ROGER DE LA PATURE
Ur différents, coilfés l’un d’une petite calolte, l’autre d’un chapeau de fourrure comme on en voit encore de nos jours.
La Pâture fut un voyageur : il visita l'Espagne, demeura assez longtemps au Portugal, et alla en Italie, mais on ne sait au juste à quelle époque. On admet généralement que ce tableau, de 1450, fut peint sur le désir de Côme dé Médicis. Les trois écussons que
l'on voit au bas, dont le moyen porte lé lys rouge florentin, et dont les autres, blancs, ont peut-être porté jadis les six pilules, rendent la supposition très plausible. M. Eugène Müniza cru reconnaître dans là figure de saint Côme le portrait du Pêre de la Patrie. M. Emile Mâle ne le pense pas. Que le tableau ait été peint ou non pour le maitre de Florence, l'influence italienne y est très manifeste. Certains veulent que la Pâture ne soit allé en Italie que pour le jubilé de 1450 à Rome : son art est influencé par les Italiens âvant ce temps ; longtemps déjà auparavant une nouvelle manière $e voit chez lui, marquant indiscutablement qu'il à vu les œuvres dé Gehtile de Fabriano et d'Orcäehä, qu'elles l'ont troublé, et qu'il s’en est souvénu. Certes il resté un flamand et ne s’est jamais entièrement métamorphosé ; dans notre tableau (Planche VI) ce n’est pas l’écritoire et la plume, instruments nobles, qu'il a mis aux mains des saints, mais les attributs de leur profession. Côme tient un urinal, et une petite formule manüscrite;, quelque prescription sans doute ; Damien, une spatule et un curieux instrument, difficile
à distinguer, peut-être uné longue aumônière à serrer
AE les instruments, ou quelque appareil à immobiliser les fractures (1) ? Sr
Sauf ce tableau, dû comme ceux d'Italie au mécénat d'un grand, les autres images des deux saints que nous verrons en Flandres ont été exécutées pour des corporations de £hirurgiens et de barbiers, et elles se ressentent de leurs origines bourgeoises. Ceux qui les ont commandées « s’y connaissaient » en attributs médicaux et lieux où s'exerce l’art d’Hippocrate : ce sont des saints faits bien exactement à leur propre mesure qu'ils ont voulu. Quand le peintre aura besoin de sublime, il copiera les Italiens, mais en dehors de là, il ira chercher son modèle à l’hôpital prochain, et les célestes jardins deviendront des arrière-boutiques d’officine. Nous serions mal venus à nous plaindre d’une circonstance qui offre plus d'objets à notre curiosité médicale.
Il y a encore des influences italiennes dans un tryptique de 1523 exécuté pour la chapelle de la corporation des barbiers et chirurgiens de Bruges (2). Le peintre, Lancelot Blondeel (1496-1561), s'est curieusement inspiré de Raphaël pour les personnages nobles comme le juge Lysias, et pour les architectures de ses fonds de tableaux, mais c’est la foule flamande qui circule devant
1. Il y a à Richmond une réplique de ce tableau, attribué à la Pâture, que je donnerais volontiers à un élève ayant vu Memmling. Saint Côme y tient un urinal et un grand livre ouvert, saint Damien un pot d’onguent et une spatule, à la ceinture une petite bourse d’où dépassent des ins-
truments.