PLANCHE V
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miraculeusement guérie, cette malheureuse Palladie qui avait cherché partout en vain jusque-là un soulagement à ses maux. La scène est prise sur le vif : ce sont deux médecins florentins venant de consulter une pratique que nous avons sous les yeux (?lanche V), enveloppés de leur manteau, et la tête engoncée dans un chaperon. Côme s'éloigne, tenant à la main l’écritoire qui lui a seryi à rédiger l'ordonnance; il est plein de dignité, content d’avoir soulagé la malade pour l’amour du prochain et non poussé par l'appât d’un salaire. Damien, ébranlé par les objurgations de Palladie qui le retient par le pan de son manteau, accepte la bourse qu'elle lui met dans la main; sur sa robe pend une longue aumônière ornée de croisillons, sans doute pour serrer des instruments. Les cinq autres, très inspirés par la prédelle de saint Mare, figurent les scènes que nous connaissons de la comparution devant le juge, des anges arrachant les martyrs aux flots, du brasier, du crucifiement et de la décollation : la comparution est pleine de traits charmants, les autres ne sont qu'un reflet de l’art exquis d’Angelico. La plupart de toutes ces œuvres montrent Côme barbu et Damien imberbe ; nous avons déjà vu ce caractère; et le reverrons si souvent que je n’y reviendrai pas.
Après le vertueux dominicain, voici le carme débauché, Fra Filippo Lippi (1412-1469), dont l’art est aussi pur que la vie romanesque. Lui aussi travailla pour Côme de Médicis, dont il décora le palais, et lui aussi, pour honorer son protecteur mit parfois dans ses œuvres les saints patrons qu’il vénérait. C’est d’abord dans
motte
une belle composition (1), heureuse et originale, connue sous lenom de la Conversation mystique (2), peinte avant 1434. Dans un jardin, sur un banc de marbre en demilune, saint Jean-Baptiste est assis entre saint Côme et saint Damien qui l’écoutent avec une attention religieuse et ravie, vêtus en docteurs à bonnet, leur écritoire posé sur Le dossier du banc. Sur les côtés, d’autres saints assistent à l'entretien. L'œuvre est d’une grandiose simplicité.
Vers 1440 Lippi fit un tableau du même genre, mais moins beau, où la présence des deux frères s'explique mal, pour la villa d’Alessandro Alessandri, à Vinci gliata près de Fiesole (3). Cette fois le beau jardin et le banc ont disparu, et c’est auprès de saint Laurent, debout, que s’empressent Côme et Damien, en toque, manteau à large broderie, robe serrée à la ceinture, avec l’écritoire et la longue plume d’oie que les Italiens leur mettent à la main comme unique attribut, d’une façon presque constante. Alessandro Alessandri et ses deux fils sont agenouillés au bas du tableau (4).
Un peu plus tard un retable fut demandé par Côme à Fra Filippo, pour la chapelle de l’Annunziata au cour vent de Santa Croce. C’est une œuvre ravissante, pleine d'adresse et de roueries, d’une grâce raffinée (5). L'En-
- Aujourd’hui à Londres. National Gallery.
. Reproduit in Strutt. Lippi, Londres, 1901.
+ Et transporté de nos jours au palais Alessandri à Florence.
. Reproduit in Supino. Fra Filippo Lippi, Florence, 1902.
CR
. Aujourd’hui à la Galerie des Arts de Florence : reproduit in : Strutt. Op. cit.
fant, d'un geste exquis s'accroche au corsage rose de la Vierge, et regarde vers la gauche où sont assis saint Damien et saint Antoine. À droite saint Côme et saint François. Les deux médecins ont un grand manteau agrafé au collet, la toque doctorale ornée de grosses rayures longitudinales, et l’écritoire à la main.
Ce ne fut pas Lippi qui peignit la prédelle de ceretable, mais un de ses élèves, Francesco di Stefano Pesellino (1422-1457), mort tout jeune, après avoir donné les marques d’un talent singulier. Son dessin est pur et d’un goût recherché; Laurent le Magnifique prisait fort le Pesellino et le fit travailler plus d’une fois. Dans la prédelle que ce peintre, presque enfant composa pour le retable de Lippi, il mit deux scènes de la vie de Côme et de Damien, dont l’une (1) (Planche V) très curieuse. C’est le miracle de la jambe du Maure, évidemment très inspirée de l’Angelico; maïs au lieu d'une simple amputation à mi-cuisse, il y a véritable résection de hanche, et c’est le membre inférieur tout entier de l’Ethiopien que les deux saints rajustent au patient endormi. Une servante apporte un emplâtre ou quelque autre prescription des saints. L'autre compartiment (2) représente la décollation de Côme et de Damien; leurs frères n’y sont pas (3).
Je n’ai pas su trouver à Venise un tableau du Pesel-
lino qu’on m'y avait signalé : saint Côme y figurerait