‹ Essai historique sur les expositions universelles de ParisChapitre 7 sur 52 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

l’exposition de J 889

Si plusieurs grandes expositions avaient jalonné la route qui mène de l’exposition de 1867 à l’exiiosition de 1878, c’est un essaim de petites expositions qui conduit de l’exposition de 1878 à l’exposition de 1889. Les expositions universelles semblent ne se réduire que pour se multiplier et elles se répandent sur une aire de plus en plus vaste.

L’année 1879 ne compte ({u'iine exposition universelle, l’Exposition de Sydney.

C’était la seconde exixosilion universelle que donnait la doyenne des cités de » la terre de la Croix du Sud » comme on a ai)pelé l’Australie, la capitale de « la terre de la Toison d’or » ainsi qu’on a nommé la Nouvelle-Galles du Sud.

L’exposition était l’œuvre d’une société privée, la Société d’Agriculture de la Nouvelle-Galles du Sud, mais le Gouverneur et le Conseil exécutif de la colonie lui prêtaient leur concours.

I^^iplacement était le beau parc public de Sydney appelé « The Inner Domain ». L’exposition occupait 60.(XX) mètres carrés.

Le bâtiment inincipal, le palais de l’Exposition, on, comme on l’appelait généralement « le palais du jardin », Garden Vuluce (1), se di-ossait dans une partie montueuse de la promenade près de la statue du gouverneur Bourke (2). Il conünail au coteau du jardin botanique et dominait la Ixaie de Sydney si célèt)re par son m iginale l.teauté (3). Construit sur un terrain en pente, il préseidait deux étages du côté' de la mer où se trouvait la laçade principale et un seul du côté de Alac- (luarie Street. Il couvrait 7 ares et demi soit 30.3 i5 mètres carrés. 11 offrait la forme d'une croix et consistait en une nef de 800 j»ieds ou 243 mèti'es do longueur coupée par un ti'ansept de 500 pieds ou 152 mèti'es de longueur. Ces deux vaisseaux avaient cliacunune Iargeui'de50 pieds ou 15 mètres, une hauteur de 00 pieds ou 18 mètres, et étaient accompagnés de galeries latérales de 25 jueds ou 7 mètres de largeur. Quatre tours dont l’étage supérieur servait de lielvédère se dressaient aux rxlrémités des bras de la croix. A rintersection de la nef et du transept s’élevait le dôme central de 210 pieds ou 05 mètres tle hauteur, le sixième, disait-on, irar ixang de taille parmi les monuments alors existants dans le monde entier (4). Ce dôme était formé pai- un polygone de trente-six côtés en fer galvanisé. 11 recevait la lumière de vingt-six fenêtres et d'une baie' circulaire, ^'itrée en verres de diverses couleurs ({Lii entourait la base de la lanterne surmontant cette coupole. T.e dôme était le drapeau australien, bleu semé d’étoiles d’or. Une bande brune qui en faisait le tour portait inscrit le

(1) The Sijiliieij E.iiiibition . lUustniled London Ncu'ü du 20 décembre ip,79. p.SSî.

(2) The Sijflncy intennitional Ex)iibition . JHiistnited London News du 28 juin 1879, ]j. 607.

(3) DE IlUBNER. .1 Iraners l’Empire brilnnnique, t. II. p. 303.

('i) Sydney inlenuitional Exhibition. Illnslnited London Neirs du 29 novembre 1879, p. 498.

\orset biblique : » La terre est au Seigneur et tout ce qu’elle conlient, le monde et tous ceux qui l’habitent. » Au-dessous du dôme, le. plancher présentait une ouverture de 30 pieds ou 9 métrés de profondeur où l’on avait aménagé une salle de raii'aîch'ssemeiit de 100 pieds ou 30 médres carrés de su- ])eiTicie ; ou avait lu'ossé les murailles tics galeries dans la partie supérieure en jaune strié de raies rouges : on avait peint dans la pvirtie inférieure à intervalles réguliers les trois Heurs emblématiques du Royaume-Uni, la rose d’Angleterre, le tiédie d’Irlande, le chardon d'Ecosse et aussi le

Aaratah )), Heur nationale de l'Australie (1).

Il y avait en outre dans le parc une galerie des machines et une annexe pour les animaux vivants.

Les produits étaient répartis en deux sections consacrées l’une à l’agriculture, l’autre aux produits étrangers à l’agriculture, Beaux-Arts (les Beaux-Arts comprenaient la Pholographie), Machinies, Meubles, ^’êtemenls, Mines et Forêts, Aliments frais et conservés.

Le règlement plus libéral que celui des expositions sériées de Londres permettait de vendre les objets exposés et même de les livrer aux acheteurs avant la fin de l’exposition. La Société d’agriculture (jui avait organisé l’exposition se réservait de prélever un pour cent sur le montant des ventes.

L’exposition, d’après le correspondant d’un journal amé^ ricain, The American Mail and Export Journal, M. Ilogan (2), était « splendide ». « Les divers Etats de l’Europe, ajoute-t-il, y ont envoyé les plus beaux spécimens de leurs machines et

(1) Sijdneij international Exhibition. Illustratal London Ncics du S9 novembre 1879, P 498.

(2) Cité De Fontpertcis. Mouvement économique aux Etats-Vnis. Economiste français du 14 février 1880, p. 192.

leurs œuvres d’art les plus choisies. Le Japon, la Chine, rindei et les archipels du Pacifique y sont représentés par leurs produits particuliers, tandis que les diverses colonies anglaises ont rivalisé à qui mettrait le mieux en relief les productions si inléressantes et parfois si étranges de cette l'emarquahle partie du monde. »

Il y avait 1..31.3 exposants anglais dont 513 pour les Beaux- Arts, C95 allemands dont 108 pour les Beaux-Arts, 170 autrichiens, 280 belges dont 50 pour les Beaux-Arts.

Les Etats-Linis avaient orné la salle où siégeait la commission américaine des portraits du Président, M. Bayes, et de plusieurs ministres, sénateurs et hommes politiques, de l’original de la gravure commémorant la signature de la déclaration dandépendaiice et de plusieurs tableaux refiarésentant des scènes de riiistoire des Etats-Unis (1).

Tl fui accordé des récompenses. Ces récompenses consistaient pour l’agriculture en allocations pécuniaires accompagnées de diplômes, pour les produits étrangers à l’agriculture en médailles d’argent et de bronze accompagnées de certificats.

L'Exposition reçut 1.1 17. .500^ visiteurs dorrt850.000 payantst^); nombre considérable si l’on considère qu’elle se tenait aux antipodes de l’Europe, dans une ville située à cinquante-deux jours de navigation de Marseille, au milieu d’un pays neuf et incomplètement peuplé.

Le nombre des visiteurs qui avait été de 18.000 le jour de finauguration atteignit 2G.000 le 9 novembre, jour de la

(1) De Fontpertuis. Mouvement économique aux Etnts-Vnis. Economiste

fiançais du U février 1880, p. 19-2. ,

(2) ' Alfred Picard. Exiwsition internationale de ISSO. Ttapvort général, t. I, p. 290.

lète (lu prince de Galleis (1), c'est-à-dire le j(3iir anniversaire de sa naissance ; dans les pays prolestants, le culte des saints étant aboli, la fête se fo ihaite le jour où la personne fêtée entre dons nn ■ nouvelle année; c’est son jour de l’an personnel.

L’exposition ouvrit le mercredi 17 septembre 1879. Le jour de l’ouverture fut férié comme un dimanche. Un cortèg'e ayant à sa tête Auguste Loftus, gouverneur de la Nouvelle- ( rades du Sud accompagné des gou\*erneurs do la province de Victoria, de l’Australie méridionale, de la Tasmanie, tous munis du bâton, insigue de leur p(Ui\'oir, et. comprenant les autorités militaires, maritimes et ci\iles paiTourut les rues en grande pompe. iVriivé' à re.xposition, le gouverneur découvrit la statue de la reine placée à l'entrée. Cette statue, œu\ re. de Mai'slial \\ ood avait, pour piédestal une foutaine monumentale et ne s’élevait pas a moins de 23 pieds soit 0 mètres de hauteur. Le gouverneur prit ensuite place sous le dais (jui lui était préparé au milieu des conir missaires des colonies australiennes, des commissaires étrangers, des membres du Parlement, colonial, du clergé et de la magistrature. Un cheeur de OùO \oix entonna alors une cantate. Les paroles étaient d’un poète de la colonie Ilenjy Kendall, de Gamden Haven, qui, parmi deux cent cinquante concurrents d'Australie. d’Angleterre et des Etats- Lnis, avait oLtenu le prix de cent guinées offert '|)arle Sijdneij MornuKj Herald à la meilleure pièce en vers héroïques célébrant l’ouverture de l'exposition : la nnisi(iue était de Paul Giozza. Ajirès la lecture d'une adresse des commissaires de Sydney, le gouverneur au milieu des acclamations déclara

(1) Nouvelle û’Oulrc-Mer. Economiste français du i?8 févritr 1880, p. 266.

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l'exposilion ouveiie et le cliœur chanta l’antienne nationale (1).

L’exposition ferma le 20 avril 1880. Elle clievaucha donc sur les années 1879 et 1880. EJle avait commencé avec le printemps, elle finit avec l’été de l’iiémisplière austral. Elle fut favorisée par un temps superbe et par une température exceptionnellement douce (l).

La France y tint son rang avec honneur: les Chambres avaient voté un crédit de 100.000 francs pour la participation à l’exposition industrielte, de 50.000 francs pour la participation à l’exposition des Beaux-Arts. Il y eut 518 exposants français dont 168 pour les Beau.x-Arts.

Comme l’année 1879, l’année 1880 n’eut qu’une exposition uni\ersclle, l’exposition de Melbourne.

Ainsi que l’exposition de 1879, l’e.xposition de 1880 avait pour théâtre « le pays capiteux » comme un de ses poètes (2) a appelé l’Australie. Mais ce n’était plus la capitale de la Nouvelle-Galles du Sud, c’était la capitale de la province de Victoria, (( l’Australie heureuse » comme on la nommait jadis, (( la magnifique Melbourne » (3), qui en était le siège. Melbourne dont en 1824 des forêts de gommiers recour vraient encore l’emplacement. Melbourne dont le terrain fut aciieté aux indigènes en 1835 moyennant cinq livres de farine, quelques couvert Lires et un petit nombre de tomaliaAvks (4), yielbournc qui dix ans plus tard n’était encore Lju'une « ville de toile », canvas town, dont les fondrières en-

(1) Sydney international Exhibition. Illustrated London News du 29 novembre 1879, p. 498.

(1) Nouvelle d'Outrc-Mer. Economiste jrançais du 28 février 1880, p. 266.

(2) Cité V. PE Chevigny. La Littérature en Australie. Correspondant du 26 septembre 1889, p. 1088.

(3) Elisée Keclus. Nouvelle oéographie universelle, t. XIV, p. 803.

(4) Colonial and Indiun Exhibition Victoria. Illustrated London News du 7 août 1886, p. 153.

g'ioulissaient chariots et altelages (1), Melbourne était en 1880 une grande ville remarquable par la richesse et la beauté de ses monuments. « Il est douteux, dit un publiciste (2) qu’aucune rue de Londres puisse montrer dans le même espace autant de belles • constrnctions qu’en montre Collins Street de Melbourne. » u Celui qui se promène, continue le même écrivain, celui qui se promène par un beau jour d’été à l’ombre des maisons et qui voit les jeunes gens et les élégantes de Melbourne habillés à la dernière mode de Paris, les rues pleines de confortables omnibus et de belles voitures de maître pourrait-il croire qu’il y a trente ans la ville où se déploie tant de luxe et de recherches était une forêt abattue et Collins Street lui-même une fondrière impraticable par le mauvais temps môme pour un chariot à bœufs? » Au bout de neuf lustres à peine d’existence Melbourne con\ iait le monde civilisé à de guindés assises du progrès. Le succès couronna cette audace. L’exposition de Melbourne laissait bien loin derrière elle la « splendide » exposition de Sydney (3).

L'Exposition avait lieu aux Carbon Gardens. Elle couvrait Si.OOO mètres carrés. Le palais était élevé à titre définitif. Il

était l'œuvre de deux arcbilectes de Melbourne MM. Reeds et Barnes qui avaient construit un grand nombre des édifices de la ville. Il était digne de la cité dont il était le plus vaste monument et fun des pins remarquables. Le style général était celui de la Renaissance italienne. Le palais était construit en briques, les toits étaient en fer ou en fer et bois.

(1) C. DE Vakigny. L’Afrique cl VOccunie à iExpositlun universelle. Llcvue des Deux-Mondes du 1" novembre 1889, p. lOG.

(2) Colonial and Indlan ExhitiHion Victoria. Utustrated I.ondon News du 7 août 1886, p. 153.

(3) Alfred Picard. Exposition internationale de I8H9. Rapport général, t. I, p. 290.

Il était éclairé par des fenêtres : les ardeurs d’un soleil subtropical eussent rendu insupportable le vitrage des plafonds. Il présentait la forme d’une croix dont le grand bras était constitué par une nef de 5d0' pieds ou 150 mètres de longueur, 100 pieils ou 30 mètres de laj'geur avec les galeries latérales et le petit bras jiar un transept de 270 pieds ou 81 mètres de longucui', 80 pieds ou 2i mètres de largeur avec les galeries latérales. Les deux vaisseaux avaient une hauteur de 70 pieds ou 21 mètres. A rextrémité sud du transept se trouvait l’entrée rnonumeidatc : c’était un portail de 60 pieds ou 18 mètres do hauteur, 40 pieds ou 12 mètres de largeur auquel on accédait par un gi and perron de pierre. De chaque côté de l’entrée s’élevait une tour carrée de 105 pieds ou 31 mètres de hauteur. Une salle formée par l’intersection de la nef et du transept à 50 pieds ou 15 mètres de l’entrée était recouverte d’un dôme octogone de 100 pieds carrés ou 30 mètres à la base et 60 pieds caii'és eu 18 mètres au sommet iiui atteignait une hauteur de 223 pieds ou 66 mètres au-dessus du sol. Entre la nef et les murs extérieurs on avait comme à Londres en 1862 et à Vienne en 1873 ménagé des cours. Les galeries supérieures de ces cours qui correspondaient avec les galeries de la nef étaient réservées aux expositions de peinture et de sculpture (1).

Il y avait en ouli'e deux annexes couvrant 6.000 mètres carrés et une galerie de 250 mètres de longueur sur 150 mètres de largeur.

Les objets étaient répartis en dix groupes ; U OEuvres d’art; 2“ Education et enseignement, appareils et procédés des arts

(1) Melbourne Aiijiix cilp The Melbourne inlcrna'.ional Txhibllion. Illustrale 1 Lon.:on News du 14 février 18S0. p- 165.

libéraux; 3° Mobilier et accessoires; 4° Tissus, vêtements et accessoires; 5° Produits bruts et travaillés; 6° Machines, appareils et procédés des industries mécaniques; 7° Produits alimentaires; 8° Agriculture; 9° llorliculture; 10° Mines et métallurgie.

Il y eut 12.792 exposants. C’étaient d’abord des producteurs de l’Australie ou de la Nouvelle-Zélande. La province de Victoria avait 2.130 exposants; le Queensland, 587; la Nouvelle- Galles du Sud, 419; la Nouvelle-Zélande, 587. C’étaient ensuite des producteurs des Indes et de Ceylan. Car si Melbourne est à soixante-six jours de navigation de Liverpool, elle est à moins de moitié de cette distance de la pointe de Galles. Les Indes Anglaises avaient 1.172 exposants et Ceylan, 818. C’étaient enfin des producteurs d'Europe. Le Royaume-Uni comptait 1.378 exposants, l’Allemagne 9G3 et l’Italie 888.

11 y eut 9.671 récompenses : 3.270 du premier ordre de mérite, 2.486 du second, 1.877 du troisième, 1.036 du quatrième, 733 du cinquième et 269 mentions honorables. On voit que par une rencontre fréquente dans les récompenses d’exposition les récompenses les plus modestes étaient les moins nombreuses. On distribua en outre 3.008 médailles, dont 494 d’or, 1.501 d’argent et 1.013 de bronze

Il y eut 1.330.000 visiteurs dont 990.000 payants. Les dépenses s’élevèrent à 8.250.000 francs. Les recettes ne montèrent qu’à 1.300.000 francs. La différence fut couverte par le Trésor colonial.

La France participa officiellement à cette Exposition. Le Gouvernement désigna deux Commissaires : M. Georges Berger à Paris, M. Beliom notre consul à Melbourne. Par une disposition nouvelle, on avait admis à exposer non seulement

les producteurs, mais même les co)umerçants, iulermédiaires naturels des industriels (1). La France comptait i.llG exposants. Elle obtint 1.070 récompenses de divers ordres de mérite et en outre 95 médailles d’or, 165 médailles d’argent et 133 médailles de bronze (2).

Aucune exposition universelle ou quasi universelle n’est signalée durant l’année 1881.

L'année 1882 n’eut qu’une exposilion et une exposition d'un internatioiialismo limité, l’Exposition de Bordeaux. L’Exposition de Bordeaux était la douzième que donnait la Socic'té philomalbique de Bordeaux. Elle eut lieu sur la place de l'Hémicycle. Elle était ouverte à tous les produits de la France, de l’Algérie, des Colonies, de l’Espagne et du Portugal et aux vins du monde C' itier (3). Cn y remar([ua une colleclion de vins d’Australie. Il y eut 4.550 exposants, les visiteurs se montèrent à 1.100.000' (i) ; d’après une conimunication de M. Fournier de Flaix à la Société d’Economie politique, l’enli'epi’ise réalisa 150.000 francs de Ijénélices (5). L'exposition fut inaugurée le P’’ juin.

L’année 1883 compte quaire exirositions univei'selles, l’Exposition d'Amsterdam, l’Ex'posilion de Louisville, l’Exposition de Boston, l’Exposition de Nice.

Amsterdam « cette Tyr moderne » (6) était un lieu singulièl ement propre à servir de siège à une exposilion universelle. Considérant Amsterdam au début du xviF siècle, M. André

(1) Gustave Roy, L'Exfosition û<; Melbourne. Economiste français du 27 mars 1S80. p. 382.

(2) Alfred Picard Exposition internationale de ISS9. Eapport général. t. I, p. 290.

(.31 Douzième Exposition de lu .‘toeifté pliilomutl.ique de Bordeaux. Economiste français du 16 juillet 1881, p. 80.

(i) Fournier de Flaix. L’Exiiosition de Bord/ aux. Le port de Bordeaux. Ecuno'iiiste jrançais du 23 novembre 1882, p. C79.

(■3) Société d'économie politique-, 5 janvier 1883 Economiste français du 13 janvier 1883, p. 110.

(0) .Alphonse Esqt’iros. La Néeriandc et la rie hollandaise, t. I, p. 7S.

Michel dit : « A voir la situation (rAnislerdam se déployant en éventail en face de la nier, son vaste port, ses canaux concentriques qui la metlent en coniniunication avec le reste du pays, on sent que c’était là une place marquée d'avance pour une ville dont le commerce allait s'étendre au monde entier » (1).

L’Exposition d’Amslerdam ne de\ait être à l’origine qu’une exposition coloniale ; c’est un Français, M. Agostini, qui en avait eu l’idée. Mais il s’y joignit une exposition générale et de la sorte elle peut compter au nombre des exiiositions universelles. C’était une entreprise privée, mais elle était placée sous le patronage dn Gouvei-nement hollandais.

L’Exposition couvrait i ne superlicie de 25 hectares. Le palais principal était un rectangle de 300 mètres de longueur sur 135 mètres de largeur im yenre. 11 consistnt en une grande nef centrale sur laquelle se greffaient des gileries perpendiculaires, disposition qui rappelait le grand palais d;' 1 F.xposilion d(' t ienne. La surface du palais et îles annexes était de 85.000 mèli'es carrés. La surface des chalets et des, pavillons était de S.OûU mètres carrés. Vingt-deux Etats avaienl envoyé des produils. 11 y eut, indépendamment des collectivités, O.STi exposants. L’exposilion ouvrit le 1" mai et ferma le 30 octobre 1883.

La France y occupa le premier rang. M. de Sainte-Foix, consul général de Fiance, à Amsterdam, était noire commissaire général. Le Parlement axait vote un crédit de 530.000 francs. La ville de Paris, l'Algérie, la Tunisie avaient voté des subventions s’élevant ensemble à la somme de

fl) André iirciiEL. Antstenloni <'t lu lloUuü'fc vet’s f63(f. lîcvuc ili'a Deux- Mondes du 15 décembre 1889. p. 752.

215.000 francs. 11 y avait 1.587 exposants de la métropole, 225 de l'Algérie. La Fi'ance remporta 1.428 récompenses dont 177 diplômes d’honneur, 380 médailles d’or, 306 médailles d’argent, 304 médailles de bronze, 204 mentions honorables (I).

Nous avons parlé des conséquences sociales qu’avait entraînées l’Exposilioii de Londres de 1862. Vingt et un ans plus tard, l’Exposition d’Amsterdam de 1883 eut, elle aussi, un retentissem'^nt dans la législation du travail. Le Conseil municipal de Paris avait voté une somme de 50.000 francs pour l’envoi de délégîdions ouvrières à l’exhibiLion que donnait la capitale des Pays-Bas. Parmi les membres de ces missions du lra\ail se dislingna, un caivrier mécanicien, ^’ictûr Delahaye, (jiii dosait (jnehiues années plus tard en mars 1890 être choisi par le üouvernenient français comme l’un de ses délégués à la Conférence internai ionale du travail à Berlin. Dans le ia])poi t (pi'jl l'édigea à son l’etoui" de Hollande, il réclame la libellé d’association et de coalilion, l’oclroi de la iiersonnalité civile aux symlicals professionnels, raholilion de l’article 416 du Code pénal qui cntra^ait l’exercice du droit de grève, enlin rinslitnlion d'un bureau de statistique comparée du travail (2). Six mois à peine après la clôture de l’exposition néerlandaise, la loi du 21 mars 1884 dont M. Waldeck» Bousseau fut le promoteur, comme M. de Morny avait été le pionioteur de la loi dui 25 mai 1864 sur les coalitions, vint donner satisfaction aux trois premiers de ces vœux; le quatrième devait être réalisé par la loi du 20 juillet 1891 instituant l’Office du travail.

(1) Alfred Picard. Exposition internationale de I8S9. Itapport général, (. I, p. 292.

(2) Id,, id., Ibid.

Si Louisville était toute jeune auprès d’Amsterdam, encore que la capitale honoj'ilique de la Hollande fût elle-même moderne, elle n’en était pas moins un siège heiu'eux d'exposition universelle. Ancienne ville sudiste mais située dans la région centrale des Etats-Unis, Louisville, ipii écliangea son nom pi'imilil' de Faits City pour celui qu’elle porte aujourd’liui- en riioiineur du roi de France, allié de la Hépubli<iue américaine (1), se trouve placée au-dessus des rapidesde rOhio. Dès le commencement du siècle, comme le constate un manuel d’émig’ralioii publié en 1831 (2), elle était un cenlre actil elenavigation, le point d’attache des bateaux qui desser\ aient la haute rivière. La création d’un canat contournant les chutes a c c r U t s a p ro sjp-é r i I é e t c 1 1 e co in i > t ai 1 1 23 . 7 dd habitants au c e n s u s de 1887. Le canal, projeté dès 1808 (3), fut aclievé en 1833(4), L’Exposition était donc le cinquantenaire de l'œuvre qui avait assuré et développé la fortune de la ^ille. Elle eut lieu au cours de l’été. Elle rassembla surtout les produits des Etats du Sud. Elle eut un ^ifl succès (5) .

L’Exposition de Boston rentre dans la classe des expositions qu'on pourrait appeler des expositions d’anniversaire.

Les Etats-Unis qui avrient célébré par une grande exposition unive: selle le centenaire de la Déclaration d'indépendance, voulurent solenniser par une nouvelle exhibition internationale le centenaire do la paix de 4’ersailles (3 septembre 1783) qui avait consacré l’existence de ta jeune Uépubliciue. New-York qui avait brigué en 1871 d’être le siège de la Gente-

0> Elisée UECLfs. h'ourellr gcoqraphie un'ivcrseUe . t. XVI. p. 440.

(2) R. B. riiw 0/ 1hi‘ l alli'ii o; t!.e Mtss.ssippi or the eiiiluiant s uiul travcllcr's guide to the west. £e écl . p. 197.

(3) Vivien S.mn't-Martin. Iiiclioiiuaire de (/éogiaplne uiilvcrscUe v. Louis- VILT.E, t. III. p. 459.

l'c) Elisée RECi.us. Nouvelle géographie iniiverselle. t. XVI. p. 440.

lô) De Fo.ntpertuis. Mouvement écoiinmiquc aux Etnts-i'iiis. liconoiuistc Irançais du 24 juin 1884, p. 762.

niai prit riiiilialiive de ce concours cosmopolite. L’enlre- Iti'ise était une œuvre privée : mais elle devait avoir le patronage du gouvernement fédéral et au commencement de 1880 le Sénat américain vota un bill en faveur de l’exposition proposée (1). Une souscription qui semblait devoir èirefacilement couverte devait fournir un million do dollars (2). La daled’oii- ^erl.ure était déjà fixée. L’Exposition devait être inaugurée le 10 août 1883 (3). Mais le projel chaudement appuyé d’abord, fut au commencement de 1881 coinplctementabandonnéparla grande cité yankee('i). Cependant une autre ville s’était aussi mise sur les rangs en 1871 pour être le siège de la Centenial, c'élait Loston. L’Athènes des Etats-Unis alors sur le point de célébrer le deux cent cinquantième anniversaire de sa fondation, reiuit le projet abandonné par la Reine de rAllanli([ue. Les lialùlanls réunireul par une souscription, les fonds nécessaires. Le Congrès américain vota un bill en fa^■e^lr de celte exposition, Inll ([ui fut sanctionné par le Président, le 28 juin 1882. L’exposition était organisée avec le concours de la ville de Roslon et de l’Elat de Massachusetts. Elle était aussi patronnée par le gouvernement de l’Union. Le 25 janvier' 1883, le ministre des affaires étrangères avait en effet adressé aux ministres des Etats-Unis à l’étranger, une dépêche les invilant à appeler sur cette exposition l’attention des gouvernements, auprès desquels ils étaient accrédités. L’exposition comprenait les produits des arts, des sciences et de l’industrie. Elle était divisée d’une façon parti-

(1) De Fontpertuis. Mouvenienl économique aux Etats-Unis. Economiste firniriiis du 15 irai 18M). i) 505.

(2) La Eu'urc E.fimsition UiUv rsctle de New-York. Economiste français du 2 OCtnlire 1880, p. -ils.

(3) De Fontpertuis. Mouvement économique aux Etats-Unis. Economiste lr<i’icais du 7 aoiOt 18S0. p 165.

Ci) De Fontpertuis. Mouvement économique aux Etats-Unis et au Canada. Economiste français du 24 septembre 1881, p, 3®8.

culière. On se rappelle qu’en 1850 l’exposition de Bordeaux avait revêtu un caractère international en juxtaposant une exposition exotique à une exposition nationale. Les Américains à Boston avaient employé un procédé analogue. Ils avaient organisé dans une enceinte spéciale uim exposition exclusi\ement américaine, et ils avaient installé dans le local du « iMassacliusetts cluiritable Alecanic Association » sur une étendue de trois hectares une exposition étrangère (1). L’Exposition se trouva à cheval sur les années 1883 et 1884. Elie ouvrit le l"'' seritcinbre 1883 pour fermer le 22 février 1884. Elle se tint donc j-endant rautomne et l’iiiver : l’époque choisie peut étonner au premier abord, mais elle s'explique : la mauvaise saison est le moiinent de la i;)leine activité pour la vieille métropole (2).

Cette exposition d’anniversaire était bien pâle à côté de la grande exposition donnée à Philadelphie sept ans auparavant pour fêter le centenaire de l’indépendance. La France néanmoins y prit une part active. M. Léon Chotteau remplisrsait les fonctions de commissaire général. Le Conseil municipal de Paris ^ota des fonds pour y envoyer des délégations ouvrières. Les rapports de ces délégués ne semblent pas avoir eu l’importance des rapports des délégués ù l’exposition d’Amsterdam. Le voyage cependant ne fut pas inutile ; il eut pour résultat de faire tomber quelques-unes des illusions que certains travailleurs avaient pu nourrir sur l’organisation de l’industrie de l’autre côté de l’Atlantique. Les rapports rédigés au retour de Boston comme au retour d’Amsterdam aboutissent à cette conclusion que la situation de

(1) ajposilioii (Je Boÿlon. Ecûnomis/e français du 31 mars 1883, p. 390,

(2) Paul Bourget, Outre-Mer, t. II, p. 77.

l'ouvrier est encore meilleure en France qu’en Amérique ou aux Pays-Bas (1).

L’Exposition de Aice était une entreprise privée. Elle avait lieu sous le patronage el avec le concours de l’Etat, du Conseil généi'al des Alpes-Maritimes, de la Municipalité et de la Chambre de commerce de Nice. Elle était intitulée ; Exposition générale ues produits de ragricullure, de l'industrie, des aid'S industriels et. de l'art ancien (2). Les olijets étaient répartis en huit sections : 1° Enseignement, lettres, sciences et arts ; 2° Hygiène, médecine, climatologie ; 3° Agriculture et aquiculture ; 4“ Horticulture ; 5" Industrie ; G® Arts industriels et décoratifs; 7“ Travaux publics et de défense; 8° Beaux-arts et art ancien. Indépendamment de la France, de l'Algérie, de la Tunisie et des colonies, vingt-deux Etats y jirirent part. On remaniuait notamment des vins d’Australie et un grand nombre de variétés de cafés du Brésil. On eut soin de faire coïncider l'Exposition avec la saison de la Côte-d’Azur et, comme l’exposition de Boston, elle se trouva à cheval sur les années 1883 et 1884.

L'année 1884 compte deux expositions universelles l’une dans les Indes Orientales, rautre dans les Indes Occidentales, l’exposition de Calcutta, el l'exposition de la Nouvelle-Orléans.

« Beine du Bengale, Calcutta, la ville des palais qui som- «neille dans sa tianquille et nonchalante magnificence sur les rives de fllougly, (3) » n’était qu'un village au commen-

(1) Artiiur .Mangin. Les leçons de Vobservalion et de VexpérU nce: les rapports des déUi/ués ouvriers envoyés à Boston et d Amsterdam . Economiste français du 8 mars 1884. p. 283.

(2) Exposition internationale de Nice tSSS-IHHl. Cataloijiie général officiel,

(3) C. PE VARIGNY. L'Asie à l'Exposition universelle. Bevue des Deux-Mondes du ler octobre 1880, p. 6üO.

cernent du xix® siècle. Elle comptait en 1884 un demi-million d’habitants. Peut-être est-ce à cette ressemblance avec les cilés (( champignons » des Etats-Unis qu’elle dut d’être le siège de la première exposition universelle asiatique.

L’exposition de la Nouvelle-Orléans succédant à (pielques mois d’intervalle à deux autres expositions américaines, l'exposition de Louisville et l’exposition de Boston s'annonçait comme devant les dépasser de beaucoup en importance. Si la capitale de la Louisiane, assise « sur un sol de boue, sous un climat meurtrier » est ravagée par la fièvre jaune, elli' comptait déjà 220.000 habitants et elle occupe une position merveilleuse. <( Nous sommes, écrivait en 1884, un rédacteur de VAbeille de la Nouvelle-Orléans (1), le jouinal de la langue française le plus répanclu de tout l’Etat, nous sommes la clé qui ouvre la porte du golfe et toute la vallée du Mississipi, la plus riche et la plus fertile du monde. » Comme l'Exposition de Boston, l’Exposition de la Nouvelle-Orléans fêtait un anniversaire. Elle solennisait le centenaire du roi Coton (King Colton). C’était, en effet, en 1774, qu’un navire portant les six premières balles de coton de la Louisiane, destinées à l’Angleterre, avait fait voile de Charlestown pour Liverpool (2). L’envoi avait d’ailleurs été mal reçu et la douane anglaise avait saisi le premier prétex.te pour le confisquer (3).

L’Exposuion était intitulée » Worid’s industrial and Colton centennial exposition » « exposition de l’industrie du monde et du centenaire du coton ». L’Exposition avait pour théâtre la plus belle promenade de la ville : » L’emplacement que

(' cité DE FoMTPERTUis. Mouvement économique aux Etats-Unis et au Canad'i. Economiste français du 18 octobre 1884, p. 477.

(2) Dr ONTPERTUis. Mouvement économique aux Etats-Unis et au Canada. Econom. • français du 7 février 1885, p. 168.

(3) Arii^jr Mangin. Les Expositions universelles. L’Exposition projetée pour 1889. Economiste français du 1" novembre 1884, p. 539.

— 3Üi —

cette Exposilion occupe, écrivait M. de Fontpertuis (1), se trouve sur les terrains ne City Park, lesquels sont situés sur les bords du Mississipi et disposés en allées que bordent des ])lates-bandes g'arin-es de i)lantes les plus variées et les plus belles, laid, indigènes qu’exotiques. City Park renferme 011 on Ire des pièces d'eau superbes, des fontaines jaillissantes, des bü'Lupiets de bois séCiiilaires, des pe.louses verdoyanles. »

Les objets étaient distribués dans plusieurs bâtiments. Le bâtiment principal avait 1..378 pieds ou -'il8 mètres de longueur sur 905 pieds ou 275 mètres de largeur, soit une superficie de 30 acres ou 12 hectares (1). Puis venaient le Government building, bâtiment du gouvernement fédéral qui mesurait 855 pieds ou 259 mètres de longueur sur 5G5 pieds ou 170 mètres de iai'geur : lloiiicultural Hull, palais de cristal de 600 pieds ou 182 mètres sur 194 pieils ou 58 mètres érigé dans une belle situation entre le Iràtiment lu incipal et le lleuve, sur un monticule entouré d'un massif de vieux chênes (2); enfin la galerie des Beaux-Arts qui avait une superficie de 25.000 pieds ou 7.700 mèt.ros carrés et avait corité 150.000 francs (3). L’Exposition cotonnière groupait toutes les variétés de coton du Sud, tous les produits fabriqués avec du coton et les machines servant à l’industrie cotounière (4).

On remarquait parmi les expositions étrangères, l’Exposition du Mexique. Elle occupait 40.000 pieds ou 12.160 mètres

(1) Mouvement économique aux Etats-Unis. Economiste Irançals du 6 décem-

^"ONTPEKTUis. Mouvemcul économique aux Etats-Unis. Economiste fiançais du B décembre 1884, p. 7U3.

(2) Id. lit. ibid. .

(3) De Fontpertuis. Mouvement économique aut: Etals-U nis Economiste français du 7 lévrier 1885, p. 168.

(4) De FONTT’ERTins. Mouvement économique aux Etats-Un français du 6 décembre 1884, p. 7ü3.

et au Canada.

's. Economiste

carrés. On y voyait une hacienda en miniature de 40 centiares de superficie (1). Celte exposition n’avait pas coûté moins d’un million fourni moitié par le pouvoir central, moitié par fensemlile des Etats de la llépubliiiue mexicaine (2).

La ville de la Nouvelle-Orléans et l'Etat de la Louisiane avaient accordé à l'Exposition des subventions de 2.500.000 fi'ancs et de 500.000 francs. Le gouvernement fédéral qui avait dépensé 600.000 francs en envois de collections, avait consenti un prêt de 5 millions. Les travaux du canal do Panama aAançaient. Une tendance se manifestait aux Etats- Unis à marelier vers le Sud. La Nouvelle-Orléans, au moyen de ce grand concours espérait conquérir le marché de l’Amérique Centrale et de l’Amérique INIéi idionale et l’on se flattait que les Etats-Unis paraîtraient plus lirillamment encore en 188'i à la Nouvelle Orléans qu’ils n’avaient paru en 1876 à Philadelphie (3). L’époque de l’exlnhition était habilement calculée. « La saison où se tient celte grande solennité industrielle, écrivait M. de FO'Utpeiluis (1), est parfaitement choisie: elle n’est ni trop chaude, ni trop' froide et. la végétation de la Louisiane s’y déploie dans toute sa Ijeauté et sa splendeur ». Ces espérances devaient être trompées. Ifentreprise qui se présentait sous de si heureux auspices aboutit à un désastre. L’exposition devait ouvrir le i*”' décembre 1881 (5). Elle ne commença en réalité que le 16 (6); elle dut fermer prématurément au commencement de 1883. Les organisateurs cependant ne se

(1) De Fontpertxiis, Mouvement économique aux Etats-Unis et au Canada Economiste français du 7 février 1885, p. 168.

(2) Id. id . Economiste jrançais du 23 août U84, p. 228.

(3) Id. id. ibid. .

(4) Mouvement économique aux Etats-Unis. Economiste français du 6 décembre 1884, p. 703.

(5) De Fontpertuis. Mouvement économique aux Etats-Unis. Economiste fronçais du 6 décembre 1884, p. 7U3.

(G) De Fontpertuis. Mouvement économique aux Etats-Unis et au Canada. Economiste français du 17 Janvier 1885, p. 71.

découragèrent pas; ils ne voulurent clore que provisoirement et recommencèrent l’épreuve l’année suivante; la nouvelle exposition devait ouvrir le 10' novembre 1885 pour fermer le 30 mars 188G. Elle n’ouvril en fait qu’au mois de février (1) et se termina par la faillile (2). Le gouvernement fut même obligé de verser 135.000 dollars à des exposants étrangers dont les marchandises par suite de la défectuosité des bâtiinenls avaient subi des avaries (3).

La France avait pris une part active à ce grand concours industriel. Le commissaire général était M. d'Abzac consul général à la Nouvelle-Orléans. La section française avait 33.a pieds ou 101 mètres de longueur sur 48 pieds ou li mètres de largeur soit IG.Ü'ÛO pieds ou 4. 861 mètres carrés et se distinguait jiar « l’ordre harmonieux » des objets (4). 11 y avait notamment une » exhibition de porcelaines et d’objets d’art français pour laquelle, écrivait un rédacteur de V Abeille de la Nouvelle-Orléans (5). On comprendrait presque qu’un lanali(]ue vendit son âme à Satan. » Le Ministère de l’Instruction publiiiLie et la Ville de Paris avaient envoyé des colleclions scolaires qui obtinrent des diplômes d’honneur.

La France prit part à la, prorogation de l’exposition. Le 22 février, jour anniversaire de la naissance de Washington, eut lieu en présence du conlre-a,mi.>ral Lacombe cominandant l’escadre des Antilles l’ouverture de la section française réorganisée (6).

(1) De Fontpertuis. .'l/ouuf’me/U économique aux Etats-Unis et au Canada. Economiste français du 3 avril 1886, p. 419.

(-2) 1(1. id. Economiste fiançais du 12 mars 1887, p. 320.

(3) Fournier de Flaix. Mouvement économique et social aux Etats-Unis. Economiste français du 21 janvier 1893, p. 74.

(4) De Fontpertuis. Mouvement économique aux Etats-Unis. Economiste français du 6 décembre 1884, p. 703.

(5) Cité De Fontpertuis. Mouvement économique aux Etats-Unis et au Canada. Economiste français du 7 lévrier 1885, ii. 168.

(6) De Fontpertuis. Mouvement économique aux Etats-Unh et au Canada. Economiste français du 3 avril 1886, p. 419.

Ce concours que la France avait g'énéreusement apporté à son ancienne colonie, cette sympathie qu’elle avait tenu à témoigner à une ville française d’origine et de race et en partie encore aujourd’hui, de mœurs et de langage, n’obtinrent par un meilleur résultat que l’exposition elle-même. Après la faillite de l’entreprise, des toiles de nos artistes furent retenues par les douanes américaines qui prétendaient exiger des droits de magasinagei. Ce fut seulement au commencement de 1887 que notre ministre des affaires étrangères, M. de Freycinet obtint que le Trésor des Etat.s-Unis fit bénéficier nos artistes, bien que l’Exposition eût été une entreprise particulière, des facilités et des dispenses que permettait la loi (1).

L’année 1885 compte deux expositions, toutes deux européennes et dans deux villes qui se regardent pour ainsi dire à travers la mer du Nord, l’exposition d’Anvers et l’exposition de Londres.

L’Exposition d’Anvers fut donnée à l’occasion de l’achèvement des travaux qui avaient transformé le port de la ville. Elle était l’œuvre d’une société d’industriels et de capitalistes patronnée par l’Etat. L’Exposition avait pour emplacement les terrains de l’ancienne citailelle, à l’angle sud-est de la ville. Elle occupait une superficie de 220.0Û0 mètres carrés dont 91.000 couverls. Les terrains avaient été loués iiar la Société. Les bâtiments étaient ceux de l'Exposition d’Amsterdam que les promoteurs, à ce que dit M. de Cocquiet à la Société d’Economie politique, avaient acquis au prix de 1.500.000 francs (2). La classification adoptée était la classifi-

(1) De Fontpertuis. Mouvement économique aux Etats-Unis et au Canada. Economiste Irançais du 12 mars 1887, p. 320.

(2) Société d'économie politique, 7 avril 1885. Economiste t'ançats du Il avril 1885, p. 455.

cation de l’Exposition de 1878; l’Exposition ne comprenait que l’agriculture et l’industrie; on a^ait donné des développements paiiiculiers à la navigation et à la pèche (1). Mais la Société d’Encouragement des Beaux-Arts avait à côté de l’enceinte, sur le boulevard du Sud, organisé une exposition internationale des Beaux-Arts.

Il y eut 14.472 exposants dan., /industrie et l’agriculture. On remarquait dans l’exposition ^.autrichienne deux portes de h'C forgé données par l’empereur d’Autriche au roi des Belges, dans l’exposition allemande un salon de musique. On remarquait aussi un nioueie de galerie de mine accessible au public, une rcrme du Manitoba et le pavillon du Congo. Il y avait en outre un ballon captif et une exposition rétrospective (2).

Le prix d’entrée était de 2 francs, de 8 heures à 10 heures du matin, après 10 heures de 1 franc. Le soir, l’éclairage à la lumière électrique permettait de laisser les salles ouvertes jusqu’à 11 heures. Le prix d’entrée, le soir, était de 50 centimes dans les jardins et de 50 centimes dans les bâtiments. Il y eut 1.537.000 entrées avec tickets. Les recettes des tickets furent de 1.500.000 francs. .II y eut 15.000 cartes d’abonné^ me-nt à 20 et 10 francs, 8.850 cartes gratuites. Le montant des recettes s’éleva à 4 miliioiis de francs. If se balança avec celui des dépenses (3).

L’Exposition d’Amsterdam s’était ouverte à deux ans d’intervalle, le lendemain du jour où avait fermé l’Exposition de Melbourne. L’Exi)0.sition d’Anvers ouvrit, à deux ans de dis-

U) Alfred Picard. Exposition internationale de IS89. Rapport Général, t. 1. p. 294.

(2) Guide d'Anvers et de l'Exposition universelle, p. 97.

(3) Alfred Picard. Exposition internattdnale de IS89. Rapport général,

tance, le lendemain du jour où avait ouvert l’Exposition d’Amsterdam. Elle fut inaugurée le 2 mai par le roi Léopold. La veille de l’ouverture, avait été mise en exploitation la ligne de Douai à Anvers (1). En juillet, le roi revint à Anvers ouvrir les nouveaux quais et les noineaux docks. De grandes fêtes furent données à celte occasion : on remarqua surtout un cortège de 8S corporations ou « nations » d’ouvriers du port. Chacune avait son char Irainé par 8 ou 9 chevaux et chaque char contenait des échantillons d’une catégorie d'olqets qu’Anvors importe ou exporte (2). L’Exposition fut close le 8 no- \embre.

La France y avait pris une part particulièrement brillante. L'emplacement qu’elle occupait était presque égal à celui qu’occupait la Delgique et égalait l’espace occupé par l’Allemagne, l’Italie, l’Angleterre, l’Aulriche et les Etats- Unis réunis. La France avait à elle seule près du tiers des exposants: elle en comptait 4.361 dont 1.893 pour la métropole et 2.488 pour les colonies. Elle obtint pü'ès du tiers des récompenses 2.561 dont 217 diplômes d’honneur, 576 médailles d’or, 749 médailles d’argent, 579 médailles de bronze, 410 menlions lionorables. Eu outre elle obtint 572 diplômes ou médailles de collaborateurs ou de coopérateurs. Elle obtint aussi 49 récompenses pour les Deaux-Arts (3).

(( L’Exposition française, dit M. Henri Maréchal (4), était tout un monde de merveilles. »

C’est à la France qu’appartenait le clou de l’exposition.

(1) Exposition universelle d'Anvers. Econoiviste français du 2 mai 1885, p. 56i,

(2) The Anlwerii Exhibilion and Dochs. Illustratcd London News du 8 août 1885, p. 130.

(3) Alfred Picard. Exposition internationale de l$S9. Itapport général, t. I, p. 291.

(4) L'Exposition universelle d'Anvers. Economiste français du 25 juillet 1885, p. 109.

rénorme canon du colonel de Bange de 11 mètres 30 de longueur qui fut à l’Exposition d’Anvers de 1883 ce que le canon Krupp avait été à l’Exposition de 1867 à Paris.

Au cours de l’exposition, le 7 août 1885, le Parlement français vota un crédit de 60.000 francs pour l’envoi de délégations ouvrières. L’Administration choisit 150 délégués. Elle décerna des médailles aux auteurs des meilleurs rapports, notamment à M. Gruliier qui avait déjà été délégué à l’Exposition d’Amsterdam et à M. Bricaud (1).

L'Exposition de Londres était, si l’on compte pour une seule les quatre expositions fragmentaires de 1871, 1872, 1873, 1874 la quatrième exposition universelle que donnait la capitale de l’Angleterre. C’était une entreprise privée placée sous le patronage du Lord Maire et du coi'ps de ville de Londres. Elle avait lieu dans les jardins de South Kensinglon, théâtre de l’exposition de 1862, sur l’emplacement qu'avait occupé en 1883 l’c-xposition des pêcheries et en 1884 l’exposition d’hygiène (2). Un tunnel mettait, l’exposition en communication directe avec la station du chemin de fer. L’Exposition comprenait 31 groupes : 1° Agriculture, horticulture; 2" Mines et métallurgie; 3" Construction ■ industrielle; 4" Premiers moteurs et moyens do distribuer la force; 5° Chemins de fer; 6” Véhicules oi‘dinaires sur route; T Architecture navale; 8'’ Aérostation; 9’’ Tissage; 10“ Machines, outils et mécanisme; 11° Machines hydrauliques, presses, ascenseurs, bascules; 12° Eléments des machines; 13° Electricité; 14° Appareils de physique et chimie appliiiuée; 15° Caz et autres procédés

(1) Alfred Picard Exposition internationale de IS89. Rapport général, t. I, p. 294.

(2) Opening of thc international Inventions Exhibition at South Kensington by the prince of Wales Illustrated London News du 9 mai 1885, p, 479.

d’éclairage; 16“ Chauffage, fourneaux et poêles; 17“ Aliments, cuisine et stimulants; 18“ Vêtements; 19“ Joaillerie; 20“ Cuir; 21“ Caoutchouc et g-utta-percha; 22“ Ameublement et objets de fantaisie; 23“ Poterie et verrerie; 24“ Coutellerie et ferblanterie; 25“ Armes et munitions de guerre; 26” Papeterie, imprimerie, reliure et librairie; 27“ Montres, pendules et autres movens de mesurer le temps; 28“ Instruments et appareils scientifiques; 29“ Photographie; 30“ Matériel d’enseignement; 31“ Jouets, matérieli de jeux et sports (1). Les envois faits par les Etats-Unis, l’Autriche, la Russie, la Suisse, la Chine et le Japon restaient en dehors de cette classilication et étaient distribués dans des « cours » nationales.

L’Exposition, l’énumétation des groupes suffit à l’indiquer, était essentiellement une exposition industrielle. Elle comprenait principalement des objets brevetés et des inventions. Aussi l’appelait-on communément » l’Exposition des Inventions » ou plus brièvement « les Inventions ». Une exposition d’instruments de musique y était jointe. Bien que l’exhibition fût spécialement consacrée aux applications de la science moderne, le rétrospectif n’y était pas oubUé. Une exposition d’instruments de musique anciens, de livres et de manuscrits relatifs à l’art musical occupait l’Albeid Hall dans le Musée de South Kensington à côté de l’Exposition; et l’Exposition elle-même contenait la reconstitution d’une rue du Vieux Londres avec des garçons de boutique, des demoiselles de magasin et des apprentis en costumes anciens.

Pendant l'Exposition on donna le soir dans les jardins de South Kensington des concerts dits « Concerts de la terre des

(t) Inventions Exhibition. A glance round. Illustratcd London News du 8 août 1885, p. 139.

fées », FainjJand Concerts^ qui eui’enl un grand succès. Mais la principale allraclion consista dans les illuminations qui daisaierit non .seulement rayonner les bosquets, mais, speclacle nouveau, étinceler les cascades et les jets d’eau.

Kepler a observé que si bon place une source lumineuse à l’orifice par lequel s’échappe un jel d’eau, la lumière sc réflécliit dans les goultclctles comme en autant de miroirs. Si l’on inlercale un verre coloré' entre la source de lumière et le jet, beau prend la nuance, du verre. Un physicien genevois, Gob ladon eut le premier en 1841 la pensée de tirer iiarti de ces observations pour la création de récrcations hydrauliques, eul, en un mot, l’idée des Mnlaines luinincuses. Quarantetrois ans plus tai’d, en 1884, le colonel llolton installa pour la première fois sur une grande échelle ces jeux des couleurs et des eaux à Soulli Kensington à l’occasion de l'Exposition d’hygiène : il les installa de nouveau l’année suivante à l'occasion de l'Exposition des Inventions.

« Les voyageurs, <lil un conlemporain (1), les voyageurs familiers avec les principaux lieux d’amusement du continent sont unanimes à déclarer que les jardins de plaisance de l’Europe n’ofl'rent aucun spectacle aussi merveilleusement beau que les partcj'i'cs illuminés et les fontaines aux couleurs d’arc-en-ciel îles expositions de South Kensington. »

« C’est lorsque la nuit est complètement tombée, ajoute le même écrivain, et lundis que l’énorme- foule du jardin public est encore sous le charme de la vive musique militaire produite par un mouvement du bâton de Dan Guiiïrey que la première surprise soulève un munnure d’admiration. En un clin d’œil des milliers de vers luisants semblent aussi

(3) T/ie fainjland Concerts. Illusirctcd London News du 8 août 18'85, p. 145.

bien des arbres au riche l'eiiillage que des splendides parterres et des orchestres placés au levant et au couchant verser de brillants rayons de lumière et des rangées de lampes électriques illuminent de façon radieuse la serre de la Société royale d'HortiCulture et le quartier des bâtiments de l’exposition internationale des inventions. » a L’effet est cliarmant au possible,, conclut le publiciste ; le spectacle est si fascinant qu’il entraîne les yeux des pelouses pleines de vers luisants aux branches étincelantes et de là aux lignes d’étoiles lumineuses qui dessinent l’arcliitecture de la serre pour les abaisser aux brillants lits de fleurs et aux bassms de feu des fontaines lumineuses. »

L’Exposition fut ouverte le lumii 2 mai par le prince et la princesse de Galles en présence du duc et de la duchesse d’Edimbourg, du duc de Cambridge, des andjassadeurs étrane-ers et de l’archevêque d'York (1). Au mois d'août l'Exposition avait déjà reçu plus de deux millions de visiteurs (2). Elle fut close le 9 no^■embre, jour de la fête du prince de Galles.

L’année 1886, indépendamment de la réouverture éphénière de l’Exposition de la Nouvelle-Orléans, compte trois expositions universelles, l’exposition d’Edimbourg, l'exposition de Liverpool et l’exposition de Stockholm.

L’exposition d’Edimlaourg était la première que donnait la vieille capitale de l'Ecosse. Elle avait pour emplacenieut l’un des parcs les plus beaux et les plus faciles d'accès des environs de la grande cité (3) « les Prairies » domaine situé entre riiôpilal royal de Laurislon et les Pruntsheld Links et

(1) Oporwg of thc internatioiml Inventions icxtiilniion al South Kenslnaton oy lhe prince of Wales. Illustratcd London News du 9 mai 18.'^5 p 479 .ot?’ Extühilion. .1 ylance round. Illustratcd London .vàrs'du 8 août

IoSd, p. 139.

ExJnbitlon at Edinhuroft. Ilhistrated London News du

13 lévrier 1S86, p. 151.

appartenant à la ville. Elle avait une étendue de 29 acres ou 117.33'i mètres carrés. La superficie couverte était de 8 acres ou 3(3.308 mètres. L’édifice, œuvre de deux arcliitectes de CilasgO'W MM. Jolm Burns père et fils et de M. Charles Lindsay avait une galerie centrale de 750 pieds ou 228 mètres de longueur. L’Exposition était divisée en quatre parties : 1“ Exposition gi'mérale; 2" Beaux-Arts; 3“ Exposition ouvrière; 4° Industries féminines. Une des curiosités était l’éclairage électriipie du palais. Il avait été confié, non à une seule ent’^eprise mais à une demi-douzaine de compagnies et permettait de comiiarer les divers systèmes. La section des Beaux-Arts comprenait un grand nombre de tableaux achetés dans les différents pays du continent et qui devaient faire l’objet d’une tombola à un shilling’ le billet (1). L’Exposition ouvrière comptait 400 exposants et dans la section des industries féminines on pouvait voir des paysannes irlandaises et des femmes des SheMand faire de la dentelle et des châles. Mais la curiosité la plus séduisante, c’est, dit. un contemporain, « la reproduction en grandeur naturelle d’une série de vieilles maisons d’Edimbourg qui forment une rue très pittoresque. On a tiré parti des différents étages en, les louant comme boutiques ou ateliers et ils ont été très recherchés. On y trouvera les ouvriers et les commis revêtus du costume original et caractéristique du xv” siècle » (2). « La rue du Vieil Edimbourg, ajoutait le même publiciste, avec sa croix du Marché, sa tour et sa llèche Nether Brow, ses fac-similés de la chapelle de l’ambassadeur de France, de l’oratoire de Marie de Guise, de la maison du Cardinal Benton, du cœur du Midlolhian, Old

(1) The uiternational Exhibition at Edinburgh. lUustrated London News du 6 mai 18.86, p. 484.

(2) Id. id. ibid.

Tolbooth, de la Monnaie el d’antres anciens bâtiments est l’une des principales attractions de l’Exposition. » Le Tomité de l’Exposition sut d’ailleurs entretenir rintérèt par des concerts-promenades et un tournoi de laiwn-tennis (1).

L’Exposition fut ouverte le G mai par le prince Albert Victor, fils aîné du prince de Galles. Le jeune prince portait le costume écossais. Après avoir été reçu à fllôtel de Ville par le prévôt et le Conseil municipal d’Edimbourg qui lui donnèrent le titre de bourgeois de la ville, il fut conduit processionnellement à l’Exposition dont il ouvrit la porte avec une clef d’or. Après un court service religieux, le chant d’un chœur, la lecture d’une adresse, à laquelle il Ht une brève réponse, le prince visita les galeries et planta dans le jardin en souvenir de l’événement, un orme écossais avec une bêche en argent d’Ecosse (2).

Au mois d’août, la reine accompagnée de sa tille la princesse Béatrice et de son gendre le prince de Battenberg se rendit à Holyrood, le vieux château de Marie Stuart. Le 18, escortée des archers royaux et des gardes du corps écossais, elle visita solennellement l’Exposition où elle fut reçue au chant de l’antienne nationale et d un hymne « Seigneur du ciel de la terre et de l’océan co-mposé par M.Gakney pi ufeS’seurde musique à l’Université d’Edimbourg. Elle assista le lendemain à la plantation d’un arbre commémoratif (3).

L’Exposition ferma le 30 octobre.

L’Exposition de Liverpool était due à l’iniliative du maire de la ville, M. David Bedcliffe. L’ouverture coïncidait avec la

(1) The queen at Edinburgh. llWstrnte/l Loîiilon Neus du 28 août 1886, p. 219. (il Openlng o/ the Ediuburgh Exhibition. Illustrated London News du 15 mai 1886, p. 512.

(3 The queen at Ediuburgh. Illustrated London News, du 28 août 1886, p. 219.

juiljlication du projet du grand canal de Liverpool à Manchester qui devait êlre aclievé en 189i. L’Exposition était intitulée : « Exposition internationale de navigation, commerce et industrie ». Elle devait à l’origine être bornée au commerce et aux transports maritimes : elle fut successivement étendue au commerce par fleuve, par canal, par terre et enfin à tous les commerces et à toutes les industries qui emploient les transports, c’est-à-dire qu’elle devint générale. 'Internationale en principe, elle excluait, cependant les étrangers de la section des machines (1). L’Exposition avait pour emplacement Edgeslanc, domaine de 35 acres ou 147. Oiü' mètres cariés situé dans un des faubourgs à l’est de Liverpool et appartenant à la ville. Le palais avait été élevé en grande ])arti(’.' avec les matériaux de l’Exposition d’Anvers achetés par les entieproneurs du palais <ie Liverpool, MM. Simpson et M’ood. On sait que ces matériaux avaient été employés primitivement pour' l’exposition d’Amsterdam. Les mêmes éléments avaient donc servi à édifier les bâtiments de trois expositions dans trois pays différents.

Le palais de for et verre présentait l’apparence d’une croix latine constituée par une nef de 430 yards ou 392 mètres de longueur et un transept de 230 yards ou 210 mètres de longueur. Ces deux vaisseaux avaient une hauteur de 67 pieds ou 20 mètres. L’intersection des deux galeries formait une salle de 82 pieds ou 24 mètres carrés surmontée d’un dôme de iOO pieds ou 30 mètres do hauteur (2). On remarquait une collection de modèles de navires, la reproduction du palais de

(1) Alfred Picard. ExposiUon internationale de t889. liapiiorl gênerai, t. I, p. 25, 11° 2.

.2) Liverpool international Exhibition, lllustratcd London News du 8 mal

chaume du roi des Ashanties à Commassie. Comme à notre exposition de 1853, il y avait des troptiées, troptiée du commerce de Liverpool formé d’échantillons d’objets importés par le grand port de la Mersey, trophée de chaudières à vapeur, trophée des manufactures de produits chimiques de Liebig, trophée de poterie artistique de Doulton. Dans les jardins on remarquait un modèle on grandeur naturelle du nouveau phare d'Eddystone, une vieille forge anglaise (1) et un village indien habité par 50 naturels avec des éléphants et d’autres animaux du pays (2).

L’exposition fut inaugurée le il mai. La reine accompagnée de son cousin le duc de Connaught qui avait ouvert l’exposition de Londres en 1862, de sa fdle' la princesse Béatrice et son gendre le prince de Battenberg, se rendit à Newshani, propriété de la ville qui sert de résidence aux juges pendant les sessions. C’est de là quelle fut conduite processionnellement à l’exposition. Après le chant de rantienne nationale, l’exécution d’une ouverture de Cowe composée pour la circonstance et d‘un choral du feu Prince Consort, on sait que le prince Albert était un compositeur distingué — après la lecture d’une adresse du maire à laquelle la reine répondit, rarchevèque d’à'ork récita la prière qu’il avait écrite pour la solennité, on clumta l’ouverture et le chœur initial de l'hymne de louange de tMendelssohn. Le maire remit alors à la reine une clef d'or qu'elle appliqua à une serrure pratiquée dans un piédestal et toutes les portes de rExposition se trouvèrent ouvertes. Puis la reine empruntant l’épée du général Gardiner qui l’accompagnait arma cheva-

(1) The Queen at Liverpool. lUiistrated London News du 22 mai 1886, p. 544.

(2j Liverpool international Exhibition, lliustrated London News du 8 mai 1886, p. 473.

lier DaA'id Redcliffe et le chœur entonna le Ride Drüannia ( 1), finale de celte cérémonie bien britannique où se combinaient le passé et le préseid., où les plus antiques dignités récompensaient les services les plus modernes, où les ressources de la serrurerie contemporaine donnaient à l’antique clef d’or une puissance presque magique.

L’Exposition de Stockholm était la seconde que donnait la capitale de la Suède. Gomme l’Exposition de Liverpool elle était particnlièrement industrielle.

L’année 1887 compte (|uatre Expositions universelles, l’Exposition de Manchester, l’Exposition de Bombay, l’Exposition d’Adélaïde, l'Exposition d’Ekaterinenbourg.

L’on dirait (lu’une Exposition dans une cité provoque chez les autres villes du pays l’ambition d’ouvrir un concours analogue. Liverpoül avait eu son Exposition, en 188G, Manchester, sa voisine, eut la sienne en 1887. D’ailleurs dès 1881, M. Elias Lever avait présenté le plan d’nne Exposition à Manchester (2), le canal proposé en 1888 intéressait Manchester aussi bien que Liverpool — c’était même Manchester qui devait lui donner son' nom — ' puisque chacune des deux villes devait en occuper une extrémité, et le cinquantième anniversaire de la reine Victoria fournissait l’occasion naturelle d’un grand concours international. L’Exposition était intitulée « Exposition du Jubilé royal », et avait pour but de fêter les noces d’or de la reine et de son peuple. Mais à la différence d’une autre Exposition jubilaire, l’Exposition de Newcastle, qui était locale et spéciale, l'Exposition de Manches'ter était générale et internationale. Elle comprenait les Beaux-Arts et les diverses indus-

(1) The Quee7iis Visit to Liverpool. lUustrated London News du 15 mai 1886 p. 5ül.

(2) The Manchester Exhibition. lUustrated London News du 28 mal 1887, p. 602.

tries et était ouverte à tous les peuples. Elle avait lieu à Old Trafford, emplacement voisin de celui qu’occupait l’expositiO'U des Trésors d’art donnée eu 1857. L’étlifice consistait en une galerie qui ne mesurait pas moins de 1.000 pieds ou 300 mètres de longueur. Au milieu de celte galerie s’élevait un dôme de 90 pieds ou 27 mètres de diamètre et de 150 pieds ou 45 mètres de hauteur (1).

« Un trait très intéressant, de cette Exposition, dit un puhliciste (2) est la reproduction architecturale de Manchester et Salford anciens érigée sur la large pelouse au nord du Jardin botanique entre la porte ordinaire du jardin et la grande porte de l’Exposition sur la route de Chester. » « On entre dans le Vieux Mancliesler, ajoutait le même écrivain, par une arche romaine flanquée de deux tours rondes qui sont censées représenter la porte décunjane de l’ancien Mancumium; une tablette porte les noms de l’empereur Domitien et d’Agricola. Les noms des légions et des cohortes romaines qui tinrent garnison à Mancumium sont inscrits sur le mur. De beaux hêtres ombragent cefte représentation de l’antiquité

historique. L’intérieur contient de fidèles imitations de beaucoup de vieux monuments qui existaient autrefois dans la ville et dans les faubourgs, exemples caractéristiques d’architecture nationale à l’époque- des Tudor, au dix-septième sKcle et dans la première partie de l’ère des Georges. » On y remarquait le marché Sled-Lane avec ses maisons à charpentes apparentes, dont l’ime, « le Palais», servit de demeure au jeune prétendant Charles-Edouard en 1745 ; le collège

(1) J. F. R. The Fine Arts at the Manchestei' Exhibition. Illustrated London News du 7 mai 1887, p. 515.

(2) The Manchester Exhibition. Illustrated London News du 30 avril 1887. p. 481

ChelJiaiii (jui subsiste encore, llulino Hall, Ancoats Hall a,vec la tour de lia vieille église et le petit oratoire du pont où les cattioliques placèrent un autel, un mol.)ilier de sanctuaire et des objets d’orfèvrerie religieuse. lies graAures et des dessins placés dans les salles supérieures du palais de l’Exposition aidaient à reconstituer le Vieux Manchester.

L’attraction la plus brillante était un spectacle renouvelé de l’Exposition de Londres, les fontaines lumineuses. Mais l’Aladin des lampes merveilleuses était à Manchester M. Galloway, cpii avait perfectionné les procédés dû colonel Bolton.

IdExi)Osition ouvrit le 3 mai. Le prince et la princesse de Galles en présidèrent l’inauguration. La cérémonie eut lieu dans la salle de musique de la nef. Après le chant de l’an tienne nationale et la lecture d’une adresse, l’évêque de Manchester récita une prière et l’on exécuta un psaume ■ imposé par Villiers de Sandford. Le prince alors répondit à l’adresse et déclara l’Exposition ouverte. Les fanfares éclatèrent, les salves d’artillerie retentirent et le chœur chanta (( rtlymne de louange » de Mendelssohn et » l’Alleluia » de Beethoven (t).

L’émulation qui avait peut-être poussé Manchester à ouvrir après Liverpool une Exposition universelle semble s’êtr.^ rencontrée aussi dans l’Inde Anglaise. Calcutta la ville parvenue avait donné une Exposition en 1884. La vieille cité coloniale, Bombay, « la Gapoue asiatique » (2) parut ne pas vouloir rester en arrière de sa jeune rivale. Trois ans après « la cité

(1) The Prince and Prlnccss of Wales at Manchester'. Illustrated London News du 7 mai 1887, p. 513.

(2) C. DE Vaeigny. L'Asie à l'Exposition universelle. Revue des Deux-Mondes du ler octobre 1889, p. 97.

des Palais », la vieille capitale des possessions anglaises donnait une Exposition universelle, qui, comme celle de Manchester, solennisait le jubilé de la reine.

Si l’émulation pouvait aussi porter la capitale de l’Australie Méridionale, cette « Grande-Bretagne du Sud », comme on Ta appelée, à inaugurer chez elle les expositions universelles déjà inaugurées dans la capitale de la province de Victoria et même réitérées dans la capitale de la Nouvelle Galles du Sud, une raison particulière devait lui faire choisir l’année 1887 pour date d’un grand concours international. Cette année était non seulement le jubilé de la reine, mais aussi le jubilé de li cité. Adélaïde en effet était contemporaine du règne de 1 1 reine Victoria. Si c’est le 20 juin 1837 que la princesse Victoria monta sur le trône d’Angleterre, c’est en mars 1837 que des colons procédèrent aux premiers lotissements sur remplacement de ce qui est devenu la belle ville d’Adélaïde (1). « La ville d'Adélaïde, écrivait un publiciste (2) en 1880, la ville d’Adélaïde sur la pelile rivière Torrens à huit milles de la mer, est une des villes les plus agréables de l’hémisphère Sud. Elle est voisine des beautés pittoresques des monts Lofty. Sa population y compris les faubourgs s’élève à 110.000 habilants. Les rues sont bien tracées cl larges, les maisons bien construites, les égouls.les canalisations d’eau et de gaz, les marchés, les jardins botaniques, les bâtiments publics valent ceux de toute \ille anglaise de province ayant la même importance. Les institutions que Sir Thomas Ebder, Sir William Hughes et d’autres citoyens ont magnifiquement gratifiées, l’Université, le Muséum, la Galerie d’art et la Bi-

(1) The Adélaïde Jubilee Exhibition. Illustrated London News du 26 lévrier 1387, p. 223

12) South .Australia. Illustrated London News du 29 mai 1886, p. 577.

3ââ —

bliotlièque publique, les hôpitaux, écoles, églises et théâtres sont dignes d’une capitale. » « Adélaïde en un mot, dit un écrivain anglais (1), est une des jilus belles el des plus salubres cités de l'Empire. »

E’Exi)osilion occupait une paiiie du parc d’Adélaïde contiguë au Jardin bûtiini(iue, et faisait face à la Terrasse du Nord oïl soiil édiliés rUniversité, la Bibliothèque pulilique et l'Institut. Une ligne de chemin de fer de sept inities ou onze kilomètres de longueur reliait directement l'Exposition aux quais do Porl-Adélaïde où les plus forts navires peuvent aborder (2). E’Exposition ouvrit le 20 juin, jour du jubilé de la reine.

Si les trois premières expositions de 1887 avaient lieu dans des villes britanniques, c’étaiT dans une cité moscovite que se tenait la dernière. Elle avait pour siège Ekaterinenbourg au pied de l’Oural sur les confins de l’Europe et de l’Asie. Elle comprenait les Sciences et l'Industrie.

Elle était organisée par la Société Ouralienne d’Anmteurs des Sciences naturelles sous le patronnage du grand duc Michel Nicolaievilch.

L’année 1887 avait failli compter une dernière e.xposition plus importante que toutes Les autres. En 1882, on avait agité l'idée d'une exposition à Rome pour l'iiiver 1887-1888. Le 31 mars 1882 la junte municipale de Rome proposa au conseil municipal d’accorder une subvention de 3 millions à cette entreprise. Cette subvention fut votée le 28 juin. Dans rintervalle, le 10 juin, M. Seismit Doda avait déposé un

(1) Colonial and Indian Exhibition. The queen’s vlsit. Illustrated London News du ?9 mal 1886, p. 576.

(2) The Adc'.aide Jubllee Exhibition. Illustrated London News du 26 lévrier i.o;, p. 223.

projet de loi assurant la participation de l’Etat et le 21 ce projet avait été pris en considération par la Chambre des Députés (1). Mais le ministre du commerce avait fait quelques réserves et l’on se décida à snbsliluer au projet primitif le projet d'une exposition nationale à Turin (2) projet qui fut réalisé en 1885.

Comme l’année 1887, l’année 1888 compte quatre expositions universelles : l’exposition de Copenhague, l’exposition de Bruxelles, l’exposition de Barcelone et l’exposition de Melbourne.

C’était la première fois qu’une exposition universelle s’ouvrait en Danemark. Copenhague, la plus peuplée et la plus européenne des capitales Scandinaves, Copenhague, dont la situation sur le Sund et le vaste port font comme le centre maritime de l’Europe du Nord, semblait un siège prédestiné pour une exposition universelle. L’exhibition qu’elle donna ne semble pas pourtant avoir eu un grand retentissement.

L’Exposilion de Bruxelles était une œuvre purement privée sans attaclie gouvernementale. Elle s’intitulait: Grand Concours international des Sciences et de l’Industrie. Les objets étaient répartis en 19 gToupes : 1“ Enseignement: 2° Arts libéraux; 3“ Arts industriels; 4° Vêtements et accessoires; 5" Exploitation des mines; G“ Métallurgie; 7“ Agriculture et Sylviculture ; 8“ Horticulture; 9” Induslries agricoles, produits alimentaires ; 10° Produits divers, procédés ; 11° Industrie mécanique; 12° Matériel de chemin de fer et de traction mécanique ; 13° Génie civil, architecture ; 14° .4rt militaire ; 15° Navigation et Pêche; 16" Matériel de sauvetage et d’in-

(1) Exposition de Ttomc. Economiste français du 15 juillet 1882, p, 80.

(2) Cesare Orsini. Lu Vérité sur l'Exposition mondiale à Home, p. 37.

cendie; 17“ Electricité; 18’ Commerce; 19 OEuvres diverses: prévoyance, secours mutuels.

Il y eut 7.248 exposants dont 4.063 de la Belgique, 807 de l’Allemagne, 509 de rAutriche-Hongrie, 195 de l’Italie, 157 de l’Angleterre.

Il y avait deux catégories distinctes de récompenses.

L’administration de l’exposition avait organisé 54 concours : pour ces concours on décernait des diplômes de progrès, d'iionneur, des premiers, seconds et troisièmes prix et des diplômes d'encouragement. Il y eut 885 récompenses de concours d i s 1 r i b u é e s .

Pour les exposants qui n’avaient pas pris part à ces concours il existait d’autres récompenses : c’étaient des diplômes d’honneur, des médailles d’or, d’argent et de bronze et des encouragements, ordi'e de distinction qui correspondait à nos mentions honorables. On accorda 4.916 récompenses d’exposants.

Le gouvernement français s’abstint de participer officiellement à celle exposition tout en secondant ceux de nos nationaux qui désiraient y envoyer leurs produits. La France y occupa une place distinguée. Elle comptait 1188 exposants. Elle obtint 62 récompenses de concours et 602 récompenses d’exposants (1).

L’exposition n’eut qu’un succès médiocre. De môme qu’en 1873 l’exposition de Vienne avait écrasé les autres expositions européennes, de même en 1888 l’exposition de Barcelone étouffa les autres exhibitions de l’ancien monde.

L’Exposition de Barcelone était la première exposition uni-

01 AlfT’Pd Picard. Exposition internalitnal de /SS9. liapport général, t. I. P. 299.

verselle espagnole ; elle n’avait été précédée dans le midi de l’Europe que par l’Exposition de Porto en 1865. En dehors de cette grande exhibition portugaise, les expositions n’étaient pas descendues dans notre hémisphère aurdessous du 48° latitude Nord, qui est le méridien do Vienne et de Paris. Le lieu était bien choisi: car Barcelone, « la ^ill3 unique », comme l’appelait Cervantes, est la métropole des Catalans et les Catalans sont, dit Onésime Reclus, « les plus actifs, les plus industrieux, les plus commerçants des Espagnols et probablement les plus laborieux des Méridionaux ». « Ils tirent du pain des pierres » à en croire un proverbe espagnol.

La ville possède un port magnifique. Elle avait pris un développement considérable et complait 450.000- habitants.

L’Exposition était placée sons la direction de fantorilé municipale. Elle avait lieu avec le concours de l'Elal et de la province. Elle comprenait ragricultnre, rindnsirie et les beau.x-arts. Elle avait pour emplacement les terrains de l'ancienne citadelle, liaslille érigée par Pliiliiq-ie 4’ au commencement du xviiC siècle pour tenir la ville en échec et où avaient été dessinés les jardins du Parque (I). Elle emln-assait 450.000 mètres carrés. Le Palais de Cristal donnait en 1850 dans l’une de ses. dimensions le millésime de sa date. L’Exposition de Barcelone donnait dans sa superficie le nomlire des habitants de la ville.

La surface couverte était de 88.400 mètres carrés. L'Exposition comptait plusieurs bâtiments.

Le Palais des Sections industrielles occupait 50.000 mètres carrés. Il présentait la forme de l’instrument de mathématiques nommé « rapporteur ». .A. voir rensemble, on eût dit une

(1) J. DE Crozals. Barcelone. Revue de géographie, février 1889, p. 96.

des deux moitiés ellipliques du Palais du Champ de Mars de 1867 réédihé au parc de Barcelone. Mais la construction était différente et. le palais éventail se composait de lames séparées et diversifiées. Il était formé de nefs placées normalement à une demi-circonférence de 108 mètres de diamètre. Ces nefs étaient an nombre de 22 ; 12 ayant la, forme d’un rectangle de lUU mètres de longueur sur 21 de largeur alternaient a,vec 10 présentant la forme d’un triangle isocèle de 24 mètres de base. Dans la demi-circonférence était inscrit un grand bâtiment à un étage de 120 mètres de longueur sur 3i mètres de largeur renfermant un grand salon central. Deux gaieries semi-circulaires occupaient le pourtour. Les olijets étaient disposés comme à notre exposition de 1867. Les nations occupaient des secteurs, et les produits similaires étaient rangés dans des galeries concentri({nes. On pouvait visiter toutes les industries d’un pays en allant du centre à la circonférence. On pouvait étudier l’état de l’industrie dans les diverses contrées en suivant une des galeries concentriques.

Le Palais des Beaux-Arts formait un rectangle de 100 mètres de longueur sur 50 mètres de largeur. Il servait de salle des fêtes.

Le Palais des Sciences occupait une superficie de 3.200 mètres carrés et renfermait des salles de concert.

La Galerie des Macbines constituait un rectangle de 150 mètres sur 60. Elle présenlait 3 nefs et avait plusieurs annexes.

Le Pavillon d’Agriculture rappelait par sa forme les exploitations agricoles.

11 y avait en outre un pavillon maritime', un pavillon des colonies, un pa,villon des transports.

La plupart de ces édifices étaient construits à demeure. Le Palais des Beaux-Arts devait devenir un musée de peinture; le Palais des Sciences devait être affecté à une société de concerts et le Pavillon d’ Agriculture devait être transformé en marché public. Le Palais des Sections industrielles devait avoir le même sort que le palais principal de l’Exposition de 1873 à \iennei; la partie centrale seule devait être conservée.

Tel avait été le souci de l’avenir que l’on avait distribué les cafés de façon à ce (jifils puisent resler à la même place après l’Exposition.

L’un des clous de celte Exposition fut les fontaines lumineuses. Elles avaient déjà figuré aux expositions universelles de Londres en 1885 et de Manchester en 1887. Mais c’était la première fois qu’elles figuraient dans une exposition universelle du continent. Elles étaient installées à Barcelone comme elles l’avaient été à Manchester par M. Gallovvay.

Il y eut 12.800 exposants dont 8.600 Espagnols et 4.300 étrangers. On percevait une location pour les emplacements et certains exposants payaient 50- francs le mètre carré.

On décerna 9.271 récompenses dont 120 diplômes d’honneur, 2.344 médailles de première classe, 2.7il ir.édailles de deuxième classe, 2.514 médailles de troisième classe, 1.572 mentions honoi'alfes. Les étrangers oi (j1 tinrent 2.967.

Il y eut 1.277.000 entrées payantes. Il y avait en outre des abonnements et il y eut des entrées gratuites.

L’entreprise se solda par un délicit considéralde. Les dépenses se montèrent à 11. 100. 000 francs, les recettes ne s’élevèrent qu’à 2.337.000 francs. L’opération laissait donc un débet de 8. 763.00) francs (pii fut coinert par une sulivention de 1.850.000 francs accordée par l’Etat et par deux emprunts

municipaux.

L’Exposition ouvrit le 8 mai. Etie fut l’occasion de grandes fêtes en l’honneur de la Reine régente et plusieurs escadres européennes se réunirent dans le magnifique port de Barcelone. La clémence de l’arrière-saison dans la péninsule Ibériciue que l’on a parfois appelée « l'Europe africaine » permit de tenir l’exposition ouverte jusqu’au 8 décembre.

La France avait joué un grand rôle dans cette exposition. C’étaient les Français qui avaient été les promoteurs de l’entreprise et dont l’initiative appuyée du concours d’autres étrangers avait entraîm; les Espagnols. Notre consul général, à Barcelone M. Brevet, étail^ au nonilire des principaux organisateurs de l’Exposition. La France n’avait accordé aucune subvention; elle réservait ses fonds pour sa propre exposition qui allait ouvrir l’année sui\ante et les frais généraux de la section française furent couverts au moyen des cotisations des exposants. Mais le gouvernement avait institué un Commissaire g'énéral: ce fut M. Brevet qui fut appelé à remplir ce poste. De plus la Hotte de la Méditerranée ^ int relâcher dans le port au moment de fêtes en rboimeui- de ta Reine régente. Les exposants français oldinrent un grand succès. Ils étaient au nombre de 1.8'JO et remportèrent plus de l.iOO récompenses (1).

L’Exposition de Barcelone battait son plein quand dans l’autre hémisphère, à Melbourne, s’ouvrit, le l*"*' août, la dernière exposition de l’année 1888. C’était la seconde que donnait la capitale de la colonie de Victoria et elle n'était séparée de la première (lue par sept années. Elle n'était séparée

(1) Alfred Picard Exposition intcrnationali' de IS89. Itapport général. t. I, p. 29Ü.

que par deux années à peine de l’Exposition qu’avait donnée Adélaïde. EsEce celte répétition trop précipitée d’expositions dans le même pays, répétition qui n’avait peut-être pas été étrangère à rinsuccès de l’Exposition de Bruxelles suivant de trop près celle d’Anvers ? Est-ce la rivalité de l’Exposition de Barcelone, rivalité que la solidarité du coninierco cosmopolite pouvait rendre sensible en dépit des cent quarante degrés de longitude qui séparent les deux \i>'es? Quoi qu'il en soit, il semble que l’expositmii de 1888 n’obtint pas le brillant succès de sa devancière. Elle ne dura que six mois au lieu de sept. Ouverte le 1" août 1888, elle fut close le 31 janvier 1889. Elle ne compta que 500 exposants français au lieu de 1.076.

L’exposition de Alelbouime fermait ses portes au début de l’année où l’exposition de Paris devait ouvrir les siennes.

Il y avait longtemps que l’exposition do Paris était annoncée. Dès 1878, on s’élait donné rendez-vous pour 1880. Le 14 novembre 1884, un décret avait décidé l’exposition et nommé les membres de la commission d’organisation. Le li mars 1885, AL Antonin Proust avait adressé au ministre du commerce un rapport résumant les travaux préparatoires. Le 7 juillet 1886 avait été promulguée la loi réglant tes linances de l’exposition et le 30 juillet avait été rendu le décret organisant le haut personnel de l’entreprise. Le commissaire général était le Alinistre du Commerce. AL Alphand, directeur des travaux de Paris devait lu'ésider aux constructions, AL Ceorges Berger était placé à la tète de l’exportation et de l’administration et M. Grison avait pour departement le contrôle financier et la comptabilité. Enfin le 9 juin 1887 une exposition d’économie sociale, le 12 octobre 1887, une

exposition rétrospectivei avaient été ajoutées au cadre primitif de l’exposition.

Assurénient robservateur qui, en confrontant 1867 et 1878 pouvait constater entre ces deux dates la chute de l’empire français, ravènement de l’empire allemand, l’abaissement et l’amoindrissement de la France, l’ascension et l’agrandissement de l’Allemagne ne pouvait en comparant 1878 et 1889 saisir d’aussi iinportantes inodilications, et cependant les onze années ([ui s’étalent écoulées entre ces deux dates avaient ])eul-être amené un cbangement plus considérable.

Elles avaient été le berceau de ce mouvement d’expansion européenne qui avait transformé la politique et substitué aux questions de frontière européenne les (|uestions d’influence mondiale. Berlin avait été en 1885 le siège d’une nouvelle l'oiiférenee, la conférence africaine. Mais ce n’était plus de la. souveraineté de queltpies districts du littoral de la mer Noire ou de la mer Caspienne, c’était dn partage du « contineiit noir », de ce conlineul (pie le courage des explorateurs venait d’ouvrir à notre civilisation, qn’il s’agissait, c’était du (iép(''ce]nent (l'un monde', de la curée de l'Afiique.

La, France dans la pénétration de celle terre des merveilles avait eu la première place. L’expédition de Kroumirie nous avait valu le protectorat de la Tunisie ; les explorations et les négociations de M. de Brozza avaient reconnu et nous avaient donné un territoire plus grand que la France, le Congo français, enfin le traité de 1885 nous assurait l’hégémonie de File Dauphine négligée depuis deux siècles et refaisait de Madagascar une PTance orientale.

L’expansion de la France n’avait pas été bornée à l’Afrique. En Asie deux années de campagne nous donnaient l’Indo-

Chine française, le Cambodge, l’Annam, le Tonkin. En dix années la France avait plus que décuplé son empire colonial.

Et cependant les préoccupations ne lui avaient pas manqué sur l'aire liornée du microcosme euroj'iéeu.

Sans doute la paix a^ait régné, mais non la trampullité, encore moins la sécurité et la confiance. L’assassinat d'Alexandre II le 13 juin 1881, le rapprochement de la Russie et do rAllemagne, marqué par l'entrevue d’Alexandre III et de Guillaume I" à Dantzig, le 9 septembre 1881, la rupture du consortium anglo-français en Egypte et l’abandon à l’Angleterre, malgré les adjurations de Gamliella, de la tei're des Pharaons française pour ainsi dire deiniis près d’un siècle, les menaces de l’Italie pendant l’expédition de Tunisie, l’accession de ritalie à l’alliance austro-allemande et la constitution de la Triplice, les incidenis liinmlliieux qui axaient signail’arrivée à Paris le 29 sej)tembre 1883 du roi d’Espagne Alphonse XII nommé par l’empereur Guillaume, colonel d’un régiment de Ublans en garnison à Strasbourg, le refroidissement des relations entre rAllemagne et la France à partir de la chute du cabinet Ferry plaçaient notre pays dans un isolement absolui au moment même où l’on commençait, à prendre les mesures préparatoires de l’expositiou. D’autre part en 1883 la question de l’Afghanistan pensait mettre aux prises la Russie et l’Angleterre et la révolution luilgare du 18 septembre 1885 mautpiait de rouvrir la question d'Orient.

Les menaces qui avaient plané sur l’annonce de l’Exposition devaient persister pendant tout le temps qu’en dura l’élaboration. Et môme à partir de 1885 te ciel parut s’assombrir de plus en plus ; les difficultés incessantes avec l’Allemagne en 1886 et 1887 et particulièrement fallaire Schnaebclé, la

vacance de l’ambassade de Saint-Pétersbourg- pendant le longs mois à la suite du rappel inopportun du général Appert, persan gratissimn à la cour de Russie (mai-novembre 1886), la mort du ministre italien Repretis el l’avènement au pouvoir du cor),'p)liée de la gallophobie transalpine, M. Crispi (juillet 1887), Irientùl suivie de la violalion du consulat de France, à Florence, el de noies agressives à l’occasion des capitulalions de Massouah (janvier 1888), la mort de Guillaume P’' (9 mars 1888), dont l’intervention loyale n’avait pas été, dit-on, étrangère an dénouement pacilique de l’incident Sclmaebelé ci bientôt après celle de son fils, le conciliant Frédéric lit (15 juin 1888), enfin l’avènement du jeune Guiliaume 111, que l’on représentait comme inféodé au parti militaire, attaché au piétisme protestant et animé des passions les plus anti-françaises et des dispositions les plus belliqueuses ; tout semljlait présager une crise immédiate.

La situation intérieure n’était guère plus propice à la réalisation du vaste dessein d’une exposition universelle.. Sans doute, la mort du jirince impérial tombé dans la brousse de l’Afrique australe, sous la zagaie d’un Zoulou, le 20 juin 1879, avait amené la division du parti bonapartiste, et délivré la République d’un prétendant, à moins qu’elle n’eùt, suivant un mot attribué à M. Grévy, lu'ivé le parti républicain d’un conlre-poid.s. Sans doute la ;'iorl du comte tle Cliambord, (24 août 1883), avait amené la dissolution du parti légitimiste; sans doide au lendemain de l’Exposition de 1878, M. Grévy, élu par le Congrès avait succédé sans difficulté au maréchal de Mac-Malion, démissionnaire (30 janvier 1879), et il avait été, sept ans plus tard, réélu pour une nouvelle période (28 décembre 1885). Mais dès le début de la première prési-

dence de M. Grévy, la présentation de l’article 7, qui interdisait renseignement aux membres des congrégations non autorisées, rejeté par le Sénat le> 15 mars 1880, les décrets contre les congrégations religieuses non autoriteées (29 mars 1880), et la dissolution par la force des Jésuites, et ensuite des autres ordres (iuin-octo])re 1880), puis la loi sur la gratuité (IG juin t881j, et sur l’obligation et la laïcité de l’enseignement ludmaire (28 mars 1882) avaieid- déchaîné une véritable guerre religieuse. En même temps, l'absence de majorité et les intrigues des groupes usaient plus d'un cabinet par année; le cabinet Gambetta, « le grand ministère », ne durait que quatorze semaines, et le ministère Ferry ne se prolongeait deux années que pour toml)er à la nouvelle de la retraite de Lang-Son (29 mars 1885).

Ici encore les approches de l’Exposition n’étaient signalées que par un redoublement de diincultés. Les divisions de la Chambre, issue des élections de 1885, la loi du 23 juin 188G excluant les prétendants du territoire français et votée au moment et à l'occasion du mariage de la fdle du comte de Paris avec le duc de Bragance, héritier de la couronne de Portugal ; le bannissement du duc d’Aumale, le plus populaire des princes, à la suile de sa protestation indignée, et le maintien du bannissement malgré le don royal du château de Chantilly à l'Institut de France, enfin la scandaleuse affaire des décorations, qui, après avoir taré de vénalité un général membre du Sénat, avait compromis le gendre môme du président de la République, enfin la démission forcée de M. Grévy (2 décembre 1887) auraient pu sembler les convulsions suprêmes d’un régime expirant.

Sans doute son successeur, M. Sadi-Carnot, élu le 3 décem-

hre 1887, au milieu des menaces du conseil municipal de Paris contre la candidature Ferry, et flétri d’abord par l’injustice coutumière des partis du nom de « président de l’émeute », avait su bientôt se concilier le respect de tous, par son intégrité au-dessus de tout soupçon, par la rectitude de sa conduite et la dignité de sa vie.

Mais de nouveaux embarras avaient surgi sur ses pas. La Compagnie de Panama qui, après avoir drainé plus d’un milliard, avait, en juin 1888, lancé encore un nouvel appel au crédit, s’était vue, six mois plus tard, en décembre, forcée d’arrêter ses paiements et une masse immense de travailleurs économes, qui avaient mis leur épargne dans cette entreprise française, se trouvait ruinée. Le général Boulanger, syndiquam les mécontentements, se posait en aspirant dictateur et menait une campagne effrénée contre les institutions parlementaires. Le 27 janvier 1889 le général était élu à Paris, à une écrasante majorité.

A la vérité cette élection avait donné l’alarme. Quinze jours plus tard le cabinet Floquet était renversé (14 février 1889) et le ministère Tirard, à la fois plus énergique et plus modéré, lui succeouit. Le 7 mars le duc d’Auniale étaitaidorisé à rentrer en France. Mais ce jour-là même une crise financière analogue au krach de Vienne menaçait notre Bourse. Le Syndicat des cuivres s’abîmait, entraînant avec lui le Comptoir d’escompte et la Société des métaux. Le gouffre ainsi creusé eût dévoré la plupart des grandes banques parisiennes si dans la nuit du 7 au 8 mars le ministre des finances^ M. Bouvier, n’avait réusci à obtenir de la Banc[ue de France un prêt qui, garanti par tous les grands établissements de crédit de Paris, permit de limiter le désas-

parvenait, en le menaçant d’une arrestation qu’il avait eu soin de ne pas opérer, à déterminer le général Boulanger à fuir en Belgique. Mais le renouvellement intégral de la Chambre des Députés était proche; les élections se trouvaient fixées au mois de septembre ; le parti boulangiste poursuivait sa campagne de révision et tout présageait un été agité.

Telle était la situation troublée, au milieu de laquelledevait s’ouvrir l'Exposition.

D’ordinaire, Paris s’embellissait pour chaque exposition nouvelle. La grande ville avait offert à ses visiteurs de 18G7 le chemin de fer de ceinture, à ses visiteurs de 1878 l'achèvement de son grand boulevard de la rive gauche.

Sans doute Paris avait fait quelques frais pour ses visiteurs de 1889. On avait remis à neuf l’Arc de triomphe, réparé la gare du Nord, transformé la gare Saint-Lazare et construit en avant-gare l’hôtel Terminus « séché juste à point, disait Victor Fournel (1), pour recevoir les premiers Yankees et leur démontrer que Paris n’avait plus rien à envier ù. New- York. » Mais le spirituel chroniqueur signalait anssi l’école des Beaux-Arts, l’école de Médecine inachevées, l’escalier du Louvre, l’arc de triomphe du Carrousel défigurés par des échafaudages et ajoutait : « Ce sont là des lacunes fâcheuses donnant à Paris la physionomie d’une maîtresse de maison qui aurait passé à la hâte une robe magnifique pour recevoir ses visites, mais en gardant ses pantoulles. »

Ces lacunes n’étaient ni les seules, ni les plus considérables. « Absorbé par sa rage de laïcisation des écoles et des hôpitaux, dit M. de Lapparent (2), le conseil municipal avait

(1) Les Œuvres et les Hommes. Correspondant du 25 mal 18S9, p. 778.

(2) Le Siècle du fer, p. 8.

réussi à ajourner indéfiniment l’exécution de tous les travaux qui auraient pu prêter un nouveau charme au séjour de Paris. Les ruines de la Cour des comptes, étaient toujours là, plus hideuses que jamais, envahies par une végétation sauvage ; à peine si depuis quelques semaines un semblant de jardin commençait à se dessiner sur l’emplacement des Tuileries. Ni le boulevard d’Enfer, ni le boulevard Ilaussmann n’étaient achevés. Rien n’avait été entrepris pour effacer les traces de la catastrophe de l’Opéra-Comique, pas un mètre cube d’eau de source n'était venu se joindre à ce que Belgrand avait an I refois amené dans les réservoirs de Ménilinonlant et de Montsouris. Le seul progrès accompli depuis 1878 était rinlroduction du pavage en bois. Encore l’usage en était-il restreint à un petit nombre de fioulevards, alors qu’en moins de dix ans la ville de Londres avait réussi à assurer cet avantage à presque tous ses quartiers. En état d’hostilité irréconciliable avec la compagnie du gaz comme avec celle des omnibus, le conseil s’était enlevé le droit de réclamer de ces deux services des efforts exceptionnels. Enfin, pour comlfie, la question du Métropolitain se trouvait toujours à l'étude et Paris se trouvait ainsi sous le rapport des conmiunicalions en arrière de toutes les capilales de l’Europe. »

Le projet d'Exposition était loin d’avoir rencontré une adhésion unanime dans le sein du pays. 1889 n'était pas seulement la onzième année depuis 1878, c’est-à-dire la fin du cycle undécennal qui semble la période régulière des expositions universelles, la date naturelle d’un nouveau concours international, c’était le centenaire de 1789, de sorte que dès le début on pouvait se demander si c’était la fête

normale du travail cosmopolite ou l’anniversaire de la révolution française qu’on allait célébrer. M. Rouvier, dans le rapport précédant le décret du 8 novembre 1884, qui décidait l’Exposition, après avoir rappelé que l’espacement traditionnel des Expositions universelles paraissait devoir en appeler une en 1889, ajoutait que cette date « était d’autant plus indiquée qu’elle coïncidait avec le centenaire d’une hégire chère au patriotisme français ». M. Antonin Proust, dans son rapport du 14 mars suivant, déclarait à son tour : « L’Exposition prochaine aura le caractère d’une exposition centennale résumant ce que la liberté du travail, inaugurée en 1789, date économique en même temps que date politique, a produit de progrès au cours du siècle qui vient de s’écouler. C’est à l’examen de la situation économique universelle que nous convions toutes les nations. »

Comme on le voit, l’Exposition universelle semblait présenter un double caractère, et devait être, en même temps qu’un concours industriel, la célébration d’un anniversaire social. Aussi le projet souleva-t-il des scrupules. Le 21 avril 1S8G, quand vint à la Chambre des députés la discussion sur le projet de la loi relatif aux finances de l’Exposition, nu député de la droite moula à la tribune puur faire des réserves au sujet du centenaire qu’on semblait vouloir solenniser. Bien loin de chercher à calmer les inijuiétudes qu'une pareille date pouvait exciter, le rapporteur, M. Antonin Proust, dans sa réponse, sembla s’attacher à faire de l’Exposition une manifestation polilique et même à lui donner une signification républicaine. « Je sais bien, s’écria-t-il, au milieu des applaudissements de la gauche et des interruptions de la droite, je sais bien qu’on a dit qu’on se défendait d’apporter

des préoccupations politiques dans cette question. » « Si vous vous en défendez de ce côté, ajoutait-il en se tournant \ers la droitei, je vous crois. Mais penne ttez-moi de vous dire qu’en ce qui nous concerne, nous, Chainljre républicaine, ainsi que pour la France tout eiitière, l’Exposition de 1889 n’est pas une Exposilion coinnie une autre. L’Exposition de 1889 est destinée à la célébration d’une date qui ■ compte dans l’iiistoire de ce pays comme dans l’histoire de riiumanité lout enlière. Nous voulons célébrer le centenaire de la Révolution française de 1789. »

De telles paroles étaient singulièrement imprudentes; elles menaçaient île faire de l’exposition cosmopolite l’œuvre d’un jiarti ed la glorification d’un système. La grande entreprise nationale risquait d’ètre accaparée par une coterie. Aussi le vote sur l’Exposition fut-il un vote politique. La Chambre se divisa suivant la couleur de ses membres. 190 voix se prononcèrent iiour le renvoi à la commission que 329 repoussèrent. L’ensemble du projet fut adopté par 345 voix contre 128.

Au Sénat, radliésion fut plus générale. Le projet fut adopté sans discussion à la séance du 5 juillet 1886 par 269 voix contre 25. La minorité n’était pas constituée par un groupe politique. On y rencontrait mêlés les noms du général Campeiïon et du général Farre, de l’amiral Jauréguiberry et de M. Hervé de Saisy, de M. Testelin et de M. Pouyer- Quertier, de iM. Cliallemet-Lacour et de M. Clamageran, adversaires déclarés de l’Exposilion projetée mais appartenant à toutes les nuances.

Cependant t889 n’était pas seulement un centenaire politique, c’était encore un centenaire scientilupue et technique.

L’on manifesta le regret que l'on n'eût pas songé à chômer le centenaire de découvertes savantes qui avaient prodigieusement transformé le monde matériel plutôt (iiie le centenaire plhlosopln(|ue et social.

D'une façon générale, 1889 était le centenaire de l’industrie moderne, u C'est effectivement en 1780, dit M. Henri de Parville (1), que Votta et Galvani jetaient les fondements de la science électrique, que Pulton prenait ses premiers brevets. En 1789, Vaucanson établissait à Lyon le premier métier perfectionné du système Jacquart^ Uberkampf installait la première manufacture de toiles peintes, Plulippe de Girard inventait la machine à fder le lin; en 1789 encore, les frères Montgolfier s’élevèrent dans les airs. 1789 est donc une date scientifique. »

C’était en particulier le centenaire de l’art des constructions métalliques, » de cet art, écrit IM. de Lapparent (2), dont on peut dire que son éclosion remonte à 1779, date de l’éta,blissement du pont en fonte de Coalbrookdale et qui a reçu en 1788 sa première consécration officielle le jour où la société des arts d’Angleterre décernait sa première médaille à l’auteur de ce travail véi itablement nouveau. Comme, d'ailleurs, c’est en 1790 que l’architecte Louis terminait à Paris la charpente en fer forgé du Théâtre-Français, il est vraiment permis de dire que le centenaire des constructions en métal co'incide presque exactement avec celui de la révolution française auquel on aurait pu le substduer avec avantage si au lieu d’obéir à des considérations de parti on s’était sérieusement préoccupé de réunir les esprits dans une commune

(1) L’Exposition universelle, p. 167. Causeries scicntiflQues, t. XXIX.

(2) Le Siècle du 1er, p. il.

pensée d’apaisement. »

De ces deux centenaires, cenleinaire industriel, centenaire politique, lequel était le plus réellement important par ses conséquences?

Un prolestant ralionaliste, Leikie, a dit: (( 11 est probable que ^\'att el Stephenson se trouvent avoir modifié les opinions de rinimanilé pres(iue aussi profondément que Luther ou Voltaire ».

De son coté, à la veille de notre première exposition universelle, Emile Monlégut écrivait: « En vérité les fondateurs de la société moderne, ce ne sont, comme on le dit, ni Rousseau, ni Voltaire, ni Mirabeau, ce sont Richard Arthwright et James Watt, Volta et Lavoisier (1) ».

Reçu le 6 juin 1889 en pleine exposition à l’Académie française où il succédait à Désiré Nisard, M. de Vogue se prit à examiner la valeur respective rl,es progrès industriels et des changements poliliques au point de vue du développement général de la civilisation.

« On balance, disait M. de Vogué, on balance entre les diverses manifestations de la Renaissance, quand il faut dater l’ère moderne. Ainsi, rhistorien hésitera sur le fait qui doit inaugurer bère où nous sommes: rien ne prouve qu'il choisira la prise d'un vieux donjon, plutôt que la mise en marche <le la première chaudière à vapeur, la pose du premier fil télégraphique. Un lu'écurseur, qui n'a pas sa juste ])artde gloire, Joseph de Montgolfier, écrivait en 1785: « Dans deux cents ans, le monde aura été changé par deux choses: l’électricité et les comptes courants. » Nous dirions aujour-

(1) Emile Montégut. Perspectives sur le temps présent. De la toute-puissance (le l'industrie. Itevue des Deux-Mondes du 1" septembre 1855, p. l(X)4'

d’hui: le crédit. A quehiues pas d’ici nous avons invité les peuples à juger l’œuvre des cent ans: ils viennent, admirer comment notre grandeur, si cruellement atteinte, est encore soutenue par le génie des savants, des artistes, par riiumihle et noble main de l’ouvrier de France. Dans ce palais du travail, le siècle montre sa véritable réussite, l’effort superl)e qui nous rend si fiers d'être ses flls; il témoigne là que Monb golfier avait bien prévu. Où témoigne-t-il que les spéculations de Jean-Jacques appliquées par ses disciples, avaient sagement engag’é l’avenir? — L’avenir! il sourira peut-être de nos furieuses disputes sur les conséquences de la llévolution, alors que ses consétpiences lui apparaîtront si différentes des espérances initiales! Mais, quel (jue soit son jugement sur ce point particulier de l’hisloire, j’ai la confiance qu’il placera parmi les époques de renaissance et non parmi les époques de déclin, celle qui amène pour riiomme et pour le monde d’aussi prodigieuses transformations. » Comme on le voit, M. de Vogue arrive à peu près à la même conclusion que M. de Lapparent et le littérateur finit par se rencontrer avec le savant. Cependant, on doit le dire, il eût été difficile d’écarter la date de ITS'.i, il eût été maladroit de chercher à masquer le centenaire {)olitique et de prétendre ne célébrer qu'un anniversaire industriel. A agir ainsi, non seulement on n’eût donné le change à personne, mais encore on eût risqué de provoquer les manifestations et de réveiller les souvenirs en les écartant systématiquement. Enfin, il faut reconnaître qu’il n’y a guère que les grandes dates sociales qui passionnent les foules. Comme le disaft Lamartine au banquet qui lui fut offert après la publication des Girondins « le genre humain est spiritua-

l'isie... il se meut quelquefois pour des intérêts, mais c’est quand les idées lui manquent ou quand il manque lui-même... aux idées. Le genre humain est spiritualiste et c’est là sa g'ioire; et les religions, les révolutions et les martyres ne sont que te spiritualisme des idées protestant contre le matérialisme des faits » (1). Le puljüc fût demeuré de glace à un centenaire scientifique ou industriel qui n’eût fêté d’ailleurs aucun anniversaire liien déterminé. Tout ce que l’on pouvait demander, c’est que le centenaire politique ne servît pas de prétexte à l’exaltalion d’un parti, c’est que l'anniversaire social fût compris avec une certaine largeur d’esprit, c’est ((lie l’on mît enfin quelque discrétion dans les manifestations destinées à célébrer « l’hégire » de la révolution française. Lette mesure et celte sagesse que conseillaient du reste les circonstances furent assez bien observées. Le souvenir de 1789 donna une portée particulière aux fêtes et les empêcha de dégénérer en banales réjouissances. « Ces fêtes, dit M. Henri de Parville (2), en parlant des grandes fêtes données pendant l’exposition, ces fêtes ont eu un caractère spécial. Si elles étaient faites avant tout pour les yeux, on n’avait pas négligé le côlé moral, fin leur a donné souvent un caract('‘re palrioli(iue ([iii a exercé sou aciion sur la foule. » On eut. d'ailleurs le bon goût de ne pas trop mulliplier les célébrations d’anniversaires dont chacun eût pu soulever des polémiques passionnées cl on poussa durant l’exposition la réserve à ce point qu’un ingénieux écrivain, M. A. Morillon (3), fait observer (pi'on senil)lail avoir déposé la veille de

(1) Lamartine. Banquet offert à l'auteur des Girondins. Mcâcon, 18 juillet 1847. Pnliliiine de Lamartine, t. Il, p. 258.

(•2) L’ li.rposition vnirerselle . p. 167. Causeries scientifiques, t. XXIX.

(3) Les Ilésultats de l'Exposition. Correspondant du 10 décembre 1889, p. 779.

rinauguration « à Versailles sa pairie en toute convenance, d'ailleurs, le Nénéralile Centenaire dOi.t il ne devait plus guère être queslion pendant six mois ».

C'est qu’il s'était pi'oduit ce que Al. Cliarles de Alazade appelle « un des plus curieux i)liénoinènes de la \ie contemporaine ». « A dire vrai, écrit-il, au début, qieind on s'était proposé de célébrer après un siècle par des solennités particulières cette date de 1789, la première idée, l’idée unique était tout simjjlement une commémoration révolutionnaire. C’était la révolution française qu’on vO'Ulait célébrer dans ses origines, clans ses suites tragiques, éclatantes ou lugail)res. L’exposiüon uni\ ers°l'e qu’on avait imaginée du même coup n’était qu’un accompagnemenl, un accessoire, une décoration, conime une somptueuse tenture ou les illuminatiO'US des jours de fête. Qu’est-il arrivé cependant? C’est ici que s’est produit un cui'ieux phénomène. A peine art-on été entré dans cette année des grandes surprises, le centenaire révolutionnaire s’est à peu près effacé ou du moins n’a pins joué qu’un rôle effacé; c’est l’exposition universelle qui a pris aussitôt la première place et est devenue l’attrait souverain, la vive et séduisante magie du moment. (1) ». Aussi l’aimée 1889 restet-elle « l’année de l’E.xposition bien plus que l’année du Centenaire ». Estrce à dire que l’exposition ait fait répudier la Révolution? Nullement. Elle l’a fait bonorer dans ce qu’elle H fondé de durable et non dans ce qu’elle a laissé d’irritant. « A ^oir, dit AI. Charles de Alazade ('2), à voir la révolulion fi'ançaise en elle-même, cette exposition en est pour ainsi dire

(1) Charles de Mazade. Chronique de la Quinzaine. Revue des Deux-Mondes du 1" janvier 1890, p. 227.

(2) Chronique de la Quinzaine. Revue des Deux-Mondes du 1" janvier 1890, p, 228,

rillustrntiiom et la représentation bien plus que les apothéoses artificielles et intéressées des partis. Elle représente cette révolution qui reste après tout un des grands mouvements humains dans son essence et dans son. esprit, dans le génie émancipé du travail, dans la liberté des industries, dans le progrès du bien-être public, dans la puissance de l’activité créatrice, dans ce sentiment de solidarité qui à un certain moment rapproche toutes les nations. Ce qu’il y a eu de fécond, de vivace, de puissant dans la révolution était passé là. »

Que rExposition dût être rexposilion du centenaire ou une simple exposition périodique de l’industrie internationale, il fallut d’a.bord déterminer l’emplacement qu’elle occuperait. Dès le lendemain de l’eixposilion de 1878, M. Laroche Joubert avait proposé pour le prochain concours international d'unir le Palais de l’Industrie au Champ de Mars (1). Les promoteurs de l’Exposition semblèrent accueillir cette idée. D’après le plan dressé au moment où l’exposition fut décrétée, elle devait embrasser, outre les terrains de l’exposition de

1878, Champ de Mars et Trocadéro, une partie du Cours-la- Reine et des Champs-Elysées ainsi que le Palais de l'Industrie. Elle eût ainsi compris tes emplacements de toutes les expositions qui l’avaient précédée, le carré de Marigny de 1855, le Champ de Mars de 1867, le Trocadéro de 1878.

Cependant en mars 1886, dans la discussion de la subvention de la Ville de Paris au Conseil municipal, le directeur des travaux, M. Alphand, proposa d’établir l’exposition au plateau de Courbevoie. Il était aisé de gagner ce plateau soit par les Champs-Elysées soit par la Seine soit par les chemins de

(1) Ernest Brelay. Affaires municipales. Economiste français du 21 juin

fer. Le terrain était d’un seul tenant. Rien n’empêchait d’y construire un monument définitif. Enfin la Tour qu'on parlait d’ériger trouvait là son vrai piédestal (I).

Malgré ces considérations et bien ifue le choix du plateau de Courbevoie eût été appuyé par plusieurs conseillers municipaux, ce fut le Champ de Mars qui fut définitivemeiit adopté comme emplacement de l’exposition. L’abstention officielle des grands Etats fit renoncer à y joindre le Cours-la-Reine, les Champs-Elysées et le Palais de flndustrie.

Ainsi réduite l’exposition embrassait dans son enceinte le périmètre de l’Exposition de 1878, le Champ de Mars et le Trocadéro et en outre l’esplanade des Invalides et le quai d’Orsay. Une de ses portes s’ouvrait à côté du Palais Pourbon. Elle occupait une surface s’élevant à 958.572 mètres carrés dont 290.000 couverts.

L’Exposition était divisée en neuf groupes: 1“ OEuvres d’art; 2° Education et ensieignement; 3° Mobilier et accessoires; 4® Tissus, vêtements et accessoires; 5® Industries extractives, produits bruts et ouvrés; 6® Outillage et procédés des industries mécaniques, électricité; 7° Produits alimentaires; 8® Agriculture, viticulture et pisciculture; 9® Ilorliculture.

Le terrain de l’Exposition présentait une figure extrêmement irrégulière. On eût dit un mannequin formé' par l’ensemble du Champ de Mars et du Trocadéro, et traînant, suspendu au pont (t léna (pii consliluait sou cou par ta lanière du quai d’Orsay, le cartomdie de l’esiilanade des Invalides.

L’Exposition comprenait quatre parties; le Champ de Mars, le Trocadéro, le quai d’Orsay et l’esplanade des Invalides.

(1) A. Morillon. L'Exposition Universelle de IHS9. Correspondant du 25 mars 1889, p. 1028.

Le Champ de Mars était comme le noyau de l’Exposition.

Mais ce noyau n’étail. pas représenté, ainsi qu'il l’avait été en 1855, en 1867 et en 1878, par nu liàfiment dominant. Le Champ de Mars était occupé par un groupe de palais, monnaie du palais unique d’anlan. Ce groupe échelonnait ses constructions suivant une disposition des plus heureuses due à MM. Alphand el Antonin Pi'oust et que l’on a comparée soit à un U gigantesque tournant ses branches vers la Seine, soit, suivant le mot de M. Loekroy, à (( l'Arc de Triomphe renvei'sé ». Au fond parallèlement à l’Ecole Militaire se trouvait la Galerie des Machines. Du milieu de la Galerie des Machines partait la Galerie de Irente mètres. Cette galerie, « sorte de rue couverte (1) » qui avait cent soixante-dix mètres de Ion- & gueur, devait son nom à ses trente mètres de largeur comme de hauteur. Elle était accompagnée des deux côtés par les galeries des industries divei'ses « d’une simplicité élégante (2) » (pii se déployaient pai'allèlement à la Galerie des Machines. A l'extrémité de la Galerie de trente mètres s’élevait un dôme métalliipie, c’était le Dôme central, œuvre de M. Pxuivai'd. (( Ici le fer s'est Ironqié, dit- M. de Vogue (3), parce (pi'il a suivi les vieux errements de construction et de décoration, pai'ce ipi’il a subordonné ses propres convenances à celles de la pierre ipi'il remplaçait; certes il y a des choses excellentes dans le dôme; rarmature de l’intérieur est élégante : à l'extérieur nous trouvons déjà l’alliance du métal et de la brique qui sera un des traits caractéristiques des nouvelles méthodes. Mais l’imagination de l’artiste est visible-

(1) Lnuis RorssELET, L’Exposition universelle de ISIi9. p. 20.

(2) A. :Morillon. L'Exposition Universelle de I8S9. Correspondant du 25 mars 1889, p. 1631.

(3) Heniarques sur l'Exposition du Centenaire, p. 31.

nient obsédée par les magnificences de l’Opéra, ces mauvaises conseillères. Trop de reliefs, trop de couleurs, trop d’or. Pour ôon coup d’essai, le fer a voulu être somptueux, il n’est qu’endimanché, le rnde ouvrier. »

Le Palais des Industries diverses prolongeait deux galeries latérales le long des avenues de Suffren et de la Bourdonnaye. Ces galeries rejoignaient les Palais des Beaux-Arts et des Arts- Libéraux.

M. de Laborde dans son rapport sur l’exposition universelle de 18b5 avait dit ce mol ipie cite At. <le A’ogiiê' (I): « Tfavenir des arts, des sciences et de l’industrie est dans leur association ». On eût dit que ce mot avait inspiré les constructeuis des Palais des Beaux-Arts et des Arts-Libéraux où la céramique s’unissait à la métallurgie.

« Les admirables ]ialais », œuvre de AL Foimiigé, « révélaient dans nue donnée jiarfaite,, dit AL (icorges Berger (2), le pai'li ipie l’arclutectui’e contemporaine devait pouvoir tirer de rallianco décorative du métal avec les matériaux plasliipies ». » Pour Ijeaucoii]) d’usages, liit Al. de Aâ>guë (3), le fer doit recourir à des matériaux auxiliaires. C'était un nouveau problème de déterminer le clioix et les conditions esthétiques de ces alliances. On s’est appliqué à le résoudre dans les deux palais jumeaux des Beaux-Arls et des Arts-Libéraux et l’on est. revenu à la plus ancienne tradition helléniaue, le mariage du bois et de la terre cuite tel que nous le retrouvons dans les premiers temples de Abdaiioide, mais en remplaçant le bois par le fer. La l'éussite est éclatante. » Les parties métalliques étaient peintes en bleu d’où le nom de

(1) Hetiianjues sur V lixposilioii du Crnteuaire. p. .33, n. 1.

(2) La Galerie des machines de 1903. Journal des Débats du 17 septembre 1903.

{3) Ileniarques sur V Exposition du Centenaire, p. 34.

i( cité bleue » donné à l’ensemble de ces constructions. Cette couleur bleue se mariait de la façon la plus agréable avec le ton chaud des poteries (t).

Ces palais étaient ornés au centre de << dômes orientaux de Ions blancs, bleus, jaunes » (2). » Les dômes de tuile vernissée, heureux emprunt aux vieux maçons de l’Iran (3) » n’étaient pas la seule adaptation d’éléments tirés de l’architecture des pays du Soleil, u Pour décorer le cintre de quelques portes, dit M. de Vogue (i), la terre cuite s’est approprié rencadremhnt habituel des porches de mosquées, la colonnette de marbre ou de faïence tordue en spirale : pour déguiser la monotonie prosaïque des boulons, on les a dorés ou ciselés en têtes de clous arabes sur le voussoir de l’entrée principale. Mais ces éléments orientaux sont fondus dans un arrangement occidental; ce qui est bien de notre pays, du pays de Limosin et de Palissy, ce sont les médailles, les frises, les cartouches où la céramique intervient avec une délicatesse toute française de relief et de couleur. Les moindres détails décèlent une pensée inventive, entre autres ces plafîues de poterie ornementée, encastrées dans les caissons à jour des piliers de tôle ».

La Galerie des Beaux-Arts comprenait l’exposition dèceo' nale de l’art français et l’exposition rétrospective de l’art français de 1789 à 1878. Elle comprenait aussi les sections étrangères. Mais ces sections installées au dernier moment, sur l’initiative soit d’un comité local, soit d’un comité pari sien, soit môme d’un groupe d’artistes isolés, ne représen-

(1) De Lapparent. Le Siècle du fer, p. 64.

(2) A. Morillon. L'Exposition Universelle de 1889. Correspondant du 25 mars 1889, p. 1031.

(3) De Voguë. Itemnrques sur l'Exposition du Centenaire, p. 35.

(4) Iternarques sur l’Exposition du Centenaire, p. 35.

taient que bien imparfaitement pour certains pays l’état actuel de l'art (1). Pour d autres le nombre restreint des objets réunis n’empècbail pas de saisir le génie t^sUiclique de la nation. Ainsi la petite salle allemande ne comptait que soixante-quatre peintures et vingt-quatre dessins ou aquarelles, presque tous de minimes dimensions et cependant elle donnait en raccourci une idée assez juste de l’art germaniiiue (2).

La Galerie des Arts Libéraux comprenait l’iiistoire du travail ainsi que l’éducation et l’enseignement. Elle fut inaugurée en quelque sorte avant l’exposition. C’est en effet dans les salles du rez-de-chaussée que fut donné le 14 juillet 1888 le premier banquet des maires.

En face du Dôme central se trouvait la Tour Eiffel. Entre le Palais des Industries diverses, la Tour Eiffel, le Palais des Beaux-Arts et le Palais des Arts Libéraux s’étendait le jardin de l’exposition. Il avait 400 mètres de long sur 200 mètres de large. C’était « un très beau jardin à la française étagé en terrasse devant le palais (3) » des Industries diverses. Sur le terre-plein s’élevaient les deux pavillons destinés à l’exposition particulière de la Ville de Paris. Au mur de soulènement s'adossait un bassfn couronné d’un groupe allégoriiiue représentant le vaisseau qui figure dans les armes de la. capitale.

C'est dans le jardin que se trouvait la rue du Caire. Cette rue était formée d’un côté par les pavillons de la Perse, de l’Egy'pte, du Siam, du Japon, de la Serbie, de la Grèce, de la Chine et du Maroc, de l’autre par des bazars et cafés orientaux

(1) Georges Lafenestre. La Peinture étrangère à l’Exposition Universelle. Revue des Deux-Mondes du 1" novembre 1889, p. 138.

(2) Id id id. p. 154.

(3) A. Morillon. L'Exposition Universelle de 1889. Correspondant du 25 mars 1889, p. 1035.

installés dans des constructions d’un type emprunté à l’Egypte moderne. Elle était pleine de couleur locale. « La sensation la plus intense qui se dégage de l'Exposition, écrivait 'Victor Fournel (1), eM: certainement celle de l’Drient et non pas seulement à l’Esplanade des Invalides, mais au Champ de Mars dans la rarlie qui longe ^ers le sud l’avenue de Sufl’ren. » Cette galerie à ciel ou^■ert des divers Orients, Orient européen. Orient asiati([ue, Oi'ient africain, fut « dès le premier jour et du premier coup populaire attirant et retenant la foule par son bariolage éclatant, note lumineuse et claire, par ses tentures A ives et ses banderoles déployées, gamme chantante de coiuleurs. Là s'étalent colliers et bracelets, baboucJies éclatantes et jiitilantes chéchias, œufs d’autruche et nougats, (tatles et lainl)ourins, vestes et chibouques; tout cela chante et rit au soleil, tout cela éldouit et miroite. Par les fenêtres enir'ouvertes du café marocain, des notes aiguës, perçantes vilu’eib, mêlant un biuit de foire africaine à la gaîté contenue d'une fonde en belle humeur; plus loin l’orchestre égyptien accompagne en sourdine les danses des aimées et des chants monotones flottent dans l'air (2). » La rue du Caire était le quartier général des fellahs et des ânes, pittoresipies concurrents des pousse-i)Ousse tonkinois et des fauteuils roulants.

Au delà de la Tour Eiffel se trouvait le parc du Champ de Mars avec ses gazons, ses ombrages et ses lacs minuscules; comme en 1807 il retenait la plus grande partie du public (3).

C’est là que se trouvait le Globe terrestre. C’était u une vue

(1) Les Œuvres et les Hommes. Correspondant du 2.5 mai 1889, p. 786.

(2) C. DE VARiGNY. L’.-ifrlfiue et l Océanie à l'Exposition Universelle. Revue des Deux-Mondes du 1" novembre 1889, p. 97.

(3) Victor FoURNEL. Les Œuvres et les Hommes. Correspondant du 25 juillet 1889, p. 363.

d ensemble, un panorama du globe que nous habitons tel qu’il nous apparaîtrait si nous pouvions nous élever assez haut dans les airs pour le voir rouler devant nous et si nos yeux étaient assez puissants pour en saisir l’ensemble et les détails ». L’idée de représenter en grand « la machine ronde » n'était pas nouvetle. Ou avait déjà essayé de la réaliser dans un géorama qu’on promenait vers 1855 aux foires de Leipzig et de Francfort. Dans cette » exhibition germanique » uii couloir obscur « conduisait à uu balcon devant lequel s'ouvrait, par un merveilleux effet d'opti(iue, un espace immense et vivement éclairé au fond duquel tournoyait lentement la terre offrant successivement ses faces diverses aux regards émerveillés des spectateurs qui étaient censés contempler ses évolutions du plancher de la lune (1) ». Mais cette curiosité ambulante était bien oubliée et d’ailleurs on n’avait jamais offert en France semblable reproduction de notre planète: car les géoramas qu'on avait pu y voir supposaient le spectateur au centre de la terre dont il contemidait ainsi la surface à l'envers. Le globe de l'exposition, œuvre de MM. Villard et Cotard, était une gigantesijue sphère de 12 mètres 732 de d.iamètre, donnant la réduction de la Terre au millionième. Le globe pouvait tourner sur son axe, mais il était le plus souvent au repos: d'ailleurs s’il demeurait immobile, une passerelle permettait aux visiteurs d'inspecter la partie polaire et les régions tempérées de l'iiéndsplière Nord et un i)romenoir en spirale leur donnait la faculté de circuler autour de renorme boule jusqu'au pôle Sud (2). Ou avait marqué non seulement les pays, les grandes villes, —

(1) P. Douhaire. Livres d’étrennes. Correspondant du 10 décembre 1885, p. 939.-

(2) Tli. Villard et Ch. Cotard. Le Globe terrestre au rnUUonièine à l’Exposition Universelle de 1889, p. 16.

Paris occupait un ceufiinètre carré — niais les principales routes de terre et de mer et les itinéraii'es des voyageurs célèlires (1).

C’est là aussi que se groupaient les pavillons de l’Amérique du Sud.

Là se dressait le palais aztèque du Mexique dont la construction n’avait pas coûté moins d’un million et dont le portique était couronné par Tonatinh, emblème du Soleil (2). Ce palais était un fac-similé réduit du teocatl de Mitla dans la vallée de Oasaca.

Là était érigé le palais de la République Argentine. Il avait coûté 1.200.000 francs. Un architecte français, M. Ballu, en avait dirigé la construction et nos meilleurs artistes avaient conlribiié à l’oiner. (( Sur ce monument grandiose, dit M. C. de ’Varigny 3), l’ingénieuse et heureuse fantaisie de l’architecte a semé à profusion des cabochons qu’éclaire le soir la lumière électrique, gigantesques émeraudes et rubis qui courent le long de la façade et donnent à l’édifice l’aspect féerique dMn palais ruisselant de pierres précieuses. Dans les terres cuites il a enchâssé faïences et mosaïques, sculptures décoratives couronnant les quatre pylônes des angles, ornant les pendentifs de la grande coupole intérieure. Le succès est complet et l’éloge sans réserve. » Ce monument était destiné à être transporté à Buenos-Ayres.

Là enfin s’élevait u le véritable palais de bois » (4.) du Guatemala montrant « un coin oublié du paradis terrestre »,

(4) De Vogué. Remarques sur l’Exposition du Centenaire, p. 42.

(5) C. DE Varigny. L' Amérique à V Exposition Universelle. Revue des Deux- Mondes du 15 octobre 1889, p. 849.

(6) L’Amérique à l'Exposition Universelle. Revue des Deux-Mondes du 15 octobre 1889, p. 860

(5) C. DE Varigny. V Amérique à l'Exposition Universelle. Revue des Deux- Mondes du 15 octobre 1889, p. 851.

« cette grotte américaine avec les spécimens de la flore et de la faune tropicales, reptiles monstrueux, oiseaux au coloris éclatant, gigantesques papillons d’azur beaux comme un rêve de fée et qu’on dirait découpés dans un lambeau du ciel (1). »

Le Trocadéio comprenait le palais et les jardins. Le palais renfermait l’exposition rétrospective de l’art français. Les jardins étaient consacrés à l'Exposilion d’horticulture. Vingtsix serres ou tentes abritaient les plantes délicates. On voyait sur les pentes de la colline le pavillon des Eaux et Forêts et le pavillon l’es Travaux publics dont la grande attraction était le diorama donnant l’illusion d’un voyage au centre de la (erre. C’était en quelque sorte le complément du globe de MAI. A'illard et Cotard. Ici on croyait pénétrer dans les entrailles de la planète, là en parcourir la surface.

Les jardins du Trocadéro étaient reliés au Champ de Mars par le pont d’iéna qui était compris dans l’exposition et par deux passerelles qui franchissaient le quai de Billy maintenu à la circulation exlérieiire. De chaque céité du pont d’iéna, sur la rive gauche, se troinait l'exposition de l'IIistoire de l’Habitation,

Le quai d’Orsay comprenait l’Exposition de l’Iiistoire de l’Iiabitation, les baraquements destinés à l’Exposition du Matériel agricole : il avait pour annexe les berges de la Seine. Sur les berges se Irom'aioi.t à la hauteur ilu garde-meuble le jialais de rAlimentation et le long du Champ de Mars rExposition fluviale et maritime et- le panorama de la Société transatlantique.

L’esplanade des Invalides était divisée en deux parties. Du

(1) De Vogué. Remarques sur l'Exposition du Centenaire, p. 14.

côté (lu fauboui'g Sain (-Germain, le long de la rue de Conslanlinc se trouvait l’exposition des colonies. C’était au centre le i)alais des Colonies « pittoresque avec sa vérand'ah circulaire, ses (ourelles, ses pavillons, ses revêtements de briipu'S émaillées, ses toitures originales (i) ». Auprès de ce palais, vei'S ria'ilel des Invalides, se group('iient les édifices de rindo-Chiiie, imitalions des monuments du pays et notamment du temitle d’Ankor-W’at et les paxillons de la Guyane, de la Guadeloupe el du Galion au milieu d’un fourmillement d’iirdtilalions cocliinchinoises ou canaques, sénégulaises ou taliitieiines; vers la Seine s’étendaient les galeries de l’Algérie et do la d’nnisie entourées d’un village aralie.

Du côte du Gros-Caillou, le long de la rue Fabert, étaient rassemblées diverses expo.'itions. Au centre le palais du ministère de la guen’e faisait face au palais des Colonies. Il était llampié, dans la. diruclion des Invalides, de l’exposition d’iiygiène et de l’exposilion d’économie sociale, et dans la direction de la Seine, de l'exposilion des poudres et o-alpètres et des ])ostes et télégraphes et accompagné d'une maison d’école modèle et du ])anorama du Tout Paris.

Les différentes classes étaient réparties d’une façon assez méthodiijue. Les P.caux-Arts avaient leur palais au Champ de Mars. L’éducation et l’enseignement avaient leur exposition au premier étage du palais des Arts Libéraux et dans la maison d'école modèle de l’esplanade des Invalides. Le mobilier, les vêtements et accessoires occupaient le palais des Induslrics diverses dont le dôme central abritait les expositions de Deauvais, des Gobelins et de Sèvres. Le pavil-

(1) A. iloRiLLON. L'ExposHio/i Universelle de )S89. Correspondant du 25 mars 1889, p. 1037.

ion des Travaux publics et la Galerie des Machines se partageaient les produits des Industries extractives. La Galerie des Machines était le temple de la mécanique. L’alimentation avait son pavillon sur les l^erges de la Seine. L'agriculture occupait le quai d’Orsay, l’horticulture les jardins du Trocadéro.

L’Exposition avait d’ailleurs une annexe. C’est dans des baraquements élevés aux alentours du Palais de l’Industrie qu’eurent lieu les concours d’animaux, les expositions canine, chevaline, bovine, ovine et porcine.

L’Exposition avançait plus qu'aucune autre dans l’intérieur de Paris, l'iie des portes s'ouvrait à coté du Palais Bourbon. Mais un aussi vaste corps avait besoin d’organes de relation. D’un côté de nombreux moyens de communication en facilitaient l’accès; nombre de tramways et d’omnibus convergeaient vers le Champ de Mars où depuis 1878 aboutissait un embranchement permanent du chemin de fer de l’Ouest, premier tronçon itilra muros de la ligne des Moulineaux. Les bateaux parisiens desservaient l’exposition par plusieurs stations. Los grands magasins du Louvre avaient acquis quatre bateaux qui portaient leurs clients munis de ticketsprimes du quai Saint-Nicolas à l’Exposition.

Les omnibus et tramways de la Compagnie générales transportèrent 33.725.051 voyageurs, les tramways nord et sud 4.801.123, la ligne du Champ de Mars 3.820.000 dont 70.000 dans la seule journée du lundi de la Pentecôte. Les bateaux transportèrent 13.527.125 passagers dont 12.307.125 montés sur les bateaux parisiens. 1.100.000 montés sur les bateaux du Louvre. Tels sont les chiffres officiels que donne M. Alfred Picard (1).

(1) Exposition internationale de 1889. Rapport (jénéral, t. ITT, p, 268.

Ces chiffres ne sont pas admis par tous. M. Alfred Neyrnarck (1) donliM. de Parville (2) adopte la statistique évalue pour les trois premiers mois à 52.848.401 les voyageurs transj)orLés par les omnibus et les tramways nord et sud, à 6 500.000, les voyageurs transportés par les trains spéciaux du Champ de Mars, à 10.393.217 les voyageurs transpoilés par les bateaux pai'isiens, cliilTres qui turent, selon lui, presque doublés pendant les trois derniers mois. 11 estime à J.320.(HK) le iiomlu'c des passagers lrans])ürtés par les bateaux du Louvre pendant toute la durée de l'Exposition.

D’autre part, à l’intérieur de l’Exposition on avait organisé des moyens de transport.

Le principal était un petit chemin de fer, le chemin de fer Decauville. C’était un railway bijou dont la voie n’avait que 60 centimètres de largeur. Cette voie était formée de tronçons dans les(piels traverses et rails en acier étaient assemblés en un tout rigide. Les traverses emprisonnaient une portion de ballast, ce qui consolidait l'assiette. Les tronçons étaient léunis au moyen de Ijoulons. La ligne était à deux voies et présentait des pentes de 29 centimètres. Le matériel se composait de sept locomotives du système Mallet, c’est-à-dire montées sur deux groupes d’essieux indépendants, et de cinquante voitures. La locomotive pesait

12 tonnes et le reste du train 51 tonnes. Le train marchait à la vitesse de 27 kilomètres à l’heure. 11 y avait jusqu’à

13 trains par heui’e (3). Ce ctiemin de fer porta du 6 mai au 31 octobre 6.4'i3.51ü voyageurs (4), soit lO.ÛÛU par heure (5).

(1) Ce <iue la France a gaçiné à l’Exposition de 1900, p. 8.

(2) L’Exposition Universelle, p. 155. Causeries scientifiques, t. XXIX.

(3) De Lapparent. Le Siècle du fer, p. 333.

(4) Alfred Picard. Exposition Internationale de 1889. liapport général, t. II, p. 371.

(5) Alfred Neymarck. Ce que la France a gagné à l'Exposition de 1900, p. 9.

Le prix était de 50 centimes en première et de 25 centimes en seconde. 11 n’y eut pas un accident et il tut désormais aciiuis que ces lignes légères pouvaient se prêter à un service de voyageurs très actif. « Ce (iiii est surtout remariiuable, dit M. de Lapparent (1), c'est que dans cet intervalle de six mois il n'y ait eu ni un rail ni une aiguille, ni une éclisse à changer. L'entretien s'est borné au Imurrage des traverses et à renlèvement des feuilles mortes. » Le chemin de fer Decauville avait trois kilomètres et demi de longueur. Il partait du Palais Bourbon pour aboutir à la Tour Eiffel. Il desservait les trois stations des galeries d’agriculture, des galeries des produits alimentaires devant la czarda hongroise et de la Tour Eiffel. Il y avait des trains directs pour la station terminus de la Tour Eiffel.

A l’esplanade des Invalides fonctionnait un autre chemin de fer, le chemin de fer hydraulique. Mais la ligne qui n’avait que 150 mètres de longueur n’était pas un mode de locomotion à l’usage des visiteurs de l'Exposition, c’était un simple spécimen d’une nouvelle sorte de voie ferrée. Dans ce système chaque wagon était porté par six patins et reposait sur de larges rails. Entre les rails et les patins s’interposait une mince couche d’eau maintenue par les reboi'ds et qui, sous l’action de l’air comprimé, avait la force de soulever les patins. Le frottement se trouvait réduit à un glissement sur une couche d’eau. S’il n’y avait plus de roues, il n’y avait plus de locomotives. C’éta'ent des jets tl'eau lancés par des ajutages établis sur la voie et alimentés par une canalisation qui, en agissant sur une crémaillère à palettes, déterminait la propulsion. Les ajutages ouverts par le mécanicien au

(1) Le Siècle du fer, p. 33.3.

passage du train se refermaient automatiquement. Ce système, inventé en 1852 !)ar un ingénieur, M. Girard, installé par lui en 1862 à la Jonchère près de Bougival, avait été oublié pendant vingt ans à la suite de la mort de l’inventeur, tué par une balle prussienne pendant l’armistice. C’était un des collaborateurs de M. Girard, M. Barre, qui avait monté en le perfectionnant à l’esplanade des Invalides le chemin de fer à glissière sur lequel circulait “Un train composé d’une voiture de manœuvre et de quatre wagoms. Ce chemin de fer sans cahots ni fumée excita vivement la curiosité du l)n1)lic (1).

Celte vieille invention fut reprise peu après la clôture de l'Exposition par M. Berlier qui substituant à la traction hydrauli(iue la traction électrique proposait de mettre Dieppe il une ticLue de Paris (2).

Enfin un ingénieur, M. llénard, avait proposé dès 1880 l'installation d’nn tiotloir roulant destiné à porter les foules en marclie. Grâce ii celte invention, les trottoirs devaient être coniine les rivières, sui\a.nt le mot de Pascal, « des chemins qui marclieni ». Mais le projet ne tut pas accueilli (3).

Si le chemin de fer liydraulique ne pouvait servir à transporter les touristes et si la,plat'''-forme mobile de AI. Hénard ne devait être réalisée (lue quatre ans plus tard à Chicago, les fellahs tenaient leurs ânes aux ordres de ceux que tentait, ]innr emplnyer une expression de Al. de Alolinari (i), un (( voyage de circumexposition » et les pousse-pousse anna-

(1) Henri de Parville. Iteviic îles Sciences. Corrcspoiidnnt du lo août 1889, p. 597.

(SllTENRi DE Parville. Ucmic des Sciences. Cejrrcspondnnt du 10 décembre 1889. 1». 830.

(3) .Jules VIOLEE. L'Exposition de Chicago et la Science américaine. Revue (les Deu.r-Mondes du 1" .juin 1894, p. 586.

(4) La Rue (les Nations, p. 10.

mites promenaient sans fatigue les visiteurs dans de petites voitures, succédanés modernes des chaises à porteur du grand siècle.

Dans son ensemble, l’exposition présentait un double caractère, un caractère joyeux, un caractère laborieux. Peutêtre « la foire du monde » rappelait-elle un peu trop par certains côtés ses congénères plus humbles. Mais du moins c’était une foire instructive. « Le caractère forain, disait Victor Fournel (1), est très sensible dans rexposition acluelle dont les enseignements n’ont rien d’austère ; on l’a relevé du moins et on l’a fait servir faute de mieux à instruire les yeux par l’authenticité des lypes et l’exactitude des reproductions. )) On pouvait y appiendre tout en s’amusant.

(( L’Exi.)osition esl liés lielli', disait M. de ^’oguë (2), l'Exposition est Irès belle, c’est chose jugée par acclamalion, on a eu mille fois raison de la faire à rimage de la France, sérieuse' en dessous et gaie en façade avec son labeur du matin et sa fête du soir. La réussite dépasse toutes les espérances. Noti'e peuple s’est pi'is de passion pour ce miroir où il se reconnaît si bien; il y court avec entrain, avec amour. »

Cependant si rExpesiticn présentait un caractère bien français elle n’en exhalait pas moins dans divei ses sections un parfum d’exotisme qui fut un des éléments du succès. Le public s’éprit de ces évocations de contrées lointaines. Cédait-il en manifestant cette curiosité pour des civilisations originales au pressentiment que leurs traits particuliers allaient s’effacer par la diffusion croissante des produits européens dans tout runivers? Du t'a prétendu (3). Peut-être ce goût

(1) Les Œuvres et les Hommes. Correspondant du 25 mai 1889, p. 785.

(2) Itcmarques sur l'Exposition du Centenaire, p. 8.

(3) C. DE Varigny. L'Afrique et VOcénnie à l'Exposition Universelle. Revue des D&ux-Mondes du 1" novembre 1889, p. 97.

s’explique-t-il p’us simplement. L’Exposition coïncidait avec un mouvement d’exolisme dans la littérature.

Ce mouvement rappelait celui qui cent ans plus tôt avait trouvé son expression dans les livres des précurseurs de Cliateaubriand (l), dans Paul et Viirjinie de Bernardin de Saint-Pierre et aussi dans les Nouvelles cosmopolites que Florian avait composées comme dans celles que Jean-Jacques Rousseau avait ébauchées (2). C’était répo({ue des essais de M. de Vogue qui, reprenant avec plus d’originalité l’œuvre de Xavier Marinier, nous apportait les sensations du Levant et du Septentrion. C’était l’époque des romans de Pierre Loti qui renouvelant avec un coloris plus A'if une entreprise ébauchée jadis par Théodore Pavie, nous transportait tantôt dans les brumes de l’Islande, tantôt au milieu des paysages enchanteurs de la, Nouvelle-Cythère. Si les cases a,fricaines et les huttes océaniennes avaient tant d’attrait pour les visiteurs, c’est qu’elles leur procuraient rillusion de vivre leurs lectures sans quitter Paris et de faire le tour du monde dans une enceinte de deux lieues de dévelopj'ienient.

Au point de \ue lechni(jue, on a dit que l’exposition montrait^ plus de pcrfec'iannements et d’applications qu’elle ne révélait d’inventions (3). Mais ces perfectionnements étaient si considiérables, ces applications étaient si originales qu’ils prenaient presque la valeur d’inventions. Enfin l’Exposition ouvrait de vastes pcrsp‘'ctives. « L’Exposition, disait M. de Vogue (4) n’est pas seulement une revue rétrospective, elle

est le point de départ d’une infinité de choses neuves. »

(1) Ferdinand Rrünetière. Le Mouvement littéraire ou XIX’ siècle, à propos d un livre récent. Ltevue des Deux-Mondes du 15 octobre 1889, p. 877.

(2) Emile Desch.\nel. .1 pied et en wagon (par monts et par vaux) p. 172.

(3) A. Morillon. Les Résultats de l'Exposition. Correspondant du lü décembre 1889, p. 783.

(4) Remarques sur l’Exposition du Centenaire, p. 3.

Une heureuse hardiesse dans rapplication du principes connus était le trait distinctif des deux édifices qui constituaient comme les caractéristiques de l’Exposition, la Galerie des Macliines et la Tour Eiffel.

Par une curieuse rencontre ces deux maîtresses pièces se faisaient presque exactement ('quilibre. Car si la Galerie des Machines avait absorbé 7.784.000 kilogrammes de fer, la Tour Eiffel n'en avait pas employé moins de 7.300.O00 (,1).

« Ce sont a dit M. de Lapparent i^), deux chefs-d’œuvre de fart des consiruclions métailiques ». Et le même auteur, après avoir indiqué le développement de romi)lni du fer — « le fer a envahi les édifices, il est devenu l’outil nécessaire de la circulation rapide; il a détrôné le bois dans la construction des coques de navires et, sous la. forme d'acier, il permet de reculer indéfiniment les bornes île l'audace humaine en matière de travaux publics » — aioute: <( A ce triomphe de jour en jour plus accentué, il mampia.it une apothéose; c’est cette mission que remplit l'Exposilion de 1880 avec un éclat sans pareil. On iieul dire de celte solennité qu’elle a élé pardessus tout la glorification du fer. Elle nous l’a montré apte à couvrir des espaces d'une portée invraisemblable; ou à s’élever dans les airs à des hauteurs que nulle construction n’avait encore atteint, et par un tour de force dont le génie artistique seul de la France était capable, ces merveilles de l’industrie, improvisées en quelques mois, ont su revêtir, à côté de leur aspect colossal, une figure attrayante, nous dirions volontiers gracieuse, si bien (pic l'intérêt des objets qu’elles abritaient a risqué de pâlir devant la magnificence

(1) A. Morillon. L'Exposition Universelle de I8S9. Corresimidant du 25 mars 1889, p. 1033.

(2) Le Siècle de fer, p. 11.

(lu cadre au milieu duquel ils élaieni présentés (1). »

M. de Lapparent avait raison: la Galerie des Machines n’était pas seulement un tour de force industriel: c’était encore un superbe vaisseau. « On a épuisé, dit M. de Vog'ué (2), ou a épuisé toutes les formules de l’admiratioii devant cette nef haule de 45 mètres, longue de 400, Encore faut-il savoir pourquoi elle est si belle; parce que le fer renonçant à luttei’ avec la pierre n’a cherché ses moyens d’expression (pie dans sa jiropre nalure, dans sa force, sa légèreté, son élasticilé; jiarce qu’il a résolument sacrifié sa quincaillerie décorative et s’est rappelé celte loi fondamentale de resthétique: la beauté n’est qu’une harmonie entre la forme et la destination. Evidemment ceux qui ont assemblé ces fermes ne se sont pas préoccupés d’imiter tel ou tel type réalisé avant eux avec d’autres matériaux et pour d’autres usages; ils ont consulté les propriétés du fer, calculé sa résistance; s’étant assurés de ce que l’on peut demander au métal, ils ont modifié l'aic en tiers points et créé une ogive nouvelle avec des intlexions et uii allongement d'une incom- {laralile élégance. Des combinaisons savantes leur ont permis de diminuer jusqu’à l’invraisemblance le poids et le volume de la charpente, tl en est résulté un vaisseau dont l’immensité est le moindre mérite; sans un ornement sur sa nudité sévère, par la seule hardiesse de ses lignes et la logique de son anatomie, le Palais des Machines rend les yeux contents; il intéresse l’esprit aux proldèmes difficiles qu’on soiqiçonne derrière cette simplicité; n’est-ce pas là l’impression que doivent produire les grandes œuvres archi-

(1) Ue Lapi»arent. Le Siècle du fer, p. VI.

(2) licmurquts sur V Lxposllion du Centenaire, p. 32.

tecturales ? »

On pouvait trouver à la Galerie des Machines des avantcourrières notamment dans les grands halls des expositions précédentes. Mais toutes les tentatives antérieures pâlissaient auprès de ce gigantesque tunnel aérien, œuvre de MM. l)utert et Cdntamin. Ici en elTet des teianes métalliques espacées de 21 mètres 50 et aux extrémit('‘S de 25 mètres recou- M'aient une surface de (pialre lieclares et demi en laissant à la voûte une hauleiir supérieure à la colonne ^'end(Jme, à peine inférieure à l'Arc de Yriompiie, et deux galeries latérales de 15 mètres cliacnne portaient la surface couverte à. plus de six hectares.

L’immensité du hall n’était pas la seule nouveauté qu’il présentât. Par une disposition qui se retrouvait d’ailleurs dans les Palais des Arts Libéraux et des Beaux-Arts, les

fermes n’étaient pas continues. D’une part les fermes se 1erminaient par un robuste sabot, de fonte portant sur un gros tourillon d’acier qui reposait lui-même sur un coussinet de fonte relié à la fondation en maçonnerie. D'une autre, il n’y avait pas de clef de voûte. Chaque ferme était divisée en deux moitiés ([ui se lejaninaienl chacune jiar une cavité hémisphéii(pie. Ces deux écliauci'iires jioiiaienl des coussinets en fonte qui s’appuyaient sur une grosse rotule d'acier. <( En résumé, dit M. de Lapparent (1), il est permis de dire ipie chaque poutre de la grande halle des machines est un appareil mobile autour de trois charnières dont deux à la base et une au sommet. » Cette articulation sauvait les inconvénients de la dilatation du métal sous l’intluence de la chaleur et de la poussée oblique que le défaut de stabilité du sous-sol aurait

(1) Le Siècle du fer, p. il.

pu déterminer dans les fondations. Elle facilitait aussi la détermination de la forme de la voûte. » Grâce aux trois charnières, dit M. de Lapparent (1), tout le tracé de la courbe des pressions se trouve défini et il devient facile de calculer en chaque point les dimensions que doivent recevoir les tôles pour que la pièce entière soit un solide d’égale résistance », c'est-à-dire un solide dans lequel « non seulement la limite d’élasticité n’est pas dépassée, mais où on se tient partout à égale distance de cette limite. » (2).

La Galerie des Machines était aussi remarquablement aménagée à l’intérieur. On se souvient qu’en 1867 un promenoir aérien permettait au visiteur de planer au-dessus des maclünes. On avait perfectionné cette disposition en 1889. O'un côté, les galeries latérales avaient un premier étage donnant sur la nef à cbaque extrémité de laquelle se trouvait une largo tri) mue. De l’autre « deux ponts roulants pouvant porter chacun 250 personnes circulaient d’un bout à l’autre de la galerie sur quatre lignes d’arbres de couche qui distribuaient la force motrice (3) ». Du haut de ces plates-formes voyageuses on saisissait l’ensemble du mouvement de ce monde de la mécanique. G’élail., comme le dit M. de Vogue (4), une sorte de diorama donnant « l’impression de la diversité dans l’unité du travail ».

A l’Exposition de 1878, on s’était plaint de l’iiTégularité du fonctionnement des machines dont la mise en marche et l’arrêt étaient abandonnés au caprice des industriels. En 1889, tout était réglé. Un coup de sifflet à midi, un autre à six heu-

(1) te Siècle du fer. p. 73.

(2) De D.4PPAKENT. Le Siècle du fer, p. 43.

(3) A. AloRiLLON. L' Exposition Universelle de I8S9. Correspondant du 25 mars 1889. p. 1030.

(4) Ilemarques sur l Exposition du Centenaire, p. 1030.

res annonçaient le commencement et la fin du travail (1).

Chaque catégorie de moteurs avait son quartier dans la Galerie des Machines: il y avait le quartier du gaz et le quartier de l'air comprimé, le quartier des moteurs hydrauliques et le quartier des moteurs à pétrole. Mais les principales forces qui actionnaient les engins étaient la vapeur et l’électricité. A l’entrée de la Galerie des Machines, deux groupes gigantesques, œuvres de MM. Ghapu et Barrias, symbolisaient ces deux puissances nouvelles. L’Exposition les faisait entrer dans le domaine de l’art, comme Maxime du Camp, dans ses CIkuiIs Modernes, coidemporains de l'Exposition de 18.5.5 avait tenté de leur donner droit de cité dans la poésie (2).

Le soir, les lustres, les guirlandes de Heurs et le phare tournant de MM. Sautter et Lemonnier qui s’élevait au milieu de la nef (3) faisaient rayonner te vitrage du Palais comme une baie de feu dans l'ombre. <( L'énorme bâche, disait AL de A'oguë (4), semble la grande serre des régions planélaires où le jardinier élève de petits astres pour les semer dans la nuit. »

Certes, si une construction devait être considérée comme réfractaire à l'esthétique, c’est la Tour Effeil. Dès que le projet en avait été connu, une pi'oteslation, signée des noms les plus connus dans le monde des arts, l’avait excommunié au nom des dogmes du beau; non seulement on l'avait déclarée laide, mais on l’avait accusée de gâter l’endroit où elle s’élevait. La comtesse de Poix et Aime Bournet-Aubertot qui avaient acquis de la ville de Paris des terrains en bordure

(1) De Voguë. Remarques sur l’Exposition du Centenaire, p. 55

(2) Féli.x. KLEIN. La Poésie et le temps présent. Correspondant du 25 août 18S9, p. 652.

(3) A. D'Avignac. L'Electricité à l’Exposition Universelle. Correspondant du 25 septembre 1H89. p. 1057.

(/i) Remarques sur l’Exposition du Centenaire, p. 40.

du Champ de Mars avaient intenté un procès à la Ville; elles soutenaient que la Ville par la vente qu’elle leur avait consentie s’était privée du droit de défigurer la perspective. Les prétentions de ces propriétaires délicates avaient été repoussées sans doute par un jugement du tribunal de la Seine du 27 mai 1887, mais pour des motifs d’ordre juridique (1). Il semblait admis que cette œuvre « que regardaient avec quelque dédain ceux que ne touche que la pure esthétique » ne pouvait être qu’un monstre d’art. Ses partisans les plus déterminés abdiquaient pour elle toute prétention à la beauté. (( Pourquoi, lisail-on dans un rapport au conseil municipal de Paris, pourquoi ce monument, merveille de notre métallurgie, n'aurait-il j.as sur le monde moderne l’attrait qu’a eu sur le monde ancien le colosse de Rhodes que ne recommandaient que ses dimensions ? » Et cependant, l’édifice achevé, les juges impartiaux furent bien obligés de reconnaître qu’il avait sa beauté, beauté à part qui ne rentrait pas dans les catégories classiques, beauté spéciale inhérente à un nouveau mode de construction et à un nouvel ordre de matériaux, beauté dont il laiisait en quel(iue sorte les éléments dans l’insouciance des tonnes classi(iues, dans ral)sence môme de préoccupations esthétiques, mais beauté incontestable. La tour rencontra le beau sans l'avoir cherché. « Cette courbure progressive des arêtes et par consé(iuent des faces, dit M. de Lapparent (2), qui semble avoir été adopté uniquement au point de vue architectural et pour la satisfaction de l’æil, est un pur résultat du calcul. Elle a pour objet de faire porter tout l’effort du vent sur les arêtes des piliers entre lesquels

(1) Gazette des Tribunaux du 28 mai 1887.

(2) Le Siècle du jer, p. 95.

dès lors, au lieu de pièces lourdes et résistantes, il n‘y a plus besoin d’iiilercaler {jue de légères entretoises destinées à assurer la stabilité et l’invariabilité du système sous le poids qu’il supporte. Une fois de plus par cet exemple on aura la preuve (pie la vraie beauté en arcbitecture réside essentieliement dans la parfaile adaptalion des moyens au but; de sorte que l’édifice qui satisfait le mieux le regard est justement celui dans lequel — (iiie les spectateurs s’eu rendent compte ou non — les règles fondamentales de la construction ont été le mieux observées ».

Si la Galerie des Mactiines avait eu des aïeules, la Tour Eiffel n’était pas dépourvue d’ancètres. Dès 1832 un ingénieur anglais Trevithick prcquisa d'ériger pour perpétuer la mémoire de la réforme électorale une tour de mille pieds soit 304 mètres 80 en foule. Glarke et Reeves proposèrent en 1874 d’élever une tour de 304 mètres pour rexp()siti(ju de Pbiladelpbie. Mais on recula devant les difficullés d’exécutiou. Eu 1881, M. Sebillol lança l’idée d’une tour de 390' mètres; celte tour aurait eu 300 mètres en pierre et 90 mètres en t(jle et aurait servi à éclairer Paris à la lumière électrique (1). Eufin on avait parlé d’ériger à Rruxelles une tour de 200 mètres en bois (2).

Mais ce n’avait été là que des projets. Parmi les monuments exécutés la Tour Eiffel avait deux émules, tous deux en pierre. L’un était l’obélisque de M'ashington. Commencé en 1848, abandonné en 18.54, repris en 1877, il avait été inauguré le 20 février 1885, jour du centenaire de la fondation de Washington (3). 11 avait 109 mètres de bauteur. L’autre

(1) Henry Gir.\rd. La Tour Eiffel de trois cents mètres, p. 27.

(2) Alfred Picard. Exposition uiternatlonale de IHHB. Itopport iiénéral t II

(3) Henri Girard. La Tour Eiffel de trois cents mètres, p. 26.

(Hait le môle de Turin qui lut achevé au commencement de 1889 et qui s’élevait à 170 mètres (1).

La Tour Eiffel dépassait de beaucoup le pylône italien comme le pylône américain, mais la hauteur était le moindre mérite de la nouvelle llèche. Dès 1864 en effet un ingénieur français, M. Seyrig (2), écrivait dans les Annales des Ponts et Chaussées : « Aujourd’hui la hauteur à laquelle on peut élever les constructions métalliques est sans limites ». Ce qui faisait roriginalité scientifique de la tour de l’exposition, c’était la suppression des entretoises grâce à la rencontre des arêtes au point d’application de la rLSultante. Ce qui en faisait roriginalité artisticiue, c'était l’édification en fer d'un monument tel qu'on n'avait jamais entrepris d’en construire qu’en pierre.

La commission de l’exposition avait été saisie de deux projets de tour de trois cents mètres: l’un présenté par M. Bourdais, l’autre présenté par ALM. Eiffel, Nouguier, Kœchlin et Sauveslre. C’est à ce dernier ptus étudié que la préférence fut donnée.

M. Eiffel, un vétéran de nos expositions, était déjà connu dans le monde industriel par des travaux analogues à celui qu’il offrait d’exécuter. Dès 1859, âgé de vingtrsept ans, il avait pris part comme attaché à la maison Pauwels à la construclion du grand pont de la Garonne à Bordeaux. Associé à M. Seyrig, il avait jeté l’audacieux viaduc Maria Pia sur le Douro en 1877. Enfin en 1884 il avait lancé sur la Truyère près de Saint-Elour le célèbre viaduc de Garabit. « M. Eiffel

(1) Henry Girard. La Tour Eiffel de trois cents mètres, p. 27.

(21 Cité Henri de Parville. Revue des Sciences. CorresRondant du 10 décembre 1889, p. 930.

dit M. de Lapparent (i), se trouvait tout indiqué pour édifier au Champ de Mars quelque spécimen extraordinaire et vraiment nouveau ae l’industrie métallique. »

Une co^^ention fut passée le 8 janvier 1887 entre l’Etat, la Ville de Paris et M. Eiffel. Aux termes de cette convention, M. Eiffel s’engageait à construire la Tour : une subvention (le 1.500.100 francs lui était accordée ainsi que l’exploitation de l’édifice durant l'exposition et pendant une période de vingt années expirant en 1909. M. Eiffel constitua une société au capital de 5.100.000 francs divisé en 10.200 actions de 500 francs. Les travaux commencés le 28 janvier 1887 furent achevés le 31 mars 1889. Ce jour-là le drapeau tricolore fut arboré au sommet. La Tour coûta 6.500.000 francs. On a calculé que cette somme représentait une pile de pièces de 20 francs de 330 mètres un peu plus élevée que la tour ellemême (2).

L’entreprise constitua une fructueuse opération. Le 5 novembre 1889 au soir la Tour Eiffel avait encaissé — indépendamment de la subvention de 1.500.000 francs — tant en ascensions qu’en locations 6.459.581 francs 20 centimes (3), c’est-à-dire qu'elle avait été en si.x mois payée par les recettes réalisées; on sait que pareille fortune était échue au ballon captif de 1878.

La Tour était divisée en trois étages. Le premier avait 360 marches, le second 380. Deux ascenseurs du système Roux, ComLulazier et Lepape desservaient le premier étage, deux ascenseurs du système Otis allant l’un directement du

(1) Le Siècle du fèr. p. 92.

(2) Henry Girard. La Tour Eiffel de trois cents mètres, p. 32.

(3) A. MORILLON. Les Résultats de l Exposition. Correspondant du 10 décembre 1889. p. 792.

rez-de-chaussée au second étage, l’autre du premier au second desservaient le second. Le troisième avait 1.062 marches, mais l’escalier qui y conduisait n’était accessible qu’au persomiel. Le public ne pouvait monter que par l’ascenseur unique du système Edoux (IJ.

t^a Tour constituait un gigantesque paratonnerre (2). C’était un observatoire d’où la vue s’étendait jusqu’à 65 kilomètres. C’était un poste d’expériences et on y avait installé trois laboratoires, d’astronomie, de physique et météorologie et de biologie (3).

Mais la Tour était surtout un puissant foyer de lumière. Elle avait au sommet un phare, sur la plate-forme de l’obser- Vutoire de puiissants projecteurs, au pied les fontaines lumineuses.

Le phare était un phare électrique. « L’appareil, dit M. A. d’Avignac (4), comprend un tambour de feu fixe, plus un tambour mobile composé de lentilles verticales aux couleurs natioinales de telle sorte que les pinceaux lumineux bleus, blancs et rouges font lentement le tour de la coupole. Chaque éclat dont l’intensité atteint 8 fois celle du feu fixe dure 30 secondes. Le pinceau est visible en temps ordinaire à 87 kilomètres et son intensité dans les éclats s’élève à 500.000 becs carcet. » Le mouvement de rotation était imprimé par un moteur électrique. C’était la première fois qu’un moteur électrique était substitué au mouvement d’horlogerie en usage dans les. phares (5).

(2) Henry Girard. La Tour Eiffel de trois cents mètres, p. 67.

(•2 id. id. id. p. 'i7.

(3) id. id- id. p. 90. * ^

(4) L'Electricité à VExposltion Universelle, Correspondant du 25 septembre 1889 U 1058

(5) ’ A. d Avignac. L'Electricité à l’Exposition Universelle. Correspondant du 25 septembre 1889, p. 1058.

Les projecteurs étaient des projecteurs Miangin, de 90 centimètres de diamètre en tout semblables aux projecteurs en usagi^ dans l’armée. Ils reposaient sur des galets de roulement, qui permettaient de les déplacer. On pouvait à volonté soit concentrer le faisceau lumineux, soit, à l’aide d’une porte de- dispersion formée par une succession de lentilles planoiconvexes, rétaler sur un secteur de 10 degrés (1). Rien n’était plus impressionnant que ces « barres lumineuses » qui paraissaient fouiller l’étendue. « Vus de leur source, a dit M. de Vogue (2), les deux bras de lumière semblaient tâtonner dans la nuit avec des mouvements saccadés, ataxiques, avec des frissons de fièvre qui les dilataient en éventail ou les resserraient en pinceau;on eût juré qu’ils cherchaient sans direction une chose perdue, qu’ils s’efforçaient d’étreindre dans l’espace un objet insaisissable. »

Au-dessous de la Tour, s’encadrant dans « l’arche cyclopéenne » formée par les poutres et les cintres qui les raccordent se trouvait une fontaine couronnée par un groupe de Coûtant. Ce groupe représentait la France debout sur le Progrès foulant aux pieds l’Ignorance et la Routine. Ce château d’eau monumental serAait de tliéàlre aux jeux hydrauliques de la lumière électrique, aux fontaines lumineuses. Ce tour étincelant de physique amusante avait été déjà donné aux Expositions de Londres, de Manchester et de Barcelone; mais il reparaissait agrandi et perfectionné. 11 employait une intensité de 35.000' carcels exigeant une force de 300 chevauxvapeur, soit le cinquième de rintensité obtenue, 170.(380 carcels, et le dixième de la force dépensée à produire la lumière

(1) A. d'Avignac. L'Electricité à l’Exposition Universelle. Correspondant du du 25 septembre 1889, p. 1058.

[ij Ileiuarqites sur l'Exposition du Centenaire, p. 23.

électrique 4. OCM) chevaux-vapeur dans toute l'Expositiou (1). Ce n’était plus seulement comme à Londres, à Manchester et à Barcelone, les jets verticaux que l’on, illuminait : l’ingénieur de la Ville., M. Bechmlan, dont l’équipe d’ouvriers partageait avec les employés de M. Galloway le maniement des robinets et des verres colorés, en substituant aux ajutages ordinaires de doubles entonnoirs et en faisant passer l’eau dans l’espace annulaire ménagé entre les deux parois, en un mot, en transformant les jets pleins en jets creux, était parvenu à obtenir la réflexion dans les jets paraboliques. L’effet général était éblouissant. On eût dit la réalisation colorée de ces sources féeriques que John Keats dépeint dans son Endijmion et qui, protées hydrauliques, prenaient les formes les plus diverses ( 2), ou bien encore la transformation en cascades des tentures sympalhi([ues dont M. Huysmans, dès 1884, tapissait le cabinet de. travail de son héros, des Esseintes (3). (( C'est un spectacle, écrivait Lucien Biard (4), c’est un spectacle (lui fait croire que les liommes se sont emparés d’un arc-en-ciel, qu’ils l'ont délayé, liquéfié, pour le faire jaillir en cascades et en gerbes (lui surpassent en imprévu les feux d’artifice les plus merveilleux. » C’étaient surtout le jaune d’or et le blanc pur qui se partageaient les préférences des spectateurs « Les différents jets colores en jaune, dit M. A. d’Avignac (')i donnent l’illusion d un bouquet de feu d artifice qu’on aurait rendu silencieux. La lumière blanche les fait ressembler à des cascades de diamants qui illumineraient

(1) Henri de Parville. L'Exposition Universelle, p. 200. Causeries scientl- ^ e.«^Joseph^TEXTE, John Keats. Revue des Deux-Mondes du 15 juillet 1889,

(3) huysmans. .4 rebours, p. 18.

(4) Mes Promenades à l Exposition Universelle, p. 22. contpmhrn

(5) L'Electricité d l'Exposition Universelle. Correspondant du 25 septembre

tous les abords par leurs myiiades de facelles. « Celte fois, écrivait un contemporain (1), cette fois l’imagination a vu dépasser par la science tous ses rêves de féerie; aussi elle s'est... avouée vaincue, elle est demeurée conilme en extase. » Cette féerie lumineuse fit naître l'idée d’un nouvel art, d’une sorte de musi(}ue des couleurs, d’harmonie des yeux qu’avait semblé pressentir ce physicien du xvnC siècle qui voulait construire un clavecin de nuances (‘2). « Le gentleman, dit M. de Vogue (3), le gentleman qui nianœu\re aujourd’hui les fondateurs d’après quelques formules empiriques est à ses successeurs probables ce que le maître de solfège est au compositeur inspiré. Quand l’habitude et l’éducation auront instruit les yeux à associer ces sensations nouvelles, quand la rétine affinée distinguera dans la gamme cliromatique des couleurs en mouvement les vibrations que l'oreille perçoit dans celle des sons, il se rencontrera peutêtre un Chopin ou un Liszt qui ravira les âmes avec des mélodies visuelles. »

Mais quel que fût le charme des fontaines lumineuses, c’était la Tour elle-même qui exerçait la principale séduction.

Le pylône de 300 mètres ne reçut pas pendant l’Exposition moins de 3.512.000 visiteurs (I). Ce gigantesque obélisque de métal fut en effet l’œuvre qui frappa le plus les masses et qui fit la popularité de l’exposition. « La Tour Eiffel, dit Victor Fournel (5), est au Champ de Mars ce que le fameux escalier de Charles Garnier fut au nouvel Opéra. « Il y a,

(1) Félix Klein. La Poésie et le temps présent. Correspondant du 25 août 1889, p. 646.

(2) Mme de St.4el. ne l'Allemagne III, x Œuvres complètes, t. II, p. 190.

(3) Remarques sur VETposlUon du Centenaire, p. 46.

(4) Henry Girard La Tour Eiffel de trois cents mètres, p. 92.

15) Les Œuvres et les Hommes. Correspondant du 25 mal 1889, p. 784.

disait M. de Vogiië (!l), il y a dans ces sept millions de kilos de fer une aimantation formidable, puisqu’elle va arracher à leurs foyers les gens des deux mondes, puisque dans tous les ports du globe les paquebots mettent le cap sur l’affolante merveille ».

La Tour Eiffel fut en effet le centre d’attraction de l’Exposition. Réponse à la tour de Babel, ainsi qu’on avait eu l’imprudence de 1© dire, comme s’il eut été besoin d’ajouter des scrupules religieux aux susceptibilités politiques déjà trop éveillées, — « Pourquoi cette tour monumentale qui sera témoin du rapprochement d© toutes les nations n’égaleraitrelle pas en renommée la tour de Babel inachevée qui, suivant la légende, n’a marqué que la dispersion des hommes ? » écrivait un membre du conseil municipal de Paris dans un rapport officiel à cette assemblée — ou réplique de la colonne Trajane, suivant une expression plus heureuse, — ’ « Comme les ingénieurs se sentaient les maîtres du temps, ils ont voulu avoir leur colonne Trajane », dit M. de Vogue ('2), — elle contribua puissamment au succès. On la reproduisit sous toutes les formes et dans toutes les dimensions; on en fit des réductions en diamant (3). Elle eut ses légendes. Un vieux Turc, trois petits Hongrois, un berger des Landes étaient venus à pied d© leur pays pour contempler, non l’Exposition, non Paris, mais uniquement la Tour. Elle fut le phare de l’Exposition.

Si la Tour Eiffel était assurée par la chai te de concession d’un assez long avenir, tous les palais de l’Exposition étaient voués à la destruction au lendemain de la clôture, aussi

(1) Bemarques sur l'Exposition du Centenaire, p. 18.

(2) Id id id. p. 12.

(3) Henry Girard. La Tour Eiffel de trois cents mètres, p. 108.

bien que les pavillons qui les entouraient. Mais il parut que ce serait un acte tout ensemble de vandalisme et d’ingratitude d’abattre ces constructions grandioses ou charmantes, Galerie des Machines, Galeries des Beaux-Arts et des Arts Libéraux, Galerie de trente mètres. Dôme central, qui avaient tant contribué au succès d’une entreprise si douteuse. Leur beauté obtint leur grâce. Une loi du 31 juillet 1890 décida qu’ils seraient conservés. La Ville de Paris les racheta moyennant l’abandon à l’Etat de l’excédent de l’octroi, soit environ 9 millions, et d’une soulte de 4 millions. L’opération fut d’ailleurs onéreuse pour les finances municipales. Sept ans plus tard on constatait que les frais d’entretien dépassaient de 150.000 francs les droits de location qu’on avait pu percevoir (1).

« Regardez bien votre Champ de Mars, car vous ne le reverrez jamais », avait dit au moment où l’on préparait l’exposition le directeur des travaux au directeur du génie (2). Il se trouva avoir été prophète. La loi du 31 juillet 1890 prononça la désaffectation du Champ de Miars et. iirescrivit. la création d’un champ, de manœuvres militaires à Issy, création pour laquelle une subvention de 8 millions fut accordée à la ville de Paris qui la prenait à sa charge (3).

Cette dernière mesure était définitive. Au contraire la grâce que la. loi du 31 juillet 1890 avait accordée aux monuments de l’Exposition ne devait être pour la plupart d’entre eux qu’un sursis. Sauf la Galeries des Machines, ils furent en effet démolis huit ans plus tard pour faire place aux cons-

(1) Ernest Brelat. Affaires municipales. Economiste français du 12 février 1898. p. 207.

(2) Général Cosseron de Villenoisy. Les Galeries de l'Exposition. Economiste français du 22 février 1890, p. 286.

(31 .Alfred Picard. E.tposition internationale de IS89. Rapport général, t. III. p. 441.

tructions de l’Exposition de 1900.

En dehors de 1 enceinte il y avait plusieurs attractions.

C’était d’abord un aérostat. L’Exposition de 1889 avait son ballon captif. Il s’élevait des hauteurs du Trocadéro. Il avait été cotnstruit par M. Yon. Il avait 18 mètres de diamètre et 56 mètres de circonférence. Il jaugeait 3.000 mètres cubes et couvait enlever douze personnes. Il portait ses passagers à 450 mètres et comme le point de départ était à 40 mètres audessus de la Seinci, il les élevait ainsi à près de 500 mètres audessus du sol du Champ de Mars, soit environ 200 mètres plus haut que la Tour Eiffel. De la nacelle l’œil pouvait embrasser un horizon de 80* à 100 kilomètres (1). Le ballon de 1889 était plus petit que l’aérostat Giffard de 1878 qui jaugeaii 25.(X)0 mètres cubes et pouvait enlever 50 personnes. Il n’eut pas le succès de son devancier. Le mole de fer lui fit une redoutable concurrence.

C’était aussi un coin du Vieux Paris. Dès 1888, un industriel avait édifié dans l’avenue de Suffren un quartier de Paris au xviiP siècle, la nouvelle Pjastille avec la rue Saint-Antoine, l’hôtel de Mayence, le pavillon Louis XVI. Des revendeuses, des bouquetières en costume du temps, des gardes françaises en uniforme de l’épo lue animaient ce décor où circulaient des chaises à porteurs. D’autres spéculateurs avaient construit à côté de la Bastille la maison du Baigneur et la Cité sous Henri IV (2).

C’étaient encore les arènes. Différents cirques avaient été aménagés pour des corridas quai de Billy, rue de la Fédéra-

(1) Henri de Pakville revue des Sciences. Corrcspondmit du 10 juillet 1880, P 191,

(2) Victor Fournel. Les Œuvres et les Hommes. Correspondant du 25 mal 1889, p. 787.

lion, rue Pergolèse. Mais la police n’y permit que des combats de taureaux adoucis sans effusion de sang (1).

C’étaient ensuite les savanes du Far M'est. Dans de vastes terrains près de la porte des Ternes, le colonel Gody, « le Bayard des plaines », avait installé les <( Buffalo Bills M’ild M'est Company » qui avaient déjà figuré à l'exposition américaine de Londres en 1887. C’était une troupe d'indiens à la chevelure flottante, peints en rouge, en jaune et en vert qui se livraient à de brillantes fantasias, émerveillaient par leur prodigieuse adresse au tir et donnaient des courses de chevaux sauvages et des chasses au lasso (2).

C’était enfin une curiosité plus topiipie, fexposilion historique de la Révo'.ut'on française. Cette exposition avait lieu dans la salle des Etats au Louvre. Elle ouvrit le 20 avril quinze ours avant l'Expo-itlon universelle. Elle était organisée par une sxdélé piivée et les collections publicpies ify avaient pas c mtribué. Elle était assurément loin d’être le vrai musée de la Révolution que semhlait annoncer le titre (3). Les lacunes étaient nombreuses. Les Girondins n'y figuraient picsque point et lien n’y rappelait les massacres de Septembre (i). Cependant, grâce au concours de noanbreux amateurs, « le musée des souverains de la République » (5) était fort riche en sO'Uveairs do la période comprise entre le lègne de Louis XVI et le Consulat. On y voyait une charmante statue de Marie-Antoinette en biscuit de Sèvres et le dernier ordre du jour d’Henriot daté du 9 thermidor, des

(3) Victor FounNEL, Les Œuvres et les Hommes. Correspondant du 125 Juillet 1R89, p. 491. ^

(-2) id. id. Correspondant du 25 julDl889, p. 1192.

(5) Charles de Mazade. Chronique de la Quinzaine. Revue des Deux-Mondes du 1" mal 1889, p. 228.

(6) Victor Fournel. Les Œuvres et les Hommes. Correspondant du 2S avril 1889, p. 345.

(4) id. i(î. ibid. id

lettres autographes de Camille Desmoulins, de Marat^ de Robespierre et surtout des croquis singulièrement vivants que Denon avait pris des personnages de la Révolution, soit au tribunal, soit sur le passage de la fatale charrette. L’allée centrale était décorée de soixante drapeaux reconstitués de la milice bourgeoise de Paris et aboutissait à un fac-similé de l’Autel de la Patrie qui fut dressé au Champ de Mars pour la fête de la Fédération.

Chose curieuse : les souvenirs de la Révolution étaient relégués au Louvre et les .souvenirs de l’ancien régime et de rauli(iuité abondaient à l’Exposition du Centenaire, k II est remarquable, disait Victor Ponrnel (1), que cette exposition faite pour célébrer le génie moderne et les conquêtes de la Révolution se distingue plus qu’aucune de celles qui l’ont précédée par ses excursions dans le passé ».

Le Rétrospectif avait quatre expositions, deux expositions d’histoire générale, deux expositions d’art.

Les deux exposit ons d’histoire générale étaient l’exposition de l’hisloire du Iravail et l’exposition de l’histoire de l’habitation.

L’exposition de l’histoir© du travail était une sorte de panorama de l’histoire de l'humanité. Elle occupait le rez-dechaussée du palais des Arts Libéraux. Elle débutait par une collection de crânes de Vhomo induslriosus ^ comme portait une étiquette, et par une série d’yeux de toutes les races. Une sorte de « musée Grévin de la paléontologie » (2), montrait l’homme primiin polissant du silex ou construisant un dolmen; puis de savantes restitutions figuraient un potier

(1) Le$ Œuvres et les Hommes. Correspondant du 25 mai 1889, p. 781.

(2) DE Vogué. Be.marqites sur VExposition du Centenaire, p. 88.

d’Athènes et un potier gaulois, le roi d’Assur assis sur son trône, des fileuses de lin égyptiennes, des émailleurs et des imprimeurs chinois.

Le Moyen âge était représenté par la cave de l’alchimiste Maïer. « Sur les murs les signes cabalistiques lui concilient les planètes; on y voit le serpent Ouroboros et des formules empruntées à la chrysopée de^ Cléopâtre la Savante. La table ploie sous l’énorme livre le Theatrum chemicum auquel ce philosophe va ajouter de précieux commentaires les Cantilènes iniellectueUes du phénix ressuscité » (1).

La Renaissance avait pour symbole l’imprimerie plantinienne pour laquelle la Belgique avait prêté la presse du célèbre typographe d’Anvers.

Les temps modernes étaient figurés par le laboratoire de Lavoisier. On y voyait le simple masque de fer-blanc dont se servait le fondateur de la chimie moderne pour se garantir le visage dans les expériences dangereuses.

Mais l’exposition de l’histoire du travail ne se bornait pas à ces reconstitutions typiques. Un contemporain pouvait dire que dans le palais des Arts Libéraux « sont accumulées les collections les plus disparates » et qu’avec un peu d’attention on y fait « à chaque pas, dans chaque coin les découvertes les plus imprévues » (2). A côté de fhistoire générale du travail, il y avait les histoires spéciales, histoires du dessin, de la gravure, de la reliure, de l’orfèvrerie, de la céramique, de la verrerie, histoire de l’affiche organisée par M’. Ernest Maindron, l’auteur des AHiches illustrées, où l’on voyait l’avis à la belle jeunesse des sergents recruteurs et le placard an-

(1) De Vogué, nemarques sur l'ExpositInn du Centenaire, p. 89.

(2) Victor Fournel, Les Œuvres et les Hommes. Correspondant du 25 septembre 1889, p. 1171.

nonçant la représentation du Feint Alcibiade de Quinault, histoire des costumes et des décorations de théâtre où l’on remarquait la rohe piodis'ieuse que portait Mlle Laguerre dans le rôle de la Fortune en 1776 et le costume, un vêtement de satin jaune à bande bleue avec une peau de tigre sur l’épaule, où se drapait Le Kain pour représenter Gengis Khan (1).

L’une des plus curieuses collections était la série des instruments sc'entifiqnes a.nc ens. On y voyait les vieilles machines de physique. » Comment se défendre, dit M. A. d’Avignac (2), d’une émotion véritable à l’aspect du matériel primitif qui servit à la découverte des faits sur lesquels repose la science électiiiue? Les éleclro-aimants sont grossiers, les spirales qui embobinent leurs noyaux irréguliers chevauchent l’une sur l’autre. Ajoutons à cela des contacts mal assurés présentant des surfaces gauches, des roues à peine circu’aires et enfin de simples baleines de parapluie Jouant parfois l’ofCce de ressorts antagonistes ». On trouvait là les précurseurs oubliés des mmteurs modernes et notamment l’ancêtre des appa:eils Gramme, la plus ancienne machine magnéto-électrique construite par Van Malderen en 1859 (3).

Une autre collection était plus intéressante encore. C’était la collection de l’histoire des moyens de transport. Si dès 1734 Montesquieu considérait que le développement aes communication avait depuis l’empire romain transformé les conditions de la politique (4), on a pu dire que « au point de vue écono-

(1) Victor Fournel. Les Œuvres et les Hojnmes. Correspondant du 25 septembre 1889, p. 1172.

(2) L'Electricité à l'Exposition Universelle. Correspondant du 25 septembre 1889, p. 1047.

(3) A. d’Avignac. L'Electricité à l'Exposition Universelle. Correspondant du Ï5 septembre 1889. p. 1050.

(4) Montesquieu. Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence XXI. Œuvres complètes', p. 180.

mique, la face du monde s’est renouvelée depuis le jour ou une machine à vapeur a remorqué un train de voyageurs (1)» « Parce que la civilisation^ dit Mi. de Lapparcnt (;2), celle qui se traduit par l’épanouissement des Arts libéraux a pour principal fondement la facilité des échanges et que les échanges eux-mêmes réclament de préférence comme conditions nécessaires l’abondance et la facilité des communications, on a voulu que l’histoire des moyens de transport occupât le centre du palais. » Cependant quand on entrait sous le péristyle, on éprouvait d’abord quelque surprise. « L’œil étonné, dit M. de Lapparent (3), l’œil étonné s’y heurte à un corps de chaudière à demi rouillé gisant dans un coin sur le sol, à côté de vieilles roues de fonte et de voitures de chemin de fer d’un type archaïque. Sur le dévant l’espace est occupé par quelques machines du dessin le plus fruste qui reposent sur des rails rongés par le temps et offrent beaucoup de ressemblance avec les engins mobiles où l’on fait fondre l'asphalte de nos boulevards » On était tenté de voir là un amas de vieille ferraille oublié par mégarde. « Si quelqu’un, ditM. de Lapparent ( L, si quelqu’un, par hasard, se laissait aller à une telle pensée, qu’il se détrompe ou plutôt qu’il passe le chapeau à la main devant ces vénérables reliques, n Ces débris rouillés étaient en effet « les spécimens les plus remarquables de ce qu’on peut appeler l’âge héroïque des chemins de fer. Cette grande chaudière qui sen> ble oubliée le long de la muraille est la première chaudière à tombeau du type de Watt que l’usine du Creusot (alors fonderie royale de Monteenis) ait exécutée. Elle porte la date de

(1) De Lapparent. Le Siècle du Ier, p. 84.

(2) Le Siècle du ter, p. 80.

(3) Id. id.

(4) Ul. p. 116

1786 et côte à côte se dresse un cylindre à vapeur en fonte de 3 mètres de haut que la même usine avait fabriqué en 1782 pour une machine du système Watt. En avant sous l’étiquette « I Locomotion 1825 » figure, encore posée sur ses rails ondulés, la première locomotive que Stephenson ait affectée à un service de voyageurs. Elle est attelée à deux voitures en forme de tombereaux portant les initiales S. D. R. (Stockton-Darlington-Railway) et dont les roues trahissent l’enfance de ce genre de fabrication. Mais à la suite voici le modèle de la Fusée ou Rocket que Stephenson construisit en 1829 el dont l’original est religieusement conservé à Londres dans le musée dé South Kensington. C’est la reproduction fidèle de l’engin qui sortit victorieux du célèbre concours de Rain-hill ouvert pour l’établissement du chemin de fer de Liverpool à Manchester... Enfin,... dans l’angle de droite du vestibule, quelques blocs informes de pierre dure supportent des barres de fonte creusées d’une petite rainure où s’engage la roue d’un grossier chariot porteur ou. tram. Cet appareil peut sembler biieni rudimentaire, mais il offre un des premiers exemples du transport ré'gulier de la houille sur rails de métal. C’est un reste authentique du tramroad qui en 1800 desservait la mine de Merthyr-Aberdare dans le pays de Galles et dont le type successivement agrandi et perfectionné, a fini par aboutir aux chemins de fer actuels. (1) »

L’exposition du vestibule était complétée par l’exposition de l’intérieur où l’on voyait le modèle du fardier à vapeur que Cugnot entre 1769 et 1771 avait construit pour le transport de l’artillerie, la photographie du brevet délivré le 29 mais 1803 à un inventeur, Dallery, qui, vingt-cinq ans avant Séguin, avait

(1) De Lapparemt. Le Siècle du fer, p. 82.

trouvé la chaudière tubulaire, comme, trente ans avant Sauvage, il avait trouvé l’hélice propulsive, un plan daté de 1822 du chemin de fer de Darlington à Stockton, enfin les desseins originaux tirés des archives de l’usine de Newcastle du Goliath, du George Stephenson, du John Bull, du Patent I les diverses locomotives que de 1831 à 1833 Stephenson avait successivement livrées à la circulation.

L’exposition de l’histoire du travail n’était pas toute entière dans les salles du palais des Arts Libéraux. La collection générale se complétait par les exhibitions spéciales des bâtiments nationaux. Au pavillon bolivien on trouvait un assemblage d’yeux des Aztèques, « une sébile dryeux fossiles, translucides, d’un or jaune de topaze » (1). Dans rexposition de la Tunisie étaient rassemblés les vestiges des civilisations qui s’étaient succédé sur le sol de la Régence. « Voici le temple de Suffetula avec son enceinte à peine entamée par les siècles, sa vaste cour, jonchée de débris d’où émergent des fûts de colonne, sa face éventrée gardant grand air. Bustes romains déformés, rongés par le temps, aux nez meurtris et aplatis, mais reconnaissables encore; puis, près d’une sépulture romaine ce tombeau punique, caveau sombre et voûté. Par l’étroite ouverture, dans la lueur crépusculaire, l’œil dilaté finit par apercevoir la saillie d’un crâne, les côtes effritées, les ossements des bras et des jambes du squelette tombant en poussière. Près de lui, intactes, telles qu’elles sortirent des mains du potier, les amphores et les vases en terre cuite semblent défier les âges qui ont eu raison de ce puissant d’un jour. La lampe funéraire oscille au-dessus de ces restes informes, éteinte depuis des siècles, prête à servir

(1) De Vogüë. Remarques sur l’Exposition du Centenaire, p. 87.

demain. Ils dorment là, côte à côte, vainqueurs et vaincus des grandes guerres puniques, Romains et Carthaginois : adossé à leurs sarcophages, le temple de Thugga dresse ses élégantes colonnettes et ses. chapiteaux encore debout qui rappellent les beaux restes du Forum (1). »

Des séries particulières étalaient à côté de l’histoire des moyens de transport l’histoire d’autres industries. Trois vitrines de la galerie des Machines renfermaient les modèles des principales inventions mécaniques dues à des Français depuis la presse hydraulique de Biaise Pascal (1650) jusqu'à la machine à double expansion de Benjamin Normand (1872). La colonne centrale du pavillon des postes et télégraphes à l’esplanade des Invalides supportait un petit modèle de télégraphe Chappe (2). Enfin sur cette même esplanade le palais du ministère d'e la guerre montrait la suite des uniformes et des armes anciennes et une galerie de portraits des grands généraux.

L’exposition de rhistoirc de l’habitation avait à sa tête l’architecte de l’Opéra, Charles Garnier. On se rappelle que M. Henri Baudrillart avait comparé la rue des Nations de l’Exposition de 1878 à la Villa AHiiann. Les organisateurs de l’exposition de l’histoire de l’habitation semblaient avoir pris ce mot pour programme et avoir voulu à l’exemple de l’empereur « itinérant » rassembler les modèles de l'art de bâtir chez tous les peuples. Le long du quai d’Orsay « au pied même de la Tour, s’étendait en une longue façade comme un charmant et gracieux frontispice aux merveilles du Champ de

(1) C. DE Varigny. L'Afrique et l'Océanie d l Exposition Universelle. Correspondant du 1" novembre 1889, p. 95.

(2) A. d'Avionac. L'Electricité à l Exposition Universelle. Correspondant du 25 septembre 1889, p.1061.

Mars » (1), une série de quarante maisons représentant les types principaux de riiabitation humaine. Sims doute les lestitutions n'étaient pas toutes d'une irréprochable exactitude. Sans doute la transformation en débits de boissons de quelques-unes de ces demeures troublait les évocations auxquelles se serait complue l'imagination : le bar italien gâtait la maison étrusque ; mais enfin la pensée de grouper ces modèles de l’art monumental reproduits pour la première fois sur une assez grande échelle était une heureuse idée, l’exécution ne prêtait qu’aux critiques de détail d'archéologues de profession et rexactitude était suflisante pour que le public pût emporter une image nette de l’art de chaque époque.

On pouvaiit d’ailleurs compléter Thistoire par la géographie de l’habitation en parcoairant l’Exposilion. Le jardin du Champ de Mars offrait la maison suédoise et la maison japonaise et sur re.splanade des Invalides foisonnaient les modèles d’habitations des indigènes de nos colonies.

Les deux expositions d’art étaient l’exposition rétrospective de l’art français et l’exposition centennale île la peinture française.

L’exposition rétrospective de fart français avait lieu dans les salles du Trocadéro. Elle comprenait de nombreux objets prêtés soit par les musées ou les trésors des églises de province soit par les collectionneurs.

L’exposition centennale de la peinture française comprenait les œuvres.denos peintres depuis 1783. <( La génération actuelle, dit M. Georges Lafenestre [2), la généi-ation actuelle qui n‘a pas assisté au merveilleux spectacle de l’avenue Montaigne

(1) Louis Rousselet. L’Exposition Universelle de I8S9, p. 262.

(2) La Peinture française à l’Exposition Universelle 1789-1889. Revue des Deux-ilondes du 1" octobre 1889, p. 514.

en 1855 trouve là une occasion inattendue de saisir les liens qui rattachent l’art du présent et l’art du passé et de comprendre par quelle suite de laborieux effoiàs et de luttes passionnées la génération qui l’a précédée a conquis et assure aux peinl-res une liberté sans précédents (pii ne peut désormais périr ipie par sesi propres excès ».

Un autre art, la musique, eut aussi son exhibition historique, Le 4 juillet au Trocadéro un grand concours de musique piltores(pie, véritable « exposilion rétrospective » (1) de la musique, rassembla les musiques locales de la France et de l’Europe. Ueux autres exhiliitions musicales eurent pour théâtre le Palais de. rindusti'ie: le concours de musi(iues militaires le i août et le concours internatioual de musiiiue d’harmonie le 15 septembre:

Mais les Expositions modernes ne se contentent pas d’ôtre des foiies de produits nouveaux et des musées de restitution (lu passé, etles veulent être encore des panoramas sociaux et les organisateui's aspirent à y lairc figurer les organismes é'Conomiipie.s, aussi bien (pic les matières premières et les objets manufacturés. On sait comment à l’Exposition de 18G7 on avait créé une section pour les institutions destinées a fa,\oriser riiarmonie entre les patrons et les ouvriers. L’Exposition de 1878 n’avait réservé aucune place spéciale à l’ensemble de faits concernant les intérêts moraux et matériels de l’individu humain que nous désignons aujourd’hui par l’expression d’économie sociale.

Les promoteurs de l’Exposition de 1880 s’étaient gardés de laisser dans 1er” entreprise une semblable lacune, et a, vaut

(1) Victor FouRNEL. Les Œuvres et les Hommes. Correspondant du 25 seplet 1889, p. 361.

même qu’une exposition rétrospective fût décidée, on avait résolu d’instituer une exposition d’économie sociale.

Peut-être y avait-il une certaine corrélation entre le monument élevé à la gloire de la mécani(iue, « le palais de la force », et la place accordée à l’exposition d'économie sociale.

« Autrefois, disait un écrivain (t), l’ouvrier était tenu d’avoir de l’industrie et de l’invention. Aujourd’hui des animaux étranges bâtis en fer et en acier se chargent d’inventer pour lui. Quand on parcourt au Champ de mars la merveilleuse Galerie des .Machines, quand on se promène parnii ces monstres apprivoisés, qui, grondant, hurlant, sifflant et crachant, accomplissent avec une violence méthodique des ouvrages d’exactitude et de précision, quand on passe en revue toutes ces forces sauvages qui se sont mises sous notre discipline et bon gré mal gré ont appris à obéir, on éprouve pour elles un superstitieux respect et on admire les hommes de génie qui les ont inventées. Mais l'ouvrier qui les emploie est à leur service, ce serviteur d'une machine devient un peu machine lui-même. Il doit faire toujours la môme chose, se répéter sans cesse, mettre son honneur à tirer cent mille copies parfaitement identiques d'un modèle qu'il n'a pas inventl Les machines sont des êtres impersonnels qui condamnent à l'impersonnalité quiconque travaille par elles et pour elles. »

Mois l’emploi des machines n’a pas seulement pour effet l’atrophie des facultés d'invention, d’originalité que peut déployer encore l’artisan des pays d'Orient, la métamorphose de l’ouvrier en collaborateur presque matériel d’un chefd’œuvre de métallurgie, la réduction de l’ouvrier à l'état de

(1) G. Valbert (Victor Cherbuliez), L'Age des 7naclùnes. llevue des Deux- Mondes du 1" juin 1889, p. 693.

chose humaine, il a des conséquences plus désolanles encore: c’est l’isolement de l’èlie humain perdu dans la foule, le déracinement de l’ouvrier errant d’usine en usine, la suppression de tout rapport entre le patron et les masses anonymes de travailleurs qu’il emploie, c’est enfin la dissociation de la famille et la destruction du foyer par l'éparpillement du père, de la mère, de l’enfant dans des ateliers différents. Or, en attendant que l’espoir formulé par iM. de A’ogue (f) se^ soit réalisé et (pie la macliine, réparant, comme la lance d’Acliille, le mal qu’elle a. causé, ait apporté la force au foyer domestique rétabli, au laboratoire familial reconstitué, il pouvait paraître nécessaire de montrer les efforts tentés pour pallier les résultats douloureux (jLie les progrès de la mécanique ont amenés pour les classes laborieuses.

L’Exposition d’économie sociale était d’ailleurs générale et ne se bornait pas aux institutions en faveur des travailleurs industriels. Le titre qui lui avait été donné écartait toute idée de distinction de caste et n’éveillait pas les scrupules (pii avaient en 1878 fait supprimer la classe X de 1807 comme contraire à l'égalité civile.

Une enceinte spéciale avait été sur le côté ouest de l’Esplanade des Invalides réservée à cette exposition (pii formait comme une exposition particulière au sein de l'exposition générale.

Cette enceinte comprenait les divers organes de la vie sociale du travailleur moderne : au centre, un cercle ouvrier sur le modèle du cercle Franklin du Havre, avec salle de conférence ou de concert pour 300 personnes; au fond, une rue de maisons ouvrières de différents types parmi lesipielles

(1) Remarques sur l'Exposition du Centenaire, p. 152.

on remarquait les maisons élevées par la Compagnie de la Vieille-Montagne et par la Compagnie d’Anzin; — « Pour la plupart des promeneurs, disait M. de Vogue (1), la visite de la section économique commence et s’achève dans les petites maisons rouges des mineurs du Nord où l’on va admirer la propreté méticuleuse des ménages Oamands. » — -à droite, le pavillon de la participation aux bénéfices, le pavillon de la maison Leclerc, l’initiatrice de l’association des employés aux profits des patrons, et le pavillon de l’étranger et des municipalités; en avant, la pyramide des coopérateurs anglais, le pavillon de la compagnie d’assurances VUrbaine, le dispensaire et le restaurant économiiiue de la Société philanthropique; à gauche, une galerie de 56 mètres de long. Cette galerie renfermait les quinze sections <le l'exposition, » sections répondant, dit M. Cheysson (2'), aux principaux chapitres de la science sociale » : 1“ Rémunération du travail; 2" Participation aux bénéfices; associations coopératives de production; 3" Syndicats professionnels; 4" Apprentissage; 5“ Société de secours mutuels; 6“ Caisses de retraites et rentes viagères; 7“ Assurances contre les accidents et sur la vie; 8" Epargne; 9“ Associations coopératives de consommation; 10'’ Associations coopératives de crédit; 11° Habitations ouvrières; 12° Cercles d’ouvriers, récréations et jeux; 13° Hygiène sociale; 14° Institutions diverses créées par les chefs d’exploitation en faveur de leur personnel; 15° Grande et petite industrie, grande et petite culture.

« Le difficile dans une exposition de cette nature, comme

(1) Remarques sur l’Exposition du Centenaire, p. 150.

(2) Exposition de l'Economie sociale en 18119. Revue des Institutions de prévoyance. III, 1889, p. 60.

le (lisait M. Cheyssoni (1), le diifficile est d’arriver à frapper le passant par un spectacle physique. Gomment matérialiser des choses immatérielles ? Gomment exposer des ahstractions ? »

Le problème était ardu : l’ingahiiosité des organisateurs parvint à le résoudre heureusement; à l’aide de tableaux parlants, de diagrammes tracés à l’effet, o’esl-à-dire brossés en style de décors, de légendes qui criaient pour ainsi dire aux yeux iiar la taille et la couleur des chiffres les données; de la statistique, ils réussirent à réaliser le chimérique paradoxe de prêter corps et figure à des comhtnaisons idéales et à des calculs de finances.

Ainsi de petites lignes noires racontaient les vicissitudes de la caisse d’épargne en retraçant les variations du montant dos dépèils aux différenles époques. Des fac-similés de plies d’écus disaient les économies accumulées par « la Fourmi ». Des plans, des dessins et un petit modèle représentaient l’établissement fondé par M. Godin en t859, le familistère de Guise, (lui loge i.8Ü0 ouvriers dans ses trois palais et pare aux malheurs qui peinent les frapper par des institutions mntuatistes. Un plan de Londres envoyé par l’Angleterre montrait mar([ués i ar des points rouges les 34 immeubles de The improveil (Ju eUinrj Compeny, vastes édifices qui abritent 3.915 familles et dont un seul contient 1.04G logements, mais « grandes casernes condamnées partout par les hygiénistes au nom de la; santé et des nuanii ,' (2) ». Enfin des maquettes figuraient deux immeubles d’halidation à bon

(1) Z’ExposUlon lie l'Economie sociale en ISS9. neme des Institutions de

prévoi/ancc, III, 1889, p. 62. j j

(2) Jules Rochard. L'Hijijiène en IS89. Revue des Deux-Mondes du 1 novembre 1889, p. 67.

marché (}ue la Société philanthropique venait de faire ék ;r sur le boLilevaid de Grenelle à Paris.

Mais toutes ces ingénieuses indications n’cmpôcliaient i as de regretter l'al sence de démonstrations qui manquaient ici comme dans les autres i arties de l’Exposition et dont M. Jules Rochard (1) signalait le défaut à propos des colleclions d'hygiène. Les conférences qu’on essaya d’organiser et qui devaient montrer les progrès accomplis en toute nature de 1789 à 1889 échouèrent complètement. Les orateurs désignés se récusèrent pour la plupart et ceux qui prirent la parole ne groupèrent (lu’un nombre infime d’auditeurs (2).

L’Exposition d’économie sociale fut une des parties les exploiter à l’heure où s'impose plus que jamais l’élude de plus remarquées (’e ’a gra de exhibition, et M. Carnot pouvait dire dans scn discours à la distrilnition des récompenses: « Un groupe entier de l'Exposition, spécialement consacré à rEconomie sociale, a réuni d'inappréciables trésors sur la production et sur les initiatives capables de famé- , liorer. On a pu y voir la glorification do l’œuvre dei 1789, l’affranchissement de l’industrie, et le tableau complet d’une des plus grandes évolutions économiques et sociales de l’humanité.

« De telles richesses formeront une mine précieuse à toutes les questions qui louchent au travail, à la production, au crédit, à l’association, à l'épargne. »

L’on avait en 1878 organisé en dehors de l’enceinte une spéciale. Le Conseil municipal de Paris avança pour cette exposition ouvrière ; on renouvela en 1889 cette exhibition

(1) L’Hygiène en ISH9. Revue des Deux-Mondes du 1" novembre 1889. p. 84.

(2) Alfred Picard. Exposition Internationale de 1889. Rapport général, t. III.

entreprise une somme de 500.000 francs. Cette exposition ne couvrit pas ses frais, mais elle réalisa néanmoins quelques recclles et la ^ ille put rentrer dans une somme de 313.559 francs (i).

Enfin l'adniinistration mit à la disposition des ouvriers qui n’auraient j u trouver place au Champ de Mars le pavillon de la Ville de Paris de rExposition. de 1878, (lui avait été transporté' au.x Champs-Elysées, derrière le Palais de l’Industrie (2). Celte enceinte bien qu'en dehors du périmètre de l’exhiliition était considérée comme en faisant partie. Elle était soumise aux règlements généraux de l’Exposition et les objets qui s'y trouvaient concouraient pour les récompenses (3).

Si les expositions modernes joignent à un conservatoire d’art et d’industrie cosmopolites un musée du passé et des archives sociales, là ne se bornent pas leurs ambitions : elles voudra'ent encore consl tuer des encyclopédies et présenter la synthèse des connaissances et des idées du temps.

On a vu comment apres favortement de l’idée d’exposition intellectuelle, après le succès médiocre des rapports généraux, la jonction qui s’ôtait opérée des expositions et des congrès avait résolu le problème et placé à côté des galeries une sorte de catalogue raisonnant, expliquant par la parole et éclairant par la discussion. Les congrès ébauciiés en 1867 s’étaient mullipliés en 1878. Mais c’est à l’Exposition de 1889 que l’institution nouvelle prit son essor.

En 1889, il n’y eut' pas moins de 09 congrès sur les matières

(1) Ernest Brelay. Affaires nninicipales. Econjyrnisle français du 15 mars 1890, p. 326.

(2) A. Morillon. L'Exposition Universelle de ISS9. Correspondant du 25 mars 1889, p. 1040.

(3) Alfred Picard. Exposition Internationale de IS89. Rapport général, t. III, p. 177.

les plus variées : congrès pour la propagation des exercices physiques uans réducation et congrès des œuvres et institutions féminines; congrès dlioméopathie et congrès colombophile ; congrès de pompièrs et congrès des traditions populaires ; congrès de psychologie physiologique et congrès d’anthropologie criminelle ; congrès de la propriété littéraire et congrès agraire ; ce furent de véritables assises des connaissances humaines et tel compte rendu — celui par exemple du congrès de législation comparée — ■ a, pour les ({ueslions inscrites au programme, toute la valeur d’une enquête étendue au monde entier. A ce point de vue encore, l’Exposition de tS89 maniue une date et l’on peut dire qu’à côté du rétrospectif et de l’économie sociale elle acheva d’enler sur le tronc primitif des expositions universelles, une nouvelle branche adventive, les congrès internationaux, qu’aux deux annexes l'Exposition-musée et rExposition-oflice, elle en ajouta définitivement une troisième, rEx{)osition-diète.

Nous avons vu les difficultés que l’Exposition par la date à laquelle on l’avait fixée et par l’anniversaire qu’on avait prétendu confondre avec elle avait soulevées à l’intérieur. Le 21 avril 188G M. Antonin Proust dans son discours à la Chambre des députés dans la discussion du projet de loi relatif aux finances de l'Exposition avait déclaré: « Les étrangers ont autant d’intérêt que nous à célébrer une date comme celle de 1789 qui a été la proclamation des droits de l’homme dans tous les pays qui veulent obéir à la raison. »

Les gouvernements du dehors semblèrent peu soucieux de solenniser un pareil anniversaire et l’on put s’en apercevoir quand, après la promulgation de la loi du 7 juillet 188G,on se décida à consulter les pays dont on souhaitait le concours.

L’Alleina,gne p-ressenlie la première repoaissa l’invita, tion

en alléguant que les expositions sont désormais sans intérêt et que les industriels allemands n’avaient aucun avantage à relirer de l’exposition projetée. L’Italie conforma sa réponse à celle de l’Allemagne. L’Angleterre et la Russie refusèrent leur conlcours à raison de la date choisie. L’Espagne, le Danemark, la Hollande la Suède, la Turquie, le Brésil, la Roumanie, le ivronténégro, déclinèrent également toute participation officielle (1).

L’Allemagne, la Suède-, la Turquie et- le Monténégro ne se bornèrent pa,s à refuser un concours officiel, ils défendirent à leurs nationaux de prendre part à l’Exposition.

En pnéisence des dispositions manifestes d’une grande partie des gouvernements de rEurope, bien/ des hommes qui paraissaient sages conseillèrent dei changer l’année de l’exposilion. La date de 1889 n’avait rien de nécessaire et au moment de la clôture de l'Exposition de 1878 on avait songé à 1888 (2). « Si la, France est bien inspirée, écrivait M. Paul Leroy-Reaulieu au printemps de 1887, si la France est liien insiiirée elle fera deux parts de ses réjouissances. La i)rcmière sera exclusivement nationale et occupera l’année 1889: les étrangers d’ailleurs qui en particulier vénèrent cette date pourront nous envoyer des délégations; la seconde part, ce sera l'Exposition Universelle- qui se tiendrait en 1890, année tout à fait neutre. Deux années de fête au lieu d’une; la séparation de sentiments très différents qui perdraient à être confondus, il semble que ce soit là une solution très

(1) A. Mouillon. L’Exposition Universelle de I8S9. Correspondant du

25 mars 1889, p. 1025. . . , ■ j ,0-rn

(2) Ernest Brel.\y. Affaires inunicitJales. Economiste fratiçais du 21 juin 1879, p. 759.

reconiinandable (1) ». « Nous savons, écrivait trois mois plus tard M. Ernest Brelay, nous savons que de toutes parts il y aurait désir de reculer d’un an cette exposition. Seulement ce qu’on pense, on ne le dit qu’en tête à tète, et l’on se fait ainsi le complice d’une maladresse, d’une superstition contre lesquelles l’abstention de l'Europe commande de réagir sans délai (2) ».

Deux incidents d’ailleurs sur lesquels le ministre des affaires étrangères dut s’expliquer à la tribune montrèrent quel accueil l’invitation du gouvernement français avait rencontré dans les chancelleries européennes.

En Belgique, un cabinet calliolique était au pouvoir. Il se trouvait assez empêché entre les tendances conservatiices de son parti et les aspiralions libérales du pays dont la constitution tout entière procède des principes et des institutions de la Révolution française. Au sein du Parlement belge, au cours d’une interpellation d'un menibre du parti libéral sur la participation de la Belgique à l’Exposition du centenaire, le prince de Cliimay, avait dit que si la Belgique n’avait jias accepté l’invitation de participer ofticiellement à l’Exposition de Paris, c’est que cette invitation n’avait pas été faite.

Le 20 février 1888, au Palais Bourlton, M. Andrieux posa au Ministre des affaires étrangères une question au sujet de l’omission au moins étrange que semblait indiquer l’iiomme d’Etat belge. M. Flourens, fiti une réponse évasive. « Le gouvernement belge à qui une invitation avait été adressée avait fait observer, dit le ministre, qu'il n'appartenait pas

(1) Paul Leroy-Beaiti.teu. /.» Prochaine Esposition universelle. Divers points à élucider. Economiste français du 30 avril 1887, p. 529.

(2) Ernest Brelay. .Affaires niunlcipales. Economiste français du 2 juillet 1887, p. 11.

à la Belgique- de prendre une initiative dans une question de cette nalure et qu’avant de statuer et de faire à notre demande une réponse ferme et définitive le gouvernement belge voulait se renseigner et se mettre au courant des décisions qui avaient été adoptées par les autres gouvernements».

Depuis, le gouvernement belge ayant demandé au gouvernement français de faciliter la participation de ses nationaux au Grand Concours international des sciences et de l’industrie qui devait s’ouvrir à Bruxelles en 1888, <( les deux gouvernements, ajoutait-il, se sont mis d’accord sur la nature et l’étendue du concours qu’on accorderait à titre purement officieux aux exposants qui viendraient à l’Exposition de Paris de 1889, conime aux exposants qui viendraient au Grand Concours de La Belgiijue en 1888. »

M. Andrieux, résuma en quelques phrases sarcastiques la réponse du ministre; « 11 semble se dégager, dit-il, des explications de M. le Ministre des affaires étrangères qu'il n’y a pas eu vis-à-vis de la Belgique une invitation dans les formels diplomatiques usitées.

(( Si j’ai bien compris la pensée de M. le Ministre, cette absence d’invitation doit être attriliuée à un sentiment do bienveillance vis-à-vis de la Belgique. 11 s’est agi de ne pas mettre le cabinet belge dans une situation embarrassée. On a voulu être agréable à nos voisins et si notre diplomatie n’a pas été heureuse dans ses tentatives vis-à-vis de quehiues autres puissances, ici elle a mieux réussi en ce sens qu’elle a trouvé un sûr moyen de ne pas éprouver un refus; il consistait à ne pas inviter. »

Parmi les Etats qui avaient déefiné l’invitation que nous leur avions adressée, se trouvait la monarchie austro-hon-

groise. Déjà lorsque M. Antoniu Proust avait, dans la séance de la Clianibre des députés du 2i avril 188G, présenté l'Exposition comme destinée à célébrer le centenaire de la Révolution française, un membre s’était écrié: « Alors il ne faut pas inviter les étrangers à y prendre part », et un autre avait ajouté: (( 1^'Autriche surtout ». En effet, la Révolution française, sinon 1789, du moins 1793, mais cnlin cette même révolution dont les débuts formaient l'objet du centenaire qu’on se proposait de solenniser, avait fait monter sur l’échafaud la fdle de Marie-Thérèse, après avoir fait de la reine de France la veuve du prisonnier du Temjde et la recluse do la Conciergerie. Néanmoins, si dès le début le gouvernement austrodio'ngrois avait fait connaitre qu’il s’abstiendrait d’une participation officielle à un pareil anniversaire, il s’était montré disposé à accorder son concours oflicieux à ceu.x de ses nationaux qui désireraient exposer.

Mais, vers la lin de 1887, un revirement se produisit, et, en mai 1888, M. Tisza. premier ministre hongrois, déclara en plein Parlement de Budapesth (jue les événements fai saieiit craindre qu’à l’époque indiquée pour l’Exposition la paix ne fût troublée entre son pays et te notre et que la France traversait à certains moments un état d’agitation tel que le gouvernement français ne pouvait pas répondre de protéger SLiffisamment les intérêts et même le drapeau hongrois.

On a prétendu (jue M. Tisza voulait seulement ainsi donner une leçon au quai d’Orsay qui passait pour subventionner un journal publié à Paris et hostile au gouvernement hongrois (1).

(1) La France, l lttiUe et la Triple Alliance. Revue des Deux-Mondes du 15 juillet 1889. p. 293, n. 1

Quoi qu’il en soit, cette inqualifiable sortie produisit une vive émotion.

Le 31 mai 1888, à la Chambre des députés, M. Gerville- Réache posa une question au ministre des affaires étrang'ères au sujet des déclarations du chef du cabinet magyar.

M. Goblet répondit: » Dès que ces paroles ont été portées à notre connaissance par des rapports officiels, j’ai invité notre ambassadeur à Vienne à en saisir le ministre commun des affaires étrangères, M. le comte Kalnocky, de la haute courtoisie duquel nous n'avons jamais eu qu'à nous louer.

« Je dois dire que, dès la première entrevue, M. le comte Kalnocky a e.xprimô un vif regret de. l’impression qu’avait produite en France un incident aussi fàcheu.x qu’imprévu. Il a déclaré que, comme ministre des affaires étrangères, ayant seul qualité pour diriger la politique internationale de la monarchie, il regrettait cette inijiression pénible^, qu’il ne pouvait que donner l’assurance (lue le gouvernement, ni lui, n’avaient, pu avoir l’intention d’offenser en quoi que ce soit une nation amie et il a insisle sur ce que les longues et bonnes relations, qu’il entretenait avec le gouvernement français et dont, il désirait sincèrement la continuation, étaient le gage de ses sentiments.

<( Depuis cette déclaration, M. le comte Kalnocky s’est mis en rapport avec M. Tisza, et je suis informé qu'il a communiqué a notre ambassadeur une lettre par laquelle M. Tisza déclarait qu’il ne pouvait que s’associer aux sentiments exprimés par M. le comte Katnocky, et que ses paroles n’avaient, été inspirées par aucun sentiment d’hostilité à notre égard. Quel est le hongrois, ajoutait-il, qui pourraii dire ou faire (pielque cho'se de lilessant pour la France? »

Ces deux incidents, quelque pénibles qu’ils eussent pu être pour notre amour-propre national, se trouvèrent donc heureusement réglés. Le ministère belge nous tint compte de notre obligeante discrétion, et seul ou à peu près parmi les représentants des puissances européennes, le ministre de Belgique devait figurer à la cérémonie de l’ouveilure de l'Exposition. Quant à M. Tis/.a, obligé à des ex])licalions sans gloire, il devait expier d’une façon plus mortiliante encore la légèreté de ses paroles et l’inconvenance fie sa conduite. Dans les semaines en effet qui précédèrent l’ouverture de notre exposition, non seulement la grève des tramways amena à Vienne de véritables séditions dont la répression fit de nombreuses victimes, mais à Peslh même de violentes émeutes éclatèrent et so prolongèrent pendant, deux mois.

(( M. Tisza, disait ironiiquement à ce propos un publiciste (i), M. Tisza avait regardé trop loin l’an dernfer, il n’avait pas vu ce qui le menaçait à Pesth, ce qui pouvait surprendre le gouvernement impérial jusqu’à \Tenne. » » Il ne se doutait [las, ajoutait un autre (2), que, en l'année de grâce 1889, les places de Pesth et de Vienne auraient à envier la tranquillité des rues de Paris. »

Moins de deux ans, d’ailleurs, après son discours inconsidéré, moins de six mois après la clùl.uro de f E.xiiosiliun, M. Tisza dut résigner le poste de premier ministre hongrois qu’il occupait sans interruption depuis 1875.

Le gouvernement français, dans la situation délicate que lui faisait l’hostilité manifeste de l’Europe officielle., sut, a.vec

(1) Charles de Mazade. Chronique de la Quinzaine. Hcviie des Deux-Mondes du 1" mal 1889, p. 235.

(2) La France, l Italie et la Triple Alliance. Ilevue des Deux-Mondes du 15 juillet 1889, p. 293.

un tact rare, conserver un© dignité courtoise et une bonne grâce avisée, ménager avec une convenance parfaite toutes les susceptibilités et sauver ainsi, par la correction de l’attitude une position des plus épineuses. Dans sa réponse à la question de M. Gerville-Réaclie, M. Goblet formula avec une netteté absolue la conduile suivie par la diplomatie française.

« Je u'ai pas, dit le ministre, à revenir sur les considérations (lui ont délerminé les gouvernements qui nous ont précédé, à décidei’ (lu’unc e.xposilioii internationale aurait lieu en 1889. Lorsque cette résotution a été prise, nous n’avons pu nous dissimuler (pdelle pouvait soulever des objections do la pai't de certains gouvernements étrangers. Ces gouvernements étrangers ont le dioit d’oublier que la date de 1789 ne rappelle (pie des souvenirs de liberté, de justice, d’émancipation el de progrès social.

« Aussi, messi(jurs, n’avons-nous pas insisté pour vaincre les scrupules (pii ont pu nous être opposés. Nous sommes aujourd’hui, comme nous l’étions au premier jour prêts à recueillir avec reconnaissance toutes les adhésions (jui nous seront apportées; il y en a dès à présent de nombreuses et je puis vous affirmer (pie, quelles que soient les hésitations de la dernière heure, l'Exposilioii aura son plein succès, mais aussi ne gardons-nous aucun mauvais vouloir à ceux qui auront préféré s’abstenir. »

Celte politique de sagesse et de mesure porta ses fruits. Si presque tous les grands Etats refusèrent toute participation officielle, la plupart apportèrent un concours officieux. Le lord maire de Londres accepta la présidence du comité anglais et le ministre de l’intérieur du tsar autorisa la forma-

tion d’un comité pour assurer la parlicipalion de la Russie à l'exposition fiançaise (1). Divers Etats accordèrent même des subventions; le Brésil Gdd.Oua francs, la Belgique GO.OOO, le Portugal 50.000. En dépit des défenses gouvernementales il y eut IGt exposants suédois et 3 exposants turcs, et si l’Allernagae s’abstint dans son ensemble, l’Alsace-Lorraine eut 72 exposants. D’ailleurs \ ingt-neuf Etats avaient officiellement accepté l’invitation de la France, quelques-uns, comme SaniMarin, par reconnaissance pour les bienfaits reçus (2), d’autres, comme le Salvador, en témoignant hautement leur « sympathie pour la France, cette nation qui marche à la tète des races latines », ainsi que s’exprime l'exposé des motifs du projet de loi salvadorien sur la participation à l’exposition do Paris (3). C’étaient en Europe : la Norvège, la Grèce, la Serbie, la République helvétique, les Républiques de San Marin et d’Andorre,, la principauté de IMonaco et comme colonies anglaises : le Cap de Bonne-Espérance, la Nouvelle-Zélande, la Tasmanie, la province de Victoria; en Asie, la Perse, le Japon et le Siam; en Afrique, le Maroc et la Réi)ublique Sud- Ati’icaine; en Amérique, les Etats-Unis, la République Argentine, le CInli, le Païuguay, rihaiguay, la B'oli^de, l'Eiiuateur., le ^'éué/.uela, le Mexique, les cinq Répuldiques de l'Amérique centrale, les deux Républiques de file de Saint-Domingue; entin en Océanie, les lies Hawaï (4). Bien de plus suggestif que cette liste ; elle comprenait de jeunes Etats : la Grèce, la Serbie, les Républiques Sud-Africaine et Hispano-Américaines

(1) A. Morillon. L'ExposHion Universelle de 1889. Correspondant du 25 mars 1889, p, 1026.

(2) Ue Voguë. Beinarques sur l'Erposilion du Cenlenaire, p. 122.

(3) Cité C. PE Varigny. L' Amérique à l'Exposition Universelle. Revue des üeux-Mondes du 15 octobre 1889, p. 851.

,i; Aineu idcARp. Exposition Internationale de 1889. Rapport oénéral. t I

qui ne remonlent pas au delà du xix® siècle; les EtatUnis dont l'insurrection avait été l’avant-courrière de la Révolution française; des Républiques séculaires: Suisse, San Marin et Andorre; la Norvège, vieil Etat inonarcliique, mais qui, uni à la Suivie jiar la diplomatie de 1814, renferme dans son sein un parli séparatiste el aspire à grossir le nombre des Etats affrancliis, et enfin, la piincipauté de Monaco, un Etat presque enclav(‘ dons notre territoire et à qui son exiguïté, sa situation et un rare modernisme d’allures, en dépit d'une constitution autoci alique, permettaient de ne pas s’associer aux démonstrations monarcbiipies. Les nouveau-nés du siècle n’étaienlt.. cependant pas au complet; (juatre Etats parvenus à l’existence depuis l’aurore du xix'^ siècle. : la IJelgique, la Roumanie et l'Italie en Euro)ie, le Rrésil en Amérique n’avaient pas donné une adliésion officielle.

Le nomtire des exposants s'éleva à 61.722 dont 33.937 français et 27.785 étrangers. L’indusirie comptait 56.612 exposants dont 30.982 français et 25.630 étrangers; les Beaux-Arts, 5.110 exposants dont 2.955 français et 2.155 étrangers. Les contingents d'e.xposants les i»lus forts étaient fournis par le .Mexique (8.206), l’Espagne (2.706), le Portugal (2.005): les plus faibles par le Maroc (8), la République de Costa Rica (7), la "Fuiiiuie, qui, on se le rappelle avait défendu à ses nationaux d’exposer (3).

Tels sont les eliiffres donnés par M. Alfred Picard (1) et ils concordent avec les évalualions de MM. Tirard et Berger (iui„ dans des discours officiels, estimaient à 60.000 le nombre des exposants. Au moment de l'Exposition on lixait commu-

E.rposition Internationale de 1889. Rapport yénéral. t. III, p. 12 Les Résultats de l Exposition. Correspondant du 10 décembre 1889, p.

nément le nombre des exposants à 56.012. ML A. Morillon (2) pensait que les étrangers entraient pour un tiers seulement dans ce total et ne s’élevaient pas à plus de 20.000 ou 18.700. Encore ajoute-t-il que d’après des personnes bien informées, il n’y avait pas plus de 12.000 exposants étrangers sérieux. Les Français établis hors de nos frontières figuraient an titre étranger et lesrs envois étaient souvent très importants. Ainsi la collection de plantes, d’oiseaux, d’insectes que l’on admirait à l’exposition du Guatemala avait été rassemblée par un de nos compatriotes, M. Boucard (1).

Mais ce ne fut pas par le nombre des exposants que l’exposition fut remarquable, ce fut par le nombre des visiteurs.

Le prix d’entrée était perçu au moyen de tickets détachés des bons à lots de l’Exposition que l’on avait émis en avril 1889. Chaque ticket valait nominalement un franc. Dès le 20 mai, les ticke's se vendaient cinquante centimes. Leur prix moyen fut de quarante centimes. Le nombre des entrées payantes s’éleva d’après M. Georges Gérault (2) à 25.121.975, d’après M. Alfred Picard (3) à 25.398.609, plus du double des entrées de 1878. Le noinbi''e total des entrées s’éleva d'après M. Alfred Picard à 32.250.297 dont 3.409.892 pour mai, 4.494.886 pour juin, 5.180.276 pour juillet, 5.653.336 pour août, 5 903.090 pour" septembre, 5.573.206 pour' octobre, 1.635.611 pour novembre. Encore faut-il ajouter" à ce chiffre les 150.000 visiteurs obstinés qui, durant le mois de novembre, vinrent assister au déménagement de l'Exposilion.

Le jour de l’ouverture, 6 mai, il y eut 111.295 enti'ées

I) C. DE Varigny. L' Amérique à l Exposition Universelle. Revue des Deux- Mondes du 15 octobre 1889, p. 851.

(2) Les Expositions universelles envisagées au point de vue de leurs résultats économiques, p. 43

(3) Exposition Internationale de 1889. Ram>orl général, t. III, p. 258.

payantes, le jour de la clôture, 6 novembre, 370.354. Le jour de rouverlure, le prix d’entrée était de trois tickets (en réalité près de trois francs au cours d’alors des tickets). Le jour de la clôture il était d’un ticket jusqu’à cinq heures, de cinq tickets à partir de cinq heures, soit vingt centimes puis un franc au cours d’alors des tickets. Le minimum des entrées fut, le vendredi 10 mai, 30.322; le maximum, le dimanche 3 oclohre, 402.005. 11 ne s’agit, dans ces chitTres, que des entrées payantes.

Les tickcits employés s’élevèrent à 28.119.353. 11 y en avait eu 3o.000.(X)0 d’émis. En faisant la part des pertes inévitables et des non emplois forcés, on voit que le stock ne fut pas loin d’être éj)uisé et l’on comprend comment, dans les derniers jours, ou craignit d’en manquer et comment le cours des tickets se releva pour un instant par un luaisque souhresaid, de 0,25 à 0,75 (1).

La moyenne des entrées payantes fut de 241.000 les dimanrlies et les fêles, 115.000 les jours ordinaires (2).

La moyenne générale fut de 137.289 par jour. La moyenne des tickets employés ftit par jour de 152.158. Le dernier jour, pour370.354 entrées payantes ilfutconsoimmé511.297 tickets (3)

Le ticket d’entrée ne donnait pas accès partout. Un certain nombre d’alti actions étaient payantes. Ainsi le village javanais coûtait EO centimes, la sphère terrestre, le panorama transatlantiiiue 1 franc, la ’l'our Eiffel 5 fiancs. 11 fallait dépenser une vinglaine de francs si l'on voulait tout voir (i).

(1) A. iJOKiLi.oN. Ta’s ItésuUats Je l'Exposition. Correspondant du le décembre 1H89, p. 780.

(■i) id, id. id. p. 789.

(3) Alfred l’icAKD. Exposition Internationale de ISS9. Rapport général, t. Ili,

(0) A. Morillon. Les Résultats de l'Exposition. Correspondant du 10 décembre 1889, p. 800.

Les cliemins de Ter du 1" mai au 31 oclubrc, abstraction faite de la ligne du Champ de Mars mais y compris la ligne de Ceinture, eurent un mouvement de it>.175.1üO voyageurs décomposé en 22.918.328 arrivants et 23.250.781 partants (1). L'excédent des départs sur les arrivées semble un fait normal et s'élait déjà présenté en 1888.

Les hôtels de Paris reçurent d'après la préfecture de police 5.ÜO:».()00 de provi iciaux et 1.500.000 étrangers (2). D'après M. Ceorges Cérault (3) (lui ne donne d'ailleurs ce chiffre que scus toute léserve, ils n'auraient leçu (lue 500. Oœ provinciaux et 391.000 étrangers.

Parmi les élrangeiis, d’après M. Alfred Ncymarck (4) qui adopte le total de la Préfecture de police, les Anglais étaient les plus nomlu'eux (380. OOO); puis venaient les Belges (225.4tKl), les Allemands (100. OOU), les Américains du Nord (.50.000), les Suisses (52.000), les lia liens (38.000), les Aulrlclhens (32.o0<>), les Américains du Sud ;25.000). Le Portugal ({ui avait fouini 2.005 exi)osants ne fournit que 3. .500' visiteurs.

L'Lxiiosition, au ] oint de \ ne linancier, élail une enlieprise mixte. Les dépo ses de l'Ivxposition de 1878 s'étaient élevées à 53 millions; en défalquant ce qu'avait coûté le palais du 'lYecadéro, 10 n i lions, on avait évalué à 43 millions les dépenses de la l'nlure t'xposilion. On avait remnicé au système suivi en 1878 pour revenir au régime de 1807. L'Etat ne devait prendie à sa cliaTge (pie 17 millions. La Ville devait accorder une subvention de 8 millions. Une soin Alfred Picard. Exiiosition Internationale de ISS9. Raiiport ijénérat. t. III. p. 263.

(2) A. Morillon. Les Résultats de l'Exposition. Correspondant du 10 décembre 1889. p. 792.

(3) Les Expositions Ut}iverselles envisagées au point de vue de leurs résultats éeonomiques, p. 111.

(4) Ce que la France a gagné à l'Exposition de I8S9, p. 6

ciété de garantie devait fournir les 18 millions manquant.

Le Conseil municipal de Paris vola la subvention le 21 mars 1886. Le 27, une convention entre l’Etat, la Ville de Paris et le Crédit Foncier chargea cet établissement de l’émission des actions de garantie. Chaque action était de 1.000 francs; le premier versement était de 50 francs. Il y eut 23.124 actions souscrites (1). Los grandes Compagnies de chemin de fer en avaient pris chacune pour 500.000 francs. Les grands magasins, le Louvre, le Bon Marché, la haute banque s’étalent engagés pour des sommes considérables (2). La loi du 6 juillet 1880 ratifia la convention du 27 mars. Une commission de contrôle fut organisée le 6 octobre; elle comprenait 17 représentants de l’Etat, 8 représentants de la Ville et 18 représentants de la Société de garantie.

Mais à la veille de l’ouverture on s’aperçut que les crédits seraient insuffisants et om eut recours ri une autre combinaison. Une loi du 4 avril 1889 autorisa le Crédit Foncier à émettre 1.200.000 bons de 25 francs représentant une somme de 30 millions. Ces bons devaient participer à quatr-e-vingt-un tirages à lots répartis sur soixante-quinze années de 1889 à 1964. A cette dernière date, les bons qui ne seraient pas sortis au tirage devraient être remboursés au prix d'émission (3). Chacun de ces bons était muni de 25 tickets d’entrée. Le Ciéilit Foncier en revanctie s’engageait à verser dans les caisses publiques à des échéances échelonnées du V mai au 31 août 1889 une somme de 21.500.000 francs.

De la sorte, l’Etat se faisait avancer le montant maximum

(I) Georges Gérault. Les Expositions iiiiiversellcs cnvisajU's au point de vue de leurs résultats éconoiniuues, p, 43.

12) A. Morillon. L'Exposition universelle de 1889. Correspondant du 25 mars 1889, p. 1027.

(3) George.s Gérault. Les Expresitions universettes cnvisaijées nu point de vue de leurs résultats économiques, p. 43.

des entrées, il s'assurait le versement immédiat d'une sunime supérieure de trois millions et demi au montant de l’obligation de la Société de garantie et il intéressait les détenteurs de bons à raftlucnce du public.

La souscription fut couverte six fois (I).

Les recettes y compris les subventions de l’Etat et de la \'ille de Paris s’élevèrent à lO. 500. 000 francs; les dépenses à 41.500.000 francs; il y eut donc un excédent de recettes de 8 millions ('2). AI. Alfred Picard (5), en avril 1891, évaluait les recettes à plus de 50.000.000 francs, les dépenses à moins de -40.000.000 francs, ce qui donnait un boni de 10. 000. 000 francs. Ce boni, quel qu’en fût le montant exact,, la disparition de la société de garantie et le remfioursement des souscripteurs à la suite de l'émission des bons à lots d’une part et de l’autre les conventions avec la N’ille sanctionn'''es par la loi du 31 juillet 1890, en rendirent l'Etat seul liénéticiaire.

L’Exposition eut. pour ainsi dire, un i»rologue : ce fut la c 'IébraLon ^ole nelle à A'ersailles le 5 mai <lu centenaire do ia réunion des Elats-Généraux.

Le Président de la République entouré de délégations de tous les grands corps de l’Etat se rendit d’abord à l’ancien hôtel des Alenus Plaisirs. C’est là ([u'eul lieu l'inauguration de la plaque commémorative de la salle des séances de l'assemblée constituante à A’ersailles. La premièi'c de nos clianibres parlementaires occupa cette salle du 5 mai au 15 octobre, c’est-à-dire pendant une période correspondant presque exactement à la durée de l’Exposition du centenaire. Puis

(1) Victor FOURNEL. Les Œuvres et les Hommes. Correspondant du 25 mars 1889. p. 327

(2) Georges Gérault. Les Expositions Universelles envisagées au point de vue de leurs résultats économiques, p. ib.

(3) Exposition Internationale de I8S9. Rapport général, t. III, p. 432.

M. Carnot gagna le Palais et, dans la galerie des glaces, il prononça nn discours dont la note conciliante donna, pour ainsi dire, le ton à toutes les manifestations de ce jubilé séculaire. Sans rien abandonner d’un héritage de traditions qui était particulièrement pour lui un patrimoine de famille, sans essayer de réhabiliter des excès qu’il qualifiait lui-même d’ « entraînements regrettables », il conviait tous les Français à une fédération patriotique.

« Ce que nous sommes, disait-il, nous le devons à ceux que nous venons glorifier aujourd’hui. Ils nous ont laissé d’admirables exemples dont nous devons savoir nous inspirer. Soyons prêts à parfaire leur œuvre; sachons retrouver les Etats géiKuaux do cette grande époque, nous élever au-dessus des mesquines liassions, des (luerelb's de partis, des divisions d’écoles.

(( Sous l’égide de la République qui est le droit constitutionnel, cherchons dans respril. d’apaisement, de tolérance mutuelle, de concorde, cette force irrésistildc des peuples unis.

« Le siècle glorieux (pie nous célébrons dans cette pieuse et grandiose cérémonie doit être couronné par la réconciliation de tous les Français dans la commune passion du bien public au nom de la liberté, au nom de la patrie.

« Et la France aura toujours son rang à l’avanhgarde des nations. »

(( Le jour, (tisait ipialorzc ans plus tard 21' Barboux, plaidant en mai 1C03 (lour la Compignie des Oü.nibus devant le tribunal de la Soi e, le jour où entouré de 1 rus les représentants (tes coi'ps de l'Elat, des ministres de toutes les puissances étrangères, dans ce palais de Louis XIV qui avait vu

moins de vingt ans avant le roi de l’riisse couronné empereur d'AlIemag’ue à la face de la France sanglante et humiliée, M. Carnot, dans le langage le plus simple, le plus gIa^e, mais en même lemps le plus noble célébra le centenaiie de l’affranchissement politique de Ions les peuples de l'Europe, ce jour-là bien des yeux irançais se mouillèrent de larmes; mais il faut reconnailre pour riionneur do l’humanité que le cœur de Ions les i)euples ballil à runisson du notre. »

Cepeinlant à (elle 1 eure encore le succès du grand concours inlernalicnal paraissait problématique aux plus bienveillants et un journal du soir en souhaitant la bienvenue à l'exposilion ne lui adies-ait qu’un mélancolique salut.

Comment en eùt-il été aulrement alors qu’on savait que nombre de participants de celte grande entreprise ne se berçaient d’aucun espoir de réussite ?

« L’administration, dit INI. A. Morillon (1), radministration, détail significatif, avait toutes les peines du monde à trouver des entrepreneurs pour les innombrables établissements culinaires et autres dont elle avait émaillé les jaidins. Il paraît même qu’au premier étage de la Tour, les locataires des quatre restaurants n'ont jamais voulu consentir à payer qu'un tant pour cent sur le chiffre de leurs affaires; laid la confiance était limitée. »

Et cependant, dès celle soirée du 5 mai, le succès commençait à se dessiner. L'union se faisait et avec l’union l’apaiscment. L’évêque de à'ersailles, Mgr Goux, assistait à la cérémonie dans la trii une officielle. G’élait la pi'emière fois depuis bien longtemrs fin’un évêque paraissait dans une fêle

(1) Les Uésultats de l'Exposition. Correspondant du 10 décembre 1889, p. 779.

gouvernementale. Sa présence à un pareil anniversaire était toute naturelle : le 4 mai 1789, les Etats-Généraux avaient débuté par une cérémonie religieuse : les trois ordres avaient assisté à iu;e messe célébrée par le Cardinal-Archevêcpie de Rouen et où l’évêque de Nancy avait prononcé un sermon.

L’affluence fut considérable à Versailles et ranima pour quelques heures la vieille ville royale endormie depuis un siècle.

Le lendemain, le Président ouvrait l’Exposition; l’œuvre était accomplie et M. Carnot pouvait rendre hommage à des collaborateurs qui, par leur foi inébranlable dans l’entreprise, non seulement avaient transporté des montagnes — car c’étaient bien des montagnes de terre qu’ils avaient remuées et des montagnes de fer qu’ils avaieiit élevées — mais qui avaient fait plus encore, qui avaient, par leur tact délicat et leur exquise courtoisie, rassuré les méfiances et apaisé les susceptibililés. « Au nom de la France, disait-il, en parlant des ingénieurs, des architectes, des constriicteiurs, au nom de la France, je les remercie eux et leurs collaborateurs. Ils n’ont pas vaincu sans combat; il leur a fallu triompher du lemps. et de la matière et par-dessus tout des mauvais vouloirs persistant à ne pas' comprendre que l’Exposition n’est pas une œuvre de parti, mais l’œuvre de la France. Ces hommes de cœur ont su répondre à la confiance de la République et tenir lidèlement ses. engagements. Après avoir été à la peine ils ont le droit d’être à l’honneur ».

Ils y étaient en effet. Non seulement ils obtenaient aux applaudissements unanimes du pays les distinctions que méritaient leurs services. — M. Alphand était nommé grand croix et M. Georges Berger grand officier de la Légion d’hon-

neur — mais ils recevaient une récompense plus haute et plus douce: ils voyaient gTàcc à leurs efforts » réussir avec éclat, dit M. de Lapparent (1), j ar la participation des industriels et des artistes nationaux ou étrangers, une entreprise dont jusqu'à la dernière heure on a pu s'obstiner à mettre en doute, non seulement le succès, mais encore la simple réalisation ».

Si en effet le doute avait été prolongé et le scepticisme général, le succès fut foudroyant et renthousiasme universel.

« La voilà ouverte, et ouveite avec éclat, s'écriait ^'ictor Fournel p2), cette exposition colossale qui a laissé les esprits inquiets et en suspens pour ainsi dire juseprau dernier jour. Elle a tiiomphé de tous les pronostics fâcheux et l’on aurait mauvaise grâce à contester sa magnificence. »

La foule d’ailleurs ne marchandait ni son empressement, ni son admiration. Dès le premier jour rafttuence était énorme. « La giande armée ce visiteurs, raconte un chroniqueur (:3), livrait un assaut furieux aux brasseries. On faisait queue aux guichets; on guettait les départs et une demidouzaine de candidats se précipitaient pour combler cliaque vide. C’est un spectacle qui faisait partie de l'inauguration. Le soir les vivres ont encore mamiué comme la veille à è’ersailles. On a vu des familles, lamentablement échouées sur ücs caisses d’emballage, se partager un morceau de pain sec. On a eu un sénateur, oiricicr de la Légion d'honneur, prêt à vendre son mandat pour un morceau <le fromage... On a vu un saucisson mis aux enchères se payer au poids de l’or.

(1) Le Siècle du fer, p. 8.

(2) Les Œuvres et les Hummes. Correspondant du 25 mal 1889. p. 782.

(3) Victor Fournel. Les Œuvres et les HotnJnes. Corrrspotidant du 25 mai

Mais aussi quelle récompMise après tant d’épreuves ! Ceux que ii’oiut pu dompter ni la fatigue ni la faim ont pu assister de près à la merveilleuse illumination du Champ de Mars et du Troeadéro : t;:o.-quels ornés de lanlernes véniüennes, cordons de gaz ou de lampions dessinant les lignes des dômes et des palais, foulaiues et jets d’eau multicolores lançant des gerf)es rouges, \erles, oi'angées, violettes et bleues; la Tour Eiffel se dressaid, comme un grand plan dans sa lumière ('‘lectri(|uc et embra-ée de feux du Bengale. »

Et ailleurs il s’écrie : « Cuel succès que celui de l’ouverture ! Le iirinleiiqis s’était mis de la fête. Deux cent mille curieux se sont l ués à l'assaut des portes (1) ».

Ce ii’est pas qu'it u'y eût quelque ombre au tableau. La maussaderie des cours étrangères n’avaqt pas désarmé. A la cérémonie d’ouverture les grandes puissances européennes n’élaieul i)as j’eprésentées ou n’étaient représentées que par des chargés d'alTaires. Los ambassadeurs s’étaient donné le mot pour être absents dir Paris et sous les prétextes les plus futiles le jour de la cérémonie inaugurale; on ne comptait guère autour du thésident ijue les ministres de Belgi(iue, de Suède et Norvège, le repréeeiitant du Japon, rambassadeur des Etats-Unis, les ministres du Mexique et de la Républifiue dominicaine. Mais, comme on le voit, l'absence de ce (|uo l’on poui'iail a.ppeter l’aristocratie diplomatiipie ne nuisait en rien au succès de l’ouverture.

Un incident, doid. l’altentat de Caserio, cinq ans plus tard, devait, faire rélrospcct-ivement un sinistre présage, avait manqué au dernici' moment de tout compromettre. Au

(1) Victor Foürnel. Les Œuvres et les Honiines. Curresvonihmt au 25 mai 1889, IJ. 783.

moment oû le président de la Px,épubli(iue, le 0 mai, quittant l’Fdysée pour se rendre à la cérémonie, débouchait sur la place lieauvau, un individu lira sur lui un coup de revolver. M. Carnot ne tut pas atteint. L’individu, un mag"asinier de la marine, nommé Perriiq prétendit n’avoir tiré qu’à blanc et uniquement pour attirer l’attention sur une injustice dont il avait disait-il, été victime. L’affaire n’eut pas de suite.

Le succès initial ne se démentit pas. « Décidément, écrivait deux mois après l'ouverture à'ictor Fournel (1), décidément,

c’est un succès. L’Exposition de 1889 est comme le soleil ;

aveugle qui ne \oit i:as sa splendeur » et il ajoutait: « Le dimanche 20 mai on e.st monté a un total de 251. ÜOO sans compter les entrées gratuites. Le jour de la Pentecôte on en a compté 217. UÜO et il pleuvait. Le lundi le temps n’était qu'incertain et le chiffre s’élève au total vertigineux de 353.770, malgré la concurrence des l'êtes de la gymnasti(iue a àhncennes. Les entrées du mois de mai 1889 l’emportent de près d’un million sur celles du mois correspondant de 1878, quoiqu’elles comprennent cinq jours de moins. Car l'Exposition de 1878 s’était ouverte le 1" mai et celle-ci ne s’est ouverte que le 0. Personne n’eût osé prévoir qu’elle réussirait à ce point. »

Le succès se soutint jusqu’à la Un. « Le succès de l’Exposition, dit Victor Fournel (2), le succès de l’Exposition ne se sera pas ralenti jusqu’aux derniers jours. Malgré le froid, la brume, et la glace, octobre aura fourni un contingent de voyageurs égal, sinon suiiérieur à celui des mois d’été.

(1) Les Œuvres et les Hommes. Correspondant du 25 juin 1889. p. 1181.

(2) Les Œuvres et les Hommes Correspondant du 25 octobre 1889, p. 346.

Le jour même du scrutin de ballottage, les entrées payantes étaient de 335. 90G. Le dimancbe suivant, elles sont montées à près de 35 LOGO' ».

Beauniarcliais disait en parlant du Mariage Je Figaro : « 11 y a quelque cliose de plus fou que ma pièce:, c’est son succès ». 11 y eut quel([ue chose de plus beau que l'E.xposition, ce fut son succès. Jusqu’au dernier jour, le G novendrre, les trains de plaisir ne cessèrent de verser sur la capitale un contingent de voyageurs (pii porta pendant si.x. mois la population de Paris à trots millions d’iiabitants.

Ce succès fut favorisé par la beauté de la saison et la rareté dos accidents.

Le temps fid d'une douceur et d’une splendeur merveilleuses et l’azur se montra à notre zénith avec une constance rare dans nos climats. « La nature elle-même se met de la partie, écrivait M. de -Apparent (1), nous accordant, après vingt années ronstamn^ant marijuées par quelciue désordre des saisons, un printemps régulier, une végétation superbe, un ciel lunhnf'ux et chaud, en un mot tout ce (pi’on pouvait souiiailer de mieux pour faire valoir les merveilles (pie l’art et l’industrie viennent d’enranter à Paris. »

Les six mois de l'Exposi ion ne furent pas exempts d’accidents. Le 3 juillet, au moment où l’Exposition battait son plein, un coup de grisou faisait deux cents victimes aux mines de Saint-Etienne, (( coïncidence émouvante, dit M. Charles de Mazade (2), du travail vu à la fois dans son éclat le plus victorieux et dans une de ses plus cruelles fatalités. » Presque en même temps l’explosion d'un magasin d’artifices

(1) Le Siècle du fer. p. 4.

(2) Chronique de la Quinzaine. lievue des Deux-Mondes du 15 juillet 1889,

tuait Imit ouvrières à Aubervilliers. Enfin, le 6 septembre, l’explosion d'une cartoucherie à Anvers tuait quatre-vingtquinze personnes et en blessait cent autres. Mais quelque douloureuse émotion que provoquassent ces catastrophes, elles se produisaient pour ainsi dire hors du rayon de l’Exposition. A Paris, les accidents, si à craindre au milieu de pareilles afiluences ne dépassèrent que de bien peu la moyenne normale. Ainsi en août au moment où la circulation dans Paris alleignait le maximum d’intensité (1), on compta 097 accidents, contre 307 en 1888 (2); raugmentation sur l’année précédente était d'un dixième, accroissement (jui paraîtra reî.nar(iuablement faible, si l'on rélléchit que la population ordinaire de Paris se trouvait grossie d'une quantité d'étrangers, particulièrement exposés à toutes sortes de malheurs. Enfin, malgré les multitudes sans cesse renouvelées qui s'y ]:ressa'ent, les constructions de l'Exposition tinrent t)on jusqu’au tjout, la tète de la clôture, malgré l’énoritrlé de la foule, se passa paisiblement et aucun accident n:table ne vint jeter de crêpe sur la série ininterrompue oes réjouissances.

L’ouverture en effet, fut le point de départ d'une série de tètes qui ne se terminèrent qu’à la clôture.

Le 11 mai, à ritôtel de à'ille, le Conseil municipal offre au Piésident de la République en riionneur de rinauguration de 1 Exi)Osition un grand banquet où le Lord-Maire de Londres figure en grand gala escorté de scs huissiers et lie ses ma.ssiers. Le 1" juin, l'emménagement est achevé et l'on s'empresse de donner une gaande tète de nuit pour célébrer l’installation

(1) Henri de Parville. L' Exposition Universelli’, p. 153. Causeries sclen tijiQues, t. XXIX.

12) id. id.

Ibid.

des exposants. Ces rètes, d’ailleurs, ne sont pas cantonnées dans l'Exposition : elles débordent sur tout Paris. Le 20 juin, sans doute pour céléljrer l’ouverture d’un été, qui devait être particulièrement radieux, on donne une grande fête de nuit au parc Aüonceau.

Le prince de Galles et sa famille viennent visiter l’Exposition ainsi (|ue le général Annenkoff, le constructeur du Transcaspien. Le 4 juillet est aux Etats-Unis le jour de la fête de l’indépendance. On choisit cette date pour inaugurer, sur le môle de Grenelle, la réduction, de la statue de Bartholdi, la Liberté éclairant le monde, réduction offerte à la France par les Eta,ts-Unis, et une fête de nuit à rExposition suit l’inauguration. Le 10 juillet, les exposants offrent au Palais de l’Industrie un bal au gouvernement et à la municipalité de Paris; le surlendemain, c’est le jubilé centennal du mouveineut <pn devait aboulir à la prise de la Bastille ; on inaugure au Palais-Roiyal une statue de Camille Desmoubns et on galvanise les vieilles galeries par une fête de quelques heures. Le 13 juillet a lieu au Palais de l'Industrie le bal offert aux ouvriers de l’Exposition et aux syndicats. Le lendemain, c'est la fête nationalei. Les princes de Suède, le roi Don François d’Assise et la reine Isa, belle, le grand duc Pierre de lUissie et le frère du tsar, le roi de Grèce et le comte de Flandre visitent l'expoisition ainsi qu’un potemtat nègre Dinab Salifou, roi du Rio Nunez.

Quinze jours plus tard, le 31, le Shah de Perse arrive à Palis. Il est reçu dans un iiôtel loué pour lui rue Copernic. En l’honneur de ce souverain, on donne, le 2 août, la quatrième gra,ndc fête de nuit de l’Exposition. Du balcon du Dôme central « le roi des rois » peut contempler rembrasement de

la Tour par des feux de Bengale et les deux projecteurs croisant leurs faisceaux divergents sur la Fontaine du Progrès, et la Victoire du grand Dôme, illuminant de parti pris le génie de la France debout sur le Progrès et laissant dans l’ombre rignorai'iCe et la routine (1). On donne encore pour le souverain persan le 5 une fête à rilippodrome et le 6 une représentation de gala à l’Opéra.. Il part le 10 août.

Pendant son séjour d’a.utreis solennilés avaient eu lieu. Le 4 août, ou avait transféré au Panthéon les restes de Carnot, Marceau, La Tour d’AuvergnC' et Baudin et le soir on avait célébré l’anniversaire de l’abandon des privilèges par l’embrasement de toutes les hauteurs de Paris. Le 5 août, on avait inauguré la nouvelle Sorbonne.

Huit jours après le départ du Shah avait lieu au Palais de l’Industrie le grand banquet des maires. C’était le Conseil municipal de Paris qui offrait le repas et avait lancé les invitations, mais c’était le Président de la République qui occupait la place d’honneur. 11 y avait 13.'i5G con\ ives dont 11.250 maires. « Paris, éciit un contemporain (2), Paris n’a jamais vu pareille procession. C’est de l'IIùlel de Ville qu’est parti le cortège se rendant par la rue de Rivoli et les Champs- Elysées au Palais de l’Industrie. Les premiers rangs étaient arrivés à destination et avaient môme, disent les chroniqueurs, mangé le potage que la queue était encore à l’Hôtel de Ville ».

Les princes abondaient. C’étaient le prince Baudoin, héritier présomptif du trône de Belgique, le duc de Rragance que

(1) A. d’Avignac. L'Electricité d l'Exposition Universelle. Correspondant du 25 septembre 1889, p. 1059.

(2) A. Morillon. Les Résultats de l'Exposition. Correspondant du 10 décembre 1889, p. 807.

la moi! clei son père, le 19 octobre, allait faire monter sur le ti’ùne de Portugal, le roi de Monténégro, que le tsar venait de saluer dans un toast vivement commenté comme son unique allié, et qu accompagnait son fils, le duc de Cambridge, siousin de la reine Vactoria, qui avait présidé l'ouverturei de i’EuXposition de 1802 à Londres, la reine de Roumanie, la tante et la sœur de 1 imq)ératrice d'Allemagne, le duc Jean d’Autrithe, le roi de Serbie et le prince de Bulgarie (1).

En même temps que ces membres des familles souveraines, venaient ces monarques d’esprit dont on pourrait dire en leur appliquant un vers de Ronsard.

Que sans avoir royaume ils sont vraiment des rois.

C’était Nordenskiold, le découvreur du passage du Nord-Est. C’était « le roi de l’électricité », Edison. Durant son séjour à Paris Edison se rendit au Palais Mazarin. Passant devant les bustes de membres de l'Académie des Sciences, l’inventeur du plionograplie qui, par une bizarre rencontre, était sourd comme Beethoven (2), manifesta le regret qu’on ne pût (( entendre » la voix de l’un d’eux, du fondateur de l’électromagnétisme. Ampère, et il promit à l’Académie des Sciences l’envoi i)rocliain d’un phonographe destiné à enregistrer et à conserver la voix des membres de la compagnie (3). Le mar- (juis de Salisbury vint aussi visiter l’exposition. Au commencement de septembre, M. Gladstone se rendit à Paris. Un ban(}uet lui fut offert. 11 y prononça un discours où il exprima ses vœux pour « une amitié durable entre la France et l’Angleterre » et son espérance de voir « la France conserver

(1) A. Morillon. Les nésuliats de l’Exposition. Correspondant du 10 décembre 1889, p, 781.

(2) Victor FouKNEL, Les Œuvres et les Hommes. Correspondant du 25 septembre 1889, p. 1161.

(3) A. p Avignac. L'Electricité à l’Exposition Universelle, correspondant du 25 septembre 1889, p. 1079.

toujours sa place au premier rang des nations civilisées et chréliennes ».

Le 21 septembre, on inaugura, sur la place de la Nation,, le monument du triomphe de la République.

Elle pouvait triompher en effet: n’avait-elle pas gagné et contre toute attente la bataille de l’Exposition? Aussi devaiton chanter la victoire. Ce fut l'objet de l’Ode triomphale d’Augusta Holmès. Cette ode ne fut pas représentée moins de quatre fois. Le 11 septembre', sur invitations — ce fut la représentation officielle, — le 12 septembre pour les enfants des écoles, le 14, en spectacle gratuit, le 18, au profit des victimes d’Anvers.

Mais le couronnement de l’Exposition, ce fut la distribution solennelle des récompenses. Elle eut lieu le 29 septembre au Palais de l’Industrie.

Il y eut 95.3 grands prix dont 545 attribués aux Français, 408 aux étrangers; 5.296 médailles d’or, dont 3.092 aux Pb’ançais, 2.204 aux étrangers; 9.860 médailles d’argent, dont 5.644 aux Français; 4.246 aux étrangers; 9.699 médailles de bronze, dont 5.402 aux Français, 4.267 aux étrangers; 8.081 mentions honorables, 4. 151 aux Français 3.930 aux étrangers; sod en tout 33.889 récompenses dont 18.834 aux Français 15.056 aux étrangers. 11 y eut en outre 5.971 récompenses de collaborateurs. Tels sont les chiffres donnés par M. Alfred Picard (1). D’après M. A. Morillon (2), il y aurait eu 38.300 récompenses dont 5.500 récompenses de collaborateurs.

Parmi les récompenses il y avait 900 médailles décernées aux artistes français et étrangers (3). Les artistes étrangers

(1) Exposition Internationale de ISSS. Rapport général, t. III, p. 322,

(2) Les Résultats de l'Exposition. Correspondant du lü décembre 1889, p. 787.

(3) Victor FouRNEL. Les Œuvres et les Hommes. Correspondant du 25 août 1889, p. 758,

avaient voulu décerner une récompense globale à l’école de peinture française: « Dans la première séance du jury internationail dC' la peinture au Cdiampi de Mars, dit Mi. Georges J^afeneslre (1), les artistes étrangers qui formaient la majorité ont demandé cette année à runan, imité qu’une médaille d’honneur fût décernée collectivement ù tous les exposants français. Ils entendaient par là reconnaître la supériorité générale de nos peintres dans la dernière période décennale depuis 1878. Les règlements ne permettaient pas d’accueillir cette proposition... Avant la clôture des opérations les mêmes jurés revinrent pourtant sur cette pensée; ils décidèrent de consigner dans une pièce annexée aux procès-verbaux l’c-xpression du regret qu’ils éprouvaient de ne pouvoir donner à leur admiration pour l’écote française une forme publique et officielle. »

La proportion du nomlire des récompenses à celui des exposants déjà élevée en général — il y avait une récompense pour' deux exposants — était particulièrement forte pour les Beaux Arts. » Dans le Palais des Beaux Arts, dit Victor Pournel (2), il est des salles entières au rez-de-chaussée où l'on a grand’peine à trouver une toile sans sa feuille de lauriers. »

Cette profusion ne multiplia partout- que les méconlents. Mais c’est surtout parmi les artistes qu’elle souleva des protestations. De nombreux artistes, parmi lesquels il en était d’éminents, repoussèrent comme indignes d'eux les récompenses qu’on leur avait attribuées. Cette débauche de \1istinctions eut encore d’autres conséquences,. Une question se posa: les récompenses de l’Exposition devaient-elles don-

(1) La Peinture Française à l'Exposition Universelle 1789-1889. Itcvue des Deux-Mondes du 1" octobre 1889, p. ôl3.

(!2) Les Œuvres et les Hommes. Correspondant du 25 octobre 1889, p. 347.

ner les mêmes exemptions et les mêmes privilèges que les récompenses du salon. (.)n calcula <iue, si on admellait l'affirmative, les hors concours puurraient à eux seuls remplir les salles des expositions annuelles. Une vive discussion s'éleva à ce sujet au sein de la Société des Artistes. Ce fut la négative qui l’emporta. ]\1. Meissonier, président du jury de l'Exposition voyant refuser les exemptions à ceux qu'il avail. couronnés se relira ainsi que M. Puvis de Chavanne, M. Gervex, M. Dalou de la Société des Artistes et forma une société rivale (1).

Quoi qu’il en soit les récompenses de l’ExposTtion étaient trop' nombreuses pour que l’on pût dans la cérémonie donner lecture d’un pailmarès qui n’occupait pas moins de deux cent quarante-deux pages du Journal officiel. On se borna à la proclamation et à la remise du palmarès aux chefs de groupe des grands prix.

Le spectacle était imposant. (( Dans la grande nef, richement pavoisée, dit \’ictor Fournel (2), et où on avait laissé debout le décor de l’Ode iriomphale, quarante nations représentées par leurs commissaires et groupées derrière leurs drapeaux, ont défilé au son des Marches de Saint-Saëns, d’Ambroise Thomas, de Gounod, de Derlioz, devant l’infatigable M. Carnol. La France fermait ce délilé du genre humain, représentée d’abord par les bannières de ses neuf groupes, traînant à sa. suite, cmnme le large pan d’un manteau royal de cérémonie, les cartouches et les étendards de l’Algérie, de la Tunisie, du Sénégal, de la Cochinchine, de l’Annam, du Tonkin, de la. Réunion, de la Martinique, de la Guade-

(1) Victor Fournel. Les Œuvres et les Hoinn^cs. Correspondant du 25 jan Vier 1890, p. 335.

(2) Les Œuvres et les Hommes. Correspondant du 25 octobre 1889, p. 346.

loupe, de la Nouvelle-Calédonie, de la Guyane, bref de toutes les colonies et de tous les pays de protectorat, portés par les plus beaux spécimens exotiques de l’esplanade des Invalides Ce cortège cosmopolite, débouchant lentement du fond, défilant avec solennité derrière! les huissiers de la ville et entre des pelotons de soldats français et venant se grouper sur la scène, ce fourmillement d’étendards aux couleurs éclatantes, massés au pied du roc sur lequel s’étageaient pittoresquement les figures jaunes et noires, drapées dans leurs costumes de gala des villages sénégalais, pahouia, néo-calédo>nien, cochincliinois, du tliéàtrei annamite, du palais tunisien de la factorerie du Gabon formaient un coup d’œil magnifique ».

Une grande fête de nuit la cinquième depuis l’ouverture, succéda à la cérémonie. Il n’y eut aucune fête pendant le mois d’octobre, mais le (i novembre une sixième et dernière fête de nuit marquait la clôture de l’Exposition.

« Le grand thérUro du Gliamp de Mars, dit Victor Fournel (1), bien qu’il eût reçu plus de vingt-cinq millions de visiteurs, a fermé en plein succès quand la pièce faisait le maximum. Le dernier jour a attiré jilus de 3.50.000 spectateurs et notez que dans ce total majestueux ne figurent pas les entrées gratuites ni tout, ce personnel d’ouvriers qui forment une armée de vingt à trente mille personnes, quantité négligeable sur la masse, mais qui eût suffi à peupler toute autre exposition universelle ».

La fête de clôture fut le digne pendant de la fête d’ouverture.

<( Rien ne peut donner une idée, dit le même chroniqueur.

(1) Les Œuvres et les Hommes. Correspondant du 25 novembre 1839, p. 723.

'ien ne peut donner une idée de cette dernière journée, de 3ette dernière soirée surtout, à ceux qui n’en ont pus été les témoins. L’été de la Saint-Martin nous avait octroyé son plus aimable rayon de soleil. Il y avait fête le soir pour la clôture: illuminations, musi(iue, embrasement de la tour...

« L’air était presque tiède comme en une soirée de printemps. L’obscurité transparente du ciel se diaprait d’éloiles qu'on eût dit s’allumer une à une comme les ballons lumineux que des hommes invisibles suspendaient à tous les arbres.

« La tour projetait au loin les puissants rayons de son phare électrique et au-dessous les cordons de gaz dessinaient chacun de ses étages et les immenses arcades s’arrondissaient en cercles de feu. Seuls, les contours se mar({uaient nettement; l’énorme masse de fer demeurée dans la pénombre perdait sa sécheresse et sa dureté; elle s’estompait au regard et prenait je ne sais quel aspect vague, doux et aérien, comme la silhouette d’un fantôme gigantesque entrevu en une sorte de rêve dans le lointain. Sur l’autre rive de la Seine, le Trocadéro, tout enguirlandé de feux qui faisaient étinceler dans la nuit les lignes fantastiques de son archilecture, répondait au Dôme central non moins éblouissant. Et de tous les côtés du parc, au milieu des murmures joyeux de la foule, on entendait monter le clapotement des jets d’eau et les musiques lointaines des orchestres exotiques jouant quelque mélodie bizarre qui évoquait des pays inconnus.

« C’était une féerie ».

La fête se termina à dix heures et demie par le coup de canon final, qui indiquait la fin de la grande exhibition.

« M. Eiffel, dit Victor Fournel (i), a fait enregistrer par le phonographe ce dernier coup de canon de la dernière journée et il l’a expédié en guise d’hommage à Edison. »

Entre ces fêtes s’intercalaient les concours dont l’exposition fournissait l’occasion : la fête fédérale dei gymnastique le lundi de la Pentecôte, le concours national de tir, le concours international de tir, tous trois ;l^hncennes; le concours international des machines à moissonner et des faucheuses que M. Carnot alla présider à la ferme du Buisson, un des étahjissements Ménier, à Noisiel, en Seine-et-Marne.

Il y eut en outre comme une menue monnaie de petites fêtes à l’occasion de l’ouverlure des divers groupes ou des différents pavillons. On avait eu beau célébrer rinstallalion dûs exposants le l" juin, nombre de pavillons ne furent ouverts qu’après celte date; on inaugura jusqu'au milieu de septembre: le 8 septembre ou, inaugura le pavillon de la Guyane, et ce n’est que le 19 septembre qu’eut lieu la dernière des inaugurations, l’inauguration ilu pavillon de la Corée.

Il y eut encore entremêlées à toutes ces réjouissances les solennités ordinaires de la société parisienne. Il y eut la fête des Pleurs. Il y eut aussi le Grand Piix; mais, «malgré une aflluence extraordinaire et une recette d’exposition », il fut relativement motme, et le vainqueuT fut un cheval inconnu. Vasistas, dont le triomphe « causa plus de surpri-^e que d’enthousiasme (2) ».

L’Exposition avait aussi son contre-coup sur Paris, à qui elle donnait, suivant les moments, des aspects divers, tantôt aspirant la foule et anémiant la ville, tantôt grossissant les

(1) Les Œuvres cl les Hommes. Correspondant du 25 novembre 1889, p. 736.

(2) Victor Fournel. Les Œuvres et les Hommes. Correspondant du 25 Juin 1889, p. 1197.

multitudes et congestionnant la cité.

Le succès avait été instantané : instantanées aussi furent les plaintes qu’il souleva. << Personne, disait Victor Fournel (1), n’eût osé prévoir qu’elle — l’Exposition - — réussirait à ce point. Beaucoup trouvent même qu’elle réussit trop. Elle pompe la curiosité publique et fait le vide autour d'elle. Tout ce qui n’est pas l’Exposition se ti'ouvc rejeté à l’arrière-plan Les éditeurs se plaignent que leur vente a baissé et les dirccl'eurs de théâtre que les salles sont vides. L’Odéon, les Variétés, le Vaudeville, la Renaissance ont pris le parti de fermer. D’autres ont baissé leurs places. Les restaurateurs et les limonadiers ont signé des pétitions et assemblé des meetings, pour réclamer la fermeture de l’Exposition pendant trois ou quatre soirées par semaine au benélice de leurs élabtisscments. On a vu le moment où ils allaient réclamer une indemnité au Conseil municipal. »

« Dans le concert de récriminations, disait déjà un mois plus tôt le même écrivain (2), dans le concert des récriminations (jue commencent à élever de toutes paris, suivant l’invariable usage, les industriels qui s’attendaient à voir une pluie d’or leur tomber des poches de la province et de l’étranger, et ne peuvent se résigner à leur déception, celles des directeurs de théâtres sont d’une amertume parliculière. Ils se plaignent que les soirées de l’Exposition les ruinent, que leurs recettes, loin de suivre la progression ascendante qu’ils avaient rêvée, sont tombées fort au-dessous des chiffres antérieurs. N’est-ce point un j eu leur faute ? Avec des vieilleries à peine réchauffées et en se boi nant à l’art d’utiliser

(1) Les Œuvres et les Hommes. Correspondant du 25 juin 1889, p. 118.

(2) M. Correspondant du 25 mai 1889, p. 739.

les restes, peut-on se flatter de composer des menus attrayants ? De trente pièces affichées chaque jour, vingtcinq ont traîné sur toutes les tables d’hôte dramatiques. » C’était en effet avec des reprises qu’étaient composés les programmes de la plupart des théâtres parisiens au temps de l’E.xposition. Si l’Opéra (tonnait deu.x; œuvres nouvelles dont la réussite d’ailleurs ne dépassait guère un succès d'eslimc, Esclannonde de Massenet, et le ballet de la Teinpcie d'Ambroise Thomas, les Français, après s’ôtre bornés à offrir comme primeurs aux hôtes de Paris, deux levers de rideau. Premier baiser, de Hergerat, et A/ain Chartier, de Dois, s’élaient confinés dans les triomphes passés. Commelois des précédentes Expositions, c'élait fauteur de la Ciguë, Emile Augier, qui tenait le plus souvent l’affiche. On sait qu’il avait donné sa dernière œuvre, les Fourchambault, pour l’Exposition de 1878. En 1889, on reprit Maître Guérin que l’on n'a\ait pas joué depuis 1864 et l'Etrangère. L’illustre dramaturge ne devait d’ailleurs pas voir la fin de la brillante exhibition. 11 mourut le 23 octobre, dix jours avant la clôture. Ce- [tendanl s’il avait une primauté incontestalde sur la scène de la rue Richelieu, il n’y exerçait pas un monopole, et les Français reprenaient encore Adrienne Lecouvreur de Scribe et Legoiivé et le Monde où l'on s'ennuie de Pailleron et enfin, après llernani, déjà repris en 1867 et 1878, une autre œuvre de Victor Hugo. Rug Blas, qui avait fait sa première apparition dans la maison de Molière, peu après l'Exposition de 1878. L’Odéon peu avant l’ouverture avait donné la première de Révoltée, de Jules Lemaître et en juillet le Châtelet offrait aux hôtes de Paris la primeur d’une éblouissante féerie Le Pr 'ince Soleil.

A rarrière-saiscn, tandis qu’on remettait à la scène la Tosca, de Sardou, à la Porte Saint-Martin, l’Odéon ramenait sur les planches « la meilleure comédie de mœurs » de l’auteur de Nos Intimes, la Famille Benoiton, qui reportait les spectateurs à la veille de l’Exposition de 1807.

On avait essayé, mais en vain,, de ressusciter à la Cîailé le théâtre Italien, mort à la salle Ventadour au cours de l’Exposition de 1878. M. Sonzogno avait donné dans la salle du scpiare des Arts-et-Métiers « une exposition de musique italienne » (1). Il avait joué I Purilani, Lintla, la Somnambida, et aussi Orphée do Glück et les Pécheurs de Perles de Bizet, opéra français par lequel il avait eu la galanterie d’inaugurer sa saison italienne. M. Pava\ey, à l’t )péra-Eonii(jue, avait omis de remonter VEloile du Nord, dont la reprise était l'accompagnement traditionnel de toutes nos exjjositions universelles. En revanche, il avait olTerl au public une série de représentations historiques où il avait ressuscité Le Barbier de Séville de Paisiello et Raoul, sire de Cré(iu\j de Dalayrac, réduit à deux actes par M. Laconie.

Quant au théâtre international, pour letpiel on avait élevé un édifice à l’Exposition, l’entreprise avorta comme elle avait avorté en 1867.

Les théâtres cependant ne furent pas aussi délaissés que les doléances des directeurs pourraient le faire imaginer. Les recettes des théâtres de Paris furenl. en 1889. d’après une statistique (2) de 11.653.287 francs, d’après une autre (3) de lo.276.860 francs, soit, si l’on prend la somme la plus favo-

(1) Camille Bellaigue. Revue musicale. Revue des Deux-Mondes du 15 juil- '“I 18.^9, p. 460.

(2) Figaro du 9 mars 1901.

(3) Henri de Parville. L'Exposition Universelle, p. 161. Causeries scientifiques, t. XXIX.

râble, une recette supérieure de deux millions à la recette de 1878, de quatre millions et demi à la recelte de 1867, ainsi qu'il résulte des chiffres rapprochés par Henri de Parville (1). Il est certain cependant que tandis (pie le nombre des entrées payantes par un bond iirodigieux passait de 12.516.995 en 1878 à 25.398.609, soit du simple aiudoulde, les recettes des théâtres de Paris jiassuicnt de 13.074.927 francs à 15.276.860 fr., c'est-à-dire ne réalisaient qu’une augmentation d’un sixième Les établissements parisiens réalisaient dans leur ensemble pendant l’année 1889, 32.138.998 francs de recettes contre 23.(K)7.074 en 1888 et 23. 013.459 en 1890 (2) alors qu’ils avaient réalisé 30.657.400 francs en 1878 : raugmeniation ii’élait donc (pie de 1..581.508 francs, c’est-à-dire d’un vingtième.

l)’ailleurs pas plus quand il s’agit (Je recettes de spectacles que quand il s’agit d’entrées il n’est possible d’arriver à un résultat certain. M. Alfred Picard (3) dans la relation officielle de l’Exposition, donne des chirtres en divergence absolue avec ceux (pie nous venons de citer- D’après lui, les recetlos des éta-ldissemcnts parisiens avaient atteint en 1889 46.352.000 fr. contre 41.363.(XMJ fr. en 1878„ 26.0.58.000 fr. en 1867 et 31.990.000 fr. eu 1888. Dans ce total de 46.352.000 fr. cn'rci'aicnl jiour 9.092.CK)0 francs, les recettes des théâtres subvent ion lié.'-;, pour 28.934.000 francs, les recettes des théâtres secondaires pour 6.606.000 francs les recettes des concerts et bals ]toui' 1.719.000 francs, les recettes des petits spectacles et tliéàtres forains. Nous ne pouvons (pie men

(1) L' Exposition Universelle, p. 161. Causeries scientifiques, t. XXIX.

(2) Georges Gérault. Les Expositions Universelles envisagées au point de vue de leurs résultats économiques . p. 111.

(3) Exposition internationale de t889. Itapport général, t. III, p. 289.

tionner ces chiffres en constatant qu'ils sont en désaccord complet avec ceux que donne le compte rendu municipal (1) et (]ue nous avons cités d'après M. Georges Géraidl.

Quoi qu’il en soit, si la nouveauté de l’Exposition vida au printemps les spectacles et les brasseries de leur public habituel, l’aflluence des él rangers les rendit combles à l'automne et Victor Fonrnel (2) pouvait écrire à r’arrièie-saison; « Les spectacles regorgent, les cafés sont inabordables; les restaurants du Palais-Royal ont retrouvé leurs beaux jours ». » La grande ville, disait-il encore (3), la grande ville amuse l'univers et s’amuse ellef-mème. La Républi(jue a trouvé son année 1867 ». « Figurez-vous, ajoutait-il (4), figurez-vous une espèce de 14 juillet durant près de cinq mois ».

On a dit qu’en France tout finit par des chansons : on pourrait dire, avec plus de justesse, que tout finit par des vaudevilles. Le succès de l'Exposition de 1889, ce succès qui surpassait et effaçait l’éclat modeste de sa devancière immédiate, fut enregistré par un instrument particulièrement sensible, par la littérature dramatiipie légère. C’est ce qu’a spirituellement relevé IVI. Albert Soubies. Après avoir signalé les pièces dont la nouvelle loi militaire avait fourni le sujet, il ajoute :

« L’Exposition est pour les vaudevillistes une ressource plus précieuse encore : on en use et l'on en abuse. En 1878 et en 1889 on trouve des titres analogues : Voyageurs pour l'Exposition, le Tour de l'Exposition, Voyage autour de l'Exposition, rU7iiveis à l'Exposition d’une part; Cocher, à

(1) Annuaire statistique de la Yille de Paris. 1889, p. 730.

(2i Les Œuvres et les Hommes. Correspondant du 25 septembre 1889, p. 1156

(3) id. Correspondant du 25 août 1889, p. 751.

(4) Id. Correspondant du 25 septembre 1889, p. 1158

l'Exposition ! Tout à l’Exposition, Paris-Exposition, Parisattraction de l'autre; tous ces liires témoignent du prestige qu’exercèrent ces fêtes grandioses. Des deux côtés également la note comique a sa place, comme il ressort des Provinciales à Paris et d’une Visite à l'Exposition (1878), des Exposés de l’Exposition et d’un Ménage à l'Exposition (1889). On voit d’ailleurs rien (ju’à ces titres que la seconde Exposition a fait plus de bruit que la première. Dès 1888, elle est annoncée par une grande revue de Lemonnier : Avant l'Exposition. Le Centenaire intervient et on a Paris-Centenaire. La Tour Eiffel exerce une attraction nouvelle : Sur la Tour EiHel, Au pied de la Tour Eiffel, Au deuxième de la Tour. D’autres particularités ne i)assaient point inaperçues : Le livre bleu, le coquet manuel du Figaro si populaire alors; Poussepousse, hommage rendu à l’inaltérable complaisance des petits porteurs tonkinois. Toutes les villes de France semblent d’ailleurs se donner le mot et c’est à qui laissera par une revue ou un \;nideville un souvenir de son voyage à l’Exposition. Bordeaux à l'Exposition, les Lyonnais à l’Exposition ; Stanislas (Visez Kancy) à l'Exposition, Grenoble à la Tour Eiffel; la lune aussi se met en route : De la lune à l'Exposition ; elle arrive môme avant Marseille. La revue Marseille-Exposition ne fut donnée en effet (ju'en 1890, mais Marseille est si loin ! » (1).

Cependant, tandis que Français et étrangers s’amusaient à l’envi et que Taris se faisait l’iiôtelier empressé de l’univers, quelle crise, quelles agitations politiques traversait notre pays !

En dépit du départ du général Boulanger et de ses princi-

(1) Albert SouBiES. Coup d'œil d'ensemble 1871-1891, p. 192. Almanach det Spectacles, t. XX.

paiix lieutenants pour Bruxelles, la campagne antiparlementaire continuait et continuait avec violence; en juin, M. Déroulède était arrêté à Angoulême. Les partis monarchistes n’hésitaient pas à contra, cter alliance avec le signataire du décret qui avait chassé le duc d’Aumale contre le gouvernement qui venait de rappeler le prince. Les séances de la Chambre étaient d’une violence inouïe.

«Pendant que l’Exposition, aujourd’hui enfin complètement achevée, déploie toutes ses splendeurs, disait Victor Fournel (1), la politique déploie toutes ses ignominies. La Chambre, qui ne sait pas mieux mourir qu’elle n’a su vivre, s’agite en convulsions hideuses pendant les derniers jours de sa méprisable existence. »

« L’Exposition, écrivait le 30 juin M. Charles de Mazade, l’Exposition a fait cette merveille de créer au Champ de Mars ou même sur la Tour Eiffel une sorte de neutralité d’un nouveau genre... Elle a cette fortune d’être le rendez-vous universel... M. le Piésident de la Républaïue dans ses visites au Champ de Mars s’entretient avec les chefs d’industrie, avec le prince de Monaco, ou avec le président de la Société de secours aux blessés, M. le maréchal de Mac-Mahon, qui, en hommei de rectitude militaire, l'a reçu en grand uniforme... Malheureusement rien ne peut faire oublier que tout à côté du Champ de Mars un parlement expire d’impuissance dans la confusion de débats personnels et irritants (‘2).»

La session ordinaire des deux Chambres fut close lei 15 juillet. Le même jour était promulguée la nouvelle loi militaire. Elle n’avait été adoptée qu’après les débats les plus passion-

(1) Les Œuvres et les Hommes Correspondant du 25 juillet 1889. p. 357.

(2) Charles de Mazade. Chronique de la Quinzaine. Revue des Deux-Mondes du 1" juillet 1889, p. 227.

nés et n’était pas de nature à favoriser l’apaisement. En même temps qu’elle léduisait à trois ans la durée du service, elle supprimait la dispense traditionnelle en faveur des ministres du culte et des membres de l’enseignement.

Quatre jours plus tard, le 10, était promulguée la loi d’amnistie qui semble le cadeau de bienvenue de toute e.xposition universelle. Mais elle ne pouvait rétablir la concorde et la clôture de la session n’amenait même pas l’accalmie habituelle.

Le 8 août, le Sénat se réunissait de nouveau, cette fois comme Haute Cour de justice, et condamnait par contumace, le général Boulanger, Uillon et Rochefort à la déportation dans une enceinte fortifiée.

En même temps s’ouvrait la période électorale pour le renouvellement intégral de la Chandu'e des députés.

Mais à ce moment le succès de l’Exposition était hors de discussion. Les électeurs, qui voyaient la France admirée et enviée au dehors, matériellement tranquille au dedans, les électeurs dont une récolte exceptionnelle stimulait les dispositions favorables, étaient peu portés à condamner une politique qui, à supposer (ju’elle ne pût s'attribuer, comme elle s’en targuait, l’éclatant relèvement de la France ne l’avait pas du moins empêché et lui permettait de goûter la, gloire d’une revanche morale. Les élections eurent lieu sous cette im, pression. Les scrutins du 22 septembre et du 6 octobre donnèrent au gouvernement une majorité considérable.

Le succès de l’E-xposition consolidait le régime. « Le vainqueur du boulangisme, le grand agent électoral pour le renouvellement de la Chambre, disait Victor Pournel (1), plus

(1) Les Œuvres et les Hommes. Correspondant du 25 octobre 1889, p. 346.

encore peut-être que M. Gonstans, c’a été l’Exposition universelle. »

La réussite de l’exhibition jubilaire devait avoir d’autres conséquences plus importantes encore. Au moment où elle s’était ouverte, la France était isolée en Europe, et l’on a vu que certaines chancelleries étrang'ères n’avaient pas ménagé à notre pays les procédés discourtois. L’Exposition était à peine ouverte que des intrigues semblaient se nouer contre nous un peu partout en Europe. En mai, c’était le roi d’Italie qui se rendait en Allemagne ; en juin, c’étaient des offlciers italiens qui allaient à Berlin se concerter avec le grand état-major allemand; le l®*" août, c’était l’empereur d’Allemagne qui se rendait en Angleterre et, le 12, l’empereur d’Autriche qui se rendait à Berlin. En même temps M. de Bismarck aigrissait comme à plaisir les difficultés entre l’Allemagne et la Confédération suisse, au sujet de l’asile prêté par les cantons à des révolutionnaires réfugiés ; il allait jusqu’à prétendre installer une police germanique dans la libre Helvétie ; il signait une convention militaire avec M. Crispi et l’on parlait d’une lutte prochaine entre l’Italie et la France. « La situation de l'Europe est peu rassurante, écrivait un publiciste au mois de juillet... Pendant que les sept ou Irait cents jurés de l’Exposition s’apprêtent à décerner aux concurrents de toute nationalité les prix des luttes de l’art et de l’industrie, les peuples en armes continuent leur faction. Du Niémen aux Alpes et des Garpathes aux Vosges les sentinelles aux aguets prêtent l’oreille (1).

La tranquillité intérieure dans la plupart des Etats

U) La France, l’Italie et la Triple Alliance. Revue des Deux-Mondes du 15 juin 1889, p. 377.

n’était guère moins compromise que la sécurité extérieure, A Rome, le 9 juin, les fêtes de Giordano Brunoi mobilisaient toutes les forces révolutionnaires, la ville était pour ainsi dire en état de siège. Pour la première fois depuis 1870 le Vatican et la Basilique dei Saint-Pierre restaient fermés pendant deux jours et tous ceux qui portaient un costume ecclésiastique étaient ofricieusement engagés à ne pas sortir. Les prêtres étaient « obligés de se cacher à Rome (1) ». Aussi l’insécurité de la Mlle éternelle non moins que les menaces de conflit entre ritalie et la France faisaitrclle agiter dans les conseils de la papauté le départ du SaintrPère.

En août éclatait la grève gigantesque des ouvriers des docks de Londres, et seul Mgr Manning, l’archevêque catholique de Wstminster, parvenait à la terminer par ce que la Pall Mail Gazette appelait <( la paix du cardinal ». En septembre M. Crispi était à Naples l’objet d’une tentative d’assassinat.

Cependant la Russie se rapprochait de plus en plus de la France. Le 18 août, au banquet des maires, M. Carnot pouvait parler d’amitiés « qui valent des alliances ». Le 31 août, l’inauguration du cimetière frahçais restauré de Sébastopol rassemblait Français et Russes sur le plateau de la Ghersonèse. Ainsi le .souvenir même de la campagne de Crimée, dé cette guerre où, suivant l’expression du général Saussier, que M. Paul Deschanel avait un an auparavant, le 7 juillet 1888, citée au Palais-Bourbon aux applaudissements de la Chambre, « on déploya tant d’héroïsme de part et d’autre, qu’il n’y eut vraiment ni vainqueurs ni vaincus », réunissait dans un pieux hommage aux victimes des luttes

(1) François Carry. La Lutte actuelle entre le Vatican et le Quirinal. CorreSpondant du 25 juin 1889. p. 1075.

passées deux adversaires qui n’avaient jamais été ennemis.

Tous ces indices d’une solidarité franco-russe ne furent pas sans calmer bien des ardeurs. Bref, en dépit des prédictions sinistres et des menaces accumulées, l’Exposition s’acheva au milieu d’une paix générale.

Elle laissait dans les yeux une sensation d’éblouissement, dans les esprits un sentiment d’admiration. Telle avait été l’impression du premier jour et celte impression n’avait fait que se fortifier. « L’Exposition de 1889, disait dès le début un anglais, M. Jules Price, directeur de la Pall Mail Gazelle (1), l'Exposition de 1889 sera la plus colossale que le monde ait jamais vue ». Et il ajoutait : « Les Français aiment à faire grand; ils sont en train de prouver une fois de plus qu’ils s’y entendent. Leur Exposition du Centenaire de 1789 est déjà absolument stupéfiante; ni les peines, ni l’argent n’ont été épargnés. Rien de mesquin n’afflige le regard; jusque dans la plus petite charpente de fer, le sentiment artistique et le goût éclatent. Le résultat est de nature à démontrer à l’univers que la France est toujours la plus laborieuse et la plus artiste des nations et qu’une fois résolue à faire une chose, elle sait s’y mettre corps et âme. L’Exposition va attirer à Paris une moitié du monde civilisé ».

Un Américain, M. Palmer (2), disait à la fin du grand concours international; « J’ai fait une étude attentive de l’Exposition de Paris. C’est la plus merveilleuse exhibition que le monde ait jamais vue. Quiconque y va en revient frappé de la prodigieuse habileté des Français. C’est beaucoup mieux que l’Exposition de 1867. Les bâtiments ont été

(1) Cité Henri de Parville. L'Exposition Universelle, p, 32. Causeries scientifiques, t. XXIX.

(2) Cité id., id., p. 172 id. ibid.

construils au point de vue de la solidité comme s’ils devaient durer toujours. L’espace n’est pas immense, mais on en a tiré le meilleur parti possible. »

Enfin, U U rédac teur de la Gazelle nationale de Berlin (1), no craignait pas d’écrire: « On peut affirmer avec une entière certitude que le monde moderne. n’a vu aucune entreprise aussi mûrement conçue et exécutée d’un façon aussi grandiose, aussi pratique dans toutes ses parties que cette Exposition. »

Le dernier mot fut dit par M. de Molinari, au commencement de l’année suivante : « 1889, dit-il (2], 1889 restera dans riiistoire l’année de l’Exposition. Pendant six mois, cette fête de rindustric a attiré au Champ de Mars des millions de visiteurs venus de tous les points du globe. Jamais on n’avait réuni en un seul lieu autant de témoignages de l’accroisse^ ment de la puissance productive de l’homme ».

Mais l'Exposition n’attirait pas seulement à la France l’admiration de l’Europe et du monde entier, elle lui rendait foi et confiance en elle-même. « La France, dit M. A. Morillon (3), la France, malade de politique, est -allée à l’Exposition comme au remède. L’Exposition lui a révélé ce qu’elle pouvait encore et ayant recouvré le sentiment de sa force, elle veut reprendre son développement. C’est bien là le sens de cette grande solennité. »

Ainsi cette manifestation qui avait paru si téméraire avait tourné en un splendide sùccès : ce qui ressemblait à une gageure avait été réalisé eî ce n’était pas seulement le présent

ü) Cité A. Morillon. Les llésuUats de l'Exposition. Correspondant du 10 décembre 1889, p. 792

(2) ISS9. Journal des Economistes, janvier 1890, p. 5.

(3) Les Itésultats de l'Exposition. Correspondant du 10 décembre 1889, p, 809.

qu’avait affermi, c’était encore l’avenir qu’avait préparé la réussite de notre grande centennale.

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