. Ce fut la dernière kermesse iioinilaire de la grande foire internationale.

Le Maréchal avait continué pendant l'Exiiosition la série de scs réceptions. <( Dans les belles fêles, dit M. Edgard ZévorI (t), qu’il donna ù l'Elysée et dont son patrimoine lit en partie les frais, la sévérité un peu froide de son accueil, tempérée par l’expression du regard plein de douceur, l'éclat de sa maison militaire, le luxe de bon goût de sa maison civile firent une grande impression sur les privilégiés qui furent admis à la Présidence. Les monarchistes virent avec

W) Histoire de ta Troisième République, t. U Présidence du Maréchal, p. iOi.

plaisir le retour au cérémonial d'anlan ; les républicains furent flattés clans leur vanité. »

Le Maréchal voulul, couronner par un grand bal les fêtes de l’Exposition et convia de nombreux invités à une grande réception dans la Galerie des Glaces à Versailles. Gomme si cette salle où moins de liuit années auparavant le roi de Prusse avait été proclamé empereur allemand eût porté mallieur à ce gala, la réception se tourna en confusion et se résolut en déroute.

« La série des fêtes de l’Exposition, dit Victor Pournel (t), s’est terminée à. A'ei'sailles le lendemain de la distribution des récompenses. Mais ce dernier acte de la trilogie — la distrilndion des récompenses avait été précédée la veille des représentations gratuites — a été un désastre. Le public qui pataugeait dans une lioue épaisse pour voir les illuminations du parc et le feu d’artilice enviait les heureux qui s’acheminaierd. en voiture, avec une confiance et une sérénité absolue, M'rs le palais de Louis XI\', où le Pjésident de la République leur offrait une soirée de gala, et il ne se doutait, guère des éi)reuves (lui les attendaient dans cette trop mémorable réception. Il ne préc'oyait pas que beaucoup, immobilisés pendant trois heures dans rimmense file des voitures prendraient le l)arti désespéré de reluurner à Paris sans avoir même pu atteindre lagrille de la cour ; que des centaines d'autres ne pourraient francliirni levestilnde ni l'escalier, que les femmes parvenues à pénétrer dans les salons n’échapperaient au péril imminent d’être sutTo(,{uées et de voii' tes épées des olliciers, les galons des fouet, lonnaires, les coups de coude et les coups de pied mettre leurs toilettes en lambeaux, fendre leurs traînes

(1) Les Œuvres cl les Hounncs. Correspondant du 10 novembre 1878, p. 508.

(le tulle el emporte]' (ics iruis entiers de leiii'S points d’Angle- Ici're. (pi'à l;i ('ondition ohsotue (te ne point ([uitter le coin de banquette ou t’em])rasure dans laquetle la cohue les tenait bloiîuées; ([ue le bulTet serait inaliordatde, la circulation impossible el le départ même aussi dilludle, j'allais dire aussi périlleux que l'entrée. Il ne se doutait ]ias ([ue les invités, après avoir dû accomplir dt'S loui's de loi'ce iiour déposer leurs paletots ou leurs sorties de bal au vestiaire, feraient en vain des prodiges pour ari'iver à les retirer; (lue les valets ahuris, débordés, ayant i)erdu pied, perdraient également la tète; (pie le vestiaire serait envahi pai' nne foute affolée qui escaladerait les barrières, liousculerait les huissiers, culluiterait leslampes, fourragci'ait à travers les pa(piets amoncelés, foulerait aux pieds comme une lilièi-e les pelisses et les fourrures ; (pi'on finirait ])a.r étaler c('s monceaux presque informes dans la cour de marbre, el (pie, duraid des heui'es, sur ce chanip de bataille jonché de cadac'i'es, les intéi'cssés sc livreraient à des recherches (jfistinées, mais généralement nd'ructueuses; qu'on vei'raii des dames décolletées et les tiras nus sc ruer à l'assaut des evagons. de grands officiers de la Légion d’ITonneur sans chaiieau iiour abriter leur crâne chauve revenir sur une i.npériale en cla(|uanl des dents; des messieurs en ciaavale blanche el en gilet à cceur grelotter sur un marchepied, sentanl vcnii' la Iluxion de jioitrine ; des duchesses réduites à empi'iinler le cari'ick de leur cocher, tandis (pie les maris s’envcloripaienl dans la couverture de leurs chevaux. » Deux jours plus lard l'Exposition recevait comme un salut d'adieu de l’Institut. Le 23 mai avait eu lieu à l’Académie française la réception de Victorien Sardou succédant à Joseph .\ulran. C'était un luage pour les récipiendaires de

UC faire aucune allusion aux expositions contemporaines et /auteur de , malgré son modernisme, ne rompit pas

avec la tradition. Mais le 25 octobre avait lieu la séance publique annuelle des, cinq académies. M. Edouard Laboulaye la présidait. Il rappela un discours prononcé par Cuvier dans une solennité semblable, le 24 avril 1818, sur la mai'clie des sciences et. leurs rapports avec la société. « On a vu, disait l’illustre auteur des Recherches sur les ossements {üssiles, on a \u les sciences, sinon créer la société, du moins naître et so développer avec elle, lui procurer successivement toutes ses jouissances, quelquefois en tiauisposer de fond en comble les élémeiils et de ce qu’elles ont fait il n’a pas été diflicile de conclui'e à ce qu’elles pourraieid faire encore ». « Oue dirait-il, ajoutait M. Laboulaye, (pie dirait-il aujourd’hui si, revenant au monde, il voyait cette grande et belle exposition qui est le triomphe de la Fiance non moins que de l’induslrie. Plus que jamais il aurait droit de répéter que tous les arts sont soumis à la science, car il n’est pas une seule de ces merveilles que nous admirons qui ne prenne son oiàgine dans quelque expérience faite au fond d’un laboratoire sans autre souci que de chercher la vérité ». Puis conllrmant la pensée de Cuvier, après avoir retracé les transformations entraînées par l’invention do la poudre et de l’imprimerie, hauteur de Paris en Amérique montrait les effets sociaux de découvertes plus récentes et notamment l’égalilé amenée par la vapeur qui n’est pas seulement l’énergique agent de la fusion des peuples, mais « le grand niveleur des temps modernes. » Le savant et le moraliste se trouvaient fournir ainsi la meilleure justification rationnelle du rattachement de l’économie sociale aux oxposi-

tions universelles de l’industrie.

L’Exposition devait se terminer le 31 octobre. Elle fut prorogée de dix jours et ferma le 10 novembre.

Les théâtres de Paris avaient laj'gement proiité de l’affluence amenée par l’Exposition. « Les théâtres, écrivait Victor Fournel le 25 juin, les théâtres font le maximum, L’Opéra-Eomique a retrouvé ses Iteaux jours; les Cloches de Cornevilie en sont à leur ciuatre cent dixième représentation ; les provinciaux et les habitants de cette grande banlieue de Paris que s'appelle la Pelgique, la Suisse, la Hollande, l’Allemagne, l’Autriche, ritalie ne se lassent pas de venir décrocher la fameuse Timbale d'argent et le Voyage autour du Monde embelli de ses cinq lions qui finiront bien quelque jour, on l'espère, par manger le nègre dont la main les fouaille, a repris sa course A ers la millième (1). »

En 1878 comme en 1867, un drame d’Augier tenait l’affiche des Français; mais ce n’était plus Paul Forestier, c’étaient les Fourclwmhault. Ce drame. joué pour la première fois le 8 avril, devait fournir dans sa nouveauté une carrière de plus de cent représentations.

Ce fut la dernière œuvre qu’Emile Augier fit représenter. Se trouvant un jour chez un directeur de théâtre il avait entendu celui-ci à qui l’on remettait la carte d’un auteur s’exclamer: « Encore ce vieux tourment! ». Ce vieux tourment, c'était Scribe; et fauteur de la Ciguë se promit que jamais il ne s’exposerait à provoquer pareille boutade. Il tint parole et eut le courage en pleine victoire de se retirer sous sa tente (1).

(1) Victor FouKnEL. Les Œuvres et les Hommes. Correspondant du 25 juin 1878, P 1097

M) .Mberf SouBiES Une trrcmièrc par jour. p. 112.

Comme en 1807, Ileniaiii^ repi-is le 10 avril, alleiaiait avec la pièce d'Emile Augirr. Comm.e en 1807, la Comédie-Française alla jouer devant les invités du gouvernement. Le 18 mai elle vint donner un speclacle à l'Elysée el une matinée au Ministère de rinstruclion publiiiue. Le 7 novembre elle donna à l’Elysée une représenlalion du Luthier de Crémone.

Pendant l'exposilion riiistoire de bUpéra n’est marquée que Iiar deux faits saillants, la suppression de la claque le li juillet, l’iuauguralion du bulfet le -'i septembre, événements intérieurs dont la date jiar une bizarre coïncidence se trouve correspondre à des anniwM'saires politiques.

( Ui se Imi'iia ;'i domier sur notre grande scène lyriipie des œuvres consacrées Irlli's (pic les U lUjiienots. iWf ricaine et à reprendre le lioï de Indiore.

L’Opéra ne devait représenter une pièce nouvelle que tout à fait à la fin de l’Exposition; le 7 ocloJjre, elle donnait la première de PoJycncte de Gounod. La parlilion fut froidement accueillie ; « L’eeuvre nouvelle que M. Gounod vient de jiroduire en public, ecri\ait le 25 octobre, Ai'timr Pougin dans la revue musicale du Journal oliieiel, est estimable, honorable à plus d’un titre ; elle ne saurait rien ajouter à sa renommée légitime, ù sa gloire incontestée ».

En 1807, rime des pins brillantes scènes de Paris était assurément la salle Ventadmir. En 1878 elle luttait courageusemeid: conlrc la forlune ennemie. Théâtre italien, elle donnail à la veille de l'Exiiosition une pièce de Flotow, Alma l'Incanlülrice, (( sans conjurer le mauvais sort ». « ’bhéàtre italien inutilement transformé en théâtre lyrique », suivant le mot de M. Albcr; Soubies (1), elle inaugurait sa métamor-

(1) l'iu’ iirciiUf’i'i' pur jour, p. 209.

phose par une ode symphonique dont le sujet était tout à fait de circonstance, le Triomphe de la Paix (paroles de Parodi, musique de Samuel David). Le 2 juillet elle donnait le Capilaine Fracasse, d’après Théophile Gautier (paroles de Catulle Mendès, musique de Lessard), mais ce RaQotin lyrique ne pul sauver la scène illustrée par Mario ctrAllioni. Bientôt la salle ^'enladnur fermait ses portes et l'année suivante elle devenait le siège d'une Compagnie d’assurances, la Foncière, en attendant qu’elle devînt la succursale de la Banrjue de France.

L’Opéra-Comique était plus heureux. Il reprenait VEtoilc du \urd (( ouvrage, a-Lon dit, qui semble être le complément (ibligé des expositions universelles, si l'on songe que, joué toute t’aimée 1855, il fut repris en 1867 et 1878 (1) ». Ce fut l'Etoile du Nord qui réalisa le maximum le 20 octolire avec 8 409 francs 50 de recettes. Elle venait d’atleindic' sa cimi centième représenta lion. Le 27 mai le PirauxCleixs était joué pour la douze centième fois. L'Opéra-Comi(iue d'ailleurs ii'ciit pas cette année-là sa clôture liabiluelle de deux mois pendant les vacances (2).

L’Odéon reprenait les Danichefi, l’Ambigu-Gomique les Deux Orphelines, le à'audeville conlinuail de jouer les Bourgeois de Pont-Arcy et les Variétés Niniche. Les ^’ariétés avaient été à peu près seules à donner une nouvelle pièce et le 9 septembre avait eu lieu à ce théâtre la premii're représentation du Mari d'Ida.

L’opérette, si florissante onze ans auparavant, retenait encore la faveur générale ; mais si l’on avait repris aux

(1) Albert Soubies et Charlei Malherbe. Histoire de V Opéra-Comique. La seconér salle Farart. t. II, p. 211.

(2) 1(1.. Id.. id., t. II. p. 276.

Bouffes la Grande-Duchcsse de Gerolslein, l’œuvre d'Offenbaoh ne semblait pas avoir retrouvé ses succès d’anlan. Le genre avait dû se transformer et comme s'assagir.

Les pièces de circonstance ne faisaient pas défaut. Telle t lait, Phonographe do Victor Bernard et Paul Siraudin représentée au Palais-Royal le 13 mai au lenrlemain de l’ouverlun' de l'Exposition ei Paris stins cocher, à-propos de M.Paul Ferrier, l eprésenté le 18 août au Gymnase.

Les recettes des théâtres de Paris témoignèrent qu’ils n’avaient pas perdu leur attraction pour l’étranger. Les recettes des théâti'es s’élevèrent pour l’année 1878 à 13.074.927 francs soit deux millions et demi de plus qu’en 1807. Poui- ne citer <iu'un exemple, !’( )péra-Gomi((uo, qui avait réalisé 850.027 francs 05 du P*'' mai au 31 octobre 1807, réalisa du B’’ mai au 31 octolire 1878 940.274 francs 24, soit 90.240 francs 59 en i>lus (1). Ainsi qu’en 1807 les recettes des théâtres étaient supérieures aux recettes mêmes de l’exposition. L’ensemble des établissements parisiens y compris les cafés-concerts réalisa durant l’année 1878,30.057.449 francsde recettes contre 20.978.180 francs on 1877 et 20.Ôi9.3tO en 1879 (2).

L’exposition s’accomplit sans trouble.

Une sorte de trêve patriotique semblait donner quelque calme à la politique. La Chambre des députés se bornait aux discussions, irritantes il est vrai, des élections contestées, et le Sénat se préparait à son premier renouvellement partiel.

La chronologie voulut que pendant l’Exposition tombassent

(4) Vlbert. SouBiES et Charles Malherbe. Histoire de l’Opéra-Comique. La seconde salle Favart, t. II. p. 283.

(2) Georges Gérault. Les Expositions universelles envisagées au point de vue de leurs résultats économiques, p. 114.

les centenaires de Voltaire et de Rousseau morts, l’un, le 30 mai, l’autre le 3 juillet 1778. Le premier émut violemment les esprits et souleva des polémiiiues passionnées. IjCS partisans de Voltaire voulaient organiser en son honneur un grand cortège dans les rues de Paris. Ses adversaires annonçaient un pèlerinage expiatoire à la statue de Jeanne d’Arc. Le Gouvernement interdit l’une et l’autre manifestations. Il y eut seulement le 31 mai un grand meeting au Château d’Eau, présidé par Melor Hugo. Oublieux de la célèbre pièce des Rayons et des Ombres « Un regard jeté sur une mansarde », (jue les journaux avaient eu soin cependuil de lui remettre sous les yeux, il exalta sans réserve comme sans mesure le libre penseur et le précurseur de la Révolution. Des ti'ente-six âmes que, suivant le mot d'un spirituel abbé du wiiP siècle, recouvre le nom de â'oilaii-e, on était allé, comme on l’a l'ait trop souvent, cliei'cher pour la célébrer la plus pi'opre à diviser les esprits (l). Le centenaire de Rousseau fut moins brillant. Reporté au l'i juillet, il ne fut guère iiu’une manifestation de politique radicale. Ainsi de ces deux anniversaires qui eussent pu par leur rapprochement donner au cours de l’Exposition matière à une double fête du xviiP siècle, de ce xviiP siècle, en dépit de toutes ses erreurs, si attrayant par le charme de la société, si noble par le goût des choses de l'esprit (2), qui, si on léqmgiu' à rapipeler avec Micliel’.'t (3) <i le grand siècle », fut du moins, sui\anl Guizot, (l'i, a le plus tentateur et le plus séd.ucteur des siècles » » siècle

(1) Saint-René Taill.^ndier. La Confession du parti conservateur. Revue des Deuœ-Hondes du 15 juillet 1878, p. 358.

(2) A. Grandcolas. Introduction à l’histoire contemporaine, p. 193.

(3) Cité Victor, DIT Bled. Un amour platonique au xvni' siècle. Revue des Deux-Mondes du 1" octobre 1889, p. 560.

{'i) Mémoires pour servir à l'histoire de mon temps, 2* éd,, t. I. p. •

ai'deiit et siaccre (1) » (( pour (pii il est pènais (respérer (.priui joui-, (pianil ses fautes pai'ailroiit suffisaiumeul expiées, il lui sera beaucoup jiardouué/ parce cpi’il a beaucoup aiuié (b) », on ue sut faire soiiir (pie d’aigres récriuiiuatious.

'bout se borna d'ailleurs à des assauts de plume et la tran- (piillilé uiatériellc ue fut aucuuemeiit Iroutdée. La grève classi(pie des cochers (pii éclata au mois de juillet ii’eulraîna aucum,' jierlurltaliou,

Cepeudaiit l’Exposition n’avait pas clos ses iiorles (pie le lendemain de la trêve apparaissait menaçant. Le 18 septembre 1878, Gambetta prononçait à Romans un grand discours où il réclamait non seulement l’épuration du personnel administratif, mais la suspension de l’inamovibilité de la magistralui'e, et où surtout il sonnait la charge contre (( l’esprit cléii(\al » : « le jiéril social, s’écriait-il, le voilà ».

A l’extérieur les incidents n’avaient pas inampié.

Deux fois en un mois, l’empereur Guillaume fut l’objet d’attentats sur la promenade des Tilleuls à Beiiin: le 11 mai, l’ouvrier ferfdantier llmliel tira sur lui, sans l’atteindre ; mais l" 2 juin, h' ducleur en iihilologic Nobiling le blessa à la tète, à l’épaule et an bras droit. Le 7 juin, le Reichstag fut disso’us et une majorité plus docile issue des élections devait voter la législation draconienne contre les socialistes réclamée par le (diancelier.

Go fut une semaine après la dissolution dn Reichslag (pie s'assembla le Gongrès (pii devait régler les affaires d’Grienl. Il se r('unit le 13 juin à Berlin et fut clos le 13 juillet. 11 fut

(1) Gtjizot. Notice svr Madame de Humford, reproduite. Mémoires pour servir à l'instoirc de mon temps, t. II, p. 421.

(2) Id. néiionse au discours de rcciption de M. Biot à IWcadémie française. Citée Mémoires pour servir à l'Iiistoire de mon temps, t IV, p. 131.

comme le contre-pied du congrès de Paris de 1856 qui avait succédé à l'Exposition de 1885 ; on y restitua au Tsar la partie de la Bessarabie, qu’on lui avait enlevée à la suite de la guerre lie Crimée et le rôle (jue notre diplomatie joua sur les bords de la. Sprée fut aussi elïacé qu'il avait été préjiondérant vingtdeux ans a.uiiaiavant sur' les boi'ds de la Seine.

L’Allemagne dirigeait les délil:)érations. Chose étrange, c’est peut-être à ce Congrès de Berlin, à rhégémouie affectée par le prince de Bismarck, à l’opposition qui se manifesta entre l’Allemagne et la Russie, qu’il faut faire remonter les premières origines de l’alliance franco-russe.

Ainsi ([ue le Congrès de Paris avait présagé la rupture de l’alliance anglaise, le Congrès de Berlin présagea la rupture de l’alliance des trois empereurs. L’Exposition de 1855 avait été le prélude de l’isolement de la France, l’Exjiosition de 1878 devait être le prélude de son union avec l’empire des tsars.

A la veille et au lendemain île la clôture, de nouveaux incidents devaient aussi causer une vive émotion.

Le 25 octobre Alphonse Xll était à Madild l'objet d’une tentative criminelle heureusement sans résultat. Le 17 novembre, le roi Humbert échappait à Naples à un attenlali analogue; il devait vingt-deux ans plus lard tomber à Mon/.a sous les coups d’un assassin au cours d’une autre expo.'ition parisienne.

Eu déi)il de la situation troublée de rEuictpe l’Exposition avait réussi.

K Cette année, écrivait deux mois après la clôture Charles de Mazade dans une chroni(iuc datée du 31 décemljre 1878, cette année qui s’achève aujourd'hui... reste avant tout pour nous

l’année de l’exposition, une exposition qui a été d'abord une gageure, qui est devenue une inerveiile d’invention et qui en définitive s’est accomplie jusqu’au bout dans les conditions les plus favorables au milieu des témoignages d’une bonne volonté universelle et d’une confiante sérénité (1). «

Getto Exposition nous laisse à nous qui la voyons de loin au bout de vingt-cinq années, figurant dans le cortège des tètes internationales de la seconde moitié (tu siècle, une im- [)ression de cliarme bonnète, de joie grave et de satisfaction recueillie. Ce ne sont pas là les somptueuses réceptions de l’Exposition de 1855; ce ne sont pas les réjouissances tapageuseset la vie de plaisirs de l’Exposition de 1867 ; huit ansaprèsSedan, sept ans après la Commune, une gaîté fotàtre n’eùt guère été de mise. Telle (lu’elle fut, l'Exposition de 1878 demeure peut-être la plus estimable des expositions que nous avons vu se dérouler sous nos yeux; elle impose une sorte de respect^ et par l’effort dont elle témoignait, et par le résultat plus méritoire encore (pi’éelatant aiuiuel elle aboulit. Elle attestait le relèvement d'un grand peuple, l'admirable ressort de notre race, la persistance de sa grâce hospitalière tempérée par une gravité que les événements avaient mûrie, voilée d’une mélancolie qui n’était (lu’un attrait de plus. Bref, l’Exposition de 1878 dans son succès pour ainsi dire estompé, faisait plus d’honneur à notre nation que la folle irradiation d’exhibitions plus brillantes.

(1) Charles de Mazade. Chronique de la Quinzaine, nevue des Deux-Mondes du 1" janvier 1879, p. 225.

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