Et aujourd’hui à l’Académie, à Venise
2. Il ya à Paris un exemplaire de cette gravure au Cabinet des estampes.
Autres écoles.
Le ferrarais Dosso- Dossi peignit pour l'hôpital Sainte-Anne de sa ville natale un tableau que l’évèque de Ferrare donna en 1607 au cardinal Borghèse, qui l’'emporta à Rome (1); on y voit saint Côme, en robe grise qui tend un breuvage à une femme, tandis que | Damien, en gris bleu, s'apprête avec un scalpel à opérer un homme au torse nu assis à terre. L'ouvrage est d'un coloris vigoureux.
Salvator Rosa, napolitain (1615-1673), a fait pour l’église Saint-Jean des florentins à Rome, un Supplice des saints qu'on y voit toujours. Ils sont au milieu des flammes qui ne les brûülent pas ; quatre anges volent au-dessus de leurs têtes; les assistants s’enfuient, poursuivis par le feu. C’est le dernier tableau que peignit Rosa; il le tenait pour son propre chef-d'œuvre, et affirmait y avoir dépassé Michel-Ange (2). J'ai parlé autre part de Paulini, napolitain qu'il faut rattacher à l’école vénitienne.
On voitau musée de Naples une grande fresque décorative où figurent saint Côme et saint Damien ; elle est d'un parmesan, disciple du Carrache : Giovanni Lanfranco (1580-1647). Je ne sais à quelle école appartient la curieuse peinture de la collection de M. Forest
1. A la galerie Borghèsé. | 2. Ce tableau a été gravé en France au xvn siècle, par un élève de Ro-
bert Nanteuil : Simon le Vieux, parisien (1640-1710).
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que de récents articles ont fait connaître (1). Dans la partie supérieure de ce tableau, les saints ajustent sans douceur la jambe du Maure au corps du gardien éveillé et se débattant de douleur; les assistants lèvent les bras au ciel d’admiration. Dans le bas, des. curieux vérifient au cimetière là mutilation du cadavre.
Enfin j'épuiserai mes notes sur l’ftalie en signalant au Cabinet des estampes deux gravures signées $S. B. M. entirage du xvnir siècle; sur l’une saint Côme feuillette un livre à un bureau, et montre du doigt une ordonnance qu'il vient de terminer ; sur le pendant, saint Damien, muni d’une spatule et d’une boîte sans couvercle, s'appuie à une table qui supporte de grands pots à médicaments. L'un et l’autre sont habillés de la robe, et coiffés de la toque de docteur. |
1. L'article du Matin (l’auteur y voit à tort un essai de greffe humaine)
et l’article du D' Avalon, dans Æsculape de janvier 1923.
SAINT COÔME ET SAINT DAMIEN EN ESPAGNE, DANS LES FLANDRES ET DANS LES PAYS-BAS
En Espagne.
L'histoire de l’art en Espagne est gènée par une grande pénurie de documents. Pourtant de nombreuses églises y sont dédiées à saint Côme et saint Damien, Salämanque est sous leur protection : force est donc
être incomplet; une étude suivie voudrait beaucoup de temps et de recherches sur les lieux,
Il y à des artistes dont il ne subsiste que de rares ouvrages, mais suffisants pour témoigner de leur génie et de son influence: tel Gentile da Fabriano; tel en Espagne un des plus grands, le catalan Jaïme Huguet. Il fut de l’école d'Avignon et contribua à répandre notre ärt méridional en Catalogne où ses influences furent très sérieuses. La plus belle œuvre de Huguet, et la seule parvenue intacte jusqu’à nous, est le retable des saints Semen, Abdon, Côme et Damien, dans l’église Saint-Michel de Tarrasa, en Catälogne. La vie des deux premiers saints forme le
principal du retable, en une série d’admirables petits
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tableaux d’un réalisme curieux et recherché. Deux scènes sont consacrées à saint Côme et à son frère: 4° le miracle de la jambe coupée. Le sacristain dévêtu git sur un vrai lit à opérations, entièrement recouvert d'un drap-alèze ; les deux saints, en médecins du temps (je reviendrai sur leur costume), sont tout à leur tâche. Ils n’ont rien d’hiératique ni de convenu (1), ce sont des chirurgiens appliqués à leur besogne ; Côme finit de sectionner la jambe avec une petite scie à main ; Damien, qui maintenait le membre, le tire à lui pour montrer la solution de continuité. Détail charmant rencontré nulle part ailleurs, deux anges volètent, aides-chirurgiens présentant aux saints un pot d'onguent pour oindre la plaie, et une bande de toile pour le pansement. 2 le dernier supplice des saints ; ils sont nus, et le bourreau commence son office ; avec un coutelas, il égorge l’un des martyrs ; le sang se répand partout, ajoutant à l'horreur qui se dégage de la scène et de la bestialité des visages. Nous sommes loin des décollations célestes des Italiens ; celle-ci est une vraie boucherie.
Ge retable est complété par deux effigies en pied de saint Côme et saint Damien, portant les mêmes costumes que dans la scène de l’amputation ; Côme, une longue robe avec double pèlerine, rabat, petit col fermé et barrette; Damien, une chape à grandes
manches, mozette à large bordure, vaste col relevé et
1.11 y a une minuscule reproduction de ces tableaux in : Michel. Histoire de l’art, III, p. 797.
bonnet. C’est l’œuvre d’un autre catalan, Pablo Virgos, élève de Jaïme Huguet et son contemporain.
Je n'aurai garde d'oublier la curieuse sculpture de Valladolid, reproduite récemment (1) ; c'est un miracle du Maure de la fin du xvr' siècle, avec deux particularités : d’abord un des saints seulement procède à l’opération, l’autre se borne à examiner le pouls et les urines de l'opéré ; ensuite, entorse à la légende, le Maure dont on prend la jambe n’est pas un cadavre déterré, mais un vif qui porte la main à son moignon et dont les traits marquent la douleur de sa mutilation. Il ne faut pas oublier que le Maure était — sans jeu de mots — la bête noire des Espagnols, l’oppresseur au souvenir détesté ; et l'artiste voulant sans doute ravir le cœur de ses compatriotes, n’a pas manqué de ressusciter le donneur de jambe, pour le plaisir de lui faire une aussi belle grimace.
Un tableau de Juan de Messa (2), dont je n’ai pu repérer l'original, nous est connu par une gravure qu'on en fit en Flandres (3); les deux saints y sont en grande chape, avec la mozette d’hermine : des cardinaux, au bonnet près. L'un tient un pot -galénique, l’autre une fiole à goulot étroit ; un enfant est agenouillé à leurs pieds, peut-être un petit malade atteint de la gourme contre laquelle on invoquait les saints ?
1. Article du D: Genevrier, dans le Bulletin de la Société d'histoire de la médecine de janvier 1923.