SAINT-COME E
LORENZO DI BICCI
6 = sait qui lui commanda ce tableau (1) qu'il peignit l’année même de sa mort. C’est un très bel ouvrage (Planche III), où transparaît l'influence orientale, par exemple dans l’image de Dieu le père qui le couronne. Il représente les saints coiffés d’un chaperon, vêtus comme de riches florentins du temps, de tuniques, l’une verte et l’autre grise, bordées de broderies, et recouvertes de manteaux rouge ou rose; ils tiennent une pince à prendre les drogues etune boîte à médicaments. L'une de ces boîtes, sans couvercle, montre 8 compartiments contenant des substances variées. La prédelle porte deux scènes d’une finesse charmante ; 1° le miracle de la jambe coupée : saint Côme et saint Damien soudent la jambe du Maure à la cuisse du gardien allongé sur un lit recouvert d’un drap (est-ce l’apparat chirurgical alors usité ?). Dans le même compartiment de prédelle (2), on voit le cadavre du Maure déterré, à moitié dépouillé de son linceul, et avec la jambe du sacristain. C’est exactement l'illustration de la Lég'ende dorée ;2 la décollation des saints : une tête est déjà tranchée, et ‘le bourreau brandit son glaive au-dessus de l’autre martyr agenouillé. | C’est surtoul à l'influence du grand Côme de Médicis, Côme le Grand, Côme l'Ancien, le Père de la patrie (1389-1464) qu’on doit le plus de belles œuvres figurant les deux saints. Il naquit en 1389, et, dès son jeune
1. Porté én 14299 à la cathédrale de Florence, sur l’ordre d’Antonio di Ghozzo, et, en 1844, aux Offices.
2. Contrairement à ce qu'en dit le D‘ Avalon — petite erreur d’un
curieux article dans le numéro d’Esculape de janvier 1923.
âge, Fabroni (1) le montre adonné aux arts. Ses meilleures délices étaient la sculpture, la peinture et l’architecture ; c’est lui qui a lancé les Robbia, Ghiberti, Masaccio, Brunelleschi, Donatello, etc... Il aima particulièrement ce dernier, et Fra Angelico, auprès duquel il se retirait parfois plusieurs jours dans le couvent de Saint-Marc ; il peignait lui-même avec talent. Humaniste, il était encore féru de sciences, et, dit Fabroni, Magna mercede florentini ad se vocabat eos qui in medicina excellere putabantur ; faisanthonneur à son saint patron, il aimait argumenter avec ces médecins qu'il attirait à lui, et il le faisait avec tant de science qu'ils n'avaient pas toujours le dernier mot. Il succéda à son père, Jean, en 1429 ; c'est lui qui assura le triomphe, et ia domination sur Florence de sa famille.
San Lorenzo de Florence fut l'église préférée des Médicis ; Côme [°° y fit travailler Donatello (1386-1466) dont il admirait profondément le génie. Depuis 1430, et surtout vers la fin de sa vie où elle devint l’unique objet de ses travaux, le grand artiste orna et décora celte chapelle où sont encore ses œuvres, d'une étonnante beauté, unissant les traditions du moyen âge à la recherche d'un art nouveau. C'est entre 1435 et 1440 qu'il fit les grands bas-reliefs de terre cuite du portail de la sacristie, dont l’un figure saint Côme et saint Damien vêtus à l’antique, d'une grandeur impressionnante. L'un tient un gros livre (Hippocrate, ou ses propres œuvres ?), l'autre une boîte à drogues dans laquelle il va puiser